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20 octobre 2020

Dolores Claiborne

Dans la trop grande famille des films américains des années 90 qui ont putain de mal vieilli, je voudrais la grosse tante relou dont tout le monde n'a strictement plus rien à foutre : Dolores Claiborne. Dans la catégorie des adaptations de Stephen King en marge de l'épouvante et du fantastique, je voudrais l'une des plus pourries du lot, celle où la psychologie à coups de hache chère au célèbre écrivain du Maine fait le plus de ravage : Dolores Claiborne. Et parmi les réalisateurs dont la filmographie entière pourrait disparaître en fumée à tout jamais sans peiner personne, à commencer par lui-même, je nomme Taylor Hackford. Dites-vous pourtant qu'en 1995, cet homme-là était alors au sommet de sa carrière, puisqu'il enchaîna directement avec L'Associé du diable ! Est-il vraiment nécessaire d'en rajouter ? Marié à Helen Mirren depuis 1997 – ces années-là ont décidément été les meilleures de sa vie –, Taylor Hackford semble avoir toujours privilégié sa vie privée et familiale. On ne peut pas lui en vouloir pour cela. Il ne s'attendait certainement pas à ce que l'on redécouvre et juge ses œuvres 25 ans après leur sortie.




Dolores Claiborne contient tous les poncifs chers aux histoires de Stephen King, avec mari alcoolo, enfant abusé, femme battue et flic débile, le tout réuni au sein d'une petite bourgade du Maine où les ragots circulent rapidos pour mieux créer un bouc émissaire tout désigné. Il s'agit ici de Kathy Bates qui, dans le rôle titre, incarne une bonne femme scrutée de près suite à la mort de la très riche vieille femme dont elle était l'intendante. La fille de Dolores, campée par Jennifer Jason Leigh, journaliste à New York fâchée avec sa maman, lui vient tout de même en aide et se rabiboche progressivement avec elle, tout en faisant resurgir un passé douloureux... Désolé, je vous fais ce résumé sans la moindre envie ni passion et ça se sent, sortons vite de ce paragraphe si pénible !




Que peut-on sauver là-dedans à la revoyure ? Rien, ou si peu... La façon fluide dont sont amenés les nombreux flashbacks n'est pas si moche, reconnaissons-le. Contrairement à la règle actuelle, c'est le présent qui est tout terne et grisâtre, désaturé façon vert-de-gris, et lorsque survient un flashback, celui-ci s'annonce d'abord par des couleurs ravivées, une lumière toute autre, plus franche, qui fait souvent son apparition en arrière-plan. Sans rupture, par un simple mouvement de caméra ou un changement de mise au point, se déroule alors un flashback révélateur. Les deux premières fois, on est agréablement surpris et ça nous permet de relever un peu les yeux, puis cela devient vite une mécanique assez pénible et répétitive. Notons d'ailleurs qu'à la même période, en 1996, John Sayles faisait à peu près la même chose mais avec un tout autre talent et au cœur d'un récit bien plus ample et ambitieux dans son assez beau Lone Star, dont la façon d'amorcer gracieusement les retours vers le passé constituaient le principal intérêt. 




Dolores Claiborne est lourd, laborieux et long. Si long... Quel intérêt de mater ça aujourd'hui ? Je me le demande encore. Ma curiosité m'a encore joué un vilain tour. La scène clé du film, celle qui permet de tout piger et de regarder d'un autre œil, où nous assistons à la mort pas si accidentelle que ça du mari de Dolores, est une agression visuelle aussi gratuite qu'inattendue. Cet événement décisif survient en même temps qu'une éclipse de soleil qui détourne l'attention de l'île toute entière. Sur le papier, c'est bien pratique, mais à l'écran... Car qui dit éclipse solaire dit couleurs bouleversées, ce qui, à travers la caméra de Taylor Hackford, donne quelque chose de tout simplement hideux. Le ciel devient orangeâtre et le visage de Kathy Bates, filmé en trop gros plan, donne l'effet d'une horrible surimpression. Bref, si toutes les copies de ce film venaient à disparaître mystérieusement et s'il ne restait plus que le pauvre fichier mp4 qui m'a permis de le découvrir, je le supprimerais sans vergogne, pour effacer toute trace de son existence de la surface du globe. Ou peut-être demanderais-je une rançon à Stephen King qui, évidemment, cite ce triste film parmi ses adaptations préférées...


Dolores Claiborne de Taylor Hackford avec Kathy Bates, Jennifer Jason Leigh et Christopher Plummer (1995)

17 mars 2018

Annihilation

Après le remarqué Ex Machina qui abordait l'un des thèmes favoris de la science fiction actuelle, l'intelligence artificielle, le britannique Alex Garland persévère dans le genre en adaptant cette fois-ci le best steller de Jeff Vandermeer, Annihilation, paru en 2004 et auréolé de nombreuses distinctions. Ce livre s'inspirait de deux grands classiques venus de l'Est : Stalker, des frères Strougatski, et Solaris, de Stanislas Lem, des incontournables de la SF, à lire absolument, qui ont chacun donné lieu à des adaptations signées Andreï Tarkovski, elles-mêmes entrées dans l'histoire du 7ème Art. C'est dire si Alex Garland fait preuve d'ambition et s'inscrit dans un héritage littéraire et cinématographique particulièrement lourd à porter. En réalité, c'est principalement à Stalker que l'on repense ici puisque le point de départ est grosso modo le même. Il s'agit d'une idée a priori très excitante, popularisée par les frères Strougatski puis magnifiée par le chef d’œuvre de Tarkovski : l'exploration d'une vaste et mystérieuse étendue de notre planète influencée par une présence venue d'ailleurs, une zone à haut risque aux effets inexplicables sur les visiteurs qui s'y aventurent courageusement. Nous suivons une petite troupe de scientifiques, exclusivement féminine, menée par Natalie Portman et Jennifer Jason Leigh, désireuse d'atteindre le centre de ladite zone afin de percer son secret, de comprendre pourquoi celle-ci croît inexorablement, transformant tout ce qu'elle absorbe.





