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26 février 2025

L'Enfant du paradis

Premier film DE et AVEC Salim Kechiouche, je ne pouvais pas le louper, moi qui ai toujours été ensorcelé par cet acteur au charisme dingue croisé à plusieurs reprises chez Abdel Kechiche. On pourra d'ailleurs dire ce que l'on veut du réalisateur de La Graine et du Mulet, force est de constater qu'il a inspiré certains de ses acteurs de façon évidente, pour des passages derrière la caméra au moins encourageants et parfois couronnés de réussite. Je pense bien sûr aussi à l'excellente Hafsia Herzi, dont les films personnels portent la marque du cinéma de Kechiche. Mais je ne vais guère m'aventurer plus loin sur ce terrain forcément glissant. Pour son premier long, Kechiouche choisit de nous narrer les déboires d'un acteur qui tente de reprendre sa vie en main après une période que l'on imagine difficile car marquée par l'addiction à la drogue et les conflits familiaux. 




Resserré sur 1h13, le film nous amène dans la cité d'origine du dénommé Yazid, sur ses tournages, chez sa nouvelle meuf, chez son ex et son fils, et nous permet ainsi de bien saisir la vie passée et actuelle d'un gars toujours sur la brèche. On ne peut que déduire la part autobiographique du film tant le jeu de l'acteur-réalisateur paraît naturel et sincère (il faut le voir jouer le mec bourré, c'est une petite masterclass à montrer dans toutes les écoles de comédiens), lui qui ponctue son œuvre de nombreux extraits de vidéos familiales et intimes où nous le voyons, minot, amuser la galerie. Ces passages nous aident à cerner le personnage, à mieux identifier ses zones d'ombre (quid de la figure paternelle, toujours absente ?). On comprend les griefs de sa nouvelle petite-amie (impeccable et très belle Nora Arnezeder), qui n'hésite pas à le placer face à ses démons pour lui faire comprendre qu'il doit se réconcilier avec lui-même et sa famille avant de se projeter dans un futur radieux en sa compagnie. C'est l'une des scènes fortes d'un film qui en compte quelques-unes, porté par des acteurs tous excellents et une mise en scène délicate, au plus près des situations, qu'elles soient tendues ou apaisées. On pourra regretter qu'il n'y ait pas davantage de scènes chez la grand-mère, personnage adorable, authentique, au parlé mélodieux. Ses petits-déjeuners, faits de crêpes traditionnelles algériennes, préparés avec un amour infini pour son petit-fils, filent tout simplement la bave aux lèvres (j'avais ressenti un peu la même chose devant La Passion de Doddin Bouffant, de la première à la dernière minute ou presque, car les choses se gâtent un peu à la mort de Binoche - désolé pour le spoiler mais à la fois, je préfère vous préparer). Notons enfin l'apparition remarquable de Zinedine Soualem, dans le rôle du futur beau-père de Kechiouche. Toujours un plaisir de croiser la longue tronche de Zizou Soualem ailleurs que dans un Klapisch. Je précise toutefois qu'il a l'air chaud à gérer en tant que beau-père. Il est intimidant, avec ses regards noirs et sa chemise cintrée beaucoup trop petite pour lui. L'Enfant du paradis est donc un assez beau premier film, que je recommande aux nombreux fans du beau brun ténébreux d'origine algérienne.




L'Enfant du paradis de Salim Kechiouche avec Salim Kechiouche et Nora Arnezeder (2023)

5 avril 2011

Le Nom des gens

Je viens de voir ce film qui compte parmi les grands lauréats des Césars et qui m'intriguait non seulement par son titre mais par son ambitieux projet de "comédie politique". Trop ambitieux sans doute puisque le résultat est lamentable. Concernant le premier terme du projet, "comédie", on peut faire une croix dessus. Le film n'est jamais, je dis bien jamais drôle. J'imagine qu'il en aura fait marrer quelques uns, dans les salles de cinéma les plus enthousiastes, heureux de se reconnaître dans l'un des portraits pathétiques et archétypaux de français moyens que Michel Leclerc, le réalisateur, affectionne tant. Peut-être fera-t-il de même marrer tel autre engagé politique du dimanche ravi de retrouver Jospin dans son propre rôle au détour d'un caméo sans intérêt. Mais en vérité il n'y a, m'est avis, strictement rien de marrant dans ce film, strictement rien d'agréable, de plaisant, de piquant, de fin : peau de balle. Donc je n'ai certainement pas maté, en ce qui me concerne, une comédie. Côté politique, force est de constater que le film aborde le sujet, mais de quelle façon ?


J'ai passé les vingt minutes que dure la terrible intro du film à me dire que Zinedine Soualem a l'air fatigué, peut-être déçu par la vie et le cinéma, et franchement ça me fait de la peine...

