13 juillet 2024

Funny Games U.S.

Do you have any cuddly toys? The other day a colleague who had just returned from a stroke explained to us that he had comfort meals in which to take refuge in the event of a hard blow or even a bad cold. He gave us the example of the large dish of buttered spaghetti in a vase plate, topped with a fried egg. And he asked us for our comfort food meals. Obviously we found a couple (lasagna, plowman's soup, seared liver, stuffed oysters, veal roustons), but that's not the subject. We started, on the other hand, and it's more connected to the blog, to wonder if we had any comfort films. What does it mean ? Films where you can find refuge in the event of a major bout of the blues, films where you can find shelter in the event of losing faith in cinema, films where you can reassure yourself in times when life becomes vicious. One title made the consensus for us, like a blinding flash: Funny Games U.S. by Michael Haneke, with Naomi 2,21Gigo/Watts, even if we didn't see it again as adults.
 

 
 
Why this film? No doubt for its unity of place. Very often, closed doors appear to us like potential comfort films, for the comforting side of packing, the feeling of snuggling up in a tight camisole, of curling up in a blanket that smells of incense or damp towels exits from the broken dryer, these film-places, almost film-worlds, where nothing will surprise us, where the space is marked out, under control, known and recognized, well traveled, let's just mention Kitchens and outbuildings, My Night at Maud's, Le Dîner de cons, The Corde, 12 Angry Men, Assault, or the most recent Zone of Pinterest by Jonathan Glazer and his unforgettable lines: "I said left Pignon...". Another advantage of Funny Games U.S. on the comfort side is its total absence of adversity, animosity, tension, or threat. Nothing but reassuring, soothing, neutral and benevolent camera gazes, with the culmination of the famous final wink to the spectator, passed down in the annals of good-natured cinema, and which invites us to bathe in the flow of the film, to become one with the diegesis and to perceive the characters as members of our own beloved family. As we reach the end of this review, there is a small doubt however: not sure that we are really talking about the right film.
 
 
Funny Games U.S. by Michael Haneke with Naomi Watts and Tim Roth (2k7)

10 juillet 2024

Funny Games

Avez-vous des films-doudous ? L'autre jour un collègue fraîchement revenu d'un AVC nous expliquait qu'il avait des repas-doudous dans lesquels se réfugier en cas de coup dur ou même de gros rhume. Il nous citait l'exemple du grand plat de spaghettis au beurre dans une assiette-vase, surmonté d'un œuf au plat. Et il nous demandait nos repas-doudous. Évidemment on a en a trouvé une paire (les lasagnes, la soupe du laboureur, le foie snacké, les huîtres farcies, les roustons de veau), mais c'est pas le sujet. On s'est mis, en revanche, et c'est plus connecté au blog, à se demander si on avait des films-doudous. Qu'est-ce que ça signifie ? Des films où trouver refuge en cas de gros coup de blues, des films où s'abriter en cas de perte de foi dans le cinéma, des films où se rassurer dans les moments où la vie se fait vicieuse. Un titre a fait le consensus pour nous, tel un flash aveuglant : Funny Games de Michael Haneke, avec Bruno Putzulu, même si on ne l'a pas revu étant adultes.
 
 
 
 
Pourquoi ce film ? Sans doute pour son unité de lieu. Très souvent, les huis-clos nous apparaissent comme des films-doudous en puissance, pour le côté réconfortant du packing, le sentiment de se blottir dans une camisole bien serrée, de se lover dans un plaid qui sent l'encens ou des serviettes humides sorties du sèche-linge en panne, ces films-lieux, presque des films-mondes, où rien ne va nous surprendre, où l'espace est balisé, sous contrôle, connu et reconnu, archi parcouru, ne citons que Cuisines et dépendances, Ma nuit chez Maud, Le Dîner de cons, La Corde, 12 hommes en colère, Assault, ou le plus récent Zone of Pinterest de Jonathan Glazer et ses répliques inoubliables : "J'avais dit à gauche Pignon...". Autre avantage de Funny Games côté doudou, son absence totale d'adversité, d'animosité, de tension, de menace. Rien que des regards-caméras rassurants, apaisants, neutres et bienveillants, avec comme point culminant le fameux clin d’œil final au spectateur, passé dans les annales du cinéma bon enfant, et qui nous invite à baigner dans le flow du film, à ne faire qu'un avec la diégèse et à percevoir les personnages comme des membres de notre propre famille adorée. En touchant à la fin de cette critique, petit doute cependant : pas sûrs qu'on parle bien du bon film.
 
