11 décembre 2010

Citizen X

Ce thriller américain, produit pour la chaîne HBO, est basé sur une histoire vraie qui s'est étendue des années 80 jusqu'au début des 90. Il retrace de façon visiblement très documentée le parcours d'un enquêteur soviétique dans sa traque d'un tueur en série, de sa prise en main de l'affaire, alors qu'il n'était d'abord qu'un simple médecin légiste, jusqu'à l'arrestation du tueur, près de 10 ans plus tard, après être devenu un enquêteur hors pair. Son parcours est rendu impossible par la bureaucratie soviétique et sa propagande officielle, selon laquelle il ne peut exister de tueur en série en URSS, phénomène réservé à l'occident décadent. Le film choisit intelligemment de se concentrer sur la description du fonctionnement absurde du système soviétique, pour mieux nous plonger dans l'ambiance pesante de l'époque. Notre enquêteur, interprété par Stephen Rea et son éternel regard de chien battu, est tout de même aidé en douce par son supérieur, incarné par un Donald Sutherland en grande forme. C'est là l'autre aspect que le film choisit de mettre en lumière, et il s'agit de sa plus grande réussite, car plutôt que d'essayer de faire un efficace thriller à suspense déjà vu cent fois, où l'on devrait craindre tous les agissements d'un tueur sanguinaire (le personnage nous est ici plutôt dépeint dans sa plus grande banalité, sans monstruosité, comme un simple malade victime de ses propres pulsions meurtrières), Citizen X se focalise donc sur cette amitié naissante entre ces deux hommes luttant tous les deux au sein d'un système déliquescent qui finira par imploser progressivement, ce qui permettra d'ailleurs à l'enquête de trouver un ultime souffle salvateur.


Le film est également assez réussi quand il décrit les rapports de force qui régnaient alors dans ce système bureaucratique figé, mais c'est donc l'évolution de la relation entre les deux personnages incarnés par Rea et Sutherland qui est le vrai fil conducteur de cette histoire et qui donne lieu aux meilleures scènes du film, la performance des deux acteurs principaux, à l'accent russe très travaillé, n'y étant pas du tout étrangère. Il y a quelques scènes véritablement émouvantes entre eux deux, nous montrant d'une bien jolie façon la solide amitié qui les lie progressivement. Et on nous réserve même le meilleur pour la toute fin, lorsqu'un psychiatre joué par l'immortel vieillard Max von Sydow, venu prêter main forte dans l'enquête, adresse aux deux hommes cette phrase teintée d'humour : "A vous deux, vous faites une personne merveilleuse". Le film nous quitte quasiment là-dessus, et c'est là sa plus grande vertu.




Ce film, réalisé et écrit pour la télé par un sombre inconnu, enterre le Zodiac de David Fincher. Ça a pas grand chose à voir si ce n'est qu'ils traitent tous les deux de la chasse interminable d'un serial killer, mais j'avais tout de même envie de le dire. Ça mange pas de pain, et Fincher je le dégomme dès que je peux, j'allais pas louper cette occasion.


Citizen X de Chris Gerolmo avec Stephen Rea, Donald Sutherland, Max von Sydow et Jeffrey DeMunn (1995)

10 décembre 2010

Humains

Ce film m'a donné envie d'adhérer à la religion catholique uniquement pour pouvoir me signer et espérer protéger les miens face à une telle ignominie.


Humains de Jacques-Olivier Molon avec Lorànt Deutsch, Sara Forestier, Dominique Pinon et Philippe Naon (2008)

9 décembre 2010

Julie & Julia

Les films de Nora Ephron (Nuit blanche à Seattle, Vous avez un message, etc.), ça passe bien quand on est gosse et qu'on se demande qui nous rendrait le plus heureux en mariage entre Meg Ryan et Tom Hanks. D'ailleurs personnellement j'hésite encore. A leur place, Meryl Streep et Amy Adams. C'est très surfait, trop décoré, trop musical, trop. Et là je me lance dans une rapide affichographie : matez le haut du poster qui nous présente une Meryl Streep à bouclettes qui se décroche les bajoues de rire, au point qu'on ne voit plus le blanc de ses yeux, la star de toutes les stars est en roues libres mais elle se fend la banane, ça c'est pour que la ménagère et son ménager s'identifient, par contre dans le bas de l'image, la jeune Amy Adams, le regard en coin, mime une fellation avec ses doigts et ça c'est un objectif marketing plus étonnant. Revenons à Meryl. Pour ceux qui ont vu le sketch des Nuls dans lequel ils doublaient eux-mêmes la Reine d'Angleterre, sachez que Meryl Streep cause avec cette voix-là pendant tout le film.



