5 novembre 2011

Dialogue avec mon jardinier

J'ai oublié de vous parler de cet opus de Jean Becker au moment de sa sortie il y a quatre ans... Mille excuses, mea culpa, c'est juste que j'en avais rien à battre et du coup j'ai zappé... Pardon encore. Félix et moi on vous a pourtant torché Deux jours à crever et La tronche en friche, mais j'ai oublié de parler de celui qui les a précédé, Dialogue avec mon macchabée, qu'on a pourtant vu à sa sortie sur divx, au garde-à-vous, comme à chaque parution d'un nouveau Becker. Dans cet opus du maître, Daniel Auteuil interprète un peintre assez fortuné en plein divorce, revenu habiter la maison de son enfance après la mort de ses parents. Il convoque un jardinier pour remettre en état le jardin et quand son nouvel employé (Jean-Pierre Darroussin) rapplique enfin il s'avère être un de ses anciens camarades de classe. Ils se rappellent leurs bêtises d'autrefois et redeviennent amis. Darroussin incarne un cheminot retraité, fatigué, vivant en HLM, aux antipodes sociaux de son ami, mais leur différence de niveau de vie et de trajectoire ne sera pas un rempart à leur sympathie réciproque et les deux personnages vont créer de gros liens d'amitié autour de la peinture, des légumes potagers, de la pêche à l'épuisette et d'un déluge torrentiel de pinard.



Jusqu'aux deux tiers du film c'est vraiment bien. Lumineux, très coloré, assez intéressant et souvent drôle, car on voit bien que pour chaque scène en tête-à-tête, Auteuil et Darroussin n'ont fait qu'une prise et que c'était la bonne, notamment dans une séquence interminable où les deux comparses échangent sur des dizaines de sujets incompréhensibles pendant des heures, Auteuil vautré dans un canap' et Darroussin lui faisant face, bien tanqué dans un fauteuil apparemment pas aussi confortable que celui de son copain, les mains vissées sur les genoux, hagard, fixant son vieux pote au bout du rouleau qui tombe les litrons de rouge en causant dans un charabia sans queue ni tête de tout et d'absolument rien dans une suite de faux-raccords involontaires de haute volée. On notera en prime une apparition d’Élodie Navarre, très agréable par sa présence car essentiellement nue dans l'herbe. Au tableau d'affichage des scores on a donc Becker 3 - le spectateur 0, car il nous met dans la vue une bonasse à poil dans le foin et deux alcooliques en roues libres, c'est paname à la campagne. Et puis tout à coup un des deux personnages tombe gravement malade. Et le dernier tiers est d'un chiant... mais d'un chiant... Jean Becker, on l'a déjà dit, faut toujours qu'il fasse dans le pathos en fusillant un de ses personnages au moment où tout le monde était bien à l'aise dans ses godasses. Au début il filmait deux amis discutant pendant des heures en nous faisant marrer, puis il s'est rendu compte qu'il n'avait pas de scénar, or la maladie ça reste une bonne sortie de secours pour niquer un film.



C'est typique, c'est comme ça dans pratiquement tous les films de Becker, qui aime finir en eau de boudin et nous voler le sourire qu'il nous avait offert si gracieusement en essayant de choquer par la mort subite d'un personnage sympathique - aussi y a-t-il fort à parier que si Becker Jean devait filmer le biopic d'un footeux, il choisirait Marc-Vivien Foé. On verrait l'international camerounais le plus sympathique de l'histoire des Lions Indomptables tailler le bout de gras avec ses coéquipiers, se pisser au froc de rire avec ses potes, enchaîner les matchs comme un Dieu, une passe par ci, un dégageo en touche par là, puis un panneau annoncerait la date, le 26 juin 2003, et on commencerait à trembler du menton sévère. Puis Marc-Vivien Foé, joué par Omar Sy sans doute, la star montante du cinoche franchouillard, s'écroulerait soudain sans crier gare, les yeux révulsés, au cours de ce fameusement triste match de Coupe des Confédérations contre la Colombie, à Gerland. Guy Roux, incarné par Michel Galabru, déplorerait devant la caméra de Becker imitant les conditions d'un reportage la négligence des soigneurs qui ont fait tomber "Marco", Marc-Vivien Foé, en le transportant hors du terrain. Ce serait un Becker sans bavure et ça ferait quelques entrées à proximité des stades. Le cinéaste Becker flingue lui-même sa filmographie. C'est con. Mais on l'avait vu venir, on connaît notre petit Becker illustré par cœur.


