10 avril 2011

J'ai toujours rêvé d'être un gangster

IL est de retour. IL revient. C'est LUI qui vient de sortir Chez Gino sur grand écran. Qui ? Sam je suis Sam Benchetrit. De toute façon il est coupable. Son crime actuellement c'est d'être sur tous les plateaux télé, accompagné de sa femme, Anna Mouglalis, plus mougla que lisse. Encore hier sur France2 ils s'entre-congratulaient et se félicitaient de tourner un film comme on change de slip. Car désormais Madame Benchetrit va aussi passer derrière une caméra (en espérant qu'elle n'ait plus de piles). Elle l'annonçait hier comme si c'était bien naturel... J'ai été fan de Mouglalis, je l'avoue, mais j'ai aussi été fan des Spice Girls à peu près à la même époque (2005/2008). Par contre je n'ai jamais été fan de Sam-le-Pirate Benchetrit. Au départ cet homme-là a voulu se fabriquer un nom de scène bien senti à partir des lettres qui composent son véritable patronyme, celui qu'on connaît et sous lequel il évolue actuellement, il voulait le remplacer par une sorte d'anagramme classieux, à la manière de Jamel Jospin ou d'Oncle Bilal, le fameux dessinateur de bandes dessinées, mais que faire avec cet amas de R, de S, de Ch, de T... Il n'a rien pu trouver que Banuel Semchetrit, ou Manuel Detrisélectif, ou encore Bernie Radioactif, et finalement Ben, tout court, mais c'était pris par un espagnol qui écrit son nom en blanc sur fond noir sur des agendas et des parapluies et qui se fait des couilles en or 48 carats grâce à ça. Celui-là si je le croise je fais de lui une trousse, comme ça moi aussi j'aurai ma petite trousse Ben. Pour en revenir à la dynastie Benchetrit, on n'a aucun mal à les imaginer partageant leur 500 mètres à Nanterre, s'écrivant l'un l'autre des petits rôles pour leurs futurs films respectifs. D'après Mouglalis, le type en carence de vitamine D avec lequel elle a signé un PACS jouera un vampire dans son premier film.




Est-ce que ça paraît naturel à tout le monde que ces deux spécimens réalisent ce qu'ils veulent et nous l'infligent comme ça ? Moi je dis pourquoi pas mais ça me poserait encore moins de problème si strictement tout le monde avait cette chance et pouvait ensuite aller le célébrer sur tous les plateaux, à tous les journaleux, de Denisot à Charal en passant par Larqué et Sabatier. Dans J'ai toujours rêvé d'être un gangsta (qui est le titre du premier album de Snoop Doggy Dog selon la trivia Allociné), Anna Mouglalis avait déjà un rôle. J'ai vu ce film au cinéma et à la sortie j'ai dit que je l'avais bien aimé. Je lève mes mains et je crie coupable. Je sais pas si je le referais. Est-ce qu'on devient plus sincère avec l'âge ? Quitte à ne pas s'épanouir sentimentalement ? Je sais pas, mais là, maintenant, même pour un verre avec les cinq Spice Girls d'un coup, ou Mouglalis, je ne transigerais pas sur ce film à sketches qui s'autosuce.


J'ai toujours rêvé d'être un gangster de Samuel Benchetrit avec Jean Rochefort et Anna Mouglalis (2008)

9 avril 2011

Essential Killing

Depuis mercredi dans les salles, le dernier film de Jerzy Skolimowski, avec Vincent Gallo. Nous l'avons découvert avec un grand enthousiasme, Nônon Cocouan (rédactrice exceptionnelle sur ce blog) et moi-même. Avis à ceux qui ont prévu de le découvrir bientôt, l'article ci-dessous parle très largement du film (y compris de sa fin) et ne rien savoir avant de le découvrir est une bonne chose (c'est le choix que nous avons fait et qui s'est révélé payant). Ceci dit une fois que vous l'aurez vu, revenez nous lire par ici !

Le cœur du film, c'est un personnage en perpétuelle fuite. Traqué dans le désert afghan par des soldats américains, il se défend et fuit en avant. Mais il est vite rattrapé, pris, torturé et expatrié dans un camp militaire éloigné et semble-t-il tenu secret, qui parait se situer en Pologne ou dans ses environs. Lors d'un accident de la route, au cours d'un transfert, le prisonnier a l'occasion de s'échapper. Mais sa liberté le condamne à une marche sans fin dans une immense forêt inconnue. Tout le film se focalise sur ce personnage presque sourd, forcément muet puisque seul et étranger, qui se défend toujours par nécessité, qui tue parce qu'il n'a pas le choix, pour retarder sa propre mort, dont il repousse l'échéance et qu'il refuse quand bien même elle semble inévitable. En dehors de tout véritable jugement politique ou éthique, Skolimowski filme un homme en situation de survie, qui fait tout ce qu'il peut dans la seule optique de s'en sortir. Le personnage est condamné à se fondre dans le paysage, à disparaître dans le sol. Couleur sable dans le désert afghan, il change de couleur et tend vers le blanc pour ne plus être repéré dans la neige. Du désert jusqu'à cette forêt enneigée, la transition est rude et met en éclat le statut de parfait étranger du héros. Pour transiter d'un monde à l'autre il passe par la plus visible combinaison orange, quand il est détenu, puis par le noir complet d'un costume volé à une de ses victimes, qui tranche violemment sur le blanc des plaines jalonnant la forêt au début de sa fuite, pour enfin devenir blanc comme neige.




