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17 juin 2018

La Famille Hollar

La curiosité est un putain de vilain défaut ! Suite au succès étonnant du film d'horreur Sans un bruit (Without a Single Sound en vo) outre Atlantique, j'ai voulu m'intéresser à ce que John Krasinski avait réalisé auparavant. C'est ainsi que j'ai fini devant son précédent long métrage en tant que réalisateur, La Famille Hollar. Je ne sais pas ce qui m'a pris... Tous les voyants étaient au rouge, tout m'indiquait un énorme étron estampillé Sundance, j'aurais donc dû me fier à mon instinct et m'éviter un tel supplice. Hélas, la curiosité d'un blogueur ciné n'a guère de limite... Et il y avait la présence au casting de Mary Elizabeth Winstead, dont je suis la carrière de près, sans parler de ce modeste running time de 88 minutes qui me faisait les yeux doux. Je raffole en effet des films ne dépassant pas l'heure et demi. J'adore le cinoche mais faut pas pousser... Je fonçais donc tête baissée dans La Famille Hollar, prêt à m'en vouloir à mort et à prendre la raclée du siècle !


Le gars a MEW à ses pieds mais préfère mettre en cloque Anna Kendrick.

Apparemment, on appelle ça une "dramedy". On peut aussi dire que c'est de la merde, tout simplement. The Hollars contient strictement tous les ingrédients de ces saloperies "indie". Il en sort des dizaines chaque année des comme ça. John Krasinski est un tocard de première mais c'est aussi un bon élève car il n'a rien oublié de la petite recette et s'applique à la suivre à la lettre. Il a pensé à tout, son produit est calibré au millimètre, on a droit à tous les poncifs. On suit donc ce grand dadais informe au sourire et au regard idiots retourner dans sa ville natale car sa maman est à l'hosto et n'en a vraisemblablement plus pour longtemps. Il retrouve ainsi sa petite famille : son père (Richard Jenkins, épouvantable), dépassé par la situation et dont l'entreprise est en faillite, et son grand frère (Sharlito Copley, pour son premier rôle sans armure), un raté qui ne s'est toujours pas remis de son divorce. Il retrouve aussi de vieilles connaissances, pour l'inévitable galerie de personnages décalés qu'il va falloir se farcir. En bref, c'est le scénario classique d'un "return home", comme on nous en a proposé des tas ces dernières années. Certains sont réussis, je pense par exemple à Lonesome Jim, mais c'est bien rare et la plupart sont comme celui-ci : ils ne valent rien.


Crève...

Car le problème, c'est évidemment qu'on a beaucoup trop vu tout ça et que c'était pourri dès le départ. John Krasinski a bien vingt ans de retard, l'équivalent d'une ère géologique pour le cinéma ricain. Garden State date de 2004. A l'époque, ça marchait du tonnerre, ça faisait le buzz et ça réussissait même à gratter quelques récompenses tout à fait injustifiées. Aujourd'hui, ça ne sort même pas en salles et le monde ne s'en porte pas plus mal. La Famille Hollar n'est sorti qu'en Russie, le 22 septembre 2016, et c'est bien là la preuve que la Guerre Froide n'est pas tout à fait terminée. Ce film laisse songeur... On se demande bien ce qui anime quelqu'un comme John Fitzgerald Krasinski. Le gars réalise peut-être là son rêve, en étant la star de son propre film ; le résultat est cette immondice infecte. Krasinski s'est en effet attribué le beau rôle puisqu'il incarne John Hollar, le fils prodige de la famille Hollar, dont le seul défaut, un léger manque de confiance en soi, n'en est pas vraiment un puisqu'il s'agit en réalité d'une trop grande humilité (celle qui l'empêche, voyez-vous, d'envoyer ses bandes dessinées merdiques à un éditeur alors qu'il a un talent fou, tout son entourage en est convaincu !...). Quand il revoit son ancienne petite-amie du lycée, MEW, celle-ci, encore accro à lui, retombe illico dans ses bras, l'agressant presque sexuellement. Non mais sans rire... John Hollar profite aussi de son passage en ville pour donner des petites leçons de vie à tout le monde, à commencer par son frère. Des baffes je vous dis !


MEW montre à son ancien petit-ami qu'elle n'a pas si mal vieilli.

