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30 janvier 2021

Felicità

Felicità
, le deuxième long métrage écrit et réalisé par Bruno Merle, produit un très drôle d'effet : il donne l'impression qu'il démarre à peine au moment même où il se termine, au terme de ses 82 minutes que nous n'avons pas vu passer. Et ce n'est pourtant pas là un reproche que j'adresse au film, bien au contraire. Felicità produit cet effet étrange parce qu'il s'agit d'un petit film continuellement surprenant et déroutant, dont on ne sait jamais ce qu'il va bien pouvoir nous réserver ni où il nous amène, à tel point qu'il nous maintient sur le qui-vive, éveille et entretient tout du long notre curiosité, prenant soin de ne jamais entamer notre espoir de savoir enfin à quoi nous avons véritablement affaire. Bruno Merle le reconnaît, son mot d'ordre lors de l'écriture du scénario était de surprendre : il dit avoir fabriqué son film "comme un jeu de pistes dont on ne sait jamais s’il va partir à gauche ou à droite". Le souci, pour ce cinéaste qui n'avait rien tourné depuis 2007 (Héros, pour lequel j'ai désormais une certaine curiosité) et a vu l'un de ses projets lui échapper (il a écrit Le Prince oublié, avant de devoir en laisser la réalisation à Michel Hazanavicius), était aussi de signer une histoire à taille humaine, aux besoins très modestes, pour mieux en garder le plein contrôle. Avec ses trois personnages facétieux, son récit, mené tambour battant et à la construction ingénieuse, concentré sur 24 heures et sa si courte durée, Felicità est un petit film tout à fait assumé, et c'est encore là une belle qualité. Aussi petit qu'il soit, on peut même se féliciter qu'un tel film, si original, joli et malin, puisse exister aujourd'hui.




Pour ce qui est de surprendre, force est de reconnaître que Bruno Merle a donc réussi son coup haut la main. En vérité, son film ressemble à ses trois personnages, des parents imprévisibles et fantasques qui ont promis à leur fille qu'elle pourrait enfin faire une rentrée normale, comme les autres gamins de son âge. Nous les suivons tous les trois, lors de ce dernier jour mouvementé, riche en surprises et en rebondissements, de leurs vacances d'été, découvrant chacun d'eux petit à petit. A l'image de ce trio, Felicità est difficile à cerner et on se méfie d'abord de lui, la faute à toutes les mauvaises comédies françaises passées avant lui, mais il devient rapidement plaisant, attachant et, surtout, très amusant. Les acteurs sont à l'avenant. En tête de gondole, Pio Marmai se montre de nouveau très à l'aise dans un registre où nous commençons à vraiment l'apprécier, lui qui apportait déjà toute sa verve comique et son énergie brute à une autre production modeste et très louable dont je vous avais aussi dit du bien récemment (Je promets d'être sage). Il est crédible dans le rôle de ce type un peu trop impulsif, échappé de taule alors qu'il ne lui restait plus que six mois à tirer, qui a un rapport très spécial avec sa gamine (incarnée avec talent et fraîcheur par la propre fille du cinéaste, Rita Merle) et qui est le premier à alimenter le petit jeu de farces et de bobards énormes dans laquelle toute la famille s'adonne à cœur joie, se faisant marcher les uns les autres (la première scène donne le ton) et mettant surtout la crédulité du spectateur à rude épreuve. En fin de compte, si sa narration chamboulée et ambiguë lui donne un côté un peu brouillon et fragile, Felicità n'en demeure pas moins une petite chose singulière, délicate et pleine de charme, qui fait passer un très bon moment. A l'évidence l'une des agréables surprises de cette année de cinéma si spéciale où, faute de grives, on aura au moins pu se taper un très bon Merle. 
 
 
Felicità de Bruno Merle avec Pio Marmaï, Camille Rutherford et Rita Merle (2020)

10 mars 2020

Je promets d'être sage

Dans la catégorie des comédies romantiques où deux accidentés de la vie finissent par aller mieux en tombant amoureux, le premier long métrage de Ronan Le Page est une agréable surprise. Attention, ne vous attendez pas à prendre une énorme claque et à devoir corriger tous vos tops 2019, 2010s et all time, on tient simplement là un tout petit film ma foi sympathique qui nous laisse sur une bonne impression après avoir pourtant commencé de la pire des façons. La brusque scène d'introduction, qui nous présente un Pio Marmaï surexcité et intenable dans les coulisses d'une de ses pièces de théâtre tordues qu'il essaie de sauver du fiasco complet, pourra en effet en laisser plus d'un sur le carreau. Heureusement, après ces cinq premières minutes douloureuses, le pire est déjà derrière nous.




