4 mars 2008

Lollilove

Putain ce film en bois... Méga grande déception. Comme Rémi et moi nous sommes fans de Jenna Fischer, ça faisait un petit moment qu'on espérait mettre la main sur ce con de film, introuvable jusqu'à il y a deux jours où je l'ai choppé un peu par hasard à télécharger dans le dark web. On voulait le voir depuis deux ans en fait, depuis qu'on mate assidument The Office et qu'on est tombé sous le charme de cette actrice au charme si immense. Ça fait deux piges au moins qu'on se dit "Putain faudra qu'on mate Lollilove elle a l'air au meilleur de sa forme là-dedans et le film est peut-être méga cool, vise un peu l'affiche chelou". Hélas, c'était sans compter sur James Gunn, son mari de l'époque, pourtant auteur du plutôt sympathique film d'horreur rigolo Slither et qui a voulu, avec Lollilove, faire on ne sait même pas vraiment quoi vu que c'est ni drôle ni intéressant. Produit par les studios Trauma plus habitués aux films gores délirants, où James Gunn travaillait alors, Lollilove est une sorte de docu-fiction ultra chiant, où l'on voit le couple d'acteurs créer une association venant en aide aux sans-abris. Ça dure 64 minutes et on a regardé la moitié en avance rapide tant ça paraissait long. Y'a strictement rien de drôle, ça brasse du vent et Jenna Fischer est finalement complètement sous-employée. Y'a bien un ou deux moments où elle a vraisemblablement été habillée par son idiot de mari, mais c'est tellement furtif qu'il vaut mieux se contenter des screencaps réalisés par les fans de la belle, soucieux d'éviter aux autres de regarder cette grosse arnaque qu'est Lollilove. A éviter. Deux ans pour ça... 
 
 
Le couple est depuis séparé, James Gunn continue à avoir une tronche de cake et à tourner des petits films d'horreur qui marchent très fort en VHS ; quant à Jenna Fischer, elle se constitue une bien jolie filmographie faites des plus mauvaises comédies américaines actuelles tout en continuant à incarner Pam dans The Office, elle domine la petite lucarne. On les salue. 
 
 
Lollilove de Jenna Fischer et James Gunn avec Jenna Fischer et James Gunn (2004)

3 mars 2008

Jurassic Park III

Quand il a reçu le scénario de ce troisième volet des aventures du Parc Jurassique dans un colis Fedex, Steven Spielberg a décidé de ne pas donner sa réponse par voie postale comme il en avait l'habitude mais de plutôt se rendre directement au Studio Dreamworks à pied pour faire comprendre à voix haute qu'il était absolument hors de question qu'il colle une fois de plus, une fois de trop, la main à la patte pour s'enliser dans une trilogie qui aurait raison de sa longue carrière : "There is no way I'm gonna commit this film !" a-t-il hurlé à ses employés avant de se rendre compte que c'était bien lui le patron de cette boîte et que personne ne le forçait. Steven Spielberg a alors fait appel à Joe Johnston, un des yesmen les plus côtés d'Hollywood Boulevard, pour foutre en l'air sa trilogie. Et face au chèque indécent que Spielberg a fait miroiter sous ses yeux globuleux, Joe Johnston n'a pas tardé à récupérer son épreuve du script dans sa corbeille à papier.



Et quel script. Après un voyage de plaisance sur une des îles aperçues dans les épisodes 1 et 2, Téa Léoni est dans l'avion du retour aux côtés de son époux, elle sirote un cocktail avec un masque de nuit sur les yeux et les doigts de pieds en éventail sur le tableau de bord quand soudain c'est le flash, ils ont oublié leur fils Kevin, 1m32, 8 ans et demi, toutes ses dents, sur l'île infestée de dinosaures. Mais ça ils ne le savent pas encore puisque par un heureux hasard ils n'ont jamais fait la rencontre fortuite de la moindre trace de dinosaure sur cette minuscule péninsule durant la totalité de leurs 6 mois de vacances. Parfois le hasard fait bien les choses. Parfois pas, comme quand le hasard a voulu que cette jeune maman pense à foutre son clebs dans l'avion du retour et pas Kévin, son fils unique. Ou quand ce même hasard a voulu que l'actrice pense à foutre un short pour le tournage. Ni quand le hasard a fait que, par souci d'économie, le couple de vacanciers a décidé de ne pas engager de pilotes pour piloter l'avion, préférant le programmer à l'avance et le laisser les guider jusqu'à Seattle en pilotage automatique. C'est ce hasard-là qui empêchera le couple de faire demi-tour pour récupérer le gamin. Six ans plus tard jour pour jour, les deux amants ont réuni assez de fonds pour se payer un second voyage et enfin remettre la main sur leur cher et tendre. Mais pas question d'y aller seuls, ils doivent se munir d'un spécialiste en dinosaures au cas où il y en aurait sur l'île (ce qu'ils ne savent pas encore à ce moment du film, c'est une pure spéculation, une simple précaution). Ce spécialiste c'est Alan Grant (Sam Neill), le personnage principal du premier Jurassic Park.