Dès les premières minutes d'exposition, le film s'avère hélas assez laborieux. Alex Garland installe péniblement des personnages tout à fait anodins, interprétés par des acteurs qui semblent peu concernés (la palme revenant à Jennifer Jason Leigh, fantomatique). Mais parce que le pitch est prometteur, on demeure vaguement intrigué et, surtout, impatient d'entrer enfin dans la fameuse zone, ce "scintillement" étrange qui, à l'image, se caractérise par des vagues de lumières aux couleurs de l'arc-en-ciel, miroitant au loin. Ce n'est qu'à la trentième minute que la bande à Natalie Portman y pénètre enfin, après un dernier temps d'attente, un ultime regard lancé derrière leurs épaules, histoire de créer un suspense qui se fait toujours désirer. Nous apprenons ensuite que la présence venue d'outre-ciel a pour effet de faire muter les organismes, de les mêler de manière hasardeuse les uns aux autres, faisant fi des barrières des espèces et des lois les plus élémentaires de la Nature. Cette particularité aurait pu permettre à Alex Garland toutes les folies visuelles. Malheureusement, si la "direction artistique" se veut soignée, le cinéaste s'avère incapable de la mettre convenablement en valeur, de créer des images réellement fascinantes. Visuellement, Annihilation est d'une pauvreté accablante, malgré deux ou trois bonnes idées disséminées ici ou là qui auraient mérité un bien meilleur traitement et en dépit d'un scénario qui offrait un prétexte solide à toutes les extravagances.





A l'image, c'est à un psychédélisme très sage auquel nous avons affaire, donnant régulièrement au film une sorte de style pseudo New Age daté et de mauvais goût. Initialement écrivain et scénariste, Alex Garland révèle encore toutes ses limites en tant que metteur en scène. Il nous rappelle que son Ex Machina était déjà très surestimé et bénéficiait, lui aussi, d'un pitch particulièrement aguicheur, d'un scénario que n'honorait pas son travail de réalisateur, mais qui a suffi à en tromper plus d'un. En évoquant immanquablement Stalker, Annihilation nous rappelle sa petitesse dérisoire fasse à l’œuvre gigantesque de Tarkovski. Mais Alex Garland ne s'arrête pas là et convoque aussi régulièrement d'autres références trop imposantes pour lui. On note ainsi de nombreux clins d’œil et de situations rappelant The Thing de John Carpenter. Là encore, la comparaison s'avère très cruelle puisque contrairement au maître, le britannique est bien incapable de développer la moindre atmosphère et ne capture guère de visions d'épouvante ni ne provoque aucun effroi face à l'inconnu, aucune sidération face à l'inexplicable. Il parvient seulement à nous donner le vertige face au terrible abîme qui le sépare des grands cinéastes qui, eux, ont su marquer la science fiction en mettant leur immense talent à son service. Pour réussir un tel film, il faut en effet un certain génie, un brin de folie. Produire des images marquantes n'est pas donné à tout le monde. Imaginez le script d'Under the Skin entre les mains d'un guignol. C'est impensable. Jonathan Glazer a su le sublimer, en faire une œuvre tout à fait à part. Alex Garland n'est définitivement pas de cette trempe, il aurait peut-être dû laisser faire quelqu'un d'autre. Mais ils ne sont hélas pas nombreux ceux qui, aujourd'hui, auraient été capables d'en tirer un chouette film.





Alors que son histoire lui offre mille possibilités, nous avons donc droit à des fleurs de toutes les couleurs, à deux biches albinos sautillant dans les bois, à un crocodile à la dentition variée et à un ours à la tronche de sanglier. Génial... On a le désagréable sentiment qu'il manquait un illuminé à bord, l'équivalent d'un Giger ou d'un Rob Bottin, capable de matérialiser les plus folles digressions. Ce n'est qu'à la toute fin qu'Alex Garland se lâche un peu et nous propose une scène plutôt surprenante. Natalie Portman y est confrontée à un double bizarroïde lors d'un face à face donnant lieu à une chorégraphie où le temps, enfin, paraît suspendu par l'étrangeté du spectacle proposé. C'est hélas bien trop tard... Orphelin de la moindre tension, en dehors d'une scène plutôt réussie et porteuse de la plus belle idée (l'ours mutant qui reproduit les appels à l'aide de sa dernière victime humaine — notons qu'elle est sonore et non visuelle), Annihilation est également dénué de rythme et d'ambiance. Pompeusement découpé en plusieurs chapitres aux titres sibyllins, ce film très creux nous propose des flashbacks réguliers qui nous permettent de faire plus ample connaissance avec le couple sans intérêt formé par Natalie Portman et Oscar Isaac. On se farcit ainsi des scènes de plumard lamentables où le second chatouille la première après avoir échangé sur Dieu et la Création lors de dialogues imbuvables. Merveilleux...





Au bout du compte, Annihilation laisse une impression drôlement désagréable, celle d'une arnaque mal menée, d'esbroufe sans style particulier. Un comble. Le scénario qui invitait à des métaphores évidentes semble cacher tant bien que mal son indigence derrière une nébulosité ridicule qui n'émoustille en rien notre imagination et ne nous incite nullement à combler ses vides, ses trous laissés béants. Le plan final, pied de nez minable, achève de nous plonger dans la pire perplexité, il ressemble tristement au cliffhanger facile d'un épisode de série télé de bas étage. Il paraît que le film parle avant tout de dépression, d'autodestruction. C'est vrai qu'il nous fait broyer du noir et que la démarche de Garland s'apparente à un suicide. Annihilation accomplit la désolante prouesse de nous amener à douter du pouvoir de l'art cinématographique quant à sa capacité à exploiter pleinement les grandes idées de science fiction et à reproduire les plus singulières expériences de lecture (on pourrait, ou plutôt, on devrait pouvoir penser à La Couleur tombée du ciel de Lovecraft, à La Forêt de Cristal de JG Ballard). Et l'on frémit de nouveau en pensant que l'adaptation des Montagnes Hallucinées par le peu doué Guillermo Del Toro pourrait être remise sur les rails suite au succès de La Forme de l'Eau. Alors que John Carpenter réussissait à évoquer l'esprit si périlleux de Lovecraft dans The Thing, en s'y attaquant par des voies détournées, Alex Garland nous confronte simplement à son impuissance et échoue à effleurer les grands écrivains, les maîtres de la science fiction, en empruntant pourtant un chemin bien plus direct. On termine le film avec l'envie très vive de se nettoyer les yeux, de raviver notre amour pour le cinoche, le vrai, en se replongeant dans le décidément inégalable Stalker d'Andrei Tarkovski.