J'ai immédiatement souffert. De la première à la dernière seconde, éprouvant un sentiment de haine tenace pour tous les acteurs impliqués là-dedans. Même pour Dick Jenkins ! C'est la première fois que je ressens du mépris pour Dick Jenkins que je considère comme un ami et qui d'habitude surnage même dans les pires daubes. Monsieur Krasinski a accompli ce miracle. A leurs côtés, on retrouve aussi l'abominable Anna Kendrick, la femme enceinte de notre héros national. Regardez donc le faciès de cette actrice. Moi je ne peux pas. Je suis désolé. Je sais qu'il ne faut pas s'attaquer au physique, mais la laideur du visage de cette actrice me fascinerait presque. Quand elle sourit, tout s'assombrit. Il est rare de dégager autant de bêtise et de disgrâce en dévoilant un simple râtelier de canasson. Cette femme esquinte toutes les vidéos dans lesquelles elle apparaît.


La tonte de la mère par son fils chéri donne lieu à une scène abominable... Mais Krasinski a l'air content de lui, c'est bien l'essentiel. 

Krass'inski mêle les rires et les larmes, les moments d'émotion à gerber et les scènes plus comiques qui tombent à plat, le tout rythmé par la gratte et la voix dégueulasses de Josh Ritter, un songwritter miteux au caractère "indé" au moins aussi puissant que cette abomination de film. Il faut s'enquiller ce moment terrible où les deux fils et leur con de père se mettent à chanter en chœur dans une chorégraphie timide en guise d'adieu à leur énorme mère, juste avant qu'elle passe sur le billard pour l'opération fatidique (spoiler : elle y laisse la vie et on en est RA-VIS !). Il faut s'infliger cette scène où l'affreux Krasinski sort une dernière fois sa daronne de l'hosto en la poussant à fond les ballons sur son fauteuil roulant, toujours accompagné d'une musique merdique à souhait. Des envies de meurtre... On a vraiment l'impression de revoir la dernière crotte de Zach Braff. John Krasinski lui ressemble sur bien des points, c'est encore un acteur venu de la série télé comique qui a décidé de s'en prendre frontalement au cinéma, et nous pond d'infâmes produits sans âme de l'indiewood. Bien avant Sans un bruit, Krasinski avait donc réalisé un film d'horreur bien plus effrayant sans doute... Avis aux amateurs ! En tout cas moi j'ai bien les boules devant ça.


Pas de quoi être fier, en effet.

C'est dommage car je n'avais rien contre John Krasinski jusqu'à présent. Je l'aimais plutôt bien dans The Office, nos rapports s'en étaient arrêtés là et ça m'allait très bien. J'ai vu qu'il a depuis essayé de changer de registre, de casser son image de grand glandu, de manière tout à fait ridicule. Sans un bruit doit participer à la même démarche putride. Le type est allé se sculpter un corps de catcheur pour les besoins d'un film de guerre minable signé Michael Bay, 13 Hours. Bien vu l'artiste ! Jim Halpert, héros de film d'action ? On aura tout vu... Si l'on en croit les critiques, 13 Hours n'est pas le pire de Michael Bay, ce qui n'éclaire en rien, mais ça a fait un four, et c'est tant mieux. Cela n'empêche pas John Krasinski de se vanter à longueur d'interviews d'avoir désormais un "8-pack" qui plaît drôlement à sa chérie, Emily Blunt. On est franchement contents pour eux. Pourquoi ne profitent-ils pas de la vie en n'en glandant plus une, en prenant leur distance avec le cinéma ? On leur en serait très reconnaissant. Il faut savoir s'arrêter au sommet de sa gloire, comme Platoche et Zidane !


La Famille Hollar de et avec John Krasinski (2016)

1 septembre 2016

The Way, la route ensemble

C'est joli puisque ça se passe, je dirais même que ça déambule, dans les Pyrénées, le Pays Basque puis le nord-ouest de l'Espagne jusqu'à Saint-Jacques de Compostelle. Ensuite, n'importe qui suivrait Martin Sheen n'importe où, avec ses cheveux virevoltants, sa dégaine de vétéran du Viet-Nam et ses yeux constamment exorbités, même dans un Lidl au milieu des clodos en train de charger à ras bord leurs cagettes de Finkbräu.