Une fois de plus on a de quoi se plaindre des affres du principe d'adaptation cinématographique d'histoires vraies, survenues dans les vraies vies de personnages réels. Parce que la véritable Julia Child avait cette voix insupportable on nous l'inflige pendant deux heures, et, pire encore, on l'impose à Meryl Streep, cette immense actrice qui se complait dans une imitation gênante. Amy Adams n'est pas non plus au top de sa forme, piégée dans le maigre rôle d'une New-Yorkaise bien d'aujourd'hui dont le langage est pollué par quantité de tics verbaux et autres expressions accablantes, du style : "I can't write a blog, I mean... hello !". Pouah...



Curieux projet que ce film qui prétend tenir le spectateur non pas en haleine mais en salive. Le pari d'Ephron c'est de nous scotcher à nos canaps en nous refilant les crocs. Pour ce faire elle nous raconte avec maladresse l'histoire d'une jeune femme qui crée un blog (on retrouve après You've got mail tout l'amour de Nora Ephron pour le cliquetis du clavier d'ordinateur portable et pour le web en général), blog pour lequel elle testera jour après jour les 524 recettes de Julia Child (Meryl Streep donc), une anglaise fière comme Artaban d'avoir découvert la cuistance française dans les années 50. J'ai crevé la dalle pendant deux plombes. Voilà le résultat. Une des fâcheuses conséquences de ce scénario cocasse c'est que l'ingénieur du son a choisi de mettre l'emphase sur tous les sons de bouche, ces bruits de gueule à vomir, ce pur dégueulis sonore que chacun produit en mangeant et qui n'est supportable que si l'on est soi-même en train de grailler, ce qui n'était pas mon cas devant ce maudit film, tous ces gargouillis dégueulasses que les ingénieurs du son gomment habituellement sur leur table d'étalonnage afin de les réduire au silence.



Dans une scène particulièrement violente Amy Adams prépare la bouffe pour elle et son mari, faisant revenir du pain dans de l'huile avant de le recouvrir de tomates et de poivrons (un genre de bruschetta d'infrita), pour ensuite gober le tout sous forme de tartines ultra juteuses. Rien que d'en parler j'ai versé huit litres de salive sur mon clavier rétroéclairé macbookpro, on dirait la voie lactée par temps couvert. Seulement voilà... les bruits de pain craquant et de mastication saliveuse sont largement amplifiés, et on a l'impression de se faire bouffer aux petits oignons par un film omnivore sans prétention. Alors on subit, et on se réjouit que l'histoire ne porte pas sur les 524 façons de chier selon Julia Child.


Julie & Julia de Nora Ephron avec Meryl Streep, Amy Adams et Stanley Tucci (2009)

8 décembre 2010

Erreur de la banque en votre faveur

Encore une de ces comédies populaires françaises contemporaines qui tournent en rond autour d'un triste totem nommé le fric, après Hors de prix, Le prix à payer, Combien tu m'aimes, Cliente, Le coût de la vie, Ah si j'étais riche ! et j'en passe des pires et des plus nazes. Après tout c'est un sujet comme un autre et la satire sociale est propice à la comédie. Le vrai problème c'est qu'on ne voit plus que toute cette oseille qui fascine nos pires réalisateurs franchouillards lorsque la comédie est à ce point misérable... Avant, en France, il me semble que ces films-là étaient plus souvent réussis. Aujourd'hui j'ai honte de graver ça pour mon père sur dvd-r. Quand je l'ai au téléphone et que je lui demande à propos de toutes ces daubes que je lui offre : "Alors ?", sa réponse est sans équivoque et toujours identique : "Fils...". Et il a raison. 
 