Le début du film est une véritable épreuve. Normalement ça peut suffire à dégoûter n'importe qui du cinéma. Le début, chez Michel Leclerc, ça dure 20 minutes. L'intro, qui dure donc, je le rappelle même si je l'ai dit il y a une phrase, mais il faut bien en avoir conscience, 20 longues minutes, retrace tout le "parcours" des deux personnages principaux, qui ensuite finiront par coucher puis par s'aimer. Qui sont-ils ? Lui c'est Arthur Martin (Jacques Gamblin, vraiment de plus en plus présent dans des films qui ne le méritent pas et nous le rendent ingrat), la quarantaine, travaillant dans un laboratoire de santé publique, célibataire, lisse, dernier jospiniste en activité. Il porte le nom le plus répandu en France, tout le monde lui parle des cuisines Arthur Martin dès qu'il se présente et encore il a de la chance parce qu'à sa naissance ses parents ont hésité à l'appeler Jacques (c'est la plus grande vanne du film, répétée vingt-six fois). Elle c'est Bahia Benmahmoud, 25 ans, la seule en France à porter ce nom (on nous le répète aussi une trentaine de fois), elle porte des après-ski roses aux pieds jour et nuit et suce des sucettes 24h/24, par ailleurs c'est une abrutie et une "pute politique bénévole" (sic.) qui a décidé de passer sa vie à baiser avec des enfoirés de droite pour essayer de les convertir à la gauche. Pourquoi ? Parce qu'elle s'est fait violer quand elle était petite par son professeur de piano, et comme un jour elle entend dire à la télévision que les victimes de pédophiles reproduisent ce qu'ils ont subi et que la plupart des prostituées ont été victimes d'abus sexuels dans leur enfance, la jeune femme se retrouve au pied du mur avec pour seules alternatives d'avenir la pédophilie ou la prostitution, c'est la télé qui l'a dit. Un personnage qui en arrive à une telle conclusion, même dans un film soi-disant comique, donne des envies de meurtre. Du coup Bahia choisit de se vouer à une carrière de pute. Voilà pour les personnages, qu'on a tout de suite une folle envie d'aimer.


Jacques Gamblin à côté de son double adolescent. Ce genre de scènes, dignes des pires pubs pour des banques à la con, sont légion dans le film, qui n'a pas fini de vous achever.

L'intro raconte tout ça en partant des parents des deux personnages et de leur propre naissance, avec des images en N&B pour lui et en Super8 pour elle (car il est plus vieux --> flinguez-moi...). La grosse idée pour ces flash-backs c'est que le personnage de Gamblin est incapable d'imaginer son père jeune, incapable aussi de trouver une photo de l'époque pour stimuler son cortex cérébral arrêté au point mort, du coup dans le flash-back on voit un vieillard (son père tel qu'il le connaît) épouser une jeune femme (sa mère jeune telle qu'il parvient en revanche à l'imaginer), et ça on sent que c'est une idée qui tenait à cœur aux scénaristes, le réalisateur lui-même et sa femme (qui, pour fêter son César conjugal, a passé toute l'émission des ciné-passionnés de Serge Moati à zieuter le beau cul d'Edgar Ramirez ! Je dis ça mais j'en aurais fait autant !). On sent que c'est une idée qu'ils ont notée dans une marge de leurs carnets de note, surlignée au stabylo rose, puis placardée sur la porte de leurs chiottes à l'aide d'un post-it afin de ne surtout pas l'oublier. Mais le plus fort, c'est que les deux héros du film, tels qu'ils apparaissent dans le récit principal, actuel, au présent, entrent dans l'image de leurs souvenirs et y côtoient leurs doubles du passé pour dialoguer avec eux-mêmes par-delà les années, et principalement pour s'adresser à la caméra et tout commenter avec un soi-disant humour à crever qui ferait se retourner Woody Alien dans sa tombe (s'il était mort) et qui nous inspire vraiment beaucoup de questionnements sur les deux êtres humains qui ont écrit ce torchon entre deux épisodes d'Un dîner presque parfait. Car ce que nos héros commentent en l'occurrence c'est une somme tuante de clichés : lui est né de parents bourgeois de droite, sa mère a réchappé à la Shoah et son père a fait la guerre d'Algérie dans l'armée française, et ils n'aiment pas les gens, uniquement leur confort matériel ; l'autre est née d'un père arabe serviable dont toute la famille est morte tuée par l'armée Française en Algérie et d'une mère soixante-huitarde communiste excitée et libérée, pleine de convictions démagogiques et anti-tout, qui accueillent tous les clochards de la ville chez eux... Y'a vraiment de quoi nous envoyer au trou. C'est crevant intellectuellement...


Jamel Jospin a abandonné la vie politique une seconde fois en voyant cette scène à l'UGC des Halles le mercredi de la sortie.