Martin Sheen est ophtalmo en Californie lorsqu'il apprend au milieu de son parcours de golf que son con de fils unique Emilio, avec lequel il est légèrement en froid, vient de mourir victime du mauvais temps pyrénéen. En effet, Emilio avait décidé, sans en référer à son père, de se taper le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. D'où l'étonnement compréhensif de Martin Sheen quand Tcheky Karyo, se faisant passer pour le capitaine de la gendarmerie de Saint-Jean-Pied-de-Port, lui apprend le tragique mais banal accident dont a été victime son fils après seulement un jour de marche. Éploré, Martin Sheen file dans ce petit village bucolique des Pyrénées et débarque d'un TER, ce qui a dû l'éplorer un peu plus encore. Tcheky Karyo joue parfaitement le gendarme lambda français, tout en douceur et retenue, parlant sans effort un anglais châtié en faisant bien attention d'aspirer les h, ce que tout Français fait de manière naturelle, on le sait tous.


Après avoir tergiversé quelques heures, Martin Sheen décide de faire cramer son fils et d'aller répartir ses cendres le long du chemin de pèlerinage jusqu'à Saint Jacques de Compostelle, d'où le titre du film! Durant son voyage, il est rapidement harcelé par un gros hollandais fumeur de weed qui fait le pèlerinage pour perdre du poids afin de pouvoir remettre un de ses vieux costards pour le troisième mariage de son frangin. Il rencontre ensuite une canadienne jouée par Deborah Kara Hunger qui est ici tellement maigre qu'elle n'a jamais aussi bien porté son nom, et qui ressemble maintenant à un transsexuel toxicomane, canadien donc. Un peu plus tard, il rencontre un écrivain irlandais colérique et en panne d'inspiration qui a eu juste le temps de faire le pèlerinage avec toute l'équipe du film avant de s'envoler pour la Nouvelle-Zélande jouer un nain. Les rapports entre les personnages passent de cordiaux à tendus, puis de tendus à cordiaux au fur et à mesure des beignes, des insultes ou des mots d'amour qu'ils se balancent.


Le tout est illustrée par une musique survoltée choisie personnellement par Emilio Estevez! Pour notre plus grand désarroi, Emilio ne peut pas s'empêcher de nous mettre sa playlist idéale de ballade cheminantes tout au long de cette randonnée que l'on suit les yeux rougis par l'effort, cette playlist qu'il a effectivement mise sur son iPod Touch personnel et qu'il a fait subir à toute l'équipe du film le long des 800 bornes jusqu'à Santiago. Et malheureusement, entre les classiques instrumentales à la guitare, les solos violon enflammés et les ersatz de Bob Dylan gémissant des insanités nombrilistes, on a droit à l'habituel New Slang des Shins, qui est toujours ressorti par les réalisateurs à l'esprit étroit à chaque fois qu'un être humain chemine avec émotion d'un point A à un point B, que ce soit à pied, à cheval ou en voiture. Nick Drake est aussi de la partie, ce qui me fait soupçonner une certaine accointance, voire une amitié avec le démoniaque Zack Braff.


Pendant leur grande rando de plus de deux heures, nos quatre compères rencontrent des Français, des Basques et des Espagnols, tous joués par autochtones placides qui ont la particularité de parler anglais avec la facilité et la délicatesse du premier Wayne Rooney venu, ce qui leur facilite pas mal la route. On apprend aussi que l'Espagnol est voleur puisqu'à peine Martin Sheen a posé son sac devant la cathédrale de Burgos qu'il se le fait chaparder par un gamin présenté comme un Gitan. Sympa les préjugés Émilio. Il essaie de se rattraper ensuite en faisant ramener le gamin par le colbac par son père rouge de honte qui parle, lui aussi, un anglais d'Oxford sans effort. Tout ça nous raconte une bien jolie histoire, remplie de vignettes gastronomiques et de paysages montagneux et tourmentés, probablement comme l'esprit d'Emilio Estevez, qui se plait à apparaître tout le long du film, juste pour nous rappeler qu'il a une sacrée tête de con. L'arrivée sous les violons et solos guitares à Santiago de Compostela se fait par un jour gris et fade typique de la Province de La Corogne. Chacun des quatre personnages est ému, parfois jusqu'aux larmes comme notre Irlandais nain, et se fait tourner autour en contre-plongée par une caméra survoltée. C'est un film très chrétien.