Pio Marmaï et Léa Drucker incarnent donc deux camés par la vie, deux esquintés par l'existence qui ont chacun de gros problèmes à régler avec eux-mêmes. Le premier est Franck, un type assez sanguin et imprévisible qui, après des années de galère dans le théâtre, renonce brutalement à sa carrière de metteur en scène et finit par accepter un boulot d'agent de surveillance dans un musée, avec l'espoir d'y trouver la stabilité et la tranquillité qui lui manquaient. C'est sans compter sur Sybille aka Léa Drucker, une de ses collègues, une femme solitaire et indéchiffrable, au comportement déroutant, qui voit son arrivée d'un très mauvais œil et décide de lui mener la vie dure avant finir par l'impliquer dans ses combines frauduleuses...




On apprécie d'abord ce film pour ce qu'il n'est pas. Pas de schéma narratif lourdingue propre aux romcoms ici. Les deux personnages se rapprochent progressivement et on ne nous inflige pas une dernière partie inutile où nous les voyons se séparer avant de mieux se rabibocher définitivement. Ouf, le film est très court et sait nous quitter au bon moment. Pas de scènes tire-larmes au romantisme artificiel, ni d'épée de Damoclès suspendue au-dessus d'un des deux protagonistes, qui prendrait la forme d'un personnage secondaire pénible ou d'une maladie incurable menaçant le couple en formation ou d'un autre subterfuge de ce genre. Je promets d'être sage déroule son petit fil en toute simplicité et parvient progressivement à nous séduire.




Ronan Le Page vise le naturel et s'amuse justement du fait que la vraie vie ne ressemble jamais aux comédies romantiques hollywoodiennes. Ainsi, lorsque Pio Marmai s'en va déclarer sa flamme à Léa Drucker, il passe un long moment à l'attendre piteusement en plein soleil, sur un trottoir, avant de la retrouver aux côtés d'une amie inconnue, et leur échange ne ressemblera à rien de ce qu'il avait sans doute pu imaginer. Aussi, le rapprochement physique attendu entre les deux énergumènes est joliment et subtilement amené, il nous offre une courte scène d'une belle sensibilité, un baiser timide et maladroit, où les acteurs sont assez touchants.




Peut-être dans la même volonté de trancher avec ce que l'on nous sert d'ordinaire, on est aussi assez surpris par les couleurs du film, par sa photographie très naturelle, assez sombre pour une telle comédie. On dirait que Le Page s'obstine simplement à nous proposer quelque chose de très simple mais très éloigné des standards habituels, de ces productions aux lumières artificielles omniprésentes, où chaque pièce est éclairée dans ses moindres recoins, chaque acteur embelli au maximum. C'est parfois même déconcertant de voir Drucker et Marmaï s'atteler à leurs tâches dans les sous-sols lugubres de ce musée dont ils revendent quelques pièces en loucedé.




Les deux acteurs sont étonnamment agréables et forment un bon duo. On savait Pio Marmaï capable d'être intéressant dans ce registre, notamment depuis qu'on l'a vu dans En Liberté !, et il arrive encore ici à être drôle une paire de fois. Mais c'est surtout Léa Drucker qui surprend en parvenant à insuffler autant de charme à son rôle et à cultiver le mystère sur sa vie passée. On apprécie d'ailleurs que Ronan Le Page ne tombe jamais dans le pathos et préfère nous laisser deviner pourquoi ces deux individus sont ainsi cabossés. Devant ce curieux premier film, on repense justement un peu aux Apprentis de Pierre Salvadori, dans le ton inattendu, pas toujours facile à cerner, et cette tendresse évidente pour ces personnages un peu cintrés, qui essaient de trouver l'équilibre, l'amour et l'harmonie malgré leurs soucis. 


