31 mars 2008

The Mist

Dans mon cerveau malade, le réalisateur Frank Darabont est au centre d'un énorme mélange assez peu ragoûtant que je vais tout de suite tenter de vous décrire bien que ça soit très compliqué. Déjà, à cause de son blaze, j'ai toujours assimilé Frank Darabont à Lawrence d'Arabie car d'Arabie à Darabont, il n'y a qu'un pas. C'est déjà grave, mais ça ne s'arrête pas là. Je fais également un amalgame dégueulasse entre Lawrence d'Arabie et Lawrence Kasdan, parce que j'ai toujours cru que c'était Elia Kazan, que je confonds donc aussi avec Lawrence Kasdan, qui avait réalisé le célèbre film avec Peter O'Toole dans le rôle du mythique Lawrence d'Arabie, alors qu'il s'agit en réalité du non moins fameux David Lean. Tout ça parce qu'une seule lettre différencie Kasdan de Kazan et parce que Lawrence Kasdan et Lawrence d'Arabie partagent le même prénom ! Un prénom assez ambigüe soit dit en passant, car jusqu'à environ 21 balais et mon entrée en Terminale, j'étais persuadé que Lawrence d'Arabie était une femme. Sans parler d'Elia Kazan, qui pour moi aussi était une femme ! Lawrence et Elia, ça sonne comme des prénoms de femmes, on est d'accord non ? Pour moi c'était évident. Je me souviens même d'avoir pris une mauvaise note à cause de tout ça, j'avais mis dans une copie que Lawrence d'Arabie était une célèbre réalisatrice hollywoodienne communiste et homosexuelle des années 50, alors que rien de tout ça n'est vrai, à part peut-être son homosexualité. Bref. Tout ça pour dire que Frank Darabont m'a longtemps pourri la vie.



Frank Darabont c'est quand même lui qui a réalisé La Ligne Verte, The Shawshank Redemption, The Green Mile et Les Evadés. Quatres films qui vont de paire. Quatre adaptations du maître de l'horreur ricain : Stephen King. The Mist est une nouvelle adaptation de l'une de ces nouvelles. Une histoire que King a écrite juste après son grave accident de voiture suivi d'un coma en CDI qui a failli lui coûter la vie. Je le précise car vous n'êtes pas sans savoir que selon les spécialistes de Stephen King il existe deux périodes clairement identifiables dans la vie du romancier : une première période qui commence à ses débuts et s'arrête brutalement en même temps que sa voiture lancée à toute allure dans un pylône un beau matin de février 1995, c'est à dire une période "pré-accident", où l'auteur a écrit de grands romans fantastiques souvent considérés comme des classiques du genre. Et une seconde période dite "post-accident", qui démarre en même temps que l'ambulance l'amenant à l'hosto en vitesse et qui se prolonge encore aujourd'hui ; une période difficile durant laquelle l'auteur semble avoir profité de son blaze pour vendre d'infâmes histoires sans queues ni têtes dont The Mist fait donc partie.



Dans The Mist, un brouillard très épais s'abat sur le monde, cachant des bêtes immondes venues tout droit d'une autre dimension : des araignées géantes, des moustiques géants, des oiseaux sans plumes géants et, vers la fin, on voit même une bestiole encore plus géante qui doit bien faire huit fois la taille de l'Arc de Triomphe, du jamais vu. Comme elles viennent d'un monde parallèle, ces bêtes sont toutes foncièrement méchantes et s'en prennent à l'homme sans motif apparent, mais bien qu'elles soient moches, elles sont très propres car elles sortent toutes du même ordinateur dernier cri, un outil impec qui laisse jamais rien dépasser, aucune mauvaise trace, tout nickel chrome. A la fin du film le brouillard se dissipe, mais seulement une paire de minutes après que notre héros sans charisme ait conseillé à ses camarades rescapés (un couple de vieillards et son fils unique) de mettre fin à leurs jours car c'était la seule chose à faire. Le dernier plan du film c'est le héros qui n'a rien trouvé de mieux pour jouer sa tristesse et exprimer ses remords que d'hurler à la mort en se tapant la tête contre le volant de sa voiture.
Pour vous plaindre : françois.darabont@caramail.com