Ce type de mise en scène, qui se veut osée et originale, et qui n'est qu'un sommet de facilité et de banalité doublé de laideur et de maladresse, dans la droite lignée du Jean-Pierre Jeunet d'Amélie Poulain, cet humour piteux, ces raccourcis narratifs, ces personnages puants à la fois ultra stéréotypés et complètement improbables, et la présence de Jacques Gamblin, tout ça fait parfois penser au triste Le Premier jour du reste de ta vie, en moins répugnant peut-être mais en tout aussi con. Que Sara Forestier ait remporté le César de la meilleure actrice pour ce rôle qui lui a demandé d'interpréter une vraie conne m'importe peu, mais que les scénaristes de ce film, Michel Leclerc lui-même et sa femme Baya Kasmi (on sent bien l'autobiographie planquée derrière tout ça, ou plutôt on la redoute et on ne l'espère pas), aient remporté le César du meilleur scénario original pour ce truc, ça me laisse pantois.

Il se trouve que j'ai des liens familiaux ultra éloignés avec Sara Forestier. On n'est ni cousins, ni issus de germain, mais de loin en loin on a un lien. Aussi je lui dis tout de même bravo !


Le Nom des gens de Michel Leclerc avec Jacques Gamblin et Sara Forestier (2010)

8 juin 2008

JCVD

Gare à vous, on tient là une perle de cette année 2008. Comme le laissaient présager les extraits du film qui nous arrivaient depuis un certain temps ou les merveilleuses interviews promotionnelles de Jean-Claude Van Damme, fort d'un charisme éblouissant et d'une pléiade de clins d'œil ravageurs à des journalistes tétanisés, ce JCVD tant attendu est un grand film.

L'acteur karatéka Belge aux mille facéties interprète son propre rôle, celui d'un homme parti à Hollywood, devenu une grande star mondiale, et aujourd'hui réduit à enchaîner les petits rôles minables dans de sombres productions Bulgares pour joindre les deux bouts et assumer un divorce difficile qui va lui coûter sa fille, lasse qu'on se foute d'elle à l'école à la moindre rediffusion télévisuelle des joutes verbales insensées que son paternel accumulait généreusement alors qu'il était drogué jusqu'à l'os devant des journalistes sans scrupule.



Mais ne vous détrompez-pas, si Van Damme joue Van Damme, ou Jean-Claude Van Varenberg de son vrai nom, nous avons néanmoins affaire à une fiction. En effet, par le biais d'une construction très fluide et largement profitable au récit, et à travers divers chapitres, différents points de vue ou plusieurs changements de lieu et de temps, nous est contée l'histoire d'un Van Damme revenu à la source, en Belgique, pour remettre les pendules à l'heure, et qui va être pris dans un braquage malheureux. Après un tournage difficile sous les ordres d'un réalisateur abruti et indifférent aux problèmes de la star sur le déclin (séquence "film dans le film" qui n'est autre que l'époustouflante ouverture de JCVD, dans laquelle on voit l'acteur dans son registre, massacrant à toute allure toute une armée de malfrats dans un plan séquence du tonnerre), après avoir vu un rôle à sa portée lui passer sous le nez au profit de Steven Seagal, après s'être résolu à l'idée que John Woo l'a définitivement oublié, lui à qui il a permis de venir travailler aux États-Unis et qui y a rencontré grâce à lui un immense succès, après avoir entendu sa petite fille déclarer à un juge qu'elle ne voulait pas rester avec son père, après bien d'autres embuches encore, Van Damme rentre au pays. Il vient d'accepter un rôle miteux que son agent lui a proposé sans même avoir lu le scénario en question. Il a besoin de cash, de liquidités. Et c'est pour ça qu'il va entrer dans une poste, en Belgique, après s'être excusé auprès d'une chauffeuse de taxi énervée, et après avoir fait des photos avec deux fans dans un vidéo-club, toujours serviable et modeste. Mais dans cette poste a lieu un braquage dans lequel Van Damme va se jeter tête la première, pour finalement non seulement faire partie des otages, mais devenir aux yeux du pays et au service des braqueurs le supposé preneur d'otages.

Tel est le point de départ du film. Or, laissez-moi vous le dire, il s'agit d'un grand film. Et c'est d'abord parce que nous avons là un grand acteur. Van Damme a vieilli, il porte sur lui-même un regard absolument lucide et intelligent, il a un regard sagace sur sa carrière, pleinement conscient de ce qu'il est, de ce qu'il a été, et donc de ce qu'il est devenu. Il a 47 ans et il est à son sommet. Première des choses, il est devenu extrêmement beau. Il a toujours eu une certaine présence mais ici elle est plus irradiante que jamais. Van Damme crève l'écran, qu'il parle ou non, qu'il se batte ou reste assis, son charisme est fulgurant. Force est de constater qu'il s'agit bien là d'un immense acteur. Dans ce film, impossible d'affirmer le contraire, même en faisant preuve d'une mauvaise foi sans borne, il déploie un talent d'acteur, un "acting" comme il dit, totalement sidérant. Il joue tout, il incarne tout, et sans la moindre difficulté apparente. C'est un grand, un très grand acteur que nous découvrons grâce à ce film.