Je promets d'être sage de Ronan Le Page avec Léa Drucker et Pio Marmaï (2019)

17 avril 2018

Toute première fois

J'ai repéré un gros goof dans cette comédie atroce au casting d'outre-tombe. Il y a plein de scènes où Pio Marmaï a les oreilles toutes rouges et ensuite ça s'atténue progressivement. Du coup je pense que l'acteur devait venir sur le plateau en scooter et qu'il portait un casque un peu trop petit pour son énorme tronche de cake. J'essayais de focaliser sur ce détail étonnant pour tenir bon. Fixer les oreilles écarlates de Marmaï est toujours moins pénible que supporter la vue du crâne lisse de Franck Gastambide, visiblement fier de ressembler à une star du porno. Mais ça ne m'a pas vraiment aidé. Dès le générique, abominable, je me suis senti pris à la gorge. Étouffé, compressé. Cette sensation que l'on peut éprouver au travail quand on est submergé, j'en étais victime sur mon canapé. J'ai donc coupé court face à ce défilé de sales gueules et ce déluge de connerie vulgaire, énième symptôme de l'état de déréliction alarmant de la comédie française. Mater ce film, c'est un peu comme se brosser les dents : on y va avec l'intention de respecter les trois minutes, mais on tient à peine 30 secondes et on finit par cracher dans le lavabo.


Toute première fois de Noémie Saglio & Maxime Govare avec Pio Marmaï, Franck Gastambide et Camille Cottin (2015)

29 juin 2017

Ce qui nous lie

D'entrée, petite titrologie : Ce qui nous lie est le nouveau long métrage de Cédric Klapisch, qui avait commencé sa carrière par un court métrage très remarqué en son temps (à vérifier) intitulé Ce qui me meut. Ce qui nous lie, ce qui me meut, tout Klapisch réside dans ces deux phrases. La boucle est bouclée. Parce que pour Klapisch, grand maître du "film de groupe", nous sommes tous liés et nous avançons tous vers un destin inéluctable, les mouvements de l'un dictent ceux de l'autre, tels les battements d'aile d'un papillon, dans un monde 2.0. Toute la philosophie de Klapisch est là. Il était le réalisateur tout désigné pour signer la saga symbole d'Erasmus. Solidarité, fraternité, colocation, échange, voyage, village-monde, repas partagés, frigo commun... voici le champ lexical de la Klap. Accessoirement, on parle de "lie de vin" pour qualifier une couleur verdâtre, celle des vignes, clin d’œil astucieux au métier des personnages principaux du film, tous viticulteurs.




La sortie d'un nouveau Klap est toujours un événement. Un événement auquel on ne répond pas toujours présent, parfois par lâcheté. Un rendez-vous que nous n'honorons pas systématiquement, faute de courage. Mais la sortie d'un Klap ne nous laisse jamais indifférent et cela arrive que nous la subissions de plein fouet. Ici, le cinéaste de 55 ans, arrivé à un tournant de sa vie et de sa filmographie, s'intéresse au monde viticole, à la terre, pour pondre un nouveau film de groupe, nous expliquant encore à quel point la vie est ouf mais vaut tout de même la peine d'être vécue. Que parfois on pleure, parfois on rit, mais que c'est toujours le panard, surtout quand on bosse dans le pinard et qu'une grosse zik trip hop, chère à un Klapisch coincé dans les 90s, accompagne et souligne tous ces moments.




Fâché avec Romain Duris, dont il a oublié de souhaiter le dernier anniversaire par sms, et désireux de trouver un plus jeune étendard à son cinéma, Cédric Klapisch a cette fois-ci embauché Pio Marmaï, un acteur détestable mais qui est parvenu à faire sa place, que l'on a fini par tolérer grâce à son bagout et à sa bonhomie. On a appris à faire avec. Il faut se le farcir, mais avouons-le, il n'est pas bien méchant et dispose d'un naturel à l'écran que peu d'acteurs français de sa génération réussissent à dégager. Il est entouré par Ana Girardot (nous avons apprécié ce plan fugace où, jambes nues, la jeune actrice tasse le raisin dans des fûts) et François Civil, un jeune comédien en plein boom que l'on avait déjà croisé dans Dix pour cent, l'assez triste série créée par la Klap sur le monde des agents d'acteurs. Nous devons à François Civil les meilleurs moments comiques du film. Il faut reconnaître qu'il s'en tire pas mal et réussit presque à être drôle quand il doit surmonter sa timidité et dire ses quatre vérités à son interlocuteur, sans jamais finir ses phrases. Petit coup de flip lors de ma séance ciné : un couple de vieux s'est même mis à applaudir vigoureusement après l'une de ses répliques, comme pour me rappeler qu'un Klapisch se vit au cinéma, avec un public réceptif, pour être pleinement apprécié. Mon acolyte et moi gardons un souvenir inoubliable de la fois où nous étions allés voir Paris, la fleur au fusil. 