L'évadé est pris dans un processus implacable de déshumanisation tandis que ses meurtres ne semblent pas en être, le personnage ne passant jamais vraiment à nos yeux pour un tueur sans pitié, pas plus qu'un animal qui en tue un autre n'est un assassin. Et pourtant l'humanité du personnage est constamment mise en péril, et en premier lieu par cette cavale permanente. L'homme est traqué comme une biche (the deer hunted...), chassé par les chiens il se mélange aux daims, se nourrit de fourmis et d'écorce, poussé à devenir une bête voir à se fondre dans les éléments : il est littéralement enterré (dans la grotte afghane ou par l'arbre qui l'écrase près de la scierie polonaise). S'il ne s'en défait jamais tout à fait, il se détache néanmoins significativement du reste de l'humanité lorsqu'il quitte la voiture volée sur le bord de la route. Le film voit défiler tous les moyens de transport ou presque (avion, hélicoptère, camion, voiture, quad, tracteur, vélo), alors que le personnage est condamné à la marche et marche quoi qu'il arrive (y compris quand un piège à loup se referme sur sa patte). Le dernier moyen de locomotion que le fugitif utilise, apporté par une femme bienveillante et muette elle aussi, c'est le cheval, qui dans le dernier plan se retrouve seul, le personnage ayant disparu. Le cinéaste filme quelques brindilles étouffées sous une énorme couche de neige, où le survivant alors blessé à mort finira vraisemblablement enseveli. On pense évidemment beaucoup à la fameuse "trilogie de la mort" de Gus Van Sant, et notamment à Gerry, qui suivait deux jeunes protagonistes égarés, marchant sans cesse, poussés par une énergie absurde vers leur propre fin. Au bout d'un certain moment le film n'est d'ailleurs plus tant une fuite vouée à échapper à de surpuissants poursuivants qu'une simple fuite vers l'avant, une pure marche où l'homme se retrouve face à lui-même et en proie à une nature sans issue.




On pense aussi à Vorace d'Antonia Bird grâce au profil aquilin et émacié de Vincent Gallo qui rappelle celui de Robert Carlyle quand l'acteur se traîne difficilement dans la neige, désespérément seul et affamé, allant jusqu'aux prémices du cannibalisme. La musique rappelle d'ailleurs parfois celle de Damon Albarn et notamment bien-sûr dans cette scène éprouvante de quasi-anthropophagie où le personnage se nourrit au sein d'une mère allaitant son enfant. Dans cette scène, tout en faisant preuve d'une bestialité brutale, le personnage devient l'égal d'un nourrisson, faisant écho aux paroles des soldats américains qui venaient le chercher dans sa grotte au début du film : "C'est un bébé qui pleure ?" Réduit au premier stade du genre humain, le héros est en totale régression. Son passé lointain de taliban, qui ressurgissait au début du film sous forme de flash-back flous et lents dans lesquels on pouvait entendre des prières endoctrinantes, disparaît petit à petit quand le personnage sombre dans la folie, pour ne laisser place qu'à des rêveries constituées de plans rapides et très nets où ce "mort en sursis" est confronté à son passé immédiat et à son futur le plus proche, soit à son présent, un présent de pure survie dénué de toute idéologie. Le personnage régresse et touche au cœur de l'humanité au fil de sa marche vers un certain "bout du monde", dans le fin fond d'une sorte de Sibérie immaculée.




Skolimowski fait preuve d'une grande audace, on peut même dire d'un beau courage, en risquant la polémique avec ce personnage de présumé terroriste taliban dont il fait un homme tout court, qui veut vivre. Au-delà de cette ambition le cinéaste, du haut de ses 75 années, signe un très grand film, une œuvre d'une puissance plastique qui demande à être analysée plus avant et d'un humanisme qu'il faut saluer. N'écoutez pas les journalistes qui parlent de "film contemplatif" parce que Skolimowski a filmé de beaux paysages, son film est tout sauf contemplatif, il fait preuve d'un grand potentiel immersif (dans lequel Vincent Gallo, récompensé à la Mostra de Venise, n'est pas pour rien, il livre une prestation admirable) maintenu par un rythme soutenu et sublimé par un sens du cadre, du montage, du récit, absolument remarquables.