The Mist de Frank Darabont (2007)

28 mars 2008

Machos

Eh oui c'est le premier film porno critiqué dans ces pages, et il sera traité comme tout le monde. Félix et moi avons choisi celui-là parce que son scénario est une idée à laquelle on a tous pensé un jour. Qu'est-ce que ça ferait si j'étais un homme dans un corps de femme. Et vice versa. Fred Coppula répond à ce dilemme dans le plus simple appareil et en 90 minutes. Fred Coppula c'est le grand magnat du porno Français qui a régné sur le petit monde de la pornographie depuis le milieu des années 90 (date à laquelle on lui a offert son premier caméscope et où ses cousins ont atteint la puberté) et qui règne encore en maître tandis qu'il est désormais passé à la production, véritable dénicheur de nouveaux talents et mécène sans tabou. Il s'est très vite fait un nom dans le milieu en suggérant l'idée d'un film tourné en temps réel, un film dont le tournage a été avorté quand l'acteur principal a eu envie d'aller aux toilettes en plein coït final et quand l'actrice a eu les premiers symptômes d'une bronchite carabinée au cours d'une fellation aux méthodes ancestrales. Après cet échec Fred Coppula a signé sa fameuse trilogie qu'on rapproche souvent du décalogue de Kieslowski auquel on aurait soustrait 7 films et dont on aurait effacé tout le message biblique pour se centrer sur quelque chose de plus près de l'origine de l'homme. Le titre de cette trilogie est un clin d'œil à celle de James Cameron, j'ai nommé Terminator. En effet Fred Coppula a choisi pour titres: T1, T2 et T3, le premier film se déroulant dans une chambre de cité U, le second dans un petit appartement de 30m2 et le troisième dans un trois pièces plus spacieux. L'idée de Coppula c'était que dans chaque film les acteurs devaient s'adapter à l'espace de leur appartement pour copuler. Fred Coppula se plaçait là en tant que chercheur du X, et démontrait que la qualité de vie dépend entre autres de la surface de l'habitation. Depuis cette thèse n'a jamais été réfutée, et par ailleurs elle n'avait jamais été établie non plus avant que Fred Coppula s'y colle. Un quatrième volet intitulé "Pavillon" serait en chantier. Vers 1998 Fred Coppula a quelque peu négligé son éthique en s'abaissant à de vulgaires parodies de la coupe du monde de football afin de surfer sur la vague du succès et remplir son porte monnaie, en filmant des joueurs de l'équipe de France A' pris au piège dans un vestiaire verrouillé de l'intérieur par une troupe de ramasseuses de balles qui ont par la suite avoué vouloir pour gosses de petits génies du ballon rond. Tout de suite après Coppula retourne à ses rêves de grandeur. Et nous voila devant Machos. Coppula réunit les deux plus fameux acteurs du moment : Titof et Océane. Le premier n'ayant qu'une couille et la seconde ayant trois yeux, les deux n'ayant pas de nom de famille. Séquence d'intro : Deux grands gaillards arrivent en vacances sur la Côte d'Azur, à Cassis, bien décidés à trouver leurs âmes sœurs. Hélas après un quart d'heure de film passé à rôder de bar en bar, de camping en camping, de pizzaïolo en pizzaïolo, de paillote en paillote, de concours de pétanque en championnat de ping-pong, de matchs de volley endiablés en beach soccer en salle, nos deux héros ne gagnent que quelques bleus et autres entorses. À la fin de cette rude première journée, ils se résignent à regagner leur hôtel miteux pour y reprendre des forces. Mais au petit matin quelle n'est pas leur surprise quand nos deux gaillards s'aperçoivent qu'ils ont désormais des corps d'actrices porno. Et alors, après mille échecs dans leurs carcasses viriles, ils deviennent "les plus grosses niqueuses" (sic.) de toute l'Europe méridionale (Grèce incluse). Après une demi heure perdue sur le vieux port en quête de femmes, comme mus par un vieux réflexe, l'un des deux personnages croise son reflet chaloupé dans une vitrine et décide d'accepter son destin en allant chercher garouille auprès du vendeur de godasses, dernier puceau de la cité phocéenne. Ayant découvert les charmes des plaisirs féminins, les voilà possédés par une envie irrésistible de collectionner les hommes. C'est cette envie qui va dicter la suite du script et combler le reste du film autant que le spectateur en mal de sensations pures.