On regrette toutefois que Klaspich soit toujours aussi mauvais, aussi lourdingue, pour croquer des moments de vie supposés poignants, touchants. Il est clairement plus doué dans le registre de la comédie pure, où sa mise en scène et sa lourdeur font moins de dégât. Les scènes de dégustation de vin sont aussi des passages difficiles à encaisser, qui nécessitent un self control à toute épreuve. Il faut voir les comédiens débiter leurs banalités et leurs phrases toutes faites après avoir enfin avalé leur gorgée et, surtout, il faut supporter d'entendre ces bruits de bouche abominables qui donnent véritablement envie de tuer, de passer à l'acte. Je reprocherai aussi à la Klap son goût trop prononcé pour la carte postale. On croirait que son film est fait pour être vendu à l'étranger et mettre en valeur, péniblement, les paysages de la Bourgogne. Cette mauvaise tendance klapischienne se ressent aussi quand nous admirons notre trio d'acteurs, toujours beaux, en pleine forme, jamais fatigués, tirés à quatre épingles, portant des vêtements bien assortis, lorsqu'ils travaillent la vigne, comme s'ils faisaient un défilé ridicule, tels des gravures de mode de la campagne. Ça n'est pas crédible pour un sou, à l'image de ces dialogues lamentablement sibyllins où les personnages débattent du moment le plus opportun pour démarrer les vendanges. Un viticulteur audois ne supporterait pas ce spectacle une seconde et irait dans la foulée faire exploser à la dynamite artisanale le domicile du cinéaste.




Le moment tant redouté des vendanges est aussi une sacrée épreuve. Klapisch en profite évidemment pour nous montrer combien le travail des vignes est merveilleux, fait en groupe, dans la bonne humeur. Tout le monde vit et dort ensemble, comme une grande famille, se couche et se lève avec le sourire et, là encore, le cinéaste parvient à titiller nos plus bas instincts, nos envies pyromanes et sociopathes. Autre constat assez dingue à la sortie du film, qui en dit sans doute long : le Klap ne m'a pas du tout filé envie de boire du vin. J'ai un bon rosé tout frais dans le frigo, je n'ai même pas envie de m'en glisser un verre. C'est assez fou, c'est encore une belle performance de la Klap. Après Super Size Me, on s'est tous tapé illico presto un bon gros McDo. Un film sur l'élevage de poulets, je suis sûr qu'à la sortie je m'en tape un ou deux. Là, rien du tout. Malgré cela, mon honnêteté de blogueur ciné m'amène à vous avouer qu'il ne s'agit pas, loin de là, de l'un des pires Klapisch puisqu'il évite certains écueils attendus et éloigne de justesse ses personnages de la caricature. Cependant, je ne peux m'empêcher de penser qu'une telle histoire, sur ces frères et sœur qui se réunissent après le décès du père pour gérer son héritage et son domaine, de tels thèmes, avec l'enchaînement des saisons et le travail de la terre, abordés par un cinéaste français plus fin, comme Assayas ou Kechiche, cela aurait pu donner un bien beau film... 

Bon, je me glisse quand même un verre sous le colbac... mais Klap, tu n'y es pour rien ! J'ai juste soif.


Ce qui nous lie de Cédric Klapisch avec Pio Marmaï, Ana Girardot et François Civil (2017) 

11 décembre 2014

Maestro

Ce film retrace la rencontre entre Jocelyn Quivrin et Eric Rohmer sur le tournage des Amours d'Astrée et de Céladon. Le scénario est signé de Quivrin lui-même, qui voulait raconter comment il est arrivé sur ce tournage en ne rêvant que de tourner dans un gros film hollywoodien à la con et en se foutant à plein tube de la gueule d'un type comme Rohmer, puis comment il a progressivement pigé qu'en fait Rohmer était un sacré bonhomme, peut-être plus intéressant à fréquenter que les débiles aux manettes de Fast and Furious. Le film dépeint donc la belle épiphanie d’un ancien crétin, le tout co-écrit et filmé par Léa Falzar, à qui l’on devait déjà jusque là une belle poignée de saloperies (Notre univers impitoyable, Ensemble c’est trop, Cookie, etc.).