Essential Killing de Jerzy Skolimowski avec Vincent Gallo et Emmanuelle Seigner (2011)

7 avril 2011

Ha Ha Ha

Du cinéaste coréen Hong Sang-soo j'avais déjà plutôt bien aimé Turning Gate, sorti en 2003. Or ayant raté ses autres films, j'étais impatient de découvrir cette dernière œuvre, sortie à Cannes l'an passé et lauréate du prix Un Certain Regard, histoire d'en savoir plus sur cet auteur intriguant. On retrouve ici ce qui semble tenir à cœur à Hong Sang-soo : les relations amicales et amoureuses qui se nouent ou se défont entre différents personnages burlesques, dont au moins un cinéaste... Les personnages sont ici au nombre de six, et ils ne sont pas franchement ce qu'ils semblent puisque l'on rencontre notamment un dépressif constamment en train de rire, un cinéaste qui n'a jamais fait de film, un militaire reconverti poète, un poète qui prétend avoir été commando, ou une mère qui s'est choisi un fils d'élection au détriment du sien. La structure du film est immédiatement installée : deux amis se retrouvent après des voyages à l'étranger et décident de se raconter leurs péripéties respectives en trinquant à leurs souvenirs. La seule règle : ne raconter que les bons moments. Le présent - ces deux personnages qui nous racontent leurs aventures en se torchant assis à une table - est filmé en noir et blanc et en arrêts sur images, à la manière d'un photo-roman. A contrario le passé - leurs souvenirs, qui constituent la majeure partie du film - est raconté en couleurs et en mouvements. En parlant de mouvements il faut dire que le film est riche en travellings (qui sont plutôt des décadrages, le plan partant du buste des femmes pour descendre vers leurs jambes) et en zooms avant, ce qui répond à des nécessités économiques selon le réalisateur (qui a tourné avec très peu de moyens), mais qui se révèle assez souvent intéressant stylistiquement parlant puisque le cinéaste ou le narrateur semblent mettre l'accent sur tel ou tel visage ou détail sans rompre le flux du récit.




Les deux personnages principaux et co-narrateurs du film se cèdent tour à tour la place, racontant leurs histoires respectives par étapes successives et parallèlement l'une à l'autre. A chaque changement de locuteur le film revient au fameux diaporama en N&B du présent pour retrouver les deux compères assis face à face, rieurs à souhait, buvant tout leur soûl et relançant systématiquement le récit de leurs souvenirs par un joyeux "Tchin-tchin" (le film est pourtant bien coréen). Or ce que ces deux amis ignorent, c'est que leurs histoires se recoupent et impliquent les mêmes personnages. Et c'est là que Ha Ha Ha est intéressant, puisqu'il nous raconte deux histoires qui pourraient n'en être qu'une mais qui, vues à travers la subjectivité exclusive de l'un ou l'autre personnages, deviennent indépendantes. D'où ces protagonistes à double-visage et cette obsession des apparences, qui passe aussi dans le scénario par le personnage de la guide touristique qui envisage la qualité de sa propre existence à l'aune d'une figure tutélaire déifiée et écrasante incarnée par un grand héros de guerre corréen ; ou cette dispute au restaurant à propos d'un type sur les quais qui a l'air d'un clochard mais qui n'en est peut-être pas un. Hong Sang-soo, que j'éviterai ici de comparer à Rohmer ou à Resnais comme certains l'ont fait, et sans doute à juste titre, s'en tire assez bien avec la dimension ludique qu'il donne immédiatement à son film, lequel est parfois assez drôle d'ailleurs, mais aussi touchant en d'autres moments, comme à la fin, lors de cette scène de voyage en bus où les deux amants se disent la simplicité et la rémanence de l'amour qu'ils éprouvent l'un pour l'autre.




Néanmoins, on pourrait reprocher à Hong Sang-soo de n'être pas allé assez loin avec cette histoire et de n'avoir pas exploité à fond le potentiel cinématographique à sa disposition pour faire de ce sympathique film un grand film. Avec cette idée d'entremêlement du passé et du présent notamment, le cinéaste tient le bon bout mais ne va pas jusqu'au nœud de son filon, ce qu'il aurait pu faire en appliquant par exemple de façon plus radicale ou plus expérimentale cette volonté d'amalgame, d'influence et d'interpénétration aux récits parallèles et entrecroisés de ses deux narrateurs. Mais c'est déjà refaire le film, qui certes se contente un peu paresseusement d'une bonne idée qu'il n'exploite pas à sa juste valeur, mais qui se révèle tout de même assez original et savoureux, un peu long mais franchement intéressant, et qui est surtout - c'est une belle qualité que partagent certains films presque ratés ou disons loin d'être parfaits - assez stimulant en cela qu'il permet au spectateur de fabriquer son propre film et de le voir par extrapolation dans celui qu'il a sous les yeux.


