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28 avril 2020

Le Voyage fantastique

Sorti en 1966, Le Voyage Fantastique nous narre les mésaventures d'une équipe de scientifiques rétrécie et injectée à bord d'un sous-marin dans le corps d'un vieux savant pour le guérir d'une blessure mortelle au cerveau à l'aide d'un pistolet laser haute précision. Il s'agit de l'ancêtre de L'Aventure Intérieure, comédie réalisée par Joe Dante en 1987, ce film si sympathique qui sut marquer les esprits de la chanceuse génération ayant grandi avec les divertissements de qualité que produisait encore Hollywood dans les années 80. Si le film de Richard Fleischer suscite encore notre sympathie, il paraît finalement inférieur à son faux remake. Il faut avouer que l'on a connu Richard Fleischer bien plus inspiré. Ici, le cinéaste se contente un peu d'assurer le service minimum, en s'appuyant notamment sur un pitch forcément captivant et un visuel particulièrement soigné pour l'époque, qui fait passer l'intérieur du corps humain pour une sorte d'immense boule à facettes multicolores mystérieusement éclairée de l'intérieur...


Quitte à être réduit à la taille d'un microbe et injecté dans l'artère carotide d'un humain, on préférerait un hôte un peu plus accueillant...

Malheureusement, le film est très lent (le seul rétrécissement des aventuriers doit bien durer 20 minutes), et si l'idée de faire du corps humain et de sa fragile mécanique le lieu de toutes les angoisses est non seulement intéressante mais tristement pertinente, on se désintéresse peu à peu de péripéties répétitives et sans grands enjeux (après la récupération laborieuse d'oxygène dans des poumons aux alvéoles psychédéliques, et la traversée d'un conduit auditif dans la peur d'être réduit en miette au moindre bruit extérieur, le climax implique le débarquement d'anticorps dégueulasses et d'immondes globules blancs fluorescents...). Le film est peut-être aussi trop sérieux, trop platement documenté. Même si l'intérieur du corps est représenté avec une certaine fantaisie, on se croirait parfois devant un cours de SVT un rien monotone.


Raquel Welsh fait partie du voyage. Seule femme à bord, elle subit immédiatement la connerie d'un de ses coéquipiers, incarné par Stephen Boyd, qui se réjouit qu'elle soit là pour lui faire à bouffer.

On devine par ailleurs que le film de Fleischer se déroule dans le contexte de la Guerre Froide (le savant doit être sauvé parce qu'il détient le secret pour perfectionner la technique du rétrécissement, indispensable en vue d'une attaque armée future) mais l'ennemi n'est jamais clairement nommé, l'un des personnages évoque seulement "les autres", une seule fois, ce qui donne intelligemment un aspect atemporel au film et le distingue de nombreux films de science-fiction de cette période.  


Où l'on découvre que nos poumons, même encrassés, ont la splendeur des carrières de lumière (un site à visiter, aux Baux-de-Provence, lors de vos prochaines vacances dans le sud).

Richard Fleischer donne hélas l'impression de ne pas exploiter tout le potentiel de son idée de départ et il ne parvient pas véritablement à nous faire ressentir le vertige de l'infiniment petit. Parmi les acteurs, au service de personnages sans grand intérêt, seul Donald Pleasance tire son épingle du jeu, les autres se contentant eux aussi de répondre présent à l'appel et de débiter leurs dialogues avec une conviction factice. Le Voyage Fantastique fait donc partie de ces rares films dont on peut se dire qu'un nouveau remake pourrait être bienvenu (le film de Joe Dante s'en étant seulement inspiré et s'en éloignant très nettement), car il aurait de vraies chances d'être supérieur à l'original, à condition qu'une même liberté soit gardée pour inventer les décors (ce qui hélas semble difficilement imaginable aujourd'hui).  


Michel Polnareff en live ? Non, l'attaque des globules blancs géants.

Néanmoins, le film de Richard Fleischer a su nous intriguer sur un point a priori tout à fait anodin mais qui a mis notre imagination en ébullition. On nous précise que le rétrécissement des scientifiques est limité dans le sens où il ne peut durer que 60 minutes (l'action du film se déroule quasiment en temps réel), 60 minutes au bout desquelles ils retrouveront progressivement leur taille normale. Évidemment, le film se termine bien, les scientifiques parviennent à sauver le savant sur le fil, et s'échappent de son corps par une larme, mais on ne peut s'empêcher d'imaginer ce que ça aurait donné si l'équipe de scientifiques, constituée de 4 hommes et 1 femme, s'était mise à grandir pour que chacun retrouve sa taille normale à l'intérieur même d'un autre homme. Vous voyez le tableau ? Ça aurait donné une scène affreusement gore, un truc vraiment abominable...


Le Voyage Fantastique de Richard Fleischer avec Stephen Boyd, Donald Pleasance, Raquel Welch et Edmond O'Brien (1966)

20 octobre 2015

Cujo

Adapté d’un roman de Stephen King et réalisé par le peu connu Lewis Teague, Cujo est un film d’horreur dont la créature maléfique est un bon gros Saint-Bernard. Ca n'a peut-être l'air de rien dit comme ça, mais il vous fera vite oublier Beethoven et son clébard mélomane, boule de poils baveuse aux yeux rieurs quoique morts. Je vous entends d'ici. Non, ce film ne prétend pas que les Saint-Bernard sont de vrais bâtards, attention. Au début du film, alors que le chien est encore lui-même, on sent que ce n'est qu'un brave toutou qui a envie de jouer. Le film s’ouvre sur une ambiance pastorale de toute beauté : la caméra suit un petit lapin magnifique qui se promène, tranquille, dans la forêt. Un zoom arrière nous révèle alors, au premier plan, les pattes de Cujo, notre fameux Saint-Bernard, qui observe le lapin innocent en chien de faïence et qui s’apprête à lui couper les oreilles.




S’ensuit une course poursuite entre les deux bestiaux, et il faut bien avouer que le lapin s’en tire assez bien. Si bien d’ailleurs qu’il trouve refuge dans un terrier dont Cujo cherche à le dénicher. Mais ses aboiements agacés, la tête enfouie dans l’ouverture de la tanière, réveillent une petite tribu de chauves-souris mal lunées, et ce con de Saint-Bernard se fait mordre le bout du museau par l’un des chiroptères sorti de sa sieste. A partir de là, et de façon lente mais inéluctable, tout va changer pour Cujo. Et pas seulement pour lui, car ce chien est celui d’une petite famille, les Camber, dont le garage automobile est sis en bordure de la ville voisine.