Rendre un hommage à Rohmer quand on filme comme Léa Fazer est une gageure, certes. Mais au fond on se demande à quel point ce film, qui est dédié à Quivrin et à Rohmer (morts à trois mois d’intervalle en 2009 et 2010, l'un à 30 piges, l'autre à 89), est un hommage à Eric Rohmer, rebaptisé Cédric Rovère pour les besoins (?) du film. Quand on voit l’idée que se fait Léa Fazer du cinéma de Rohmer, notamment dans cette scène où Pio Marmaï (il incarne Quivrin, et le supporter, aux côtés d'Alice Belaïdi, l'éternelle standardiste haïssable de Canal+, dans chaque plan de ce film, demande beaucoup d'indulgence et de philanthropie), où Pio Marmaï donc et son colocataire regardent dans leur canapé ce qui se veut un pastiche (mais qui est une vraie parodie, et pas finaude) de films tels que Le Genou de Claire ou Conte de printemps, on se dit qu’au fond la réalisatrice doit mépriser ce cinéma-là, ou du moins très mal le comprendre. Il est bien triste, mais pas si étonnant, que des gens aient pu prendre le film pour, je cite, une « satire du cinéma d’auteur ».




Léa Fazer ne parvient jamais à restituer un minimum de la beauté et de l’intelligence du cinéma d’Eric Rohmer, ni de sa personne (qui se limite ici, sous les traits sympathiques de Michael Lonsdale, au goût des lettres et de la vinasse, alors qu'il n'est pas bien difficile de savoir, quand on est censé s'intéresser de près au sujet, que si Rohmer était évidemment féru de littérature et capable de réciter des tas de poèmes sans forcer, il ne buvait en revanche jamais de vin, préférant se nourrir de thé à longueur de journée). Fazer se contente plutôt de faire passer le cinéaste pour une sorte de vieux sage discret qui, d’une seule phrase — comme si c'était si simple... — parvient à opérer un déclic dans la tête de son jeune protégé : le jeune homme devient en une fraction de seconde un bon acteur, Pio Marmaï, un bon acteur. Maestro (rien que le titre...) se concentre donc, à défaut d'avoir quoi que ce soit à dire à propos de Rohmer ou de son cinéma, sur une histoire d’amour sans intérêt entre Marmaï et Déborah François, soit entre un branleur pétomane fan de Bruce Willis sur le point de découvrir l'existence de Labiche, et une actrice hautaine, coincée et fan de Tchekhov, sur le point de découvrir l'existence de la bite.




Mais même sur ce chapitre, a priori plus dans ses cordes, Léa Fazer se vautre et donne envie de maudire son horrible patronyme sur sept générations au moins. Revoyons plutôt Pas son genre de Lucas Belvaux, autre film français récent traitant du rapport amoureux entre gens d'origines culturelles diverses, mais de façon intelligente et sensible. Pour le coup voilà un bel exemple de ce que le cinéma français populaire doit, ou peut, être, loin de ce que les Léa Fazer de France et de Navarre produisent à la chaîne en se plaçant abusivement sous son patronage, pondant des coquilles vides telles que ce film, coquilles dans lesquelles on ne trouve bel et bien rien mais sur lesquelles on retrouve toujours quelques traces tenaces de fientes (comme sur ces œufs bio qui sortent juste de la poule et qui coûtent bel et bien la peau du cul).


Maestro de Léa Fazer avec Pio Marmaï, Michael Lonsdale, Déborah François, Alice Belaïdi et Dominique Reymond (2014)