S'ensuit une scène de 39 minutes dans un bar, un bouge du Bouroundi, belle région d'Afrique, dans laquelle Alan Grant refuse catégoriquement leur offre. Il réfute tous leurs arguments. Il affirme même "s'en battre l'œil" de leur enfant chéri. Plus jamais il ne remettra un pied sur une île possiblement peuplée de dinosaures, il en a trop chié dans le premier numéro de la série, il a failli y perdre ses guiboles plus d'une fois, ils peuvent insister à jamais il n'y a aucune sorte de chance pour qu'il accepte leur requête. Et puis, 39 longues minutes plus tard, il suffira que le père de Kévin aligne son chéquier sur la table et lui offre 100 dollars pour qu'Alan Grant se ravise et accepte de venir avec eux. D'après Steven Spielberg cette séquence d'envergure serait une allégorie du repas qu'il aurait fait avec Sam Neill quelques jours avant le tournage pour le convaincre de jouer dans le film. À la suite de cette séquence couperet on retrouve Alan Grant dans le jet privé qui conduit les trois protagonistes vers l'île de malheur. Alors, pour nous donner une idée de la terreur qui envahit le professeur Grant à l'approche de l'île des T-Rex, Joe Johnston a recours à un vieux truc, le cauchemar. Sauf que faute de moyen, ou pris de génie, Joe décide de ne pas nous montrer le cauchemar, il se contente d'un long plan fixe sur Sam Neill qui gigote en dormant dans son fauteuil avant de se réveiller en sursaut. L'effet est garanti, on est dans le feu de l'action.



Et pas des moindres puisque dès le débarquement sur l'île, c'est l'arrivée du fameux tyrannosaure Rex. On a déjà vu ça dans le 1 et dans le 2 me direz-vous. Eh bien Josh Johnston a pensé comme vous. Alors arrive un autre dinosaure, bien plus laid et un poil plus grand, et qui après un sauvage combat terrasse le Tyrannosaurus, celui qui autrefois nous fit tant rêver (comme s'il fallait décidément briser tout ce que le premier film de Spielberg avait bâti, avec pour ligne de mire la loi du "bigger, stronger, uglier"). Et, encore une fois par manque de financements, Dennis Muren, le chef des effets spéciaux attitré de Spielberg, a décidé de reprendre de vieilles maquettes technétroniques pour créer cette bête. C'est ce qu'avait fait Jean-Pierre Jeunet dans Alien 4 où il avait récupéré la reine Alien en plastique grandeur nature qui avait servi dans l'épisode 2 par esprit d'économie. Sauf qu'ici il ne s'agit pas de réutiliser une bête déjà filmée mais bien d'en créer une nouvelle. Qui s'étonnera donc que Dennis Muren ait assemblé des morceaux du T-Rex de Jurassic Park 1 avec des bouts de "Bruce", le gros requin animatronique des Dents de la mer, ce grand requin hideux que Spielberg, contrairement aux gens d'Amblin, surnommait "La grande merde blanche". Les plus aguerris sauront aussi distinguer dans ce grand merdier qu'est ce nouveau dinosaure de pacotille le crochet du capitaine Crochet dans Hook, l'arche perdue d'Indiana Jones à la recherche de l'arche perdue, retrouvée au dernier moment dans le cagibi de Vilmos Zsigmond, le directeur de la photo de la trilogie Indiana Jones, mais aussi le fauteuil à bascule de Woopy Goldberg dans La Couleur pourpre ou encore la voiture rouge en panne de Duel.




C'est pas la dernière des déceptions dans ce film. Très vite les sauveurs retrouvent leur enfant, qui depuis six ans n'a pas grandi d'un centimètre et vit terré sous une racine de peuplier, se nourrissant exclusivement de terre et sortant régulièrement vainqueur des assauts répétés des dinosaures les plus carnassiers et les plus féroces qui s'acharnent de génération en génération à l'extirper de son abri de fortune à coups de bec. L'ayant enfin retrouvé, ses parents, toujours accompagnés du Professeur Grant, s'invitent dans son trou à rat. Le gosse, serein, s'extasie de rencontrer Alan Grant dont il a lu tous les bouquins sur les dinosaures, qui l'ont passionné. Parce que la passion de ce gosse c'est les dinosaures et ces six années de merde passées sous une grosse branche d'arbre à repousser les gueules pleines de crocs de ses nouveaux potes carnivores du bout de ses tennis Adidas n'ont pas suffi à le détourner de son goût pour le Jurassique. Alors pour coller au budget draconien imposé par Spielberg, Joe Johnston décide de copier coller des scènes de Jurassic Park 1 où le petit Timmy faisait chier Grant avec ses bouquins sur les dinos, et on n'est pas dupes. On aimerait être dupe, on aimerait fermer les yeux là-dessus, mais ça n'est pas possible parce que ça fusille les paupières avant de fumer la rétine. C'est gros comme le nez au milieu de la façade.



