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23 octobre 2014

La Terre de la folie

Je venais de lire un recueil de critiques de Luc Moullet, l'excellent Piges choisies (de Griffith à Elroy), édité chez Capricci et accompagné du livre d'entretiens Notre alpin quotidien, quand j'ai vu ce film au cinéma il y a déjà quatre ans. Il me faudrait le revoir pour trancher car je garde une vraie sympathie pour ce film tout en ne sachant pas s'il la mérite vraiment ou si c'est celle de son auteur qui rejaillit sur lui. Car Luc Moullet est un personnage éminemment sympathique, et ce film, qui est un vrai documentaire, lui ressemble en cela qu'il est impérieusement sérieux et néanmoins comique. Notre homme est un pince sans rire notoire (dans ses écrits comme dans ses films, rappelons-nous par exemple de son excellent court-métrage Foix, mockumentaire affûté sur une ville immonde).




La Terre de la folie est lui aussi un presque mockumentaire (pour ceux qui l'ignorent : "mockery" + "documentary" = mockumentary), alors que ça n'est pas du tout un rockumentaire (pas de bande originale dans le film, sauf un morceau de 13 secondes), ce n'est pas à proprement parler un faux-cumentaire (documentaire de type hypocrite), ni un documenteur (faux-reportage, qui peut se coupler de mockumentaire pour donner un mockumenteur, un faux documentaire moqueur). Ce n'est pas non plus un tractumentaire (films qui ont une portée documentaire sur un ou plusieurs engins de type tracteur, ou dont le script focalise en grande partie sur des tractopelles de tous modèles, genre cinématographique que David Lynch a inventé et enterré avec Une Histoire vraie), ce n'est pas davantage un trocumentaire (documentaire sur les trocantes et brocantes, et par extension sur tous les échanges commerciaux répondants aux critères du troc, catégorie trainée dans la boue par Victor Lanoux pendant des années dans Louis la brocante), pas non plus un phockumentaire ("phockery" + "documentary" = phockumentaire, document sur la vie des phoques, une spécialité de YAB, Yann Arthus-Bertrand), encore moins un orcumentaire (le doc sur les orques, dernier exemple en date, le traumatisant Blackfish), ni un tocumentaire (sur les différents types de tocs dont souffrent différents types de tocards, sujet favori des charognards de la télé-réalité, de feu Jean-Luc Delarue aux actuels Tellement vrai et autres ersatz de la télé-poubelle actuelle). Enfin ce n'est pas non plus un filmumentaire (à la fois film de fiction et making-of, genre très rare mais très prisé par Danièle Thompson et qui consiste en un film de fiction, interprété par des acteurs, mais qui laisse parfois entrevoir les moyens de production, allant du fauteuil du dirlo photo visible dans le champ à la tignasse de la réalisatrice couvrant la moitié de l'objectif, en passant par le micro qui tutoie les comédiens ou fait du djembé sur le sommet de leurs crânes, chauves de préférence, cf. Le Code a changé, un filmumartyr de première).




Bref, le film de Moullet est juste un documentaire teinté d'humour, et c'est déjà pas mal. Le pentagone tracé grâce à des punaises reliées par des élastoques que vous voyez sur l'affiche désigne une certaine aire dans le sud-est de la France que Luc Moullet désigne preuves à l'appui comme "Terre de la folie". C'est une région dans les Alpes de Haute-Provence notoirement sujette aux crimes de folie, impulsifs, sans mobile et sauvages de préférence. Les raisons de ces assassinats incompris, parfois irrésolus, sont probablement nombreuses mais demeurent hypothétiques. Moullet mène l'enquête et propose des pistes de réponses, qui vont du paysage noir des Tourbières au vent qui rend fou, en passant par l'isolation des maisons et des villages où "personne ne vous entend crier", façon Alien, le huitième passager. Mais au vu du QI moyen dans la région, qui vole en rase-mottes, on pense plutôt à un cross-over américano-franco-belge des films de Ridley Scott et de Jaco Van Dormael : Alien, le huitième jour. Et Moullet déroule cet éventail des possibles dans une enquête scrupuleuse, souvent drolatique, d'un humour noir sympathique, peut-être simplement deux fois trop longue pour nous tenir en haleine tout du long. J'ai quand même été amusé de constater que pile au centre dudit pentagone se trouve le village de mon enfance, et il est rare que l'auteur d'une critique - actuellement face aux flics et spot dans la gueule - se trouve incarner l'astuce aux énigmes criminelles posées par le film... Petit conseil, pour finir : faites-moi pas trop chier.