Dans la ville en question réside une autre famille, celle de Vic et Donna Trenton, couple qui bat de l’aile, n’a plus grand chose à se dire (on sent que madame à un truc pas clair dans le placard), et qui ne trouve, pour se souder, qu’un sujet : leur fils, Tadd. Ce dernier, petit blondinet, a peur des monstres, et il va être servi. Bientôt, monsieur Trenton découvre que sa femme Donna le trompe avec un ami. L’épouse adultère est incarnée par l’actrice Dee Wallace, qui renoue avec l’horreur deux ans après le Hurlements de Joe Dante, et prend sa revanche sur son personnage d’épouse trompée dans E.T., tourné un an plus tôt, en 82. Vic, déboussolé par cette découverte, et sous le coup, car il est publicitaire, d’un scandale lié à l’empoisonnement d’enfants par des céréales contaminées (ce mcguffin s’avère révéler une véritable fixette sur les cornflakes quand, dans la scène finale, et de façon totalement gratuite, un gros paquet de Quaker Oats apparaît en plein cœur d’une scène violente où il fait sacrément tache), décide de se tirer une dizaine de jours pour prendre du recul et envisager les suites de son mariage. Donna se retrouve donc seule avec son fils et se rend avec lui chez le garagiste local, Joe Camber, pour faire réparer sa bagnole sur le point de rendre l’âme. Sauf qu’entretemps la femme (prénommée Cageot, Cageot Camber, une touche de second degré de la part des traducteurs français de Stephane King) et le fils du garagiste sont partis en vacances et que ledit garagiste, un rustre imbuvable, s’est fait bouffer par son chien, Cujo, qui a également massacré un voisin. Or, quand Donna et Tadd arrivent chez les Camber, ils ne trouvent que le Saint-Bernard pour les accueillir, et il n’est pas d’humeur.




Leur voiture ayant rendu l’âme dans la cour des Camber, la mère et le fils devront faire face au chien fou, pris au piège dans l’habitacle d’un véhicule immobilisé, sous un soleil de plomb. Qui dit personnages en huis-clos menacés par un monstre déchaîné dit Jaws, et Lewis Teague (ou Stephen King avant lui ?) y a songé, rendant un petit tribut à Spielberg quand le gamin, au début du film, en plein dîner, tente de dérider ses parents en se glissant sous la table et en mimant l’aileron d’un requin avec son cul. Sans chercher à hiérarchiser quoi que ce soit, il faut dire que le film a la bonne idée de ne pas faire de son chien éponyme une sorte de créature supérieurement intelligente (Serge Daney avait parlé, à propos de Bruce, le requin de Spielby, d’un « amas de matière grise ») qui aurait focalisé sur telle ou telle victime et n’en démordrait pas.




Le Saint-Bernard du film de Lewis Teague, une fois rentré chez lui le museau massacré par une chauve-souris, se contente de chasser tout ce qu’il croise et qui fait du bruit. Tout au plus sait-il se planquer et contourner sa proie, mais les animaux en sont capables. Ce qui ne l’empêche pas d’être terrifiant et de flirter, sans en avoir l’air, avec le fantastique. Juste avant de se faire tuer, son maître, le gros beauf Joe Camber, a le temps de penser que Cujo a la rage. Pas idiot, mais c’est peut-être plus compliqué que ça. Après avoir été mordu par une chauve-souris, le chien se cache dans des coins sombres, semble ne supporter aucun bruit (comme les créatures de la nuit qu’il a réveillées), et attaque ses victimes en les mordant au cou, aussi, difficile de s’empêcher de voir là l’un des rares spécimens de chien vampire de l’histoire du cinéma (en 89 on croisera des chats et des chiens zombies dans Simetierre, autre adaptation du King). C’est comme par hasard avec un pieu que Donna tentera à un moment de se débarrasser du iench…




Le fantastique est donc là, à portée, suggéré par cette belle scène (soignée par le directeur de la photo du film, j’ai nommé Jan de Bont, toujours dans les bons coups, enfin disons 1% du temps), survenant au premier tiers du film, où Cujo, à l’aube, sort d’une épaisse brume face au fils de son maître, quelques temps seulement après avoir été contaminé : il grogne, aboie comme s’il était possédé, puis, à force d’entendre son nom hurlé par l’enfant apeuré, le chien semble revenir à lui un instant (pour la dernière fois), et tourne les pattes, s’enfonçant à nouveau dans le brouillard. Mais le film est aussi et avant tout d’un réalisme étonnant. On se demande, dans les premières scènes, alors que Cujo n’a pas encore pété un plomb, se contentant de zoner autour de la ferme et de pioncer, la gueule infectée de sang et de pus mais les yeux couchés et l’air épuisé, comment ce bon gros Saint-Bernard pourrait devenir effrayant. Pourtant il le devient, grâce à un travail de maquillage au poil et à une direction « d’acteur » sans faille (le chien joue extrêmement bien ! c'est pas un hasard si j'ai farci l'article de photos de lui, il aurait largement eu sa place parmi les nominés à l'Oscar du meilleur acteur en 83, face à Ben Kingsley et Dustin Hoffman. Je ne vous cache pas que dans mon cœur Cujo prend Tootsie en levrette pendant que Ghandi mate assis en lotus).




Le réalisme passe aussi par des scènes d’attaque impressionnantes, où le montage est d’une précision redoutable et donne une puissance incroyable à la bête. Sans oublier le traitement des autres personnages. Leur comportement est parfaitement crédible d’un bout à l’autre du film. Depuis l’une des premières scènes, où l’on voit le petit Tadd, inquiet du noir et des monstres, qui s’apprête à éteindre la lumière de sa chambre, sur les starting blocks, dans l'idée de bientôt décoller vers son lit et sauter sur son matelas de très loin, afin bien sûr d’éviter de se faire attraper par une créature tapie sous son plumard : il se met finalement à cavaler si vite qu’il n’a pas eu le temps d’appuyer sur le bouton, et doit revenir en arrière… On peut facilement se reconnaître dans ce détail criant de vérité. L’enfant est et restera un vrai gosse. Quand le chien attaque la voiture, Tadd se met à crier et pleure, inconsolable, suppliant sa mère de rentrer à la maison. Pas d’idée d’adulte dans sa petite tête, ni de réaction héroïque, y compris quand sa mère est en train de se faire bouffer la jambe par le chien. Ni acte de bravoure, ni réaction débile, d’ailleurs, qu’il s’agisse du fils, de la mère (qui ne quitte le véhicule qu’en dernier recours), ou de tous les autres personnages. Et c’est chose rare dans les films d’horreur, il faut bien le dire.




