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8 septembre 2018

Ghostland

Pascal Laugier doit adorer filmer des jeunes femmes défigurées. C'est ce à quoi il consacrait déjà entièrement son film breakthrough, l'infâme Martyrs, que les actrices Morjana Alaoui et Mylène Jampanoï traversaient la tête tuméfiée, en sang, le corps meurtri, victimes de la torture qu'elles subissaient pour les besoins d'une secte de fous dangereux, désireux de percer le secret de ce qui survient au moment de la mort. C'était surtout là un bon prétexte pour nous livrer un torture porn à la française des plus dégueulasses dont le sérieux, la brutalité et la violence visuelle ont beaucoup plu aux amateurs. Ghostland, le quatrième long métrage de Pascal Laugier, a semble-t-il été celui de la consécration. Presse et spectateurs conquis, le cinéaste a également récolté pas moins de trois récompenses au Festival de Gérardmer, dont le Grand Prix. Fort de ce constat, j'étais moi-même prêt à donner une nouvelle chance à ce réalisateur spécialisé dans l'horreur.




Depuis Martyrs, Laugier n'a pourtant pas bougé d'un iota. Il fait encore et toujours dans la surenchère horrifique, dans la violence exacerbée et dans l'accumulation à outrance de scènes choc. Son scénario organisé façon poupées russes en a sans doute dupé plus d'un, il est pourtant au service d'un même déluge d'immondices et son potentiel métadiscursif paraît bien mal exploité. Ne prenant guère son temps à poser ses personnages, il est totalement impossible de ressentir la moindre empathie pour ces pauvres pantins en proie aux pires sévices psychologiques et physiques. Crime, viol, pédophilie, violence gratuite, fétichisme, torture psychologique, folie... tout y passe. Laugier accumule les horreurs comme s'ils s'agissait d'un concours, comme s'il prétendait au triste prix du film le plus horrible jamais tourné, cela sans provoquer le moindre effet autre que le simple dégoût à la vue des visages ensanglantés, déformés et gonflés de jeunes actrices malmenées du début à la fin dans des scènes qui s'enchaînent comme les coups d'un marteau-piqueur manipulé par un dangereux maniaque.




L'un des films de chevet de Pascal Laugier doit être Massacre à la tronçonneuse. Mais on recommande au réalisateur de lire les textes de Jean-Baptiste Thoret consacré au chef-d’œuvre de Tobe Hooper. Peut-être comprendra-t-il alors tout ce qui le différencie de son cinéma. Peut-être devrait-il aussi revoir encore son modèle pour se rendre compte que le regretté cinéaste américain laissait pratiquement tout à la suggestion et qu'il portait un regard troublant sur les "monstres" qu'il mettait en scène. Un autre cinéaste adulé par Pascal Laudier doit être John Carpenter, puisqu'il en parle à longueur d'interviews et qu'il ne manque jamais de lui adresser quelques clins d’œil plus ou moins discrets. Or, il n'existe pas deux cinéastes plus différents... C'est bien là la seule chose qui me trouble dans le cinéma de Pascal Laugier. Comment peut-on avoir de telles références et produire des films qui leur sont si opposés dans le fond comme dans la forme ? Précisons toutefois que Laugier cite aussi Rob Zombie, dont il place ici le nom dans la bouche d'un des personnages, commentant le décor dans lequel il débarque, et il est vrai que les deux réalisateurs sont infiniment plus proches.




D'emblée, Pascal Laugier présente également son film comme une sorte d'hommage très appuyé à Howard Philips Lovecraft. Le portrait le plus connu de l'écrivain américain apparaît ainsi à l'image dans un effet digne de Powerpoint accompagné d'une citation élogieuse du personnage principal, une jeune fille qui se rêve auteur de romans d'épouvante et salue là son grand maître. Le cinéaste nous présente ensuite très rapidement une petite famille constitué d'une maman (Mylène Farmer) et de ses deux filles. Dès leur première nuit dans une maison dont elles viennent d'hériter, tout bascule : deux intrus débarquent pour commettre un carnage terrible qui les traumatisera à vie. Un colosse débile et gigantesque accompagné d'une espèce de sorcière brune filiforme s'introduisent dans la demeure pour violer et tuer. Le film se concentrera ensuite sur le calvaire de la plus jeune des deux filles, entre rêve et réalité...




