13 février 2008

The Toxic Avenger

Je vais vous parler de The Toxic Avenger, le seul film où l'on voit un chien d'aveugle se faire sauvagement abattre devant sa propriétaire impuissante. Je l'ai découvert seulement il y a quatre ans, comme quoi il n'est jamais trop tard pour perfectionner sa culture dans le domaine du cinéma bis.

Voici les propos, repris mot pour mot, de la voix-off qui ouvre le film : New York, capitale mondiale de la culture et de l'industrie. Ici, au milieu des gratte-ciel, la civilisation est guidée par le progrès et la technologie. Mais pour ces progrès industriels, il y a un prix à payer. La pollution. L'inévitable revers de la société actuelle. Tous les ans, des millions de tonnes de déchets toxiques et radioactifs sont rejetés dans des villes comme Tromaville, la capitale du déchet toxique. Dans le club sportif de Tromaville, un jeune homme nommé Melvin Furds travaille. Toute la vie de Melvin, et même, sa nature profonde furent changées par les déchets toxiques.



Attardé mental, Melvin subira les railleries quotidiennes des personnes fréquentant le gymnase. Un jour, ces humiliations se finiront mal puisqu'elles provoqueront la chute du jeune homme dans un bidon de déchets toxiques, ce qui le transformera en un individu extrêmement moche mais doté d'une force surhumaine. Dès lors, Melvin, devenu le Toxic Avenger, armé de sa serpillère, s'attaquera aux voyous qui terrorisent les innocents citoyens de Tromaville.

La chose qui me fascine le plus dans ce film, c'est sa façon parfois dérangeante d'être à cheval entre l'humour le plus potache et l'horreur la plus dégueulasse. Finalement, c'est l'humour qui l'emporte largement et permet au spectateur de passer un bon moment, malgré quelques passages qui mettent forcément mal à l'aise. On a ainsi droit à une scène assez terrible durant laquelle Bozzo (l'ennemi juré du Toxic Avenger) s'amuse avec sa bande de copains dégénérée à écraser un enfant se balladant tranquillement à vélo de nuit, en pleine ville, en faisant même une marche arrière pour l'achever complètement. Avant qu'il se fasse écraser, nous avions même vu le petit garçon sortir de chez lui avec enthousiasme, en prenant soin de mettre son casque, pendant que sa maman l'embrassait et lui disait d'être très prudent. En voyant ça, on se dit inévitablement "Non, ils ne vont quand même pas oser !". Mais si, le garçon finira bel et bien la tête complètement explosée sous la roue de Bozzo... La scène se termine sur les pouffiasses de la bande en train de prendre cet ignoble spectacle en photo histoire d'immortaliser ce moment, félicitant au passage l'affreux Bozzo, très fier de lui.



Ce passage-là, avec celui ou le chien de l'aveugle se fait liquider, fait partie de ces quelques moments qui amèneraient obligatoirement le spectateur non-averti à interrompre la vision du film sur le champ et peut-être même à écrire une lettre de protestation à la chaîne le diffusant. Hélas, cela fait bien longtemps que des choses comme The Toxic Avenger ne passe plus à la télévision et quand on se procure un tel film, on est à coup sûr un spectateur ayant une petite idée assez précise de la marchandise.

Comme je le disais précédemment, c'est donc l'humour, particulièrement corrosif, qui domine largement dans ce film. Il faut en effet entendre le Toxic Avenger dire "Bye Bye" à une victime qu'il vient de sauver, après s'être excusé auprès d'elle pour avoir agit si violemment envers les malfaiteurs, avec une voix de gentleman à des milliers de kilomètres de celle qu'on imagine en tout logique en voyant le physique monstrueux du super-héros. Il faut aussi voir le Toxic Avenger déambuler dans les rues de Tromaville, armé de sa vieille serpillère et vêtu d'un ridicule lambeau de tutu plus très rose qui ne l'a pas quitté depuis l'accident. Il faut ensuite le voir se faire refouler de chez lui par sa mère, qui ne le reconnait plus, et allait se réfugier dans une décharge publique où il construira rapidement son refuge, reproduisant sa chambre, sans oublier de déposer une photo de sa maman en forme de cœur sur sa table de nuit. Durant le film, le Toxic Avenger viendra en aide aux vielles dames en leur faisant traverser la route ainsi qu'aux ménagères en leur ouvrant les boîtes de conserves récalcitrantes. Que des choses qu'on imagine bien Superman faire à Métropolis durant les journées calmes mais que Toxic Avenger se coltine quotidiennement dans la petite agglomération de Tromaville.



Toxic Avenger passe la majeure partie de son temps à se venger des individus qui l'ont maltraités et l'ont fait devenir l'être monstrueux qu'il est (il tombera également amoureux de la jolie aveugle qu'il a sauvée, ce qui donnera lieu à des blagues particulièrement grivoises). Mais les plus dangereux opposants au Toxic Avenger sont finalement les dirigeants de la ville, parmi lesquels on retrouve un véritable nazi. On croise également, en vrac : un voyou noir travesti pratiquant le kung-fu, un savant avec un accent allemand à couper au couteau, une grand-mère trafiquante de drogue... Sans compter tous les énergumènes peuplant le gymnase : des femmes dégénérées qui n'attendent qu'à se faire prendre par des obsédés sexuels complètement idiots, mais aussi quelques homosexuels très caricaturaux. En parlant d'obsédé sexuel, on imagine bien que les deux réalisateurs du film, Michael Herz et Lloyd Kaufman, en sont aussi, étant donné le nombre important de gros plans sur les poitrines et postérieurs des femmes aux corps huilés qui font de la musculation. Tout ça est d'un goût aussi douteux et ignoble que réjouissant et régressif !

C'est avec The Toxic Avenger que les studios Troma ("le plus vieux studio de films indépendants du monde"), dont Lloyd Kaufman est le patron, se sont fait un nom. Aujourd'hui, Toxie (le petit sobriquet du super-héros) en est le symbole, la mascotte, et le film a connu trois suites, toutes très appréciées par les amateurs.


The Toxic Avenger de Michael Herz et Lloyd Kaufman (1985)

5 commentaires:

  1. J'attendais ce commentaire depuis des lustres ! :D

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  2. génial ce film ^^
    ravie de le voir chroniqué ici

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  3. Chouette article sur ce doux dingue de Lloyd Kaufman, à lire sur Vodkaster :
    http://www.vodkaster.com/actu-cine/interview-Lloyd-Kaufman-Troma-2462

    « Il faut encourager les gens à remuer la merde, à changer le monde », déclare celui qui persiffle toujours autant contre les majors hollywoodiennes et « leur » version du cinéma indépendant, « des feel-good movies produits par leurs filiales ».

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