24 juillet 2012

Un Heureux événement

Ce film-là Félix, maso parmi les maso, se l'est lancé un soir en solo. Durant toute la séance il m'envoyait des mails pour évacuer sa douleur devant l'horrible purge de l'ami Bezançon. Et puis il m'a carrément poussé à souffrir ce film moi aussi, histoire de partager sa peine et sa rage. Comme un idiot j'ai obéi, et j'ai vite compris, car dès les premières secondes, dès le générique d'ouverture en réalité, on sait que ce film va nous tuer à petit feu. Bezançon ouvre son histoire par la rencontre des deux protagonistes qui vont bientôt faire l'amour et donner naissance à un enfant, geste synonyme, selon le réalisateur, de "suicide collectif" ou de "commettre la pire erreur de sa vie". Les personnages tombent amoureux dans le vidéo-club où travaille Pio Marmaï et où Louise Bourgoin se rend chaque soir pour louer des films (à l'ère d'internet, passons). Et comme dans un sketch de Bref ou dans un film de Jean-Pierre Jeunet, les deux tourtereaux communiquent sans un mot en se montrant des jaquettes de films qui en disent long sur leur attirance commune et leur permettent toutes sortes de gags sentimentaux réjouissants.




Ainsi Louise Bourgoin, pour taquiner Marmaï, loue En présence d'un clown d'Ingmar Bergman et agite le boîtier sous le nez de son futur compagnon, à quoi notre homme répond en lui suggérant Les Dents de la mer, pour se moquer gentiment des chicots de l'actrice, et puis petit à petit, de taquineries en taquineries, les sentiments affleurent et quand Louise Bourgoin montre à Marmaï la couverture de Je t'aime je t'aime d'Alain Resnais, ce dernier répond par le dvd des Nerfs à vif en sortant son sexe pour le poser sur le comptoir. C'est après ce dernier message subliminal (en réalité les dvds choisis ne sont pas du tout ceux-là, Rémi Bezançon ne connaît pas les films cités, il s'agit plutôt de films du genre Les hommes préfèrent les grosses, Viens chez moi j'habite chez une copine, Allô maman ici bébé et Le Premier jour du reste de ta vie, le réalisateur citant son propre film sachant que personne ne le fera jamais), c'est à la fin de cette séquence tétanisante donc que les deux jeunes gens se retrouvent au lit puis en couple. Et comme dans la plupart des films populaires français ils ont l'air putain de plein aux as alors que Marmai tient juste un vidéo-club (un commerce pourtant sur le déclin, il me semble...) et que l'autre plaie est thésarde en philosophie. Leur situation normalement ultra précaire ne les empêche pas de parcourir le monde, de vivre dans un appartement immense et de s'entre-ruiner dans des lits qui passeraient incognito au Château de Versailles.




Et puis après de nombreuses séquences d'explicit pregnant sex, l'enfant paraît et avec lui le couronnement des emmerdes du couple. Ce film est à déconseiller à quiconque désire, attend ou possède un enfant. Pour être honnête il est à déconseiller à absolument quiconque est doté d'yeux (les "plans" de Bezançon et ses "idées" visuelles sont à vomir) ou à la limite d'oreilles (le film prend régulièrement les atours d'un clip atroce). En fin de compte, seuls nos amis échinodermes pourraient passer du bon temps devant l’œuvre de Bezançon. C'est officiellement le film le plus déprimant du monde, et c'est une arme de destruction massive contre la natalité, contre le couple, contre la vie et la joie. Ce film est un concentré de capharnaüm avec un zeste de gros bourdon, c'est du cyanure dans un grand bol de ciguë, c'est la peste et le choléra qui se tiennent la main, si on est une femme on a envie de gifler son mec tout de suite, si on est un mec on a envie de se jeter par la fenêtre, qui qu'on soit on n'a plus envie de rien, à part de maudire continument Rémi Besançon, Louise Bourgoin (avec sa grosse tronche vulgaire d'arriviste insupportable), Pio Marmaï (déjà à l'affiche du terrible D'amour et d'eau fraîche, et il est assez amusant que pour illustrer un film anti-gosses Bezançon ait choisi un acteur qui s'appelle Marmaille), la chanteuse Anaïs (oui, elle joue dans ce film, duel de freaks avec Bourgoin), Josiane Balasko (celle qu'on appelle Malabar Princess dans le métier) voire même Louis-Do de Lencquesaing (qui n'aura pas chômé en 2011, présent dans mille et un films pour le meilleur et pour le pire).




