26 février 2016

Lolo

J’ignore exactement pourquoi, mais jusqu’à présent, j’avais encore une sorte de vieille foi en Julie Delpy. J’ignore d’ailleurs aussi comment se maintient cette aura qui entoure l’actrice-réalisatrice, cette côte qu’elle se trimballe, cette réputation qui la précède ? Elle a joué dans quelques bons trucs y'a longtemps, certes, mais ça date, et ça ne pèse pas bien lourd à côté de ce qu’elle nous inflige depuis une dizaine d’années derrière la caméra. J’avais plutôt accroché à 2 Days in Paris en 2007, mais je pense qu’il vaut mieux ne plus jamais croiser ce film sous peine de s’en vouloir à mort d’avoir apprécié… Son film suivant, La Comtesse, était prometteur sur le papier mais, à l'écran, plutôt foiré. Après ça est venu Le Skylab, une horreur pas possible qui a commencé chez nous à faire carrément vaciller toute confiance en l’artiste, voire à éveiller un soupçon de rancœur à son endroit (on n'inflige pas ça à son public sans un retour de bâton dans la tronche). Mais je croyais à un mauvais virage précédant un bon coup de volant direction le bitume. Que dalle. Avec Lolo, Julie Delpy accélère en pleine chicane à la Ayrton Senna. J’ai donc décidé de faire une croix sur elle, en tout cas en tant que cinéaste : sans moi.


Cesse de creuser la Delp', t'es au fond.

Lolo (rien que le titre… et on a droit à tous les caméos du monde, sauf au seul qu'on attend, celui de Lolo Blanc) est une infamie. Et Julie Delpy ne perd pas une seconde pour nous dégoûter de son travail. Dès la première scène, on a envie de se tailler les veines : Karin Viard et Delpy herself, deux vieilles amies, sont dans un bain, en thalasso, à Biarritz. Je vous retranscris le tout premier dialogue, car il faut bien se rendre compte :

« Bon c’est quoi ce bain là ?
- Ca bouge la graisse tout en raffermissant les chairs, c’est bon pour ce qu’on a.
- On a quoi ?
- Ben 45 ans.
- Rah mais c’est un bain de bactéries. Quand je pense à tous ceux qui ont dû pisser dans ce truc aujourd’hui.
- Non mais t’es folle, personne pisse dans ces bains.
- AH c’est quoi ce jet, là, juste dessous, ça me rentre dans la chatte. C’est nul…
- Ben non c’est fait exprès.
- J’aime pas ça.
- Ah moi j’aime bien, ça me masse la chaaaaatte, ça me relaxe. Ca fait combien de temps que t’as pas baisé ?
(…)
- Non mais t’as raison, je ne suis pas normale. Moi j’aimerais me trouver un mec avec qui je pourrais partager des vrais moments de vie.
- Putain dis pas des phrases pareilles, ça me donne envie de me flinguer. »


 Inutile de gonfler les pecs, elle t'étale... C'est nul comme remarque, mais c'est pile poil dans le ton de ce que les personnages s'envoient toutes les deux secondes à la face (à coups de "grosse bite", gros cul", etc.).

Delpy en est encore là. A nous dire que les femmes c’est aussi ça, que c’est comme les hommes, que ça parle de bite et de chatte, que ça aime le cul, et que c’est libre d’être grossier. Mais on est libre aussi d’avoir de l’humour, et de ne pas être ultra lourd. Delpy n’est peut-être pas au courant. Voire, soyons fous, de ne pas écrire des trucs aussi bêtes et plats, et de construire des personnages qui ne sont pas obligatoirement de gros clichés insupportables, sinon des enflures de première. Les deux personnages sont non seulement des clichés de la femme de 45 ans divorcée qui aime et déteste ses gosses, aime et déteste son gros cul, aime et déteste les hommes et la bite, mais aussi, très vite, de la parisienne hautaine et névrosée qui travaille dans la mode et qui donne de formidables envies de coup de pied au cul à la moindre phrase. Delpy a dû se dire qu’en tartinant ainsi ses parisiennes, elle pourrait d’autant plus frapper sur les pèquenauds provinciaux (ou l’inverse). Quand en finira-t-on avec ces comédies françaises populaires dépourvues d’humour (Le Skylab, donc, mais aussi Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu ?, Radiostars, Sous les jupes des filles, 100% cachemire, Comme des frères, et tant d’autres) qui font leur beurre en tapant sur X pour avoir le droit de taper sur Y, qui excusent tout un chacun d’être détestable ou minable parce que le voisin l’est aussi, qui brossent des séries de portraits d’enfoirés pour peupler des films misérables à tous les étages ?


