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24 août 2021

Les Derniers jours du monde

Après avoir réalisé entre autres les très sympathiques Peindre ou faire l'amour et Voyage aux Pyrénées, deux films réunis par leur modestie et par la simplicité de leurs moyens, et avant L'Amour est un crime parfait, film ô combien imparfait, les frères Larrieu ont sorti il y a douze ans ce film apocalyptique dont le titre annonçait un spectacle de grande ampleur, et qui racontait effectivement la fin du monde avec son lot de massacres, de mouvements de foule, d'errances et de matchs de volley-ball. On retrouvait au casting un habitué des Larrieu, Mathieu Amalric, ici manchot, et, déjà, Karin Viard, ainsi que Catherine Frot et d'autres gens. En sortant de la salle à l'époque, je m'attendais presque à trouver les rues désertes et jonchées de cadavres. Il semblait s'être passé tant de temps – une éternité – entre le moment où j'étais entré dans le ciné et celui où j'en ressortais que je n'aurais pas été surpris de découvrir que le monde avait pris fin entre-temps, non des suites d'un cataclysme aux causes multiples, comme dans le film, juste mort de vieillesse.




 
Les Derniers jours du monde, film trente fois trop long, est quand même assez libre et original, possède quelques moments intéressants et a le mérite de dépeindre une fin des temps loufoque mais finalement plus crédible que celles qu'on nous sert en règle générale, même si dans l'ensemble, disons-le, ça ne va pas très loin. Le film va pourtant de Biarritz à Pampelune en passant par Hong Kong, Saragosse et le Canada pour finir à Toulouse, place du Cap', comme on dit là-bas (pas loin de la crêperie Le Sherpa, dont je garde un sale souvenir, pour ceux qui situent mal la place du Capitole), où Sergi Lopez se jette par la fenêtre, nu comme un ver, en full frontal, et s'éclate par terre sur fond d'éclatement mondial. Un long voyage qui voit défiler figurants et effets spéciaux par wagons blindés (parmi lesquels ne compte pas la prothèse génitale gigantesque de Sergi Lopez, contrairement à ce qu'ont voulu nous faire accroire les deux critiques parues dans Télérama à l'époque, la "pour" et la "contre", qui trouvèrent là leur seul point d'entente, sauf que les deux étaient dans l'erreur : Sergi ne porte pas de prothèse).


Les Derniers jours du monde de Jean-Marie et Arnaud Larrieu avec Mathieu Amalric, Clotilde Hesme, Karin Viard, Sergi Lopez et Catherine Frot (2009)

18 décembre 2014

Le Moine

Le dernier film en date de Dominik Moll raconte le destin de Frère Ambrosio (campé par Vincent Cassel, l'affiche vous avait peut-être mis sur la piste) dans l’Espagne catholique du XVIIe siècle. Abandonné à la naissance et par une nuit d'orage aux portes du couvent des Capucins, Ambrosio est élevé par les Frères dans le culte de Dieu. Devenu un prêcheur admiré de la paroisse et renommé dans toute la région pour sa ferveur inégalable et son sérieux impérial, véritable modèle d'austérité et de foi, il est craint néanmoins pour son exigence et sa dureté (notamment celle de son double-décamètre, que même une toge en grosse laine à double maille ne parvient pas toujours à garder secret). Mais l’arrivée d’un mystérieux jeune homme, coiffé d'un masque de Scream suite à une brûlure terrible, et accepté au sein de la communauté par un Ambrosio aussi bon que chaleureux, va ébranler les certitudes du moine et le détourner de sa voie de Saint pour le faire sombrer dans le péché et, de fil en aiguille, dans les filets du Diable.


Pas étonnant de renoncer à ses vœux face à ce genre de manifestation du démon...

