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26 novembre 2022

L'Amour c'est mieux que la vie

J'ai eu une p'tite gastro récemment. Ça arrive de temps en temps dans la vie d'un cinéphage, il faut s'y préparer. Un film a dû mal passer. Je soupçonne Claude Lelouch. L'Amour c'est mieux que la vie, plus précisément. J'en ai vu un extrait sur Canal, complètement par hasard, je l'ai pris en cours de route. J'ai longtemps cru qu'il s'agissait d'un sketch tiré d'une nouvelle émission comique moisie à l'espérance de vie ultra limitée de la chaîne cryptée, avec tout un tas d'acteurs has been ou de guignols pur jus venus faire les marioles pour arrondir leurs difficiles fins de mois. Des amis de Bolloré qui s'amusent entre eux, quoi, un classique. Puis, en mettant le son, j'ai petit à petit compris que c'était un film à part entière. Un Lelouch, le dernier (#fingerscrossed). Le type innove encore. Du haut de ses 98 berges, il tourne, explore les limites, continue de tester les nôtres. C'est Kev Adams qui m'a achevé, j'en suis sûr. A un moment il sourit en gros plan et c'était trop pour moi. Mon corps a dit stop. C'est quand Gérard Darmon présente sa nouvelle conquête, Sandrine Bonnaire, de 30 ans sa cadette, à sa bande de potes, tous réunis dans un bistrot parisien leur servant de repère. Une belle scène de merde, y'a pas d'autres mots, tout en silences lourds de sens et en regards qui en disent longs. Insupportable et d'une laideur agressive. 




J'ai vu qu'un coffret intégrale Claude Lelouch - 60 ans de cinéma - venait de sortir pour Noël. 299,99€. Des documentaires, des scopitones, et surtout quarante-quatre longs métrages de fiction dont un seul que j'accepterai d'avoir dans ma collection perso : La Bonne Année, ce film si original dont Kubrick était fan et qui fait figure d'anomalie dans la filmographie infernale de Lelouch. Tout le reste, je le balance direct. Rien qu'à lire les titres, mon ventre s'affole, la nausée revient. Vivre pour vivre (un James Bond, je crois), Si c’était à refaire (bah je materai pas ton film), Viva la vie (mais pas le cinéma), Il y a des jours... et des lunes (la ponctuation de ces titres me rend malade), Tout ça… pour ça ! (en effet...), Hommes, femmes, mode d'emploi (celui-ci m'a toujours particulièrement flingué, allez savoir pourquoi), Une pour toutes (j'avoue tout de même me souvenir de l'affiche avec Olivia Bonamy), And Now... Ladies and Gentlemen (apprêtez-vous à voir une daube), Salaud, on t'aime (le salaud du titre est Johnny Hallyday, le reste est donc faux), Un plus une (je suis sûr qu'il est content de lui quand il trouve ses titres, en plus), Chacun sa vie (chacun son chemin, passe le message à ton voisin), et enfin, peut-être le pire, L'amour c'est mieux que la vie, qui nous renvoie à cette chanson minable que les acteurs sont invités à reprendre à tout de rôle lors d'une scène où le ridicule n'est plus tutoyé mais incarné sur pellicule comme il ne l'a jamais été. Connaît-on une filmographie pouvant rivaliser avec celle-ci en termes de titres à la con ? Je n'en vois aucune. Bravo Lelouch, ça te fait une belle médaille. Je ne me remets que tout doucement de la pire gastro de ma vie de cinéphage. 


L'Amour c'est mieux que la vie de Claude Lelouch avec Gérard Darmon, Kev Adams et Sandrine Bonnaire (2021)

1 mai 2015

Le Cœur des hommes 3

On comprend mieux le niveau de revues comme Studio ou Première quand on a vu tous les films de leur fondateur, Marc Esposito, et notamment le dernier, Le Cœur des hommes 3, navet énorme, ferme, laiteux, parfait, digne du potager d'Asafumé Yamashita, le maraicher japonais qui cague trois navets par an mais des navetons de compétition, qu'il vend 150 000 euros pièce aux trois chefs multi-étoilés imposés sur la fortune de Paname. On souffre à un point inimaginable dès le générique d'ouverture du film : un panoramique sur le ciel parisien tartiné par l'ignoble chanson I'll stand by you des Pretenders, mélasse sentimentale merdique des années 90, dont on se demande comment elle peut atterrir dans un film de 2013, et comment ce film a pu obtenir un visa d'exploitation. C'est insensé. Et c'est idem pour la totalité du long métrage, qu'il faudrait montrer dans toutes les écoles de cinéma, projeté sous de gigantesques kakemonos (mot compte quadruple au Scrabble) prévenant l'audience : Du pire usage de la musique dans un film en particulier, et du pire usage du cinématographe en général.