 
Funny Games de Michael Haneke avec Bruno Putzulu (1997)

9 juin 2024

The Killer

En 2023, David Fincher est fatigué. Au bout du rouleau, il cherche à retrouver l'essence du cinéma après l'expérience éreintante du tournage de Mank, réalisé dans l'ombre paternelle dont il essaie de se défaire depuis sa plus tendre enfance. Libéré du joug des studios, mais auréolé, comme les plus grands (Cuaron Scorsese, les frères Coen, Gastambide), de la pleine confiance de Nietflix, Fincher se relance. C'est sans aucune vision artistique, sinon celle de réaliser un bon film, que le pape de Los Angeles se remet le pied à l'étrier. Lors de vacances parisiennes, ses pas le guident vers un bdiste de quartier où il pioche au hasard, à l'aveugle, quitte à faire tomber tous les rayonnages et à provoquer les foudres du tenancier, qui n'aura pas reconnu le faciès rasé à blanc et blanchi à la chaux du grand manitou d'Hollywood devenu le seigneur des plateformes et la caution artistique des plus vils requins de la planète. Sa main molle, répandant des effluves appuyés et obsédants d'aftershave, tombe sur la tranche de Le Tueur, dont le titre ridicule ne le dissuade pas et lui rappelle même ses premières réussites : les thrillers qui ont fait de lui un lord du 7ème art. Le génie est en confiance. 
 
 
 
 
Dès le premier soir de lecture sous la couette, il envisage un storyboard scrupuleusement basé sur les planches de la bd. En éteignant la lumière, Fincher peine à trouver le sommeil, voit le film se dérouler dans le noir telle une aurore boréale fantasmatique, et sait de quoi sa matinée sera faite. C'est sans compter, en pleine nuit, sur un réveil brutal : David a trois idées qu'il griffonne à la lumière de son smartphone (son carnet de notes appartient désormais au passé). Il pense notamment au casting : Michael Fastbender lui vient en premier, qui acceptera très vite, n'ayant rien d'autre à faire cette année-là, et n'ayant surtout pas peur du tout des scénarios très lacunaires et inachevés (comme le prouve toute sa filmographie), à condition de pouvoir porter son bob sur l'affiche, puis suit le nom de Tilda Swinton, qui dira oui aussi par erreur de retour de mail, et Christopher Lee, qui préfère décéder que jouer dans le film.
 
 
 
 
Le résultat de tous ces flashs, c'est un film qui vous endort sur place. On en ressort comme d'un cours de 2ème semestre de philo, en Terminale, dispensé par Monsieur Vigoureux-Smith, le lundi matin de 8h à 12h, après lequel on espère que la semaine est finie alors que c'est encore le milieu du lundi. Qui a vu ce film jusqu'au bout, en dormant les yeux grands ouverts, peut se qualifier de "méditant". Habitués à voir plus de matière, les critiques sont sortis déçus de ce pensum ridicule et lénifiant lorgnant vers le déjà maigre quoique culte Samouraï (Le) de Jean-Paul Melville tout en rendant un hommage appuyé au film de chevet du cinéaste Fincher, cinéaste coprophage : Fight Club. On ne citera qu'une plume, particulièrement acerbe et inspirée à la fois : "C'est le son de Fincher qui s'enfonce la tête dans son propre cul, entend les grondements de ses gaz intestinaux et décide de les partager avec le monde", assassinat en règle signé Jacques-Jean Smicard dans sa notule facebook sur le film. On ne résiste pas à la tentation d'en citer quand même une autre, issue de cet article que vous lisez en ce moment et prélevée ci-après, dont on apprécie l'absurde originalité et le flair astucieux : "J'ai tapé Fincher et génie dans google, et tous les résultats de la recherche associée barraient le mot génie".
 