La première partie du film est plutôt très bien, s'ouvrant avec charme et conviction sur une histoire intrigante, adaptée du roman fondateur de Matthew G. Lewis, instaurant une belle ambiance mystico-gothique proche de La Morte Amoureuse de Théophile Gautier, portée par une petite mise en scène plutôt simple mais efficace et par des acteurs, Vincent Cassel et Sergi López, aux présences et aux voix envoûtantes. Malheureusement le film s'essouffle après 45 minutes et faiblit à vue d’œil. Dès que le moine goûte aux plaisirs de la chair, l'histoire se perd un peu, et l'envoûtement ne prend plus. La relation qui unit le moine à la jolie Antonia (jolie brin de fille, interprétée par Joséphine Japy) paraît un peu soudaine, et même si l'épisode avec Déborah François joue comme détonateur, le basculement un peu simpliste d'Ambrosio, qui après avoir goûté à la carotte aimerait bien s'envoyer tout un ragoût, ne fonctionne pas véritablement. Et puis le film s'emberlificote dans quelque chose d'assez déceptif, à l'image de la résolution du rêve étrange que le moine confesse au début du film et dont le mystère réside dans une anonyme silhouette rouge agenouillée dos à la porte du monastère. Quand il s'avère que ce corps n'est que celui d'Antonia, le scénario se révèle plus faible qu'il ne le laissait augurer. Le film fait des promesses qu'il ne tient pas. Idem pour son acteur principal, Vincent Cassel, qui perd assez rapidement de sa superbe et se met à professer comme à l'Actor's studio, poussant son personnage vers les rivages d'un ridicule assez nocif.


Pourquoi est-ce merveilleux chez Manoel de Oliveira et pourquoi est-ce, au choix, anodin ou
risible, chez Domino's 'Pizza' Moll ?

C'est d'autant plus dommage que la toute fin du film, dans le désert, n'est pas si mal (juste après la révélation concernant le lien qui unit Ambrosio à Antonia, quant à elle trop attendue), mais entre le début et la fin, on lâche forcément prise. En somme c'est typiquement un film de Dominik Moll : on aime beaucoup la manière dont il parvient à instaurer une tension, la façon dont il lance son intrigue, mais tout cela ne tient pas sur la durée. Pour terminer sur une note plus positive, que le film ne mérite pas vraiment mais que le travail de son auteur réclame, disons que Le Moine reste plutôt agréable à regarder, que son univers angoissant et mystérieux se talonne parfois certains classiques de la littérature gothique du XIXème, et que c'est déjà pas si mal.


Le Moine de Dominik Moll avec Vincent Cassel, Sergi López, Déborah François, Joséphine Japy, Catherine Mouchet et Géraldine Chaplin (2011)

8 juillet 2013

Le Labyrinthe de Pan

Ce n'est pas au deuxième semestre 2013 que vous trouverez une analyse du Labyrinthe de Pan sur ce blog, ça non. Ça ne nous ressemble guère. Par contre, faire le bilan sur ce film dix ans après sa sortie, c'est plus dans notre genre. Le film de Guillermo del Toro a été sélectionné et applaudi à Cannes en 2006. Pan, comme il est de coutume de l'invectiver, était sur les starting blocks pour remporter le Prix d'Interprétation Masculine, du moins jusqu'à ce que Guillermo del Toro n'avoue à Gilles Jacob que Pan n'était qu'un être de pixels et de fiction. Il était question que le film lui-même s'en tire avec la Palme d'Or du festival, du moins jusqu'à ce que le jury, à l'unanimité, mette fin à cette fausse rumeur lancée par Didier Allouch, fan numéro un de Guillermo del Toro. Le film repartit en fin de compte la queue entre les jambes, mais auréolé d'une réputation qui allait se confirmer et même se renforcer à sa sortie en salles en novembre de la même année.




