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20 mai 2018

The Girl With All the Gifts

Dans le catégorie encore très en vogue des films de zombies post-apocalyptiques, The Girl With All the Gifts fait partie du haut du panier. Et pourtant, nous n'en avons quasiment pas entendu parler. En France, le film est sorti dans l'anonymat le plus complet en été 2017 alors qu'il était depuis longtemps disponible par des voies alternatives. Pourquoi a-t-il eu droit à un si triste traitement ? Difficile de l'expliquer. Il y a peut-être déjà un problème malheureux avec le titre : The Girl With All the Gifts. Admettons que ça n'est pas très vendeur ni très parlant. En français, c'est devenu "The Last Girl - Celle qui a tous les dons" et ça n'est pas beaucoup mieux. Alors évidemment, c'est mieux qu'un "Apocalypse Zombie 2052" bis ou un truc du genre, mais ça reste un mauvais choix de titre, qui semble condamner le film à passer incognito. Les affiches et autres visuels de promotion qui accompagnent le film sont également très peu éclairants et engageants. On ne sait pas à quoi on a affaire et cela ne donne pas spécialement envie de s'y intéresser. Bref, niveau comm', l’œuvre du réalisateur Colm McCarthy et de son scénariste Mike Carey (également auteur du livre) a sans doute manqué le coche. Et c'est bien dommage, car The Girl With All the Gifts aurait mérité un bien meilleur sort.





En sous-sol de ce qui semble être une base militaire, des gosses en tenues de taulard oranges sont maintenus en cellule et traités comme les plus dangereux des prisonniers. Quand ils sont amenés à sortir pour aller dans une salle de classe situées quelques mètres plus loin, des militaires les tiennent en joue, les placent dans des fauteuils roulants et les attachent de la tête au pied, comme s'ils étaient des petits Hannibal Lecter à surveiller de près. Nous comprenons ensuite qu'ils sont les derniers espoirs d'une humanité foudroyée par un virus qui a transformé tout le monde en zombie du genre vorace et véloce. Ces enfants sont la deuxième génération de zombies : toujours dotés d'un appétit terrible pour la chair humaine, ils sont néanmoins capables de se maîtriser et semblent doter de capacités intellectuelles exceptionnelles. Ils sont soumis aux expériences du Dr Caldwell (Glenn Close), qui essaie de trouver un remède au virus, et ils suivent les cours de l'institutrice, Mme Justineau (Gemma Arterton, l'instit de rêve...), particulièrement fascinée par la petite Mélanie, l'une des gosses du groupe. Quand la base militaire est envahie par les zombies, la gamine, l'institutrice, la docteur et le sergent Parks (Paddy Considine) sont contraints à fuir.




La première partie du film, c'est-à-dire jusqu'à ce que l'on quitte la base, est de loin la plus intrigante et réussie. Les premières scènes parviennent aisément à éveiller notre curiosité tandis que le réalisateur fait preuve d'un certain talent pour nous révéler peu à peu où nous sommes et dans quel univers se place son œuvre. L'invasion de la base par les zombies déchaînés donne lieu à une scène à l'efficacité indéniable dans laquelle Colm McCarthy fait un usage malin de la profondeur de champ. Le cinéaste s'était fait la main sur de nombreuses séries télé, parmi lesquelles Peaky Blinders et Black Mirror, et s'avère habile avec sa caméra. Le casting fait également plaisir à voir. La gamine vedette, Sennia Nanua, dégage quelque chose d'assez troublant. Glenn Close, depuis toujours abonnée aux rôles de peau de vache du fait de sa tronche désagréable, est impec en chercheuse prête à tout pour trouver un vaccin au terrible virus. Paddy Considine est toujours mieux devant que derrière une caméra, comme l'a prouvé son triste Tyrannosaur. Quant à Gemma Arterton, elle est the girl with all the gifs animés tant c'est un bonheur de voir cette gentille dame évoluer à l'écran : même sous un gros pull en laine et sans aucun artifice, l'actrice britannique déploie un sex appeal désarmant.