Annihilation d'Alex Garland avec Natalie Portman, Jennifer Jason Leigh et Oscar Isaac (2018)

19 septembre 2017

Good Time

Les frères Safdie, dont je ne connaissais que les deux premiers longs métrages, reviennent en très grande forme avec Good Time qui, à coup sûr, leur permettra d'éclater enfin aux yeux d'un bien plus large public. "Bad trip survolté et jouissif", "expérience sensorielle", "hypnotique", tous ces qualificatifs grandiloquents ornent les affiches de leur nouveau film déjà remarqué au dernier Festival de Cannes. Pour une fois, tous ces termes sont complètement justifiés et décrivent avec justesse cette petite bombe qu'est Good Time. Le scénario génial de Joshua et Ben Safdie ne nous laisse pas une minute de répit, aucun temps mort. Si les deux frères n'inventent pas la poudre et proposent des situations que l'on a parfois déjà vues ailleurs, ils parviennent à les condenser en 1h40 qui passe à toute vitesse et conservent un ton unique, avec ce regard toujours très doux porté sur ces personnages de losers qu'ils mettent en scène. On passe tout le film collé aux basques de Connie (remarquable Robert Pattinson) qui, après un braquage foireux, s'embarque dans une folle nuit new-yorkaise à la recherche de son frère retardé (Ben Safdie, bluffant). Après un léger temps d'adaptation nécessaire pour s'acclimater à un rythme très rapide qui pourra d'abord passer pour hystérique tant ses personnages sont sans cesse en train de se gueuler dessus (Jennifer Jason Leigh surtout), c'est avec un rare plaisir que nous suivons les mésaventures de Connie, dont l'amour pour son frère l'amène à prendre tous les risques et à commettre l'impensable.





On aimerait presque que le film s'apaise parfois, qu'il nous laisse souffler et qu'il prenne le temps de tirer pleinement partie du potentiel cinégénique des décors étonnants dans lesquels son personnage principal finit par se retrouver. Je repense tout particulièrement à ce passage terrible dans un parc d'attraction aux lumières chatoyantes, dont Connie et un abruti ramassé par erreur fouillent les recoins dans l'espoir d'y retrouver une sacro-sainte bouteille d'acide ou un sac rempli de dollars. Pratiquement toujours filmé au plus près de son acteur vedette, Good Time semble alors passer à côté de belles images, au profit d'une énergie constante, systématiquement relancée par des rebondissements et des bifurcations imprévisibles. Plutôt que de nous impressionner le temps d'une scène mémorable ou de nous ébahir face à leurs trouvailles visuelles, les frères Safdie s'affairent à nous laisser une sensation globale, à nous noyer dans une atmosphère unique, à nous faire vivre au plus près la fiévreuse épopée de leur personnage. Cette nuit sous acide est également accompagnée d'une bande-son au diapason signée Oneohtrix Point Never, aka Daniel Lopatin, un autre artiste new-yorkais bien décidé à capturer, lui aussi, une ambiance propre à la Grosse Pomme. Sa musique électronique anxiogène et la réalisation caméra portée des Safdie nous placent en immersion totale, en apnée.





Alors que leur idée de départ présentait ce risque, le scénario haletant des Safdie parvient rapidement à s'éloigner de la mode fatigante des films à pitchs forts se déroulant sur un temps très court mais retombant comme un soufflé. Nous sommes scotchés du début à la fin, parfois même abasourdis par la puissance formidable de ce récit qui paraît nous surprendre continuellement sans faire d'effort, en se déroulant naturellement sous nos yeux médusés. En outre, les Safdie n'oublient pas d'être drôles et on a particulièrement apprécié cette petite parenthèse sous forme de flashback qui nous raconte comment l'un des personnages de paumés a atterri dans cette galère. On sort de cette folle course en avant pratiquement essoufflé, avec la certitude de n'avoir rien vu de tel depuis un fameux bail. Nous saurons dans quelques temps ce qu'il restera de Good Time, si le film parvient à marquer durablement les esprits et à dépasser la simple expérience cinématographique pure mais, en attendant, on aurait presque envie d'y retourner ! A l'évidence, on tient là l'un des meilleurs films américains de l'année, et l'on vous recommande chaudement d'aller le vivre sur grand écran.


Good Time de Joshua et Ben Safdie avec Robert Pattinson, Ben Safdie et Barkhad Abdi (2017)

7 avril 2016

Les Huit salopards

Script faisandé, vérolé, pas étanche, à fuite, piraté, mais script néanmoins filmé. Et franchement y'avait pas de quoi chialer à l'idée que quelqu'un le foute sur le net... Commençons par le positif : le dernier Tarantino est nettement moins énervant que les précédents. Et ce pour une raison simple : il est absolument vide de tout. Y compris de ces velléités de justicier qui animaient récemment Tarantino et achevaient de plomber ses dernières fèces filmiques destinées à réparer les horreurs de l'Histoire avec l'intelligence et la finesse d'un mauvais écrit du brevet d'histoire-géographie-enseignement moral et civique rédigé par un adolescent ayant tiré un trait sur l'obtention du DNB depuis la fin du CP. Autre louange : le main theme signé Morricone est cuisiné aux petits oignons. C'est tout pour le big up. Le premier plan du film est le plus agréable : pas d'acteurs, pas de dialogues, juste la musique d'Ennio Morricone. Dès que la carriole s'arrête, stoppée par Samuel L. Jackson, tout s'écroule. Tarantino retombe dans ses travers : dialogues surécrits, répliques d'une pauvreté terrible censées faire mouche, acteurs grimés à la truelle qui en font des caisses à coups d'accent juteux ou de chansonnettes "cool", effets de ralenti hideux, pseudo-tension aussitôt mutée en torpeur absolue, etc.