Mais ce réalisme se teinte à nouveau d’une atmosphère fantastique, d’une bizarrerie inquiétante, quand la folie du chien, sa maladie, semble se propager. A l'intérieur de la bagnole, la mère change assez rapidement de visage, décoiffée et les yeux profondément cernés, de même que le petit Tadd, qui finit en slip, pâle, les lèvres gonflées, peinant à respirer, le regard perdu. Au chien la métamorphose en vampire, à la mère et l’enfant le devenir-zombie. C’est notamment le cas dans cette scène, qui aurait pu virer au kitsch mais qui fonctionne à bloc, où la mère, qui vient d’essuyer l’attaque la plus violente du chien, tombe peu à peu dans les vapes, étendue sur les deux sièges avant, sous le regard du petit Tadd, retranché au niveau du coffre de la voiture et appelant sa mère : la caméra, plantée entre les deux, au milieu du véhicule, tourne sur son axe dans un panoramique horizontal à 360°, ralentissant légèrement à chaque fois qu’elle passe devant la mère ou l’enfant, avant d’augmenter sa vitesse de rotation au fur et à mesure que Donna perd connaissance. Une force centripète maintient les deux personnages en apnée dans un lieu de plus en plus étroit et leur vertige est communicatif, qui entre en écho avec ce chien qui tourne autour de la voiture en panne, puis avec le petit Tadd qui, asthmatique et victime de la déshydratation comme du manque d’oxygène, finira par perdre conscience à son tour, les yeux révulsés.


 


On aura eu l’impression d’y vivre un peu, dans cette épave menacée, et on ne regardera plus les Saint-Bernard de la même façon après avoir croisé Cujo, ce monstre dont toute la force est non seulement d’être une incarnation de l’innocence tournée en créature féroce, mais de rester une simple bête, un chasseur, présent, patient, sans mobile et sans conscience, prêt à tout pour tuer, en toute simplicité.


Cujo de Lewis Teague avec Dee Wallace, Danny Pintauro, Daniel Hugh Kelly et Christopher Stone (1983)

1 septembre 2015

Burying the Ex

Burying the Ex est le dernier film de Joe Dante et espérons pour lui que ce ne sera pas vraiment le dernier. Le cinéaste de 68 ans a dû se lever un beau matin en croyant avoir une idée de génie puis s'en est allé la partager avec des producteurs qu’il sait débiles. "Hé les mecs, imaginez que votre copine soit un zombie ! Ce serait un truc de dingue, non ?!" Non. Eh bien c'est pourtant le pitch de ce film indé qui n'a strictement aucune sorte d'intérêt.
Ce petit paragraphe vous rappelle peut-être quelque chose. C’est peu ou prou le même que celui qu’a écrit Félix il y a quinze jours pour vous parler de Life After Beth. Je n’ai même pas vu ce film descendu par mon acolyte, et pourtant je n’ai cessé d’y penser devant le dernier lontrajmé de Joe Danté, dont le scénario est autrement dit aussi naze que convenu.


C'est un peu gratuit et pas magnifique. Mais je peux comprendre qu'on ait envie de faire tourner ça à Anton Yelchin.

Le rôle principal est tenu par Anton Yelchin, ancien athlète russo-américain qui a dû arrêter sa carrière à cause d’une carence en muscles, et qui parvient peu à peu, de film de merde en film de merde, à se frayer un chemin dans le cinéma américain. Il interprète ici Max, un jeune geek, vendeur dans une boutique dédiée à l’horreur, casé avec Evelyn (Ashley Greene), une fille plutôt pas mal par rapport à lui mais insupportable, parce que voyez-vous elle est écolo et qu’elle se fout du cinéma bis, en gros. Blasé de partager sa vie avec elle, notre bonhomme décide de la quitter, mais le jour de la rupture, sa future ex se fait bousiller par un bus et meurt sur le bitume. Après quelques jours de deuil, Max se remet sur vié grâce à Olivia (Alexandra Daddario, célèbre pour n’avoir laissé planer aucun mystère quant à ses attributs féminins dans une scène de la série True Detective qui depuis fait les choux gras de sites spécialisés). C’est une jeune gothique sympathique, fan des grands classiques du cinéma d’horreur et de junk food. Sauf que Max et Evelyn s’étaient jurés de rester ensemble pour toujours et à jamais, devant une sorte de jouet à l’effigie du diable livré sans avoir été commandé dans la boutique de Max : un équivalent de Zoltar dans Big, sauf qu’au lieu de faire d’Anton Yelchin un adulte, ce qui aurait été sympa pour lui, le diablotin en plastique va faire d’Evelyn une zombie.


Après avoir fabriqué des chaises dans Like Crazy et conduit une bagnole en relief dans Dying of the Light, Anton Yelchin confirme son goût pour les moyens de locomotion à risque dans Burying the Ex, où il sublime la trottinette.

Et le film, qui choisit très tôt un ton de comédie (et ne jouera pas vraiment d’un choc entre le « rire » et le malaise, contrairement au récent et médiocre The Voices de Marjane Satrapi, auquel on songe parfois), déroule ainsi son petit programme sans anicroches et sans saveur. Evelyn se sait revenue d’entre les morts mais ne s'en émeut guère et entend seulement brûler la vie par les deux bouts, ce qui implique notoirement de se faire ravager au pieu aussi souvent que possible. La demoiselle était d’ailleurs déjà très chaude avant de claquer, tout comme l’autre prétendante de Max, Olivia. Les deux femmes partagent ces trois caractéristiques : elles ont de gros roberts (comme leurs noms l’indiquent, Greene porte un double E, Daddario un double D), aiment s'adonner aux plaisirs de la sexualité et ont un incompréhensible béguin pour Anton Yelchin (dont le teint blanchâtre révèle un excédent alimentaire en lactose). Ce dernier ne s’étonne pas longtemps de voir sa morte revenir frapper à sa porte, mais il rechigne tout de même à s'accoupler, car elle n’est pas de la première fraîcheur. Tout son dilemme sera de ménager les attentes d’Evelyn (qui souhaiterait le manger) et d’Olivia (itou mais in a good way).


Réveil après une scène de plumard à l'arrière d'une bagnole. Anton Yelchin est allé acheter des céréales pour accompagner son lait matinal.