Comme vous pouvez le constater, il n'y a rien de lovecraftien dans le scénario sorti tout droit du cerveau malade de Pascal Laugier. Il serait même complètement inutile et vain d'approfondir la comparaison, de chercher des correspondances. Le style putassier et racoleur du cinéaste est à des années lumières de la plume inspirée du promeneur de Providence qui, en outre, apparaît ici à l'écran campé par un acteur grimé de façon franchement ridicule. Non, le style de Laugier est davantage à rapprocher de Rob Zombie, dont il reprend la photographie crado et colorée, et des plus lourdingues séries télé, dont il épouse le même rythme frénétique qui finit par méchamment taper sur le système. Quant à son histoire, elle convoque plutôt les plus tristes et sordides faits divers, camouflée par une mise en abyme dont on a tôt fait de comprendre le mécanisme puéril.




Vous l'aurez compris, mon second rendez-vous avec le cinéma de Pascal Laugier s'est soldé par un échec cuisant dont personne n'est ressorti grandi. Le type m'a mis au tapis. A partir de l'heure de jeu, après avoir bien pigé où il voulait en venir, subi une énième scène dégueu et dû supporter la vue de ces visages maltraités, j'ai fini par me désintéresser totalement du film et par renouer avec le mépris complet que j'éprouve envers son auteur. Cocorico, la France a donc elle aussi son Rob Zombie. Il est encore plus atteint que son modèle américain, et il n'y a vraiment pas de quoi s'en réjouir. Laugier participe très activement à enfoncer le cinéma d'horreur hexagonal dans une vaine barbare qui ne lui réussit pas. Ghostland est un vrai supplice qui salit les quelques auteurs respectables dans la lignée desquels il prétend s'inscrire. On ne m'y reprendra plus.


Ghostland de Pascal Laugier avec Crystal Reed, Anastasia Phillips, Emilia Jones et Taylor Hickson (2018)

9 mars 2016

Bone Tomahawk

Bone Tomahawk, le premier long métrage de l'américain S. Craig Zahler, s'il n'est pas parfait, nous donne plein de raisons de l'apprécier et de le défendre de tout notre coeur. Déjà copieusement salué et décoré en festivals, il a notamment obtenu le Grand Prix à Gérardmer face à une concurrence relevée (parmi laquelle The Witch, autre film d'horreur indé dont se dit le plus grand bien et dont nous espérons donc beaucoup) et il faudrait en effet être aveugle pour ne pas remarquer que Bone Tomahawk sort clairement du lot. Arrêtons-nous d'abord à ce qu'il y a de plus visible. Dès les premières images, on se dit que S. Craig Zahler, écrivain (publié chez Gallmeister, s'il vous plaît) et scénariste, devait crever d'impatience de passer enfin derrière la caméra pour réaliser un western. Visuellement, son film donne l'impression d'être la mise en image limpide d'un fantasme longuement mûri. En tant que cinéphile à la recherche de bonnes péloches de genre, on prend aussi un pied évident devant ça. Bone Tomahawk, comme son titre, a une putain d'allure et donne immédiatement envie d'être aimé. La mise en scène fluide et patiente d'un cinéaste débutant mais plein de confiance et de maîtrise, nous plonge somptueusement dans l'Ouest américain, sauvage et brutal. On y est et on s'y sent bien d'emblée !