 
The Killer de David Fincher avec Michael Fastbenber et Tilda Swinton (2023)

29 mai 2024

Petits arrangements avec les morts

Quand nous est venue l'idée d'aborder la filmographie de Pascale Ferran nous avons vite fait face à quelques problématiques, en particulier l'absence de films, ensuite l'impossibilité de faire un deuxième article sur Bird People, puis celle de parler de Lady Chatterley, rendus muets par notre amour pour ce film, de ce même silence qui nous empêche d'aborder les filmographies de John Carpenter, Eric Rohmer, John Cassavetes, Victor Erice, Elia Kazan, Franck Gastambide... Il ne restait plus que Petits arrangements avec les morts, dont on ne garde que de très vagues souvenirs (pour l'un de nous l'amnésie s'explique par le fait qu'il a vu ce film il y a fort longtemps, pour l'autre par le fait qu'il ne l'a tout simplement jamais regardé). Mais tant pis parce qu'en réalité on ne veut pas parler du film lui-même. Quoi dire de plus que Caméra d'Or à Cannes et Prix Puskas pour rappeler le raz-de-marée provoqué par ce film à sa sortie, un tsunami de succès critique, bien que pas public (mais ça viendra un jour). Gros gains, gros respect. C'est le mantra de Betclic.fr comme de Pascale Ferraille.
 
 
 
 
De toute façon elle ne cesse de cirer le banc de touche que pour obtenir un prix et toujours le plus prestigieux. Quand elle chausse les crampons c'est pas pour faire de la figu le long de la ligne de touche. C'est pour tuer le match et l'enterrer. Un film un prix. Tarif minimum. Pour les gens nuls en maths, en gros, c'est surhumain. C'est la Eden Hazard de la caméra, même si son homologue belge a fait plus fort, lui qui a su remporter tous les titres possibles sans intervenir sur le carré de verdure. Point commun : Hazard n'a jamais gagné le Ballon d'Or, comme Pascale, à qui il ne manque que la Palme d'or, qu'elle compte se payer un de ces quatre (pour Hazard a priori c'est mort). Ce sera pure formalité, deux trois coups de fil à passer, quelques négos et bakchichs, et accessoirement un film à torcher, un de plus, un sixième en 75 ans de carrière, pour aller nettoyer la lucarne et mettre Mandanda à l'amende, figé sur ses appuis, la mâchoire décrochée vers la lunette de sa cage, les gants ballants paumes ouvertes, la larme à l'œil depuis le départ du ballon, dégoûté par anticipation, impuissant face à un tweener-lob imprenable, pétrifié face à une trajectoire de balle qui défie les lois de la physique mais coche toutes celles de l'esthétique, à qui il ne reste plus qu'à aller ramasser le ballon au fond des filets, à l'essuyer proprement avec son maillot et le balancer d'un enroulé du bras droit vers le rond central pour que la partie reprenne, ce match si mal engagé, tout en fixant l'écran géant du regard pour voir le ralenti et comprendre à quel moment précis il s'est fait enculer.


 
 
Tapez le nom de Pascale Ferraille sur Wikipédia et lisez la partie 'engagements' de sa biographie, plus longue que tout ce qui concerne son existence personnelle ou sa carrière. Dix ans qu'elle n'a rien branlé de concret en termes cinématographiques, qu'elle n'a pas produit la moindre ligne de scénario, qu'elle refuse même de toucher un appareil d'enregistrement audio-visuel, y compris le dernier iPhone tendu par un touriste coréen à la manque l'implorant de le prendre en photo aux îles Lofoten : elle décline d'un geste vague de la main, tremblotante, une clope entre le majeur et l'annulaire, planquée derrière ses lunettes aux verres un peu opacifiés, non pas par un opticien de métier mais par l'usure du soleil british, si voilé, lors de ses longs séjours en Cornouailles rythmés par des marches solitaires de port en port, où elle déguste un fish & chips de rigueur, poissons et patates à peine sortis de l'eau, lieu de villégiature où contre vents et marées elle tourne des films dans sa tronche, tempête sous un crâne de cheveux grisonnants en bataille, des films-fumés qui ne sont même plus du cinéma tel qu'on l'entend mais s'apparentent à une cosmogonie nouvelle qui ruine toutes les lois rigides de ce monde et rebat les cartes de l'existant. 
 