C'était peut-être notre première sortie commune au cinéma. Nous étions en couple depuis peu. On s'était mis d'accord sur qui ferait la cuisine avant le film et qui ferait la vaisselle trois mois plus tard, on avait prévu de sécher les cours du lendemain si le film finissait trop tard, on avait décidé de qui charrierait le ciné et de qui charrierait le macdale d'après. Bref, on était prêts. C'était l'époque bénie où il suffisait que l'un d'entre nous propose un ciné pour que l'autre dispose, sans autre forme de procès, pour faire plaisir, pour cultiver une relation naissante, pour encore faire attention à l'autre quitte à concéder un petit effort de temps en temps. A l'époque, c'est évidemment Félix qui a dit : "On va voir le prochain Del Toro ? Phénomène de Cannes !". Il avait vu Cronos et L'Echine du diable et Del Toro faisait alors partie des rares espoirs du cinéma fantastique. Quand nous sommes sortis de la salle, j'ai coincé cette enflure de Félix en lui demandant ce qu'il en avait pensé, sans attendre, et sans lui donner le moindre indice sur mon propre avis, hormis un ticket de cinéma déchiqueté, mâchouillé et broyé, avec une montre dessinée dessus et griffonnée quart d'heure par quart d'heure dans le noir : "Alors t'en as pensé quoi ?". Après ça, le piège n'a plus jamais fonctionné, et aujourd'hui encore, quand on sort du ciné, on ne crache pas un mot, ni l'un ni l'autre, pas avant de se retrouver, parfois sept ans après les faits, devant un ordi pour déceler le vrai du faux.




Que nous raconte Le Labyrinthe de Pan ? L'histoire d'une gamine dont la mère enceinte passe son temps à se contorsionner, et qui, pour fuir les horreurs de l'Espagne franquiste (sous Franco), horreurs incarnées par son beau-papa, un officier franquiste infect (Sergi Lopez), se réfugie dans un univers mental tout aussi sordide. Un faune, nommé Pan dans la version française, la montre du doigt et lui dit qu'elle est la princesse d'un monde souterrain. Il lui faut toutefois franchir trois étapes pour y accéder. On va arrêter là ce résumé parce que franchement, qui ne le connaît pas ? Les trois étapes sont incarnées par un gros corbac, un type sans mirettes qui a ses yeux dans ses mains (comme notre rédacteur pigiste Joe G., qui se balade dans toutes les rues de Paname où il s'arrange pour croiser quelques phénomènes les paumes grandes ouvertes tournées vers l'arrière histoire d'en prendre plein la vue), et un autre dont on ne se souvient plus. C'est dire si le petit chef-d'oeuvre de Del Toro nous a marqués. Après une petite recherche sur wikipédia (dont la page hallucinante consacrée au film nous rappelle à quel point il a pu se trouver des fans absolus), il s'avère que la dernière épreuve consiste à se vider de tout son sang et à mourir. Ce décès ouvre la porte du royaume souterrain à la jeune fille afin qu'elle y règne, sauf que le monde en question n'est qu'une allégorie de la mort. Ce film est un manifeste. Ce film est un plaidoyer. Nous avons reconnu sa nature, mais pas sa fonction. C'est un brûlot. De quoi, ne nous demandez pas.




Cherchons la réponse dans quelques critiques éclairées et éclairantes. Brazil nous dit que le film de Del Toro est « une des plus belles choses qui soit arrivé (sic.) au cinéma cette année ». Cette critique étant déjà obsolète, passons à la suivante, signée L'Ecran Fantastique, selon qui Le Labyrinthe de Pan serait « un vivace plaidoyer pour le fascisme (...) à la violence d'autant plus insoutenable qu'elle est réaliste ». David Doukhan, de Mad Movies, encore tout tremblotant et couvert de bleus, écrivait à l'époque : « une claque visuelle de tous les instants ». Aurélien Ferenczi, de Télérama, qualifie le film de « conte noir, fascinant et émouvant, qui milite avec talent contre la puissance cathartique des fables ». On y voit déjà un peu plus clair. Le film a reçu 95% de critiques positives de cet acabit, et on ne compte plus les expressions toutes faites du type : "fable tragique exaltée", "fable de larmes et de sang", "maestria de fou", "une bouffe dans la gueule", "un groooooos coup de pied au cul !" et ainsi de suite. Dix ans après, il serait intéressant de savoir ce que tous ces gens pensent du dernier succès d'un cinéaste qui depuis ne se bat plus pour justifier qu'il n'est pas le frère de Benicio del Toro mais bien pour faire entendre au monde qu'il n'est pas un pur salop. Et il a fort à faire quand on le voit placer ses billes sur mille et un projets boiteux, qui se caractérisent tous par un penchant pour le fantastique et le merveilleux et par le goût douteux pour les petites filles brunes aux grands yeux globuleux. Tout comme son réalisateur et mécène, la petite princesse du monde de Pan, Ivana Baquero, a eu du mal à enchaîner. Mais sa carrière reste plus respectable que celle du cinéaste puisqu'au lieu d'accumuler les taudis elle s'est contentée de laisser pisser l'adolescence et de ne strictement rien branler. Sa filmographie est une page vierge.