 Après le poids des mots...

Imaginez le même dialogue, en substance, dans la bouche de deux mecs de presque 50 ans divorcés. Ils sont dans un jacuzzi, l'un d'eux s'étonne de ce truc qui lui aspire le sexe, l'autre lui répond : « Rah moi j'adore, ça me suce le zooooooob... », puis on enchaîne : A aimerait partager des vrais moments de vie avec une femme et B lui annonce tout net qu'il est à deux doigts de se faire les veines dans la baignoire en entendant ça. Imaginez. Delpy se croit sans doute maligne, mais ce qu'elle écrit vaut à peine les pires moments d'un film de gros beaufs comme Le Cœur des hommes 3. Et encore j'suis large...


... le choc des tofs.

Et tout est à l’avenant. Dans la deuxième scène, Delpy, Viard et Larnicol (ancienne des Robin des Bois, qui apparaît dans deux scènes pour servir la soupe aux deux autres), sont assises en terrasse et rencontrent deux Biarrots (dont Boon, qui joue de plus en plus mal) forcément lourdingues, car ce sont des provinciaux. Ils viennent de pêcher un gros thon qu’ils font tomber sur la belle robe de la parisienne Delpy. Et dès qu’ils ont tourné le dos, les trois copines décident qu’elles vont se les faire, car « plus ils sont cons, mieux ils baisent ». Les clichés sur les ploucs de province s’accumulent dans la scène suivante, une petite fête dont les parisiennes ont envie de déguerpir à peine arrivées car les guirlandes et la sangria font trop pitié. Puis Delpy va causer à Dany Boon le gros beauf (= il a un tablier et fait cuire les grillades). Dans une ellipse qui laisse à penser que les scènes coupées du dvd doivent durer 12 heures, on comprend que Boon et Delpy se sont mis ensemble lors de cette soirée ringarde et ont vécu pendant 10 jours dans un porno amateur. Puis on retrouve nos deux personnages (Delpy et Viard), à bord du train du retour pour Paris, où Delpy raconte à sa copine comment Boon lui a léché la chatte pendant 10 jours, y compris pendant ses règles, et les deux abruties de mimer un cunilingus de façon extrêmement voyante et bruyante, le tout devant une bourgeoise coincée foutue sur le siège d’à côté comme un pur faire-valoir bien pratique pour assurer au spectateur que les deux héroïnes sont décomplexées, libres et vulgaires et qu’elles ont bien raison de l’être.


Si y'en a un seul parmi vous qui parvient encore à endurer ça dans le calme, qu'il se manifeste, ça m'intéresse, pour les stats.

Dans la même scène, petite vanne sur les handicapés, qui choque évidemment la bourgeoise, mais que le personnage de Karin Viard justifie par une allusion finaude à Intouchables. Une comédie lourde et crétine en salue une autre. Ce n’est pas tout ce que salue Delpy d’ailleurs, qui n’arrête pas de placer ses personnages devant la télé ou dans des expositions à Beaubourg pour citer les films qu’elle aime. Au lieu d’aller piocher des images dans sa dvdthèque, qu’elle salit (d’ailleurs, dans le film, elle et son fils planquent de la beuh dans des boîtiers dvds, dont celui d’Easy Rider, c’est d'un fin...), Delpy ferait mieux de soigner les siennes. Ou plutôt, et surtout, son scénario, qui est une vraie merde. Tout tourne autour de la guerre entre Boon et Vincent Lacoste, qui joue le fils de Delpy. Quand Boon monte à Paris pour bosser (il est ingénieur informaticien pour le Crédit Rural…), son idylle avec Delpy s’intensifie, même si la vie parisienne lui pose quelques soucis (notamment les portiques du métro, car pour un type qui vient de Biarritz, soit un gros con, maîtriser le portique du métro c’est comme ramener Apollo 13 à Cap Canaveral). Or le fils de Delpy, qui a 20 piges, va consacrer sa vie à foutre en l’air le couple, car il veut sa maman pour lui tout seul (beaux plans sur des œufs dans un coquetier qui évoquent les seins de la mère, ou une paire de grosses couilles… allez piger). En fait il faut retirer 30 ans aux personnages adultes, qui agissent et pensent comme des adolescents trépanés (faut voir Delpy qui, apercevant une réaction cutanée sur la poitrine de Boon, le paysan malpropre, demande à son médecin de lui prescrire 36 tests pour détecter les maladies vénériennes), et 10 piges au gamin de Delpy (qui tient un journal colorié au feutre et fout du poil à gratter sur les chemises de son beau-père pendant tout le film). Erreur de casting généralisée. A commencer par la réalisatrice. Mettez-moi ça au chômage… ça de plus ou de moins, au point où on en est… Et puis elle, au moins, elle l'a bien cherché.