Et on n'est pas arrivé au bout de ses surprises. Vient une scène d'action interminable quoique haletante dans laquelle les 4 personnages sont repérés au bord d'une falaise par des ptérodactyles à cause de la sonnerie du mobile de Téa Léoni. Attention, pas le téléphone portable du personnage, qui n'est pas censé en avoir un à ce moment là du film, on parle bien ici du téléphone cellulaire de Téa Léoni l'actrice. Certains parleront de goof, je resterai mesuré. Bref, encore une fois Dennis Muren n'a pas eu les fonds nécessaires alloués habituellement aux effets numériques de post-production et l'on est consterné d'admirer ces ptérodactyles, certes nouveaux dans la série Jurassic Park, mais désespérément inachevés. On a sous les yeux l'armature informatique des ptérodactyles, leur ossature numérique vert fluo, des barres vertes supposées reliant les contours des animaux pour coordonner leurs mouvements informatiquement. Mais l'habillage n'a pas été finalisé et il part en guenilles. Point de texture, point de peau pour donner corps à ces bestiaux sur nos écrans, point de vraisemblance. C'est un fiasco.




Je vous épargnerai la suite des évènements. Dîtes-vous simplement que pour marquer une évolution dans la trilogie Joe Johnston a décidé de doter ses raptors d'un don qu'ils n'ont jamais eu et ça tous les livres d'histoire s'accordent à le dire : la parole. Ainsi vous faudra-t-il accepter de voir ces vélocipédiques entamer des discussions durables dans un français irréprochable. De même seuls les plus coriaces d'entre vous tiendront jusqu'au bout pour voir plusieurs divisions de l'armée des États-Unis débarquer sur l'île pour sauver nos quatre daredevils. Seuls les plus naïfs d'entre vous ne reconnaîtront pas la séquence d'ouverture de 39 minutes d'Il faut sauver le soldat Ryan et son débarquement sur la plage Omaha le 6 juin 44 collée là discretos. Seuls les plus cons ne s'étonneront pas de voir Tom Hanks et Vin Diesel tuer des soldats de la Wehrmacht avec leurs mitraillettes Tompson en guise de conclusion à ce sombre épisode d'une trilogie qui aura décliné d'épisode en épisode pour partir du sommet et arriver à des frasques sans pareilles dans l'histoire du tout hollywood.

Je viens d'apprendre que Joe Johnston prépare le 4ème film de ce qui sera donc tragiquement une tétralogie.


Jurassic Park III de Joe Johnston avec Sam Neil et Téa Léoni (2001)

28 février 2008

Seraphim Falls

Je l'ai maté avec la qualité d'une vieille VHS et ça donne un certain cachet au film. De toute façon moi j'écoute tous mes mp3 sur mon vieux walkman à cassettes donc ça me change guère. J'aime tout ce qui est vieux. J'aime les vieillards. Dans la rue je me surprends souvent à reluquer les vieilles. J'achète toutes mes fringues dans des friperies, je ne peux pas porter des trucs qui ne soient pas de seconde main voire de troisième main. Mes godasses sont méga trouées mais j'adore ça, mes pieds respirent. J'avais réussi à choper le film en 5.1 mais j'ai changé mes réglages sur mon ampli, je l'ai mis en 0.0 histoire de retrouver le son de la vieille téloche de mes parents quand j'étais gosse. J'entends que dalle mais c'est ma came. Je suis allé jusqu'à filer des coups de cuter sur ma télé 16\9 de sorte que les rayures me rappellent les vieilles bandes pourries d'antan. J'ai aussi réglé mon téléviseur sur pal\secam de façon à ce que l'image soit rognée sur les côtés comme c'était le cas dans mon cinéma de quartier à la vieille époque. Puis j'ai retiré les couleurs sur ma télé Daewoo DE. Et finalement j'ai maté le film juché sur un tabouret de bar pour retrouver l'inconfort de ma triste jeunesse. J'ai également retiré mes lunettes, que je ne portais pas quand j'étais gamin, et sans lesquelles j'y vois pas à un mètre. J'ai donc maté ce film flou en étant à moitié aveugle. Il manquait juste mon vieux père pour me filer de grands coups de latte dans le cou au moindre mouvement un peu bruyant.