Ha Ha Ha de Hong Sang-soo avec Kim Sang-kyung, Moon So-ri, Jun-Sang Yu (2010)

6 avril 2011

Il faut sauver le soldat Ryan

Si vous avez un cœur, ou au moins des yeux, vous vous rappelez tous de cet accident terrible dont on vous avait parlé dans la critique de Greenberg. Je veux bien entendu parler du décès instantané de l'acteur Vic Morrow (le papa de Jennifer Jason Leigh) ainsi que de deux enfants et d'un pilote d'hélicoptère lors du tournage d'un sketch du film La Quatrième dimension réalisé par John Landis. Rappelons les moyens et les circonstances désastreuses de cette quadruple mort : John Landis se réjouit d'avoir fait d'un hélico quatre coups puisque hormis le pilote, écrasé dans sa carlingue, tous sont morts instantanément décapités par une pale de l'hélicoptère en chute. Landis n'avait de cesse de hurler au pilote : "PLUS BAS CONNARD ! DESCENDS ! FOUETTE LE SOL AU RAS DES CRANES !". Le pilote a fait de son mieux pour mourir dignement malgré ces consignes, et John Landis s'est retrouvé avec ce qui aurait dû être le procès du siècle au cul.


Vic Morrow avant l'accident, et pour cause puisqu'il avait encore sa tête

Car en outre il faut préciser que les deux enfants n'avaient pas d'autorisation de tournage signée des parents. Ces enfants n'étaient pas censés être là. Leurs parents les croyaient à l'école en train de passer leur BEPC comme tout le monde. Sans oublier que le pilote de l'hélico n'avait pas son brevet mais qu'un permis poids lourd, ce qui a semblé suffisant à un John Landis pressé d'enchaîner. Mais ce qui aurait dû être le plus grand procès d'Hollywood, plus grand même que ceux d'O.J. Simpson et de Michael Jackson réunis, ne fut qu'un fétu de paille. Tout cela fut réglé d'une bonne poignée de main et d'un clin d'œil par celui qu'on surnomme affectueusement "tonton" mais qui est le pire serial killer que l'Amérique ait connu, j'ai nommé Steven Spielberg. C'est grâce à sa tutelle que Landis est ressorti blanc comme neige de cette affaire et qu'il a pu jouir d'une rétrospective à la Cinémathèque Française. Le fait est que Spielberg a droit de vie et de mort sur le tout Hollywood. L'élection d'Obama, c'est lui, tout comme la mise en chantier d'un film interprété uniquement par deux chiens débiles et une chatte siamoise intitulé L’incroyable Voyage. Spielberg nous endort dans sa guimauve pour mieux massacrer à tour de bras. Il a commencé par assassiner un routier qui n'avait rien demandé dans Duel. Pendant plusieurs jours, Spielberg a tourné autour du camion de ce pauvre bougre avec sa caméra. L'autre se demandait ce que ce binoclard lui voulait. Spielberg le poussait à bout. Mais comme les routiers ont quand même 3 de QI, le type s'est vite vénère et il a voulu aplatir la bagnole de Spielberg en fonçant droit sur lui. Grâce à une queue de poisson le réalisateur a envoyé le routier et son engin au fond du Grand Canyon, sans omettre de filmer cette mort sublime.


Au premier plan, flouté, Spielberg himself déguisé en soldat allemand et ouvrant le feu à balles réelles sur ses figurants

Mais que dire quand le routier devient un bon millier de jeunes soldats américains en train de faire leurs classes sur les plages de Noirmoutier et fusillés à balles réelles par les équipes zélées de Dreamworks sous le contrôle d'un Spielberg survolté, hurlant ses ordres un mégaphone collé à la bouche. C'est pas pour rien que cette fameuse scène de débarquement a retourné quelques bides à la sortie du film... Spielberg aurait lui-même dégoupillé et lancé quelques grenades dans l'euphorie du tournage.


Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg avec Tom Hanks, Vin Diesel, Giovanni Ribisi, Tom Sizemore, Adam Goldberg, Barry Pepper et Edward Burns (1998)

5 avril 2011

Le Nom des gens

Je viens de voir ce film qui compte parmi les grands lauréats des Césars et qui m'intriguait non seulement par son titre mais par son ambitieux projet de "comédie politique". Trop ambitieux sans doute puisque le résultat est lamentable. Concernant le premier terme du projet, "comédie", on peut faire une croix dessus. Le film n'est jamais, je dis bien jamais drôle. J'imagine qu'il en aura fait marrer quelques uns, dans les salles de cinéma les plus enthousiastes, heureux de se reconnaître dans l'un des portraits pathétiques et archétypaux de français moyens que Michel Leclerc, le réalisateur, affectionne tant. Peut-être fera-t-il de même marrer tel autre engagé politique du dimanche ravi de retrouver Jospin dans son propre rôle au détour d'un caméo sans intérêt. Mais en vérité il n'y a, m'est avis, strictement rien de marrant dans ce film, strictement rien d'agréable, de plaisant, de piquant, de fin : peau de balle. Donc je n'ai certainement pas maté, en ce qui me concerne, une comédie. Côté politique, force est de constater que le film aborde le sujet, mais de quelle façon ?