PS : N'oublions pas que le film a été classé troisième derrière Shining et Labyrinthe dans la catégorie des meilleurs films de labyrinthes.


Le Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro avec Ivana Baquero et Sergi Lopez (2006)

9 octobre 2012

Ricky

Osons Ozon, Joséphine. Ricky est peut-être le meilleur film à ce jour de François Ozon, et c'est pas peu dire quant au niveau de la carrière du cinéaste français. Ricky n'est pas du tout ce qu'on peut appeler un bon film mais il a le maigre avantage sur ses prédécesseurs d'être étonnant. Pas seulement par son scénario (c'est l'histoire des parents d'un petit garçon ailé) mais par sa construction narrative. Le plus étrange c'est la façon dont Francis Ozon gère la dimension temporelle de son film : les étapes s'enchaînent à toute allure, par exemple quand, au début de la seconde moitié du film - bien après la naissance de l'enfant mais dans la séquence qui suit cette naissance pour nous autres spectateurs, bluffés par un montage regorgeant d'ellipses qui sont autant de gouffres narratifs - Alexandra Lamy reproche un soir à Sergi Lopez de rentrer trop tard à la maison, adressant tout à coup un reproche de vieux couple à un amant qu'elle semble avoir rencontré la veille. Tout est ainsi dans Ricky : le patron de l'ouvrier Sergi Lopez le convoque dans son bureau pour lui annoncer qu'il va avoir un bébé et dans le plan immédiatement consécutif une sage-femme rejoint le même Lopez épuisé par son accouchement, allongé sur son lit d'hôpital, les gambas poilues encore en éventail, pour lui déclarer que c'est un beau bébé de trois kilos. Cut. Gros plan sur le bébé qui fait 6kg au bas mot, dont 3kg d'ailes de poulet.


Quand on lui demande son nom, Sergi, avec son accent catalan à trancher à la hallebarde, répond : "Lopez, une seule aile pour voler du pez".

Ces ellipses sont commises sans s'annoncer, sans qu'on puisse les deviner instantanément. Du coup on est toujours en porte-à-faux devant cette histoire abracadabrante et ces personnages inconsistants. Soit c'est un manque de maîtrise accablant, soit c'est censé montrer à quel point tout se fait et se défait rapidement dans le milieu de la classe moyenne qui se déplace en scooter, qui dort sur un clic-clac dans le salon d'un petit appartement HLM de banlieue, qui travaille à l'usine, qui ne sait pas se coiffer et qui chie la porte ouverte, faute de porte. Je pencherais plutôt pour cette deuxième option. Ozon nous montre que tout est impalpable, sans saveur et sans solidité tangible pour ces gens-là. Toutefois ce traitement du temps demeure quelque peu intriguant... Difficile de s'y faire mais on est bien obligé puisque c'est la seule pointe d'intérêt du film. Quoi qu'il en soit on est ni plus ni moins devant un gros film social où l'aspect fantastique n'a d'intérêt que pour en rajouter une louche sur le misérabilisme de l'ensemble. L'enfant ailé naît d'une étreinte stupide entre deux inconnus dans les chiottes d'une usine, lors d'une fuite de produits toxiques, et au lieu de donner naissance au Toxic Avenger les tristes tourtereaux pondent un demi poulet cru à forme humaine. Pour se faire enfin un peu d'argent les parents du petit Ricky finissent par accepter de montrer leur bébé aux journalistes, un Ri(s)cky business, et le perdent à ce moment-là quand il s'envole au-delà d'un lac, certainement vers un parc Walibi. Les gosses...