Le début du film est très spécial. Pierce Brosnan est dans les bois, sous la neige, dans un gros manteau en peau d'ours. Il est en train de pisser et d'écrire son nom dans la neige (d'ailleurs, goof, il écrit Pierce Brosnan, son nom à lui, pas celui du personnage, une erreur qu'apparemment personne sur le plateau ou en salle de mixage n'a relevée), il pisse dans la neige donc quand Liam Neeson et ses acolytes, sans crier gare, lui tirent des balles dans le bras. Plusieurs dizaines de balles, dans le même bras, à plusieurs centaines de mètres de distance. Une précision peu commune et sans fondement. Pourquoi se focaliser sur ce bras ? Le scénario ne nous le dira jamais. Disons-le carrément, le screenplay n'est pas près de nous dire pourquoi ces types s'acharnent ainsi à crever la paillasse du vieux Pierce qui pendant les 15 premières minutes du film subit donc un parcours du combattant éprouvant pour le spectateur pris en otage. Cette cavalcade infernale s'achève quand Pierce, après avoir escaladé plusieurs falaises et traversé un fleuve à la nage, s'arrête cinq minutes dans une clairière pour retirer les quelques douzaines de balles, une cartouchière complète, que trois types étranges lui ont logées dans l'épaule gauche. Nouveau goof, d'un plan à l'autre Pierce voit le couteau qu'il portait dans la main droite se transformer en grande branche d'arbre. Ce goof qui paraît anodin mettra sans doute Pierce en grand danger quand il s'agira de faire face à un Liam Neeson remonté comme une pendule.




Ce film est un western de neige, un western des plus simples. Un western qui ne s'encombre pas avec le début d'un scénario. C'est une course poursuite, une chasse à l'homme, un type seul traqué par des tueurs sans foi ni loi, sans motif, sans mobile, pour le plaisir du sport. David Von Ancken a de toute évidence adapté le scénario écrit par son fils de 6 ans qui lui dictait sa trame narrative allongé au milieu de ses playmobils. Qui dit western dit canassons. Or quatre canaris qui galopent à toute allure et côte à côte dans le désert ça fait vibrer le sol. Ne vous étonnez donc pas de voir la caméra trembler sans ménagement sur son pied. De temps à autres le pied de caméra se casse même la gueule et Von Acken n'a semble-t-il pas jugé nécessaire de couper ces ratés au montage. La traque est si longue que l'on voit les saisons défiler. Au bout de 45 minutes c'est l'été Indien sur les Rocheuses et Pierce n'a toujours pas semé ses poursuivants, ni passé sa tête sous l'eau. Il transpire de la boue, il suinte la terre. Mais après une heure et demi de métrage, nous voilà rendus. Le mexican stand off arrive enfin. Empruntant le chemin biaiseux du flashback, Von Ancken nous explique le fin mot de cette poursuite endiablée. À la fin de la guerre de sécession, Pierce Brosnan a foutu le feu à l'épouse de Liam Neeson ainsi qu'à ses deux enfants. Celui qu'on croyait être le gentil traqué par de vilains bandits est en fait un affreux assassin poursuivi par la main vengeresse d'un veuf qui a vu ses gamins cramer à ses côtés. C'est un twist infernal que même mon clébard allongé à côté de mon tabouret pendant toute la séance avait su deviner dès le générique d'ouverture.




Mais pas de ça entre nous Von Ancken, le bien et le mal, cette vision manichéenne du monde, c'est pas la mienne et tu le sais. Eh bien ce n'est pas non plus celle de Van Hallen qui, et là accrochez-vous bien, rallonge son film de 45 minutes, oui pas moins que ça, histoire de faire durer ce duel de pacotille, parsemé de scènes oniriques dans le désert d'un ennui prodigieux, avant de voir les deux ennemis jurés s'en aller côte à côte face au soleil couchant. Parce qu'au fond Pierce n'avait pas fait exprès d'enflammer la petite famille au complet de Liam, et lui-même regrette bien fort ce douloureux événement du passé. Alors Liam le croit sur parole et croit bon d'ajouter : "De toute façon j'ai plus de balle pour te descendre ni d'allumette pour t'enfumer". Ce western partait bien mais il a fini en grosse queue de poisson. Une queue de poisson de deux plombes qui m'a rappelé Le Grand bleu de Luc Besson en cela qu'il m'a lui aussi fait vivre l'extase des profondeurs.