Marc Esposito s'amuse à tourner des scènes les yeux fermés.

Mais si ce n'était que ça… Tout est du même tonneau, à commencer par les cadrages. Je pense très sincèrement que Marc Esposito souffre de cécité, il est impossible autrement de tourner des plans aussi laids. Ne parlons même pas du montage : on appréciera tout particulièrement la séquence, dans le bureau de Marc Lavoine, où son personnage de strict enfoiré est sur le point de rencontrer son fils de 10 ans, né d'un adultère parmi cent autres. La scène est scindée en deux par un plan sur un nuage, qui veut signifier une ellipse de deux minutes avant l'entrée du gamin dans la pièce. Montage littéralement hallucinant. Quant aux acteurs, on sait, rien qu'en les regardant faire, à quel point ils se morfondent à en crever. Ils n'ont aucune envie de jouer tout ça, c'est très net à l'oeil nu, et ça fait de la peine. Faut dire que les dialogues sont eux aussi voisins de l'altitude zéro. Au mieux les répliques sont complètement creuses, au pire elles essaient de faire rire à coups de petites saillies vulgaires, écrites par un beauf fini. C'est à Esposito, toujours lui, que l'on doit le scénario, ce script inique qui découpe les tranches de vie comme Daroussin, pas tellement investi dans son rôle de boucher-charcutier parisien, découpe du rumsteck, autrement dit c'est pas de la dentelle, et mieux vaut surkiffer le gras...  La plupart des saynètes ne présentent strictement aucun intérêt, ne racontent rien, quand elles ne brassent pas un air violemment nauséabond. Un certain nombre d'éléments de récit sont même complètement abandonnés en cours de route, sans doute pour trouver leur résolution dans le numéro 4.


L'un des nombreux plans signatures d'Esposito.

Et il y aura un numéro 4, soyez-en sûrs. D'abord parce qu'Esposito n'a semble-t-il pas beaucoup d'autres idées (ou alors ça donne Mon Pote, un autre film de potes à se tuer). Ensuite parce qu'il adore reprendre ses gimmicks : le long plan, lointain et tremblotant, qui cadre les quatre vieillards marchant vers la caméra au milieu de la foule dans une rue commerçante ; ce lent panoramique sur les quatre mêmes queutards à la manque qui marchent de profil dans le sable, à Cabourg, après avoir empoché des tonnes de fric au Casino ; celui où ils se vissent le cul dans le sable et répètent « Rah putain, on n'est pas bien là ? », comme pour s'en convaincre ; ou le plan final légendaire, repris sur chaque affiche, qui voit nos trois tocards de base tremper leurs vieux panards dans la piscine, en faisant ressortir leurs gros orteils à la surface pour les agiter sous notre nez, comme pour nous les faire humer. Il faudra quand même s'accrocher pour pondre un énième chapitre de la vie de ces débris sans se répéter, parce que ça fait déjà trois films que Campan tombe amoureux d'une nouvelle femme mariée en fétichisant une partie de son corps (après les pieds et le foie, ici c'est la toison – il les aime « ultra touffues » (sic) – et plusieurs dialogues tournent uniquement autour de ça). Voilà trois films que Lavoine se dispute avec sa femme débile et vociférante parce qu'il a branché son canal déférent sur toutes les prises femelles de la capitale (et sur quelques prises mâles). Trois films que Darroussin reste un mec bien (quoiqu'un peu sanguin, quand il menace le copain de sa fille de lui tirer « cinq balles dans la tronche » (sic) s'il la fait chier ; notre homme a semble-t-il oublié son vieil adage du premier film : « Qu'est-ce que je ferais si j'étais un peu moins con ? »), attaché à sa Florence Tomassin nature, un peu bébête, et désormais cancéreuse, quitte à tirer un trait résigné sur le véritable amour de sa vie, une blonde tirée dans un hôtel pendant une semaine dans le deuxième épisode, si je me souviens bien. Rien sur Darmon, qui n'a pas signé pour ce film, car il n'est pas complètement con, remplacé par Eric Elmosnino, nouveau cœur à sonder pour Esposito (qui a déclaré que l'acteur était de sa famille, à quelques lettres près), dans le rôle d'un papa divorcé dont la vie consiste exclusivement à s'envoyer pas mal de gonzesses nettement plus jeunes que lui, comme de bien entendu.