J'ai passé les vingt minutes que dure la terrible intro du film à me dire que Zinedine Soualem a l'air fatigué, peut-être déçu par la vie et le cinéma, et franchement ça me fait de la peine...

Le début du film est une véritable épreuve. Normalement ça peut suffire à dégoûter n'importe qui du cinéma. Le début, chez Michel Leclerc, ça dure 20 minutes. L'intro, qui dure donc, je le rappelle même si je l'ai dit il y a une phrase, mais il faut bien en avoir conscience, 20 longues minutes, retrace tout le "parcours" des deux personnages principaux, qui ensuite finiront par coucher puis par s'aimer. Qui sont-ils ? Lui c'est Arthur Martin (Jacques Gamblin, vraiment de plus en plus présent dans des films qui ne le méritent pas et nous le rendent ingrat), la quarantaine, travaillant dans un laboratoire de santé publique, célibataire, lisse, dernier jospiniste en activité. Il porte le nom le plus répandu en France, tout le monde lui parle des cuisines Arthur Martin dès qu'il se présente et encore il a de la chance parce qu'à sa naissance ses parents ont hésité à l'appeler Jacques (c'est la plus grande vanne du film, répétée vingt-six fois). Elle c'est Bahia Benmahmoud, 25 ans, la seule en France à porter ce nom (on nous le répète aussi une trentaine de fois), elle porte des après-ski roses aux pieds jour et nuit et suce des sucettes 24h/24, par ailleurs c'est une abrutie et une "pute politique bénévole" (sic.) qui a décidé de passer sa vie à baiser avec des enfoirés de droite pour essayer de les convertir à la gauche. Pourquoi ? Parce qu'elle s'est fait violer quand elle était petite par son professeur de piano, et comme un jour elle entend dire à la télévision que les victimes de pédophiles reproduisent ce qu'ils ont subi et que la plupart des prostituées ont été victimes d'abus sexuels dans leur enfance, la jeune femme se retrouve au pied du mur avec pour seules alternatives d'avenir la pédophilie ou la prostitution, c'est la télé qui l'a dit. Un personnage qui en arrive à une telle conclusion, même dans un film soi-disant comique, donne des envies de meurtre. Du coup Bahia choisit de se vouer à une carrière de pute. Voilà pour les personnages, qu'on a tout de suite une folle envie d'aimer.


Jacques Gamblin à côté de son double adolescent. Ce genre de scènes, dignes des pires pubs pour des banques à la con, sont légion dans le film, qui n'a pas fini de vous achever.

L'intro raconte tout ça en partant des parents des deux personnages et de leur propre naissance, avec des images en N&B pour lui et en Super8 pour elle (car il est plus vieux --> flinguez-moi...). La grosse idée pour ces flash-backs c'est que le personnage de Gamblin est incapable d'imaginer son père jeune, incapable aussi de trouver une photo de l'époque pour stimuler son cortex cérébral arrêté au point mort, du coup dans le flash-back on voit un vieillard (son père tel qu'il le connaît) épouser une jeune femme (sa mère jeune telle qu'il parvient en revanche à l'imaginer), et ça on sent que c'est une idée qui tenait à cœur aux scénaristes, le réalisateur lui-même et sa femme (qui, pour fêter son César conjugal, a passé toute l'émission des ciné-passionnés de Serge Moati à zieuter le beau cul d'Edgar Ramirez ! Je dis ça mais j'en aurais fait autant !). On sent que c'est une idée qu'ils ont notée dans une marge de leurs carnets de note, surlignée au stabylo rose, puis placardée sur la porte de leurs chiottes à l'aide d'un post-it afin de ne surtout pas l'oublier. Mais le plus fort, c'est que les deux héros du film, tels qu'ils apparaissent dans le récit principal, actuel, au présent, entrent dans l'image de leurs souvenirs et y côtoient leurs doubles du passé pour dialoguer avec eux-mêmes par-delà les années, et principalement pour s'adresser à la caméra et tout commenter avec un soi-disant humour à crever qui ferait se retourner Woody Alien dans sa tombe (s'il était mort) et qui nous inspire vraiment beaucoup de questionnements sur les deux êtres humains qui ont écrit ce torchon entre deux épisodes d'Un dîner presque parfait. Car ce que nos héros commentent en l'occurrence c'est une somme tuante de clichés : lui est né de parents bourgeois de droite, sa mère a réchappé à la Shoah et son père a fait la guerre d'Algérie dans l'armée française, et ils n'aiment pas les gens, uniquement leur confort matériel ; l'autre est née d'un père arabe serviable dont toute la famille est morte tuée par l'armée Française en Algérie et d'une mère soixante-huitarde communiste excitée et libérée, pleine de convictions démagogiques et anti-tout, qui accueillent tous les clochards de la ville chez eux... Y'a vraiment de quoi nous envoyer au trou. C'est crevant intellectuellement...