Autre atout immédiatement visible : le casting, qui est une belle petite collection de gueules connues du cinéma de genre, ici superbement bien employées. On est à des années-lumière du défilé insupportable de gloires passées comme le proposent les saloperies à la  Grindhouse. La première scène, qui met de suite dans le bain et annonce bien la couleur, nous fait suivre les sombres méfaits de deux brigands aux méthodes radicales incarnés par David Arquette (l'éternel gaffeur condamné à jouer les benêts et autres petites frappes) et Sid Haig (une grosse tronche impossible déjà croisée dans les films cultes de Jack Hill, dont l'excellent Spider Baby, et revue plus récemment devant la caméra du triste Rob Zombie), deux salopards qui auront le malheur de s'aventurer sur le territoire d'une tribu indienne cannibale. Le scénario de S. Craig Zahler nous propose ensuite une sorte de variation horrifique et minimaliste du classique de John Ford, La Prisonnière du désert : une bande de cowboys remontés, menée par un Kurt Russell en pleine forme et au charisme toujours intact, se lance à la recherche d'une femme docteur enlevée par des indiens revanchards.





Avant le départ de la troupe, S. Craig Zahler installe avec le plus grand soin chacun de ses personnages. Et qu'il est rare et appréciable, aujourd'hui, de tomber sur un film qui prend autant son temps, qui croit à ce point en ses personnages et laisse ses acteurs leur donner si brillamment vie. On oublie d'ailleurs totalement les acteurs, à commencer par notre vieil ami Richard Jenkins, qui trouve peut-être ici son meilleur rôle dans la peau de l'adjoint un peu naïf du shérif joué par Kurt Russell. Ce n'est qu'une fois le film terminé que je me suis dit "Putain mais c'était Dick Jenkins, Dick Jenkins !!". Matthew Fox, le Jack de Lost, mérite lui aussi d'être félicité, il incarne avec beaucoup de classe et d'aplomb un cowboy dandy sans éthique et ce n'est, là encore, qu'une fois le générique terminé que je me suis dit "Putain mais c'était Jack, Jack de Lost !!".  





Même Patrick Wilson est bon là-dedans. Même Patrick "tronche de playmobil" Wilson ! Il passe tout le film à boiter, à en chier encore plus que DiCaprio dans The Revenant, et c'est un vrai régal d'assister à cela après toutes les ignominies dans lequel on l'a vu saloper l'écran. Patrick Wilson joue bien, je ne pensais jamais écrire ça un jour, et c'est dire si S. Craig Zahler doit également être un bon directeur d'acteurs. On s'attache à son personnage d'amoureux des plus déterminé à sauver sa dulcinée comme on s'attache à tous les autres. Soulignons aussi le talent du cinéaste et scénariste pour faire exister chaque protagoniste, et pour, chose encore très précieuse, écrire des dialogues si réussis (avec même quelques moments comiques bien sentis) et créer des scènes a priori anodines où il se passe réellement quelque chose alors que l'action est encore bien loin.





Le film se contente simplement de suivre au plus près cette petite bande dans sa quête qui la mènera jusqu'à l'obscurité ultra glauque d'une redoutable tribu cannibale troglodyte. On pense un peu à l'horreur sèche et brutale de The Descent quand on voit avec quel sérieux le réalisateur invite ses monstres oubliés à l'écran. S. Craig Zahler choisit délibérément de mettre en scène des "indiens" qui correspondent aux cauchemars irraisonnés des pionniers, à la terrible image qu'ils s'en faisaient alors : mangeurs d'hommes régnant en maîtres sur une zone interdite, ils sont des ombres grises qui surgissent de nulle part, dont les flèches proviennent d'on ne sait où et peuvent vous transpercer à tout moment quand vous avez le malheur de vous trouver sur leur territoire.





La violence et l'horreur de Bone Tomahawk, en même temps furtives et frontales (une scalpation suivie d'une mise à mort particulièrement dégueue est au programme, filmée sans complaisance), surprennent toujours et agissent un peu à retardement, saisis que nous sommes par l'ambiance aride de l'ensemble et suspendus au sort parfois terriblement cruel réservé aux personnages. Le cinéaste nous offre un western horrifique aux moments de tension rares mais épuisants pour les nerfs où nous pouvons trembler, par exemple, pour que notre héros ait le temps de recharger sa pétoire imprécise avant d'y passer. On tient également là un superbe film de rando. Après ça, on a l'impression d'avoir marché quelques kilomètres, nous aussi, et d'avoir campé une paire de nuits à la belle étoile, à l'affût du moindre bruit... 