 
 
Y'a un hic dans ce film. Une vraie question de mise en scène que Coppula soulève et laisse tomber aussi sec. L'ensemble du film est tourné de façon très classique tandis qu'arrivé à 70% du métrage, un coït tout entier est filmé en caméra subjective, ce qui m'a plutôt gêné. Tandis que l'on est mis à la place de l'homme subissant plus ou moins un rapport génito-bucal digne de l'Enfer sans dire un mot, l'actrice regarde la caméra sans détour et avec une concupiscence située à 12 sur l'échelle de Richter, sachant qu'elle ne compte que 6 échelons. Le problème c'est que ce genre de scène a pour but de nous mettre dans la peau de l'homme et de nous donner l'illusion qu'on vit nous-mêmes ce que la dame démoniaque mais fort bienveillante lui administre. Le souci, c'est que c'est râpé pour le public féminin, et d'une, et de deux c'est que personnellement, j'ai plutôt du mal à m'identifier à la partie inférieure du corps de cet acteur, inférieure et pourtant tellement supérieure à la mienne. Comment accepter ce nouveau tatouage sur l'aine disant: "Je fait sa pour ma mère" écrit à l'envers. Comment me résoudre à ces jambes bâties pour la chasse à coure et tristement dénuées du moindre duvet. Comment tolérer ces pieds Chinois palmés jusqu'aux bouts des ongles, tous incarnés jusqu'à la garde. Comment supporter cette cicatrice d'appendicite rapidement guérie par le boucher de l'abattoir de Couiza. Je n'ai jamais eu l'appendicite. Comment m'habituer à cette crête de poils rêches et blond platine traçant sa route sinueuse du nombril jusqu'au gland, dans un éclair tragique. Comment accepter ce genou gauche doublement fracturé et encore cabossé. Comment admettre ce genou droit, pourtant sain et sauf, aussi embouti que le vieux pare-choc de ma kangoo et digne de ceux de Marcel Dessailly. Comment m'identifier à ce sexe de sept mètres de long numéroté avec un code-barre digne d'un musée sur les rescapés d'Alcatraz, coiffé d'un piercing à l'urètre duquel pend un porte-clé à l'effigie de la chanteuse Madonna. Personnellement, en ce qui me concerne, je ne peux pas, et je refuse de découvrir le buste endiablé de cet homme manifestement possédé. On a là un cas de Poltergeist unique dans l'histoire du cinéma, même en se rappelant le film de Tobbey "Chainsaw Massacre" Hooper. 
 
 
Machos de Fred Coppula avec Océane, Laura Angel et Titof (1999)