Mais ça n'est pas tout. Ce film, contrairement à ce que présuppose son titre, n'est pas qu'un acteur. Dans le sens où l'acteur n'est pas seul impliqué dans la réussite de l'œuvre. Et dans ce sens-là uniquement. Car il faut bien le dire, sorti de ces considérations, le film est, ni plus ni moins, l'acteur. Il est bâti à son image, et c'est un mérite ô combien vertueux. C'est en effet une œuvre brillant, qui alterne un humour très efficace et une langueur émotionnelle poignante. Comme son acteur, ce film sait parfaitement ce qu'il est, signe d'une grande intelligence. On jongle entre cette biographie fascinante et une fiction dont la cocasserie est clairement assumée et revendiquée. C'est un va et vient permanent entre grandeur et décadence, de l'action pure et dure, brutale et saisissante, à une réflexion soutenue et interminable, ardue et passionnante, un questionnement sans relâche quant au métier d'acteur, au jeu des apparences, à l'existentialisme. La photographie du film, très à la mode (à base d'atténuation des couleurs vives, d'augmentation des gris et du marron, de saturation éblouissante des blancs) chez Spielberg notamment, qui en fait son cheval de bataille depuis près de 5 films, trouve ici tout son sens: c'est toute une imagerie à la mode au service d'un minable petit braquage au fin fond de la Belgique. Qui plus est ce style donne un côté vieillot, délavé, au film, typique de ces mornes villes pauvres telles que les cinéastes Belges se tuent à nous les dépeindre depuis des années. Cet aspect de morne banlieue qu'affichaient bien des films indépendants américains dans les années 70. On pense bien entendu à Un après-midi de chien de Sidney Lumet, qui racontait si brillamment un braquage foiré, et que JCVD pastiche d'une certaine façon, avec un Zinédine Soualem grimé, perruque à l'appui, en John Cazale. Le personnage de Soualem est d'ailleurs l'antithèse, l'autre pendant, de celui de Van Damme. Là où notre héros joue pleinement son propre rôle, Soualem, à force de peau blanchie, de perruque aux cheveux raides, et de méchanceté pure et dure, presque invraisemblable, est l'emblème du pur personnage de fiction, de la pleine création, du parfait imaginaire. À la réalité répond la fiction. Et à la fiction répond la réalité quand à la fin du film, Van Damme, utilisé comme bouclier humain par un des braqueurs, avec une balle dans le bras, se défait de son ravisseur d'un sublime coup de pied retourné avant de lever les bras au ciel acclamé par la foule, pour se réveiller soudain de cette rêverie insensée, toujours braqué par le dernier des preneurs d'otages, dont il se défait d'un banal coup de coude dans le ventre avant de voir les forces de police maîtriser le criminel.

Et puis l'histoire est finie, Van Damme va quand même aller en prison, condamné pour extorsion de fonds, lui qui avait demandé au commissaire (interprété par François Damiens, formidable acteur belge déjà croisé dans Dikkenek ou Cowboy), qui le prenait pour le braqueur de la poste un virement d'un million d'euros sur le compte de son agent, histoire de rendre plus crédible l'idée selon laquelle l'acteur Van Damme, au bout du rouleau, aurait pu commettre cette sombre prise d'otages. Mais après ce purgatoire, et c'est le dernier plan du film, Van Damme voit sa fille, au parloir, prête à le pardonner ou plutôt à se faire pardonner. Il s'est racheté une réputation et une autorité, en même temps qu'il a remis les pendules à l'heure.



C'est un très grand film auquel nous avons droit. Un film d'une rare et si précieuse intelligence, et surtout d'une prodigieuse liberté. Un film qui a su très intelligemment se façonner à l'image de l'acteur qu'il raconte. À mi-chemin entre le rire et la détresse, l'action et la réflexion, la fiction et la réalité. Un film superbement inspiré, qui va du plan séquence brutal sans concession où l'acteur fait son métier, bastonnant majestueusement des armées entières comme il sait encore le faire à 47 ans, à un autre plan séquence de huit minutes, où l'acteur fait son métier, et en plein film, s'élève soudain bien au-dessus des bassesses du plateau pour se percher parmi les projecteurs et analyser son parcours, sa situation, sa condition, dans un monologue aussi déconcertant que palpitant où le bel et puissant athlète se laisse aller à pleurer pour mieux dire sa vérité. Film d'action drôle et efficace aussi bien que méditation, distanciation Godardienne, et émotion pure. Voila ce qu'est JCVD, c'est un grand film.


JCVD de Mabrouk el Mechri avec Jean-Claude Van Damme, Zinédine Soualem et François Damiens (2008)

7 mai 2008

Chacun cherche son chat

Après le succès planétaire du Péril Jeune, Cédric Klapisch se voit confier dès l'année suivante la réalisation du très fameux Un Air de famille, co-écrit par le duo Baoui-Jacri. Klapisch ne supporta sans doute pas d'être réduit au rang d’exécutant, d'homme à tout faire, de simple nom sur une affiche, de connard assis à rien foutre derrière un combo pendant que Bacri, Jaoui et Darroussin faisaient de leur côté un film qui leur ressemblait, un assez bon film, très éloigné de celui qui est censé l'avoir réalisé, Klapisch, lequel a en réalité passé tout le tournage dans sa maison de campagne du Lubéron, à péter dans la soie entouré de ses chats. Alors il décide d'écrire et de tourner un film, son film, un film qui lui ressemble et dont il puisse tirer les ficelles tout seul. C'est pourquoi en 1996, année faste, Cédric Klapisch tourne simultanément deux films. Enfin ça c'est ce que racontent les journaux et wikipédia. Lui, dans les faits, il ne tourne qu'un film, le sien propre, qui aura pour judicieux titre Chacun cherche son chat.