La Terre de la folie de Luc Moullet avec Luc Moullet (2010)

26 septembre 2012

Plan de table

J'ai vu Plan de table, le premier film de la publicitaire (et ça se voit... terrible impression de regarder une pub pour une assurance ou pour une banque) Christelle Raynal. Une comédie française dans la droite lignée de l'infâme Le Code a changé de Danièle Thompson, basée comme ce dernier et comme tant d'autres navets sur un repas qui tourne mal, et certain de faire mouche avec ce seul argument de vente misérable (le sympathique Cuisine et dépendances de Philippe Muyl aura fait des petits et la plupart sont très laids à regarder...). Au casting, Franck Dubosc, Elsa Zilberstein, Louise Monot, Shirley Bousquet, Audrey Lamy (sœur d'Alexandra), Arié Elmaleh (frère de Gad), Tom Raynal (frère de la réalisatrice) et Mathias Mlekuz (frère des ours), tous exceptionnellement nuls.


 Frank Dubosc, quoi qu'on en pense, fait ce qu'il peut pour ranimer le cadavre de la comédie française, mais il ne fait que remuer le coutelas dans la plaie.

Plan de table (dont chaque scène est littéralement truffée de plans, serrés ou larges, de tables) prend pour point de départ une soirée de mariage et se base sur un scénario façon Pile et face où, vous l'aurez deviné, un simple échange de carton dans le placement de table aura des conséquences lourdes et variées pour chaque convive. Ce vieux système du what if film, qui rejoue les mêmes scènes encore et encore en introduisant à chaque fois un nouvel élément qui change tout, nous pousse à revivre sans cesse la même soirée déjà ultra pénible la première fois en nous confinant dans une désolation morbide. Nous autant que la réalisatrice d'ailleurs, qui passe la dernière variation de son script en accéléré (elle serait ravie d'apprendre que je l'ai imitée, mais sur pratiquement tout le film).


Le gag de la chute sur tapis rouge au moment du flash. Pas terrible mais tellement mieux qu'une heure et demi de Plan de table.

Or je me trouve dans cette situation compliquée, assez récurrente dans la dure vie de blogueur ciné, où je me dis d'une part que je ne peux pas avoir enduré cette chose pour rien, sans en tirer au moins un petit papier, sans vider mon sac contre tous ceux qui ont participé à me pourrir une heure et demi avec ce pet enfumé, et d'autre part que je ne dois pas me sentir obligé de parler de ce sous-film si entièrement mauvais que lui accorder plus de cinq minutes supplémentaires de mon temps serait insensé. On dirait que j'ai tranché.


Plan de table de Christelle Raynal avec Franck Dubosc, Elsa Zylberstein, Audrey Lamy, Arié Elmaleh et Shirley Bousquet (2012)

7 décembre 2010

Trésor

Faut que j'en parle, tout de suite. Je viens de le voir en entier. Et il faut que j'en parle. Claude Berri a co-produit ce film avec son épouse Nathalie Reims, écrivaine et toiletteuse de clebs (tapez son nom sur google-image pour comprendre). Claude Berri a également co-réalisé ce fameux Trésor avec un homme-à-tout-faire mieux portant que lui et physiquement capable de tenir une caméra, un faiseur dont le nom est déjà oublié. On peut facilement imaginer ce qu'ont pu être les derniers jours de Claude Berri, ou disons ses dernières années, en regardant ce film qui a tout d'une autobiographie. Et, partant, se dire heureux de sa disparition devient non pas une pensée criminelle mais au contraire une caresse bienveillante pour un vieux monsieur. J'ai une éthique, contre toute attente. D'ailleurs j'ai lu "Ethique à Nicomouque" de Spinoza (prononcez Spinocha).