Alors certes, on aurait peut-être aimé que le film soit un peu plus. Que, lorsqu'il s'arrête, nous n'ayons pas l'impression de tout savoir, d'avoir tout vu, mais qu'il reste des zones d'ombre, un peu de mystère, une sorte de fascination encore possible. La simplicité et la linéarité du scénario de S. Craig Zahler est à la fois sa force et sa limite. Il le cantonne dans son sous-genre, l'empêche de le dépasser, mais lui permet de s'affirmer pleinement comme un western simple, sec et racé comme nous n'en voyons quasiment plus et qu'il faut absolument saluer. Le subtil et bien mené mélange des genres tout comme l'ambiance particulièrement saisissante du film nous font également croire en l'éclosion d'un nouveau cinéaste très prometteur. Vivement la suite !


Bone Tomahawk de S. Craig Zahler avec Kurt Russell, Patrick Wilson, Richard Jenkins, Matthew Fox et David Arquette (2016)

7 décembre 2013

Monstres Academy

Il y a un problème dans le scénario de ce film, prequel du célèbre Monstres & cie, un problème qu'il nous tient à cœur de mettre au jour car on ne l'a jamais vu pointé du doigt. Grosso merdo Monstres Academy c'est Rob Zombie, la petite pastille verte avec un gros œil au milieu de son corps-tronche perché sur deux brindilles, qui débarque à la fac des monstres bien décidé à devenir une "terreur", c'est-à-dire à faire partie de l'équipe de créatures dont le business consiste à foutre les foies aux enfants. Or il se trouve que durant tout le film ses camarades se moquent de Rob Zombie, appuyés par la doyenne de l'université (le personnage le plus raté de l'ensemble), sous prétexte qu'il ne fait pas peur. C'est pourtant bien lui le plus flippant d'entre tous, avec mille coudées d'avance. Pensez-y.




Comparez-le par exemple à son acolyte Sully, véritable peluche poilue avec deux bras, deux jambes, un corps, une tête, parfaitement anthropomorphe, donc parfaitement rassurant. Ses deux petites cornes de vachette sont tout ce qu'il y a de plus inoffensif, elles ressemblent à des poignées pour l'agripper et le câliner comme un dingue, ou pour lui foutre un coup de tête s'il fout trop les glandes en venant réveiller votre petite sœur qui fait chier. Considérez donc maintenant le dénommé Rob Zombie. Celui-là ne présente aucune prise, il est insaisissable, on l'imagine lisse comme rien ne peut l'être autant, à part éventuellement un serpent, un requin ou une couille d'acteur porno à la retraite, bref autant de choses vivantes que l'on ne voudrait pas retrouver dans son salon, ni chez soi en général, et encore moins en pleine nuit dans un plumard. Pensez à cet œil, lui aussi lisse et humide, visqueux, si immense surtout, et qui vous fixe, ne vous quitte pas. Pensez à ce champ de vision infini, auquel rien n'échappe. Pensez à cette bouche, seul orifice de l'énergumène, qui doit donc lui servir à tout (ce qui est affreux). Et en prime il est doublé par Billy Crystal, qui lui aussi est désormais tout lisse et tout vert... Y a-t-il encore des journalistes pour rappeler à l'acteur qu'il n'avait pas à ressembler à son personnage, qu'il n'avait pas besoin de se raser la tête façon boule de bowling, que tout ça c'était "du off" ? Bref, quoi de plus flippant en réalité que Rob Zombie, définitivement le maître de l'horreur.