Si le scénario nous réserve certes assez peu de surprises, il arrive néanmoins à se différencier habilement de la masse des post-apo horrifiques qui se sont répandus sur nos écrans ces dernières années. La transformation en zombie est ici due à une mystérieuse maladie fongique. Dans les rues ravagées de Londres, envahies par une végétation luxuriante, les rescapés découvrent ainsi des branches, champignons et cosses s'échapper d'amoncellements de corps putréfiés de zombies. La BT Tower de la capitale anglaise est recouverte de cette flore étrange et nous offre l'image la plus marquante d'un film qui contient quelques belles trouvailles. La scène où le groupe de survivants doit progresser lentement au milieu d'une foule de zombies amorphes, pour ne pas se faire remarquer, est un moment fort. Les effets spéciaux sont très soignées et sont même assez bluffants compte tenu du maigre budget de cette production. La photographie du film est un autre atout remarquable : des couleurs vives mettent en évidence la campagne britannique et la verdure londonienne, cela rompt intelligemment avec les fades standards du genre, sombres et gris. Le film s’essouffle quelque peu dans sa dernière partie et paraît ne plus trop savoir où nous emmener mais, malgré cela, The Girl With All the Gifts est bien plus malin que la moyenne et saura à coup sûr contenter les amateurs du genre. 


The Girl With All the Gifts (The Last Girl : Celle qui a tous les dons) de Colm McCarthy avec Sennia Nanua, Gemma Arterton, Glenn Close et Paddy Considine (2017)

5 mars 2015

Alceste à bicyclette / Gemma Bovery

J’ai de la sympathie pour Fabrice Luchini. Le personnage peut parfois agacer dans ses multiples interventions promotionnelles, sur les plateaux de télévision ou dans les studios de radio, quand il se lance dans son éternel numéro de "bon client" en roues libres, citant à tours de bras ou rebootant Valéry en l’adaptant à un pseudo-langage des cités qu'il croit actuel et qui est pourtant déjà vieux d’il y a quinze ans au moins. Mais je lui garde ma sympathie, d’abord parce qu’il a été Perceval et tant d’autres personnages mémorables chez Rohmer, ensuite parce que certains de ses spectacles valent leur pesant de cacahuètes. Sa passion de la littérature s’y éprouve et s’y transmet formidablement, bien mieux que dans ses envolées médiatiques surfaites. Aussi peut-on comprendre que notre homme saute sur les scripts qu’on lui envoie et qui évoquent, de près ou de loin, l’amour des lettres (rappelez-vous, déjà en 2007 il était à l'affiche de Molière). Mais bon sang il y a des limites. Je vois mal ce qui peut donner moins envie de lire Molière ou Flaubert qu’Alceste à bicyclette et Gemma Bovery.




Petite blague pour détendre un peu les esprits, enfin surtout le mien, parce que je suis tendu là et je n'ai pas envie de faire de cet article une salade composée d’injures contre deux films anodins. Blague donc, que je vous autorise à resservir dans les dîners pour y paraître sympathique :

- Gay et Pagaie sont sur un bateau. Gay tombe à l'eau. Qui reste-t-il ?
- Pagaie.
- Ok, mais du coup qui reste-t-il ?
- Pagaie !
- Soit, mais du coup ?
- Pagaie putain Pagaie !
- D’accord, pas Gay, il est tombé à l'eau, mais du coup, qui reste-t-il ?

Ad libitum... Maintenant beaucoup moins drôle : Philippe Le Guay et Anne Fontaine sont sur un bateau. Philippe Le Guay tombe à l'eau. Qui reste-t-il ? Anne Fontaine, et là pas d'entourloupe possible, et c'est tout le problème, parce que du coup on est bien dans la merde. Et c’est idem si c’est Le Guay qui reste à quai. Mais, l’un dans l’autre, si l'un des deux chavire, ça fera du bien au cinoche français.