C'est l'histoire d'un type (Alain Chabat, 52 ans), qui décide d'offrir un chien à sa femme (Mathilde Seigner, 42 ans), pour l'anniversaire de leur quatre ans de vie commune. Au début du film un collègue de travail de Chabat, d'une surprenante perspicacité, lui demande s'il préfèrerait pas faire un gosse à sa grosse, mais Chabat lui répond texto : "Non c'est trop tôt, on veut profiter un peu de notre couple". Notre homme a 52 ans et ça fait quatre ans qu'il vit sous le même toit que sa femme, et ce type affirme mordicus vouloir profiter de son couple et de sa jeunesse histoire de faire un gamin à 60 ans, quand on lui aura annoncé qu'il collectionne trois cancers du pancréas et que sa femme est quatre fois ménopausée. Donc c'est tout naturellement et le sourire aux lèvres qu'il offre un gros clébard à sa femme, et le plus affreux possible (il paraît que ces choses-là ressemblent à leur maître...). Sa femme justement, le personnage féminin le plus odieux, le plus débile, le plus dérangeant, le plus minable et le plus horripilant de l'Histoire des personnages féminins, devient complètement frappée de son chien au point de traiter ce dernier comme un amant et de considérer en contre-partie son amant en véritable clébard humain. Et ainsi on assiste pendant une heure et vingt longues et inépuisables minutes à cette lente et douloureuse séparation du couple qui a pour chef d'orchestre un gros bulldog puant. Or, bien qu'il s'agisse prétendument d'une comédie puisque tout le film se présente sous ce jour, du monstrueux générique d'ouverture aux acteurs en présence en passant par le pitch qui sert de moteur à cet engin sans pilote qu'est le film, il n'y a pas le soupçon d'une vanne d'un bout à l'autre de ce gigantesque merdier filmé, ce qui tend à en faire une tragédie hyper-réaliste ultra glauque qui vous colle le cafard de votre chienne de vie en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, et pour plusieurs jours à mon avis.

Au fond c'est l'histoire d'un pauvre mec qui aime coûte que coûte une femme qui n'est autre que le diable incarné, la femme faite monstre irascible, la chienne de Renoir sans Renoir, un amas de débilité et de laideur d'âme, un estron de chien fumeux coincé dans un "devenir-canasson" dément et putride. La suite du film c'est la séparation de ces deux amoureux de Peynet, après quoi Chabat, qui passe la totalité du film à difficilement contenir dans un froc XS, va acheter un autre chien de race identique auquel il s'attache aussi tristement que sa femme s'est amourachée du premier, et devient donc tout aussi horriblement con et détestable que son ex-compagne.



Dans cette dure période de célibat, que le personnage semble tout de même appréhender avec une certaine joie, ce dernier rencontre aussi une voisine d'une trentaine d'années, séduisante et célibataire comme lui (interprétée par Marine Delterme), qui lui fait tendancieusement de l'œil. Mais notre Chabat national reste fidèle à sa sardine qui l'a plaqué pour un chien. Un mot sur Chabat : non rien... Je reviens immédiatement au film. Avec ce pivot narratif bien risible qui consiste à nous faire admirer la constance d'un homme pourtant mal marié et ô combien mal plaqué, on se demande si Claude Berri n'a pas voulu certifier à son épouse et collaboratrice qu'il n'a jamais cédé aux tentations féminines que subissent tous les hommes de pouvoir, et on le félicite.



Je dis "homme de pouvoir" à bon escient parce que le personnage joué par Chabat, alter-ego fictionnel de Claude Berri, exerce le beau métier d'architecte. Je crois qu'on peut affirmer que c'est là le métier de tous les Français si l'on en croit le cinéma populaire hexagonal. Dans tous ces films qui nous pourrissent la vie les personnages sont invariablement architectes, métier de parigot par excellence qui permet au héros d'être "dans le coup", grisonnant mais puissamment actif, riche mais honnête, bourgeois mais branché, putois mais séducteur, charmant bien que largement laid. Séducteur mais fidèle veut nous faire croire Claudio Berri, qui nous montre un Alain Chabat acceptant de changer in extenso et radicalement pour retrouver les faveurs de sa femme quitte à devenir pour cela un abruti fini et à vivre une existence de vieux poux paumé dans la crinière gluante de sa conne d'épouse. Épouse qui, de son côté, profite de sa période de liberté acquise et se laisse tenter par un autre homme, ultra riche, taré de chiens lui aussi, et gay, avant de finalement repenser avec nostalgie à son ex-compagnon. Sa meilleure amie, bonne copine d'école, sous la peau de Macha Méril (70 ans), lui dit alors d'une voix geignarde : "Ah ! Fais chier ! Tu penses encore à lui ?". Elle pense à lui, oui. Ma foi ils ont vécu quatre ans ensemble et ils se sont séparés y'a pas quinze jours, et elle pense encore à lui, mazel tov !