Monstres Academy de Dan Scanlon avec Billy Crystal, John Goodman, Helen Mirren et Steve Buscemi (2013)

31 octobre 2012

Halloween (2007)

Sorti en 2007, le Halloween de Rob Zombie est donc l'indispensable remake du classique de John Carpenter déjà aux origines de sept suites officielles et d'environ 1000 copies. Il s'agit plus exactement d'une sorte de remake prequel, un peu à l'image du récent The Thing, étant donné que Rob Zombie s'intéresse à ce que Big John avait intelligemment choisi de passer sous silence dans son film, par des ellipses bien senties. Des ellipses qui lui évitaient de tomber dans les travers du film de serial killer de bas étage et qui permettaient à son film de devenir une œuvre quasi conceptuelle, débarrassée des conneries habituelles qui sont censées nous faire comprendre comment un type lambda peut devenir un taré total. Ce qu'on ne voit pas dans le film de Carpenter, on le voit donc dans celui de Zombie. C'était un pari risqué, mais pourquoi pas. Hélas, quand on regarde le film de Zombie (oui, j'ai décidé de ne plus dire son prénom, quand on choisit un blaze aussi pourri, faut assumer), on comprend très vite qu'il s'agissait en réalité d'une fausse bonne idée ou, en d'autres mots, d'une vieille idée pourrie mise entre les mains d'un sacré débile doté d'une imagination et d'une intelligence atterrantes. Je ne dis pas que c'est forcément naze de vouloir dresser le portrait psychologique d'un tueur, mais c'est très rarement réussi, et une chose est sûre : mieux vaut ne pas le faire du tout que le faire si mal.


Rob Zombie fait le remake du classique de Carpenter et s'attarde sur l'enfance de Michael Myers. Accrochez-vous, c'est un intellectuel de premier plan avec de gros sabots !

Qui était ce petit garçon qui a froidement tué sa sœur un soir d'Halloween ? Dans quel cadre familial vivait-il ? Quelles relations entretenait-il avec sa frangine ? Avec ses parents ? Ses grands-parents ? Bénéficiait-il d'une scolarité épanouie ? Avait-il de bonnes notes en dictée ? Quelles étaient ses activités favorites, ses passe-temps ? Allait-il chez l'orthophoniste le mercredi après-midi ? Et surtout, que s'est-il passé entre le moment du premier meurtre et son évasion de l'asile psychiatrique, 15 ans plus tard, c'est-à-dire pendant cette période où il fut pris en charge par le Docteur Loomis ? C'est à la plupart de ces questions, dont on pouvait parfois deviner les réponses dans le film initial, que Rob Zombie apporte ses réponses, celles d'un ado attardé sans aucune suite dans les idées, ressassant toujours les mêmes idioties à longueur de films. Alors que le chef d’œuvre de Carpenter baignait dans une ambiance irrationnelle tout à fait bienvenue, conférant un aspect fantastique à son film notamment à travers la figure de Michael Myers, le remake (j'appellerais ça un recel, contraction à ma sauce des mots "remake" et "prequel") de Rob Zombie se noie rapidement dans la platitude et la crétinerie la plus crasse en tentant péniblement de refaire le portrait de ce tueur inhumain.


Michael Myers enfant, une tête à claque de première.

Quand il était petit, Michael Myers avait une tronche de cake. Il tuait des chats et des chiens puis les prenait en photo. Normal. A l'école, il se faisait tabasser à toutes les récrés. Évidemment. Son beau-père était une sorte d'affreux connard répugnant, obscène, dégueulasse, infiniment bête, et, bien entendu, alcoolo au dernier degré. Il ne manquait jamais l'occasion de rabaisser le petit Michael et il harcelait quotidiennement sa grande sœur qu'il rêvait de se taper. Il faut dire que cette dernière était plus ou moins une pure trainée. Rien d'étonnant. Michael les méprisait tous, à l'exception de sa toute petite sœur, Laurie, encore bébé, et de sa mère, une strip-teaseuse professionnelle incarnée par Sheri Moon Zombie, la compagne de Rob, qui ne fait que montrer son gros cul et sa tronche de viking mal luné, en versant quelques larmes pour essayer de nous convaincre qu'elle est une actrice. Michael se contentait donc de les mépriser en silence jusqu'à ce soir d'Halloween où, après avoir contemplé son bol de chocapics pendant trois plombes, sa colère prit la forme d'une tuerie sauvage.