Déjà trois films qu'ils passent à courir et pourtant ils sont toujours aussi lourds...

En même temps c'est pas comme si Esposito craignait la redite. Il nous replace, à l'identique, dans le même décor, dite sur le même ton, avec le même champ-contrechamp qui navigue entre la bande des quatre morbacs et un quatuor de vieillardes déambulant sur la plage, sa plus fameuse blague : « Elles ont morflé les Spice Girls... », vanne déjà faite dans le premier film, et qu'il décline encore quand, dans un bar, Elmosnino balance, à propos d'un serveur musclé aux longs cheveux blonds : « Elle a morflé Madonna... ». Et toute la bande de s'estrasser de rire sous nos yeux malheureux… Quand la seule blague de ta comédie c'est ça, et quand en prime tu la fais trois fois, on peut dire que tu fais une croix sur l'humour. Mais sans même parler d'humour, puisqu'il ne faut pas parler des absents, que pourrait-il arriver de neuf à nos quatre braves types dans le prochain opus ? Personnellement j'imagine bien, par exemple, dans le prochain épisode, la femme multi-cocue de Lavoine virer sa cuti le temps d'un été. Il n'y a pas un homo dans cette série. Esposito rate son époque à tous les niveaux, coincé dans les 90s avec ces enflures de Pretenders (« I'll stand by you, tadadadidoudou, I'll stand by youuuu », cette horreur reste dans le crâne, c'est un truc de dingue). Alors pourquoi pas jeter une gousse dans le potager, et pourquoi pas la femme de Lavoine ?


Beau personnage féminin de femme giga-trompée qui vocifère de temps en temps mais qui garde le sourire et reste sagement amoureuse.

Ca donnerait lieu à tout un tas de situations cocasses et de dialogues savoureux, du genre : « Avec toutes les bonnes femmes que tu te tapes en douce, j'ai bien le droit de m'en faire une ou deux non !? », ou : « Réjouis-toi, au moins moi je risque pas de te faire un enfant dans le dos ! Encore que t'es pas à l'abri mon p'tit père… Une bonne PMA de derrière les fagots et le tour est joué. Salooop !! ». On peut même imaginer Lavoine (qui récolte en général les répliques les plus débiles d'Esposito, toutes ses vannes en-dessous de la ceinture et du niveau de la mer), entouré de ses potes, en plein footing, disant : « J'avoue que ça me fait bien chier mais je préfère ça qu'un mec... Et même que ça m'excite un peu moi... Mais putain bordel, les moules printanières j'aime ça que si je peux y tremper ma grosse frite ! Vous me suivez les gars ?! ». Et les trois autres de rire comme des baleines, OUAHAHAH, en short, dans un jardin public, entourés de bonnasses à peine majeures prêtes à craquer sur leurs vieux culs ridés. Je vous assure que les dialogues des trois premiers films de la série sont pile poil de cet acabit, peut-être même plus cons. Mieux ! Fatche, ça fuse dans ma tronche : la nouvelle copine gouine de la femme de Lavoine pourrait être une ancienne conquête de ce fumier, vu qu'il s'est enfilé tout Paname et sa périphérie. Quiproquos, rebondissements, twists à Saint-Tropez, tout y est. Cocagne ! Range ton stylo Esposito, je t'envoie ce script pourri en recommandé. Rien qu'en laissant pisser mon vieux cervelet reptilien deux minutes je fous la race à tous tes scénarios réunis, je me mets en mode « dégueule sans réfléchir » et je te fais du Esposito 2.0.


Le Cœur des hommes 3 de Marc Esposito avec Marc Lavoine, Jean-Pierre Darroussin, Bernard Campan, Eric Elmosnino, Florence Thomassin, Catherine Wilkening et Zoé Félix (2013)

18 mars 2011

Fair Game

Doug Liman, que la critique juge unanimement prodigieux et indispensable dans la photo de famille de la crème hollywoodienne pour avoir réalisé le premier volet de la trilogie Jason Bourne (dont La Vengeance dans la peau est le dernier opus en date), a livré sur nos écrans le fameux Fair Game en 2010. Ayant comme tout un chacun littéralement fait dans mon froc devant les péripéties d'un Matt Damon survolté et surentraîné, éternellement coiffé de sa sublime coupe au bol et vêtu d'un t-shirt XS fort adapté pour courir entre les voitures, j'étais impatient à l'idée de renouer le contact avec le sacro-saint Doug Liman qui symbolise à lui tout seul l'avenir d'Hollywood, le futur radieux du cinéma d'action, l'essor des grands studios, la prospérité du film de genre. Doug Liman c'est l'espoir vivant de tous les spectateurs avides de sensations fortes et de toutes les femmes de la planète avides de sensations non moins fortes qui craquent pour Matt Damon, le fils américain de Gérard Damon, notre vieillard hexagonal. J'avais la chair de poule à l'idée de découvrir, même avec un an de retard, le dernier bébé bourré de testostérone de Doug Liman. Malheureusement pas un seul coup de feu n'était prévu dans le scénario de ce nouveau film, aucun coup de boule à l'horizon, pas l'ombre d'une clé de bras ne se profile d'un bout à l'autre du film, ni même le soupçon d'une mandale. Voici le triste pitch du film : Valerie Plame (interprétée par une Naomi Watts en pantoufles), agent de la CIA au département chargé de la non-prolifération des armes, dirige secrètement une enquête sur l’existence potentielle d’armes de destruction massive en Irak. Cette histoire, c'est du réchauffé. Ces événements ont déjà eu lieu, on connaît déjà la fin de ton film Doug. Avant le générique les marines auront débarqué à Bagdad, les Irakiens auront déboulonné la statue de Saddam et ce dernier sera pendu à la tété. Très peu intéressé par cette histoire déjà connue de tous, et le subconscient peu accaparé par l'arme de destruction massive nommée Watts qui dans ce film ressemble davantage à un pétard mouillé, j'ai éteint ma lumière au bout d'une vingtaine de minutes, déçu à en mourir. Mais j'ai quand même eu le temps de penser à quelque chose, et c'est le visage omniprésent et inoubliable de Sean Penn qui m'a conduit à ça. Car a priori il manque bel et bien une pièce essentielle du puzzle Fair Game dans ce pitch de potche, comme sur l'affiche du film d'ailleurs, et je veux bien entendu parler de Sean Penn. Regardez mieux ce poster magnifique. Au premier coup d'œil on voit Naomi "10 000" Watts en costume trois pièces et le titre. Et puis en y regardant de plus près on distingue quelque chose sur la droite de l'image, une ombre, un brouillard, the frog, un fantômas qui rôde dont l'attitude complètement décalée contraste avec celle, grave et austère, de Naomi "100 000" Watts, nous interroge et nous fout mal à l'aise : c'est Shaüwn Penn tout sourire qui, en légère surimpression, vient bousiller le climat sérieux et grave que tentait d'asseoir l'afficheur.


Je sais que cette image est déjà sur l'affiche mais on ne s'en lasse pas

Takeshi Kitano, qui se fait surnommer "Beat" et qui porte remarquablement bien ce surnom ici en France, est un réalisateur japonais célèbre pour avoir une coquetterie dans l’œil unique en son genre, et adoré de tous pour avoir réalisé deux ou trois films "mignons" parallèlement à deux ou trois films de "baston". Et bien qu'il soit au départ le Vincent Lagaf japonais, présentateur de jeux télévisés dignes d’Inter-ville en son pays, les critiques de cinéma n'ont de cesse de l'aduler et de lui poser de brillantes questions. Parmi celles-ci, l'incontournable : "Quel est votre cinéaste préféré ?" En réponse, Takeshi "Beat" Kitano n'a de cesse de dire et de répéter que son metteur en scène favori est le grand Akira Kurosawa. Pour Beat Kitano, Kurosawa c'est le modèle absolu. Pourquoi ? Parce que dans un film de Kurosawa chaque plan est composé comme un tableau. Mieux, chaque image pourrait en soi et pour elle-même constituer un splendide tableau de grand maître. Le spectateur peut librement s'amuser à figer l'image à n'importe quel moment d'un film de Kurosawa pour obtenir devant soi une peinture magnifique, dixit Beat. On peut ne pas être d'accord avec cette conception du "cinéma idéal" selon Kitano, et préférer les théories de Koulechov ou par exemple les préceptes de Robert Bresson qui voulait qu'un plan n'ait aucune valeur ni aucune beauté propre séparé de ceux qui le précèdent et le suivent. Toutefois l'idée de Kitano, qui tend à rapprocher très étroitement l'art cinématographique de l'art pictural, se tient, et peut même dans une certaine mesure se vérifier dans les films de son maître Kurosawa. De sorte qu'il ne serait pas complètement absurde de juger de la beauté plastique d'un film selon de tels critères. Aussi ai-je envie, de façon arbitraire et gratuite, de mettre le film de Doug Liman à l'épreuve des balles. Faisons le test de Kitano, le "beat test", avec Fair Game. J'ai fait pause aléatoirement à quatre reprises, au hasard, en baladant mon curseur tout le long de la barre de lecture de mon lecteur divX, et voici les quatre arrêts sur image que j'obtiens réunis par mes soins à la palette graphique :