Et puis finalement, fort de l'acquisition d'un autre chien d'anglais, répugnant comme un chien des quais, Chabat retrouve sa femme au détour d'une merde de chien dans un parc et ils repartent ensemble avec le sourire et deux clebs au lieu d'un, ce qui nous fait un total de quatre gros clébards si on compte ce couple comme faisant parti du monde bienheureux des canidés. En somme c'est un dogumentaire bourdonneux sur des bourgeois nauséabonds qui font partie du haut du panier de ce tas de fumier qu'est notre capitale. Pour quiconque est comme moi essoufflé d'accepter en silence de déambuler entre mille et un énormes étrons de clebs à chaque fois qu'il est question de mettre un pied dehors, ce film est largement contre-indiqué. Il est même à déconseiller vivement à quiconque rêve comme moi de voir tous les propriétaires de chiens du monde brûler de concert dans un brasier fabuleux.



C'est fou comme on a le sentiment d'observer en bonne mouche à merde la vie nauséabonde de ces personnages campés par Chabat Alain et de Seigner Mathilde, de les scruter dans leur quotidien qui donne envie de se faire sauter la cervelle, et de cramer toutes nos cellules saines pour en fabriquer autant de cancéreuses juste en partageant ces 110 minutes chrono de leurs vies.

Le film est dédié à un chien, celui de Claude Berri et de Nathalie Reims. A la fin un panneau vient nous apprendre qu'ils remercient amicalement la psychologue pour clebs qui a permis à Claude de s'ouvrir aux chiens et de leur parler. Aujourd'hui notre ami fume des mauves... Claude Berri... voila le type qui a marabouté le cinéma français avec pléiade de films de merde dédiés au quatrième âge jusqu'à devenir un pape tout puissant du film populaire indigent, et il s'est offert en fin de vie la petite gâterie de réaliser le film dont il avait envie sans se soucier de personne, sans la moindre justification commerciale ou artistique, en se payant d'ailleurs une chiée plus dix de seconds rôles à coller sur sa terrifiante affiche (Bruno Putzulu, Marine Delterme, Isabelle Nanty, Fanny Ardant, Stéphane Freiss etc.), avec une miette des milliards de dollars qu'il a planqué sous son matelas depuis des lustres passés à nous fait chier, histoire de causer de son chien ? Et ce film de famille amateur, réalisé pour un chien, sort au cinéma puis en dvd comme si Sir Claude Berri distribuait post mortem des pacsons de pognon à qui a la main tendue, comme si son fantôme venait se payer producteurs, acteurs, techniciens, distributeurs, diffuseurs, médias, et spectateurs ! Parce qu'il se paye nos tronches ma parole. Il nous présente un film réalisé pour son chien, de là à nous prendre pour des clébards y'a pas trois kilomètres. Monsieur Picsou, coupable d'avoir coincé le cinoche Français sous son propre cul, se paye qui il veut et fait son petit cinéma de papa à la mords-moi-mon-nœud. On se rappelle Coluche qui, quand il a reçu son César pour Tchao Pantin, réalisé par Claude Berri himself, remerciait Claude Berri, "comme tout le monde", et finissait son discours en murmurant qu'il fallait soutenir "les petits jeunes qui n'ont pas de magouille pour faire du cinéma car le cinéma ça reste de la magouille". Il croyait pas si bien dire. Il venait de remercier le dernier des nababs. Et on a pas fini d'en chier avec la dynastie Berri... Son fils, sans doute un tantinet aigre depuis qu'il a vu le film-testament de son père dédié non pas à son fils mais à son chien de compagnie, est encore plus riche et bien plus incompétent que feu son paternel et il nous fait déjà ultra chier. Mais je ne souhaite certainement pas sa mort, car je sais ce qui est bien et ce qui n'est pas bien.


