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12 juillet 2023

The Covenant

Voilà un film que la plupart des observateurs ont découpé en deux parties, préférant généralement la première, jugée efficace et prenante, à la deuxième, considérée plus brouillonne et convenue. Je suis plutôt d'accord avec ça mais j'apporterai plus tard ma contribution à cette analyse pointue. Dans la première partie, qui se déroule entièrement en Afghanistan, en mars 2018, le sergent américain campé par Jake Gyllenhaal essaie de débusquer et démanteler les dépôts de munitions et de construction de bombes des talibans à l'aide de son interprète, qui dépasse largement ses fonctions en s'avérant être un sacré opérateur de terrain quasi doué d'un sixième sens. Suite à une intervention qui tourne mal, lors de laquelle la petite troupe menée par Gyllenhaal est presque totalement décimée, ce passable film d'action et de guerre tourne au survival pur et simple puisque notre interprète deluxe, joué par un acteur charismatique (Dar Salim), se donne pour mission de sauver le sergent fort mal en point, en le ramenant à sa base. Pour cela, il lui faudra traverser en toute discrétion et en vitesse le territoire hostile, escarpé et désertique des talibans, ce qui ne sera pas une mince affaire. Cette première partie est menée tambour battant, elle nous accroche forcément, malgré quelques fautes de goût notables de la part d'un Guy Ritchie que l'on a toutefois connu capable de bien pire, et en dépit d'un traitement des scènes d'action assez digne du plus sommaire des jeux vidéos, avec ces talibans qui arrivent par vagues successives et tombent comme des mouches sous les tirs plus précis et létaux des américains. Une ellipse de plusieurs semaines nous mène vers la deuxième partie, qui nous propose d'assister aux efforts monumentaux entrepris par Jake Gyllenhaal pour rendre justice à son interprète zélé : il ira pour cela jusqu'à le retrouver en Afghanistan afin de le rapatrier en Amérique avec un visa pour toute sa famille, comme promis initialement. Il faut bien que l'américain se montre héroïque, lui aussi !


 
 
Au milieu de ces deux grandes parties que les plus fins cinéphiles ont su repérer, je tiens pour ma part à mettre en avant le pont qui les sépare et qui constitue, à mes yeux, le meilleur moment de ce film, un film qui vous fera passer une soirée mais dont vous pouvez très bien vous passer. Je veux par là mettre en lumière ces longues minutes d'un comique involontaire discret mais salvateur où Jake Gyllenhaal se perd dans un véritable cauchemar bureaucratique, noyé sous des démarches administratives pénibles qui vont même l'empêcher de trouver le sommeil. C'est qu'il se bat pour obtenir un visa à son sauveur puis pour avoir le droit de retourner en personne le dénicher en Afghanistan. Il faut voir notre sergent revenu d'entre les morts essayer de garder son calme au téléphone, où il est renvoyé d'un standard à un autre, avant de perdre totalement ses nerfs et d'hurler des menaces terribles à ses pauvres interlocuteurs ! Lui qui a flirté avec la Grande Faucheuse ne s'attendait sans doute pas à ce que la pire épreuve l'attende dans l'intimité et le calme apparent de son salon, au bout du fil. Ce passage-là a placé mon père, qui a gentiment regardé ce truc-là à mes côtés (c'est le genre de film à voir en bonne compagnie), face au si douloureux souvenir de ses propres démarches administratives auprès d'Agirc-Arrco et sa longue bataille pour faire valoir l'intégralité de ses droits à la retraite. Jake Gyllenhaal nous propose une prestation habitée comme il en a le secret. Drôle d'acteur, d'ailleurs, que ce Jake Gyllenhaal, auquel un bel avenir était jadis promis lorsqu'on le voyait évoluer devant la caméra, faussement prometteuse aussi, de Richard Kelly, et qui perd hélas son temps aujourd'hui dans des collaborations au mieux anecdotiques avec des pointures du cinéma au rabais tel que Antoine Fuqua, Michael Bay et donc Guy Ritchie. Notons toutefois que sa présence ici permet au piètre réalisateur britannique et ex boyfriend de Madonna de torcher un de ses films les plus matables. Bien entendu, je ne vous le conseille pas pour autant. On est simplement toujours un peu surpris, aujourd'hui, quand on arrive au bout d'une telle production américaine, sans avoir eu envie de tout arrêter, et en ayant été relativement captivé.
 