Il ne faut jamais dire Fontaine, je ne boirai pas de ton eau. Mais on peut dire Anne Fontaine, je ne mangerai plus de ta merde. Je m’abstiendrai de faire toute vanne sur le blaze de Philippe Le Guay, il n’a pas besoin de ça. Mais tant pour la finesse de leur nom que pour celle de leur art, Phil Le Guay et Femme Fontaine peuvent se donner la main. Dans le film de Le Guay, deux acteurs jadis grands amis se retrouvent pour adapter Le Misanthrope. L’un, Lambert Wilson, est une vedette qui a fait dans le compromis pour réussir, il jouera Philinte, l’ami d’Alceste, prompt au compromis. L’autre, Luchini, est un misanthrope, il jouera Alceste, le misanthrope. Tout cela est bien ficelé. Le personnage de Luchini vit reclus à la campagne, loin des planches, mais il finira par accepter la proposition de son ami de remonter le chef-d’œuvre de Molière, jusqu’à ce que les tensions entre eux rejaillissent, évidemment, le bellâtre mondain reprenant ses habitudes de séducteur pernicieux et l'atrabilaire amoureux se repliant définitivement après une énième blessure sentimentale. Pour mettre un peu de piquant entre les deux vieux croulants, Le Guay glisse non seulement une femme aimable mais aussi une jeune actrice porno qui veut se lancer sur scène, personnage qui ne suscite rien de savoureux, outre une vieille réplique de Luchini maintes fois recyclée (l'actrice porno lui aurait avoué qu'« une double péné à 8h du mat', c'est auch »). Je veux bien l’aimer, Luchini, mais j’aimerais que son amour de la littérature ne le pousse pas davantage à errer dans ces comédies littéralement dramatiques dont les fabricants osent s’appuyer sur les grands auteurs pour nous livrer de fabuleuses bennes à ordures.




Du côté de Fontaine, Luchini vit également reclus à la campagne, il a quitté le boucan parisien pour se consacrer à la boulangerie, en Normandie, sur les terres de Flaubert. Mais, entre deux fougasses, il redécouvre les fugaces sensations de l’érection quand il fait la connaissance de son nouveau couple de voisins, Charly et Gemma Bovery, dont les patronymes ne tardent pas à lui évoquer le chef-d’œuvre de son auteur fétiche. Et ça ne s’arrête pas là. Gemma s’ennuie beaucoup dans sa campagne et rêve d’une autre vie, comme Emma dites donc. Bref, vous l'aurez compris, le film est une sorte d'adaptation de Madame Bovary à travers le portrait d'un double de l'héroïne flaubertienne (façon The Hours mais sur Flaubert et pour les nuls). Big up quand même pour Luchini, qui change de partenaire et bénéficie de la plus belle promotion canapé de l'histoire du cinéma français, passant sans transition de l'épaule droite certes confortable de Lambert Wilson aux nibards indénombrables de l'anglaise Gemma Arterton. Chez Fontaine, qui marche dans les pas de Le Guay, on essaie aussi de pimenter un peu l'amour de la langue et de ne pas s'en tenir à la stricte littérature, aussi nous gratifie-t-on de quelques plans qui visent juste et sont, en même temps, à pleurer, à pleurer de joie et de tristesse d'ailleurs, je veux parler des plans sur les grosses miches de Gemma Arterton, reluquées par Luchini tandis qu’il lui apprend à pétrir la pâte à pain (pas un plan sur Gemma Arterton ne démarre d'abord sur sa poitrine, en fait)... Tout cela ne donne envie d’aimer ni la littérature, ni le cinéma, mais cela pourra vous conforter dans votre passion si vous aimez les nichons. Et là, enfin, je pige un peu mieux Luchini, qui n'a pas tant fait ce film pour transmettre aux spectateurs le goût du participe présent de Flaubert que pour se voir transmettre quelques raisons de bander. Et face à ça, face à ce Luchini-là, qui pendant la promo n'avait de cesse de répéter : "Je m'en taaaaaaape, mate l'affiche...", face à ça, je ne trouve rien à dire.