Trésor de Claude Berri avec Alain Chabat et Mathilde Seigner (2009)

14 avril 2010

Rose & Noir

J'ai passé une nuit en garde à vue à cause de ce film. Vous allez dire que je suis un habitué de l'incarcération et vous n'aurez pas tort. Je vous raconte. Gérard Jugnot est mon voisin. Il est assez procédurier et se déplace exclusivement en scooter. Il le gare souvent pile en face de la porte d'entrée de mon immeuble. Après avoir téléchargé son dernier film, j'ai eu l'idée d'aller chier directement sur la selle de son motobécane. Dans mon énorme merde il y avait tout : mes 8 derniers repas, sans doute un peu de sang... je crois que je suis malade mais peu importe. Si vous tenez vraiment à avoir une idée plus précise de l'allure de ce "mini-moi", fiez-vous donc au titre du film. Comme si mon intestin grêle était au courant de ce que je mate... nawak. J'ai fait ça au beau milieu de la nuit, et au petit matin la police sonnait à ma porte pour me coffrer. J'ai dû m'expliquer. J'ai même pas vu le film en entier, alors j'ai passé une nuit en taule. Si je l'avais vu en entier, je crois qu'ils m'auraient laissé, estimant que j'avais déjà purgé ma peine.



Sérieusement, rien de tout ça n'est arrivé. Vous vous dîtes que mon imaginaire tourne en rond et que je peux décidément pas m'empêcher de parler d'étrons et du fait d'aller aux cabinets là où il n'y a pas de cabinets. C'est vrai que je n'ai pas beaucoup d'idées et que j'en reviens souvent aux excréments dans mes conversations, mais pour une fois c'est de circonstance. L'une des premières séquences du film repose sur le gag ô combien éculé du héros constipé qui lâche pet sur pet. Jurard Gégnot est sur le trône, derrière un rideau, et il cague tous ses morts dans un brouhaha de pets immondes, certainement glissés là, dans cette séquence interminable, pour nous faire rire. D'où : bouton arrêt, mépris, haine, et volonté de se faire justice en violentant quelqu'un au hasard. Mais que faire ? Où vomir ou aller chier ? Qui descendre ou attaquer ? Je garde sous verre les quelques mèches de cheveux arrachées à Danièle Thompson lors de la montée des marches à la dernière cérémonie des Césars. J'ai vraiment voulu lui arracher la gueule à la volée. Six mois de cabane. Cette fois-ci, je veux donc être "réglo". J'ai déposé une main courante contre Gérard Jugnot, à défaut d'une grosse baffe dans la tronche. On peut faire ça. Je le sais parce qu'on me l'a fait. Il suffit d'aller au premier commissariat venu puis d'effectuer la procédure, assez simple et rapide, avec un gendarme. Ils sont pas tous complètement cons, mais là ça a aidé, vu que celui auquel j'ai eu affaire ne connaissait pas Gérard Jugnot. Je l'enviais. Il a tapé son nom sans moufeter. Mais à quoi bon ? Ça n'a aucune conséquence. J'ai pensé à la pétition... Tu parles...

Comment, légalement, écourter la vie d'un autre homme ? Trop envie.


Rose & Noir de Gérard Jugnot avec Gérard et Arthur Jugnot, Bernard Le Coq et Juan Diego (2008)

14 septembre 2009

Lol (Laughing Out Loud)