Est-ce un oiseau ? Est-ce un avion ? Non, c'est ce con de Ricky !

Ricky devient un OVNI, un UFO. Le gosse ou le film ? Both ! Faut voir le bébé volant tester ses ailes fraîchement poussées et se manger la vitre de la baie vitrée de l'appartement en pleine poire pour s'écraser dans un bruit sourd sur la moquette. Ça laisse des traces ce type de scène. C'est un trauma pour le spectateur lambda. Pour conclure, une petite trivia croustillante : Sergi Lopez a déclaré en conférence de presse que lors de son séjour au service militaire dans la Marine, en poste à Toulon, il s'est fait faire un tatouage sur le postérieur : "G 2 L Q", le "O" manquant étant représenté par son trou de balle en personne... L'acteur confie que lorsqu'Ozon lui a envoyé le script de son film sur un nourrisson doté d'ailes, il s'est tout de suite rappelé de son butt tattoo et a vu ça comme un signe.


Ricky de François Ozon avec Sergi Lopez et Alexandra Lamy (2009)

25 juin 2011

Lemming

Ce film-là, je suis passé à côté. C'était le deuxième Moll après le tremblement de terre intitulé Harry un ami qui vous veut du bien. Après ce premier film, la France pensait avoir trouvé son Hitchcock en la personne de Dominus Moll, et son Anthony Perkins sous les traits cubiques de Sergi Lopez. Mais surtout les dames avaient fait main basse sur un nouveau sex symbol digne de Cary Grant : Laurent Lucas. Un front barré par les soucis, un nez droit comme la justice, des sourcils en équerres et un menton volontaire. Des yeux d'un bleu vif et percutant, aussi, puis surtout une voix. Laurent Lucas a vite fait de recouvrir toutes les couvertures de ELLE magazine. Dominik Moll en a fait son égérie en le collant à l'affiche de son second film. On parle de Scorsese-De Niro, de Desplechin-Devos, de Cassavetes-Rowlands, de Ridley Scott et Russel Crowe, de James Cameron avec Bill Paxton et de Carpenter et Kurt Russel, désormais il faudra compter avec Moll/Lucas. 
 
Ici on retrouve ce goût de l'inquiétant cher à Moll dans l'expression faciale du Cary Grant bourguignon, dans cette assiette qui ne contient bizarrement que de la salade et dans le reflet inversé de cette assiette sur le verre concave du pot à eau : tant de maîtrise force l'admiration 
 
Lemming fait partie de ces films qui ont un titre tapageur pour pas grand chose, comme Cloverfield, Kaboom, Mammuth ou Synecdoche New-York. C'est typiquement le genre de film que Moll a mis en boîte avant de se demander comment l'appeler. Alors que le titre Harry un ami qui vous veut du bien lui était apparu comme une évidence, Lemming tarda à monter au cerveau du réalisateur. En fait ça désigne à la fois l'animal que Gainsbourg retrouve dans la cuvette de ses chiottes après le passage éclair de Rampling aux cabinets, et le jeu préféré du cinéaste sur Nintendo DS. Dominik Moll l'a prouvé, il est intarissable sur le gameplay de Lemming ou sur celui de Worms, quant à moi j'ai un pote qui est incollable sur Moll. Les autres réalisateurs préférés de mon ami sont Douglas Sirk, Frank Borzage (qu'il prononce comme il faut quitte à ne pas se faire comprendre en soirée : "Borzégui"), Kubrick, Bergman, Hitchcock ou Bong Joon-Ho, et contre toute attente il place Dominik Moll au même niveau. Pour lui c'est les Rois Mages. Tout réal dont le blaze finit par "ick" a une chance de lui plaire : Kubrick, Sirk, Moll Dominik et il s'est même forcé à aimer The Tree of Life de Malick. Il m'avait vraiment vendu Lemming, mais c'est aussi parce qu'il a des billes dans le projet : c'est lui qui a fait l'affiche, matez-la en grand format et rendez-vous compte qu'il n'est pas fan des mirettes de Rampling. Si vous souhaitez rencontrer cet ami, rendez-vous entre le 1er et le 5 juillet au festival de ciné de La Rochelle, il y est chaque année, il a ses petites habitudes, vous le trouverez en tongs à la terrasse d'un café en train de manger une saucisse enrobée dans de la salade, c'est son plat préféré, celui qui lui permet de tenir bon tout le long de ses marathons cinoche. 
 