Cliquez sur l'image et admirez ces quatre faciès caoutchouteux en grand format, ça vaut son pesant de cacahuètes.

L'expérience est sans appel : le film de Doug Liman ne passe pas le "test Kitano". Il échoue même lamentablement à ce crash-test de tous les diables. Visez-moi un peu la ganache carbonisée qui systématiquement s'imprime dans l'image et la piège de l'intérieur. Chaque image du film est un terrain miné, une horreur visuelle, un sacerdoce de la rétine. Si l'on devait en tirer une peinture ce serait du crépit pour tapisser des chiottes. Ou alors c'est une forme d'art encore inconnue, qui va au-delà du cubisme et de l'abstraction, au-delà de Jérôme Bosch et d'Egon Schiele, bien plus loin que Lucian Freud et Francis Bacon dans le goût des tronches fondantes et décrépies, dans la passion des gueules brisées et des faces dégoulinantes. Shawn Penn semble arborer dans ce film un masque d'Onibaba, un couvre-chef de vieillard hideux, terriblement expressif et mystérieusement pacifique, blanchâtre de chevelure et de teint, qui n'est autre que sa véritable tête, laquelle fait mystérieusement tourner celle des femmes. Croyez-le ou non, ce visage bouffi de couenne et caffi de peau fait tourner la tronche de ces demoiselles. Sean Penn est un sex-symbol avec sa fraise de clopeux lépreux et son énorme navet de vétéran de la guerre de Corée. Où va le monde ?... En attendant j'ai sans doute passé plus de temps à faire ce montage photo que Doug Liman n'en a passé à monter son film, et ça m'a pris cinq minutes. Car en réalité si vous faites pause au hasard à n'importe quel moment du film vous tomberez certainement 9 fois sur 10 non pas sur un bout de peau de Naomi Watts mais sur un pan de mur, un bout de tête en amorce, ou un acteur décapité par le bord du cadre. De quoi composer une galerie de non-tableaux ultra conceptuels et proprement hideux. Car Doug Liman a cru brillant de porter sa caméra à l'épaule pour bouger dans tous les sens au gré de la conversation de ses comédiens, comme s'il n'avait pas lu dix fois le script et ne savait pas lequel allait s'exprimer à tel ou tel moment. L'effet recherché est celui d'un reportage télé débordant de suspense dont le cadreur ignore ce qui va se passer, mais à l'image ça donne une caméra qui balaye entre deux personnages ridés et maussades sans choisir lequel filmer, s'interrompant dans sa course pour retourner à toute vitesse vers le dernier qui a parlé, mais déjà l'autre a répondu et le cadreur doit faire demi-tour, souffrant d'un torticolis affreux que l'on ressent par-delà l'écran et pour lequel on n'éprouve aucune compassion... L'effet reportage télé aurait pu fonctionner mais dans les faits c'est complètement raté, et le résultat c'est un banal effet série télé, le réalisateur ne sachant quoi filmer alors qu'il est la plupart du temps dans une bagnole deux places, posté face à un couple de connards qui s'échangent des remarques fades dont on se fout éperdument. Voila qui fait de Douggybag Liman, que l'on nous vend comme le meilleur espoir d'un cinéma américain depuis longtemps défroqué, un beau crétin. 