 
The Covenant de Guy Ritchie avec Jake Gyllenhaal et Dar Salim (2023)

1 juillet 2013

The Box

Après Donnie Darko, on attendait tous le nouveau bébé de Richard Kelly. Il a bien sorti Southland Tales mais personne ne l'a vu. Donc on attendait toujours le film d'après Donnie Darko. Or, que constate-t-on devant The Box ? Que Richard Kelly a subi le sort de l'avion dans son premier film phare : il s'est crashé. Commençons par le début : toc, toc, toc. Qui est là ? Frank Langella. J'ai une mallette et une proposition indécente pour vous. Ok, je t'ouvre, je suis trop conne, je suis Cameron Diaz (truisme). En quoi consistent les termes de ce dilemme machiavélique ? Une valise contenant 500$ (soit 238€) offerte à celui qui osera appuyer sur le bouton rouge d'une grosse boîte, lequel bouton, une fois actionné, entrainera la mort d'un être humain au hasard dans le monde. Pour ce qui nous concerne le défi serait vite relevé. Nos loyers respectifs coûtent la bagatelle d'environ 600 doublons par tête de pipe. Et cinq cent dollars américains c'est pile ce qui nous manque pour finir le mois en général. En outre on a déjà tué un ouvrier de la DDE un matin brumeux sur l'autoroute, qu'on a retrouvé sous notre capot en arrivant chez nous après cinq heures de trajet. On a mal dormi de toute une nuit mais en buvant deux ou trois verres de lait sucré (le lactose permet d'endormir les bébés), c'est passé et finalement on a pu pioncer. Donc nous sommes rodés.


Un billet de 500 dols ou la vie d'un quidam ? James Marsden et Cameron Diaz hésitent. Ils n'ont pourtant pas hésité à saloper leur appartement avec un papier peint susceptible d'ôter la vue et la vie. Le cinéaste se focalise sur cette tapisserie à motifs "ruche d'abeille" typique des 70s qui nous accapare totalement et qui nous pousse à nous questionner sur cette génération dorée qui avait un goût de chiotte à tout rompre mais qui avait aussi le génie d'aller marcher sur la lune.

Quand, en 2010, t'as Cameron Diaz qui fend ton affiche en deux, quand c'est la star de ton film, quand c'est ton argument sexy, t'as quelques wagons de retard et tu fais pitié. Cameron Diaz a accepté le rôle parce qu'elle y voit double et qu'elle a cru lire "The Botox" sur le scénario. Elle s'est dit : "Ouais je m'en injecte un biberon tous les matins, donc porqué no". Quand la star féminine alléchante de ton film c'est Cameron Diaz et quand son personnage de prof de lycée souffre d'un horrible pied-bot qu'elle exhibe sous le nez de ses étudiants écœurés, t'as tout simplement un petit grain. Quand la star masculine de ton film c'est James Marsden, que tout le monde confond avec Michael Madsen, Guy Pearce et Mads Mikkelsen, t'es dans le tiers monde du cinoche mais t'as au moins sous la main un acteur qui assure ses propres cascades sans être assuré.


Ne vous y trompez pas, elle commence par les prendre en traitre en leur montrant son pied normal, et pourtant y'a déjà un étudiant qui détourne la tronche au premier plan, dégoûté par la vie.

La première heure de ce film situé dans les années 70 sans aucune raison apparente nous montre tous les personnages qui déambulent devant le bouton rouge en le jaugeant et en roulant les épaules comme des sardines serrées dans une boite entre l'huile et les aromates, hésitant à appuyer une bonne fois pour toutes sur le champignon quitte à se foutre dedans, comme un candidat de Question pour un champion qui connaît pas la réponse mais qui l'a sur le bout de la langue, excité en prime par un Julien Lepers dopé à mort. Dans ce film Lepers c'est Frank Langella et il a la gueule défoncée (il en manque la moitié, et on se rend compte qu'il y a des trucs essentiels sur un visage en le regardant), car c'est en fait un extra-terrestre envoyé là pour... on s'en rappelle plus. Le film est tiré d'une nouvelle de feu Richard Matheson, le célèbre pourvoyeur d'idées en or et/ou en contreplaqué du cinéma de genre hollywoodien quand ce dernier s'est enfin lassé de Stephen King ou de Philip K. Dick. C'est à ce génial vivier humain de scripts que l'on doit par exemple Duel, Je Suis une légende, L'Homme qui rétrécit, et ainsi de suite. C'est l'homme de la situation quand il s'agit de trouver une idée simple, accrocheuse et cinégénique qui s'étalera sur 90 minutes. Mais parfois ses idées sont trainées dans la boue, la preuve.