Sur ce glaçant photogramme du film, tout est anxiogène : les bras ballants et les verres fumés de Charlotte Rampling, surprenant l'étreinte des tourtereaux ; l'auréole de sueur dans le dos de chemise de Lucas ; le profil de Charlotte Gainsbourg. Mais le Malin rôde dans un autre niveau de l'image, au second plan, au milieu et au fond de la pièce
 
Pour revenir au film, on n'a pas tenu plus d'une demi heure assis devant. J'ai du mal à être captivé par des films dont l'action se déroule dans des décors surréalistes comme des maisons de banlieue high-tech dessinées par des architectes illuminés, avec un mobilier ultra moderne estampillé Philippe Stark. Quant à la dimension "conflit de famille" à coup de dégâts des eaux, j'avoue avoir eu ma dose avec ma propre belle-mère, qui s'est servie de l'unique manuscrit de mon mémoire de fin d'année presque finalisé pour lessiver sa baignoire. Je vois qu'on n'a rien dit de Charlotte Gainsbourg, premier rôle du film, et je crois qu'on en sort grandis. Ne pas l'insulter relève du prodige, vu que c'est une merde.
 
 
Lemming de Dominik Moll avec Charlotte Rampling, Charlotte Gainsbourg, André Dussolier et Laurent Lucas (2005)

9 septembre 2009

Partir

Cette critique c'est David contre Goliath, et je suis dans le rôle de celui qui se fait marrave par la bête. A part le jeu de mot pourri qui consiste à dire au début de la séance: "T'as bien pris ton billet ? Parce qu'on voit Partir", le film ne permet jamais de sourire. C'est une descente aux enfers en un seul acte et trois personnages, dont une femme, qui est le départ de feu de l'histoire. Cette femme c'est Kristin Scott Thomas. Autrement dit le fantôme anglophone le plus célèbre du cinéma Français. On sait tous qu'elle est actrice mais de là à citer sa filmographie... Elle a bien explosé en vol avec Le Patient anglais (traduction douteuse de "The English Patient" en VO), film pourtant célèbre dont on peut dire que les deux auteurs de ce blog sont "passés à travers". Même depuis la mort d'Anthony Minghella, pas moyen qu'on s'y intéresse. Et pourtant son décès a été autant médiatisé que celui de Thierry Gilardi, les deux hommes ayant eu le même pouvoir d'incursion dans le petit cocon familial français. Christine Scott Toujours c'est les yeux cernés de bleu les plus connus du cinéma.




Dans ce film elle est ballotée entre la froideur d'un Lillois mesquin aux yeux dans les mains (comme dans Le Labyrinthe de Pan) sous les traits ingrats d'Yvan Attal, et la chaleur d'un Sergi Lopez en grande forme, fort de 100 kilos de testostérone enfouis sous le couvercle d'une carrosserie d'acier à peine voilée par un t-shirt Quetchua trop grand pour lui. On n'a pas suffisamment dit à quel point cet acteur Franco-Espagnol est l'éternel espoir du cinéma tantôt ibérique tantôt franchouillard. Entre parenthèses, Sergi Lopez annonçait récemment dans une interview accordée à Télérama qu'il met un point d'honneur à accomplir la moitié de sa carrière de chaque côté des Pyrénées dans un affreux grand écart qui nous laisse imaginer son churro chatouillé par le plus haut sommet de ce massif montagneux, à savoir le Pic d'Aneto. Que dire de plus sur Attal qui n'ait jamais été dit... Cet homme-anguille, capable de se faufiler dans n'importe quelle production française à jamais marquée de son sceau. Si, la question qui se pose, et qui occupe actuellement plusieurs laboratoires scientifiques en France, détrônant le mystère de la théorie du Big Bang, c'est la suivante : Quel film a bien pu faire "exploser" Yvan Attal ? En tout cas dans ce film, il est out standing.