 
Sur le tournage, entre deux scènes, Gérard Lanvin mime avec ses mains la taille de son chocolat Lanvin.
 
 
Vous me direz : "Pourtant y'a Gérard Lanvin !". On parle bien du mec qui est dans Camping, 3 zéros, Le boulet ? Et Darroussin... Pas évident de faire marrer quand les personnages principaux ont la psychologie et l'attitude de deux poulpes pas spécialement éveillés. Autre sujet d'étonnement : Lanvin, 60 années de vol à la tire au compteur, séduit Barbara Schulz, 38 ans, soit 22 piges de moins que lui, consentante, donc soit, mais Darouflan, du haut de ses 56 balais, s'ébat avec une enfant de 17 ans. On est donc face à un cas à part dans la catégorie long métrage. Assis sans moufeter devant un film écrit pour des pédophiles avides de pognon. Drôle de programme. Ce sera sans moi. Sans Lanvin ni Darroussin non plus, d'ailleurs, qui semblent n'en avoir rien à foutre de jouer la comédie. On leur demande simplement de faire leur métier ! Au lieu de ça ils sabordent les scènes, soit carrément éteints, soit surjouant très péniblement. 
 
 
Sur le tournage Gérard Bitton mime avec ses mains la forme de ses couilles
 
 
La morale du film, dite clairement par un des personnages secondaires écœurants histoire de faciliter la tâche aux deux réalisateurs de cette daube (ils s'y sont mis à quatre mains, à quatre mains !), c'est "L'argent ne fait pas le bonheur". On a pourtant le sentiment profond, chevillé au corps, que tous ceux qui ont participé à l'accouchement aux forceps de ce long métrage prématuré et dégénéré l'ont fait avec deux gros dollars verts imprimés dans les vitrines de leurs globes oculaires, les poches pleines aux as et les chicots d'argent rainurant le parquet flottant. Surtout Lanvin. Même Daroussin... mon idole... mon tonton, mon darron. Tonton Darrou !  
 
 
Erreur de la banque en votre faveur de Gérard Bitton et Michel Munz avec Jean-Pierre Darroussin et Gérard Lanvin (2009)

7 décembre 2010

Trésor

Faut que j'en parle, tout de suite. Je viens de le voir en entier. Et il faut que j'en parle. Claude Berri a co-produit ce film avec son épouse Nathalie Reims, écrivaine et toiletteuse de clebs (tapez son nom sur google-image pour comprendre). Claude Berri a également co-réalisé ce fameux Trésor avec un homme-à-tout-faire mieux portant que lui et physiquement capable de tenir une caméra, un faiseur dont le nom est déjà oublié. On peut facilement imaginer ce qu'ont pu être les derniers jours de Claude Berri, ou disons ses dernières années, en regardant ce film qui a tout d'une autobiographie. Et, partant, se dire heureux de sa disparition devient non pas une pensée criminelle mais au contraire une caresse bienveillante pour un vieux monsieur. J'ai une éthique, contre toute attente. D'ailleurs j'ai lu "Ethique à Nicomouque" de Spinoza (prononcez Spinocha).



C'est l'histoire d'un type (Alain Chabat, 52 ans), qui décide d'offrir un chien à sa femme (Mathilde Seigner, 42 ans), pour l'anniversaire de leur quatre ans de vie commune. Au début du film un collègue de travail de Chabat, d'une surprenante perspicacité, lui demande s'il préfèrerait pas faire un gosse à sa grosse, mais Chabat lui répond texto : "Non c'est trop tôt, on veut profiter un peu de notre couple". Notre homme a 52 ans et ça fait quatre ans qu'il vit sous le même toit que sa femme, et ce type affirme mordicus vouloir profiter de son couple et de sa jeunesse histoire de faire un gamin à 60 ans, quand on lui aura annoncé qu'il collectionne trois cancers du pancréas et que sa femme est quatre fois ménopausée. Donc c'est tout naturellement et le sourire aux lèvres qu'il offre un gros clébard à sa femme, et le plus affreux possible (il paraît que ces choses-là ressemblent à leur maître...). Sa femme justement, le personnage féminin le plus odieux, le plus débile, le plus dérangeant, le plus minable et le plus horripilant de l'Histoire des personnages féminins, devient complètement frappée de son chien au point de traiter ce dernier comme un amant et de considérer en contre-partie son amant en véritable clébard humain. Et ainsi on assiste pendant une heure et vingt longues et inépuisables minutes à cette lente et douloureuse séparation du couple qui a pour chef d'orchestre un gros bulldog puant. Or, bien qu'il s'agisse prétendument d'une comédie puisque tout le film se présente sous ce jour, du monstrueux générique d'ouverture aux acteurs en présence en passant par le pitch qui sert de moteur à cet engin sans pilote qu'est le film, il n'y a pas le soupçon d'une vanne d'un bout à l'autre de ce gigantesque merdier filmé, ce qui tend à en faire une tragédie hyper-réaliste ultra glauque qui vous colle le cafard de votre chienne de vie en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, et pour plusieurs jours à mon avis.