Sans parler des acteurs, mis au service de personnages tous plus cons, vulgaires et irritants les uns que les autres, on a du mal à dire à quel point on en veut à Rémy (je l'écris volontairement avec un "y") Bezançon de foutre aux gens une déprime énorme alors qu'ils n'ont rien demandé. Cet homme, auteur du Dernier jour du reste de nos vies et de Zarafa, réalise des films qui nous horripilent comme très peu de films parviennent à le faire. Des films toujours hantés par les mêmes idées fixes, les mêmes lubies de détraqué, y compris quand ils s'adressent à toute la famille et sont supposés nous émouvoir. Dans son second long métrage, on croisait Déborah François la bouche pleine de sperme après avoir tout juste perdu sa virginité et s'être vraisemblablement comportée comme une déesse du porno ; ici, Bezançon nous montre Louise Bourgoin demander innocemment à son gynéco quel peut être l'effet d'une trop importante ingestion de sperme sur l'alien qu'elle a dans le ventre, et c'est à nous d'imaginer sans aucun souci l'ex-Miss Météo recevoir la gueule grande ouverte toutes les averses salées de l'infâme Pio. Un exemple parmi tant d'autres ! Il n'y a pas grand chose de plus dégoûtant sur Terre qu'Un heureux événement, film sans rémission, noir, noir, noir, bourdonneux, cafardeux, glauque et malaisant. Ce film est un gros corbac de mauvais augure, un chat noir à trois pattes, un miroir brisé renvoyant les visages morbides des vaniteux qui l'ont concocté. Si on faisait de ce film et de La Guerre est déclarée un seul et même long métrage de plus de trois heures sur deux couples qui ont chacun des emmerdes avec leurs gamins, imaginez un peu ! Ça donnerait un putain de film ma parole ! La fin du cinéma en 180 minutes environ.


Un Heureux événement de Rémi Bezançon avec Louise Bourgoin, Pio Marmaï, Josiane Balasko, Anaïs et Louis-Do de Lencquesaing (2011)

5 février 2012

Zarafa

Non, n'espérez pas un biopic de Yasser Arafat ! Zarafa est un dessin animé destiné au jeune public dont la sortie est programmée pour les vacances de février. Un film d'animation se déroulant dans la savane africaine qui nous raconte l'amitié indéfectible entre Maki, un enfant de 10 ans, et Zarafa, un girafon orphelin. Co-réalisé par Rémi Bezançon et Jean-Christophe Lie, il y a peu de chances que je regarde ce film un jour et je ne l'offrirai jamais, même en divx, à mes neveux ou nièces. Car oui, vous avez bien lu : "Rémi Bezançon", le coupable de l'infâme Premier jour du reste de ta vie et du tout aussi répugnant Un Heureux évènement, l'un des pires réalisateurs du cinéma français actuel, a co-signé ce film avec son pote dessinateur. Si vous êtes un peu observateur, vous avez facilement pu remarquer que les films de Bezançon pullulent de clins d’œil déplacés au petit monde du porno, de dialogues et d'images dégoûtantes qui laissent songeur quant à la sexualité du metteur en scène et à la place qu'il lui accorde dans sa vie et, plus triste encore, dans son œuvre. On se souviendra trop longtemps hélas de l'ignoble flaque de sang s'écoulant sous la porte de la chambre de Déborah François dans Le Premier jour..., indiquant avec subtilité son dépucelage imminent, et des nombreux cumshots assénés hors-champ par Pio Marmaï sur le visage de Louise Bourgoin dans le film suivant. Conseil amical : n'amenez pas vos enfants voir Zarafa. La seule vision de la bande-annonce m'a permis de constater que le film ne dérogeait pas à cette triste règle : ce dessin animé pour enfants est suffisamment bourré d'allusions sexuelles anormales pour que l'une d'entre elles figure déjà dans cette petite minute et demie d'avant-goût. Je veux bien entendu parler de ce moment a priori anodin où le petit Maki demande innocemment à son girafon adoré, inspectant les ombres étranges projetées sur le sol depuis le dos de son compagnon tacheté, "Oh mais combien t'as de pattes toi ?!". Je vous laisse observer le plan qui répond à cette malheureuse question via la capture d'écran réalisée par mes soins ci-dessous.



Rémi Bezançon est un homme dangereux.