22 mars 2008

Zodiac

Je viens de rentrer chez moi là. J’ai pris le train, puis hop, la bagnole. 55 minutes passées à conduire dans le noir et sous les bourrasques. Mais ne me plaignez pas, au contraire, j’adore les sensations fortes. Il fait un temps de merde ici, vous imaginez même pas. J’ai tout eu sur la route. Tout. De la pluie torrentielle, un vent à vous arracher les tripes, de la neige à foison, du verglas recouvrant chaque centimètre carré de goudron, un brouillard tellement épais qu’en tendant un bâton par la fenêtre j’aurais obtenu une barbe à papa gratos… C’était grandiose. Un véritable typhon s’est abattu sur moi, tandis que je gardais les vitres grandes ouvertes pour ramasser tout en pleine gueule. J’adore tellement ça. Parfois je foutais les boules aux bagnoles qui arrivaient en face en éteignant mes phares au dernier moment, ou en restant plein-phares, mais comme j’en ai qu’un seul valide ça les gênait pas trop ça. Faire chier le monde c’est mon truc. Les jeux dangereux, c’est ma passion. Je suis abonné à ESPN moi. Je suis un dur à cuire, vous vous rendez pas compte. J'ai déjà fait du tir à l'arc, du saut à l'élastique, du deltaplane et des auto-tamponneuses. J'ai passé 67 mois de ma vie à l'hosto, soit presque 6 ans, si on met tous mes séjours bout à bout ; et encore, sans compter toutes les périodes de rééducation. Il ne me reste plus qu'un seul rein, et ce n'est pas le mien ! Selon ma philosophie, la vie se doit d’être une succession d’expériences et il faut la risquer chaque jour autant qu’on peut. Là, en bagnole tout à l'heure, j’ai vraiment pris mon pied comme on dit. Et si je n’avais pas conduit avec mes pieds la majeure partie du temps j’aurais réellement pris mon pied. Une fois arrivé, c’était pas de la pluie sur mon visage, c’était aussi des larmes. J’étais ému jusqu’aux larmes. Les sensations fortes, putain, y’a que ça de vrai. Croyez-moi.

En arrivant, j’ai balancé mon sac dans l’entrée et je me suis mis Zodiac, de David Fincher, dans mon lecteur DVD. J’ai balancé mon sac après y avoir sorti le dvd. J’aime les sensations fortes, certes, mais je voulais quand même pas niquer un dvd à 20 euros.


En exclusivité : le véritable Zodiac de David Fincher, qui lui a inspiré l'écriture du scénario. 
Le film lui est dédié.

Sans bouffer, sans boire, je me suis infligé de voir ce film de merde d’un bout à l’autre sans jamais faire pause. J’adore m’imposer des trucs atroces comme ça. C’est ma passion. Je me suis installé au coin de la cheminée, alors que le feu était éteint, ce qui fait que j’étais en réalité en plein courant d’air, et j’ai rifté mes yeux à même l’écran pour ne jamais perdre une seule seconde du film. Pendant tout le film j'ai repensé avec émotion au voyage en voiture qui m'avait amené jusqu'ici. Ce sanglier évité de peu, cet autre sanglier pris de plein fouet dans mon pare-brise, cet enfant tétanisé sur le trottoir, cet autre enfant dont j'ai vu les yeux devenir rouges de peur, éclairés par mon phare... En fait j'aurais adoré voir ce film dans un drive-in, pour continuer à rouler et à risquer ma vie tout en le regardant du coin de l'œil. Car là je me suis quand même drôlement fait chier.


Zodiac de David Fincher avec Jake Gyllenhaal, Mark Ruffalo et Robert Downey Jr (2007)

19 mars 2008

Urbi et Orbi

C'était un mardi, j'avais passé une journée en bois, enfermé dans ma bagnole parce que je pensais avoir paumé les clefs, alors qu'avec ma sale manie de tester tous les boutons j'avais enclenché le verrouillage centralisé des portières. Après 3 heures de recherche, plié en quatre dans ma putain de Nissan Micra, je les ai vues là, ces putain de clefs, sur le contact, et je les imaginais me tirer la langue, ces connes de clefs. Bref. Je vous en dis pas plus. A un moment j'ai même tenté de sortir par la boîte à gant tellement j'étais désespéré et, je rêve pas, y'avait bien un gosse sur le bas-côté qui riait aux éclats en me matant galérer dans ma bagnole de merde ! Chienne de vie !