Au fond c'est l'histoire d'un pauvre mec qui aime coûte que coûte une femme qui n'est autre que le diable incarné, la femme faite monstre irascible, la chienne de Renoir sans Renoir, un amas de débilité et de laideur d'âme, un estron de chien fumeux coincé dans un "devenir-canasson" dément et putride. La suite du film c'est la séparation de ces deux amoureux de Peynet, après quoi Chabat, qui passe la totalité du film à difficilement contenir dans un froc XS, va acheter un autre chien de race identique auquel il s'attache aussi tristement que sa femme s'est amourachée du premier, et devient donc tout aussi horriblement con et détestable que son ex-compagne.



Dans cette dure période de célibat, que le personnage semble tout de même appréhender avec une certaine joie, ce dernier rencontre aussi une voisine d'une trentaine d'années, séduisante et célibataire comme lui (interprétée par Marine Delterme), qui lui fait tendancieusement de l'œil. Mais notre Chabat national reste fidèle à sa sardine qui l'a plaqué pour un chien. Un mot sur Chabat : non rien... Je reviens immédiatement au film. Avec ce pivot narratif bien risible qui consiste à nous faire admirer la constance d'un homme pourtant mal marié et ô combien mal plaqué, on se demande si Claude Berri n'a pas voulu certifier à son épouse et collaboratrice qu'il n'a jamais cédé aux tentations féminines que subissent tous les hommes de pouvoir, et on le félicite.



Je dis "homme de pouvoir" à bon escient parce que le personnage joué par Chabat, alter-ego fictionnel de Claude Berri, exerce le beau métier d'architecte. Je crois qu'on peut affirmer que c'est là le métier de tous les Français si l'on en croit le cinéma populaire hexagonal. Dans tous ces films qui nous pourrissent la vie les personnages sont invariablement architectes, métier de parigot par excellence qui permet au héros d'être "dans le coup", grisonnant mais puissamment actif, riche mais honnête, bourgeois mais branché, putois mais séducteur, charmant bien que largement laid. Séducteur mais fidèle veut nous faire croire Claudio Berri, qui nous montre un Alain Chabat acceptant de changer in extenso et radicalement pour retrouver les faveurs de sa femme quitte à devenir pour cela un abruti fini et à vivre une existence de vieux poux paumé dans la crinière gluante de sa conne d'épouse. Épouse qui, de son côté, profite de sa période de liberté acquise et se laisse tenter par un autre homme, ultra riche, taré de chiens lui aussi, et gay, avant de finalement repenser avec nostalgie à son ex-compagnon. Sa meilleure amie, bonne copine d'école, sous la peau de Macha Méril (70 ans), lui dit alors d'une voix geignarde : "Ah ! Fais chier ! Tu penses encore à lui ?". Elle pense à lui, oui. Ma foi ils ont vécu quatre ans ensemble et ils se sont séparés y'a pas quinze jours, et elle pense encore à lui, mazel tov !