Dialogue avec mon jardinier de Jean Becker avec Daniel Auteuil, Jean-Pierre Darroussin, Élodie Navarre, Fanny Cottençon et Alexia Barlier (2007)

15 commentaires:

  1. Pourquoi il faudrait "un scénar", vu comme tu racontes, putain, je pouvais regarder ce film avec plaisir, même si la conclusion c'était la fin du tableau, ou Darroussin qui se barre avec la donzelle dans un dernier plan, putain, c'est obligé un scénar? Putain! Merde.

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  2. Non non entends-moi bien, quand je dis "il s'est rendu compte qu'il avait pas de scénar", je veux dire "pas de scénar en regard de ce que se doit d'être un scénar pour le public lambda ou pour les producteurs, avec un début et une fin, un drame et compagnie", mais pour moi il avait un scénar idéal avec ses deux cons qui se marraient !

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  3. Oui, je sais que tu disais ça, je m'en prendrais pas à toi, mais à Boris Becker, on dirait qu'il peut entrer, à te lire, dans la case des bons films, voire très bons, ultra sympa à matter et à se rematter des scènes un bon matin, mais avec son final il devient un film lambda pathos. D'ailleurs, à propos de Omar Sy, tout le monde dit que "dans intouchables y'a pas de pathos", je demande à voir! Enfin, je demande que vous alliez voir, "comptez pas sur moi", comme dit Joe stamos.

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  4. J'irai pas voir ce truc avec Sy et Cluzet, qui pue les bons sentiments et les fausses vannes.

    Pour Becker ne te méprends pas sur la qualité de ses films, certes ses débuts de films sont sympas et agréables à mater, mais c'est pas non plus des débuts qu'on se repasserait régulièrement (s'ils ne finissaient pas en queue de poisson) avec la banane, c'est juste assez agréable grâce aux acteurs qui se sentent à l'aise et qui sont libres de déblatérer n'importe quoi, mais c'est pas non plus géant.

    Ses films seraient néanmoins somme toute agréables et sympathiques sans ces fins qui pourraient se résumer en une onomatopée : "RAAAAASK !".

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  5. Le pire dans ce film c'est quand Darroussin commence à avoir les premiers symptômes. Ça survient pendant leurs chouettes causeries, et ça plombe un peu l'ambiance... Tout d'un coup il se tient le bide et on sent bien que Becker a décidé de nous saloper la soirée.

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  6. Joe G. "la chiassss"5 novembre 2011 à 15:36

    Je suis persuadé que l'idée de rendre le perso de Daroussin malade comme un chien est venu à Becker pendant ce plan où Da Roux se tient le bide, qui n'était pas du tout dans le script, mais que Becker a gardé suite à son inspiration. En fait, Daroueinsss avait juste une méga chiasse en prépa !

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  7. :D
    Probablement. En plus, Darroussin a vraiment une tronche livide dans ce film, et ça pue le without makeup !

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  8. C'est vrai qu'il a une tronche blafarde inquiétante dans ce film et que ça semble naturel O_O

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  9. R.I.P. Marc-Vivien. Vous devriez avoir honte...

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  10. Dans le film sur Foé, Daroussin serait pressenti pour incarner le jardinier qui s'occupe de la pelouse...

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  11. On tient un long métrage je crois !

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  12. J'remonte juste les commz de cet article car j'aime me foutre le bourdon en pensant à MVF.

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  13. Chu mal en campagne, chu mal en ville ... Peut-être un p'tit trop fragile ...

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