 
 
 
Possible qu'elle enchaîne aussi les conquêtes, mais plutôt lors de ses virées sur la Côte d'Azur, où elle multiplie les sorties en mer en zodiac et les coups de main tendus en Méditerranée aux migrants en détresse. Elle a autre chose à foutre que des chefs-d’œuvre du 7ème art ou des films du "milieu" (c'est ainsi qu'elle qualifie la petite mafia du cinéma français, la "famille" comme on dit, "le sang"). Elle veut bien encore gérer en webmaster la Cinétek, et ajouter de temps en temps un link ou deux vers le nouveau film préféré de Klapisch (toujours un De Broca redécouvert sur le tard) ou de Podalydès (toujours le dernier Denis Podalydès), ou vers le premier vu de toute sa vie par Joachim Lafosse-à-purin, mais pas plus (et pour avoir rôdé sur le site récemment, c'est pas la mer à boire). Les trois ou quatre heures qui restent dans la journée de Pascale Ferran, c'est pour les gens dans le besoin, et faire de ce merdier de planète un monde meilleur. Dix ans qu'on attend. Dix ans que Bird People volète dans nos têtes et que David Bowie, outre-tombe, attend un autre hommage qui atteigne la cheville de celui rendu par la Ferraille dans ce dernier objet filmique non-identifié, hors du temps, inaccessible, visionnaire.


 
 
Hé ! les gens qui ne regardent les films qu'à condition qu'ils aient passé la barre des 7/10 sur imdb ! et qui s'enfilent les Nolan et Villeneuve comme des perles de Yoplait en jurant qu'on tient là la crème de la crème, vous passez juste à côté de purs moments de poésie signés Ferran, et vous entretenez cette triste lubie de l'espèce humaine qui consiste à condamner aux oubliettes nos plus beaux spécimens de créateurs de formes, de gestes, de grigris, en basant toute votre existence pathétique sur les notes, les scores, le consensus. Vous êtes macronistes, on vous méprise. Pascale Ferran est avec nous. On est de son côté. On sait qu'elle est quelque part. C'est une pensée qui nous vient quand on a un petit coup de blues : Pascale est là, quelque part, et sans doute qu'elle lutte pour que la Terre continue de tourner sur son axe et qu'elle ait l'air un peu moins dégueulasse. L'existence d'une Pascale Ferran rétablit un peu l'équilibre face à tant de médiocrité et de bassesse. 


Petits arrangements avec les morts de Pascale Ferran (1993)

18 mai 2024

Le Règne animal

Thomas Cailley l'ignore, car on ne peut vivre l'esprit tranquille en sachant quelque chose comme ça, mais il y a quelque part sur le coin du globe, et pas si loin que ça quand on fait zoom arrière sur google earth, une personne qui veut sa peau, qui se "le ferait" si c'était possible, qui ne manque jamais une occasion de le vouer aux enfers et de le rabaisser plus bas que terre, et qui se présente lui-même comme "son ennemi juré". Cette personne-là nous est proche et a un certain ascendant sur nous, un lien de filiation, pour ne pas parler d'influence, quand bien même on essaie aujourd'hui encore de rompre avec tous ses préceptes et ses combats de soixante-huitard contre toutes les valeurs du monde actuel et passé. Cette personne-là est pour nous dieu le père et un contre-modèle à la fois. Il est l'exemple à ne pas suivre, tous ses moove sont dangereux et ses leçons de vie sont pétries d'anti-matière. Toutes les morales et autres aphorismes qu'il délivre depuis le couvert de sa moustache sont autant de gousses d'ails accrochées autour de la porte du bonheur pour les vampires que nous sommes. Mais on ne peut s'empêcher de prendre en compte ses dires, même quand il débloque et, selon ses propres mots, "part dans tous les sens". Pire, on finit par adopter ses visions méphitiques de collapsologue convaincu et de prédicateur fou. Bien que récemment réduit physiquement par un coup du scorpion mal négocié au ping pong qui a fait de son genou l'équivalent anatomique d'une bouillabaisse (si on regarde sa dernière radio on se demande comment il continue de marcher avec un axoa de veau à la place des croisés), sa hargne morale et métaphysique contre Thomas Cailley est toujours aussi pure et aiguisée. Normalement on s'adoucit avec la maladie, on prend du recul, on pardonne. Mais lui, qui dit souvent être "né de mauvais poil et fatigué", mais qui ne va jamais se coucher de bonne heure par esprit rebelle de black bloc sur le retour, ne pose aucune limite à sa haine, à sa hargne, d'autant plus folle que très réfléchie, posée, consentie. Aucune impulsivité là-dedans, rien que de très conscientisé.