Oubliez Une Nuit de chien de Werner Shroeter. Effacez de vos mémoires Chiens enragés de Mario Bava, sans oublier de jeter dans le même sac le Chien enragé de Kurosawa. Inutile de repenser au Chien du Rajah de Murali Nair. Éradiquez Un Après-midi de chien de Lumet de vos pensées, ne pensez plus non plus au Chien andalou de Bunuel et n'allez pas voir Entre chiens et loups d'Alexandre Arcady au cinéma, vu que de toute façon il n'est pas dans les salles. Oubliez que vous êtes allés voir au cinoche Chien des neiges de Brian Levant un soir de grandes pluies. Vous avez peut-être eu la chance de voir Les Chiens de paille de Peckinpah, auquel cas ne le dites plus à personne. Enfin si Le Chien, le Général et les Oiseaux de Francis Nielsen était votre dessin animé préféré quand vous étiez petit, faites une croix dessus. Même chose pour Le Chien jaune de Mongolie de Byambasuren Davaa, ou encore pour le moins tendre Viande de chien de Carlos Siguion-Reyna. Pire, ne songez même pas au misérable Entre chiens et teucha de Michael Lehmann, ici il ne s'agit que de chats et rien que de chats.



Encore une fois, et après avoir si vaillamment dénoncé les retards des trains TER et TÉOZ dans son premier court métrage Ce qui me meut, Cédric K. s'attaque aux sujets les plus chauds. Ayant déjà frappé d'un grand coup de poing sur la table pour dénoncer la tyrannie exercée par un professorat litigieux sur une communauté étudiante vouée à l'échec, habillée chez Conforama, créchant dans des taudis et volontairement crasseuse dans Le péril jeune, Klapisch se concentre ici plus précisément sur la question des chats, de la difficulté d'élever des animaux domestiques en ville, sur les pressions exercées par nos concitoyens - plus nombreux qu'on ne croit - démunis d'amour pour les bêtes, qui, après s'être ramassés un beau matin la gueule dans les merdes de chats de leurs voisins en allant travailler, sont condamnés à deux mois d'hôpital pied dans le plâtre, perdent leur emploi et décident de se liguer pour organiser des chatonnades, ces événements lugubres lors desquels les plus sectaires et les plus réac' des résidents de la Capitale se réunissent encagoulés pour aller bastonner des chats. Enfin le film de Klapisch s'attarde sur la question de la difficulté de créer des élevages de plus de 200 chats dans des immeubles insalubres du 5ème arrondissement. Autant de questions de société que soulève une bonne fois pour toutes un Cédric Klapisch décidément plus concerné que jamais par son époque. On peut légitimement parler de film définitif sur la recherche d'un chat qu'on a perdu, et c'est un tour de force de Klapisch quand on sait combien le propos est à la fois vaste, inépuisable et sujet à caution.



Au départ ce film devait être un court métrage. C'était l'histoire d'une fille qui perd son chat : elle descend dans la rue, cherche dix minutes, pas moyen de foutre la main dessus, elle remonte et finalement elle le retrouve coincé dans la porte d'entrée de son appartement, la tête figée dans une expression de douleur atroce, les oreilles couchées, l'œil écarquillé, la gueule grande ouverte d'où pend une langue bleue longue comme la main. Les deux pattes avant dressées sous le menton, raides comme la justice, griffes sorties en direction de la cage d'escalier. La fille se rend compte que le chat n'était pas du tout perdu, il pionçait bien gentiment sur le canapé à côté d'elle. Ne l'ayant pas vu elle est partie à sa recherche et le chat, voyant sa maîtresse sortir de l'appartement, a entrepris de la suivre, mais c'était sans compter sur un courant d'air vicieux et sur la vélocité avec laquelle la jeune fille devait claquer sa porte pour vite prendre les escaliers quatre à quatre. Le chat est resté là, complètement mort, l'abdomen écrasé entre la porte et le mur, les côtes réduites en cendres, l'estomac éclaté, le milieu du corps réduit à une épaisseur dérisoire de quelques millimètres, tandis que l'arrière du corps est demeuré totalement inerte lui aussi, affaissé, comme dans l'attente qu'on daigne rouvrir la porte pour permettre aux poumons de se remplir à nouveau et au reste du corps de rendre les armes dignement. Bref en somme le chat est complètement rétamé dans la porte et la jeune fille le regarde sans comprendre. Générique !