The Box de Richard Kelly avec Cameron Diaz et James Mardsen (2009)

28 janvier 2009

Donnie Darko

Je voudrais m'attarder sur une scène de ce film dont vous trouverez par ailleurs d'autres critiques sur google, si vous êtes du genre à aimer entendre parler de l'intégralité des films. Dans ce film, Jake Gyllenhaal (qu'on a décidé de laisser tranquille avec son nom, pour la première fois, lui qui ouvre toujours plusieurs boîtes à lettres dans le hall de son immeuble pour qu'au final tous les noms de ses voisins réunis puissent ressembler vaguement à son patronyme d'outre-tombe), acteur dont c'était la première apparition importante au cinéma (il avait déjà joué le fils de Billy Crystal dans La Vie, l'amour, les vaches), incarne un jeune étudiant qui rédige un exposé de chimie sur les particules élémentaires si chères à Michel Houellebecq. Dans son petit mémoire il tend à prouver que l'Homme se nourrit partiellement de l'air qui l'entoure et qu'il respire, et par extension du domaine de la lutte, de tout ce qui est précisément contenu dans cet air. Il démontre par A+B que l'Humain ingère, comme il fait des aliments, les molécules contenues dans l'air et leurs spécificités. En somme il nous explique que l'on avale, dans une quantité infinitésimale, un peu de ce que l'on sent. Ce à quoi son professeur et directeur de recherche Patrick Swayze (c'est la première fois que cet acteur joue un rôle de vivant, et non plus des fantômes de danseurs morts) ne trouve rien à redire.

Depuis ce film, une expression courante s'est fait jour et court le monde. Quand quelqu'un est assis à côté de vous, et qu'il expulse un cube fait de méthane et d'ammoniac, en d'autres termes quand votre voisin de métro chie tous ses morts en se tenant à un bras de distance de vous, et que vous sentez cette odeur de merde grimper comme un rongeur le long de votre flanc pour foncer vous hanter les narines et imprégner vos habits autant que votre gorge, quand vous sentez ce parfum de grande mort se répandre sur votre langue telle la grande faucheuse, et que vous sauriez presque dire ce que le horla à vos côtés a dîné avant de sauter dans le subway pour parcourir la ville et y partager son mal, alors, à cet instant précis, où vous cherchez la possibilité d'une île, et où vous tâchez de rester vivant, contre le monde, contre la vie, alors vous venez de subir une "Donnie Darko". Vous venez littéralement de manger de la merde, en quantité minuscule certes, mais suffisante pour pouvoir dire et affirmer que vous venez de manger un peu de merde. Sachez que si un jour les rôles s'inversent, et ne détournez pas le regard, on sait tous très bien que les rôles se sont déjà inversés pour chacun d'entre nous, on sait tous très bien qu'on n'est pas toujours au parfum de ce qu'on a dans le slip, alors vous pourrez dire que vous aurez, vous aussi, fait une "Donnie Darko".


Donnie Darko de Richard Kelly avec Jake Gyllenhaal et Maggie Gyllenhaal (2002)

7 octobre 2008

Old Boy

Kelly Reichardt, quelle réalisatrice... On lui doit Donnie Darko, rien que ça. Rien que ça, c'est pas ironique du tout, elle a fait que ça. Après un tel premier film on était en droit d'attendre beaucoup d'elle. Et en effet on a pas été déçus. Enfin moi si, j'ai été déçu. Mais pas le reste du monde. Un peu comme pour Donnie Darko. Tout le monde l'a aimé ce film, perso je l'ai pas vu.

