26 juillet 2022

Black Phone

Parmi les si nombreuses qualités de notre idole Ethan Hawke, il en est une qui se retourne trop régulièrement contre lui : sa fidélité en amitié. Sur la plage de Coney Island, une journée particulièrement chaude de juillet 2011, Ethan Hawke a rencontré Scott Derrickson, tout à fait par hasard. Le premier, son esprit d'artiste de nouveau perdu dans des divagations poétiques, avait oublié sa crème solaire pour protéger sa peau particulièrement fragile et douce, le second, plus prévoyant et calculateur, était équipé d'un superbe parasol Isotoner flambant neuf doté d'un revêtement argent Anti UV UPF50+ qui bloque au minimum 95% des rayons UV et rafraichit l'ombre de -2 à -3 degrés. Alors qu'il lisait, en diagonale, quelques mauvais scénarios de thrillers horrifiques de seconde zone – sa spécialité –, le cinéaste a levé les yeux, sans doute alerté par une subtile et appétissante odeur de poulet rôti venue de sa gauche, puis a immédiatement reconnu, en tournant ses globes oculaires dans cette direction, l'un de ses acteurs de cœur, en bien mauvaise posture, sis à quelques mètres de lui. Le bel Ethan rougissait à vue d'œil, le dos recourbé sur sa serviette de plage, une vapeur étrange émanant de sa tête baissée reposant en étau entre ses deux genoux violacés, ses longs cheveux dégoulinants d'une sueur épaisse. Scott Derrickson, piètre cinéaste mais être humain recommandable, soucieux de son prochain et sachant réagir en cas d'urgence vitale, a alors immédiatement traîné le corps quasi inerte de Hawke sous son parasol, puis l'a aussitôt hydraté, en lui tamponnant notamment le visage avec sa serviette humide et en lui aspergeant le crâne du seul liquide à sa disposition, du Schweppes Agrumes. Plus tard, en interview, le réalisateur a reconnu être resté un temps figé, impressionné par la beauté d'Hawke, éclatante malgré la situation critique, avant de lui prodiguer les premiers soins. Ces gestes salvateurs, effectués avec maladresse mais beaucoup d'espoir et d'amour, ont scellé l'amitié entre les deux hommes puisque, enfin revenu à lui, Ethan Hawke fit preuve d'une reconnaissance infinie, se passionna pour chaque mot et chaque proposition du réalisateur désireux de nouer une relation amicale et professionnelle prometteuse. C'est ainsi, lors de ce moment de faiblesse, que la star de Bienvenido à Gattaca, aux facultés mentales encore endommagées par une insolation sévère, a consenti de jouer le premier rôle de Sinister, comme pour remercier Derrickson de lui avoir sauvé la vie. Pour le résultat que l'on sait...
 
 
 
 
C'est encore cette loyauté sans faille qui a poussé l'aiglefin du cinéma hollywoodien à accepter ce rôle à contre-emploi de tueur en série et séquestreur d'adolescents à l'exact opposé de sa véritable nature (Hawke aime les animaux, les enfants et les adolescents, dans les limites autorisées par la bienséance). Masqué, l'acteur fait ici son travail, poliment, dignement, comme toujours, sans toutefois sauver le film de la plus crasse médiocrité. Il s'agit de l'adaptation d'une nouvelle de Joe Hill, le fils de Stephen King, qui a donc choisi le même métier que son papa. Sur le papier, et à l'écran, ça ressemble effectivement à une histoire qu'aurait pu inventer un avorton de Stephen King. C'est même typiquement ça. On y retrouve donc un papa ultra violent qui aime picoler dès le p'tit dèj et cravache ses enfants dès qu'ils émettent un son supérieur aux 20 décibels autorisés. L'action se déroule à la fin des seventies dans une de ces banlieues pavillonnaires américaines aux secrets bien enfouis mais que l'on connaît par cœur, cet espace si familier au cinéma US des années 80 qui, 40 ans plus tard, occasionne encore cet inévitable plan, guidé par une nostalgie rance, d'un gamin pédalant sur son Raleigh Chopper pile au milieu des rues lentement parcourues. Parmi les personnages principaux, une gamine, en pleine adolescence, dotée de pouvoirs surnaturels, de rêves et de visions prémonitoires. Enfin, on retrouve aussi là-dedans des ados humiliés par d'autres, des têtes de turc et des terreurs de quartier, des bandes rivales qui s'affrontent lors de bastons d'une violence inouïe où le sang gicle et où les os craquent. En bref, nous sommes en décor archi connu et, ce décor, Scott Derrickson n'en fait donc strictement rien de neuf, s'appuyant surtout, comme pour tous ses autres films, sur ce que des cinéastes infiniment plus doués ont réalisé avant lui, les copiant sans panache, comptant sur la bienveillance d'un public également nostalgique et avide de simples thrillers efficaces. Si le manque criant d'originalité était le seul défaut de Black Phone, ce serait déjà pas mal. Le souci, c'est surtout que ce thriller vaguement horrifique ne captive jamais vraiment, malgré son scénar de séquestration classique pimenté ici de fantastique (les précédentes victimes du serial killer viennent tour à tour en aide au jeune héros par le biais d'un téléphone noire, et sa sœur l'épaule aussi via ses visions prémonitoires) qui aurait pu donner lieu à une série b au minimum accrocheuse. Hélas, Black Phone ne décolle jamais, en dépit de rebondissements saugrenues et trop énormes. Ce nouvel effort de Derrickson dans le genre n'a, au bout du compte et encore une fois, aucun intérêt. Par respect pour son égérie, le fan d'Hawke regarde ça jusqu'au bout, mais difficilement. Que c'est laborieux, que c'est prévisible, que c'est idiot. Du temps perdu, pour le spectateur et pour l'acteur. Non, vraiment, Hawke aurait mieux fait de se casser une jambe le jour où il a croisé la route de Scott Derrickson. Une admission aux urgences pour soigner une déshydratation sévère aurait été une bien meilleure chose pour la carrière de l'acteur aux mille talents...
 