Lolo de Julie Delpy avec Julie Delpy, Danny Boon, Karin Viard et Vincent Lacoste (2015)

23 février 2016

Dead Birds

Voilà un film d'horreur que j'aurais adoré vous recommander, car il est beaucoup plus aimable que la plupart des saloperies qui sortent aujourd'hui. La belle ambition de son auteur pourrait nous faire pardonner beaucoup de ses quelques maladresses. Hélas, force est de reconnaître que son étonnante mixture, mêlant le western rugueux au film de maison hantée minimaliste, ne tient pas la longueur et a fini par me perdre lâchement en cours de route. Tout commence pourtant parfaitement bien. Nous sommes immédiatement plongés en plein dans l'Ouest américain de la guerre civile. Un soleil de plomb écrase une petite ville misérable où le temps semble suspendu. Une bande de déserteurs arrivent. Ils préparent quelque chose : le braquage de la banque. Quelques plans particulièrement sanguinolents lors dudit braquage nous rappellent que nous ne sommes pas devant un banal western. Une fois le magot récupéré, notre bande de voleurs a un plan : passer la nuit dans une grande baraque abandonnée, surplombant une immense plantation en friche, avant de fuir pour le Mexique à l'aube. Mais cette baraque s’avérera être un abri bien peu reposant pour eux...





Après avoir commencé comme un western très sec, Dead Birds prend alors la tournure d'un pur film de trouille s'appuyant principalement sur l'ambiance que le réalisateur développe lentement. La tension naît d'abord des luttes intestines qui pourrissent les relations entre les différents hommes. Le doute s'installe au sujet du partage du butin et de sa surveillance durant la nuit. Un ancien esclave noir est pris pour cible par le plus obtus de ses compagnons d'infortune, campé par le toujours impeccable Michael Shannon, l'acteur fétiche de Jeff Nichols. La légitimité du leader de la bande (joué par Henry Thomas, le gamin d'E.T.) est contestée, ce dernier ne supporte plus sa culpabilité et les morts laissés derrière lui pour quelques sous, tandis que la seule femme du lot attire toutes les convoitises. A cela s'ajoutent les phénomènes et apparitions inexplicables dont sont témoins les personnages dans la maison. Et c'est malheureusement dans ce registre que le réalisateur, Alex Turner, s'en tire le moins bien. Si sa patience et le soin apporté à ses personnages s'avèrent payant dans le versant psychologique de son film d'angoisse et participe activement à faire grimper la tension, sa mise en scène dévoile ses tristes limites lorsqu'il s'agit de rompre avec la pure suggestion. C'est dommage, car son film ne manque pas d'intriguer et déploie une vraie atmosphère, lourde et incertaine, qui maintient durant longtemps l'attention. Celle-ci naît du rythme nonchalant mis en place par le réalisateur mais aussi par ces drôles de plans quasi systématiquement choisis pour filmer son gang de voleurs dès les premières minutes du film : des plans toujours légèrement inclinés, en contre-plongée, qui font que les acteurs apparaissent souvent avec un vide qui les écrase, les domine. Ils semblent immédiatement coincés, quelque part entre la vie et la mort, rongés par leur culpabilité et l'absence totale d'espoir. Leur sort paraît déjà jeté. Ce choix très étrange et déstabilisant confère au film une vraie singularité, et contribue donc grandement à ce qui fait son prix : son atmosphère pesante, lugubre.