Seraphim Falls de David Von Ancken avec Liam Neeson et Pierce Brosnan (2006)

Michael Clayton

C'est la première critique que j'écris IRT (In Real Time), c'est à dire que j'en suis à 1h26 là, le film dure 2 heures. C'est aussi le premier article que j'écris sur mon tout nouvel ordinateur portable MultiMedis que j'ai acheté pendant le film histoire de pouvoir écrire en le regardant. Un article historique donc. C'est grâce au film que j'ai pu brancher le wifi si vite. Le film parle en effet des Télécom en général. C'est le sujet du script. Les répondeurs téléphoniques sont de chaque plan. Au bout d'une heure trente, le répondeur de Mickey Clito tombe en panne, on croit à la fin du film mais c'était sans compter sur un réparateur de répondeurs qui le remet en selle aussi sec. J'ai acheté une glacière pour ne pas avoir à lâcher l'écran des yeux une seule fois. C'est la première fois que je fous autant d'argent dans un film et il faut savoir que je me suis contenté de le graver sur un dvd-rw. Je me suis acheté un Sagem pour commander à bouffer. Dans ma glacière y'a un compartiment trousse de survie au cas où une merde m'arrive en plein film. J'ai tout prévu pour ne rien rater. On en est à 1h36 actuellement. Ma maman me manque.



Au moment où j'écris y'a Sydney Pollack à l'écran. L'illustre réalisateur\acteur, qui s'est illustré dans des réalisations telles que L'Interprète ou des rôles tels que celui que lui avait refilé Kubrick dans Eyes Wide Shut. Il n'a semble-t-il rien perdu de son talent de réalisateur puisqu'il ponctue chacun des plans dans lesquels il apparaît en criant : "CUT !" et en frappant très fort dans ses paluches. Le vieux Pollack est totalement out of Africa.

Ce film c'est le récit d'un grand et rocambolesque changement de conscience très lent. C'est un quasi western. C'est un stern. Y'a des flingues et des chevaux mais pas l'ombre d'un sombrero à l'horizon. Le genre est totalement revisité. J'en suis à 1h49 et je viens de composer le 17 sur mon Sagem. J'appelle les flics.



1h58, voici un énorme goof. Mickael Clito retrouve son ami avocat, campé par Tom Wilkinson, dans une rue de New-York, lequel tient sous le bras une bonne douzaine de baguettes de pain. L'explication ne nous est pas donnée. On ne saura pas pourquoi ce personnage jusqu'ici tout à fait honnête et intéressant est allé se payer 15 baguettes de pain pour son petit déjeuner. La scène est tournée en champ\contrechamp et d'un plan à l'autre le nombre de baguettes sous le bras du collègue de Michael augmente petit à petit, ça saute aux yeux. Quand la scène se termine, le pote de Clayton lui demande s'il a envie d'un quignon de pain puis se lachave en lui disant : "Excuse j'ai du pain sur la planche". C'est la fin du film. Clooney se barre en taxi, le générique de fin défile sur un côté de l'écran tandis qu'il regarde la caméra pendant dix bonnes minutes dans l'autre partie du cadre. En fond sonore, la bande originale du jeu vidéo Projet I.G.I se profile.


 
Le film a été nommé plusieurs fois aux Oscars cette année. Pour la meilleure décoration notamment puisque Tony Gilroy filme les objets statiques comme personne. Quid des répondeurs, des chaises de bureaux et autres lampadaires. Le point est toujours fait sur l'objet de déco au détriment de l'acteur en présence. Le film a aussi reçu le Prix d'Interprétation Animale du Festival de Carpentras (le Cheval D'Or de Carpentras pour être plus précis) pour le cheval noir qui joue une scène de 5 bonnes minutes en tête à tête avec George Clooney, à noter que ce cheval avait déjà reçu le prix du Canasson D'Argent de Genève pour son apparition mémorable dans Les 7 Mercenaires.


Michael Clayton de Tony Gilroy avec George Clooney et Sydney Pollack (2007)