 
 
 
La loyauté joue donc trop souvent de mauvais tours à notre ami Hawke dont la filmographie, tout de même remarquable, en pâtit. C'est la même vertu qui l'a amené à tourner dans huit films de Richard Linklater (huit !), quatre d'Antoine Fuqua (quatre !), trois d'Andrew Niccol (trois !) et deux des frères Spierig (deux !). La petite histoire raconte même que Hawke aurait refusé un rôle chez Stanley Kubrick pour honorer une vieille promesse faite à son ami Andy Niccol. Selon la légende, le couple Ethan Hawke / Uma Thurman devait en effet tenir les rôles finalement échus à Tom Cruise et Nicole Kidman dans Eyes Wide Shut... A la recherche du couple le plus glamour du moment, Kubrick, immense fan du Croc-Blanc de Randal Kleiser, voulait absolument tourner avec le "prodige à gueule d'ange venu d'Austin", il rêvait de le filmer au moins une fois avant de disparaître. On le comprend ô combien... Non, vraiment, que de temps perdu !
 
 
Black Phone de Scott Derrickson avec Ethan Hawke (2022)

21 juillet 2022

Les Complices de la dernière chance

En 1970, George C. Scott est au zénith de sa carrière. Fraîchement auréolé d'un Oscar pour son incarnation mémorable du général Patton – Oscar qu'il se permit de refuser arguant, à raison, de l'absurdité de telles récompenses – l'acteur pense enfin avoir trouvé le rôle à la Bogart dont il a toujours rêvé dans ce scénario signé Alan Sharp intitulé The Last Run. C'est d'abord John Huston qui doit s'atteler à la réalisation mais suite à une rixe avec l'acteur-star liée à des différends artistiques inconciliables, le cinéaste passe la main et c'est l'homme-à-tout-faire et stakhanoviste Richard Fleischer qui reprend le travail. Entre lui et George C. Scott, le courant passe beaucoup mieux, mais ça coince encore entre notre légendaire terreur des plateaux et l'actrice initialement choisie par la production, Tina Aumont. Ni une ni deux, Aumont éjecte, remplacée au pied levé par une débutante, Trish Van Devere, que Scott prend illico sous son aile. Ils tombent amoureux pendant le tournage, malgré la présence de celle qui est encore la femme de Scott, Colleen Dewhurst, dans un rôle pour le moins ingrat à l'écran comme en dehors. Van Devere et Scott se marieront quelques mois plus tard...


 
 
Autant connu pour sa gestation mouvementée que pour ses modestes qualités intrinsèques, The Last Run, devenu dans sa version française Les Complices de la dernière chance, figurait depuis un sacré bail dans ma watchlist, moi qui suis particulièrement friand des prestations bigger than life de George C. Scott et connais aussi les talents de l'humble Dick Fleisher. Il s'agit de la première collaboration entre les deux hommes, ils remettront le couvert dans la foulée pour un autre polar, autrement plus mémorable et inspiré, Les Flics ne dorment pas la nuit, que l'on vous conseille en priorité. Nous suivons ici un ancien pilote pour braqueurs (George C. Scott) qui vit, reclus, dans une petite ville portugaise après avoir perdu, il y a des années, femme et enfant. Il décide de reprendre du service en acceptant un contrat a priori tranquille qui consiste à conduire jusqu'en France un tueur fraîchement évadé et sa jeune fiancée.  
 

 
 
C'est dans une ambiance désenchantée et nostalgique, entretenue par les mélodies lancinantes de Jerry Goldsmith, que se déroule ce drôle de polar mollasson, bien loin du road movie trépidant que son pitch pourrait laisser supposer. Et au-delà des quelques coups de sang chers à George C. Scott et d'une paire de répliques bien senties, c'est cette espèce de voile funèbre omniprésent qui donne à ce film mineur son petit charme singulier. Dès les premières minutes, on sent qu'un sombre désespoir pèse sur cet homme solitaire et éteint, qui semble ne plus avoir aucun but dans la vie, au point de retourner machinalement du mauvais côté de la loi, comme s'il n'y avait plus que ça qui pourrait lui procurer un dernier frisson. Lors de sa mission, il retrouvera toutefois des couleurs face à la compagne du tueur : elle lui laissera entrevoir un avenir différent qu'il ne croyait plus possible, mais nous le savons tout de même condamné et la fin tragique tombera comme une évidence. 