Une bonne amie m'a raconté qu'elle a visité une ville en Chine qui a été littéralement rebâtie par-dessus une autre ville. En fait c'est une ville qui a été ensevelie sous une autre ville, construite par-dessus la première. Toute une ville Chypriote, sa mairie, sa poste, sa maison de la presse, sa boulangerie, bref toute la ville a été ni plus ni moins condamnée, mise en quarantaine, ensevelie et refermée sur elle-même, pour être refondée sur sa propre sépulture. C'est à Paris qu'on a fait ça je crois. Dans un quartier de Paris. Dans le 13ème. Dans le XIIIème arrondissement. Quand la peste était la plus forte. Celle-là même qu'on a renommée grippe Espagnole (non pas parce que c'est d'abord en Espagne qu'on en a parlé mais parce que tout ce qui vient d'Espagne colle la chiasse), qui a décimé le continent Américain via le commerce triangulaire et le Canal de Suez. C'est à cette occasion que tout un quartier de Paris, Montmartre je crois, a été rayé de la carte, enterré à tout jamais, pour se re-créer ex-nihilo sur son propre toit. On a fait ça pour emmurer vivants les lépreux de Paris, forcés de survivre là, sans doute pas longtemps, dans le cellier puant d'une ville nouvelle qui grandissait sur leur séant. Depuis, à des fins touristiques, on a réouvert ces catacombes, véritables souterrains pestilentiels renfermant un passé inavouable aujourd'hui devenu, tel le pétrole, richesse des profondeurs. Ainsi ces malades du sida font à présent sourire les passants.



Tout ça pour dire que c'est exactement cette histoire qu'il faudrait peut-être raconter à Lisa Azuelos, qui a réalisé cette horreur de film, pour que ça lui donne l'idée sinon de s'emmurer chez elle du moins de se mettre au vert quelque temps. Cette réalisatrice suscite tant de rancœur qu'il serait légitime de consacrer une vie à lui demander d'arrêter de faire ce qu'elle fait. J'ai pas aimé ce film. Je hais ce film, je le hais. Je conchie ton film Azuelos, et ça veut bien dire "enduire quelque chose de merde". Lisa Azuelos, si tu me lis, et que ton film passe dans le sud, n'y va pas, évite avants-premières et tapis rouge. Oh c'est pas des menaces. Je me contenterai de te poser quelques questions sur ton film. Les mêmes que je pourrais poser à Danièle Thompson. Thompson ? C'est avec un P ou pas Tomson ? Avec un gros pet dans sa gueule de vieillarde peroxydée à mort. Il me faudrait avoir autant de vies qu'un chat, c'est à dire pas moins de sept, pour ne pas toutes les consacrer à vous maudire. Après avoir réalisé ce péché capital de film (cette merde), Lizarazuelos avait déclaré, pour se défendre d'une critique qui pointait du doigt cette pléiade de personnages tous plus riches les uns que les autres et cloîtrés dans des appartements pleins d'or et de came de 8000 mètres carrés, dans ces fontaines à lait et autres cuisines amérindiennes, qu'elle ne faisait rien de plus que filmer ce qu'elle connaissait, sa vie, ce qui lui paraissait naturel et évident. Avec des propos pareils tu ne te feras pas que des amis Lizo Azuelas ! Si j'avais la moitié de ce que tu gagnes en une journée à me promener de plateau en plateau, je dépenserais toute cette fortune pour m'acheter un sandwich et une tarte à la crème, afin de te proposer une bouchée de l'un pour mieux te placarder l'autre sur le crane dans la foulée.

Juste pour terminer la critique : J'ai rien à perdre. Mon nom est Rémusa, rédacteur en chef de ce blog en bois, étudiant à l'Université de Metz, boursier échelon 0 au CNOUS de Toulouse. Père d'un fils assassiné, époux d'une femme assassinée et j'aurai ma vengeance dans cette vie ou dans l'autre.


Lol (Laughing Out Loud) de Lisa Azuelos avec Sophie Marceau et Christa Theret (2009)