Mais poussé par un producteur enchanté et une équipe technique fiévreuse de sortir du chômage pour un peu plus de deux jours, Klapisch, fort de milles nouvelles idées de chats perdus, a rallongé son court pour en faire un long métrage, tout en gardant son premier sketch en guise de conclusion tragique à son chef-d'œuvre. Quand ils sont passés le voir sur le plateau, J-P. Bacri et A. Jaoui ont aussitôt appelé leur producteur pour lui demander de retirer le nom de Klapisch des affiches de leur film Un air de famille, ce qui pour d'obscures raisons de copyright ne s'est jamais fait. Les relations entre Jabac, le couple de dialoguistes le plus huppé du Tout-Paris, et le grand magnat du film choral parisien sont désormais au beau fixe puisqu'ils ne se fréquentent plus. Avec ou sans eux Klapisch a signé son film, et il fait bien une plombe trente comme c'était écrit dans le cahiers des charges. Du début à la fin le film raconte des histoires de chats perdus puis retrouvés, qui n'ont aucune sorte de liens les unes avec les autres, et on marche à fond dans son trip.

C'est d'abord Zinedine Soualem qui cherche son chat dans un plan séquence de dix minutes. On se surprend à ne jamais s'ennuyer devant ce grand acteur qui, demeurant au beau fixe fièrement assis sur son sofa devant une télé clairement éteinte, appelle son chat prénommé pour l'occasion "Djamel", hurlant son nom à tue-tête, en penchant vaguement la tête vers la cuisine, la chambre, le couloir, l'œil joueur d'abord, puis légèrement inquiet. Après dix minutes et pour conclure un plan séquence tout en travellings circulaires autour du sofa, Zinedine Soualem, impérieux, se lève enfin et décide d'aller jeter un œil sur les toits malgré son vertige, pour retrouver son chat. Sa quête, qui dure vingt minutes mais qui nous vaut des plans magnifiques sur les hauteurs de Paris, se solde par un échec, et Zinedine Soualem rentre chez lui en claquant la porte. Il fait un dernier tour du proprio et s'exclame à la cantonade : "Moi j'arrête de chercher Djamel j'te préviens, je laisse pisser. Je te mets des croquettes à la merde dans ta gamelle pour quand t'auras fini de jouer". Puis l'acteur se poste debout devant son téléviseur, manifestement choppé par un programme que Klapisch ne nous dévoile pas (mais on devine au son qu'il s'agit du premier kourtrajmé de l'auteur, Ce qui me meut, effectivement aussi court que captivant). Quand il se retourne enfin pour aller s'asseoir quand même, Zinedine découvre sous lui, là où était posé son cul emmitouflé dans un jogging Quechua vert et rose, son chat, dont le visage est relativement chiffonné, et dont les pattes avant sont à ce point écrasées que l'on devine qu'elles se chevauchaient quand Zinedine Soualem a décidé de venir s'asseoir là : la patte droite, originellement posée négligemment sur la gauche, est encastrée dans cette dernière, les deux pattes étant comme soudées l'une à l'autre au niveau des articulations dans un geste de croix mortuaire qui ne laisse planer aucun doute sur l'issue tragique du chat, étouffé et aplati par le cul de son innocent de maître, le pauvre Soualem.



Et puis c'est au tour d'Hélène de Fougerolles, Marine Delterme, Marilyne Canto et Renée Le Calm, quatre sœurs jumelles (on passera sur les choix de casting de Cédric Klapisch, tapez Renée Le Calm dans google et vous comprendrez) qui n'ont de cesse de chercher leur chat. Elles fouillent tout le 5ème arrondissement à la recherche de leur animal si cher. Et puis elles finissent par le retrouver sur le toit de leur immeuble. Leur con de chat est monté là et ne sait plus redescendre, il attend terrorisé sur le bord de la corniche. Les quatre sœurs grimpent sur le toit par une trappe et récupèrent le beau chaton. S'ensuit une dispute à qui prendra le chat dans ses bras la première pour lui faire un gros câlin. Et le spectateur sent bien venir le couac, il sent bien le malheur se profiler à l'horizon, comment s'en garder après avoir assisté impuissant à la mésaventure de Zinedine Soualem, qui a donné le ton du film. Et les quatre sœurs ne veulent pas voir le drame se rapprocher. Et tirant chacune sur une des quatre pattes du maudit matou, arrive ce qui devait arriver... Et l'on a déjà mal au cœur depuis cinq minutes quand ce qu'on imaginait sans y croire se produit enfin, quand on voit le chaton éclater dans un bruit sourd comme un oreiller chargé de plumes. Et Klapisch, inspiré, croit bon de filmer dans un panoramique lent et éprouvant sur les toits de Paris les poussières blanches et rouges du petit chat explosé volant aux quatre vents, déportées par les courants d'air pollué parisiens.



Je passerai sur une séquence morbide de plus et sans grande nouveauté dans laquelle Camille Japy, après avoir passé une soirée toute seule dans son petit appartement à fumer du spliff devant la télé, se réveille au petit matin, inquiète de ne pas trouver Victoire, sa petite chatte, pour finalement l'apercevoir par hasard coincée derrière le radiateur, écrasée dans un espace large comme deux doigts, complètement cramée, fumante, un gros bédot collé aux coins de la gueule. Voilà une séquence onirique qui vaudra à Cédric Klapisch les foudres des maîtres du genre, j'ai nommé la rédaction au complet de Mad Movies, le grand magazine du fantastique et du lexique du cinéma réinventé à chaque page. Avec cette scène, Klapisch aurait voulu rendre hommage au singe clamsé derrière un radiateur de Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle) d'Arnaud Desplechin, pourtant sorti deux mois après la même année.



Dernière scène éloquente, avec Romain Duris s'il vous plaît, qui pendant près de 45 minutes de film cherche son chat en courant dans toute la ville, partant de l'Arc de Triomphe pour arriver devant la tombe du Soldat Inconnu une rose rouge à la main dans un parcours identique à celui de François Mitterrand en son temps (Libé a titré à la sortie du film: "Klapisch nous tire des larmes de malade"), pour enfin retrouver son chat, pourtant coincé dans son impénétrable tignasse, étouffé par une touffe de cheveux sales et gluants enfoncée dans sa petite gorge jusqu'aux profondeurs de son minuscule intestin grêle.



Le film a été primé à Berlin en 1996 où il a reçu le Prix de la Critique Internationale, section panoramique, pour le panoramique sur les entrailles du chat éclaté s'envolant sur les toits de la ville de Paris, qui sera à l'origine d'un nouveau terme de cinéma : "Panotragique". Cette même année Anouk Grinberg a remporté l'Ours d'Argent de la meilleure actrice pour Mon homme avant de déclarer sur scène : "Je regrette d'avoir commis autant de films quand je découvre que le cinéma peut être cela, quand je termine devant des films comme celui de notre ami". Une minute après l'Ours d'Or revenait à Raisons et sentiments de Ang Lee, grand ami de Takeshi Kitano, qui déclara vouloir cesser de faire des films et d'en voir après avoir serré la main de Klapisch.



Le film a aussi remporté le prix Martini & Rossi 1996, qui, rappelons-le, étaient deux grands criminels devant l'Éternel qui ont croupi dans les geôles de la plus grande prison du monde après avoir créé ce festival clandestin. Ce prix est remis chaque année dans la prison d'Alcatraz aux artistes que le jury de taulards considère comme le plus potentiellement coupables de crimes contre l'humanité. Le président du jury cette année-là, un certain Manuel Munz, avait déclaré en remettant le prix (des menottes dorées à l'or fin) à un Klapisch enchanté : "Vous êtes probablement l'artiste, cette année, dont on peut penser qu'il aurait de toute évidence commis des atrocités ou autres violences et barbaries sur personnes jeunes et âgées s'il n'avait pas eu son art comme exutoire où détendre ses nerfs, félicitations et à l'année prochaine !". Chacun cherche son chat a donc remporté le 12ème Grand Prix de la fondation Martini & Rossi pour le cinéma. L'heureux lauréat de ce prix, attribué par une cinquantaine de taulards, se voyant remettre une somme substantielle pouvant aller jusqu'à 200 000 francs (30 490 euros), nous savons désormais d'où provenait l'argent sale puis blanchi qui a ensuite permis à Cédric Klapisch de produire les Branlettes Espagnoles et autres Poupées Russes, dont les titres révélèrent à demi-mot l'origine des mécènes de notre Klapisch national, mécènes détenus à Alcatraz jusqu'à nouvel ordre.

Klap' de fin.


Chacun Cherche Son Chat de Cédric Klapisch avec Garance Clavel, Zinedine Soualem et Romain Duris (1996)

18 mars 2008

Paris

Fête du cinéma oblige, nous sommes allés le voir. Il fallait aller au cinéma, profiter de la réduction, et notre choix s'est porté sur ce film. Nous avons longuement hésité entre celui-là et 10000, le film de Roland Emmerich. Klapisch ou Emmerich ? Emmerich ou Klapisch ? Voilà deux metteurs en scène dont on se délecte. Choisir Emmerich c'était payer pour voir des mammouths numériques courser des paysans du paléolithique souffrant de rages de dents, citoyens lambdas de l'âge de pierre pour qui le dilemme de chaque jour n'était pas de savoir s'ils allaient faire les courses ou si ça pouvait attendre le lendemain mais bien de savoir s'ils parviendraient comme la veille à sortir vainqueurs de leur féroce combat contre 15 mammouths remontés comme des pendules. Choisir Klapisch c'était payer pour voir un film choral idiot. Le choix s'est porté sur le second. Entre Camilla Belle vêtue de peaux de bêtes dans un film sur les Léopards de la préhistoire, et Juliette Binoche fumant du splif dans un appartement trop grand, nous avons fait notre choix.