Joe Dante nous a certes habitués à mieux. Mais il lorgne sur son époque, notre triste époque, et son film est plein de ce second degré qui anesthésie une bonne partie du cinéma de genre américain depuis des lustres maintenant, et qui ne fait plus sourire personne depuis longtemps. Le personnage d’Evelyn est une vraie tête à baffes, disons-le, mais on la prend en sympathie le temps d’une scène, au début du film, avant sa mort, lors de la première rencontre entre elle et Max d’un côté, et Olivia de l’autre, qui tient une sorte de bar à lait (avec des bzèzes pareils, c’était une voie toute tracée, milk-shake au lait entier directement du producteur au consommateur). Dans cette séquence, Max s’étonne de ce que sa compagne ne connaisse pas le nom de tout un tas de pseudo héros populaires, comme celui de Fruit Brute*, une mascotte de boîte de céréales américaines (équivalent du tigre docker Tony de Kellogg's©‎, du lapin Quicky de Nesquik©‎, du clébard ivrogne Pico de Chocapic©‎, ou du mariachi camé Pépito, de Belin©‎), et il doit lui expliquer tout ça devant Olivia, qui quant à elle ne connaît que ça. Jusqu’à ce qu’Evelyn s’énerve et traite Olivia de pétasse qui se croit géniale parce qu’elle vend de la daube à des gens qui ont les mêmes références culturelles moisies qu’elle. Un point pour la jobarde.


Joe Dante guinche de l'oeil vers tous les films d'horreur qu'il kiffe. Il doit aimer L'Exorciste, alors il nous envoie une bourrade amusée dans les côtes. On le regarde faire, avec un sourire poli.

Le film, à l’image de la boutique de Max et de celle d’Olivia (qui ne font plus qu’une à la fin), est un conglomérat de citations clins d’œil qui ne servent qu’à faire du coude au spectateur à intervalles réguliers dans tout ce fatras de dérision. Ils sont nombreux à bénéficier d’un petit coucou : Corman, Burton, Lewton, Romero (pape du film de zombie dont le nom apparaît sur un camion au début du film, sous la mention ô combien explicite de "Romero & Sons", avant que Max et Olivia n’aillent, beaucoup plus tard, batifoler dans un cimetière où l’on projette La Nuit des morts-vivants), et tant d’autres, à commencer par Dante lui-même, puisqu'il affirme que ce film est pour ses fans (on retrouve le vieux Dick Miller, acteur fétiche du cinéaste, dans le mini-rôle d'un vieux flic grincheux). Le problème c'est que Dante convoque tous ces blazes plus ou moins illustres et toutes ces références pour torcher une petite farce insignifiante. Dommage.


J'avais pas l'air plus frais devant le film.

* j'ai appris, en me renseignant vite fait sur ce personnage, et la mort dans l'âme, que Quentin Tarantino a conservé une boîte de ces céréales après 1983, date à laquelle on a cessé de les fabriquer, pour pouvoir citer la marque dans ses films, ce qu'il a fait à trois reprises. Maintenant que j'y pense, je crois me souvenir d'un paquet de Fruit Brute sur la table du banquet donné par DiCaprio à la fin de Django Unchained.


Burying the Ex de Joe Dante avec Anton Yelchin, Ashley Greene, Alexandra Daddario, Oliver Cooper et Dick Miller (2015)

15 août 2011

Super 8

Vu l'annonce du projet, et d'après les critiques glanées ça et là, ce serait forcément quitte ou double. Soit J.J. Abrams allait donner de l'eau au moulin de ma profonde indifférence à son endroit, soit il se rachèterait une réputation auprès de moi en me foutant des étoiles plein les mirettes. J'étais donc aussi curieux que méfiant face à ce film-hommage, réalisé sur le mode nostalgique et venu s'ajouter aux mille projets du genre qui envahissent un peu plus nos écrans de jour en jour. Au final j'avais tout faux car mon avis sur ce film s'avère plutôt mitigé, bien que tout mépris en soit effacé, et à plus forte raison, au risque de le regretter bientôt, je dirais que j'ai plutôt aimé. J'ai passé un agréable moment dans mon fauteuil de ciné, j'avoue, guilty as charged d'avoir apprécié un film de Jean-Jacques Abrams. Il faut dire qu'il aurait pu nous livrer quelque chose de désastreux avec le projet casse-gueule de rendre hommage aux films pour enfants des années 80, mais au final il s'en sort plutôt bien, même si la supériorité écrasante de la première heure sur la seconde implique un affaiblissement en cours de route, ce qui fait toujours tache. C'est d'ailleurs pour ça que je ne serai pas aussi dithyrambique que d'autres sur cette œuvre. La fin est en effet assez décevante, après une ouverture franchement convaincante, et d'abord grâce aux enfants. C'est là-dessus qu'on craignait le pire et qu'on est paradoxalement le plus agréablement surpris.



On pouvait craindre de retrouver la clique de gosses habituelle, avec sa somme de clichés et une suite de portraits bien dessinés, l'un après l'autre, avec de grosses différences physiques à la clé pour ne pas perdre le spectateur (si possible avec quelques quotas : un petit noir, un petit chinois) et des caractères bien sentis pour chacun d'entre eux, voire opposés. Or pas du tout, les enfants de la bande nous sont présentés de manière presque chaotique, nous plongeant dans leur groupe au beau milieu de conversations mitraillettes. Certes l'un d'eux porte un appareil dentaire hallucinant et, oui, il y a un gros, Charles (Riley Griffiths), à l'image de Choco dans Les Goonies ou de Vern dans Stand by me. Les enfants ont bien quelques lubies : Charles veut devenir réalisateur et ne pense qu'à ça, le héros fait des maquettes dans sa chambre en regrettant sa maman décédée, et le blond qui porte l'appareil dentaire d'un squale adulte est passionné par les explosifs. Mais leurs goûts restent assez basiques, et, à ce titre, les gamins de la bande sont finalement presque moins caricaturaux que ceux de Richard Donner ou autres. Malgré leur bien-heureux défaut de traits spécifiques trop appuyés, on ne tarde pas à reconnaître les personnages de Super 8, à les distinguer et à s'attacher à eux. Le seul "type" physique qui se détache nettement du lot, finalement, c'est le gros de la bande, or il n'est pas le débile malheureusement attendu, celui dont on se moque tout le temps parce qu'il est gourmand et stupide et à qui on balance des vannes dès que possible. Ici il joue le rôle du meneur, il est le réalisateur passionné qui conduit derrière lui ses amis pour réaliser un court métrage fantastique afin de le présenter dans un festival. La motivation de ce personnage et l'entrain de ses amis pour l'aider à faire son film sont très communicatifs, ce qui nous introduit immédiatement et très efficacement au sein de la bande.