Aussi me contenterai-je de réclamer à une âme charitable de réaliser, à partir de quelques séquences du film d'Anne Fontaine (on aurait plutôt attendu cela du film de mec dans ce maudit diptyque, mais comment en vouloir à Le Guay ?), quelques gifs dignes de ceux tirés des aventures du mini-short de Gemma Arterton dans Tamara Drew. Je songe entre autres à cette scène complètement gratuite où l’actrice britannique se met au jogging et trottine dans un village normand dans une tenue de sport qui aura vu du pays... Ou à cette autre scène où Gemma retire son manteau et se retrouve en sous-vêtements pour le plus grand plaisir du grand blond bouclé au strabisme divergent des Amours Imaginaires, qui incarne ici la version moderne de Rodolphe, et que le spectateur a aussitôt envie de soumettre à la question dans un pur autodafé. Luchini lui-même cherche le gif sur toute la toile. On peut le croiser (@Robert_Luchini_officiel) à toute heure du jour et de la nuit, et surtout de la nuit, en train de rôder sur twitter, TumblR et Printerest, quémandant ce foutu gif qui lui trotte dans la tronche depuis le tournage et qui a carrément remplacé dans sa caboche toutes les citations de Jean de La Molière, Louis-Ferdinand Fontaine, Paul Nietzsche, Friedrich Valéry, Philippe "Murray" Head et Fabulous "Fab" Barthes qu'il croyait à jamais enregistrées sur son disque dur.


Alceste à bicyclette de Philippe Le Guay avec Fabrice Luchini et Lambert Wilson (2013)
Gemma Bovery d'Anne Fontaine avec Fabrice Luchini et Gemma Arterton (2014)

12 septembre 2014

Byzantium

Neil Jordan, très vraisemblablement rempli de bonnes intentions, a voulu réaliser un film de vampires pour adultes, loin des stupidités comme Twilight, en y mettant une application et un sérieux évidents. Le cinéaste irlandais espérait sans doute renouveler le succès qu'il a connu, il y a maintenant 20 ans (ça ne nous rajeunit pas !), avec Entretien avec un vampire. Il imaginait peut-être nous présenter son nouveau bébé à point nommé, alors que la mode des films de vampires commence à s'essouffler et ne demande qu'à rebondir. Hélas, du sérieux, de très louables intentions et un opportunisme de rigueur, ça ne suffit pas toujours... Et si Byzantium a bien su conquérir quelques fans et ardents défenseurs ici ou là, il n'a même pas connu les honneurs d'une sortie en salles. C'est donc directement en vidéo que Byzantium vient de paraître, ce qui est tout de même une destinée assez injuste pour un tel film, surtout si l'on prend en considération la qualité moyenne des bobines fantastiques qui pullulent sur nos grands écrans aujourd'hui. Mais passons...




On suit ici les mésaventures de deux goules, Clara (Gemma Arterton) et Eleanor (Saoirse Ronan), mère et fille, qui fuient leur appartement londonien, leur réelle identité ayant été révélée, pour atterrir dans une station balnéaire décrépite du sud-est de l'Angleterre. Là-bas, la très séduisante Clara jette son dévolu sur une âme solitaire : le propriétaire du jadis prestigieux Hôtel Byzantium, que la vampire transforme rapidement en un bordel de fortune. Pendant ce temps, Eleanor fait la rencontre d'un jeune homme atteint de leucémie, celui-ci n'est pas insensible à son charme et cherche à percer son mystère. C'est en même temps que ce personnage que nous découvrons progressivement le trouble passé d'Eleanor et Clara, un passé qui remonte jusqu'aux guerres napoléoniennes, rien que ça. On apprend ainsi que les deux femmes sont depuis toujours prises en chasse par une confrérie de vampires à cheval sur certains principes et d'une grande étroitesse d'esprit faisant impitoyablement respecter un code dont la première règle est catégorique : aucune femme ne peut être acceptée dans leur rang !