L'histoire se résume à une fusillade dans une auberge. Pourquoi ? Parce qu'un type veut libérer sa sœur. Ce qui donne à Channing Tatum l'occasion de ne pas briller, dans le pire rôle qui soit. Et pour gratiner cette triste affaire, Tarantino met en place un vague whodunit dont tout le monde se tape royalement. Peu importe qui a empoisonné le café, qui veut libérer Jennifer Jason Leigh... n'importe quel personnage pourrait crever à n'importe quel moment sans que cela nous fasse ni chaud ni froid tant ils sont dépourvus de toute histoire, de tout intérêt ou de toute qualité. D'ailleurs, quand Samuel L. Jackson se fait ratiboiser les burnes, on n'éprouve aucune forme de surprise, ou d'empathie pour lui, alors que Tarantino lui consacre la plupart de son temps. Notamment la grande scène du film, le moment de bravoure, le dialogue déjà culte avant d'avoir été écrit, qui ferait pitié même dans la bouche d'un collégien... après avoir fait un vague buzz de cinq minutes en cours de mathématiques. Ce moment accablant où le nordiste Jackson, pour pousser un vieil officier sudiste (Bruce Dern) à dégainer son arme et ainsi le tuer en tout légitimité, raconte à ce dernier comment il a forcé son fils à crapahuter tout nu et à sucer sa queue. Et tout ça dans un 70mm tout feu tout flamme qui ne sert rigoureusement à rien, surtout sur notre télé de poche.




Ce dialogue rejoint quelques autres lignes fameuses signées Tarantino ces dernières années, elles aussi dignes de la cour de récréation d'un collège en détresse : rappelez-vous de la longue conversation mythique entre Kill et Bill à la fin de Kill Bill à propos de cette prise de judo légendaire qui force l'adversaire à se chier dessus, et de ce débat insipide sur Batman et Superman. Pas de quoi se relever la nuit. Sans parler de Boulevard de la mort, et de toute l'anecdote autour d'une femme tombée connement dans un ravin... Ceci dit, avec sa longue tirade sur sa bite sucée par un type tout nu, Samuel Jackson tient peut-être le pompon... Ah si, autre point positif : on a beaucoup plus entendu parler du film avant sa sortie qu'après.


Les Huit Salopards de Quentin Tarantino avec Samuel L. Jackson, Kurt Russell, Jennifer Jason Leigh, Bruce Dern, Tim Roth et Michael Madsen (2016)

4 mai 2015

Hitcher

Ça, c'est un grand film ! C'est l'histoire de ma vie... Je ne suis pas encore passé à l'acte. Je n'ai jamais zigouillé les aimables personnes qui ont eu la bonté de m'accueillir au sein de leurs automobiles flambant neuves. J'ai toujours réussi à retenir mon geste, mais je garde quand même mon opinel dans la poche. Un opinel numéro 12, pas n'importe lequel, celui dont la lame a la taille de mon pénis... Hitcher a longtemps été mon film de chevet. Je le posais sur ma table de chevet, près de mes cachetons. J'avais la VHS et je relisais le dos de la jaquette. Tout y était dit, mais rien n'était dévoilé, c'était le résumé parfait. Il y avait, dans le coin, en haut à droite, la tête du beau Rutger Hauer, ses yeux bleus électriques fixant l'horizon. Ils me fascinaient. Ils m'ont aussi occasionné de nombreuses nuits blanches... J'avais parfois l'impression que ses deux yeux brillaient en pleine nuit, comme deux points phosphorescents qui m'incitaient à passer à l'acte. Combien de fois me suis-je levé en sursaut, avec l'intention de régler son compte à mon cousin Aurélien, qui venait amicalement passer la nuit chez nous pour soulager le calvaire de ses parents.




Hitcher, j'ai dû le voir 30 fois. C'est l'exemple idéal du thriller à la tension allant crescendo dans l'horreur. C'est le prototype du film porté par un méchant inoubliable pour lequel on prend fait et cause. Rutger Hauer y trimballe une putain de classe ! Ce film m'a inspiré. A 13 ans, je commençais à fuguer et à pratiquer l'auto-stop. Heureusement pour ma pomme, chance ou hasard, il s'avérait qu'un dénommé Francis Heaulmes rôdait dans la même zone que moi au moment où je commençais mon apprentissage. J'ai pu me ressaisir depuis, mais cette histoire a tout de même duré 4 ans. Je suis à l'origine d'un arrêté préfectoral qui interdit l'auto-stop dans le Jura. J'ai inspiré un site internet : stopautostop.com. Je voulais être Rutger Hauer. Le problème, c'est que je suis petit, basané, mal bâti et j'ai le poil et les yeux noirs. C'est là tout le drame de ma vie. Je soulageais ma peine en écoutant Riders on the Storm des Doors en boucle et en me repassant Hitcher chaque soir. Je suis l'auteur de la page wikipédia anglaise de 3 kilomètres de long consacrée à ce chef d’œuvre, et j'ai dû synthétiser un max.




Robert Harmon n'a rien fait d'autre ensuite. Rien de notable, seulement des daubes. Il avait épuisé toute son inspiration pour le remarquable Hitcher. Chaque nouvelle scène va plus loin que la précédente. Au programme : l'alors craquante Jennifer Jason Leigh finissant écartelée entre deux camions ; le si charismatique Rutger Hauer fonçant dans une station service avec son break, un sourire machiavélique constamment collé aux lèvres, vers un énorme brasier ; une course-poursuite géniale entre des bagnoles en furie et un hélicoptère se servant de ses pâles comme d'une arme létale, qui se termine en une explosion phénoménale ; le héros se réveillant hagard dans un poste de police, théâtre d'un carnage terrible orchestré par le Hitcher en mode "killing spree"... Ce moment-là correspond sans doute à la meilleure scène du film. Quand le jeune héros déambule parmi les cadavres, dans une mare de sang noyant tout le commissariat et un silence de cathédrale, je me suis retrouvé. Je ne sais pas si je suis le Hitcher, ce tueur psychopathe qui laisse derrière lui des cadavres éventrés, ou ce jeune minet innocent mais constamment suspecté et chaperonné par un génie maléfique. Qui suis-je ?