Zarafa de Rémi Bezançon et Jean-Christophe Lie avec Manik et Zarafa, le girafon à grosse teub (2012)

18 janvier 2011

D'Amour et d'eau fraîche

Ce film c'est comme le cimetière de Bône, l'envie de mourir il te donne. Je ne suis pas sûr d'avoir déjà vu film plus déprimant, et pourtant je suis du genre à m'envoyer pas mal de ces longs métrages français qui collent le cafard dès la première image, comme Partir ou Le Premier jour du reste de ta vie. Mais D'Amour et d'eau fraîche est hors-catégorie, c'est le film le plus glauque de la décennie, le plus gluant de l'année, le plus abattant qui soit, c'est un gros bourdon noir géant et morbide, c'est le spleen de paris sans la poésie, c'est la nausée sans Sartre, c'est la peste sans Camus et c'est le Necronomicon sans de l'arabe fou Abdul Alhazred. Rétrospectivement le plus douloureux c'est quand on songe à ce que le titre inspire avant d'avoir vu le film... On prévoit naturellement une romance à l'eau de rose avec de sympathiques jouvenceaux s'introduisant aux joies les plus élémentaires de la vie. Eh bien détrompez-moi. 
 
 
 
Au lieu de ça nous voilà condamnés à suivre à la trace les aventures d'une jeune femme déchirée entre mille et un emplois minables qui ne l'intéressent pas le moins du monde et qui sont autant d'occasions de se faire humilier par des patrons infects. L'héroïne s'appelle Julie Bataille (on notera le judicieux patronyme qui en dit long sur le personnage), elle est interprétée par Anaïs Demoustier (déjà aperçue en 2008 dans Les Grandes personnes), elle a 23 ans, Bac +5, des Converse aux pieds et elle en a ras-le-cul des petits boulots. Elle cherche un vrai travail. Déjà dégoûtée par l'existence de larbin qui semble nous être promise à tous, notre héroïne pleine d'énergie court cependant après une vie de merde sans issue. Et devant ce spectacle et encore les jours suivants on se sent démoralisé, dévalorisé, coupable, on perd son appétit et son intérêt pour toute activité, on est irritable et d'une émotivité excessive, un rien provoque des larmes, on est fatigués, on n'a plus du tout de libido et on a mal non seulement à la tête, mais au dos et au bide. Si j'en crois mon médecin traitant et pharmacien attitré, l'excellent Monsieur Doctissimo, ce sont là les symptômes précis d'une dépression. Tout ça à cause de ce film...
 
 
 
Alors j'ai bien compris le titre, je suis pas débile, j'ai bien pigé qu'après toutes ces péripéties gerbantes notre héroïne va tomber amoureuse de ce jeune homme qui depuis le début du film lui tourne autour à coups de vannes pas drôles mais qui ont le don de la faire pisser de rire. J'ai bien compris aussi, même si j'ai arrêté d'aimer la vie pile à ce moment-là du film, que ce type qui dégage une grâce inestimable parce qu'il vit au jour le jour de trafics minables (et aussi, admettons-le, parce qu'il a les traits charmants de Pio Marmai), va entraîner la fille à sa suite dans des combines putrides qui vont certainement les foutre dans la merde mais qui s'avèreront la seule alternative possible à une jeunesse inévitablement croupie par les trop hauts barreaux de taule érigés en société confortable qui nous encerclent tous (bam). J'ai saisi l'idée planquée derrière cette fable désenchantée et ce portrait au vitriol d'une jeunesse désespérée. N'empêche qu'il y a là de quoi vous faire vieillir... De quoi vous pousser au fond du trou bien plus vite que cette maudite société qui nous aliène et nous dévore, dépeinte par Czajka à grands coups de pinceaux et de ciseaux. Sous prétexte de se révolter contre la déprime ambiante le film vous colle la dépression carabinée la plus violente de votre chiennasse de vie. C'est un projet...
 
 
 
 
Dans ce film, avis aux amateurs et amatrices, Anaïs Demoustier et Pio Marmai sont nus, dénudés, en full frontal, ils sont naked, nude, in the nude, without clothing, c'est une celebrity compilation of nudes, un repaire à hot celeb action, on est in bed with Demoustier et Marmai. J'emploie tous ces termes assez spécifiques, hideux et sophistiqués parce que ça rameute toujours pas mal de monde sur le blog. Je suis bel et bien là pour faire du chiffre et c'est pas avec "#damour", "#et", "#deau" ou "#fraîche" (quequoi pour ce dernier) que je vais rentrer dans mes comptes. 
 
 
 D'Amour et d'eau fraîche d'Isabelle Czajka avec Anaïs Demoustier et Pio Marmaï (2010)