Les gosses ne sont d'ailleurs pas des modèles de beauté, ce ne sont pas des étudiants en première année de licence de socio qui font semblant d'avoir douze ans, ce sont de vrais enfants et même le héros, Joe (Joel Courtney), quand bien même il est à priori plus "mignon" que ses amis, car d'un physique plus poupin, n'est pas le beau garçon qui fait semblant de ne pas avoir de succès pour accrocher les jeunes spectatrices ou favoriser le plus bas des instincts d’identification du spectateur, celui qui pousse à chérir les héros forts et puissants, non, c'est un vrai gamin. Idem pour la fille, Alice (Elle Fanning), qui n'est pas sublime, qui est même presque vulgaire lors de sa première apparition, la nuit, au volant de la voiture de son père, bref qui ne nous est pas "vendue", mais qui se révèle très belle ensuite grâce au regard porté sur elle par les personnages et par le cinéaste. A ce sujet, le film parvient à nous faire tomber amoureux de son héroïne, et je n'avais pas vu ça au cinéma (dans ce cinéma-là j'entends) depuis extrêmement longtemps. La scène d'émotion à la gare, le manque affectif du héros qu'il reporte peut-être sur Alice et leurs scènes ensemble (notamment les séquences de maquillage), nous font complètement tomber amoureux de cette jeune fille, et que l'on puisse nourrir quelque sentiment d'un instant pour une gamine de 12 ans est bien le signe que l'identification fonctionne à bloc et que la sincérité du cinéaste a quelque prise sur le spectateur (c'est peut-être aussi que le film nous ramène à nos 12 ans, ce qui peut être envisagé de façon positive ou non). D'ailleurs quand le père interdit au héros de revoir sa camarade, elle manque au film, sa présence féminine manque réellement, y compris au spectateur, peut-être même plus qu'au personnage. Et c'est un sentiment devenu rare dans le cinéma hollywoodien grand public.



Et puis le film a une autre qualité : il ne dit pas tout, ne surligne pas son texte. Pas que ce soit un exemple de finesse ou de suggestion, mais disons qu'il y a des scènes très brèves où quelque chose se passe sans que rien ne soit vraiment dit, comme quand le gamin, quatre mois après l'accident de sa mère (accident qu'on ne voit pas, et c'est un bon point) rentre guilleret de sa journée de collège et trouve son père en train de pleurer dans la salle de bain. Cette scène sonne terriblement vrai : le deuil peut-être prématuré du fils (on se souvient du héros de Stand by me qui s'étonnait quatre mois après la mort accidentelle de son grand frère que ses parents mettent autant de temps à "recoller les morceaux"), cette capacité qu'a l'enfant a parfois oublier, à vivre dans l'instant et à avancer grâce à une forme de naïveté propre à la jeunesse, ce sentiment de culpabilité qu'il éprouve quand il découvre que son père ne peut pas. C'est très bref et très juste. Et même quand les choses sont clairement énoncées dans les dialogues, par exemple l'amitié des deux personnages centraux de la bande (Charles et Joe), c'est dit aussi simplement que joliment. Bref, grâce à tout cela, le début du film est une vraie réussite. La scène sur le quai de gare est touchante (idem quand Joe et la fille regardent une vidéo Super 8 de la mère décédée), et franchement bien filmée (on sent que Spielberg était là, sinon par la présence du moins par l'influence, ça crève les yeux, et espérons que ce retour aux sources inspirera Tonton Spielby dans ses prochaines réalisations...), le crash du train est un peu poussif mais bien réalisé, l'intrigue est prenante, la mise en scène "à l'ancienne", qui évite les écueils du pastiche, a de quoi séduire. J'étais dedans ! Quand, juste après le déraillement explosif du train, l'un des gosses monte sur un débris en disant : "Venez voir les gars, on voit tout de là-haut !", on peut ressentir ce qu'on ressentait devant Les Goonies ou dans les films pour gosses de cette époque de façon générale, cet engouement de la jeunesse, cette joie puérile de la découverte et cette soif réelle d'aventure, un élan ô combien plaisant vers la fiction et vers ces gamins.



Mais dans la dernière demi heure, il faut l'avouer, on décroche un peu. Tout n'y est pas mauvais. L'histoire des deux pères par exemple n'est pas vraiment gênante, car elle est brève et peut rappeler Signes (cf. l'histoire de Mel Gibson et du tueur involontaire de sa femme, joué par Shyamalan himself, dans un film encore marqué de l'empreinte de Spielberg), et il y a fort à parier pour que la référence soit volontaire tant elle saute aux yeux. Il est d'ailleurs appréciable que le film puise certes principalement dans E.T. et Les Goonies (beaucoup aussi dans Rencontre du 3ème type, avec la scène de la station essence, entre autres) et dans les films des 80s en général (notamment Explorers, avec le cube extra-terrestre qui passe à travers les murs et le héros qui ressemble à s'y méprendre à l'un des trois personnages du film de Dante, lequel avait perdu sa mère très jeune et dont le père était alcoolique...), mais aussi dans des œuvres plus récentes. Grâce à cela le film ne tombe pas complètement dans le piège du remake déguisé ou dans celui du reboot fallacieux, et sa part de nostalgie n'est pas totalement écrasante. A l'image de ces "traces" de lumière bleue qui apparaissent quelques fois dans l'image à la faveur d'une source lumineuse puissante placée face à l'objectif et reflétée par la lentille de la caméra, qu'on appelle "lens flares". Ce type d'effet recherché se rattache à la mode nostalgique grindhouse et Abrams en est plus que friand. En reprenant volontairement cet effet pellicule à priori indésirable mais assumé comme heureux défaut dans E.T. comme dans Rencontre du 3ème type (chef-d’œuvre dont la photographie assurée par Vilmos Zsigmond était un émerveillement permanent), Abrams en rajoute certes un peu dans le "comme avant". Dans l'esprit on pourrait comparer ce geste à celui consistant à rajouter des rayures dans l'image ou à pourrir le son d'une chanson pour se rappeler les mauvaises copies de l'époque et les walkman, comme le font de tristes cinéastes actuellement, dans leurs tristes films, suivez mon regard... Mais dans Super 8 c'est peut-être LE projet où ça se tient (voir le titre du film...), et où ce n'est pas juste un effet bidon supposé "cool" mais au contraire plutôt bien vu, notamment grâce à l'ambiance de film fantastique et merveilleux que cela participe à créer.