Une fois, j'ai voulu faire partager ma découverte à mes parents, grands amateurs de thrillers efficaces. Je ne pensais pas à mal. J'imaginais qu'ils étaient assez forts pour accepter 10 morts par choc frontal, des piétons innocents écrasés, des écartèlements sordides et des gerbes de sang dans tous les sens. Je n'avais pas conscience que ma conception de la violence et de l'entertainment était aussi marginale. Je ne pensais pas être autant déphasé de mes parents. C'est lorsque mon père m'a regardé comme Gandalf fixe Frodon quand celui-ci déclare qu'il se porte volontaire pour amener lui-même l'Anneau jusque dans les laves du Mont Doom que j'ai réalisé qu'il n'avait peut-être pas pris autant son pied que moi. Ma mère avait les larmes aux yeux, mortifiée, peut-être notamment à cause de ma réaction d'extase lorsque le huitième piéton prend le pare-choc d'une Ford Mustang 1965 en plein dans le front, ou peut-être à cause de mon rire incontrôlable quand le flic est coupé en deux par un câble électrique et que le plan se termine par son bras qui s'envole, le pouce levé.




Parfois, la nuit, je ressens une douleur fulgurante au mollet. Une crampe me réveille et me laisse prostré pendant une demi-heure avant de pouvoir réagir. Cette crampe, je l'attribue à Robert Harmon. C'est de sa faute si je produis autant d'acide lactique. Son Hitcher est une odyssée de l'horreur au suspense insoutenable, un road movie déchaîné, sans temps mort, aussi fermement serré que le garrot d'un vieux toxico, aussi magnifiquement conçu et tranchant qu'une guillotine émoussée. 


Hitcher de Robert Harmon avec Rutger Hauer, Jennifer Jason Leigh et C. Thomas Howell (1986)

13 janvier 2014

The Spectacular Now

James Ponsoldt, retenez ce nom ! Et surveillez-le de près. Il pourrait, un jour, réaliser un bon film. The Spectacular Now est son troisième long métrage et on y trouve des qualités trop rares dans le cinéma indépendant américain actuel. Je veux parler ici de ce cinéma adoubé par Sundance, et c'est le cas de ce film, couronné chez Bob Redford. Smashed laissait déjà entrevoir ces modestes qualités. Le film était porté par la prestation étonnante de la mignonne Mary Elizabeth Winstead dans la peau d'une irrécupérable alcoolique. James Ponsoldt, vous saurez écrire son nom convenablement après avoir lu cet article, est un directeur d'acteurs certainement assez doué. Ou plutôt, un directeur d'actrices doué. Dans son nouveau film, c'est la jeune Shailene Woodley, déjà vue dans The Descendants, qui apporte un peu de fraîcheur et de vérité à son personnage. Son partenaire, Miles Teller, sorte de sosie du Chandler de Friends (période bouffi par la coke), est clairement en deçà, et c'est dommage, car il incarne le personnage central d'un film qui pourrait porter son nom : Sutter.




Sutter est un adolescent drôle et charmant (vous me signalez quand ça se voit trop que je copie directement le pitch d'Allociné) qui ne vit que dans l'instant présent. Sa perception du monde évolue tout doucement lorsqu'il rencontre Aimee, une jeune fille timide totalement différente de lui, dont il sera le premier amour. Hélas, leur relation est gâchée par le manque d'amour propre et l'attitude autodestructrice de Sutter, très porté sur la boisson... Les plus vigilants d'entre vous l'auront déjà remarqué : James Ponsoldt a un problème personnel avec l'alcool. Cela fait trois films de suite qu'il accorde à la bibine une place prépondérante dans l'histoire racontée. Son premier film, Off the Back (Back off out of my back en VF), mettait en scène le vétéran Nick Nolte, et je pourrais m'arrêter là, car l'acteur ne jouait pas vraiment un rôle de composition. Son second film nous narrait donc la lutte de la très sympathique MEW contre un alcoolisme qui mettait son couple en péril.




Dans The Spectacular Now, l'alcool est simplement l'épée de Damoclès que le personnage principal trimballe du début à la fin au-dessus de sa vieille ganache. L'expression de "vieille ganache" n'est pas gratuite puisque l'acteur approche tout de même de la trentaine et joue ici un élève de Terminale S (je déduis qu'il s'agit de la filière scientifique en raison du rôle décisif joué par le prof de maths bigleux, incarné par un étonnant Manu Katché). C'est un peu gênant, mais personne ne l'a remarqué tant nous nous sommes tristement habitués à cela dans les films américains. Enfin quand même... Dans notre cher pays, on a au moins le mérite de choisir une actrice qui n'a même pas encore obtenu son bac pour interpréter une jeune femme découvrant son homosexualité, pour assurer des scènes hot sans souci, avant de devenir une institutrice expérimentée, sans que l'on ne cesse d'y croire, 3 heures durant. Là, dès qu'on voit le dénommé Miles Teller se balader dans les couloirs de son bahut, on commence à tiquer. Son sac à dos à l'air tout riquiqui par rapport à l'envergure de ses épaules ! On n'est pas taillé comme ça à 18 piges ! A moins d'avoir du sang wallisien... Shailene Woodley est bien plus crédible, elle qui n'a que 22 ans en réalité. L'actrice devrait toutefois s'inquiéter de son acné...




Par ailleurs, sachez que James Ponsoldt a de bons goûts et aime les étaler. Mais il le fait tout de même assez discrètement, car il est plus élégant et subtil que la plupart de ses congénères indie. On entend seulement l'introduction de la sympathique chanson de Kurt Vile, Wakin' on a pretty day, aussitôt coupée net, James Ponsoldt se contentant d'avoir su la glisser-là. Nous avons donc au moins un artiste en commun sur nos comptes Last.fm et ça me fait une belle jambe. De la chillwave quelque peu obsolète occupe le reste de la bande son, mais ce n'est jamais rien d'autre qu'une tapisserie sonore et seules les plus fines oreilles sauront tagguer les chansonniers concernés.