Avec son scénario plutôt original et ambitieux dotée d'une vision du mythe empreinte d'un féminisme rafraîchissant, Byzantium détient un réel capital sympathie qui fait qu'on a drôlement envie d'y croire et de l'apprécier. Ce "capital sympathie" réside aussi dans ses deux actrices principales, Saoirse Ronan et Gemma Arterton, particulièrement bien choisies. La première, découverte toute jeune dans Atonement, fait tout ce qu'elle peut et propose une incarnation plutôt convaincante d'une vampire paumée, éternelle adolescente en désaccord avec sa mère ; on aurait aimé que cela suffise à donner de l'épaisseur à son personnage. Quant à la seconde, elle est une vampire irrésistible, il faut bien le reconnaître. L'actrice britannique dégage naturellement un puissant sex appeal qui ne me laisse pas indifférent (et apparemment, je ne suis pas le seul...), cela convient tout à fait aux dons de séduction chers aux fameuses créatures de la nuit.




Pour être plus précis, sachez que le don de séduction de Gemma Arterton repose principalement entre son nombril et son menton. En bref, l'actrice est dotée d'une ravissante poitrine. Et comme cette partie de son anatomie représente l'un des principaux intérêts du film, j'y consacrerai logiquement un paragraphe entier ! Ses seins ne sont pas spécialement gros mais paraissent étonnamment bien portants. Ils accompagnent, épousent le moindre de ses gestes, dans la joie et l’allégresse. Ils ont simplement l'air heureux d'exister et expriment de bon gré une joie de vivre contagieuse. On salue Neil Jordan pour avoir tout naturellement su saisir de beaux moments d'émotion. Ces seins ont ce pouvoir hypnotique... Ils magnétisent véritablement le regard et nous rappellent que nous sommes bien peu de choses. Évidemment, le reste ne gâche pas, ce qui fait de Gemma Arterton une vampire assez troublante, qui aurait, elle aussi, mérité un meilleur film.




Car malheureusement, Neil Jordan ne fait pas grand chose de ses actrices ni de son scénario, son film a tôt fait de tourner à vide. Il manque cruellement d'ampleur, d'envergure et, c'est un comble, de souffle ! Malgré cette histoire qui s'étend sur des siècles, via des allers et retours très peu fluides entre le passé et le présent, nous n'avons jamais l'impression de regarder ce qui pourrait être une fresque imposante mais plutôt quelque chose d'assez anecdotique et insignifiant. On a bien du mal à se passionner pour la destinée de ces deux créatures damnées ; leurs personnages, trop superficiels, ne nous laissent guère penser qu'elles ont des siècles d'existence. En fin de compte, Neil Jordan revisite très timidement le mythe du vampire, il y ajoute quelques nouveautés tout à fait bienvenues mais beaucoup trop rares pour que son film suscite une plus vive curiosité. Rien ne vient bousculer nos repères ni remettre en question ce qui a déjà été fait. La plus judicieuse de ces nouveautés vaut tout de même le détour car elle nous offre deux scènes visuellement assez mémorables (à vrai dire, les seules dont on se souvienne après coup) : cette idée veut que la transformation en vampire se fasse dans la grotte d'une île mystérieuse dont la localisation est tenue secrète par la confrérie ; une île parcourue par des rivières et des cascades impressionnantes dont les eaux deviennent des torrents de sang après la métamorphose. Ces images de cascades sanguines sont assez réussies et dégagent même une certaine poésie. Dommage que le film de Neil Jordan ne propose que si rarement de tels éclats...