Non ce qui gêne davantage c'est tout ce qui tourne autour du monstre. On sent qu'Abrams a quand même voulu mettre sa patte dans ce film (qui ne ressemble pas beaucoup à ses réalisations précédentes, et tant mieux...) avec cette créature immense et monstrueuse, sorte de mini-cloverfield. La bête n'est pas franchement fascinante... Son histoire (elle veut repartir chez elle, a essayé de construire son vaisseau dans un labo où travaillait le professeur qui s'est sacrifié au début du film, etc.), n'est pas vraiment exploitée à fond (et tant mieux, parce qu'on s'en contrefout), mais du coup elle est bancale et peu intéressante. L'implication de l'armée (qui rappelle un peu 1941 tant les forces militaires sont ridiculisées, mais surtout La Guerre des mondes) fait tendre l'ensemble vers le film catastrophe, ou disons vers la grosse machine du film d'action, et nous éloigne donc des gosses qui étaient au cœur du récit et qui servaient de pivot au film, ce qui est assez regrettable. On perçoit bien en outre quelques macguffins évitables, comme quand l'un des enfants se casse la jambe histoire d'être éjecté du film ou quand, lorsque le héros va sauver la fille, le shérif et une jeune idiote aux bigoudis se réveillent aussi dans la grotte, juste pour se faire bouffer deux secondes après à la place des héros... Et puis cet élément de l'histoire qui veut que lorsqu'un personnage touche la bête il "voie" aussitôt et "ressente" à travers elle (exactement comme dans E.T. du reste, voire comme dans A.I.), n'est pas franchement utile, car finalement on ne voit pas grand chose, que ce soit quand le monstre s'apprête à désintégrer le chef de l'armée (le professeur lui ayant au préalable annoncé qu'il le regarderait à travers la créature à cet instant) ou quand il se saisit du héros en le prenant dans sa main : il paraît qu'Abrams a inséré numériquement les yeux de la mère sur le visage du monstre, j'avoue que je n'ai rien vu de tel et que, de facto, la scène ne m'a pas des masses bouleversé. Les yeux de l'alien ressemblent soudain à des yeux humains, d'accord, mais c'est loin d'être beau et la scène en question, où le monstre finit par reposer l'enfant après les répliques un peu lourdes de ce dernier, est franchement surfaite.



Idem pour la fin. J'aime la sincérité du film, j'aime qu'Abrams se foute des invraisemblances et qu'il réclame de nous que nous croyions à n'importe quoi, comme dans les films de l'époque bénie et comme quand, ici, tous les objets métalliques aimantés par l'extraterrestre (vélos, frigos, bagnoles et bouches d’égouts) forment soudain un vaisseau high-tec avec plein de loupiotes qui clignotent joliment. Ce ne sont pas ces goofs sympathiques qui retiennent l'enthousiasme dans la dernière partie du film (comme encore le pendentif, dernier objet attiré vers l'engin qui a déjà aimanté des tas de voitures..., pendentif qui, quand il touche la bombonne, suffit à la faire exploser dans un gros jet d'eau - déluge... - sur les spectateurs de la scène), ce qui gêne c'est plutôt l'emphase de la dernière partie du film, son exagération dramatique : le gamin qui regarde le pendentif pendant cinq minutes avant de le lâcher pour le laisser partir vers l'alien et ainsi faire le deuil de sa mère. Bon... J'ai peut-être passé l'âge là quand même... Mais je doute que ce soit la seule explication, parce que j'ai passé l'âge pour l'ensemble de ce que raconte et montre le film. A la limite j'aurais marché si la scène était bouleversante malgré tout, mais ce n'est pas le cas, parce que si à la fin d'E.T. - puisque la séquence en est un copié-collé - on était effectivement ébranlé par le départ de l'extra-terrestre, adorable personnage véritablement lié (par le travail de tout le film) au gamin, ici on se fout totalement de la bête et son départ ne nous laisse rien éprouver. Donc le film se termine très platement et on se dit : tout ça pour ça ?



C'est dommage car, vraiment, la première heure est une étonnante réussite. Elle est même assez excellente à mes yeux de cinéphile né dans les années 80, forcément un peu nostalgique vis-à-vis du cinéma hollywoodien destiné aux plus jeunes, en tout cas avide de retrouver l'émerveillement proposé par les films de Spielberg et sa clique de l'époque. Ceci dit, cette fin trop peu efficace ne suffit pas à faire détester le film, loin s'en faut. C'est juste décevant, d'autant plus après une première heure, voire 90 premières minutes vraiment appréciables. Au final je peux le dire, même si c'est rude, j'aime bien ce film de J.J. Abrams. Tout est possible. Et ce réalisateur acquiert même un petit capital sympathie auprès de moi, qui perdurera s'il poursuit dans cette veine et abandonne la superficialité de ses projets antérieurs. J'ai déjà hâte de revoir Super 8 pour savoir si la magie prendra une seconde fois ou si elle retombera aussi sec, et je me réjouis personnellement de la sortie de ce film, moi qui, depuis pas mal d'années, me plains de l'absence inquiétante de films ne serait-ce que honnêtes pour les enfants d'aujourd'hui.


Super 8 de J.J. Abrams avec Joel Courtney, Elle Fanning, Riley Griffiths et Kyle Chandler (2011)

18 juillet 2011

The Troll Hunter

Étrange film et, plus largement, étrange état du cinéma de genre nordique... J’ai récemment vu The Troll Hunter d'André Øvredal et Rare Export de Jalmari Helander : le premier nous arrive tout droit de Norvège et le second, de Finlande. Cela m’a amené à établir un drôle de constat. Ces deux films, similaires sur bien des points, ont fait parler d’eux sur la Toile bien avant leurs sorties en salles, et je parie que The Troll Hunter, en particulier, n’a pas fini de faire causer. Il s’agit en effet d’un film assez plaisant, divertissant, et je suis sûr qu’il continuera à séduire bon nombre de spectateurs, et ce, sûrement un peu au-delà du cercle des amateurs de cinéma fantastique ou d’horreur. The Troll Hunter (Trolljegeren en VO, réintitulé ainsi pour être encore plus accessible) se présente comme un film "à la Projet Blair Witch", c'est-à-dire un documenteur où l’on suit une petite et très jeune équipe de tournage bien décidée à mettre en boîte le premier film sur le quotidien d’un chasseur de trolls aguerri.



Hé oui, car les trolls, ces géants originellement issus du folklore scandinave, existent bel et bien ; et un homme, dirigé par une très obscure organisation tenue secrète par le gouvernement norvégien, a pour métier de les éliminer quand ils s’aventurent un peu trop près des habitations humaines. La méthode pour exterminer ces trolls, mais aussi leurs particularités physiques, leurs habitudes, pour faire bref, toute la mythologie liée aux trolls, nous est progressivement présentée, et c’est là l’un des aspects les plus sympathiques du film. A l’image de Rare Exports : A Christmas Tale (dans son titre intégral) qui revisite le mythe du Père Noël en faisant de lui tout autre chose qu'un vieillard gentil et bedonnant, The Troll Hunter remet au goût du jour le folklore nordique, d’une façon plutôt intelligente et efficace, puisque ces films nous font voir ces mythes sous un angle nouveau : ils les modernisent tout en revenant à leurs racines. Les trolls de ce film n’ont ainsi rien à voir avec ceux des œuvres de Tolkien croisées au cinéma dans Le Seigneur des Anneaux, il s’agit des trolls ancestraux de la mythologie nordique, vivant dans les forêts ou les grottes des montagnes, capables de mesurer des dizaines de mètres, empestant la salpêtre et suintant du cul, etc.