Et sans le regretter. J'ai rarement autant ri au cinéma. Il s'est passé un truc assez rare. Ce film c'est une comédie dramatique : comprendre un petit drame dans lequel on rit quelques fois. Or nous nous sommes énormément marrés entre les scènes faites pour ça, pendant le drame en clair. C'est ce genre de film tellement profondément raté qu'il en devient génial. J'en veux pour preuves plusieurs scènes impliquant Romain Duris, qui joue le rôle d'un jeune danseur dont le cœur bat de l'aile et qui va mourir. Comment ne pas se marrer devant ces scènes, aperçues dans la bande annonce, où il annonce à sa sœur qu'il va y passer en murmurant avec une gueule que lui seul peut tirer : "Je te dis que je vais bientôt crever, et toi, tu m'engueules putain...", ou encore quand il sermonne sa sœur sur leur balcon en poussant dans un long râle: "Profiiiiiiite putain...". Que dire de ce plan magnifique où Duris, pourtant mourant, reste sur son balcon sous un torrent de neige. Sans parler de la fin, quand il est vautré dans le taxi qui l'amène à l'hôpital et qu'il regarde le ciel par la fenêtre comme un vieux clebs. Grandes scènes. Grandes scènes pendant lesquelles la salle restait de marbre tandis que nous riions de bon cœur. Il est d'ailleurs arrivé que certains se marrent avec nous sans trouver ça drôle, le rire étant parfois communicatif.



Et puis durant les séquences supposées drôles, et je dis bien supposées, la salle s'esclaffait comme un seul homme. Qu'on m'explique ces gens qui meurent de rire quand Luchini raconte à son frère le texto qu'il a envoyé à sa jeune étudiante (Mélanie Laurent) et dans lequel il s'est fait passer pour un camarade de classe en écrivant : "T'es tro belle, j'te kiffe trop grave". Cet extrait, loin d'être drôle, était entièrement dans la bande annonce. Du coup toute la salle l'avait déjà vu 101 fois. Et pourtant le public était plié en quatre. Dramatique comédie...



En tout cas ce film restera pour moi un grand souvenir. À ranger aux côtés d'un Fauteuils d'orchestre. Ces films que l'on ne saurait noter. 1 sur 10 ou 10 sur 10 ? Ces rares films à la fois terriblement mauvais et du même coup affreusement drôles. Klapisch tente tout ici, et c'est en tout cas son meilleur film à ce jour, de loin. Il tente tout, le film n'en finit pas, et d'ailleurs il ne finit pas, il s'arrête pour des raisons de délais de tournage mais il pourrait rajouter 2 plombes de film sans qu'on s'en aperçoive, et on les accueillerait avec le sourire. Ce bon Klapisch a même introduit des séquences tirées des rush de La graine et le mulet qui n'ont rien à voir avec son histoire, puis un court métrage complet tourné en 2D avec Cluzet dans le rôle principal. Son film n'a ni début ni fin, ni queue ni tête, comme la ville de Paris soi-disant. Les événements se suivent et ne se ressemblent pas, sans qu'on en comprenne toujours le sens. Les acteurs sont tous excellents et ça participe évidemment de l'effet hautement comique de certaines séquences prévues pour un effet tragique. Soulignons que la B.O. aura votre peau, notamment quand Duris écoute dans son salon la bande originale complète des Poupées Russes. À propos de ça on retrouve Zinedine Soualem. Il fait les marchés, c'est l'épicier du coin, et une nuit quatre mannequins avides de vit viennent le voir lui et ses potes dans l'immense entrepôt où ils vont chercher leurs marchandises pour les vendre au matin sur leurs étals, et Zinedine Soualem baise avec une des mannequins au milieu des quartiers de viandes pendus au plafond après une longue scène de séduction dans le labyrinthe de barbaque. C'est une séquence ça, probablement un hommage à Rocky, en tout cas ça constitue une séquence entière même si elle n'a aucun lien avec le reste du film, et y'en a mille autres comme ça. Pour vous donner une idée du génie de Klapisch !



À côté de ça Luchini tourne un documentaire d'Histoire pour la télé payé cent mille euros la bobine (véridique) et tombe amoureux de son étudiante. François Cluzet mène une vie normale, même s'il tourne dans des clips en 2D pour vanter les mérites de son entreprise dans le bâtiment. Romain Duris va bientôt crever putaiiiiiin... En faisant son marché Juliette Binoche tombe amoureuse d'Albert Dupontel, également vendeur à la tire dans le film. Un jeune africain tente de rejoindre la France en canoé-caillac. Julie Ferrier tombe amoureuse de Gilles Lellouche, lui aussi vendeur de fruits et légumes sur les marchés couverts, tout de suite après qu'il l'ait humiliée en lui faisant faire la brouette pendant 10 minutes dans un bar bondé de connards. Karin Viard joue une boulangère raciste comme elle seule sait le faire. Maurice Bénichou est excellent dans son rôle de psychiatre. Tous les acteurs font très bien leur boulot dans ce film mi-figue mi-raisin. Un film désespérément mauvais devant lequel j'ai passé un grand moment.


Paris de Cédric Klapisch avec Romain Duris, Juliette Binoche, Albert Dupontel, Gilles Lellouche, Fabrice Luchini et Mélanie Laurent (2008)