Byzantium de Neil Jordan avec Saoirse Ronan, Gemma Arterton et Sam Riley (2014)

3 mars 2011

Tamara Drewe

Je veux vous parler de ce film brutal, violent, chamboulant. Un film qui vous assomme volontairement. Qui vous frappe, vous secoue, vous remue, un film qui affiche clairement la volonté d'ouvrir les plaies et de ne pas les refermer. Un film choc ! Tamara Drewe est un pur électrochoc pour le spectateur non-averti. C'est un film miné, réalisé par un homme dont l'ambition affichée est de vous ébranler en véritable sismologue des âmes fragiles, il vous bouleversera via une terrible onde de choc vouée à meurtrir le regard en vue d'un impossible apaisement. Soyez prêts à tomber dans un précipice que vous ne connaissez pas. Préparez-vous à un soubresaut inoubliable : on en sort ravagé, moralement déboussolé, en perte totale de repères. C'est une expérience capable de vous faire tourner de l’œil. Malgré les apparences je ne vous parle pas de Délivrance ou de Voyage au bout de l'enfer, mais c'est tout comme. Il faut s'accrocher pour ne pas céder face à une terrible sensation de trop-plein. Y jeter un œil c'est y jeter les deux, on en sort aveuglé à jamais. Nous voilà ni plus ni moins poussés dans nos derniers retranchements. Et ce sentiment naît du vide intersidéral qui règne ici.


Toute la bande-annonce reposait sur cette image. J'ai moi aussi cédé à la tentation en me commandant le même mini-short en jean sur Sarenza.com. J'ai une sacrée dégaine là-dedans.

Que dire sinon que c'est une "comédie pastorale légère" comme l'affirme fièrement Stephen Frears lui-même. Je suis obligé d'aller vérifier le nom de ce réalisateur après l'avoir écrit car j'ai toujours un doute. Je confonds Stephen Frears et Brendan Fraser quand je ne le confonds pas avec Mike Leigh, autre réalisateur anglais plus très frais, auteur de comédies acides sans intérêt. J'essaie de justifier cet amalgame que je fais systématiquement alors que franchement je n'ai aucune raison valable. Je les confonds, c'est tout. Je confonds aussi Mike Leigh et Spike Lee, Spike Lee et Spike Jonze, Spike Jonze et Fredéricks/Goldman and Jones. Du coup je confonds Stephen Frears avec une grosse noire et deux guitaristes de variété... Je souffre probablement d'un grave problème psychiatrique et c'est pas toujours facile de m'y retrouver.



Que filme Stephen Frears ? Un lavabo ou les nichons de Gemma Arterton ? On sent que le réalisateur n'a pas su choisir.

Stephen Frears c'est Héros malgré lui, un film sympa avec Dustin Hoffman mais qui remonte à 1993, c'est High fidelity, le navet préféré de tous les zicos manchos, et c'est The Queen, avec une Helen Mirren grabataire pour incarner Lady Di, soit la pire erreur de casting de l'Histoire du cinéma. Fort de ce C.V. en contreplaqué, Stephen Frears a voulu adapter le célèbre roman graphique du même nom racontant l'histoire de cette fameuse Tarama Drue : "avec son nez refait, ses jambes interminables, son derrière de rêve, son job dans la presse people, ses aspirations à la célébrité et sa facilité à briser les cœurs, Tamara Drewe est l'Amazone londonienne du XXIe siècle". Cette dernière formule n'est pas de moi et j'en remercie le Ciel. Voilà pour le pitch de ce bien triste film tel que tiré de son dossier de presse, film pas très drôle, caricatural au possible et qui se conclut sur une espèce de morale piteuse lorsque le personnage du mari adultère est "puni" par un troupeau de vaches qui le piétine jusqu'à ce que mort s'en suive. C'est donc un gros veau-de-ville raté, qui se prend pour du Chabrol mais qui se retrouve dans la lignée des fours de Jean Lefebvre : à chier. "Mais j’aime bien dire aussi que Tamara Drewe est une comédie pastorale !", insiste Stephy Frears à longueur d'entretiens. Soit, Steven, dis-le si ça te fait du bien. Le cinéaste ne dit d'ailleurs pas que ça, il dit aussi qu'il a réalisé un film "à la Clint Eastwood", ce qui donne une meilleure idée du délabrement de la carrière de ce dernier. Stephen Frears, comme feu Eastwood, est désormais bon pour le bûcher des vanités.


Tamara Drewe de Stephen Frears avec Gemma Arterton, Roger Alam et Bill Camp (2010)