22 février 2008

Je suis une légende

L'homme, quand il est seul, certain de n'être pas observé, a des manies bien étranges. L'homme, par exemple, adore ses odeurs. L'homme au sens générique du terme j'entends, la femme est dans le même bateau. Quand il est seul, l'Homme se cure les pieds et sent ses doigts, il se passe les phalanges entre les couilles et les porte invariablement, machinalement, à son nez. La femme fait pareil en passant le bout de ses doigts sous ses seins, ou sous ses aisselles, ou contre son entre-jambes, sans doute. Les deux font ça avec leurs panards ou leurs culs. C'est quelque chose de très étrange et de pourtant tout à fait naturel. De même l'Homme pète et baigne dans son pet, aussi abominable puisse-t-il être, il s'en délecte et ramène l'odeur vers lui avec ses mains pour mieux en apprécier toute l'horreur. Horreur qui n'est perçue ainsi que lorsque le pet vient d'un autre. Quand il est nôtre, le pet est toujours agréable, voire d'autant plus agréable qu'il est puant. On secoue les draps quand on pète dans son lit pour être certain de recevoir toute les fragrances de son pet et pouvoir mieux le mesurer. Mesurer son importance. Laquelle dépend de sa puanteur. Plus un pet sent, il faut bien le dire, la merde, ou le renfermé, plus il est important et plus on en est fier. C'est très intéressant de voir comme l'homme est toujours d'autant plus fier de ce qui émane ou sort de son corps que ce qu'il dégage est plus répugnant. Tout le monde se retourne après avoir chié. Notre fierté peut se voir quand on va aux chiottes. On sait que personne ne nous regarde, alors on étudie la taille de notre besogne, et on est plus ou moins content de nous selon l'importance de nos déjections. On est fiers de ce qu'il y a de plus dégueulasse qui puisse sortir de notre corps, et on l'est plus ou moins selon sa grosseur et sa coloration. Ces rejets sont un insondable tabou en société parce qu'on les adore absolument en privé et que c'est évidemment une profonde honte pour tout un chacun. Tout le monde se retourne après s'être torché. Pas juste pour tirer la chasse d'eau, non, c'est pour bien regarder ses selles, passer un moment en tête à tête avec elles. Parce que tout le monde a peur. Tout le monde est inconsciemment effrayé par la perte de fluide corporel, c'est pour ça qu'on se retourne toujours pour regarder notre merde quand on l'a chiée.




Ce film est une étude théorique sur ces questions. Will Smith est seul à New-York, personne ne le regarde, alors il sent ses doigts.

Francis Lawrence, qui a signé cette merde, n'a de cesse de revoir son film, pour contempler ce qu'il a chié, et croyez-moi, il en est fier.


Je suis une légende de Francis Lawrence avec Will Smith (2007)

19 février 2008

I Heart Huckabees

Vous connaissez l'histoire de Romain Gary qui avait pris pour pseudonyme Émile Ajar histoire de recevoir deux fois le prix Goncourt, d'abord sous son pseudonyme habituel, pour Les Racines du ciel, en 1956 et la seconde fois donc sous le pseudonyme d'Émile Ajar, pour La Vie devant soi, en 1975. Eh bien Michel Gondry a voulu faire pareil. Après avoir tourné des films à succès tels que Eternal sunshine of the spotless mind ou La science des rêves, il a donc choisi de se déguiser sous une nouvelle identité, David O. Russell, pour sortir un nouveau film : I heart Huckabees. Et si après avoir su la vérité sur la double identité de Romain Gary on devait découvrir que Gary et Ajar signifiaient respectivement "brûle !" et "la braise" en Russe, force est de constater que la supercherie chez Michel Gondry tient par des ficelles un peu moins solides, puisque d'après certains spécialistes ès Gondry, ce dernier aurait choisi le prénom David en hommage à David contre Goliath, le héros préféré de Gondry, petit et maigre comme lui, puis le nom Russell en guise de clin d'œil à Russell Crowe, son acteur fétiche, petit et maigre aussi. Quant à la lettre O. les chercheurs sont encore sur le coup. D'aucuns pensent qu'elle pourrait faire référence à O.J. Simpson aussi bien qu'à Wilson Oruma, les deux pygmallions officiels du réalisateur de clips.



Il n'était pas bien difficile de démasquer le coupable. Cependant le principal intéressé n'a pas encore avoué, et je pense même être le premier à mettre publiquement le doigt sur son crapuleux subterfuge. Mais la vérité ne saurait tarder à éclater au grand jour. Il n'y a pas beaucoup de place pour le doute. On retrouve dans ce film tous les éléments chers à l'univers de Michel. Un personnage principal disgracieux dont la tignasse ignoble lui assure la liberté de déambuler à sa guise sur les trottoirs que les passant désertent à son passage. Un bonhomme sympathique, fondamentalement gentil, en contentieux avec ses parents comme avec ses collègues de bureau et chèrement attaché aux bonnes manières ainsi qu'à la protection de l'environnement. Un univers décalé où urbanisme coloré et fantaisies mignonnes font bon ménage. Des seconds rôles tous plus improbables les uns que les autres baignant dans une folie douce et propices à un humour gentillet permanent. Enfin bref une escroquerie, une friponnerie, une malversation, une filouterie, un abus de confiance. Gondry nous prend pour des cons.