 
 
Le scénario, retravaillé maintes fois lors du tournage, s'articule donc progressivement autour d'un double enjeu très simple et facile à identifier. Cela pourrait permettre à ce polar de rapidement tourner à plein régime. Hélas, par manque d'énergie et d'action, The Last Run peine à nous emballer comme on l'espèrerait. Notre trio en cavale parviendra-t-il à échapper aux autorités et à gagner sa liberté ? La jeune femme choisira-t-elle une vie plus posée auprès du vieux loup solitaire bientôt définitivement rangé des bagnoles ? Le film de Flesicher n'est pas déplaisant à suivre, loin de là, mais il nous maintient dans un état de torpeur proche de son héros blasé. Côté action, le bilan est mitigé, on a connu Fleischer plus adroit. Nous sommes proches de la carsploitation étant donné la place démesurée accordée au véhicule conduit par George C. Scott, une BMW 507 cabriolet de 1957 que l'acteur répare et pouponne avec soin pendant le générique d'ouverture puis qu'il s'en va tester sur les routes de la côte portugaise en faisant rugir son moteur – des premières minutes un brin déconcertantes, presque reposantes, qui ont pour mérite d'annoncer le rythme peinard du film à venir. Les deux trois scènes de poursuites en bagnoles qui émaillent ce polar sont étonnamment longues, mais pas toujours dingues... On a vu tellement mieux ! Et le suspense opère rarement, à l'exception d'une scène sympathique où notre héros imperturbable gruge facilement deux policiers espagnols en usant du charme de sa passagère et de la naïveté d'un autostoppeur croisé en chemin.



 
 
Côté sentimental, nous sommes assez peu concernés par le triangle amoureux plutôt original qui se forment progressivement sous nos yeux distraits, ceci en raison de la faiblesse de l'un des personnages qui le constitue, celui du malfrat relou incarné par le trop pâle Tony Musante, comédien italo-américain croisé ces mêmes années chez Dario Argento et Sergio Corbucci dont James Gray se souviendra bien plus tard du visage ténébreux puisqu'il lui offrira des rôles dans les excellents The Yards et We Own the Night. Musante peine ici à exister face à George C. Scott et l'un des meilleurs moments du film est sans doute celui où il se fait remettre sévèrement en place par la star, avec clé de bras doublé d'un étouffement sévère, lors d'une scène délectable qui ne paraît guère simulée et laisse s'exprimer la furie qui anime Scott. Heureusement, il se passe un truc entre le gros George et sa jolie partenaire, Trish Van Devere : leur idylle contrariée, à laquelle on aimerait croire mais que l'on sait condamnée d'avance, est plutôt touchante. Elle l’est d’autant plus quand on sait qu’en réalité, Trish, après être devenue sa quatrième épouse, est parvenue à supporter notre cher George jusqu’à la fin de ses jours...
 
 
 
 
Les Complices de la dernière chance de Richard Fleischer avec George C. Scott, Trish Van Devere et Tony Musante (1971)

10 juillet 2022

Victoire sur l'Annapurna

Intriguant documentaire d'une cinquantaine de minutes réalisé par Marcel Ichac en 1953, qui nous narre l'exploit accompli par Maurice Herzog et Louis Lachenal en 1950 : la conquête du plus haut sommet de l'Annapurna, culminant à 8091 mètres. Intriguant pour plusieurs raisons. D'abord par ses choix narratifs. Très bavard (dire, mais nous en reparlerons, que le commentaire reproche aux orientaux d'aimer palabrer...), le film est accompagné d'une voix-off permanente (ainsi que de musique), que se partagent un narrateur sans réelle identité, expliquant les images en disant "nous" et parlant à la 3ème personne des individus, y compris du cinéaste qui accompagne l'expédition, et le héros de l'aventure, Maurice Herzog, principal auteur de l'ascension, qui se voit offrir cette même voix au début et à la fin du film où il apparaît sur le Mont Blanc et, nous regardant à travers la caméra, s'adresse à nous en postsyncro pour nous dire qu'il en a réchappé par miracle et qu'il continue à faire de l'escalade sans ses doigts ni ses orteils, laissés sur l'Annapurna.
 