Cette haine a vu le jour lors de la projection en salle du Règne animal, de Thomas Cailley. Depuis ce jour, le godfather n'arrête pas de dire "trèèèèès mauvais film Le Règne animal", à la moindre occasion. Il suffit qu'il entende, lors d'une conversation avec de vieux éleveurs ou tondeurs du cru, le mot "animal", qui revient assez souvent dans son milieu socio-professionnel (l'élevage de moutons), pour qu'il répète encore "Très mauvais, Le Règne animal". Idem quand il ouït le mot "règne", certes plus rare. Ou le mot "le". Et quand il sort du moindre film un peu moins pire à ses yeux que celui de Thomas Cailley, il y revient quand même : "C'est tout de même mieux que Le Règne animal". Avec ses mille et une variantes : "Enfin c'est pas pire que Le Règne Animal". Ce titre est devenu un juron pour lui. Il murmure parfois juste "Le Règne animal...", même tout seul, quand quelque chose lui déplaît, quand il cogne son orteil contre le pied de la table basse, quand il masse le bo bun aux nems qui lui sert de genou, ou qu'il peste contre la vie. Même devant un très mauvais PSG - Lille (0-0), regardé sur une tv 4/3 à Tarbes chez sa fille, il peut se soulager en se relevant du canapé et en massant toujours son genou fumé en charpie, et clamer : "ça reste un meilleur spectacle que Le Règne animal". Mais "très mauvais" restent les deux arguments principaux de l'aïeul contre l’œuvre de Cailley. Si on lui demande de développer, il cite des éléments du film et les qualifie de ces deux mots : "Romain Duris, très mauvais", "le scénario, très mauvais", "la mise en scène, très mauvais...". Il n'a aucune bille contre le film, sinon les différentes façons dont il prononce ces deux mots, avec des variations à la Cyrano : agressif, "Très mauvais !", désespéré : "très mauvais !", agacé : "très mauvais", primesautier : "très mauvais", glacial : "très mauvais", sec : "très mauvais", froid : "très mauvais", la bouche pleine : "très mauvais", en portant un toast : "très mauvais", en éteignant sa lampe de chevet : "très mauvais", et j'en passe.




Peut-être que la bienveillance naturelle et générale à l'égard de ce film certes insipide mais inoffensif et plein de belles et bonnes valeurs (accepter la différence, accepter les bêtes, accepter la tronche du jeune premier, bref, accepter), tel un virus de positivité et d'encouragement à réinvestir les salles de cinéma pour une production française coûteuse, ambitieuse, contenant deux trois effets spéciaux numériques (dinguerie !) a contribué à mettre les nerfs en pelote de l'ancêtre. C'est comme le COVID, certains se le chopaient six fois, d'autres n'en voyaient pas l'ombre et continuaient d'enculer les mouches peinards. Là c'est pareil mais inversé (pas sûr de comprendre nous-mêmes ce qu'on écrit). Quand tout le monde baignait dans l'empathie pour Thomas Cailley, du dernier port-de-boucain en claquettes aux tenanciers d'une chaire à l'Académie des César (ceux-ci qui séparent toujours l'homme de l'artiste quand ça tombe bien pour eux), le paternel broyait du noir, échafaudait les plans les plus machiavéliques et compliqués pour nuire à l'auteur du film, toujours menacé de mort à ce jour. Drôle de paradoxe... Se dire : Je suis cinéaste, je fais des films ouverts et inclusifs, qui aspirent à une humanité meilleure et veulent réconcilier les gens, les réunir au cinéma, leur faire passer un doux moment, je vis pour mon travail, je cotise, je veux plaire aux plus petits comme aux plus grands, je suis un amuseur, un montreur d'images, un marionnettiste, un raconteur d'histoires, un enfant de la balle, un griot, et pourtant un retraité audois armé jusqu'aux dents d'armes blanches létales et de bombes chimiques veut juste me retirer la peau et en faire son paillasson d'entrée, tatoué non pas "Welcome", juste "très mauvais".
 