Pourquoi un pseudo ? Peut-être par peur de surprendre son audience habituelle rodée à des actrices aussi douées que Charlotte Gainsbourg ou à des acteurs aussi brillants que Gabriel Garcia Macdal . En effet on retrouve à côté des abominables malfrats que sont Jason Shwartzman et Jude Law des gens intéressants comme Dustin Hoffman, Naomi Watts, et Isabelle Huppert. Mais ne vous méprenez pas. Tous ces acteurs se sont vus confier des rôles si chiants qu'on en oublierait presque leur talent. À l'exception de Mark Wahlberg qui trouve enfin un rôle qui ne soit pas une insulte radicale à sa personne autant qu'au spectateur, un rôle assez marrant qui plus est. Peut-être aussi que Michel Gondry a choisi de prendre un pseudonyme pour remporter deux fois la Palme d'Or à Cannes, comme Gary avec le Goncourt, c'était oublier un peu vite qu'il n'a jamais reçu aucun grand prix à ce jour, hormis les Oscars du meilleur décorateur et du meilleur photographe de plateau pour sa publicité de la Smirnoff Ice, spot publicitaire qui a fait de Gondry le Méliès d'aujourd'hui.


I Heart Huckabees de David O. Russell avec Mark Wahlberg, Naomi Watts et Isabelle Huppert (2005)

Bigfoot

Qui ne connait pas le Big Foot ? Littéralement "Gros Pied", du fait de la taille gigantesque des empreintes qu'il se plaît à laisser dans la boue les soirs de pleine lune (si le dicton "grand pied grosse bite" est vrai, imaginez un peu la taille que doit avoir son GrosRobert), le Big Foot est plus connu chez nous sous le nom d' « Abominable bonhomme des neiges ». « Yeti » ou « Mi-Go » au Tibet, où il est très souvent surpris dans les fêtes de villages, le Big Foot ne répond de toute façon jamais quand on l’appelle, d’où cette abondance de surnoms. Hergé lui a consacré un album, Pocahontas serait morte étranglée par l'un d'eux, Jeremiah Johnson en aurait combattu un à mains nues, Brad Pitt le défend, Ernest Giger s'en serait inspiré pour designer l'Alien, Spielberg en aurait apprivoisé un en lui montrant E.T... C'est bien simple : le Big Foot est l'une des légendes urbaines les plus vivaces de notre temps. Toute personne s'intéressant un tant soit peu aux mystères qui font froid dans le dos a déjà entendu parler du Big Foot. Ici, nous sommes bel et bien en présence d'un cas d'homme de néandertal qui aurait survécu à travers les âges, chose tout à fait plausible affirment les scientifiques et d’autant plus effroyable que l'on relève des témoignages venant d’Asie qui sont étrangement cohérents avec d'autres originaires d’Amérique ou de Patagonie ! Selon l’IFOP, et d’après les chiffres datant de 2003, on recenserait chaque année pas moins de 850 preuves -and counting- de l’existence du Big Foot. Comme vous le voyez, j'ai moi-même du mal à cacher mon enthousiasme lorsque j'évoque la personne du Big Foot ! Une biopic référence sur le Big Foot DEVAIT exister, Slatzer s'en est chargé.




C'est suite à une longue traversée du désert et au braquage d'une banque dans le Kansas que Robert Slatzer trouva les fonds nécessaire pour mettre en chantier le tournage de son film. Saltzer avait tout simplement l'intention de réaliser une oeuvre bigger than life, c’est à dire LE film définitif sur le sujet du Big Foot. La vingtaine de pages qui constitue le scénario de Saltzer cache un film d’une profondeur rare, contenant son lot de scènes d’anthologie et permettant de faire passer un message humaniste d’une simplicité désarmante sur la tolérance et la vie en communauté. Je ne peux à présent m’empêcher de vous présenter le synopsis. Si vous n’aimez pas les spoilers, passez donc votre chemin ! 




Le début du film nous présente un Big Foot hyperactif et suspicieux, ayant par conséquent du mal à trouver le sommeil. Il noie donc sa solitude et son chagrin dans une bouteille de whisky dérobée à un bûcheron. Une nuit, après un brainstorming éreintant où il est aidé par un jeune verrat qui deviendra par la suite son sidekick, le Big Foot décide d’aller à la rencontre des villageois, dans l’espoir de se faire des amis. Sous-homme à l’allure simiesque et à l’hygiène rudimentaire, le Big Foot aura au départ bien du mal à faire sa place parmi les villageois. Grâce à un sens de l’humour à toute épreuve et une répartie qui laisse pantois, le Big Foot autodidacte se fera peu à peu accepter et deviendra un membre essentiel de la communauté. Nous sommes alors dans le premier acte du film, tout va bien et le climax du bonheur survient lorsque le Big Foot a sa première relation sexuelle avec une jeune attardée, qu’il conclue par un interminable cumshot, rythmés par les cris de la bête. 