 

 


Intriguant aussi parce que le film consacre une bonne partie de sa durée aux étapes de l'expédition qui encadrent l'ascension proprement dite. Plutôt classique dans le genre pour ce qui concerne les préparatifs et l'arrivée jusqu'au pied de la roche. Puis vient la grimpe elle-même évidemment, encore heureux. Et si le moment graal de l'aventure, l'arrivée au sommet, n'est ici pas filmée, réduite à une photo prise tout là-haut de Maurice Herzog avec son piolet, photo filmée à côté dudit piolet auréolé du drapeau français, de beaux panoramiques détaillant le profil de la montagne et les plans de bataille des cordées d'assaut avec force commentaire explicatifs sont appréciés. Mais, plus rare et plus remarquable, Marcel Ichac accorde une bonne place aux étapes qui suivent l'accession au sommet : long et périlleux retour des membres de l'équipée passant non seulement par les camps de base successifs mais filmé encore jusqu'au village népalais où tout a commencé.




Il n'est pas anodin que le retour soit si scrupuleusement filmé et montré. C'est que la descente est incroyable elle aussi, peut-être plus que la montée. Et c'est là que Victoire sur l'Annapurna est intriguant une troisième fois : dans cette dernière partie fascinante qui tend à la fois à nous conforter dans un sentiment de respect total face à l'héroïsme des protagonistes, et à quelque peu contredire le titre du film et son projet global d'hommage aux vainqueurs. Il y a en effet de quoi ébrécher les statues des héros Herzog et Lachenal, sans rien leur retirer de courage, d'ambition ou de réussite. Mais voir les deux champions de l'Annapurna redescendre vidés, tout penauds, raides comme des piquets, soutenus sous les épaules par des sherpas, puis trimballés jusqu'au village sur le dos des mêmes sherpas sans qui ils seraient sans aucun doute morts très vite, absolument vaincus par la montagne, finit par retirer un peu de superbe à nos deux compères bientôt amputés des crayons et emportés vers de lointains hôpitaux susceptibles de les sauver in extremis. Il ne s'agit pas de dire qu'ils auraient dû tout faire à deux et seulement à deux et revenir vivants et en pleine forme pour mériter les louanges, simplement que le film laisse bien percevoir le prix de leurs lubies, et nous montre clairement ce que l'on sait mais que d'habitude l'on préfère dissimuler, à savoir que si les médailles leur seront revenues, ils ne furent pas les seuls à payer l'addition.





De la superbe, le film en donne en revanche, et à revendre, aux coolies et sherpas que nos braves aventuriers se sont payés moyennant quelques piécettes, finalement mille fois plus méritants, courageux et héroïques que nos braves pionniers de la grimpe. On voit tout au long du documentaire ces pauvres diables porter, dans les contreforts du Népal, des charges de plus de 40 kilos (un gamin, qui a l'air de porter un petit bagage, se fait tancer, avant qu'on s'aperçoive qu'il porte 50 kilos de films et de matériel cinématographique), sur des terrains abominables, tandis que leurs "seigneurs" font le chemin sans rien sur le dos et en partie à cheval,  on les voit faire grève cinq minutes au grand étonnement de ces messieurs, puis se remettre en route, convaincus par l'un d'entre eux qui leur rappelle qu'ils ont signé d'une empreinte du pouce, et on voit certains d'entre eux rester aux côtés de ces tarés d'occidentaux pressés de se rendre inutilement au sommet de la montagne tueuse avant la mousson, au mépris du froid glacial, de la lumière aveuglante, des avalanches permanentes et du reste (il faut voir les regards que lancent parfois les sherpas, complètement sidérés par ce dans quoi ils se retrouvent emportés). Et le commentaire, bien d'époque, au mieux colonialiste, au pire raciste, se rit de ces locaux râleurs et palabreurs sans qui nul exploit, nul record, nulle survie n'aurait été seulement pensable... 
 
 


 
Certains passages en deviennent fous, à les découvrir aujourd'hui. Comme quand un coolie dit qu'il a reçu assez d'argent jusque là (4 roupies) et qu'il ne veut pas risquer sa vie en allant plus loin alors qu'il a largement assez de sous avec ça, et que le commentaire se fend d'un bon : "mystère de l'âme indienne..." qui n'en laisse planer aucun sur l'âme occidentale. Sans parler de cette scène, plus tôt dans le film, où la compagnie traverse une première fois, à l'allée, un pont précaire fait de menus branchages au-dessus d'un torrent déchaîné, tandis que le narrateur exprime l'inquiétude des blancs de bien voir passer tous leurs bagages sans qu'aucun ne manque, puis évoque, l'air de rien, ce coolie tombé à l'eau avec son barda, en précisant qu'il a été repêché plus loin (ce dont on doute un brin), avant d'ajouter que le caméraman s'est ensuite concentré comme jamais pour ne pas rater une autre "chute spectaculaire". 