On aurait donc sacrément aimé voir l'essai être totalement transformé et croire en l'existence d'un cinéaste doué et spécialiste du genre, jusque-là inconnu. Las, comme s'il avait peur du surplace, le scénario se disperse progressivement, levant laborieusement le voile sur une histoire de magie noire et de livre maudit qui pourrait être sympathique, en ce qu'elle rappelle de loin les écrits de Lovecraft, mais qui fait perdre au film tout son impact. On aurait largement préféré que Dead Birds se concentre sur son ambiance, sur cette terreur psychologique et suggestive qu'il parvient à créer avec brio et trois fois rien dans sa première partie, plutôt qu'il ne s'éparpille dans une intrigue sans queue ni tête, justifiant des scènes plus brutales et visuelles généralement ratées. Le film aurait largement gagné à être plus conceptuel et mystérieux, à abandonner son scénario boiteux, à préférer le silence morbide au grand déballage idiot. Une pirouette finale ne suffira pas à sauver les meubles et s'avérera même d'autant plus frustrante étant donné qu'elle ne fait pas vraiment sens avec les secrets découverts dans la baraque, mais aurait pu mieux s'incruster dans une intrigue purement cérébrale, où le but du jeu aurait simplement été de croire ou non dans les visions des personnages, en ayant la pétoche avec eux tout du long. Reste quelques belles idées, des images fortes (ce manoir perdu derrière cette plantation pourrie, cet épouvantail menaçant...) et le goût d'une atmosphère bien poisseuse, dans un humble mélange qui apparaît longtemps comme harmonieux et bien vu. Bien qu'il soit donc loin d'être vraiment réussi, Dead Birds encourage à continuer de fouiller du côté de l'horreur indépendante américaine, plutôt que de s'infliger ces films sans âme pour adolescents, qui se produisent à la chaîne.


Dead Birds d'Alex Turner avec Henry Thomas, Isaiah Washington et Michael Shannon (2005)

10 février 2016

Voyageur malgré lui

Il y a des films qui, après avoir été l'objet de quelques éloges à leur sortie, sombrent totalement dans l'oubli. The Accidental Tourist, alias Voyageur malgré lui, est de ceux-là. Nous devons être les seuls zonards à avoir redécouvert ce film cette année, et nous vous déconseillerons d'en faire autant. Quatre nominations aux Oscars en 1988, dont celle du Meilleur film, 4 étoiles sur 4 et "two thumbs up" par Roger Ebert : beaucoup de mauvais signes, donc, mais étant donné le casting, constitué d'anciennes gloires des années 80, nous étions tout de même curieux. William Hurt (Guillaume Blessé) incarne un homme brisé n'arrivant pas à faire le deuil de son fils mort flingué à bout portant alors qu'il commandait un MacDalle. Sa femme, Kathleen Turner (qui ressemblait encore à une femme), lui reproche à demi-mots d'être responsable de la mort de leur gamin pour s'être servi de son corps comme d'un bouclier lors de l'agression. Leur couple n'arrive pas à surmonter cette épreuve et William Hurt se retrouve seul dans sa grande maison avec son Welsh Corgi Pembroke nommé Edgar.





Ce petit chien sympa va être le fil rouge de toute la première partie du film, de loin la plus agréable. Il permet à William Hurt de croiser la route de Geena Davis, dresseuse de clebs professionnelle et célibataire à la recherche active d'un homme calme et attentionné. En 1988, Geena Davis n'est pas encore au faîte de sa beauté, légèrement trop maigre : on peut distinguer aisément, malgré la qualité de mon divx, un manubrium trop proéminent, témoin d'une sous-alimentation dramatique et donc d'une absence de zones charnues essentielles pour bâtir une silhouette à toute épreuve. Mais quand une femme comme ça vous fait des avances, il est difficile de rester de marbre, et c'est pourtant ce que fait William Hurt, trop empêtré dans son malheur personnel. Lawrence Kasdan s'attache à nous montrer la lente évolution de ce personnage qui, durant tout le film, ne fait que reculer pour mieux sauter.





Edgar le corgi tient le début du film à bout de pattes. Il donne envie d'aller dans un pet shop pour acquérir de ce pas un corgi à vil prix. Si le film se résumait aux interactions, toutes plus drôles les unes que les autres, de l'animal avec les humains et, tout simplement, avec la caméra, The Accidental Tourist serait une référence en termes de performance canine. Edgar éclipse le gratin d'Hollywood. Malheureusement, au bout de 40 minutes, probablement trop sollicité par le réalisateur, Edgar disparaît du cadre et est remplacé par un William Hurt aux abois dont nous suivons, sans aucune passion, les très ennuyeuses tergiversations. Bill Pullman débarque dans la peau de l'éditeur de William Hurt et tombe instantanément amoureux de la sœur de celui-ci. Avec sa raie sur le côté impeccable et son sourire carnassier, on espère très fort que Pullman va prendre le relai du chien pour donner un nouvel élan au film. Hélas, Lawrence Kasdan ne l'entendait pas de cette oreille, Pullman semble avoir été sacrifié au montage et paraît tristement sous-employé.