Beaucoup ont été bouleversés par ce film souvent décrit comme la dernière pépite du cinéma indépendant US. A ceux-là, il ne faudrait pas montrer La Vie d'Adèle, ils risqueraient de ne jamais s'en remettre... Peut-être ai-je un cœur de pierre, je ne sais guère, mais je ne pense pas. La preuve : je dois reconnaître avoir marché dans la combine pendant une petite demi-heure, je dirai, et c'est déjà pas rien. Durant cette première partie, où James Ponsoldt se concentre sur la romance naissante entre ces deux personnages, le film atteint son but, évite la plupart des clichés et dégage une certaine fraîcheur, pas déplaisante, il faut bien l'avouer. Quand il aborde le thème du premier amour, le film fonctionne à plein régime et son efficacité est bien réelle. On est très loin de l'infâme 500 Days of Summer, écrit par les mêmes scénaristes et mis en avant sur l'affiche. On se dit donc que le cinéaste n'y est pas pour rien. Celui-ci nous montre des choses inhabituelles, que l'on croise rarement sur grand écran. La mise en place du préservatif, lors du premier rapport sexuel des deux tourtereaux, par exemple. C'est hors-champ, mais c'est tout de même bien long et on entend des bruits que j'aimerais oublier. Il y aurait d'ailleurs une thèse à écrire sur le rôle du hors-champ dans le cinéma de James Ponsoldt. En général, est hors-champ ce que le cinéaste ne veut guère nous montrer. Dans l'exemple évoqué, cela lui permet d'éviter la censure ou le classement dans la catégorie "film pornographique". C'est donc très habile de sa part. Il y a d'autres moments qui étonnent un peu, et devant un tel film, il est toujours agréable d'être étonné. Cela arrive une ou deux fois, mais au point où on en est, ça suffit pour être relevé...




Quand, ensuite, le cinéaste se focalise entièrement sur le personnage de cet adolescent en crise se lançant à la recherche de son père disparu (lui aussi alcoolo, vous l'auriez deviné), le film se désagrège complètement. Tout devient très attendu, médiocre, tout tombe à plat. On finit même par prendre sérieusement en grippe cette enflure de Sutter capable d'éjecter sa douce girlfriend de sa bagnole au beau milieu de l'autoroute. Celle-ci finit logiquement par se faire emporter par la première voiture qui passe, lors d'une scène qui provoque, bien malgré elle, des éclats de rire nerveux. C'est là que l'on se rend compte du fossé qui sépare le début du film, où l'on souriait presque vaguement devant ces deux lycéens qui se tournaient autour puis se découvraient, de cette dérive lamentable, où l'on a très hâte d'en finir. Le Bukowski du ciné indé espère alors muer en Salinger en tentant de saisir le profond mal-être adolescent. Ça se règle en deux bouffes que le garçon reçoit sans moufeter, plaqué par sa mère (Jennifer Jason Leigh, méconnaissable !) contre le gigantesque frigo de la cuisine, et c'en est terminé.




Sérieusement, il y a d'infimes chances pour qu'un jour, James Ponsoldt réussisse un film. Il a 36 ans tout juste, il a donc encore du temps devant lui, pour apprendre et se perfectionner. Serai-je encore parmi vous quand sortira son chef d’œuvre ? Je l’ignore, je suis son cadet mais j'ai bien des soucis. Son 30ème film sera peut-être le bon. En attendant, il faut faire preuve de patience. En ce qui me concerne, j'éviterai sans doute ses 29 prochains films. Je vais laisser pisser un moment, si vous le voulez bien...


The Spectacular Now de James Ponsoldt avec Miles Teller, Shailene Woodley, Brie Larson, Jennifer Jason Leigh, Kyle Chandler et Mary Elizabeth Winstead (2014)

23 septembre 2013

Margot va au mariage

Noah Baumbach, dit Noah Baumbastic (pour son aisance sur le dancefloor malgré ses grandes mèches brunes qui ne sont jamais dans le rythme), est depuis quelques temps sur un piédestal, aussi est-il de bon ton de rappeler que c'est un poison neurotoxique. Quand est sorti Frances Ha, la critique a tout oublié, victime d'un blackout complet qui nous a rappelé ce qui s'est produit chez nous le jour où on a lancé Margot at the Wedding, aka, en français, "Gomart va au mariage". C'était le cinquième film de Baumbastic, simply fantastic. Normalement quand on en a déjà signé quatre, on est dans ce qu'on appelle la "plénitude artistique", en pleine possession de ses moyens, high in the sky, on ne bouge même plus son fiac de sa chaise de réalisateur floquée à son nom, on fait juste des grands gestes de loin, et les acteurs se bousculent au portillon pour se retrouver devant la caméra d'un cinéaste confirmé. Nicole Kidman, alors en pleine phase descendante, tant au niveau professionnel qu'esthétique, hésitant entre le brun et le blond pour finir dans un entre-deux bien inconfortable pour ses cheveux, venait donc de signer pour incarner la fameuse Gomart.




Or, ce cinquième film de Noah Baumbastic (ou doit-on le considérer comme son quatrième long métrage seulement ? Baumbach a en effet signé l'un de ses opus précédents, Highball, sous un autre nom : Tonton Scefo) est l'équivalent d'un thé au Sahara, dans les deux sens du terme, c'est-à-dire que c'est une œuvre qui rivalise de puanteur avec le film de Bernardo Brecht Bertolucci, et que c'est typiquement aussi plombant qu'une boisson chaude et drainante avalée sous un cagnard de plomb entouré de touaregs morts de aimf et morts de rire. On a d'ailleurs lancé ce film ignoble par un après-midi printanier de toute beauté, de ceux qui vous donnent envie d'aller tirer des coups dans tous les lacs publics du coin incognito, il faut bien l'avouer. Aussitôt le film débuté, le soleil s'est éteint. Des trombes d'eau ont déferlé sur nos têtes (alors qu'on évolue à domicile et sous bâche). L'un d'entre nous, celui qui est le plus sensible aux intempéries et aux phénomènes paranormaux (le même qui jure d'avoir vu le film Jumper en compagnie de tous les morts de sa famille venus l'épauler dans cette épreuve from outer space), s'est levé d'un bond en faisant valser la table (heureusement c'était une table ikéa Jesper Blomkvist) et en s'écriant : "There is a storm coming ! I wish I wuz not here !".

Comme son titre l'indique, le cinquième film de Noah Baumbastic est un film de mariage. On a tous signé un film de mariage au moins dans notre vie. On a tous un grand frère qui nous a fait acheter une caméra DV (avec cassette HI8 désormais introuvable) pour immortaliser son mariage avec un cas avéré de possession démoniaque. Ce même grand frère, depuis, à chaque réunion familiale, nous demande : "Alors t'as fini de le monter ? Bientôt 15 ans que j'attends". Et nous de lui répondre : "Non je vais te rendre un found footage pour tes noces de cristal l'année prochaine". Ces films-là sont insupportables, filmés caméra au poing avec en amorce, dans tous les plans, le gobelet de champagne sans gaz à 30°C de mise, ponctués par des discussions en off qui nous apprennent qu'on n'a peut-être qu'un véritable frère sur une fratrie qui en compte une tétrachiée plus dix, rythmés aussi par quelques zooms avant et autres panoramiques descendants où le gobelet cède la place à une paire de cuisseaux de choix qui le lendemain paraissent surcôtés mais qui le soir même étaient des putain d'idées fixes, à coups de "j'vais me la faire ! j'vais me la faire !" crachés dans le micro avec ce grésillement typique du caméraman en surchauffe cérébrale. Bref, ces films amateurs sont autant de plaies et d'étrons déposés sur la tombe profanée des frères Lumière, qui du fond de leur trou se dédouanent en hurlant tant bien que mal : "C'était pas fait pour aç au départ !". Mais dites-vous bien que ces films amateurs, aussi détestables soient-ils pour le genre humain, sont plus dignes d'une sortie ciné que Margot at the Wedding (dont la date de sortie est du reste encore inconnue, et le film date d'il y a une bonne décade). Probable que Baumbach retarde lui-même la distribution internationale de ce microbe filmique pour éviter de remuer la merde auprès d'une ex-femme bafouée et blessée à vie.  




Car rappelons que Baumbastic, du haut de ses 1m75 seulement (nous sommes plus grands que ce type, dans tous les sens du terme), était l'époux de Jennifer Jason Leigh avant de devenir celui de Greta Gerwig. C'est Jennifer Jason Leigh qui a co-écrit le scénario du sac à merde filmique qu'est Greenberg et qui, jouant également dans le film, où elle tient un rôle secondaire mais décisif (comme dans la vie de Baumbastic à cette époque-là diront certains...), y répète à treize reprises (toutes les 8'52 env.) : "hurted people hurt people" (ce qui est vrai). Toutes ces données en tronche, rappelez-vous que la sémillante Greta Gerwig faisait ses premiers pas sous le gros objectif violacé de Baumbastic dans ce même film ! Est-il besoin de vous faire un dessin ?




Margot va au mariage de Noah Baumbach avec Nicole Kidman et Jennifer Jason Leigh (2007)

6 avril 2011

Il faut sauver le soldat Ryan

Si vous avez un cœur, ou au moins des yeux, vous vous rappelez tous de cet accident terrible dont on vous avait parlé dans la critique de Greenberg. Je veux bien entendu parler du décès instantané de l'acteur Vic Morrow (le papa de Jennifer Jason Leigh) ainsi que de deux enfants et d'un pilote d'hélicoptère lors du tournage d'un sketch du film La Quatrième dimension réalisé par John Landis. Rappelons les moyens et les circonstances désastreuses de cette quadruple mort : John Landis se réjouit d'avoir fait d'un hélico quatre coups puisque hormis le pilote, écrasé dans sa carlingue, tous sont morts instantanément décapités par une pale de l'hélicoptère en chute. Landis n'avait de cesse de hurler au pilote : "PLUS BAS CONNARD ! DESCENDS ! FOUETTE LE SOL AU RAS DES CRANES !". Le pilote a fait de son mieux pour mourir dignement malgré ces consignes, et John Landis s'est retrouvé avec ce qui aurait dû être le procès du siècle au cul.


Vic Morrow avant l'accident, et pour cause puisqu'il avait encore sa tête

Car en outre il faut préciser que les deux enfants n'avaient pas d'autorisation de tournage signée des parents. Ces enfants n'étaient pas censés être là. Leurs parents les croyaient à l'école en train de passer leur BEPC comme tout le monde. Sans oublier que le pilote de l'hélico n'avait pas son brevet mais qu'un permis poids lourd, ce qui a semblé suffisant à un John Landis pressé d'enchaîner. Mais ce qui aurait dû être le plus grand procès d'Hollywood, plus grand même que ceux d'O.J. Simpson et de Michael Jackson réunis, ne fut qu'un fétu de paille. Tout cela fut réglé d'une bonne poignée de main et d'un clin d'œil par celui qu'on surnomme affectueusement "tonton" mais qui est le pire serial killer que l'Amérique ait connu, j'ai nommé Steven Spielberg. C'est grâce à sa tutelle que Landis est ressorti blanc comme neige de cette affaire et qu'il a pu jouir d'une rétrospective à la Cinémathèque Française. Le fait est que Spielberg a droit de vie et de mort sur le tout Hollywood. L'élection d'Obama, c'est lui, tout comme la mise en chantier d'un film interprété uniquement par deux chiens débiles et une chatte siamoise intitulé L’incroyable Voyage. Spielberg nous endort dans sa guimauve pour mieux massacrer à tour de bras. Il a commencé par assassiner un routier qui n'avait rien demandé dans Duel. Pendant plusieurs jours, Spielberg a tourné autour du camion de ce pauvre bougre avec sa caméra. L'autre se demandait ce que ce binoclard lui voulait. Spielberg le poussait à bout. Mais comme les routiers ont quand même 3 de QI, le type s'est vite vénère et il a voulu aplatir la bagnole de Spielberg en fonçant droit sur lui. Grâce à une queue de poisson le réalisateur a envoyé le routier et son engin au fond du Grand Canyon, sans omettre de filmer cette mort sublime.