Et puis finalement, fort de l'acquisition d'un autre chien d'anglais, répugnant comme un chien des quais, Chabat retrouve sa femme au détour d'une merde de chien dans un parc et ils repartent ensemble avec le sourire et deux clebs au lieu d'un, ce qui nous fait un total de quatre gros clébards si on compte ce couple comme faisant parti du monde bienheureux des canidés. En somme c'est un dogumentaire bourdonneux sur des bourgeois nauséabonds qui font partie du haut du panier de ce tas de fumier qu'est notre capitale. Pour quiconque est comme moi essoufflé d'accepter en silence de déambuler entre mille et un énormes étrons de clebs à chaque fois qu'il est question de mettre un pied dehors, ce film est largement contre-indiqué. Il est même à déconseiller vivement à quiconque rêve comme moi de voir tous les propriétaires de chiens du monde brûler de concert dans un brasier fabuleux.



C'est fou comme on a le sentiment d'observer en bonne mouche à merde la vie nauséabonde de ces personnages campés par Chabat Alain et de Seigner Mathilde, de les scruter dans leur quotidien qui donne envie de se faire sauter la cervelle, et de cramer toutes nos cellules saines pour en fabriquer autant de cancéreuses juste en partageant ces 110 minutes chrono de leurs vies.

Le film est dédié à un chien, celui de Claude Berri et de Nathalie Reims. A la fin un panneau vient nous apprendre qu'ils remercient amicalement la psychologue pour clebs qui a permis à Claude de s'ouvrir aux chiens et de leur parler. Aujourd'hui notre ami fume des mauves... Claude Berri... voila le type qui a marabouté le cinéma français avec pléiade de films de merde dédiés au quatrième âge jusqu'à devenir un pape tout puissant du film populaire indigent, et il s'est offert en fin de vie la petite gâterie de réaliser le film dont il avait envie sans se soucier de personne, sans la moindre justification commerciale ou artistique, en se payant d'ailleurs une chiée plus dix de seconds rôles à coller sur sa terrifiante affiche (Bruno Putzulu, Marine Delterme, Isabelle Nanty, Fanny Ardant, Stéphane Freiss etc.), avec une miette des milliards de dollars qu'il a planqué sous son matelas depuis des lustres passés à nous fait chier, histoire de causer de son chien ? Et ce film de famille amateur, réalisé pour un chien, sort au cinéma puis en dvd comme si Sir Claude Berri distribuait post mortem des pacsons de pognon à qui a la main tendue, comme si son fantôme venait se payer producteurs, acteurs, techniciens, distributeurs, diffuseurs, médias, et spectateurs ! Parce qu'il se paye nos tronches ma parole. Il nous présente un film réalisé pour son chien, de là à nous prendre pour des clébards y'a pas trois kilomètres. Monsieur Picsou, coupable d'avoir coincé le cinoche Français sous son propre cul, se paye qui il veut et fait son petit cinéma de papa à la mords-moi-mon-nœud. On se rappelle Coluche qui, quand il a reçu son César pour Tchao Pantin, réalisé par Claude Berri himself, remerciait Claude Berri, "comme tout le monde", et finissait son discours en murmurant qu'il fallait soutenir "les petits jeunes qui n'ont pas de magouille pour faire du cinéma car le cinéma ça reste de la magouille". Il croyait pas si bien dire. Il venait de remercier le dernier des nababs. Et on a pas fini d'en chier avec la dynastie Berri... Son fils, sans doute un tantinet aigre depuis qu'il a vu le film-testament de son père dédié non pas à son fils mais à son chien de compagnie, est encore plus riche et bien plus incompétent que feu son paternel et il nous fait déjà ultra chier. Mais je ne souhaite certainement pas sa mort, car je sais ce qui est bien et ce qui n'est pas bien.


Trésor de Claude Berri avec Alain Chabat et Mathilde Seigner (2009)

A Moment to Remember

A Moment to Remember est une comédie romantique légère qui se transforme en bon gros mélo dans sa dernière partie. Après Away from Here, The Notebook, Se Souvenir des Belles Choses, Memento et peut-être quelques autres, voici en effet un nouveau film autour du thème de l'amour confronté à la maladie d'Alzheimer. Mais celui-ci vaut beaucoup mieux que ceux cités précédemment. Beaucoup, beaucoup mieux. Pourquoi ? D'abord, grâce au charme infini et à l'harmonie totale que dégage le couple vedette. La jeune actrice dans le rôle principal est très touchante en plus d'être une vraie beauté. Quant à l'acteur, il s'agit d'une sorte de Johnny Depp à la paupière supérieure pourvue de l'épicanthus typique des populations d'Asie de l'est ; son air nonchalant voire insolent a tôt fait de séduire. Le début du film, à l'humour délicat, où les deux personnages se cherchent et se tournent autour, est la partie la plus réussie, on est immédiatement sous le charme. Par la suite, le film reste truffé de petits moments sympathiques et d'idées rafraichissantes. Et lors de la dernière partie, quand le drame s'installe donc pour de bon, c'est bien trop tard pour nous refroidir, on est déjà tout acquis à la cause de ce film.




Il y a bien quelques traits un peu trop appuyés, une bande-son et d'autres petits effets parfois too much, mais vous aurez déjà compris que A Moment to Remember a néanmoins très bien fonctionné sur moi. Et sur ma compagne, n'en parlons pas. J'ai paumé mes roustons pendant deux heures. Et elle ses mirettes. J'étais une vraie gonzesse face à cette bestiole de foire, face à ce film pour meufs monstrueux taillé sur mesures. J'ai trop aimé et je m'en cache putain de pas. Je le recommande à tout ce qui a un cœur gros comme ça et deux yeux pour chialer sa race. Je veux le revoir avec ma maman et ma sœur. Mais pas avec ma tatie, non, pas tatie Robert. Robert, si tu me lis, pour moi t'es un mec et tu le resteras, tes opérations n'y feront rien. Je garderai toujours en moi cette image terrible de cette fois où je t'ai vu déambuler en caleçon à la sortie de la douche... Un véritable anaconda bien à l'étroit dans ton calbar, et c'est bien dommage de vouloir cacher ça... C'était "A Moment to Remember", ça aussi... Et j'aimerais à jamais l'effacer de mon ciboulot.


A Moment to Remember de John H. Lee avec Jung Woo-Sung et Ye-jin Son (2004)

6 décembre 2010

L'Amour c'est mieux à deux

Un vieux proverbe chinois que me répétait sans arrêt mon grand-père dit grosso modo : "tanke-toi près d'une rivière et tu finiras par y voir le corps de ton ennemi passer". Petit détail : mon papi disait ça à propos de son fils, mon propre père, auquel il a reproché jusqu'à sa mort d'avoir fait un gosse (votre serviteur) à ma mère. Je n'étais donc pas tout à fait à l'aise quand je l'entendais ruminer ça, les dents serrées, avant de lâcher un gros mollard à mes pieds. C'est quelque chose que j'ai plutôt mal vécu. Ceci étant, c'est peut-être pour ces raisons que je m'en rappelle si bien et que ces mots terribles résonnent encore en moi. Bref, "on choisit pas sa famille" comme dirait l'autre, et d'autant plus quand celle-ci ne vous a pas non plus choisi à la base, pourrait-on rajouter. Tout ça pour vous dire que, de mon côté, je veux bien poser mon petit cul terreux près d'une rivière, n'importe laquelle, même à l'autre bout du monde, si l'on me promet qu'un jour, je pourrai y voir le cadavre du dénommé Dominique Farrugia flotter lentement à sa surface pour rejoindre l'océan, où il se ferait bouffer par des requins, qui crèveront à leur tour, coupables d'avoir avalé trop de gras. Y'aura marée haute ce jour-là, croyez-moi. Et quoi de plus naturel pour une énorme otarie humaine que de finir mâchée par des grands blancs ? J'en rêve la nuit. 
 
 
L'Amour c'est mieux à deux est un film de la pire espèce. Il fait partie de ceux qui nous tiennent en otage jusqu'au générique de fin, parce que tant de nullité fascine et tient en haleine. Quoique, je suis un menteur, puisque j'écris ces mots alors que le film se termine dans mon dos. Tout d'abord, ce film est terriblement con. On ne croit pas une seule seconde à cette histoire d'une débilité folle, où l'on voit un Clovis Cornillac, dans la peau d'un trentenaire apparemment puceau, rompre avec Virginie Efira avant même de "passer à l'acte", après quelques jours pourtant idylliques passés avec elle, sous prétexte que leur rencontre n'est pas le pur fruit du hasard (ça a été manigancé par son pote, incarné par un Manu Payet tout bonnement insupportable avec sa tronche qui tiendrait dans ma godasse). Or, pour Cornillac, sans cette condition de hasard total, le véritable amour ne peut pas exister. On a donc ce gros gars de plus de 30 ans, qui s'est peut-être jamais dégommé la moindre meuf, et qui voit cette énorme bombe d'Efira, avec ses impressionnants atouts qui vont jusqu'à faire trembler le cadre dès qu'elle moufte un peu, lui être totalement acquise, rester entièrement zen dans son slibard pourtant gonflé à bloc... A côté de ça, le film de Farrugia nous dépeint pourtant à quel point les meufs et les gars sont des bestiaux infiniment vulgaires et cons, à mon image, tous guidés par leur seule richesse : un appétit sexuel insatiable. Après avoir rompu avec Efira, Cornillac cherche à tromper son chagrin en se "faisant" sa secrétaire, très open, mais sans cette fois-ci se poser trop de questions. Dans le même temps, une autre meuf ne voit aucun problème à offrir ses services intimes, simplement pour filer un coup de pouce à son amie Efira, et plus exactement pour que le copain de cette dernière "craque" et couche avec, afin qu'Efira puisse le surprendre en flagrant délit et le plaquer (il est devenu encombrant étant donné que Cornillac a refait surface, ça sert aussi à nous montrer que tous les gars sont des teubs sur pattes - tandis que les meufs du film sont directement issues de cerveaux de tels mecs, chaud...) ; elle regrette d'ailleurs que ça soit interrompue, car elle aurait adoré se faire dégommer gratos. Je raconte peut-être méga mal, mais pas plus mal que Farugia, soyez-en sûrs. 
 
 
Plus triste encore, ce film n'est quasiment jamais drôle, à part quand il sombre clairement dans le ridicule le plus désolant et quand Cornillac se permet un petit écart (ce qui arrive hélas peut-être une fois ou deux seulement). Bien entendu, c'est aussi une comédie romantique des plus dégueulasses, suivant à la seconde près ce schéma narratif infiniment merdique et imbuvable que les films ricains ont déjà usé jusqu'à la corde. 
 
 
L'Amour c'est mieux à deux est surtout infâme et sort tout droit des crânes malades de gens qui font vraiment de la peine. De véritables connards qui profiteront jusque sur leurs lits de mort d'un vague souvenir embelli par le poids des années et d'une petite réputation acquise il y a des lustres, grâce à des gens plus doués qu'eux, également devenus merdeux depuis. Je parle au pluriel alors que je vise bien entendu Dominique Farrugia, qui est lui-même bien trop souvent amené à penser au pluriel quand il s'agit d'acheter un billet d'avion ou une place de cinéma (il doit pas y aller souvent).
 
 
Pour boucler la boucle : mon papi disait aussi, en pointant son seul doigt valide vers le ciel façon E.T., "ce qui est passé finit toujours par repasser", une idée que l'idole des jeunes Mc Solaar a d'ailleurs reformulée à sa sauce dans son plus célèbre tube "Bouge de là". Cette idée, par contre, j'en suis moins convaincu, surtout depuis que mon vieux père m'a effacé de ses contacts MSN et a remplacé maman par une jeunette pleine aux as dont il attend la fin. Et pour revenir à notre homme, je sais pas si, comme moi, vous êtes branchés en continu sur I-Télé, mais sachez qu'on y passe en boucle les mêmes images : Dominique Farrugia, déguisé en pingouin, se rendant à l'Elysée en décapotable pour y recevoir une médaille. La Légion d'honneur, qui récompense "les vertus et les services rendus à la nation". Lui et moi, on est pas nés sous la même étoile. On est peut-être de la même planète, mais surement pas du même monde. Monde de merde.  
 
 
L'Amour c'est mieux à deux de Dominique Farrugia et Arnaud Lemort avec Clovis Cornillac, Virginie Efira et Manu Payet (2010)