A noter que c'est John Williams qui a composé la musique de ce très long métrage et celle-ci est omniprésente, en inadéquation totale avec l'ambiance du film et vient nous rappeler constamment en quelle année tout ça a été tourné. Malgré ses nombreux élans mélodiques, elle ne sort guère le film de sa torpeur et semble souvent bien trop joyeuse et légère comparée aux scènes dramatiquement pénibles qui se jouent devant nos yeux fatigués. Scénariste reconnu pour quelques titres de gloire comme Les Aventuriers de l'Arche perdu ou L'Empire contre-attaque, Kasdan nous prouve que sa place n'est pas derrière la caméra, sa mise en scène terriblement plate contribue à nous endormir et à nous désintéresser de son petit drame mollasson. Il finit même par nous faire prendre en grippe son si morne personnage principal dont le sourire final, prouvant qu'il a enfin tourné la page, nous laisse coi. La seule chose à retenir de ce film : les corgis ne sont pas seulement ces animaux obèses qui traînent dans les jupes de la Reine d'Angleterre, ils font bel et bien partie des meilleurs chiens.




The Accidental Tourist (Voyageur malgré lui) de Lawrence Kasdan avec William Hurt, Geena Davis, Bill Pullman et Kathleen Turner (1988)

4 février 2016

Everest

Avant de se lancer, une petite préparation physique s'imposait. On a maté pas mal de films sur des montagnes plus basses. D'abord, le film de vacances de tonton Scefo sur l'ascension de la dune du Pylat, la plus haute dune d'Europe. Tranquille ! On a enchaîné avec La Sanction de Clint Eastwood. 3970m : un petit Clint, un Clint mineur. Puis nous avons revu le sublime documentaire de Werner Herzog, Gasherbrum, la montagne lumineuse, sur l'alpiniste Reinhold Messner, un habitué des sommets dépassant les 8000 mètres. Dans le genre, difficile de trouver mieux. Après ça, nous étions fin prêts pour le Everest de Baltasar Kormákur, que nous attendions de pied ferme, en tant qu'amateurs de films de montagne (rappelez-vous nos articles sur K2 et Face Nord). 




Comment parler d'Everest sans revenir, même brièvement, sur la promo assez osée menée tambour battant par les studios d'Universal. Nous faisons évidemment allusion à ce tremblement de terre au Népal au moment de la sortie du film. Une opération marketing assez catastrophique... Mais nous ne pouvons pas en vouloir au réalisateur, ce sont les studios qui ont organisé ça. N'ayons pas peur des mots, c'était une opération ratée. Notre éthique indiscutable de blogueur ciné nous permettra néanmoins de dissocier l'oeuvre de ce fait divers et de juger le film pour ce qu'il est : une belle merde.




Très vite, Batlasar Kormákur ne s'avère pas à la hauteur du projet. De l'Everest, nous ne saurons rien. Où est-il situé ? Comment est-il apparu ? Pourquoi a-t-il grandi si vite ? Pourquoi s'est-il arrêté à 8848 mètres ? Comment le grimper au mieux ? Quel est le pique-nique à conseiller pour le jour J ? Toutes ces questions resteront malheureusement sans réponse. Ce film ne s'adresse ni aux scientifiques ni aux curieux, simplement aux amateurs de daubes. C'est tout juste si les grimpeurs justifieront leur idée fixe, gravir le colosse, par un laconique "Parce qu'il est là !" prononcé dans un éclat de rire général. Édifiant ! Plus con, tu meurs.




Le film de Baltasar Kormákur est l'adaptation du récit Tragédie à l'Everest (Into Thin Air: Death from Above on the World's Roof - A Personal Account of the Mt. Everest Disaster) de Jon Krakauer, publié en novembre 1997. Rappel des faits : depuis le milieu des années 90, l'Everest est, comme ma sœur, la cible des assauts répétés de dizaines et dizaines de pseudo et simili grimpeurs qui rêvent d'ajouter leurs noms à la liste, de plus en plus longue, de ceux qui ont réussi l'exploit d'atteindre le toit du monde et d'y redescendre sain et sauf. Deux expéditions faisant fi du mauvais temps décident de tenter le coup au même moment. Leur destinée tragique refroidira les ardeurs des alpinistes et marquera la fin de cette période de folie commerciale autour du plus haut sommet du monde aux flancs jonchés de détritus. 