Pas de sang sur cette image, qui n'est donc pas représentative du film.

On croise donc ici les mêmes individus pitoyables que dans The Devil's Rejects, le film phare de Rob Zombie, celui qui lui a amené toute une ribambelle de fans. Ces personnages sont tous insupportables, incroyables de bêtise, de laideur et de vulgarité. Une galerie de freaks jamais attachant, que l'on a envie de voir crever autant que le petit Michael Myers, qui est hélas le plus ridicule de la troupe ! Blague à part : sachez que personnellement, j'associe volontiers Rob Zombie à ses personnages affreux, bêtes et méchants ; en plus, sans vouloir rentrer dans le délit de sale tronche, il me semble qu'il leur ressemble comme deux gouttes d'eau... Dans cette partie introductive, Rob Zombie nous gratifie de sa psychologie de bas étage, de ce portrait juvénile dressé à coups de hache et d'une connerie à toute épreuve, qui a simplement la particularité de faire de Michael Myers un personnage franchement ridicule et de déconstruire totalement l'image inventée par Carpenter il y a 34 ans. Mais ça n'est que le début...


Michael Myers adulte, un grand échalas en pyjus... Sur votre gauche, il s'agit bien de Danny Trejo, acteur bien décidé à se forger un CV fait des pires films de genre actuels.

Rob Zombie passe ensuite presque trois quarts d'heure à nous dépeindre l'évolution du petit Michael à l'asile psychiatrique, où il est donc pris en charge par le Docteur Loomis (Malcolm McDowell). Cette partie du film est d'une pauvreté affligeante, rien ne se passe, bien que tout soit surligné par la voix-off de Loomis, qui nous explique grosso modo à quel point Michael se recroqueville progressivement sur sa personnalité démoniaque, se cachant derrière de ridicules masques qu'il confectionne lui-même dans sa cellule. C'est navrant. Comment avoir peur d'un tel débile, comment craindre ce catcheur retraité avec les cheveux toujours pendus devant la tronche, qui passe son temps à fabriquer des masques ridicules seul dans sa piaule ? On dirait un gros benêt gothique, devenu friand de travaux manuels car c'est le seul domaine dans lequel il excelle ! On a simplement envie de lui tendre un ours en peluche pour qu'il fasse un bon gros dodo et affiche enfin une meilleure mine. En outre, on ne saisit rien du rapport qui se crée entre les deux personnages, rien, il faut que celui-ci soit là encore lourdement souligné par les dialogues très explicatifs de Loomis en personne pour qu'on se dise qu'il y a effectivement quelque chose de spécial qui se noue entre son patient et lui. Mais on s'en contrefout ! Et, là encore, tout était tellement mieux présenté dans le film de Carpenter, à peine suggéré, dévoilé par une ou deux phrases, mais paradoxalement tellement plus clair... A l'image de l'interprétation de Malcolm McDowell, depuis longtemps condamné à jouer dans des déchets, et qui fait ici vraiment de la peine. Il en fait des caisses là où Donald Pleasance parvenait à insuffler de l'intensité à son personnage avec trois fois rien. Et que dire de Michael Myers adulte, qui, en prenant les traits d'un dénommé Tyler Mane, devient une sorte de superstar du catch lamentable, un ersatz du sympathique Undertaker, mesurant 3 mètres de haut et 2 de large, avec une pistache moisie en guise de cerveau.


Fin du film : à court d'imagination, Michael Myers tente le car-jack.

La première partie du film est donc "intéressante" (je mets entre guillemets car c'est très relatif, comme vous l'aurez compris !) dans le sens où elle cherche à nous montrer ce que l'original nous cachait. La seconde partie (le film dure deux putain de plombes, ma parole !) est d'une nullité totale puisqu'elle reproduit le film de Carpenter en le vidant de tout, alors que Rob Zombie aurait pu poursuivre en insistant sur "l'envers du décor", soit sur ce qu'on ne voit pas dans l'original. Et c'est quand il reproduit les situations du film de 1978, en les rendant plus trash, plus "réalistes", forcément plus violentes, que la nullité désolante de Zombie finit de lasser. Inutile de préciser que Rob Zombie n'a pas un millième du talent de metteur en scène de John Carpenter, et dans ces moments-là, c'est particulièrement douloureux. Son film atteint des sommets dans l'ignominie.


