6 novembre 2021

Halloween Kills

Entendons-nous bien : ce nouvel Halloween est d'une insondable nullité, mais je l'ai préféré au précédent. Peut-être justement parce que je savais mieux à quoi m'en tenir. Je n'espérais plus rien, j'ai lancé ce film-là par simple curiosité morbide et c'est ainsi que j'ai pu être plus réceptif à ce plaisir régressif que nous offre David Gordon Green de façon très intermittente. C'est qu'il n'y a vraiment rien de sérieux là-dedans. Halloween Kills est un foutoir incroyable, un slasher bas du front, aux scènes de meurtres nombreuses et outrancières, qui nous renvoie à un âge que l'on croyait révolu du cinéma d'horreur américain. David Gordon Green a pour seul mérite d'insuffler une certaine énergie à ce spectacle insensé, bien aidé par la musique toujours signée John Carpenter et ses deux acolytes, Cody Carpenter et Daniel Davies. Ces derniers se sont surtout contentés d'accélérer le bpm et d'ajouter des kicks aux fameuses ritournelles originales, mais cela produit encore son petit effet. S'inscrivant dans la continuité directe de l'épisode sorti en 2018, à l'exception d'un flashback inaugural qui quant à lui prolonge platement la fin du premier opus de Carpenter, le récit est mené à un rythme trépidant qui nous laisse peu de répit, si ce n'est lors de ces scènes axées sur le personnage de Laurie Strode, en piteux état. Celle-ci passe quasi tout le film alitée à l'hosto, ne se réveillant qu'à la toute fin pour nous livrer un monologue métaphysique nébuleux qui accompagne l'énième résurrection de son ennemi juré, achevant de faire du croquemitaine au masque blanc un être surnaturel dont l'invincibilité et la force trouvent leur origine dans la peur qu'il engendre... Auparavant, Michael Myers se sera bien amusé dans les rues et les espaces verts d'Haddonfield, laissant un sacré paquet de cadavres dans son sillage malgré une population locale bien décidée à le prendre en chasse pour en finir une bonne fois pour toutes avec lui.


 
 
Les plus alertes et bienveillants observateurs feront peut-être des habitants teubês et surexcités d'Haddonfield, si désireux d'en découdre avec Myers par vigilantisme sous le ridicule cri de ralliement "Evil dies tonight !", des électeurs de Trump en puissance, aveuglés et abrutis par leur haine. Ils verront probablement dans la scène catastrophique d'émeute à l'hôpital, à partir de laquelle le film s'effondre totalement, un remake involontaire de la prise du Capitole de janvier 2021. En bref, ils décèleront ça et là quelques flippants reflets du miroir de l'Amérique d'aujourd'hui et ce sont peut-être bel et bien les intentions d'un cinéaste que l'on a jadis connu plus malin et ambitieux. Mais défendre son triste reboot pour ces raisons-là, arrachées au forceps et dénichées à la lampe flash, serait faire preuve d'une indulgence tout à fait démesurée à son égard. Comment trouver un intérêt autre que régressif ou déviant dans ce gloubi-boulga infect où serait de toute façon noyé le moindre avorton d'idée ? Encore une fois, il est impossible de justifier ce carnage carnavalesque autrement que par l'appât du gain : la barre du milliard de dollars de recettes est désormais en vue pour cette si lucrative franchise vieille de près d'un demi-siècle dont on se demande bien comment elle pourra renaître de ses cendres après cet énième et dispensable sursaut.


 
 
Cet épisode de transition lamentable n'apporte donc pratiquement rien à une trilogie mort-née, il ne permet que d'annoncer très laborieusement un dernier volet où se jouera enfin l'ultime affrontement entre Michael Myers et Laurie Strode (j'en serai forcément spectateur, je ne vais pas m'arrêter en si bon chemin !). D'humeur joviale, entièrement disposé à m'enquiller une pareille idiotie, j'ai su goûter au jemenfoutisme complet d'un scénario qui a si peu à nous raconter, part rapidement en roue libre et convoque gratis des rescapés de la nuit des masques de 1978 – devenus des quinquas débiles insupportables – pour mieux les envoyer à la boucherie. J'ai même été sensible à quelques répliques absconses glissées ici ou là, tout particulièrement à ce commentaire sorti de nulle part, au tout début du film, par un individu hors champ qui se délecte d'une boisson alcoolisée quelconque en faisant ce commentaire : "it's very sous-bois, it's a french word to say it's delicious !" (il faut dire que je suis facilement séduit par ces mots empruntés au lexique culinaire français prononcés avec un accent ricain dégueulasse). Cet humour crétin est également véhiculé par des personnages secondaires stupides appelés à finir massacrés, la palme revenant à l'évidence au couple gay qui vit dans la maison des Myers, deux fêtards concupiscents nommés Big John et Little John en guise de clin d’œil lourdingue à Carpenter. Ce comique plus ou moins volontaire passe aussi par les fantaisies morbides d'un Michael Myers plus athlétique et art déco que jamais, toujours enclin à transformer en guirlandes lumineuses ses pauvres victimes ou à les suspendre dans des positions infamantes. Le ton quasi parodique de certaines scènes qui développent ou reprennent des situations du classique de Carpenter m'a paru plus assumé, impression renforcée par la présence d'acteurs habitués au registre comique tels que Jim Cummings dans son sempiternel rôle de flic lunaire et gaffeur. En fin de compte, je crois avoir mieux saisi le projet de David Gordon Green et de son pote coscénariste Danny McBride, qui nous rappellent ici qu'ils sont d'abord des petits rigolos ayant notamment fait leurs armes auprès de la clique Apatow. Leur trilogie Halloween est une vaste blague dont j'attends désormais la chute.
 
 
Halloween Kills de David Gordon Green avec James Jude Courtney, Anthony Michael Hall, Judy Greer, Andi Matichak et Jamie Lee Curtis (2021)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire