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12 août 2013

District 9

Récemment ce cher Spike Lee a publié sa liste des 86 films indispensables à tout cinéaste en herbe. Soit, parce que ça revient au même, des 86 meilleurs films du monde selon lui. Comme devant la plupart des listes du genre, on a envie de s'arracher la tronche en la lisant. D'abord, pourquoi 86 titres et pas 100 ? N'est-ce pas un aveu ? Spike Lee, réalisateur méritant, n'a sans doute pas pu aller plus loin malgré 86 nuits sans dormir (il trouvait un film important par nuit, à chaque fois à l'aube, d'après ses dires). N'a-t-il vu en tout et pour tout que 86 films dans sa vie ? Et il donne des cours dans une grande école de ciné, celle de New-York, rien de moins, ça fait réfléchir. Y'avait pas mal de bogues dans sa liste qui plus est. L'homme nous place Dirty Pretty Things de Stephen Frears, Big Mamma de Raja Gosnell, Kung Fu Panda de Stephen Chow et Rasta Rockett de Jon Turtletaub, soit pas mal de films de renois mais pas l'ombre d'un Renoir, pas le soupçon d'un Murnau ou d'un Ophuls, pour ne citer qu'eux. Pas l'ombre d'un Jan de Bont non plus... 




Que fait-on quand on est étudiant face à ça, et que le prof exige qu'on ait vu la moitié de sa liste avant la fin du premier semestre ? Spike Lee doit faire partie de ces profs qui se ruinent pour l'année dans un premier cours démarré sur des charbons ardents. Point positif pour Spike Lee, il se traîne une réputation de pur dirlo de recherche. L'homme répond aux mails. Il les lit, puis il répond. Un pur dirlo. C'est quelque chose qui n'est pas assez dit sur lui. Mais pour revenir à sa liste d'enflure, c'est typiquement celle qui finit en boule au fond du sac de cours et qu'on ressort dix ans plus tard. Elle est devenue belle, visuellement, c'est un beau papier, jauni, écorné, tâché d'encre par endroits. Après c'est toujours autant de la merde quand on lit le papelard, et on le jette en repensant à tout ce qu'il a vécu malgré lui (jour de l'an chez Rabois, pintes de bière coupée à la pisse au Bar de la Lune, déambulations dans les rues, et ainsi de suite).

Dans cette maudite liste de 86 films classés par ordre alphabétique des prénoms (ce qui n'a aucun sens, AUCUN, et Spike Lee ne se mouille pas en évitant un vrai classement par ordre d'importance. Au fait, on vient de piger pourquoi y'en a que 86, les 14 manquants sont signés Spike Lee.........), on retrouve aussi, D9, aka District 9, de Neill Blomkamp (qui a eu notre sympathie immédiate, parce qu'il nous évoquait les facéties pédestres de Dennis Bergkamp, l'un des plus grands joueurs de football de l'histoire, qui aurait pu être le plus grand s'il n'avait pas été hollandais et s'il n'avait pas été victime d'une phobie de l'avion qui l'a tenu éloigné de toutes les grandes compétitions du siècle passé. Il n'a participé qu'à une coupe du monde, la plus belle, l'unique en fait, celle de France 98, et il a réussi, après 18 heures de train éco téoz, à faire un contrôle majestueux devant le but et à crucifier le goal Carlos Roa de la plus belle des façons, une vraie danseuse étoile...).




On avait envie d'adorer District 9, qui raconte comment des extra-terrestres échoués sur la Terre vingt-huit ans en arrière ont été parqués dans un bled d'Afrique du Sud et y sont abandonnés à leur sort tandis que les humains cherchent en vain à utiliser leurs armes, d'une puissance extraordinaire mais ne répondant qu'aux aliens, du moins jusqu'à ce qu'un journaliste finisse par être contaminé et se transforme peu à peu en "crevette" de l'espace. On s'était mis à genoux devant la télé avant de le lancer. C'était l'époque où on était colocs et où chaque film maté ensemble avait droit à son cérémonial de malade. Certains impliquaient le déboutonnement de nos pantalons, d'autres une prière en direction de l'écran (et de la Mecque) dans un silence imposé. Le film de Blomkamp en fit partie. Et pourtant... La déception fut immense, surtout après avoir maté l'intégralité du film à genoux sur le carrelage. Pourtant on a une certaine marge de tolérance envers les films que l'on comprend mal ou qu'on n'arrive pas à suivre, comme La Dame de Shangaï d'Orson Welles, 2001 l'odyssée de l'espace de Stanley Kubrick et quelques autres, ces films auxquels on ne pige pas tout mais qu'on trouve géants. Du coup pendant tout le film de Blomkamp on a emmagasiné, puis au bout d'un quart d'heure le cérémonial s'était transformé en bazar de l'épouvante. La dimension politique du film nous a complètement échappé, déjà. Avec nos deux notions historiques, c'est pas toujours facile. On était au courant qu'un certain Nelson Mendesfrance avait combattu les blancs avec l'aide des hollandais depuis sa prison, pour finir président de la NFSEA, mais pas plus. Ce brillant homme a notamment raconté tout ça dans un épisode de En Apartheid avec Pascale Clark. Voici ce que nous savions en conjuguant nos savoirs respectifs, quitte à rompre le silence de cathédrale qu'on s'était imposés au départ, afin de s'entraider un peu.




Quant au reste, les zones d'ombre du script sont légion. La cohérence du récit est aux abonnés absents. Il y a un truc que nous n'avons pas pigé et qui nous a bien fait tiquer, c'est comment les êtres humains et les extraterrestes arrivent à communiquer ? S'ils n'y parvenaient pas, on pourrait mieux comprendre pourquoi les premiers ont choisi de concentrer les seconds dans une zone, en les traitant comme de la merde ; mais là, ils arrivent à causer, ils peuvent tout se dire, échanger sur tout, mais non, ils préfèrent s'entretuer... Les hommes arrivent à communiquer avec les aliens qui s'expriment pourtant manifestement dans un esperanto immonde digne des pires bushmen d'Australie, mais ils ignorent complètement d'où ils viennent, pourquoi ils se sont arrêtés en Afrique du Sud, pourquoi leur vaisseau est en panne, pourquoi ils ont perdu une sorte de boîte noire qui les a rendus complètement cons et désœuvrés, et au lieu de leur poser des questions (d'autant plus que les aliens ont l'air assez causants et conciliants), ils leurs balancent de la bouffe pour chat et les autopsient de longue... Autre couac : dans leur zone, les crevettes ont des armes de destruction massive, ou quasiment. Il leur suffit d'appuyer sur un bouton et ça fait tout exploser. Ils ont ça à disposition. Mais pourquoi ne s'en servent-ils donc pas pour foutre la race aux humains, ou juste ce qu'il faut pour ensuite tracer chez eux ? Suspect




Y'a plein de petits trucs que nous n'avons pas pigé. Les aliens ressemblent à des crevettes monstrueuses de trois mètres de haut et ont un comportement assez violent, sans pour autant (au début du film) susciter la haine de militaires bas du front. Plus d'une fois dans le film un alien arrache un bras à un soldat par mégarde ou pour jouer et les autres marines autour regardent ça sans trop réagir, alors que logiquement ça appelle une boucherie immédiate et définitive. Enfin bref, ça ne tient pas debout une seconde ce gros merdier. Un autre truc que nous n'avons pas du tout pigé, c'est pourquoi les américains, qui veulent voir partir les aliens et se font chier à mettre en place une expulsion administrative parfaitement risible, s'échinent à empêcher ces derniers de rejoindre leur vaisseau mère pour déguerpir. Nous ne comprenons rien... Si vous connaissez les réponses à toutes ces questions, nous sommes prêts à retirer les "captcha" pour que vous puissiez poster des commentaires plus facilement.




Nous en tout cas on a mille questions à poser à Neill Blomkamp. D'abord, pourquoi un "m" avant un "k", alors que la règle d'or veut qu'on ne mette un "m" au lieu d'un "n" que devant un "b" ou un "p", exception faite du mot "bonbon" et de pas mal d'autres mots, mais pas Blomkamp, nous avons vérifié. Ensuite on aimerait lui demander si ce film est bien, comme nous l'avons lu, une sorte de remake d'un court-métrage qu'il avait réalisé 5 ans plus tôt. Si tel est le cas c'est vraiment une histoire qu'il porte en lui depuis des lustres, un scénario qu'il a pu peaufiner pendant des années, et un message qui lui tient à cœur et qu'il veut véritablement partager avec le plus grand monde. Dans ce cas pourquoi choisir une forme cinématographique si peu amène à la communication ? Ce qui nous amène à une autre question, plus taffée de notre côté : au début du film, on est face à une sorte de collage d'images d'informations télévisées, des bouts de reportages filmés par des personnages du film, donc façon amateur, found footage. Mais ce concept, très en vogue ces dernières années, est abandonné sans préavis au beau milieu du film, au moment où le personnage commence à se transformer en crevette et même à devenir une pure gambas, car il est très con au départ de l'histoire et gagne en neurones au fil du temps. Sauf qu'aucun changement d'esthétique ne survient. On reste dans une forme télévisée suffocante. Le filmage, extrêmement épuisant en soi, à base de mouvements de caméra brusques et permanents dans des plans montés par un épileptique, reste identique. Regarder ce film c'est presque comme une après-midi passée au naked-paintball, le paintball sans protections et sans vêtements. Si vous avez des réponses à ces questions-là, idem, on vous attend dans les commentaires, mais cette fois-ci on remet les captcha. Si vous savez répondre à ça vous savez aussi recopier les trois chiffres d'une captcha.




Dans beaucoup de critiques, notamment dans celle des Cahiers du Cinéma de l'époque, on peut lire, les larmes aux yeux : "Neill Blomkamp (seulement 30 ans !)". C'est pourtant pathétique de faire un film aussi débile à déjà 30 ans, la preuve c'est qu'il l'a écrit 5 ans plus tôt, donc qu'il a eu l'idée 10 ans plus tôt, et avoir une telle idée à 20 ans c'est déjà avoir un beau retard... Même combat pour Nolan avec Inception, Cameron avec Avatar ou Del Toro avec Pacific Rim. Ces cinéastes se vantent d'avoir eu l'idée de ces films au bahut ("et en taule" pour Del Toro), mais pas besoin de s'en réjouir, parce que ça se voit, et ils ne font que donner le bâton... On a pourtant quelques éléments de comparaison, ne serait-ce que le plus fameux : Orson Welles a réalisé Citizen Kane à 26 ans. On peut aussi penser à Godard qui a tourné A bout de souffle à 29 ans, au Roi Pelé qui soulevait sa première coupe du monde à 16 ans, à Camille Lacourt qui levait son premier dauphin à 8 ans, et ainsi de suite.


District 9 de Neill Blomkamp avec des crevettes non-décortiquées (2009)

27 juin 2009

Rasta Rockett

Cet article vous étonnera peut-être. En effet, à quoi bon parler encore d'un film clé des années 90 sur lequel tout a déjà été dit et redit ? Seulement voilà, ce film est terriblement d'actualité, et je vais tout de suite vous dire pourquoi. Une récente étude scientifique américaine très sérieuse menée à l'université du South Dakota, dans le Dakota du Sud, vient de prouver la chose suivante par A+B : tout le monde, dans sa vie, a vu ou verra au moins un film de Jon Turteltaub. Il s'agit donc de savoir lequel ! Et il s'agit souvent de l'inévitable Rasta Rockett. Pour ma part, j'ai fait un peu de zèle, j'ai vu 4 de ces films, rien que ça !

Rasta Rockett est, de loin, son chef d'œuvre, son film phare, celui qui nous donne la grille de lecture essentielle pour comprendre l'artiste qu'est Turteltaub. L'idée est simple : on va créer une équipe de bobsleigh en Jamaïque. Le succès : planétaire ! Je l'ai vu en CM2, en fin d'année. On nous avait dit "Bon, vous avez plus de devoirs, mais venez quand même à l'école pour pas faire chier vos parents chez eux ! Vous avez le droit d'amener chacun une k7 qu'on matera ensemble." Le lendemain, on avait tous amené notre exemplaire de Rasta Rockett. On l'a donc vu 28 fois. 28 fois en une journée, ça dépasse la journée, et ça te la pourrit sévèrement. 28 jours plus tard, on y était encore. C'est l'un de mes films cultes. Y'a un nombre de répliques mythiques à faire pâlir Jean-Marie Poiré.