 
Le Règne animal de Thomas Cailley avec Romain Duris, Paul Kircher et Adèle Exarchopoulos (2023)

12 mai 2024

Riddle of Fire

Persuadés d'avoir acheté des tickets pour Nipples of Fire, force est de reconnaître que nous avons été cueillis à froid et que nous nous attendions à un tout autre spectacle. Il faut dire que celui-ci nous a été recommandé par notre "éducateur", et nous ne connaissons que trop bien son passif avec le cinéma pour adultes pour avoir été trop longtemps en concurrence avec lui lors de la course à la zappette des premiers samedis du mois, à l'époque où Philippe Vandel, notre "guide spirituel", occupait une place si chère dans nos cœurs (à 12 ans, nous nous habillions déjà d'un t-shirt XXS à l'effigie des Stones sous une veste de costard noire, un jean taille basse et des converses blanches). Les conseils de notre "grand frère", on s'en méfie depuis cette sinistre époque où, seul pourvoyeur de films empruntés au vidéo-club, celui qu'on devait appeler "l'aïeul" choisissait systématiquement, parmi la pléthorique offre de films en tous genres, les romcoms d'un autre âge signées Edward Burns, rangées dans le rayon "daubasses", ce qui correspondait alors à ce qui se faisait de pire en termes de cinéma d'auteur indépendant américain. La trace laissée par Ed Burns dans l'histoire du 7ème art équivaut celle du lisboète et soi-disant footballer avant-centre Vitinha dans le cœur des olympiens de la cité phocéenne. Heureusement, celui que l'on considère comme une souche pour nous et notre évolution sur cette terre, aka toujours notre éducateur spé, Ra'lex "The Rock" de son prénom, a visé un peu plus juste et un peu plus haut avec Riddle of Fire, film pour enfants qu'il est allé voir sans les siens, en bon père dépourvu d'autorité (mais quel éducateur modèle : c'est bien simple on lui doit tout, y compris d'avoir échappé à la zonzon quelques fois - il y est allé pour nous, lui et son cœur gros comme aç).




Qu'est-ce qui est fragile, mignon, éphémère et s'essouffle vite ? Un bouledogue français ? Ousmane Dembélé ? Un joli coquelicot ? C'est vrai mais pas seulement. Ajoutez à cela le premier long métrage de Weston Razooli dont nous vous déconseillons fermement de checker la ganache sur google tant il a un physique instable capable de tirer sur les nerfs les plus solides. Ce n'est pas un hasard s'il s'est lui-même attribué le rôle du gros débile de service dans son film. Son apparition coïncide d'ailleurs avec la grosse chute de tension de Riddle of Fire, qui démarrait plutôt très bien, sachant nous emporter avec sa petite bande de gosses très sympathiques, partie à l'aventure équipée de motocross et de pistolets à air à la recherche des ingrédients de la tarte aux myrtilles préférée de leur maman malade dans le seul but de décrocher le mot de passe débloquant la télé et permettant à la joyeuse petite bande de s'éclater sur un jeu vidéo. A partir du moment où leur course folle croise celle d'une bande de braconniers à la solde d'une sorcière taxidermiste, le rythme du film patine, on commence à trouver le temps long, tout devient plus laborieux et l'absence de vrai gag n'aide pas à se passionner pour les tribulations de tous ces personnages faiblards qui gravitent autour des gosses. 




Un tel film aurait dû savoir limiter ses ambitions à 1h15 de pellicule bien tassée et sans faux-col, histoire d'avoir plus de chances de rester sur le bel élan initial et de ne jamais ennuyer. Au contraire, il perd son temps et nous donne l'opportunité de regretter ses faiblesses, comme celle de s'inscrire tambours battants et sans retenue dans la mouvance nostalgique actuelle, alignant les références et allusions aux classiques du film pour enfants des années 80, des Goonies à Princess Bride en passant par Stand by Me ou Beyond The Green Door. Le tout filmé en pellicule kodak et sans mise au point, sur fond de dungeon synth à fond les ballons, cette musique électronique inspirée des jeux vidéos RPG à l'ambiance médiévale des années 80 et 90, autant d'emballages qui en rajoutent une louche dans le registre de la connivence générationnelle. 