Au premier plan, flouté, Spielberg himself déguisé en soldat allemand et ouvrant le feu à balles réelles sur ses figurants

Mais que dire quand le routier devient un bon millier de jeunes soldats américains en train de faire leurs classes sur les plages de Noirmoutier et fusillés à balles réelles par les équipes zélées de Dreamworks sous le contrôle d'un Spielberg survolté, hurlant ses ordres un mégaphone collé à la bouche. C'est pas pour rien que cette fameuse scène de débarquement a retourné quelques bides à la sortie du film... Spielberg aurait lui-même dégoupillé et lancé quelques grenades dans l'euphorie du tournage.


Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg avec Tom Hanks, Vin Diesel, Giovanni Ribisi, Tom Sizemore, Adam Goldberg, Barry Pepper et Edward Burns (1998)

10 novembre 2010

Greenberg

L'affiche n'est pas truquée : c'est bel et bien un gros dog allemand dans le coin en bas à droite de l'encadré du titre, aux côtés des trois autres seconds rôles qui entourent la starlette Ben Stiller* dans ce film démoniaque qui vient littéralement de me "tenir en otage" pendant toute une soirée en solitaire dont j'aurai hélas bien du mal à me remettre. Parce qu'il faut savoir que, dans ce film, Ben Stiller, qui a un rôle à contre-emploi taillé sur mesures (il joue un énorme connard dépressif et torturé, égoïste et imbuvable, une merde humaine à l'état pur comme le ciné indé ricain en regorge -finalement, il se joue himself), eh bien Ben Stiller passe ici le plus clair de son temps à nous l'obscurcir en tentant de sauver un clebs dont il doit assurer la garde pendant l'été (et auquel il doit également construire une niche digne de ce nom, mais ça c'est plutôt une intrigue secondaire de ce film, tout comme la garde de la baraque qui va avec). C'est le pitch que je ferai de ce film. Quand 85% d'un long-métrage se joue entre un clebs à moitié mort et 12 personnes affairées autour de lui pour le soigner, je considère que c'est grosso modo le pitch.


Un plan véritablement poignant comme ce film en regorge...

Évidemment, ça n'est pas tout : dans le même temps, Ben Stiller s'enfonce dans sa connerie en se comportant comme un chien, lui aussi, notamment vis-à-vis d'une blonde quelconque (Greta Gerwig) dont le simili-cinéaste est visiblement fasciné par le profil en dents de scie. Pour choquer un peu, on nous montre même Ben Stiller pratiquer sur elle un cuni lingus dès le premier rencard, sans trop prévenir, après avoir tout juste échangé un premier bécot. "Hurted people hurt people" est la réplique-clé du film, la seule qui fait se taire la zik quand elle est prononcée, plusieurs fois de suite, par deux acteurs visiblement ravis de dégueuler des dialogues d'une telle profondeur. Parce que la zik est évidemment omniprésente, tout comme l'ensemble des clichés très chers à ce genre de films indépendants américains, à gerber. Et pas n'importe quelle zik, c'est James Murphy aka LSD Soundsystem qui s'y est collé, avec aussi des cameos de Gainsbourg, Galaxie 500, Karen Dalton, que des trucs "méga cools" qui attestent des goûts supers du réalisateur à travers son personnage principal minable. Y'a même Ben Stiller qui prépare une mixtape à cette meuf pour rattraper son cuni lingus un peu trop précipité, et en faisant une screencaps de son itunes ma parole on peut voir de quoi cette compil' est faite et on serait prêts à se l'arracher !


Ben Stiller ne va pas jusqu'à lui faire un artwork de son cru à la Stanley Donwood, par peur de passer pour un malade...

Le pire, c'est que je l'ai maté connement, parce que c'était lui ou moi, Greenberg ou ma pomme, parce que l'un de nous devait y passer. Voir ce film était comme l'une de ces épreuves inutiles que l'on s'impose sans raison pour se dire qu'on est tout de même courageux bien qu'ultra cons. Je finis pas mes boîtes de Coco Pops mais je m'oblige à aller au bout de ces films, allez comprendre. Je suis une daube. Hélas, je ne m'attendais pas du tout à ce que ce film à la con me fasse un terrible coup de Trafalgar à la toute fin, vu que de fin, justement, il n'y en avait pas. Mon .avi abandonne le film en cours de route, comme le vieux clébard qu'il est. Je l'avais senti venir pourtant, je matais le film avec le compte à rebours affiché sur l'écran depuis la 14ème minute, et plus ça approchait de la fin, plus je me disais qu'elle devait être méga abrupte pour que le temps restant soit crédible. Cette fin prématurée était à la fois une délivrance et un vrai coup de pute. Je m'étais juré d'aller au bout, juré ! Et voilà que je quitte un Ben Stiller en chaussettes, encore pendu au téléphone, essayant une dernière fois de rattraper toutes ses saloperies.


Le cinéaste a flashé sur Greta Gerwig et nous sommes les malheureux témoins de ce triste coup de foudre...

Ce film est réalisé par un avorton de Wes Anderon nommé Noah Baumbach déjà coupable du terrible Les Berkman se Séparent, où l'on se souvient seulement d'une scène de tennis de table sauvage où Jeff Daniels impressionnait la galerie. Greenberg a été co-écrit par lui-même et sa femme, Jennifer Jason Leigh, qui n'a donc pas fini de nous dégueuler son mal-être sur écran géant suite à la mort tragique de son père Vic Morrow et le procès qu'elle ne gagnera jamais contre le vieux John Landis. Son infâme trouvaille "hurted people hurt people" n'est rien d'autre que sa ligne de conduite, sa marche à suivre coûte que coûte. C'est réussi. Leur film m'a fait du mal, il m'a déjà rendu méga con alors que y'avait pas besoin.



*Comme vous l'avez remarqué, il y a bien une gueule de chien sur l'affiche, or, vous avez aussi pu voir qu'on y trouve tous les noms des connards d'acteurs, mais pas celui du clebs. Pourtant, c'est bien lui la pierre angulaire du film, et à ce propos, les maîtres de ce chien ont intenté un procès à la 20th Century Fox. Suite à une longue bataille judiciaire qui fit l'objet d'un court reportage dans 30 Millions de Sacs à Merde, nous verrons bel et bien le nom du berger boche sur les futures jaquettes du dvd. Il répond au doux nom de Gdansk.


Greenberg de Noah Baumbach avec Ben Stiller, Greta Gerwig et Jennifer Jason Leigh (2010)