21 février 2009

Le Code a changé

"Si je devais buter quelqu'un dans le milieu du cinéma, ce serait Danièle Thompson". Voilà ce que m'a dit un pote un peu étrange l'autre soir. "Je ne souhaite pas sa mort ! Attention, loin de moi ce genre de bassesses. Je ne veux pas qu'elle meure ni lui faire le moindre mal. Je ne veux pas qu'elle souffre, surtout pas, tout au plus je voudrais qu'elle arrête de tourner. Je suis au-delà du ressenti, du mépris, de la colère. Je suis zen. Remarque y'a Dany Boon aussi. Entre les deux je ne sais pas lequel je buterais si j'étais contraint et forcé de tuer quelqu'un dans le showbizz." J'avais posé ce défi à ce pote (on s'en pose souvent l'un l'autre quand on s'emmerde) : qui tuerais-tu dans le milieu du ciné si t'étais obligé d'en fumer un ? Il a choisi Thompson sans trop se creuser. "Si le décès de Danièle Thompson devait endeuiller son fils au point qu'il stoppe toute activité professionnelle liée de près ou de loin au cinoche, alors, à choisir, je buterais Danièle Thompson" a-t-il ajouté. Dîtes Klapisch/Thompson et vous avez nommé le mal du cinéma Français. Ces deux-là, et d'autres, dans la même veine, sont en train d'accumuler des films toujours plus merdiques. Le pire c'est que ces malades s'appliquent à faire des cartes postales de Paris complètement minables, des sortes de pubs de la capitale, pour mieux s'exporter à l'étranger. Ils réunissent tout le gratin de l'actorat hexagonal et convoquent un style, un ton, qu'ils veulent typiquement Français et qui sent la mort. Ils font du grand film choral, de la fresque sociétale, le portrait de toute une génération, de plusieurs générations même, dressent des destins entiers, plus ou moins brisés, et au fond du fond ils ne disent strictement rien. Leur ambition s'arrête au casting long comme le bras qu'ils savent s'offrir. Ou plutôt, concernant Thompson, son ambition s'arrête à la folie avec laquelle elle ose fabriquer les couples les plus impossibles, à savoir et rien qu'ici : Dany Boon en couple avec Karin Viard ET Emmanuelle Seigner, puis Patrick Chesnais avec Marina Hands. Qu'une réalisatrice imagine sans se poser de questions de telles idylles morbides me dépasse.


T'as raison, occupe-toi des fleurs séchées et autres vases en marbre, dirige l'équipe décoration au lieu de diriger ton film, c'est bien vu...

Et puis on voit le micro entrer dans le cadre par le haut, à plusieurs reprises, le perchman étant sans doute court sur pattes on voit le micro flotter entre les acteurs... Ça va bien maintenant... Ces films-là coûtent des centaines de bâtons, des milliers de briques, ils coûtent la vie au cinéma français et on voit le micro entrer dans le cadre par le haut... Ils ne refont pas le plan même quand on voit dix centimètres de micro dans l'image. Ils sont 600 à bosser sur ces films et y'en a pas un qui a vu que le micro entrait dans le champ une dizaine de fois ? Pas un seul ? Thompson n'est peut-être pas présente lors du montage de son film, mais quand même, y'en a bien un ou deux parmi les 600 techniciens à l’œuvre qui auront repéré ce goof à répétition, ce gag à tiroir, cet imbroglio visuel. Avec les milliards qu'elle a la banque, Thompson ne prend pas cinq minutes pour refaire les plans en évitant de foutre un nain à la perche, même quand elle voit en projection-test que Pierre Arditi repousse fréquemment le micro qui lui colle au front en plein gros plan décisif ?


I <3 Chesnais.

Matez les films, matez Paris ou Le code a changé, et ne vous étonnez plus que certains jeunes particulièrement alertes s'en prennent aux rétroviseurs de vos bagnoles en sortant de leur dimanche soir cinéma. Par contre si vous aimez Patrick Chesnais (prononcez "Chaisse-nez", il le corrige à longueur d'interview), c'est un festoche Patrick Chesnais ce film. Mon pote, lui, il a demandé à être interné dans un hosto. Il se repose.


Le Code a changé de Danièle Thompson avec Dany Boon, Patrick Chesnais, Karin Viard, Pierre Arditi, Marina Hands, Emmanuelle Seigner, Patrick Bruel, Marina Foïs (2009)

17 avril 2008

Je préfère qu'on reste amis...