Dr Loomis et Laurie Strode pensent s'être débarrassé de Michael Myers après lui avoir logé une balle dans le crâne. Cela n'empêchera pas Rob Zombie de signer un Halloween 2, la suite du remake-prequel qui n'est pas le remake de la suite de l'original !

La seule intervention de John Carpenter dans la conception du film de Rob Zombie fut le petit conseil suivant : le "Maître de l'horreur" dit simplement à son collègue chevelu "Fais de ce film le tien". Ce qu'il fallait interpréter par "Ne touche pas à mon film, fais-en un autre, bas les pattes !". Avec Big John, rarement très bavard sur les sujets un peu épineux, il faut toujours savoir lire entre les lignes et décrypter le véritable sens de ses rares paroles. Quand il dit à Jean-François Richet à propos de son remake d'Assaut la fameuse formule sibylline "Different time, different movie, same spirit", c'était surtout histoire d'être débarrassé une bonne fois pour toute de l'inévitable question "Alors tu penses quoi du remake ?", et il fallait plutôt comprendre "Ton film pue la merde à plein nez mais j'ose espérer que tu l'as réalisé avec la saine intention de faire un bon film". Quand on lui a récemment demandé ce qu'il pensait de ce remake d'Halloween sur Twitter, John Carpenter a simplement répondu "No comment". Pas besoin de lire entre les lignes cette fois-ci...


Halloween de Rob Zombie avec Malcolm McDowell, Tyler Mane, Scout Taylor-Compton, Sheri Moon Zombie et William Forsythe (2007)

30 mai 2012

Spider Baby

De nombreux experts refusent d'admettre l'existence du Syndrome de Merrye, appelé ainsi parce qu'il n'a été observé que parmi la descendance d'un certain Ebenesiah Merrye. Cette étrange maladie se caractérise par une régression infantile progressive se manifestant vers l'âge de dix ans et s'aggravant inexorablement tout au long de la vie du malade. On dit même qu'au final la victime régresserait à un stade prénatal, retournant à une condition pré-humaine de sauvagerie et de cannibalisme. Dans une vieille maison de maître reculée et en décomposition, les trois derniers descendants de la famille Merrye vivent en autarcie avec leur tuteur et chauffeur, Bruno (Lon Chaney Jr.), qui promit à leur père de s'occuper d'eux. Un beau jour, deux parents éloignés se rendent dans l'ancienne demeure avec leur avocat afin d'examiner et de revendiquer la propriété comme héritiers légitimes. Le contrôle fragile de Bruno sur les trois enfants Merrye, deux jeunes filles délurées et leur grand frère attardé, va alors se détériorer peu à peu puis totalement céder, pour laisser place au chaos et à la folie pure. Voici donc le résumé de ce film unique en son genre réalisé par Jack Hill.



Jack Hill occupe une place à part dans le monde étrange et obscur du cinéma bis. Lancée par Roger Corman, sa carrière relativement éphémère et discrète marqua néanmoins le cinéma d’exploitation américain. Cet artisan de la série B signa son plus grand succès en 1973 avec un film de blaxploitation sobrement intitulé Coffy, la panthère noire de Harlem, un polar urbain violent mettant en vedette la plantureuse Pam Grier. Réalisé neuf ans plus tôt, Spider Baby est le film le plus personnel de Jack Hill. Tournée en moins de deux semaines pour un budget de 65 000 dollars, cette œuvre inclassable dont le titre initial était Cannibal Orgy or the Maddest Story Ever Told a failli ne jamais être visible et a dû attendre quatre ans avant d’être découverte par un petit cercle de privilégiés, lors d'une sortie en salles très confidentielle en 1968. Récemment édité en dvd, c’est avec un plaisir sans égal que nous pouvons aujourd’hui redécouvrir ce film au charme si singulier et qui, au fil des ans, a réussi à acquérir une enviable réputation, tout à fait méritée.