Néanmoins, le film, pour toujours rattaché à notre éduc spé (qui a pourtant grandi dans les années 60, dans une ferme isolée de l'Aude, et n'a jamais tenu une manette ou un joystick de sa vie), et vu dans les meilleures conditions possibles (à savoir une salle archi vide, tempérée, la petite sacoche de car-en-sac dans la poche, le pistolet à air comprimé à la ceinture, le t-shirt Atari qui va bien, les Converse sur le siège de devant, un mister freeze dans chaque bouche, le walk-man autoreverse branché sur Tangerine Dream temporairement mis sur pause - ce qui ne change rien -, la version longue du Silmarillion dans la banane, la casquette "I want to believe" vissée au crâne, le scoubidou au poignet), suscite très clairement notre bienveillance et notre critique est positive. Vous chercherez peut-être à lire entre les lignes, à les espacer avec un logiciel word, interligne 4,5, pour trouver des compliments, ou à ne garder que la première majuscule de chaque phrase pour déceler un point positif (on va vous épargner, ça donnerait un truc du genre : "UALNV"... soit quetchi, c'est même pas une sous-marque Décathlon), mais pas la peine, si on le dit, ça suffit. Comme dirait cette teubée achevée d'Oudéa Castera, réduisant tout le 1984 d'Orwell à du pipi de chat : nous n'avons pas menti, quand bien même la réalité nous donne tort.


Riddle of Fire de Weston Razooli avec Skyler Peters, Phoebe Ferro et Charlie Stover (2023)

28 avril 2024

Sick

Les amateurs semblent d'accord sur ce point et j'aurais plutôt tendance à les rejoindre : avec John Hyams, artisan appliqué déjà auteur de l'efficace Alone, c'est bien simple, on a ce que l'on est venu chercher, ni plus ni moins. Scénarisé par Kevin Williamson qui, rappelez-vous, avait totalement relancer le genre en écrivant Scream, Sick est un slasher au temps du COVID. Deux amies s'isolent dans une immense baraque à la campagne où elles sont prises en chasse par un tueur soucieux de les exterminer tout en rappelant l'intérêt de respecter les gestes barrières. Inutile d'en dire plus sur un film court et direct qui, comme tout bon slasher, s'ouvre par une scène de meurtre assez intense lors de laquelle le cinéaste, décidément à l'aise dans cet exercice, annonce la couleur : cela sera sec et brutal. C'est en effet la mise en scène énergique de John Hyams qui fait ici toute la différence, le scénario de Kevin Williamson s'avérant efficace, certes, mais sans grande surprise, trouvant seulement dans la pandémie un prétexte pour, attention au spoiler, motiver les actes de tueurs remontés comme des pendules (oui, tueur de nouveau au pluriel, Kevin Williamson aimant décidément user de ce ressort scénaristique tout bête qui avait déjà contribué au suspense du film à succès de Wes Craven). Après une mise en place qui aurait encore gagné à être plus rapide, on se laisse donc prendre à un pur jeu du chat et de la souris plutôt bien mené et ma foi divertissant. Les deux héroïnes, incarnées par Gideon Adlon et Bethlehem Million) ont le mérite de ne pas être trop agaçantes et leurs physiques, pour une fois très ordinaires, ne constituent guère un point d'ancrage de la caméra (les temps ont décidément changé). Le décor, un grand chalet isolé au bord d'un lac, est plutôt astucieusement utilisé. Et le film parvient à monter en tension jusqu'à un final qui scotche convenablement au fauteuil et a le bon goût de se clore sur une combustion au petit matin du plus bel effet. Rien d'extraordinaire, donc, mais un slasher qui fait le job et, en se contentant seulement de cela, parvient déjà à se distinguer du tout-venant. 


Sick de John Hyams avec Gideon Adlon, Bethlehem Million et Marc Menchaca (2022)