On se pointe au vidéo-club, 00h30, distributeur automatique, envoi, liste de tous les films. S'offre à nous un choix délicat. Un choix qui peut décider de la gueule qu'aura notre soirée, un choix crucial entre deux ou trois films de merde. Quid des comédies triangulaires de Dany Boon en plein déménagement, quid du film choral avec un festoche de personnages tous plus cons les uns que les autres ou quid du bon vieux buddy movie avec tandem équilibré entre un vieux monstre sacré du cinoche français et un novice du grand écran, blagues à tiroir, grandes tapes dans le dos et réflexion sur la supériorité des liens amicaux ? Notre choix s'est porté sur le troisième de ces films de merde. Faut dire que l'affiche est vendeuse, Gérard Depardieu et Jean-Paul Rouve qui se marrent à gorge fracassée en se tenant par le colbard, ça évoque tout de suite une franche rigolade. Mais il faut se méfier des affiches trop vendeuses. D'ailleurs au dos de la jaquette on pouvait lire "Une comédie goodfeeling dont on sort avec la banane". On aurait dû se méfier. Et puis comment a-t-on pu passer à côté de la mention de bas d'affiche, écrite en taille 3 sur Wordpad : "Réalisé par Eric Toledano et Olivier Nakache". Autant de pistes menant droit à la catastrophe. Cette jaquette c'était une carte au trésor, le X marque l'emplacement, chez moi la cuvette des chiottes est marquée d'un grand X noir sur fond blanc, et c'est là que j'ai terminé le film.



En fait de comédie les deux clowns tristes qui se sont réunis pour faire ce film n'ont aucune sorte de base d'idée de gag. En une heure et quarante minutes, il n'y a pas l'ombre d'une amorce de vanne dans cet odieux long métrage. C'est même plutôt tragique. Le drame commence dès l'ouverture du film avec une très longue scène dans laquelle la chère Annie Girardot, atteinte d'Alzheimer, fait chier son fils (Rouve Jean-Paul) en lui répétant mille fois les mêmes questions insipides. Et la dame fait au moins autant chier le spectateur que le héros de notre film. Un peu à l'image de Suzanne Flon dans Fauteuils d'orchestre, qui jouait la vieille grand-mère radoteuse de Cécile de France (quel rôle ingrat pour nous dire adieu, merci Mitraillette Thompson, au revoir à jamais), dont, il faut bien le dire, on se surprenait à lui souhaiter une mort rapide et sans douleur. Étrange manie que placer des personnages extrêmement chiants dans les comédies, qui nous valent d'interminables scènes épuisantes, qui brisent le rythme, si rythme il y a. Et ici pas de danger, aucun rythme, aucune vanne, aucun rire, aucune idée, aucun bon dialogue, niet, que dalle, le rien. Tout le long du film les personnages sont odieux les uns avec les autres, s'envoyant des gifles verbales dont personnellement la moitié aurait suffit à me faire finir au poste, le tout sur fond permanent d'un solo de batterie sans fin ni but signé Manu Katché.



C'est tout bonnement incroyable qu'à aucun moment de la production de ce film, personne n'ait fait remarquer que rien n'était un tant soit peu drôle dans la globalité du métrage. Ni les 123 personnes qui ont co-écrit ce script honteux, ni les 1536 machinistes, éclairagistes et autres ouvriers du bâtiment présents sur le plateau, ni les DEUX réalisateurs qu'on appelait sur le tournage "partners in crime" quand on les aimait bien ou "Les deux connards" quand on les aimait moins, personne n'a levé le doigt pour crier au naufrage, pour hurler au flop. Ni Jean-Paul Rouve qui a quand même commencé sa carrière en faisant de l'humour pendant 15 ans, ni Gérard Depardeüs qui se veut quand même un type drôle habituellement. D'ailleurs la seule scène un brin amusante n'est-elle pas une improvisation savoureuse de notre vieil éléphant de mer de la comédie Française, au départ de laquelle J-P Rouve est écroulé de rire, scène de fait ratée qui aurait normalement et légitimement terminé dans une poubelle avec les autres rushs, ou au mieux dans le bêtisier du dvd, et qu'au final les deux gangsters du grand écran que sont Eric Toledano et Olivier Nakache, labellisés "metteurs en scène" de ce gouffre boueux de film, ont gardée au montage pour avoir à l'image au moins une séquence qui ne soit pas une insulte au genre même de la comédie, un crachat dans la gueule des Gérard Oury et autres Pierre Mondy chers à nos cœurs.


Je préfère qu'on reste amis... de Eric Toledano et Olivier Nakache avec Annie Girardot et Gérard Depardieu (2005)