Une quinzaine de mecs, au moins, part à l'aventure, la fleur au fusil. Comme Baltasar Kormákur est bien incapable de créer des personnages attachants, il a cru bon de s'entourer d'une panoplie d'acteurs aux tronches plus ou moins bien connues, pensant bêtement que cela suffirait à emporter l'adhésion des spectateurs. Jason Clarke, déjà entr'aperçu dans des films de sinistre mémoire, est le fade leader du gang. C'est un alpiniste chevronné qui a déjà conquis la bête plus d'une fois mais dont l'altruisme le mènera à sa perte. Josh Brolin incarne, comme à son habitude, le gros connard pas fin venu du Texas. Avec sa grosse gueule enfarinée, on aura vite envie de le voir glisser et sortir du cadre à tout jamais. Il s'en tirera bien amoché, incapable de prendre sa femme dans ses bras, couvert de bobos. Sam Worthington endosse le rôle le plus ridicule : celui du mec toujours dans les environs, au pied de l'Everest, qui regarde, la main vissée sur le front, l'air inquiet, où en sont les autres, prêt à agir en cas de souci. On le préférait sans ses guiboles dans Avorton...




Parmi toute cette bande d'acteurs, un seul retire véritablement son épingle du jeu et repart grandi de cette triste expérience : Jake Gyllenhaal. Pourquoi ? Parce qu'il est le seul à avoir réellement effectué la montée, et cela se voit ! Acteur total, héritier direct de l'école Schatzberg, que l'on a déjà vu perdre tous ses kilos superflus et se raser le crâne pour d'autres rôles, Jake Gyllenhaal a insisté pour être filmé dans les conditions du réel. Il est d'ailleurs le seul à mater du bon côté sur l'affiche. Nous éprouvons presque du respect pour son personnage que nous sommes déçus de voir mourir lentement de froid. Quant aux femmes : Robin Wright et Keira Knightley se contentent d'attendre près du téléphone, des nouvelles de leurs maris, les yeux humides, la voix tremblante. Disons-le tout net : Everest obtiendrait un résultat négatif au fameux test de Bechdel-Wallace. 




Est-ce normal de rire à la mort de chacun des personnages ? Est-ce normal de ne strictement jamais ressentir le moindre frisson, le moindre risque, le moindre vertige ? Everest révèle toutes les limites du talent et des compétences de Baltasar Kormákur. Son film ne fait aucun effet. Aucune tension dramatique. Aucun suspense. Aucune émotion, une fois le sommet foulé du pied par quelques uns de ces crétins dont la passion nous paraît bien étrangère. Et ne comptez pas sur Kormákur pour rendre la montagne cinégénique. Il n'y a même pas de beaux paysages à regarder. Et quand débarque la tempête fatale, nous avons droit à des effets numériques d'une laideur peu commune, c'est une merde grisâtre et lisse qui envahit l'écran mollement. Everest est raté sur toute la ligne et vient seulement nous rappeler qu'à Hollywood, les cinéastes capables de torcher des films efficaces sont désormais de plus en plus rares... 


Everest de Baltasar Kormákur avec Jason Clarke, Jake Gyllenhaal, Keira Knightley, Robin Wright Penn, Sam Worthington et Josh Brolin (2015)

31 janvier 2016

Wasabi

Wasabi est le parangon d'une catégorie de films qu'on appellera "films-prétextes", tournés pour toute autre chose que faire un film. C'est l'histoire d'un inspecteur de police obligé d'aller au Japon pour résoudre une enquête alors qu'il n'en a aucune envie, il n'aime ni l'avion, ni les nippons et encore moins les enquêtes. Le flic est affublé pour l'occasion d'un side-kick interprété par un acteur qui aurait pu être victime d'une balle perdue durant le tournage de The Crow : Michel Muller. Mais voilà, l'inspecteur de police principal est incarné par Jean Reno, plus connu au Japon que Steven Seagal. Les Japonais le surnomment "Le Loup blanc". A cause d'un problème de calendrier, il n'a pas pu jouer comme c'était prévu dans Lost in translation, un rôle pourtant écrit pour lui, celui que Scarlett Johansson a finalement repris tant bien que mal. Imaginez le premier plan avec son gros cul dans une culotte rose...




Profiter de la notoriété exceptionnelle de ce triste acteur français de l'autre côté du Pacifique c'était déjà viser bas. Un prétexte supplémentaire pour tourner le film en trois jours et passer le reste du temps à bouffer des sushis, à jouir dans des petites japonaises en profitant de passer pour des beaux gosses parce qu'on n'a pas les yeux fendus, à se prendre des grosses vagues dans la tronche et à faire des soirées karaoké endiablées. Michel Muller a dit à propos de ce séjour : "J'ai pas réussi à m'asseoir pendant quinze jours, j'ai dû dormir debout". Le gros rond rouge sur l'affiche n'est pas une allusion au drapeau du Japon, c'est un clin d’œil à l'état du gland de Jean Reno à son retour en France, ou, selon des sources plus anonymes, à l'état du fion de Michel Muller à l'issue de ce voyage en terres nippones, ça dépend, mais à ce moment-là le rond aurait dû être violet et strié de veines dégueulasses. Wasabi, c'est pas le nom d'un piment, c'est le bruit de la fermeture éclair du futal de Jean Réno.


Wasabi de Gérard Krawzczyk avec Jean Réno et Michel Muller (2001)

26 janvier 2016

Faults

Prestation coup de poing de Mary Elizabeth Winstead dans un film coup de pied signé par son mari, Riley Stearns. L'actrice, sans aucun artifice, totalement investie dans son rôle par amour conjugal, incarne Claire, une jeune femme enrôlée dans une secte dont les parents essaient de l'en sortir en faisant appel à un spécialiste du désindoctrinement, le Dr Ansel. On se rend compte au début du film que le Dr Ansel est sur la pente descendante de sa carrière, pas loin d'un virage en épingle à cheveux longé d'un mur de parpaings bien épais. Entre conférences sordides pour tenter de vendre son dernier bouquin que personne ne veut et magouilles minables pour grappiller un repas gratuit, le Dr Ansel doit aussi faire face à son créancier qui lui réclame 20 000$ (dolleurs USD!). C'est à ce moment-là qu'un couple de sexagénaires en détresse le supplie de sortir leur fille Claire de la secte dans laquelle elle a été enrôlée quelques mois plus tôt. Le Dr Ansel saute sur l'occasion en pensant faire d'une pierre deux coups et demande donc 20 000$ pour son intervention qui consiste à kidnapper la fille, la séquestrer pendant 5 jours dans une chambre d'hôtel et la ramener par le dialogue et d'autres méthodes plus inavouables vers son ancienne vie.




Le Dr Ansel se fait aider de deux guignols pour kidnapper Claire. Le kidnapping est globalement un succès même s'il est teinté de quelques accrocs (tentative de fuite avortée, baffe reçue gratuitement...). Commence alors un huis clos tétanisant dont l'issue ne sera pas du tout celle à laquelle le Dr Ansel s'attendait. Je ne vous révèle rien de plus pour vous préserver le suspense mais je vous conseille fortement ce film si vous avez un petit faible pour MEW. Pour les plus aveugles d'entre vous, cette jeune femme pourrait vous paraître plutôt quelconque et banale. Mais détrompez-vous, elle est tout simplement irradiante de charme naturel et de beauté simple. Si on la comparait à une bagnole : ok, certaines gonzesses sont des Ferrari ou des Lamborghini ; elle, elle serait plutôt la Dodge Challenger de Vanishing Point. Élégante, racée, et pour laquelle il faut attendre de faire tourner le moteur et d'appuyer sur l'accélérateur pour constater que l'on a affaire à une putain de bombe. Tout le contraire d'une Megan Fox. Victime d'aucune retouche esthétique disgracieuse, Mary Elizabeth Winstead a mis derrière elle les blockbusters dégueulasses type Die Hard 4 ou The Thing et a décidé de tourner sa carrière vers la musique et le cinéma indépendant, de vrais films à petits budgets portés par une ambition d'auteur dans la lignée de Sound of My Voice. En plus de son investissement dans le ciné indé américain, elle s'essaye aussi aux séries, fuyant décidément la créativité aux abois d'Hollywood, et nous lui souhaitons de trouver rapidement un rôle à sa (dé)mesure. Ces choix l'honorent.