Fair Game de Doug Liman avec Sean Penn et Naomi Watts (2010)

20 novembre 2010

Celle que j'aime

Marc Lavoine, l'homme "aux mille coups de quéquettes" (c'est comme ça qu'un second rôle le présente dans une scène-clé du film, sans savoir que ça tournait), interprète un designer graphiste embauché sur le mixage du film Arthur et les Minimerdes lorsqu'il fait la rencontre d'une maman divorcée jouée par Barbara Schulz, de 15 ans sa cadette. Le rêve du personnage de Lavoine : "partir en vacances en Atlantique"... c'est dans le scénario, texto. Vaste espoir, et ambitieux, qui ne semble pas avoir mis la puce à l'oreille de Schulz quant aux capacités intellectuelles ultra réduites de ce vieux garçon à la voix rocailleuse de fumeur de barreaux de chaise. En parlant de voix brûlée par l'alcool et la clope, voici que débarque dans ce film à jeter aux lions un Gérard Darmon en pleine forme, celui que l'on surnomme "Cigare Darmon" dans le milieu, ou encore "Chédar Darmon". Il interprète le père du fils de Barbara Schulz, un enfant merdeux qui a pour vocation de faire chier ses darons, or son daron c'est Darmon, qui se veut donc l'ex de Schulz, avec 42 ans de plus qu'elle au compteur. Il était déjà grand-père quand la mère de son futur enfant stagnait encore dans le canal de l'épididyme droit de son père, et le vrai malheur c'est qu'il fumera des mauves quand sa progéniture soufflera sa septième bougie en demandant : "Où est papa ? Où est mon vieux con de père ?". Sa jeune maman lui répondra : "Il est clamsé, fils. J'ai toujours eu un goût prononcé et imprononçable pour les vieillards. Je suis géronto comme toutes les jeunes femmes du cinéma français". Et l'enfant médusé devra se raccrocher à son beau-papa, l'homme aux "cent mille coups de queue" (on rectifie la réplique volée au montage de ce second rôle loin du compte), en stand-by ci-dessous :



A un moment du film, que j'ai envie de qualifier de "climax", Gérard Mormon affirme avec aplomb : "Je suis nutritionniste que je sache, il a pas de problème de poids que je sache Achille" (Achille étant le prénom du fils, et je ne reviens pas sur la redondance des répliques du film), qui prouve que Darmon a besoin d'une sacrée révision de la part de son ophtalmologue et qu'il considère son rôle de père vraiment à la légère. Dans le même registre, et même sans être spécialiste de la branche professionnelle dite "des infographistes", le job privilégié des "puceaux du bas" selon mon père, je peux affirmer sans me tromper que si dans la vraie vie un type exerce cette profession comme le fait Lavoine, c'est un billet sans retour pour la tente rouge quechua sur les quais de Seine. Cette succession de scènes et de dialogues aura eu ma peau au bout de 1537,2 mètres de métrage (soit 30 minutes et 30 secondes, grosso merdo). Elie Chouraqui, triste personnage, sache que ce soir tu t'es fait un ennemi tenace et rancunier. Tu me trouveras bientôt sur ton chemin, dans un bol de riz ou bien planqué au fond du tooms qui te sert de crâne. J'aurai ton (sublime) scalp !



Je me rends compte que j'oublie de parler d'une scène dont il faut que quelqu'un parle. Une scène typique de ces dizaines de comédies contemporaines françaises qui prennent le parti d'ériger des personnages féminins méprisables. Dans cette scène absolument cruciale, centrale, exemplaire de Celle que j'aime, Barbara Schulz trouve une capote XXL à la fraise sous le siège passager de la bagnole de Marc Lavoine. En réalité, comme nous l'apprendrons plus tard et comme on s'en doute déjà depuis une heure, ce vieux condom usagé a été placé là par le fils prodigue de Schulz, qui veut foutre son nouveau beau-papa dans la merde pour l'évincer du cercle familial et, à terme, y réintégrer son père biologique, Jaguar Darmon, qui aura donc la bagatelle de 85 ans quand son fils en aura 20 : gare au conflit, que dis-je, à la guerre de tranchées de génération qui s'annonce. Je sais que je me répète.

[Insérer une image du film ici, moi j'en ai marre]

Schulz trouve donc l'objet en plastique mou dans lequel son propre fils de 10 ans terriblement machiavélique et en avance sur les choses de la nature s'est vidé de plusieurs centilitres de liquide séminal pour confondre son beau-papa. Les enfants terribles de Cocteau n'a jamais aussi bien porté son titre. Mais on peut accorder au gamin qu'observer sa mère, à peine sortie de l'adolescence, se balader dans le plus simple appareil à longueur de journée et se taper devant lui tous les vieux beaux du quartier a pu l'inciter à se pencher sur son propre appendice un peu avant l'âge normal, je vous laisse vous interroger sur le sort de tous ces tristes gosses de divorcés qui auront bientôt 30 ans et qui, névrosés à mort, vont plonger notre monde dans l'enfer qui maraboute leurs esprits corrompus, dixit Choura-qui ?

[Checkez Allociné, doit y'avoir des tofs du film à droite à gauche]

Suite à la découverte de cette vieille capote humide, la mère de ce diable d'enfant tire les conclusions qui s'imposent et croit comprendre que son "mec" la trompe. Ulcérée, elle tend donc du bout des doigts l'objet du crime à Lavoine en lui demandant une explication, en plein repas du week-end de Pâques et à la barbe de plusieurs couples d'amis réunis pour l'occasion. Confus, mais arborant l'air coupable avec lequel il semble être né, Lavoine lui répond qu'il ne comprend rien et que de toute façon il est allergique à la fraise. Alors ni une ni deux Schulz lui amène un saladier de fraises ingénieusement prévu pour le dessert par la maîtresse de maison et elle lui ordonne d'en gober pour prouver son allergie. Le personnage de Lavoine, trépané, oppose qu'il peut rapidement en mourir, qu'il faudra appeler le SAMU dès qu'il commencera à décéder, et puis, décidément très amoureux de cette conne profonde, il s'apprête à y goûter au péril de sa vie et sous les cascades de rires de tous leurs amis, qui constituent ni plus ni moins une belle troupe d'enfoirés. Lavoine ne plie pas, bien que le voilà soudain un peu palot face à une fraise rougeâtre qui le toise sans broncher. Il finit par gober un saladier de ces fruits synonymes d'obsèques pour lui et commence ensuite à crever sérieusement. Non seulement il choppe une chiasse instantanée en mode déferlante et repeint tout le carrelage sans avoir le temps d'ôter son froc, comme quiconque s'envoie un saladier de fraises, mais, bel et bien allergique, tout son système nerveux se fissure et l'homme entre au royaume d'Hadès. Désolée d'avoir attenté à la vie d'un homme, et désormais coupable de tentative d'homicide volontaire, Schulz l'emmène à l'hosto : il est sauvé. Malgré tout il s'en sort avec l'épiderme bien massacré et les anecdotes Allociné nous révèlent qu'il a suffi de ne pas maquiller Lavoine ce matin-là pour donner l'impression de découvrir un type très mal en point. Et c'est là qu'elle le demande en mariage pour s'être pratiquement suicidé aux fruits rouges devant elle.


Je m'y colle les feignasses


Encore un personnage féminin détestablement con, à l'image de tous les personnages du film à vrai dire. Mais surtout. Une question se pose. Elle vient seulement de se poser à moi alors que j'ai vu le film y'a un bail, et alors que cette scène hante mes pires cauchemars depuis tout ce temps. Schulz accuse Lavoine d'avoir utilisé une capote parfumée à la fraise avec une maîtresse quelconque. Et son argument contre la calomnie c'est qu'il ne peut pas manger de fraise sous peine d'y laisser sa peau de croco. Donc indirectement et sans que personne dans l'assemblée ne s'en rende compte, Lavoine considère immédiatement que l'objet de son accusation et de toute cette méprise serait une fellation plastiquée qu'il aurait lui-même prodiguée. Pas faux ?


Celle que j'aime d'Elie Chouraqui avec Marc Lavoine et Barbara Schulz (2009)

5 juin 2009

Monsieur N.

Je n'ai pas vu ce film. Comme tout le monde. Je critique un film que je n'ai pas vu. C'est peu recommandé. Mais je n'ai pas vraiment le choix, je ne l'ai pas vu. Guilty as charged de n'avoir pas vu ce film. Mais qui l'a vu ? Quelqu'un l'a-t-il seulement vu ? Moi pas en tout cas. En fait je voulais parler de ce film parce qu'en allant au cinéma, au milieu des vingt minutes de publicités et de bandes annonces qui précèdent chaque film, j'ai vu l'annonce de la prochaine fête du cinéma, qui aura sans doute lieu très bientôt. Des tas de gens peu fréquentables, et peu fréquentés, se bousculent et gigotent dans cette annonce, séparés par de petites cases, des grosses têtes dans des petites cases dansant ou grimaçant avec des frusques sur les os et du maquillage plein la gueule. Des gens pour la plupart absolument éloignés de l'idée même de cinéma. Entre autres : Elisa Tovati, dont la carrière se résume au second rôle de Chochanah Boutdeboule dans La vérité si je mens 2 ; Tomer Sisley qui après 25 ans de stand up minable dans une cave Parisienne s'est récemment vu offrir le premier rôle du film Largo Winch, dont le héros est passé du blond vénitien au juif-tunisien en un coup de typex pour les besoins de l'adaptation ; François Xavier "Que la peste soit de vos" Demaison ; Julier Ferrier qui après un one man show (j'insiste sur "man") a décroché un rôle de cadavre dans Paris, le dernier Klapisch ; Hélène de Fougerolles, l'éternelle cagole des planches de théâtre ; Andréa Ferréol, qui collectionnait les rôles de nymphomanes frustrées dotées d'un appétit morbide pour le zob dans Les Galettes de Pont-Aven, dans La Grande bouffe ou ailleurs ; Zoé Félix qui subit une descente aux enfers en tenant le premier rôle d'une série télé à ras le bonbon après avoir littéralement "servi la soupe" à Gérard Darmon, de 100 ans son aîné, dans Le cœur des hommes 1 puis dans Le Cœur des hommes 2 ; Sara Forestier, aussi appelée "la nuit des longs chicots", qui s'est rendue célèbre en parlant comme une Port-de-Boucaine dans L'Esquive et qui lit désormais Proust dans un théâtre en parlant toujours comme une Port-de-Boucaine ; Mylène Jampanoï qui a ce qu'on appelle "les dents du bonheur", cette particularité physique qui dans son cas porte bien son nom puisque cet écart entre ses deux principales dents a été forcé, creusé, par... Bref, étonnant de réunir un tel casting de comiques ratés pour donner envie d'aller au ciné.

Mais dans cette annonce il y a aussi toute la famille de Caunes au grand complet, père et fille, Antoine et Emma. Encore une fois, que font-ils là ? Vous avouerez que c'est pas tout à fait à eux qu'on pense quand on entend le mot "cinéma".

Du côté de la fille, elle a lancé sa carrière de comédienne dans Ma mère de Christophe Honoré, aidée peut-être par un gros coup de pouce de son papa, et pourtant tout de même contrainte d'écarter ses jambes en full frontal (plein cadre) dès son premier film, comme tout le monde ! Depuis, sa carrière stagne et la télé s'en repaît. Emma de "Pauvre" Caunes n'a plus qu'à allonger la liste moisie de sa filmographie pour parvenir à ses fins et devenir, visuellement, l'égale hexagonale d'Asia Argento, la fille du grand maître de l'épouvante, qui aura réalisé son meilleur film d'horreur en mettant sa gosse au monde.




Du côté du papa, Antoine de Couenne, une première carrière assez réussie en tant que comique pour Nulle part ailleurs, largement aidé par un José Garcia toujours en pleine forme, avant un premier et dernier pas devant les caméras de cinéma dans Les deux papas et la maman aux côtés de Smaïn, sosie français officiel de Martin Scorsese. Puis quand il s'est agit de passer derrière la caméra, Antoine "Coup de pied" De Coin a commis quatre films, que personne n'a vus. Non, j'exagère un peu. Personnellement j'ai vu le début des Morsures de l'aube en croyant avoir téléchargé un documentaire sur l'horrible région de l'Aude où j'ai vu pourrir mes premiers jours. J'ai aussi vu Désaccord parfait, et en entier. Un film intriguant sur deux vieillards, interprétés par Jean Rochefort et Charlotte Rampling, qui se font des cunilingus l'un l'autre en permanence. En revanche j'ai su résister à l'attrait de Coluche, l'histoire d'un mec quand il est sorti au cinéma, un poil aidé je l'avoue par le fait qu'aucune salle de cinéma en France ne l'a diffusé. De la même façon Monsieur N. N'a (je mets toujours une majuscule après un point) jamais croisé mon chemin. Et si cela devait arriver je n'y couperais pas, en grand fan de Torreton que je suis. Ce type a beau être d'une laideur sans nom, il a beau jouer la comédie comme on tronçonne un arbre, il me plaît. J'aime ce mec.

La famille de Caunes c'est avant tout pas mal de piston, de la soupe au pistou et un peu de pesto ! Ne comptez pas sur moi pour participer à cette fête du cinéma parrainée par des anciens comiques hideux et des actrices pas chères. Ils devraient diffuser ces spots publicitaires à la télé au lieu d'en infester les cinémas, puisque ceux qui les voient en salles sont de fait des gens qui y vont déjà, au cinéma... Et au moins la famille de Caunes serait à sa place.


Monsieur N. d'Antoine De Caunes avec Philippe Torreton (2003)