Bref. Qui se serait douté qu'une jeune réalisatrice bien Américaine, ayant signé un premier film fantastico-féérique lui-même bien Américain; qui se serait douté que cette même jeune femme qui a lancé sur des charbons ardents Maggie Gyllenhaal, plongeant se faisant le jeune frère de l'actrice dans l'ombre; qui se serait douté que cette artiste qui avait, par un coup de génie, renouvelé le genre du film de mafiosi en plongeant une frêle inconnue telle que Maggie Gyllenhaal entre deux pontes du film noir Américain tels que Al et Pacino; qui se serait douté que cette meuf-là irait tourner son second film en Corée, en plein Singapour, avec non seulement un cast mais aussi une crew à 100% Taïwannais ? Pas moi.



Après avoir condamné le genre du film de mafiosi fantastique, Kelly Reichardt s'empare du film de vengeance laissé de côté par un Park Chan-Wook sous le charme de la savane Américaine. Comment s'étonner que tant de fans dorment, mangent et boivent Old Boy. Quel film... L'histoire d'un type qu'on enferme dans une piaule d'hôtel moisie pendant 40 ans, nourri comme un clébard. Au bout de 40 ans il s'échappe (ou bien lui ouvre-t-on la porte, toujours est-il qu'il sort de la piaule). Alors notre ami décide de se venger de ce petit contretemps de 40 ans qu'on lui a imposé en draguant des prostituées et en bouffant des poulpes. Voilà qui nous vaut deux scènes choc, parce que je vous cacherai pas qu'après 40 ans passés tout seul enfermé dans une chambre d'hôtel, notre héros n'a pas tout à fait les yeux en face des trous. On a donc d'abord droit à l'enculage d'un poulpe, puis à une scène cannibaliste, anthropophagiste, dans laquelle Choi Min-Sik (qui pour une fois n'a pas eu le choix) dévore une péripatéticienne sans en laisser une miette (séquence sans trucage, en temps réel, qui vaudra à l'acteur un César d'honneur au festoche de Cannes). Après quoi, soulagé et repu, notre héros peut s'attaquer plus sérieusement à l'amour. Il tombe alors sous le charme d'une femme qui lui plaît spécialement car elle lui ressemble étrangement trait pour trait (Choi Min-Sik joue les deux rôles). Après quelques verres dans un bar, le héros finit par ramener la demoiselle chez lui (tout en se ramenant lui-même, je vous rappelle que Choi Min-Sik assure l'interprétation des deux personnages) et s'ensuit une terrible scène de coït à marquer d'un X dans ma chronologie cinéphilique. La légende raconte que le chanteur Marylin Manson se serait fait retirer deux côtes pour pouvoir s'auto-sucer, concernant Choi Min-Sik, la même légende est mise à rude épreuve par les images sans concession de Kelly Reichardt.



À la fin du film, on découvrira qu'un ami d'enfance du personnage principal était derrière tout ça. Tout ça c'est quoi ? C'est l'histoire d'un type qui a chipé une bille à un camarade de classe à la récré en CE2, lequel camarade n'a pas apprécié ce larcin. À tel point qu'il décide des années plus tard de se venger de ce vol de bille en enfermant le coupable pendant 40 ans et en mettant au point une machination qui lui prend un temps fou et qui a pour but de faire coucher sa victime enfin libérée avec sa propre fille devenue femme. Au passage, le vengeur masqué récupère ses billes puisqu'il demande à la fin du film au héros de s'arracher les yeux pour connaître la vérité sur sa vie de merde. Ce vengeur voulait donc le beurre (la bille), l'argent du beurre (la satisfaction d'avoir infligé 40 ans de taule au voleur), et le cul de la crémière (la jeune fille qui n'avait rien à voir avec cette histoire et qui se retrouve enceinte de son père).

Rideau. Palme d'or. Prix du jury. Prix du public. Quinzaine des réalisateurs. Coffret dvd Prestige de deux tonnes. Un Certain Regard. Oscar du meilleur film étranger. Ours d'or de Berlin. Lion d'Argent de Venise. César d'honneur. Grand Bell Award. Best Film Award. Standing ovation. Hola. Como te llamas ? Kelly Reichardt, Richard Kelly.


Old Boy de Kelly Reichardt avec Choi Min-Sik (2004)