On est ainsi en présence de deux films à la fois très américains, dans leurs influences et leurs formes, mais qui se veulent paradoxalement très ancrés dans leurs folklores nordiques, la première chose venant systématiquement parasiter la seconde, qui est toujours la plus réussie et intéressante. The Troll Hunter se regarde aisément, c'est même pas mal. Mais alors... Cette caméra subjective, portée au poing, ça devient d’un chiant... Ce qu’il y a de plus regrettable, c’est que le film soit emballé dans des apparats de faux documentaires se voulant crédible alors qu’à côté de ça, on fait complètement fi de la cohérence du montage et de la mise en scène. Si un film comme Cloverfield s'essaie, et échoue lamentablement, à cet exercice, The Troll Hunter est quant à lui une sorte de bras d’honneur constant adressé à cette crédibilité, traînée dans la boue à chaque instant. Bon, évidemment, ça n’est pas là l’essentiel, que ça tienne debout ou pas, on s’en fiche pas mal, mais tout de même : pourquoi insister sur la pseudo-véracité du film alors qu'il est d’un manque de crédibilité formelle flagrant à chaque seconde ? J’avoue donc m’être posé cette question, mais je précise néanmoins que le côté faux-documentaire sert le plus souvent un effet comique qui excuse un brin cette maladresse.



Ces deux films sont en effet ouvertement comiques, ce qui n'est point désagréable et amène un peu d'air frais. Ils ont aussi l'avantage de nous conter les aventures de personnages plutôt attachants, chose infiniment rare pour le genre. Quand Rare Exports met en scène les personnages attendrissants d’un gamin bien décidé à percer le mystère du Père Noël et d’une bande de paysans gaffeurs et peureux ; The Troll Hunter nous dépeint le portrait intéressant d’un homme investi corps et âme dans sa tache, littéralement rongé par son travail, et qui se définit par celui-ci : chasseur de trolls. Et surtout, malgré leurs défauts, ces films nous proposent tout de même quelques images assez marquantes. Ainsi, on se souviendra facilement de l’allure du Père Noël de Rare Exports, qu’il ne faut certainement pas montrer aux plus jeunes, à moins de vouloir la paix pendant les fins d’années. On gardera encore plus longtemps en tête la dernière traque d’un troll géant enragé dans The Troll Hunter. Je ne sais pas combien le film a coûté ni rien, mais cela m’étonnerait que son budget soit comparable aux productions américaines les mieux loties, et pourtant, les effets spéciaux sont ici extrêmement réussis, bien meilleurs que dans la plupart des blockbusters hollywoodiens, ils méritent d'être salués. Le film trouve grâce à eux un certain pouvoir de séduction, voire même d’émerveillement, chose également devenue fort rare devant des effets spéciaux numériques. Les trolls de The Troll Hunter ont de la gueule. C’est indéniable. Et on pourra également se rappeler de ce moment assez remarquable où l’on assiste à la calcification d’un troll, qui se transforme donc soudainement en une statue rocheuse lorsque le chasseur projette sur lui des ultra-violets. Dans un autre genre, loin des fonds verts et des effets numériques : les paysages enneigés de Norvège ne sont pas en reste et ils participent également à donner une identité visuelle plutôt sympathique à ce film.



Rare Export et The Troll Hunter sont donc deux films plutôt originaux malgré leurs volontés dommageables de s’américaniser pour sans doute essayer de plaire au plus grand nombre. Tous deux tournent en dérision le genre horrifique et jouent avec ses codes, rappelant parfois le cinéma de Joe Dante. Ils font ça sans trop forcer le trait, pour ne jamais risquer de tomber dans la parodie. Pour toutes les raisons énoncées dans mon article, ces deux films suscitent facilement la curiosité. Mais s’il peut plus facilement plaire, The Troll Hunter peut aussi agacer, notamment à cause du fait regrettable qu’il soit tourné à la façon de Cloverfield. Avec plus de recul et en voyant les choses sous un angle plus négatif, on peut aussi se dire que ces deux films ne valent pas grand chose et qu'ils sont avant tout des sortes de publicités indignes pour leurs pays, des œuvres bâtardes bien décidées à ménager et à satisfaire un public habitué aux crétineries venues d'Hollywood.


The Troll Hunter d'André Øvredal avec Otto Jespersen, Hans Morten Hansen et Tomas Alf Larsen (2011)

12 décembre 2010

Les Banlieusards

Ce n'était pas le premier film de Joe Dante, qui avait déjà réalisé Piranhas, Hurlements, et L'aventure intérieure entre autres. C'était pas tout à fait le premier film de Tom Hanks qui avait déjà joué le rôle d'un géant dans Big et celui d'une sirène dans Splash. Néanmoins Les Banlieusards n'a pas fait date dans les carrières dorées de ces deux fils prodigues d'Hollywood, et il est aujourd'hui pratiquement inconnu. Ca fait un bail que je voulais le voir. J'ai toujours apprécié Tom Hanks et l'idée de le croiser dans un des premiers films de Joe Dalton m'intriguait beaucoup. Au final rien de si étonnant à ce qu'on ait oublié ce film mineur, qui se mate juste gentiment. Rien que par nostalgie... Ça date de 1989 et ce film marque la fin d'une certaine époque du cinéma Hollywoodien complètement mais volontairement "1er âge", l'âge d'or des bons films pour gosses, ou le règne de l'esprit Spielberg avec la banlieue américaine pour unique fond d'écran (d'où le titre, The Burbs, traduit par le très raffiné "Les Banlieusards" en version française), où le quotidien tutoie le fantastique (cf. la sublime affiche du film).




A l'affiche justement, on retrouve Corey Feldman, l'emblématique enfant-acteur de cette génération des années 80s (vu dans Gremlins du même Joe Dante, dans Stand By Me, dans Les Goonies aussi), en jeune ado décérébré fan de hard rock. Tom Hanks, pour en revenir à mon idole, joue un père de famille franchement désintéressé de son cocon (pourtant son épouse est interprétée par Carrie Fisher qui personnellement et depuis sa toge d'esclave dans Le Retour du Jedi m'a toujours inspiré des actes sexuels interstellaires pratiqués à la vitesse de la lumière). Le héros est en effet un jeune trentenaire rangé des voitures qui ne peut plus voir sa femme et ses gosses en peinture et qui rêve éveillé, un personnage assez proche du Richard Dreyfuss de Rencontre du 3ème type. Un connard instable et irresponsable, pour le dire sans nuance, un éternel adulescent en quête de sensations fortes, comme ce cinéma-là en a tant et tant racontés.




Voilà pour le résumé vite fait bien fait de ce film pour gosses à moitié raté. A moitié seulement ! Faut voir le plan d'ouverture : le logo Universal, vous le voyez tous, la terre qui tourne sur elle-même, sauf que là, dans Les Banlieusards, elle se fige tout d'un coup et alors la caméra fait un zoom immense sur l'Amérique pour atterrir sans discontinuer pile poil dans la rue où se déroule le film ! OW ! Je n'ai qu'un truc à dire c'est wouah. Je me demande encore comment cet enfoiré de Joe Dante a pu réaliser ce plan incroyable. Sans doute depuis une fusée, ou depuis la lune. Depuis la lune ?




Vous croyez qu'un réalisateur américain a pu aller sur la lune pour son film ? Le mystère restera entier. Quoi qu'il en soit, dans cette banlieue où le plan s'achève, une nouvelle famille vient de s'installer, les Klopeck. Ce blaze est un savant mélange des mots "clodo", "clopeux", "craspec", "kopek" et "Popek", le comique-troupier. Les Klopeck sont donc d'emblée ultra bizarres. Ce sont des juifs d'Europe de l'est, sales et méchants, qui foutent les foies aux banlieusards que sont leurs nouveaux voisins. Tous nos chers abrutis issus de la middle-class américaine si chère à Tim Burton vont donc mener une enquête musclée sur ces zombies vampiriques polonais, une enquête qui trouvera son terme quand ils auront réussi à foutre le feu à la baraque des moscovites...




A la fin du film la messe est dite : il ne faut pas être raciste. Car ces gens venus d'ailleurs sont en fait normaux et le citoyen moyen des pays développés est un gros connard paranoïaque. Mais une fois la morale posée, Joe Dante réaffirme quand même que les Polonais de son film sont bel et bien des sauvages aux yeux rouges et aux dents longues, pour relancer l'action de sa comédie ! Il en a rien à battre Dante, il est comme ça. C'est peut-être aussi pour ça que ce film finalement douteux n'est pas resté dans les annales. L'idée en somme c'est de dire à ces cons de banlieusards à la manque d'éteindre leurs télés et de mater dans la rue, y'a des potes potentiels à se faire et peut-être même des gros tarés d'étrangers à massacrer. C'est un point de vue, j'imagine. C'est le point de vue de Joe Danté.


Les Banlieusards de Joe Dante avec Tom Hanks et Carrie Fisher (1989)

7 février 2009

[A bittersweet day in Gérardmer] Hansel & Gretel

 
Après une rapide collation, une bonne fondue 3 fromages (gorgonzola, munster et cottage, recette suédoise), nous partons voir un film de la compétition officielle, présenté au jury le jour même, Hansel & Gretel du coréen Yim Phil-sung. Ce film nous permet de découvrir une autre salle, confortable et moderne, celle du cinéma du Casino du Lac, aux fauteuils bien plus moelleux que ceux du Paradisio. 
 
 
Hansel & Gretel raconte l’histoire d’un jeune homme qui, suite à un accident de voiture, se retrouve hébergé par une bien étrange famille (les parents stressés, leur fils étrange et leurs deux filles bizarres) dans une maison accueillante au milieu d’une forêt labyrinthique et hostile. Le jeune homme, heureux au départ d’avoir eu la chance d’être accueilli par une si charmante famille, commence à se rendre compte qu’il est pris dans un traquenard doublé d’un guet-apens. Son calvaire dure plusieurs jours, durant lesquels il tente chaque fois de retrouver la route, finit toujours par se perdre, retourne dans la maison au milieu de la forêt et s’endort tétanisé par l’angoisse de remettre ça le lendemain. 
 
 
Le spectateur, bien qu’assis sur un fauteuil moelleux, subit chaque petit-déjeuner, chaque dîner, chaque exploration à pas de loup du grenier à la cave, chaque regard plein d’incompréhension du héros (et il y en a des tas). Hansel & Gretel est une belle déception. C’est esthétiquement joli, très propre, l’histoire est prometteuse, mais ça tourne en rond très vite. On a même droit plusieurs fois à la même scène du garçon pas content qui s’énerve et étrangle à distance ses victimes, tel un Dark Vador du pauvre. 
 
 
Au début on est indulgent mais quand on se rend compte que le film dure deux plombes et qu’on n’a pas encore atteint la moitié, on commence à avoir des soubresauts de panique et on est heureux d’avoir à côté de soi une dame un peu étrange qui sursaute à chaque mouvement brusque de la caméra, se cache les yeux avec son sac et sort des injures qui m’ont fait rougir. Le spectacle n’est plus sur l’écran, il est dans la salle. On s’imagine quelles serait les réactions de cette dame face à un film qui fout vraiment les jetons…Bref, pour en revenir à Hansel & Gretel, ça aurait dû rester un court-métrage. Cependant c’est le meilleur des trois films qu’on ait vu, et en sortant de la séance, on ne sait pas encore que le pire est à venir… Pour ne pas changer, des crétins ont encore applaudi au générique et Yim Phil-sung n’en a rien entendu depuis Suwon.
 
A la sortie, les avis sont partagés :  
« Ce film n’a plus grand chose à voir avec le célèbre conte des frères Grimm, mais il se laisse voir. On retrouve une ambiance magique avec des décors bien soignés (la maison avec tous ces jouets et la forêt). Toutefois, l’histoire en elle-même est un peu longue à démarrer et on finit par se demander ce qu’il se passe, les réponses sur le pourquoi nous sont données au fur et à mesure. Malgré un jeu d’acteur correct (on se prend bien au jeu !!), des décors majestueux et une bonne intrigue, il manque quelque chose pour dire que c’est un bon film. » Laëtitia, se massant les tempes, migraineuse.  
 
« Le thème de l’enfant abandonné et qui cherche à se reconstruire un foyer par la seule force de ses pouvoirs paranormaux a déjà été visité par Joe Dante dans la troisième histoire du film La Quatrième Dimension intitulée ‘‘It’s a Good Life’’. Phil-Sung Yim apporte une ambiance visuelle soignée et agréable qui aurait pu faire de cette histoire un film fantastique correct malheureusement ceci est un LOOONG métrage et cette lenteur anéanti le côté sympathique de ce film. » Cédric, se massant le front, fiévreux. 
 
 « Un histoire d’horreur ?, un drame ? Tu sens qu’au début c’est une histoire de horreur mais à la fin tu finis par être conmovido. » Karen, se massant les cervicales, fébrile.  
 
 
Hansel & Gretel de Pil-Sung Yim avec Jeong-myeong Cheon, Sim Eun-kyung et Yeong-Nam Jang (2007)