Mardi = grosse journée de merde, c'est bien la première fois que je m'enferme dans ma bagnole. D'habitude j'oublie plutôt les clefs à l'intérieur, sur le contact justement, après avoir verrouillée la caisse de l'extérieur. Je me retrouve là aussi dans la merde mais une merde différente car au moins je suis à l'air libre. Je peux faire une promenade dans le parc et dégommer les canards ou aller dans un bar me murger jusqu'au petit matin. Là j'étais coincé dans ma bagnole, toutes vitres fermées et avec rien d'autre à lire que ma carte grise. J'ai fait une grosse sieste pour passer le temps mais dieu sait que j'aime pas faire la sieste. J'arrive pas à fermer l'œil en plein jour. Le pire c'est que quand je raconte cette histoire à mes amis, personne ne me croit. D'un autre côté tant mieux, ça veut bien dire qu'ils ont une estime de moi suffisamment haute pour ne pas m'imaginer con au point de me croire enfermer dans ma propre bagnole.

Bref, après cette journée de feu, je comptais bien rattraper le temps perdu. Hélas, j'avais rien de prévu, strictement rien à foutre de ma soirée. Quand j'ouvrais mon agenda électronique sur Outlook Express, je pensais avoir mis White Screen en wallpaper tellement c'était vide. Je comptais bien remédier à ça. Je me suis dit "Putain mec, t'as qu'à aller au cinoche au moins tu passeras du bon temps et dans le noir personne ne verra que t'es seul comme un rat mort". Alors j'y suis allé avec le sourire. Seul, mais avec le sourire. Je me causais à moi-même et je préférais ça plutôt que causer à un abruti qui m'écouterait même pas.

En arrivant devant le cinoche j'ai maté le programme et je me suis dit "Bon, ok, y'a pas grand chose mais au moins y'a 10 000 de Roland Emmerich. Je veux en prendre plein la vue et profiter au maximum de la grande salle Gaumont en pouvant foutre mes pieds sur les fauteuils sans qu'on me dise rien, alors je vais voir 10 000 !". Je me suis ramené dans la file d'attente en choisissant la caisse où y'avait la plus belle meufs derrière le comptoir. Une de ces blondes sublimes qu'on désigne sous le terme "bombe à neutrons" dans mon cercle de potes. Je lui ai montré ma carte de crédit avec une immense fierté, très sûr de mon coup. J'ai alors dépensé 7 euros avec le sourire. Je savais que j'étais dans le rouge, mais tant pis. Il me fallait un film pour aller mieux. Et jusque là tout allait bien, c'est tout de suite après qu'il m'est encore arrivé une saloperie.

On m'avait dit "Première salle sur votre droite", j'ai dû faire un pas chassé de trop, je me suis retrouvé salle 12 et j'ai maté Urbi et Orbi du début à la fin. Et dieu sait que ce film n'est pas taillé pour moi. Les fauteuils de la salle non plus n'étaient pas conçus pour moi. J'avais une de mes godasses coincée entre les reins du type assis juste devant moi. Je croyais que c'était un endroit où caler son pied comme y'en a dans les TGV alors moi j'hésitais pas à forcer un peu. C'est seulement vers le milieu du film que je me suis rendu compte que je commençais sérieusement à entamer sa chair. Lui il avait l'air endormi. Il avait l'air très vieux aussi. Ptêtre il était clamsé...

Le film Urbi et Orbi, c'est vraiment quelque chose, il faut que je vous en dise quand même deux mots. Alors déjà, il faut bien garder à l'esprit que ça n'est pas un film avec de vrais acteurs. Ou bien si mais ils ne sont jamais dans le cadre, ils tirent les ficelles, car c'est un film de marionnettes. Les personnages sont en bois. On ne voit pas les ficelles mais moi je me suis pas fait avoir, je sais que ce genre de trucs ça s'anime avec des cordes. Dès l'affiche j'ai repéré l'embrouille puisqu'on voit clairement les doigts du marionnettiste dépasser un brin. J'ai essayé de faire abstraction durant le film pour me concentrer un minimum sur l'histoire.