TélécableSat nous dit candidement que ce film est plein d'humanité et qu'il nous permet de jouir de beaux paysages. Je ne peux pas être plus d'accord, mais j'y vois surtout la déclaration d'amour d'un fils à son père, un fils qui se rêve en cadavre et qui force son propre père dans la vraie vie à répartir ses cendres tout le long du chemin jusqu'à Saint Jacques de Compostelle ! Assez bizarre quand on y pense, et je ne sais pas comment Martin Sheen l'a pris quand son fils lui a présenté les grandes lignes de son grand projet cinématographique après son film sur la mort de Bobby Kennedy. Encore la mort, qui semble hanter Emilio Estevez, alors qu'il pourrait, comme tout le monde rêver qu'il décide de changer d'orientation professionnelle et devenir couvreur sous les ordres de Youri Djorkaeff qui serait l'un des 14 artisans couvreurs restants en France. Quatorze personnes pour plusieurs millions de toits! Au départ j'avais cru que ce film était une autre adaptation du livre On the Road de Jack Kerouac, car ça parle de route mais il n'y a pas Kristen Stewart qui dévoile sa poitrine dedans. Mais non c'est l'adaptation du livre Off the Road: A Modern-Day Walk Down the Pilgrim's Route Into Spain de Jack Hitt ! Un bon film d'ambiance, un bon film pour les fans des yeux fous de Martin Sheen. Pour les autres, je sais pas.


The Way, la route ensemble d'Emilio Estevez avec Martin Sheen, Deborah Kara Hunger, Yorick van Wageningen, James Nesbitt et Emilio Estevez (2010, sorti en France en 2013)

11 janvier 2015

Le Rôle de ma vie

La vie de Zach Braff, chapitre 2. Après la crise de la trentaine, voici donc celle de la quarantaine. On saura tout des petits tracas de l'acteur-réalisateur, qui a enfin pu poursuivre l'aventure après avoir racketté ses fans via Kickstarter. Quel scandale quand on mate le résultat de ce gigantesque vol organisé ! Rien ne nous sera épargné dans ce nouveau film largement autobiographique où l'on suit donc les déboires d'un pur zonard qui se retrouve encore une fois à un moment charnière de son existence : acteur raté, père de deux enfants, marié à Kate Hudson, il doit faire face à ses échecs professionnels et familiaux quand il apprend que son vieux père, gravement malade, n'en a plus pour très longtemps. Dès les premières minutes, c'est un festival Zach Braff, il nous submerge de mots d'esprit et de vannes lamentables. "Il conduisait un Hummer jaune. Qui conduit ça ? Il veut faire la guerre au soleil ?" entend-on lors d'une scène de petit-déjeuner qui ouvre les hostilités. Comment enchaîner après ça ?! Zach Braff doit cultiver cet humour pas drôle qui recherche son effet comique de par sa simplicité affligeante et son absence totale de drôlerie assumée. Sauf qu'il faut tout de même un certain talent pour manier cet humour-là et quand le comique est immédiatement pris en grippe, on a toutes les chances d'être d'humeur colérique face à tous ces échecs répétés dont on doute qu'ils soient véritablement assumés. Moi, ça me fout juste sur les nerfs !




Le titre français du film, d'une niaiserie abominable, est superbement bien choisi. L'apprenti réalisateur nous inonde de moments "trop mignons" qu'il doit imaginer irrésistibles. En signe de révolte, sa fille se coupe les cheveux, alors son père ultra cool lui permet de choisir la perruque de son choix dans un magasin qui en propose de toutes sortes. Elle en prend une rose fluo, et nous voyons ensuite toute la petite famille marcher de front dans la rue, le sourire aux lèvres, l'air insolent, les cheveux au vent, au ralenti, accompagné d'une musique pop insupportable. Les ralentis, Zach Braff adore ça. On doit en compter davantage que dans un John Woo lambda ! Après cette scène, toute la joyeuse bande a la chic idée de se rendre chez un concessionnaire auto. Ce dernier est incarné par l'acolyte oublié de Scrubs, Donald Faison. C'est bien, les fans de la série seront heureux de l'y retrouver, les autres jugeront cette apparition pitoyable et ce clin d’œil cruel, du même tonneau que toutes ces références geeks qui parasitent la moitié des dialogues. Trompé par la perruque de l'ado, qu'il imagine au stade terminal d'une maladie incurable, l'idiot marchand de bagnoles les autorise à faire un tour gratuit dans une voiture de luxe. Et rebelote. Nous devons ensuite les admirer sur les routes californiennes, sous un coucher de soleil et des lumières chatoyantes, encore une fois au ralenti, toujours avec une zik dégueulasse à plein volume, conduits par un Zach Braff visiblement très fier de lui. C'est à gerber.