Mais encore, à la fin du film, quand les héros aveugles, manchots, alités et au bord de la mort atteignent enfin le village, sur le dos robuste de leur sherpa descendant les seules marches d'escaliers, certes peu rassurantes, du parcours, quand le commentateur parle gaiement des porteurs qui "courent" sur ces distances "oublieux des 100 kilos sur leurs épaules", chargés comme des foutues mules, ces hommes charitables voient enfin le bout de leur calvaire et de leurs prouesses (porter des poids morts humains à dos d'homme depuis le 1er camp de base, à plus de 6000 mètres, jusqu'au village dans la vallée sur des terrains impossibles, au-dessus de torrents terribles, sur de pauvres passerelles de planches pourries ou agrippés à des falaises au-dessus du vide) qui semblent plus dignes d'hommages que l'escalade assistée des deux fadas qui s’enorgueillissent de pouvoir encore se faire le Mont Blanc quand leurs maudits sherpas sont peut-être déjà morts de fatigue après s'être cassé le dos pour eux dans l'espoir de difficilement nourrir leur famille. 


Victoire sur l'Annapurna de Marcel Ichac avec Maurice Herzog et Louis Lachenal (1953)

5 juillet 2022

Sollers Point - Baltimore

Après Hamilton, Putty Hill et I Used to Be Darker, Matthew Porterfield continue son exploration de sa ville natale de Baltimore, en se focalisant ici tout particulièrement sur le quartier de Sollers Point, à travers le portrait de Keith, un jeune homme fraîchement sorti de détention et contraint de résider chez son père. Débarrassé de son bracelet électronique mais limité dans ses déplacements, Keith renoue progressivement le lien avec sa famille, ses anciennes fréquentations, et nous arpentons la ville avec lui. Il est l'élément révélateur des plaies qui strient ce quartier périphérique pavillonnaire défavorisé, frappé par la désindustrialisation depuis des décennies, parasité par un racisme latent et plombé par le trafic de drogue. Keith sera-t-il rattrapé par son passé ou parviendra-t-il à se relever pour de bon ? Replongera ? Replongera pas ? Matthew Porterfield est un cinéaste un peu plus subtil que cela, et ce ne sont pas ces enjeux triviaux qui nourrissent véritablement son film, dont l'intérêt, plus original, est ailleurs. 



 
 
Sur un canevas a priori très rebattu, couru d'avance, le réalisateur parvient de nouveau à nous livrer une œuvre différente, personnelle, sincère, qui ressemble davantage à la photographie minutieuse d'un lieu, de sa situation à un moment précis, par le biais d'un homme qui s'y débat et en est le fruit, qu'au récit classique de la quête de rédemption ou de la chute définitive d'un repris de justice. Le cinéaste néglige tout suspense, se permettant à peine de développer des amorces de situations dignes d'un polar et déjà familières au spectateur. Il ne s'appesantit jamais sur les très rares éclats de violence dont son personnage principal finit par être l'auteur ou la victime. Et il semble également refuser mordicus toute scène forte, se privant d'en faire ressortir une du lot, alors que l'on sent pourtant que le talent pour les mettre en boîte, propice aux fulgurances formelles, est bien là. Tout cela au profit d'une cohérence et d'un équilibre général jugés plus précieux, qui produisent un effet à retardement sur son audience, touchée par le parcours incertain de ce jeune homme, saisi au cœur de son milieu.



 
 
Puissamment incarné par le beau McCaul Lombardi, sorte de mix rajeuni assez heureux entre Brad Pitt, Kevin Bacon et un avant-centre du LOSC, Keith existe pleinement à l'écran, nous comprenons l'essentiel de son passé, qui nous est révélé en pointillés, puis nous le suivons, malgré tout, malgré ses mauvaises décisions et son caractère impulsif, attentif à cette bonté évidente qui l'anime aussi et que le réalisateur cerne avec sensibilité. A vrai dire, Matthew Porterfield, avec la délicatesse et l'acuité de regard qui le caractérisent depuis ses débuts, accorde une place de choix à tous ses personnages, à tous ces individus que l'on ne croise parfois que le temps d'une seule scène, nous proposant une série de portraits toujours justes et concis. De la camée que Keith ramasse au bord de la route une paire de fois au chef de gang illuminé qui lui livre un discours sentencieux, en passant par son père désemparé, incarné avec une belle présence par un étonnant Jim Belushi, tous composent par petites touches une vue d'ensemble cohérente, qui nous apparaît graduellement et dont on ne doute guère de l'authenticité. 

 

 
 
Des ellipses discrètes permettent au film de progresser à son rythme, le réalisateur ne s'adonne guère au filmage caméra à l'épaule, rivée au dos du personnage principal, comme cela est très souvent de mise dans ce type d'histoires, pour un procédé beaucoup plus fin. Il filme les errances de son personnage principal en nous proposant des plans très "horizontaux", où nous le voyons évoluer dans les paysages urbains magnifiquement filmés, qu'il traverse avec sa démarche si caractéristique. Ces plans larges, à la composition très soignée, nous placent en observateur, ils éveillent naturellement notre curiosité pour la géographie de la ville, photographiée avec talent. Rien ne vient appuyer ce qui nous est montré, comme le dénote aussi l'absence de bande originale, pour le choix de musiques diégétiques, toutefois variées et bien présentes, qui complètent joliment le dessin (du metal nerveux qu'écoute Keith dans sa chambre au rap verbeux que compose l'une de ses connaissances). Matthew Porterfield se dit d'abord influencé par le cinéma américain des années 70, il cite Le Récidiviste ou Blue Collar en interviews, et sa démarche nous rappelle également le néoréalisme italien, le dernier plan évoquant Les Nuits de Cabiria de Fellini.