C’est alors que survient l’inévitable élément perturbateur, ouvrant le deuxième acte : une bande de bikers sans pitié et le drapeau en berne depuis des mois, débarquent en ville, surprennent le Big Foot dans un bar et s’en prennent directement à lui avec leurs fouets. Sachant que son penchant pour la bibine est son talon d’Achille, les bikers lui tendent un guet-apens en se servant d’une canette de bière pour l’attirer dans une cage. Le Big Foot se retrouve alors dos au mur, ignorant encore les intentions des bikers qui désirent le revendre à un savant fou !  




Je préfère ne pas dévoiler le reste de l’intrigue afin de préserver l’effet de surprise, mais sachez que le métrage est ponctué de scènes cultes qui sont désormais au panthéon du cinéma. Parmi elles, je citerai en premier celle du mémorable mexican stand off où le Big Foot est cerné par trois bikers armés et à cran ! Celle où l’on voit le Big Foot prendre sa première douche vaut également son pesant de pesos car rien ne nous est caché sur l’anatomie de la bête. Le spectateur médusé se rend alors compte que notre Big Foot a effectivement un sexe de la taille du bras d’un enfant bodybuildé. Que dire du final en apothéose où le Big Foot, ayant réussi à s’échapper, se retrouve traqué par un Mirage 2000 et évite de peu un raid aérien lors d’une scène évoquant inévitablement La Mort Aux Trousses et la fin de 24 heures chrono saison 3 ! 




Ne vous laissez pas duper par l'affiche mensongère du film car à sa sortie, la presse lui réserva en réalité un accueil particulièrement glacial avec quelques phrases assassinent qui eurent pour effet inattendu de rendre Robert Slatzer encore plus euphorique, rappelant qu’il en avait été de même pour le Citizen Kane d’Orson Welles et que seuls les vrais chefs d’œuvre ne sont pas immédiatement reconnus. « Quid de Titanic dont personne ne se souvient aujourd’hui alors qu’il déchaîna les foules à sa sortie ? » déclara-t-il lors d’un entretien privé.

Son film provoqua carrément une sorte de séisme au sein de la presse spécialisée. Les critiques n'ont vraiment pas été tendres et, pour que vous ayez des preuves, je vais à présent vous citer les exemples les plus fameux :

"Je fêterai mes 118 ans demain. J'ai supervisé les effets spéciaux de L'Arroseur arrosé, j'ai même eu l'idée de la blague en premier, j'étais parmi les passagers du train de la Ciotat, j'ai échappé au McCarthisme, j'ai accueilli Kirk Douglas lors de son arrivée aux pays de la liberté, je suis celui qui suite à une faute de frappe a définitivement transformé Gary en Cary Crant et j'ai connu George Lucas à l'époque où il avait un peu de talent. J'ai vu des milliers films, interviewé des réalisateurs du monde entier et visité les salles de cinéma de tous les pays. Je pensais avoir été achevé par le dernier Ron Howard. C'était sans compter sur la chose méprisable de Robert Slatzer, qu'on m'obligea à voir jusqu'à la fin, un fusil à canon scié collé à ma poitrine." Le Père-Noël

"C'est bien simple : j'ai eu l'impression de voir les rushes du plus mauvais premier film d'un réalisateur raté qu'on aurait forcé à faire du cinéma." Jean Claude

"Un pet cinématographique." Télé Z

"L'espace d'une heure trente, j'ai envié ma tante aveugle, pour la première fois de ma vie." Télé 2

"Un traquenard." Bricoloisirs

"By the way, this movie caused terrible trauma for me !" TGV Magazine, le magazine à grande vitesse

"BigFoot fait partie de ces quelques films qui feraient regretter aux frères Lumières d'avoir inventé le cinématographe." Kansas City Chronicles

Beaucoup de haine pour un film qui n’en mérite pas tant. 





BigFoot se termine sur quelques lignes nous racontant le futur incertain du Big Foot et de sa nouvelle compagne, hommage direct aux grandes heures du cinéma muet. On y apprend qu’ils se marièrent, qu’ils vécurent heureux mais qu’il décida de divorcer car elle était stérile. Terrible fin, ou quand la fiction parvient à être aussi cruelle que la réalité. Après avoir réalisé ce film, l'allemand Robert F. Slatzer a tout simplement arrêté le cinéma, jugeant qu'il ne pourrait jamais faire mieux et que tout avait été dit. Une vision du cinéma peu banale, pour un réalisateur unique. 


Bigfoot de Robert F. Slatzer avec John Carradine, Christopher Mitchum, John Mitchum et Christopher Carradine (1970)