 Ce film, pour en revenir au film, m'a fait un effet rare. Voir ce film fut pour moi l'équivalent d'une journée passée aux urgences, au Pôle Emploi, en hôpital psychiatrique, en prison, en maison de retraite, ou devant un match de l'équipe de France de Domenech, soit dans les endroits les plus déprimants du monde. Ça m'a foutu un cafard de tous les diables. J'ai pensé à toutes les choses qui pourraient aller mal dans ma vie. J'ai eu le sentiment que mon existence était sans issue. J'allais méga bien avant d'entrer dans la salle de cinéma, en sortant j'avais un bourdon gros comme ça. On imagine que Catherine Corsini a vécu cette histoire ou presque et qu'elle a eu envie de nous faire ressentir le mal qu'elle a pu traverser. Sauf que cette souffrance est condensée sur une heure et demi de film, soit l'équivalent d'une liqueur forte à avaler tout rond. Je me demande encore pourquoi la réalisatrice a jugé bon d'insérer dans son récit morbide un gag Chaplinesque voué à précipiter l'idylle adultérine du film, quand Sergi Lopez essaie d'arrêter une bagnole lancée en pente du plat des pieds.




Ce film nous apprendra aussi qu'on passe à l'acte (de tuer) plus facilement qu'on ne le croit : un ronflement de trop et le coup est parti. Il nous apprend encore que certains ménages français possèdent un fusil d'assaut logiquement rangé dans la penderie. Il nous apprend tant de choses, et à la fois si peu quand il nous serine que sans fric on ne fait rien. Selon Corsini, si l'argent ne fait pas le bonheur, il nous tient quand même par les couilles. Peut-être... Comment croire à cette romance utopique où les deux amants ne partagent rien d'autre que du sexe, du sexe, rien que du cul ? Tout est à l'écran. Comment croire à ce chirurgien - joué donc par le phénomène Attal - qui n'aura pas pensé à s'exercer sur sa propre tronche incendiée par le temps et des forceps un peu maladroits à la sortie du vagin de Serge Gainsbourg (je confonds tout mais je m'en fous), et qui n'a d'autre idée quand sa femme veut le quitter que de la séquestrer chez lui ?




 Que dire de la mise en scène de Catherine Corsini, dite "sobre et élégante" par de nombreux critiques. Si l'adjectif "sobre" s'applique à tous les films tournés en pilote automatique mode "drunk & stunted", alors Partir rentre pile poil dans cette catégorie. Si élégant veut dire filmer des grues et des parkings souterrains en plan fixe, alors ouais mention bien à Corsini. Le seul moment du film, lors de la stonsba entre Attal et Scott Thomas, où il se passe semble-t-il un truc, qu'on qualifiera de faux-raccords sans avoir l'air d'y toucher, ça reste une pauvre idée qui consiste à faire un parallélisme, rien moins que ça, entre le fond et la forme...




Bref ce film m'a foutu un giga bourdon, un capharnaüm insensé. Dans ce film, la femme doit tuer le mari impuissant pour s'épanouir sexuellement. Mais c'est oublier que le fric compte un peu, car un gros zgeg dans une cabane en bois, passé un certain âge, ça ne suffit pas. Et dans ce scénario diabolique, Corsini place le contexte de la crise via une chiée d'allusions plus ou moins finaudes à Sarkozy, ça va d'un banquier qui lui ressemble étrangement à un gros autocollant "Sarko" sur un bulldozer planté au milieu du décor. En gros ce film c'est le mythe de Méduse revu et corrigé par Corsini.


Partir de Catherine Corsini avec Yvan Attal, Kristin Scott Thomas et Sergi Lopez (2009)