Je l'ai revu en 2nde. Véridique. Notre prof principal d'hist-géo, un grand gaillard nommé Porquétébas, nous avait dit "Bon, demain, c'est le 20 juin, date fatidique pour moi autant que pour vous : plus rien à foutre des cours et rengaine habituelle ; vous remplacez vos trousses par le dvd de votre choix, un film qui vous tient à cœur en particulier. Faites-moi rêver, j'ai pas foutu les pieds au cinoche depuis que ma femme daltonienne a choppé un bus à travers la tronche et ne peut plus se déplacer toute seule. Je veux voir un film de cinéma. Car au cinéma, je ne peux plus y aller". Le lendemain, sur 12 élèves (les autres ayant pris des vacances anticipées), 11 exemplaires de Rasta Rockett "édition Prestige" et 1 documentaire sur le skate. On a maté le docu sur le skate puis Rasta Rockett qui, à côté, paraissait encore mieux ! Le prof avait des larmes de gros crocos !




Je l'ai revu en Terminale, 5 ans plus tard (la Première fut pour moi une année qui a duré 4 fois 365 jours, dont peut-être une fois 366, il faudra que je vérifie ça sur mon calendar ! Mais je suis plus à un jour près !). Ma prof principale d'SES (SiencES), une fillette de 21 ans nommée Pascale Weeks, à la veille des vacances d'été, nous avait annoncé "Pendant les révisions du bac, faites donc des pauses, videz-vous la gueule, effacez-vous la tronche ! Matez les films qui vous évadent le plus ! Vous serez encore plus efficaces lors du bachot, croyez-moi !". Résultat : mes révisions du bac ont consisté en une étude en long, en large et surtout en travers de l'œuvre Rasta Gémini Cricket. Je connais ce film sur le bout des doigts, et j'ai eu mon bachot au repêchage, grâce à une excellente note obtenue en espagnole à l'oral (coeff 3, j'avais 8 points à rattraper, j'ai eu 3.25/20, 4x3.25, le calcul est vite fait, 8 points allègrement dépassés Claude, j'ai eu mon diplôme comme ma grand-mère a paumé ses dernières dents : sans bouger les doigts !).
Je vais ptêtre me le revoir d'ici peu. On est fin juin. C'est pile la période où j'ai envie de Rasta Rockett.




Pour en revenir rapidement aux autres films de Jon Turtelteub, histoire de parler de ce que je connais le mieux : sachez donc que oui, Phenomenom est bel et bien un phénomène. Le jeu de mot est simple, alors je m'y vautre comme un clébard.

Quant à la série des Benjamin Gates, elle enterre tout simplement Indiana Jones et ses arches perdues. Nicolas Cage EST le nouvel aventurier.

Turteltaub, Turteltaub, prononcez son nom à plusieurs reprises et vous comprendrez que cet homme-là n'a pas eu la carrière qu'il méritait !


Rasta Rockett de Jon Turteltaub (1993)

19 juin 2009

Barton Fink

J'ai toujours confondu - et je confonds encore - trois films : Barry Lyndon, Barton Fink et Larry Flint. Pourtant, rien à voir... Le premier cause d'un duelliste aux prises avec son mousquet qui lui pète dans les doigts, le second parle d'un débile figé sur son stylo plume, et le troisième raconte l'histoire d'un pornographe opportuniste tout entier accaparé par son appendice caudal. Barry Lyndon était interprété par Barry Pepper dans le film de Stanislav Kubrick, Larry Flint était campé par Woody Goldberg dans le film de Milos Forman, et Barton Fink, qui nous intéresse aujourd'hui, c'était John Turturro, dans le film des frères Coen. Ce que je vais vous dire là je le dis rarement parce que les gens ne me croient pas et s'imaginent que j'essaie de jouer l'ami des stars, pourtant croyez-moi, y'a pas de quoi se vanter d'être l'ami d'une telle star. Je veux parler de John Turturro, que je connais bien puisqu'il a pendant longtemps été mon voisin de palier. C'était mon voisin Turturro. Et une entente cordiale régnait entre nous. Sauf quelques soirs où ce fameux John Turtleteub, comme j'aimais à l'appeler pour me moquer, se mettait à hurler des insanités que je pouvais entendre depuis ma chambre et qui m'empêchaient de fermer l'œil. La cloison qui séparait nos deux appartements était si fine que la nuit venue, les bruits de la rue s'étant tus, je pouvais distinctement entendre chaque mot qu'il prononçait depuis chez lui.



En réalité, au bout de quelques semaines, il aurait aussi bien pu arrêter de prononcer ces mots-là... Je les aurais entendus quand même, je les avais enregistrés dans ma mémoire, ces mots, invariables, qu'il répétait de soir en soir, inlassablement. En fait il était au téléphone avec sa copine ou bien sa femme - j'ignorais les détails de sa "situation" - et ils terminaient chacune de leurs discussions par le sempiternel "Raccroche - Non toi d'abord", ce jeu qui sert d'interminables adieux téléphoniques aux couples les plus puérils. Sauf que dans le cas de mon voisin Billy Bob Turturro, ce jeu "trop mignon" typique des amours enfantines tournait systématiquement court et le ton s'emballait pour monter dans les décibels. Tous les soirs, j'entendais mon voisin John Totoro dire à sa femme "Allez bye...", puis quelques secondes de silence plus tard: "Raccroche... Non toi... Non toi d'abord... Allez quoi raccroche, ça va bien maintenant... Allez raccroche ma parole !... Ta gueule ! Raccroche. Ta gueule ! Non non TA gueule ! Raccroche, TA GUEULE !" et ainsi de suite...



Drôle de mec ce Turturro quand j'y repense. Mais c'est quand même une chance d'avoir vécu près de lui, même si j'y ai perdu des milliards d'heures de sommeil. Ma vie est devenue celle d'un gros loir à cause de John Turturro. A chaque fois que je pionce je fais le tour du cadran et j'y perds autant de temps que d'argent ; mais j'ai été le voisin, le "girl next door" de Johnny Turturro.



Concernant le film j'en ai vu qu'une petite demi heure, mon sommeil m'ayant très vite rattrapé. C'est une sorte de critique d'Hollywood, un peu onirique, un peu fantastique. Un mélange entre Lynch et Terry Gilliam. Un film cafi de rêves. Je ne verrai donc jamais l'heure manquante. Je fais suffisamment de rêves en pionçant des journées entières pour mater des films qui m'en montrent d'autres, et de forts laids. Faut que je pionce, je suis vraiment faaaaa


Barton Fink de Joel et Ethan Coen avec John Turturro (1991)

3 mai 2008

Benjamin Gates et le Livre des Secrets

Arrêtons-nous sur le cas Nicolas Cage, de son vrai nom Nikos Coppola. Je sors de deux heures de Benjamin Gates et je me demande plus que jamais comment on peut être fan ou ne serait-ce que spectateur d'un aventurier portant les traits de Nicolas Cage. Le visage de cet acteur est comme un grand gland fatigué, éreinté, surmonté d'une chevelure touffue et hasardeuse bleue marine et comme échappée dans un élan vers l'arrière d'un urètre invisible. Sans parler des quatre centimètres largement dégagés autour de chaque oreille, ces deux périmètres de crane rasé qui font rejaillir les esgourdes de Cage hors de sa longue tête plate. Alors certains émettront l'hypothèse que Nicolas Cage pourrait bien être le dernier acteur hollywoodien a se coiffer d'une perruque pour chaque tournage, les grosses productions s'étalant parfois sur six mois, afin que sa coiffure ne bouge pas d'un poil et soit toujours raccord. Toujours est-il qu'à l'image on a droit à un hommage posthume à Pablo Picasso puisque Nicolas Cage s'avère posséder un visage tel que de face on puisse apprécier ses deux profils voire, selon l'éclairage, l'arrière de sa nuque. Son visage est comme étalé sur la page d'un bouquin et on lit à livre ouvert dans son terrifiant jeu d'acteur.



Pour se recentrer un peu sur le film il convient de mettre en lumière quelques séquences assez représentatives de l'ensemble de l'œuvre. J'en veux pour preuve cette longue scène où Nicolas Cage découvre qu'il doit fouiller un buffet qui se trouve dans le bureau du président, à la Maison Blanche. À ce moment-là son acolyte demande, incrédule : "notre président ?", à quoi Diane Kruger, enfin décidée à ne pas chier un dialogue, répond : "malheureusement oui". Satire sociale, quand tu nous tiens. Jon Turteltaub, le réalisateur du film, se met ainsi tout l'électorat démocrate dans la poche tandis que les WASPs républicains lui étaient déjà acquis grâce à la présence à l'écran de Jon Voight (qui s'appelle en réalité Jon Jolie mais qui a changé de blaze à la naissance de sa fille Angelina pour cesser d'être associé à elle). Voilà donc Nicolas Cage et Diane Kruger infiltrés dans la Maison Blanche, to the west wing. Ne me demandez pas comment, apparemment il suffisait de soudoyer un garde. Et là Diane Kruger feinte d'avoir paumé une boucle d'oreille pour demander au garde de l'aider à la retrouver dans le canapé pendant que Nicolas Cage déclare sur un ton désinvolte "moi je vais jeter un œil du côté de l'intérieur du buffet". Pour maintenir l'attention du garde, Diane Kruger n'hésite pas à user et abuser de ses charmes, se penchant en avant pour ouvrir son décolleté de malade, se penchant en arrière pour dévoiler son pubis chargé de poils blonds, lui roulant une pelle d'enfer, et finalement laissant le garde agripper violemment sa tignasse pour entamer un coït immonde avec hargne et acrimonie. Pendant ce temps, nous avons droit à quelques plans de coupe sur Nicolas Cage, levant un sourcil distrait vers son ex-femme en train d'encourager un malheureux garde à la violer avec fureur, et matant carrément le spectacle tout en crochetant la serrure d'un des tiroirs du buffet avec ses clés de bagnole.



Très vite on retourne sur Diane Kruger qui entame une vieille branlette espingouine avec difficulté au vu de son ridicule bonnet B à un garde toujours aussi médusé mais condamné au 7ème ciel, tandis que de l'autre côté de la pièce, Nicolas Cage surfe sur le web et crée patiemment un compte facebook au président des États-Unis d'Amérique tout en enculant résolument le 7ème art. Après de longues minutes, et alors que Diane Kruger subit un cumshot misérabiliste en tirant grimace, Nicolas Cage se faufile hors de la pièce, dans le dos du garde de toute façon peu concerné par les affaires de la White House, et faisant signe à son ex-épouse de le rejoindre à la sortie quand elle aura terminé. Diane Kruger ajoute son blaze à la longue liste des jeunes comédiennes qui se sont faites sodomiser dans le bureau ovale. Après le Monica Gate, quid du Diane Gates, épouse Benjamin, dont la preuve ne consistera pas en une timide tache de sperme sur une robe bleu ciel, mais bien en un sofa détrempé.



Autre séquence. En pleine course poursuite de bolides dans Londres, Benjamin Gates, qui possède un bout de bois que son ennemi juré aimerait posséder de même, et qui sait pertinemment que le seul moyen d'arrêter le massacre de piétons occasionné par cette poursuite en dragsters consiste à prêter ce morceau de châtaigner à son pire ennemi, décide de le faire mais, avant ça, de le prendre en photo pour conserver les informations cruciales qu'il recèle. Alors il grille un feu rouge à toute allure et se laisse prendre en photo par un radar, le bout de bois en mains, tenu en évidence au-dessus du volant, et souriant très bêtement à la caméra, histoire d'avoir un souvenir dudit morceau de bambou où est inscrit le reste du script sans lequel le film devra s'arrêter. Et puis, très calme, il conjure son acolyte d'infiltrer le forum de la police londonienne afin de télécharger la photo du radar. Son pote, armé d'un ordinateur portable dernier cri et pourtant dénué d'une webcam qui aurait permis de photographier plus simplement le bâton de Cage, se lance dans l'opération sur son PC, tandis que la caméra dévoile le bel APN que le personnage gardait chevillé au corps, accroché au cou par une lanière en cuir.



Autre scène, autre lieu, autres mœurs. Nicolas Cage vient de kidnapper le président. Ils font une ballade pédestre dans une forêt de Washington quand, après un débat houleux, Benjamin Gates déclare tout de go au président : "De toute façon mon président préféré, c'est Abraham Lincoln". Ce à quoi le président répond : "Y'a que toi et le chien de Philippe !" Puis, après quelques minutes de marche à bavasser entre collègues, le président, harassé par les questions de Gates, finit par lui dire : "Allez, à toi je peux bien le dire, après tout je peux déroger à la règle une fois ou deux, à un pote je peux le raconter, allez, de toute façon ça me pèse". Et c'est alors que le président dévoile sans broncher l'existence d'un livre secret contenant la vérité sur toutes les énigmes et autres grands mystères de l'Histoire des États-Unis, de Roswell Zone 51, à NCIS portés disparus, en passant par l'assassinat de Kennedy, Appolo sur la lune et autres Kyle XY. Après quoi, il lui confesse, tant qu'à y être, l'emplacement du livre, tout connement la bibliothèque du Congrès, puis la côte du bouquin afin qu'il puisse l'emprunter librement :

"X, P, E, WINDOWS, ÉDITIONS FAMILLE GALLIMARD, 00, 7 À DEUX POUR BORDEAUX, 9, 45, 6, 40-A ÉGALITÉ JEUX BALLE ET MATCH, 13, 52 pour les Spurs de San Antonio, 6, 7, 129, CUMSHOT, FACIAL, HORSE-RIDING, BABBYSITTER FORCED SEX, 45, 69, 12".

Ce à quoi Benjamin Gates répond : "Ok très bien, j'ai". Mais c'est sans compter sur le président qui lui tape sur l'épaule et lui dit :

"Attends, c'est pas tout : 26, 1, 7-6, FORCLOSURE, MUC72, RESOLUTE, TWINS, TWIN TOWERS, AUSTIN POWERS, 12, 36547, 4, PORN PHPBB, http://WWW.COM, WORDPAD.DOC, 1, 2, 7".

Benjamin Gates, serein, acquiesce, et se retourne prêt à partir emprunter ledit bouquin, quand le président lui frappe à nouveau l'épaule à coup de tête, pour ajouter : "Attends au fait Ben, on s'entend bien, je te file mon 06, t'as de quoi noter ? Allez j'enchaîne : 06-27-30-22-21". Et à ce moment crucial, Benjamin Gates se plaque très fort la paume de la main contre sa gueule déjà tristement aplatie en hurlant : "Eh j'ai tout perdu ça y est t'as foutu le bordel j'avais tout bon, je suis quén". Finalement, le président lui répète la combinaison au complet et cette fois-ci Benjamin prend des notes sur un calepin. La scène est longue, digne d'un Béla Tarr en pleine forme. Et puis notre aventurier intrépide laisse le président en plan dans le sous-bois et se barre vers de nouvelles aventures. Alors on voit le président faire du stop sur une route de campagne le doigt levé. Un type s'arrête, le reconnaît, l'emmène par le bras vers le fossé et le roue de coups jusqu'à ce que mort s'en suive. Quelques scènes plus loin, tandis que Benjamin Gates résout de nouvelles énigmes, il est arrêté par un flash info à la télé où l'on voit le meurtrier du président interviewé par des journalistes, et voila ce que le pauvre bougre nous raconte : "Je suis un type lambda, tout à fait normal et sain d'esprit, je n'appartiens à aucun parti politique, je ne me réclame d'aucun groupuscule, je ne fais partie de rien. Je suis tout à fait banal et heureux. J'ai même voté pour ce type. Simplement je passais par là dans mon camtard GeneralMotors quand ce bonhomme m'a fait arrêter. Alors comme je suis un type honnête et sympathique au demeurant, j'ai stoppé ma camionnette pour le prendre, et quand j'ai vu que c'était le président j'ai estimé logique et opportun de lui ruiner la gueule, de le conduire dans le fossé et de le défoncer, de le cogner jusqu'à ce qu'il crève, j'estime, je considère que c'est la moindre des choses quand on croise le dirlo des états-unis de lui crever la gueule, ça reste un bon moyen efficace de se faire un nom, de se tailler une place au soleil et de marquer l'histoire de son pays, c'est simplement pour ça que je lui ai explosé la paillasse, je l'ai laissé pour mort, vous pouvez y aller il est toujours dans le ravin, je l'ai laissé en place, il est complètement raide, je l'ai ruiné. J'étais là seul à seul avec le président, l'occasion était trop unique et trop belle, lui qui est toujours encadré par six gorilles. J'ai fait ce que tout le monde d'un tant soit peu concerné par l'Histoire de son pays, aurait fait. T'es seul avec le président, tu le quén. Il peut pas en réchapper. Faut qu'il y passe. C'était naturel de le destroy. Je l'ai foncedé et ça vous passera avant que ça me revienne. Je vais en taule, à plus !"



À ne pas voir si vous n'avez pas vu le 1, à ne pas voir si vous avez vu le 1, dans tous les cas tenez-vous loin du 2.


Benjamin Gates et le Livre des Secrets de Jon Turtletaub avec Nicolas Cage, Diane Kruger, Jon Voight, Harvey Keitel et Ed Harris (2008)