Braff enchaîne de la même façon les situations où l'émotion est censée être à son paroxysme. Sauf que ça ne marche jamais. Kate Hudson vient ainsi faire la morale à son beau-père acariâtre, sur son lit de mort, afin que celui-ci renoue avec ses deux cons de fils avant de passer l'arme à gauche. Les larmes coulent à flots sur leurs joues tandis que nos poings se serrent et nos dents grincent... Le pire moment du film est peut-être celui où Zach Braff et Kate Hudson entonnent une chanson d'amour pendant qu'ils s'enlacent fiévreusement. Ils ont très envie d'avoir une relation sexuelle, là, tout de suite, sur le sèche-linge de la cave, mais doivent s'arrêter aux préliminaires. On est supposés trouver adorable ce vieux couple solide, qui affronte la vie main dans la main et dont la sexualité semble à peine entravée par l'existence de ces deux gosses dont il faut toujours s'occuper. Perso, j'avais envie de les exploser... Lors de cette scène, notons que Kate Hudson arbore un mini-short en jean ultra tight que même ma mère n'oserait pas porter lorsqu'elle part s'occuper seule de son jardin en plein été. C'est pour nous montrer que l'on peut toujours être sexy à 40 balais. L'actrice est soudainement filmée comme si elle était la star d'un BangBros, source d'inspiration évidente de son collègue malingre. Ça fout mal à l'aise. Elle est pourtant plutôt bien bâtie, c'est un fait. Mais quand on regarde son visage, c'est toujours la même rengaine, on tombe systématiquement dans le panneau : à la vue de sa mâchoire carrée et particulièrement virile, on se rappelle qu'elle est la fille Kurt Russell, puis on vérifie sur internet, et on découvre avec surprise qu'elle est seulement sa belle-fille, Goldie Hawn l'ayant conçue avant de rencontrer l'amour de sa vie. Seule éclaircie à l'horizon : la grosse tronche de Zach Braff, qui embellit en vieillissant. Les rides ne lui vont pas mal. Il est juste un peu moins laid qu'avant ! Mais en 10 ans, Zach Braff n'a en réalité pas changé d'un poil. Il bégaie de nouveau le pire du cinéma indé US. Un film d'un autre âge. Tout ce qu'on ne veut plus voir. Une triste chanson des Shins, le groupe qu'il a participé à rendre mainstream avec Garden State, décore le générique final. Ouf, c'est fini. Tirez la chasse !


Le Rôle de ma vie de Zach Braff avec Zach Braff, Kate Hudson, Josh Gad, Mandy Patinkin, Jim Parsons et Joey King (2014)

27 avril 2013

Garden State

Qui se souvient de ce film ? Qui se souvient de ce film à part Zach Braff himself ? Il se résume pour lui en une "occasion manquée", lui qui a maintenant une poupée vaudou de Benjamin Millepied sur sa table de chevet. Il lui plante rageusement des aiguilles dans le ventre chaque matin en se levant et il est sans doute responsable des légendaires maux d'estomac du nouveau Directeur de la Danse de l'Opéra de Paris. Zach Braff était pourtant à deux doigts ! A deux doigts de conclure avec celle qui émoustillait déjà la planète entière et qui mit le groupe The Shins sur orbite avec cette seule réplique : "Listen to it, it gonna change your life". Que dire de ce film en dehors de ces quelques remarques ? Va-t-on saluer la performance de Ian Holm en père absent ? Va-t-on applaudir l'interprétation à la limite du hors-jeu de Peter Sarsgaard, plus occupé à s'inquiéter de la gestation de sa femme qu'à interpréter le pote paumé de l'acteur-réalisateur ? Non, rien de tout cela, Garden State est typiquement le faux feel-good-movie à ne jamais voir une deuxième fois sous peine de s'autotraiter de connard. Rappelez-vous pourtant du petit phénomène que fut ce film à sa sortie ! Zach Braff est passé du jour au lendemain du statut de tête de nœud de série télé à celui de réalisateur prometteur du cinéma indé américain ! Aujourd'hui, on attend encore son second long métrage pour lequel il mendie quelques sous à ses rares amis !




Garden State s'inspire très fortement de la vie de son auteur. Petit rappel des faits : Zach Braff est un acteur raté qui a voulu tenter sa chance à Los Angeles et qui gagne sa vie en tant que serveur dans un resto chinois. Sa mère casse sa pipe, ce qui l'incite à retourner au bled pour assister à l'enterrement. Le bled étant le New Jersey, surnommé "le Garden State", seule chose que le film nous aura apprise à nous autres non-américains. De retour dans sa ville natale, Zach Braff renoue le contact avec ses amis banlieusards qui n'ont pas bougé d'un iota en dehors du fait qu'ils abusent dorénavant de toutes sortes de drogues pour oublier leur quotidien cafardeux fait de solitude, de consanguinité, de chômage et de désœuvrement. Cependant, le hasard lui fera croiser la route d'une fan des Shins (groupe inconnu à son bataillon personnel) qui provoquera de manière incontrôlé un petit tiraillement curieux et pas désagréable juste au-dessus de ses deux couilles. Cette rencontre l'ouvre à la musique du monde.