Jamel Jospin a abandonné la vie politique une seconde fois en voyant cette scène à l'UGC des Halles le mercredi de la sortie.

Ce type de mise en scène, qui se veut osée et originale, et qui n'est qu'un sommet de facilité et de banalité doublé de laideur et de maladresse, dans la droite lignée du Jean-Pierre Jeunet d'Amélie Poulain, cet humour piteux, ces raccourcis narratifs, ces personnages puants à la fois ultra stéréotypés et complètement improbables, et la présence de Jacques Gamblin, tout ça fait parfois penser au triste Le Premier jour du reste de ta vie, en moins répugnant peut-être mais en tout aussi con. Que Sara Forestier ait remporté le César de la meilleure actrice pour ce rôle qui lui a demandé d'interpréter une vraie conne m'importe peu, mais que les scénaristes de ce film, Michel Leclerc lui-même et sa femme Baya Kasmi (on sent bien l'autobiographie planquée derrière tout ça, ou plutôt on la redoute et on ne l'espère pas), aient remporté le César du meilleur scénario original pour ce truc, ça me laisse pantois.

Il se trouve que j'ai des liens familiaux ultra éloignés avec Sara Forestier. On n'est ni cousins, ni issus de germain, mais de loin en loin on a un lien. Aussi je lui dis tout de même bravo !


Le Nom des gens de Michel Leclerc avec Jacques Gamblin et Sara Forestier (2010)

3 avril 2011

Splice

Le cinéaste canadien d'origine porto-ricaine Vincenzo Natali est un roi de la tag-line et de l'idée qui tue. C'est un cinéaste spécialisé dans la science-fiction et qui carbure aux pitchs accrocheurs généralement basés sur une idée aussi simple qu’intrigante et originale. Il s'est fait connaître du grand public en 1997 avec Cube, où l'on pouvait lire sur l'affiche : "Ne cherchez pas une raison, cherchez plutôt une putain d'issue !". Le film, que ses quelques suites n'ont pas aidé à nous faire comprendre, fut un immense succès commercial et gagna plusieurs prix. Je l'ai moi-même vu une paire de fois, avec toujours la même sensation de me croire, à l'instar des personnages, coincé dans un Rubik's Cube géant, peut-être aussi parce que j'habite dans un hideux HLM... Quelques années plus tard, avec Nothing, Vincenzo Natali réalisait le rêve de deux gros geeks attardés : faire disparaître le monde extérieur. Résultat : le duo de fans des Chevaliers du Zodiaque se retrouvait enfermé dans une maison plantée au milieu d'un néant blanc infini, dotée d'un sol étrangement rebondissant. Vincenzo Natali est comme ça : il a toujours une idée de départ pouvant se résumer en une ligne qui lui fout la trique, puis il torche un film de SF entier à partir d'elle. Mais ça se finit généralement en eau de boudin, car Natali a bien souvent du mal à terminer correctement ses films et à trouver un second souffle une fois que les possibilités offertes par son concept de base ont toutes été éventées.



Quid de Splice, son dernier rejeton ? Pas vraiment de pitch de fou ici. Vincenzo Natali, qui a apparemment toujours cherché à imbriquer des thèmes philosophiques dans ses films de genre, nous offre une nouvelle déclinaison du mythe de Frankenstein ou le Prométhée moderne et revient ainsi aux sources de la science-fiction. Dans Splice, un couple de savants surdoués réussit à créer un être vivant d'une nouvelle espèce à partir de leur ADN mêlé à celui de différents animaux de type skons ; mais le spécimen va peu à peu échapper à leur contrôle... Avec cette histoire, Natali cherche à brasser différents thèmes et problématiques assez universels, déjà longuement abordés par le passé (on pense notamment à La Mouche de David Cronenberg), mais éternellement revisitables. Le cinéaste choisit également de rattacher ces sujets à des questionnements sur les rapports familiaux et sur la vie de couple. Natali va le plus loin possible dans son idée d'observer le complexe d’Oedipe et clôt son film sur une petite leçon de morale claire et nette, "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme", doublée d'un petit "On n'apprend jamais vraiment de ses erreurs".



Hélas, le talent de Natali a des limites. Il n'est pas toujours à la hauteur de ses ambitions, quant à elles bien réelles, et dont on peut même louer l'existence, car il s'agit d'une qualité devenue trop rare dans le cinéma de genre outre-atlantique. Splice perd en crédibilité quand son réalisateur s'aventure trop explicitement sur les thèmes qu'il aborde. Le couple d'acteurs vedettes fait tout son possible, mais les dialogues ne font pas le poids et les situations manquent parfois de cachet, la mise en scène, efficace quand il s'agit de scènes d'action, ne les élevant pas. Et au contraire, le film est plus intéressant quand il ne dit pas tout, quand il nous fait par exemple deviner certains aspects du vécu de ses personnages, par ailleurs plutôt bien dessinés. Mais Natali s'égare progressivement et finit même par se perdre pour de bon lors d'un final assez grotesque et terriblement poussif, dont certes le suspense fonctionne quand même, mais qui rabaisserait presque l'ensemble au niveau d'un film de monstre hasardeux qui ne sait plus comment se terminer.