 

 
 
Ainsi, Matthew Porterfield ne filme pas une chute ou une rédemption tant attendues, il s'inscrit dans un projet plus ambitieux et, bien que l'on sente davantage ici la volonté de s'aventurer en lisière de genres bien codés et de contrecarrer les attentes de spectateurs habitués à ce type de récits, Sollers Point s'inscrit en pleine cohérence avec son œuvre et affirme son style, sobre, empreint d'une belle humanité, consacré à dresser avec bienveillance et recul le portrait d'une frange de la société américaine déshéritée, marginalisée, piégée. Loin de tout misérabilisme, tout en retenue, il dresse un tableau nuancé de la situation, sans tomber dans les facilités, sans énoncer aucun discours lourdaud sur un déterminisme social qui condamnerait notre ex-détenu à échouer. Alors certes, il manque encore un petit quelque chose pour que son cinéma s'impose, peut-être faudrait-il qu'il dépasse cette espèce d'humilité et de distance qui l'empêchent de prétendre à une autre dimension et en tout cas d'atteindre le grand public, mais, en tant que tel, je continuerai à le suivre et à vous conseiller ses films, de plus en plus persuadé que ce Matt Porterfield est définitivement un très bon gars !
 
 
Sollers Point - Baltimore de Matthew Porterfield avec McCaul Lombardi, Jim Belushi et Zazie Beetz (2018)

24 juin 2022

The Beach House

Pensez à Color Out of Space, remplacez la ferme de Nouvelle-Angleterre par une maison de plage, la météorite qui tombe au beau milieu du jardin par une autre gisant au fond de l'océan depuis la nuit des temps, et vous obtiendrez The Beach House, étonnant film jumeau de l'adaptation de Lovecraft signée Richard Stanley sortie la même année. Peut-être un simple hasard du calendard, le fait est que ces films ont une influence commune flagrante et nous racontent des histoires très similaires. L'horreur cosmique, chère à HPL, y est également convoquée et s'y mêle encore une fois avec la body horror, souvent de mise quand il s'agit d'adapter à l'écran les récits de l'écrivain américain. Si la similarité des deux films au niveau du scénario est plus que frappante, elle m'a en réalité paru moins évidente durant la vision du premier long métrage du cinéaste Jeffrey A. Brown. A la différence de Richard Stanley, qui a pu compter sur un très amusant Nicolas Cage pour susciter notre sympathie quasi immédiate, Brown nous coince d'entrée de jeu avec un jeune couple difficilement supportable, une aspirante biologiste (Liana Liberato) et son boyfriend toxique (Noah Le Gros), rapidement rejoint par un autre couple, plus âgé, tout aussi peu intéressant, dont la femme est atteinte d'un cancer (comme dans Color Out of Space, là encore, tiens).



 
S'il y a dans ce premier film quelques chouettes idées qui invitent à l'indulgence, The Beach House souffre cruellement de la caractérisation grossière des seuls quatre personnages en présence. Ils sont si insipides que l'on se contrefout pas mal de leur destinée. Leurs échanges ne servent qu'à nous éclairer péniblement sur la menace invisible qui les entoure. Aussi, le rythme du film paraît défaillant : bien que court, il démarre laborieusement, parvient difficilement à nous accrocher et l'intensité ne décolle jamais autant qu'il le faudrait. C'est fort dommage car, à côté de ça, avec peu de moyens et quelques trouvailles visuelles, Jeffrey A. Brown nous offre deux ou trois vrais bons moments d'ambiance et d'effroi. On sent que le cinéaste connaît ses classiques et son œuvre pourrait aussi être décrite comme une tentative de croisement savant entre Fog et Invasion of the Body Snatchers, dont il s'inspire avec un talent intermittent. Sortent du lot une vision d'apocalypse saisissante, qui transforme la plage en un pur lieu de cauchemar, et une scène gore franchement peu ragoûtante, où l'on entrevoit ce qu'aurait pu être ce film s'il avait été plus pêchu et mieux écrit. J'ai tout de même particulièrement apprécié l'idée de cette roche mystérieuse qui bouillonne au fond des eaux, diffusant ses vapeurs fatales provoquées par le réchauffement climatique. Pour le coup, l'esprit de Lovecraft, avec cette menace là depuis des lustres et ne demandant qu'à être réveillée, est joliment respecté. On fera donc preuve de bienveillance avec le jeune réalisateur américain qui, à l'avenir, fera peut-être mieux.
 