 


Petit aparté sur la bande-son aux petits oignons du film, choisie par Zach Braff dans le but de nous proposer un best of de la pop indé américaine du moment. Inutile de revenir sur The Shins, qui a trusté les premières places au hit-parade suite au succès du film et qui dorénavant envoie chaque année son nouvel album à Zach Braff plus une photo du cul de James Mercer légendée "Whenever wherever". On retrouve également feu Nick Drake, traîné dans la boue et condamné à accompagner les balades en mobylette de l'idiot du village accroché à la tarée du bled. De son vivant, nul doute que le mage dépressif de Rangoon aurait empêché de toutes ses maigres forces cette utilisation frauduleuse de l'une de ses chansons. Moins étonnante, la présence de "Don't Panic", le tube de Coldplay, chanson jetable par excellence et utilisée au premier degré par Zach Braff lors d'une de ses fréquentes crises d'angoisse, nous prouvant là toute sa subtilité. Il est presque bizarre de ne pas entendre "Oops I Did It Again" lorsque Zach Braff éjacule précocement à l'intérieur de son froc, mais il y a quand même cette séquence poignante où l'acteur-réalisateur-scénariste-chef-chauffagiste précise à sa comparse qu'il n'a jamais rien baisé en dehors de son futal, avec l'hymne pré-pubère de Madonna "Like a virgin" qui résonne à cet instant précis.
 



Natalie Portman incarne une jeune fille détraquée que Zach Braff a envie d'encore plus détraquer. Il faut la voir dans la première scène où elle apparaît, les genoux sous le menton, un casque géant sur les oreilles, à rire pour un rien. De quoi rendre enragé le plus chaste d'entre tous : Zach Braff. Ce film tire sur la corde raide en essayant de nous faire culpabiliser d'éprouver un désir coupable pour une mineure de 35 balais. Qui n'a pas déjà à demi craqué sur une jeune personne âgée de la trentaine et complètement perchée au point de chialer comme un oignon devant un hamster crevé ? Qui ne s'est pas involontairement attendri pour une gamine de plus de trente ans totalement débile se comportant comme la dernière des excentriques insupportables ? Qui n'a jamais eu envie d'enterrer vivant ce type d'individu particulièrement excitant ? Qui peut rester zen devant ce personnage bouffon qui amasse plus de connerie qu'il n'y en a jamais eu sur Terre ? Qui peut endurer sans craquer ce moment où elle rend tout à coup la vie merveilleuse à Zach Braff en lui donnant un espoir copulatoire s'il parvient à être l'auteur d'un geste unique, d'une mimique nouvelle, d'une expression improbable, d'un pet, d'un bruit totalement inédit ? Natalie Portman est donc ce genre de femme devant qui il faut inventer un pet extraordinaire pour parvenir à ses fins ? Zach Braff est ce genre d'homme assez con pour mordre à l'hameçon. La scène où ils enterrent le hamster Tonton David fait partie du zapping des pires moments filmés des années 2000.
 


Zach Braff parsème son film d'idées de court métrage à gerber. On pense par exemple à cette image où l'apprenti cinéaste porte une chemise en accord parfait avec son papier peint. On se souvient aussi avec horreur de cette scène innommable où il reste immobile sur un canapé lors d'une soirée tandis qu'autour de lui les personnages boivent, fument, baisent, jouent au Kéno et fument du splif en avance rapide. Le pire est peut-être cette scène exutoire où les trois jeunes protagonistes se mettent à hurler sur le toit d'un bus désaffecté pour se purger de leur mal-être, accroissant de manière exponentielle celui du spectateur. Subir ça de nouveau aujourd'hui, c'est la garantie de tout casser chez soi. C'est un truc à faire si, en tant que locataire, vous avez décidé de ne pas vous faire rembourser votre caution. C'est une idée à garder en tête si la décoration entière de votre salon est à revoir. Zach Braff est au cinéma ce que le phoque est au règne animal : un enculé. 


Garden State de Zach Braff avec Natalie Portman, Zach Braff, Peter Sarsgaard et Ian Holm (2004)