Avec Faults, MEW se met au service de son compagnon dans la vie et c'est pour cela qu'elle donne véritablement tout. Sur un nuage depuis que MEW lui a donné la clé de sa porte des plaisirs, Riley Stearns s'essaye au cinéma expérimental dans une atmosphère lynchéenne à souhait : panoramiques survoltés pendant une discussion sans enjeux, lents travellings quasiment imperceptibles à l’œil nu durant les scènes les plus tendues, cadrages osés à ras la raie des fesses de sa dulcinée, gros plans angoissants sur des boutons de portes, effets de lumière déconcertants... Pour son premier long métrage, Riley Steams est littéralement "on fire", transcendé par le fait d'avoir pour vedette de son film sa propre femme, au zénith de sa beauté de jeune maman. Attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, Faults n'est pas un chef-d’œuvre, simplement un premier film modeste, aux nombreuses qualités et plein de belles intentions. Un must-see pour les fans de MEW !


Faults de Riley Stearns avec Mary Elizabeth Winstead (2015)

23 janvier 2016

Bringing Up Bobby

Première critique écrite en anglais, car on aimerait que la première intéressée parvienne à nous lire, même si nous savons les américains plus susceptibles, et plus prompts à traîner leur prochain en justice. First article in english because we would like to be read by our human target : Famke Janssen. In France, to pronounce her name correctly, you have to hit a dog twice in the stomach and pray it suffers a lot. Famke Janssen is a hottie. She was born on november 5, 1964, in Amsterdam, but she looks like she was actually born on april 1st, 1802, in a bad place of evil. Everybody think she is a half-norwegian half-caraibean woman, but the truth is less funny. She comes from a low-lying country, a land as flat as her boobs (that are unpleasant to look at). She studied economics and mathematics (which she called "the stupidest thing she ever heard") for a year in Nam and for another year in her homeland countryside. Then, she decided to look further and went to L.A. (Los Angeles), California, to realize her true dream : become an actress, or at least a supermodel for supermarkets.




Her first film was a long feature crime drama movie called Fathers & Sons. She played the father, a man who had big problems of identity. This movie was a failure, to her and her relatives. So she came back to Amsterdam, with her tail between her legs. Out there, mummy Janssen told her daughter to pull herself together and move back to California to choose a better part. For instance, the part of a mother. After a three months headache in the Desert Valley, she won a leading role in an untitled movie, in which she was the love interest of Jeff Goldblum (who back then was called Jeffrey). This film was not a big success but two or three journalists liked her perfomance and praised it in the columns of their wallpapers. The best was not yet to come.




Her breakout year was undoubtely 1995, when she appeared as the James Bond's enemy in GoldenEye opposite the very handsome but also very selfish Pierce Brosnan. Famke received strong critical acclaim for her electrifying performance as the so-called "femme fatale" Xenia Onatopp (this tremendous name was a direct suggestion made by the actress). Pierce Brosnan told his best friend that she was, from his point of view, one of the biggest "femme fatale" he ever saw. He thought that she made a honest James Bond girl and, one night, he proposed Framke to be his wife for the evening. She refused and it was a very surprising heartbreak for Pierce, who was at this moment the number one fucker of L.A.. However, Framke's career was now on track. Destination Graceland.




Her filmography is the actual proof that God doesn't exist. Or, if he does, he doesn't give a fuck about mankind. Framke Janssen exploded in such films as La Maison de l'horreur, Celebrity and The Faculty : a lot of secondhand movies that cannot be seen whitout one decalitre of alcohol in the blood. Her career was well established but she needed a second breath, a new wind. She accepted to play again a guy nammed Jean Grey in X-Men and it was, as she told newspapers, "the biggest luck (she) had since the day (her) dog Titi Henry avoided a fast riding truck in the motorway". In fact, X-Men was an international success. The kind of movie even your uncle Scefo has seen. Framke Janssen bought a castle in Spain and a house in New Orleans. 




But the natural brunette has more than one trick up her leather handbag and now her idea is to go behind the camera, she wants to make her own movie. Here comes Bringing Up Bobby ! Her first and last film. The story is simple as a "bonjour" : a european con artist (played by the destroyed Famke's lookalike Milla Jovovich) moves with her son to a conservative neighborhood in Oklahoma in an effort to build a better future in the compagny of Great Guy's wallet (Great Guy is the name of the character, who is being played by Bill Pullman), but it doesn't take long for her past to catch up with her, and for her son's behavior to cause problems of their own. To say the truth without lying, Bringing Up Bobby is an OK movie to watch but there is nothing amazing. A nothing type movie that feels like it was made just to make a movie. Let's say "B-", as english people use to say.


Bringing up Bobby by Famke Janssen with Milla Jovovich and Bill Pullman (2011)