 
The Beach House de Jeffrey A. Brown avec Liana Liberato, Noah Le Gros et Jake Weber (2020)

14 juin 2022

La Loi de Téhéran

Film de procédure policière particulièrement limpide et captivant de bout en bout, ponctué de quelques scènes de suspense et d'action de haut vol. Film de prison suffocant, le temps d'une longue parenthèse carcérale où s'installe une ambiance délétère et se jouent des rapports de force passionnants entre détenus. Redoutable film de procès lors duquel nous sommes suspendus aux dialogues ciselés des différents personnages, saisis par les situations de chacun d'eux, dans l'attente des sentences finales. Bouleversants portraits de deux hommes situés de chaque côté de la loi, incarnés par des acteurs magnétiques (Peyman Maadi et Navid Mohammadzadeh) dont les personnages s'avèrent bien plus ambigus et intéressants qu'ils n'y paraissent. Édifiante autopsie d'un pays, l'Iran, au bord de l'abîme, rongé par la misère, plombé par la corruption et ravagé par la drogue dure (le titre original fait directement référence aux 6,5 millions de consommateurs de crack de ce pays voisin du premier producteur mondial en la matière, l'Afghanistan). La Loi de Téhéran, deuxième long métrage du cinéaste Saeed Roustaee, à peine 32 ans, est toutes ces choses-là à la fois. Il y a donc de quoi être réellement impressionné par cette œuvre dense et intense dont l'aspect documentaire ne vient jamais ramollir l'implacable puissance narrative. Dès la première scène, le film nous attrape par le colbac pour ne plus nous lâcher. C'est une course-poursuite haletante dans les ruelles étroites de la ville qui ouvre les hostilités, elle se terminera d'une façon cruelle et ironique, annonçant très bien la couleur. Aussi, il ne faudra guère l'oublier pour la suite – ça ne risque pas, elle est assez marquante – car elle sera utile, comme tout le reste dans ce solide et ambitieux polar où strictement rien n'est laissé au hasard, où tout sert à quelque chose. C'est d'ailleurs peut-être l'une des limites de ce film si bien réalisé, sans effet de manche, avec une assurance évidente et jalonné d'idées purement visuelles géniales, si bien interprété, par toute une troupe d'acteurs irréprochables, et si bien écrit, peut-être trop... La Loi de Téhéran, pour être un film encore plus admirable, manque peut-être de respiration, de fêlure, de temps morts qui ne serviraient à rien d'autre qu'à nous laisser, pour quelques instants, échapper au programme du cinéaste résolu, prendre un peu de distance avec ses opérations et son dispositif parfaitement huilé, avoir l'impression de sortir, même de façon illusoire, des rouages de sa brillante mécanique. Défaut infime toutefois, d'autant plus que Saeed Roustaee, s'il est peut-être trop sûr de lui, a aussi la finesse et l'intelligence de laisser place à la poésie, à la douceur, au moment le plus opportun, pour un indispensable instant de grâce qui survient lors d'un simple échange de regards entre le condamné et son petit neveu, vers la fin, une scène poignante d'ultime entrevue avec la famille avant l'inéluctable. On comprend aisément que ce film-là ait tapé dans l'œil d'un type du calibre de William Friedkin, « l'un des meilleurs thrillers que j'aie jamais vus » s'est enthousiasmé celui qui, également doté d'un melon assumé, a dû déceler ici l'influence de French Connection. De notre côté, on ne peut à présent qu'être impatient de découvrir la suite de la carrière d'un cinéaste surdoué, trop doué.
 
 


La Loi de Téhéran de Saeed Roustaee avec Peyman Maadi et Navid Mohammadzadeh (2021)

8 juin 2022

The Chef

Du flan ! Ce film-là, c'est vraiment du flan. Et ça suffit à faire le buzz, à récolter des prix, à susciter des critiques enthousiastes... Cela me laisse songeur. Boiling Point, transformé en un très plat The Chef pour sa distribution en France, nous propose de passer une soirée dans la vie chaotique d'un restaurant londonien, à la veille de Noël. Le chef de cuisine (Stephen Graham) est un tocard pur jus, camé, fraîchement divorcé, mauvais père, on le prend en grippe très vite et on ne croit pas une seconde en ses prétendus talents de cuistot, encore moins quand on le voit furtivement dresser des assiettes quelconques avec la délicatesse d'un ours sous influence. Il est épaulé par une équipe dont chaque membre a sa petite particularité : il y a la française débutante et étourdie, le jeune pâtissier appliqué mais mal dans sa peau, la cuisinière quinquagénaire, expérimentée et maternelle, la latina en cloque, bouillonnante et débordée à la plonge, le grand black au rôle indéfini, qui n'en branle de toute façon pas une, la serveuse black sérieuse mais timide et victime de racisme, la serveuse blonde désinvolte et plus occupée à flirter avec le guignol du bar, le type doué et sûr à la préparation de la viande, la responsable de salle merdeuse et fille-à-papa-proprio-du-restau et, enfin, la seconde de cuisine au caractère bien trempé qui rattrape toutes les conneries du chef mais dont la patience, comme celle de pas mal de ses collègues, est bientôt épuisée. Tout ce beau monde est épinglé à la va-vite comme autant de clichés minables servis en brochette : le passage le plus gênant du lot étant celui où le pâtissier gringalet, auquel le chef demande de retrousser ses manches, finit par s'exécuter à contrecœur et donc par révéler ses cicatrices à l'avant-bras... Sa collège plus âgée et un brin émotive fond immédiatement en larmes et le prend dans ses bras, lors d'une scène au ridicule achevé, très représentative de la lourdeur du film. 