Après un générique qui a le mérite d'annoncer la couleur en beauté fait d’animations cartoonesques sympathiques accompagnées d’une comptine amusante et morbide, superbement chantée par Lon Chaney Jr dans un style proche de Tom Waits, nous nous retrouvons donc parachutés dans une ambiance macabre totalement réussie et brillamment mise en place par Jack Hill. Cette atmosphère assez savoureuse a également pour effet de très vite et agréablement nous faire rentrer dans ce film a priori assez bizarre et donc peu engageant. Cette immense maison, nichée quelque part dans un trou perdu de l’Amérique, dégage un climat d’épouvante gothique dans lequel on plonge avec délice, savamment mis en valeur par un très beau noir et blanc. Mais ce qui captive le plus dans le
Spider Baby de Jack Hill réside plutôt dans la façon qu’a le récit de se teinter d’un humour noir particulièrement étonnant et bienvenu, qui permet en outre d’échapper au sérieux qui était habituellement la règle dans les films fantastiques classiques de cette période, pour mieux nous proposer quelque chose de bien plus insolite et original. Ce ton très particulier, né de ce second degré omniprésent mais qui ne vient jamais parasiter le développement du film, apparaît donc très moderne pour l’époque. Les scènes les plus réussies du film sont ainsi celles où l’angoisse côtoie le rire, dans un univers contaminé par une vraie folie, donnant lieu à quelques scènes savoureusement décalées. On relèvera aussi quelques scènes dont les discrètes connotations sexuelles donnent un côté un peu malsain au film tout à fait bienvenu aussi et participant pleinement à son originalité. La délicieuse scène d'introduction, où l’un des personnages cite l'extravagant Dictionnaire des Maladies Rares et Étranges et commence à nous narrer l'histoire, et la conclusion, en forme de pirouette à l’humour ravageur, sont à l’image du film tout entier : une très sympathique réussite, régulièrement surprenante, dont la découverte est un vrai plaisir de cinéphile.



L’interprétation est aussi l’un des points forts du film, à commencer par la prestation remarquable de Lon Chaney Jr, qui avait déjà prêté ses traits au loup-garou du classique du cinéma d’épouvante de 1941 réalisé par George Waggner. L’acteur parvient avec beaucoup de talent à donner de l’épaisseur à son personnage, ce père de substitution au grand cœur, très touchant dans son attachement à cette famille de détraquée. L’interprétation inspirée de Lon Chaney Jr rend véritablement poignant cet amour sans faille que son personnage porte à ces enfants anormaux. Les deux jeunes actrices qui incarnent les sœurs inséparables semblent quant à elles s’en donner à cœur joie quand il s’agit d’insuffler de la vie et de la folie à cet imprévisible duo, tout particulièrement la jolie brune Jill Banner, au charme vénéneux. Quant à Sid Haig, que nous avons depuis revu dans les films de Rob Zombie, il est tout simplement parfait dans le rôle du grand frère débile puisque l’on jurerait qu’il ne joue pas. A l’évidence, cette famille de dégénérés furieux en a inspiré bien d’autres. Et si Spider Baby n’est peut-être pas un chef d’œuvre absolu du genre, il s’agit à mon sens d’un film important. Un peu à l'image du remarquable Carnival of Souls de Herk Harvey, le film de Jack Hill est une véritable curiosité dont il serait bien difficile de mesurer l’influence mais que l’on peut aisément considérer comme une sorte de chaînon manquant entre Psychose et Massacre à la tronçonneuse. Une œuvre à redécouvrir dont on peut aujourd'hui mieux apprécier toute la valeur, la portée et la singularité.


Spider Baby de Jack Hill avec Lon Chaney Jr., Jill Banner, Sid Haig et Beverly Washburn (1964)