Splice se suit néanmoins avec un réel plaisir, chose que je n'avais pas ressentie depuis un bail devant un film de ce genre. Après un générique d'introduction clipesque et d'assez mauvais goût, inspiré en droite lignée de ceux de David Fincher, on est agréablement surpris de découvrir un film calme et globalement bien pensé, qui se renouvelle régulièrement et tient en attente son spectateur, avec une histoire sympa, musclée par de bons effets spéciaux et par l'approche de quelques thèmes métaphysiques bienvenus. Les effets spéciaux, et c'est à souligner, sont en effet très réussis, avec le choix heureux de limiter les images de synthèse au profit de trucages à l'ancienne, maquillages, caoutchouc, etc. D'ailleurs, Natali filme aussi plutôt bien la bizarrerie physique de ses acteurs vedettes, Adrien Brody et Sarah Polley, mise en exergue avec l'apparente pureté du monstre, dont l'aspect est réussi. Bref, il y a donc beaucoup de choses positives, et c'est ce sentiment qui l'emporte malgré l'arrière-goût désagréable laissé par la fin du film. Une fin qui demeure regrettable et où l'on sent bien que le réalisateur a abandonné son navire avant de toucher la côte, ce qui est d'autant plus triste après un périple rondement mené. Bien qu'il ne déroge pas à la règle des fins pourris, problème récurrent de la filmographie de Natali, Splice mérite quand même d'être vu. C'est une semi-réussite plus qu'un semi-échec. Un film dont on préfère retenir les quelques qualités et les bonnes intentions de son auteur.


Splice de Vincenzo Natali avec Sarah Polley, Adrien Brody et Delphine Chanéac (2010)

1 avril 2011

Happy Few

Aujourd'hui nous avons le plaisir d'accueillir une invitée exceptionnelle pour nous parler de ce fameux Happy Few, film français sorti l'an passé et qui a pas mal fait causer de lui. Notre hôte vient tout droit de Normandie, elle répond au doux nom de Nônon Cocouan, et voici ce qu'elle pense du film d'Antony Cordier :

C'est chaud patate. Pas dans le sens où ce serait très osé, même si on voit des fesses et des sexes et des seins en veux-tu en voilà, mais parce que c'est bien mauvais. On ne peut que pleurer devant ce que nous inflige Antony Cordier. C'est affligeant de voir des plans aussi mal cadrés. Ça ne doit pourtant pas être trop compliqué de faire un cadre propre, quitte à ce qu'il soit académique et conventionnel. Ben là non : les têtes sont coupées par le bord du cadre, ou bien on voit un morceau de crâne qui dépasse, ou alors un morceau de cheville, enfin c'est du grand n'importe quoi. Et quand ça a l'air pensé, c'est trop (et mal) pensé justement. Par exemple, un petit plan décadré sur un pied qui vient se poser sur une jambe, genre "matez comme ils sont complices mine de rien"... Quand Cordier se lâche et se laisse aller à des petits mouvements, on a droit à la sempiternelle caméra-portée-gerbante, avec des plans toujours cadrés n'importe comment : Cordier est constant dans sa médiocrité. C'est lourd et c'est moche.


L'Amour selon Antony Cordier

Puis les personnages... Il s'agit donc de deux couples (Marina Foïs/Roshdy Zem et Elodie Merguez/Nicolas Dechauvelle) qui se rencontrent et s'apprécient très vite, très très vite, mais ne croyez pas qu'on va avoir droit à des explications ou des réflexions sur le comment du pourquoi de ces affinités électives, ce serait trop demander. Il faudra se contenter d'un plan - hideux, ça va de soi - sur les quatre échauffés du cul assis autour d'une table, sur une terrasse, un beau soir d'été, en train de se fendre la poire sur fond de musique cool. Ils s'entendent donc super bien, si bien qu'ils finissent par s'échanger sexuellement, la femme de l'un couchant avec le mari de l'autre et réciproquement. Cependant, contre toute attente, il ne s'agit pas d'échangisme, Cordier a bien insisté sur ce point en conférence de presse, il est question "d'attirance interdite", de "liberté", de "droit au plaisir trouvé ailleurs". Voyez ?


Marina Foïs a déclaré que Duvauchelle s'était complètement laissé emporter par la scène et qu'il ne jouait plus du tout la comédie à ce moment-là, elle a même ajouté : "Il m'a ruinée mais j'ai kiffé".

Viennent alors toutes les questions métaphysiques que ces relations impliquent, c'est-à-dire : "- A-t-il un plus gros membre que moi? - Non, non, mais il bande plus longtemps"; "Tu crois qu'ils discutent beaucoup les deux autres ? - Je sais pas, défonce-moi plutôt la raie". Oui, évitons de se poser les mêmes questions qu'Antony Cordier... qui sont autant de questions primordiales, de quoi faire cogiter dans les chaumières. Et alors si on prend les scènes de cul, puisque c'est là que tout se joue... Pas une goutte de sensualité, rien que du cul, pas tellement vulgaire (quoique) mais pas artistique non plus. Du cul mal fait quoi, si mal fait qu'on se demande vraiment comment les personnages font pour y trouver leur compte. Et là le choix des actrices n'est pas très judicieux puisqu'on a peut-être les deux corps féminins les plus laids de tout le cinéma français, c'est pas très ragoutant. Non pas qu'il faille nécessairement se la jouer Closer pour éveiller un quelconque instinct animal, mais là il devient difficile de partager les élans sexuels des personnages quand on a affaire à ça, et surtout, surtout surtout, quand ils sont aussi mal filmés.


Ce que vous croyez être un canapé sous les deux acteurs n'est autre que la verge de Roshdy Zem

Puis il y a vraiment des scènes très moches, comme lorsque Zem, rentrant chez lui après une partie de jambe en l'air avec Élodie Merguez, porte ses doigts à son nez pour vérifier... Non en fait on ne veut pas savoir ce qu'il vérifie. Je suppose que ce type de "détail" se veut révélateur d'une vérité réaliste, d'une crudité... un peu comme quand un film montre une fille pissant accroupie dans la nature, comme ça, gratuitement, juste pour rappeler les vrais besoins de la vie. C'est vrai, c'est fort, c'est Saint Yorre. De la merde.


La chose devient gênante quand Duvauchelle, ayant surpris le couple et, par sa présence, interrompu leurs ébats, aide Roshdy Zem à porter sa propre queue pour la ranger dans son falzar...

Il y a en prime tout un tas de petits trucs très agaçants, censés là aussi faire "vrai", notamment dans les dialogues écrits façon "on parle comme dans la vie, on dit des banalités et autres conneries intersidérales comme dans la vie, et c'est très révélateur" (je me souviens d'un dialogue éloquent lorsque Marina Foïs, ou Elodie Bouchez, peu importe, parle à son amant d'un certain type de bonbon : "...mais si, tu sais bien, les crocodiles, les petits bonbons là !"), quand ce n'est pas directement le récit d'une histoire à crever (voir Jean-François Stevenin qui raconte pendant 10 minutes une histoire dont la morale est, je vous le donne en mille : mieux vaut faire n'importe quoi et être libre que rester sage et s'emmerder. Vous noterez la subtilité de la parabole en écoutant son histoire à coucher dehors si vous tombez par hasard sur le film à la TV). Tout ça est largement agrémenté de situations aussi convenues les unes que les autres, comme quand Zem et Merguez écoutent du Piaf avec des petits écouteurs (ils ont un Ipod, ils sont modernes, ils écoutent sur des petits écouteurs, ils sont reliés, ils écoutent du Piaf, ils sont sensibles. Wouah). Et je n'ai même pas parlé de cette scène insondable et interminable où l'un des couples (Duvauchelle et Bouchez, qui travaillent dans un gymnase) fait écouter à l'autre couple, via leurs téléphones portables et peu soucieux de leur facture de mobile, les bruits que font les gymnastes sur les agrès et en sautant sur les tapis de sol, comme pour être en symbiose avec eux, à distance. Et le deuxième couple rend la pareille au premier en leur faisant écouter par mobile interposé une course de F1 à la télé. Faut le vivre ça, faut le vivre !


Photo de la séance de casting : voila ce qui arrive quand on demande au très pragmatique Nicolas Duvauchelle d'interpréter un personnage qui a "la tête dans le cul"

Le film fait de suite penser au Peindre ou faire l'amour des Larrieux, qui montraient avec combien plus de finesse et de sensualité ce que les corps peuvent évoquer comme désir et comme complexité. Pourtant les corps en question n'étaient pas des canons de beauté, mais ils donnaient quand même bien envie d'aller faire un petit tour à la campagne. Car dans les deux films il est question d'une sorte de retour à l'état de nature, même si les aspects de ce retour ne provoquent pas du tout les mêmes sentiments. Pour conclure, on peut spoiler la fin du film et dire qu'il se sabote tout seul. Dans la dernière partie deux des quatre amants découvrent avec horreur et fracas que les deux autres avaient eu une aventure adultérine secrète bien avant les échanges mutuels et consentis du début du film, ce qui fait basculer cette histoire de soi-disant liberté épanouie vers un merdier incestuo-sentimentalo-dramatique encore plus pitoyable.


Happy Few d'Antony Cordier avec Marina Foïs, Roshdy Zem, Nicolas Duvauchelle et Elodie Bouchez (2010)