 
Le programme de la soirée est forcément chargé avec, en guise de préambule glacial, la visite d'un inspecteur d'hygiène intraitable et imbuvable, puis la présence, parmi les clients, d'un père de famille xénophobe et tyrannique, d'une critique culinaire de premier plan, de l'ancien collègue rancunier du chef, d'une bande d'influenceurs instagram teubês venus manger un steak-frites, et d'un jeune couple amoureux dont la demande en mariage est prévue en cours de soirée... Bref, il y a de quoi faire, la tension est supposée être maximale et les enjeux sont d'emblée posés, il ne faudrait pas qu'on s'ennuie. Le but est vraiment de nous captiver et de nous fatiguer. Le pire est toujours certain et quand il nous est lourdement indiqué qu'une cliente (la future mariée !) est allergique aux noix, on se doute bien qu'elle finira aux urgences (tu parles d'une soirée foutue en l'air). On doit sortir de cette expérience le souffle court, avec la sensation d'avoir couru un marathon, d'avoir vraiment passé une soirée de folie dans les coulisses d'un grand restau. Une soirée vécue en temps-réel s'il vous plaît. Philip Barantini cherchant très fort à nous prendre en tenaille et à impressionner la galerie, il a donc filmé tout ça en un seul plan-séquence, histoire d'essayer de retranscrire au mieux l'intensité, l'agitation et l'ambiance de son triste restau, aussi bien en salle qu'en arrière-cuisine. Dans les faits, ce nouvel as de l'esbroufe a sans doute torché là ce qui figure aisément parmi les plans-séquences les plus longs et laids de l'histoire du cinéma. En optant pour un tel dispositif, c'est d'ailleurs presque un exploit de réussir à ne strictement jamais épater, même bêtement, même artificiellement, le spectateur avide d'audaces visuelles. Les mouvements de caméra ne sont jamais harmonieux, aucune impression de fluidité naturelle ne se dégage de l'ensemble tant tout est laborieux et moche. Cela a dû être pénible à mettre en place, c'est également pénible à regarder ! Le caméraman épouse piteusement les déplacements des différents personnages, leurs petits gestes stressés, interrompant souvent sa course sur un bout de comptoir, une poignée de frigo ou un four hideux, pour des moments qui nous laissent perplexe et où l'on en vient à regretter la miniaturisation des caméras que le progrès scientifique a rendu possible. 



 
 
L'idée riquiqui du film aurait pu donner lieu à quelque chose de très simplement divertissant et plaisant à suivre : nous aurions pu passer d'une table à l'autre, au gré des allées et venues d'une caméra volatile, et connaître l'évolution des diverses situations en présence à différents stades de la soirée, passant ainsi d'une atmosphère à une autre, allant de surprises en déconvenues, au cours d'une courte épopée londonienne culinaire riche en contrastes et en péripéties. Le tout aurait pu être entrecoupé d'allers-retours en cuisine et nous rendre ainsi curieux et fasciné de découvrir l'envers du décor, avec l'impression grisante de saisir la réalité du travail des équipes et de la vie d'un tel établissement. D'une idée simple et d'un dispositif audacieux, propices à un résultat ludique et animé, Philip Barantini a donc accouché d'un film tape-à-l'œil, épuisant et d'une lourdeur infinie. Le plan final, le chef en PLS après avoir sniffé un rail de trop, est à l'image du naufrage global du projet et reflète notre état au terme de ce si vain spectacle. Un supplice. En interview, le réalisateur insiste sur le fait qu'il a une expérience de douze ans dans le milieu de la restauration. Cela nous fait une belle jambe tant l'authenticité revendiquée ne transparaît quasiment jamais à l'écran. De rapides recherches sur le parcours de cet énième charlot nous apprennent qu'il s'agit là d'une version longue, étirée jusqu'au point de rupture, de son premier court métrage à succès. Une information peu surprenante qui nous confirme que ces courts transformés en longs par des cinéastes, déjà en manque d'inspiration en début de carrière, sont de vraies plaies, des coups fourrés, qui, généralement, annoncent des filmographies mort-nées. Aucune prouesse dans ce film indigeste et m'as-tu-vu, si ce n'est celle de dégoûter à la fois de ce type de cinéma de petit malin, qui fait malheureusement encore un tabac, et de ce genre de restau à la mode, dont on aimerait pouvoir danser sur les cendres encore chaudes. 


The Chef (Boiling Point) de Philip Barantini avec Stephen Graham et Vinette Robinson (2021)