Alors l'histoire justement. C'est un truc pour gosses. Y'a que des bons sentiments, mais après avoir passé une journée en tête en tête avec son volant Nissan ça peut aussi faire du bien à un adulte. Urbi est un petit homme de bois qui ne rêve que d'une chose : voler. Orbi, c'est une abeille en manque de compagnie. Bien sûr les animaux sont, pour les besoins du film, doués de parole. Alors entre Ubri et Orbi le dialogue est tout à fait possible, et Urbi en profite pour demander à Orbi quelques astuces pour réaliser son rêve, car question aérodynamisme et vol en haute altitude, Orbi en connaît un rayon. Orbi voit donc en Urbi l'ami dont elle a toujours rêvé. Elle se montre très agréable avec lui, mais la Nature les empêche tout de même d'avoir des relations aussi chaleureuses qu'ils sembleraient le souhaiter tous les deux. La Nature a également doté Orbi d'ailes qu'Urbi n'a pas et Orbi bénéficie aussi d'un pull over à rayure de fort bon goût. Afin de voler, Urbi commence donc par enfiler un haut à rayure. Il est un peu naïf le pauvre. Il prend son élan depuis un rocher et finit la gueule rétamée dans le sable un peu plus bas. Ensuite il se dit que peut-être les ailes sont l'élément qui lui manque. Alors en deux temps trois mouvements, il se construit deux ailes en carton. Il s'en fout une sous chaque bras, sans l'aide de personne. Car il faut savoir qu'il n'y a que deux personnages dans ce film. Urbi et Orbi. C'est un huis clos.

Pour contenter tout le monde, Urbi finit bien sûr par savoir voler, non pas à l'aide de ses propres ailes en carton, mais bel et bien sur le dos d'Orbi, très heureuse dans son rôle d'avion du pauvre. Une astuce que les deux personnages auront bien mis du temps à trouver.

Le reste du film est donc consacré à la découverte du monde par nos deux héros. Orbi finira hélas la tronche attachée à l'un de ces rubans collants dégoûtants qu'on accroche dans les garages en été pour ne pas être dérangé par les mouches. Et Urbi pleurera son ami.

A la fin du film j'ai pleuré moi aussi. Mais pas tout à fait pour la même raison qu'Orbi. En rentrant chez moi j'ai découvert que je n'avais pas fermé ma porte. Sans doute volontairement, car je n'avais pas envie de me retrouver enfermé dehors cette fois-ci. Et un cambrioleur en a visiblement profité. Là je vous écris depuis un webcafé et le tenant des lieux me regarde en chien de faïence car il semble déjà être au courant que je ne pourrai pas lui payer le temps passé ici. Bon. A plus les mecs, je dois vraiment y aller là.


Urbi et Orbi de François Boutonnet (2007)

Julia

Dix ans après le phénomène La Vie rêvée des Anges, voici Julia, le film qui marque le come back tant attendu d'Erick Zonca sur grand écran. Son nom étant tout à fait imprononçable pour les américains, Erick Zonca a choisi de se faire désormais appeler Rick Zon-K et donc de suivre l'exemple de Jean-Marie Poiré, qui avait dû transformer son patronyme en Jean-Marie Gaubert à la sortie du remake US des Visiteurs.

Une anecdote amusante raconte que quelques mois après son arrivée à L.A., Zon-K aurait croisé Timmy Burton dans un bar et l'aurait directement inspiré pour l'écriture du scénario de Charlie et la Chocolaterie où un dénommé Willy Wonka, clin d’œil très appuyé au réalisateur franco-ricain, se retrouve en proie à une bande de gosses dégénérés dans une fabrique de boîtes de conserve. L'amitié entre les deux hommes n'a hélas pas duré, et je vais à présent vous expliquer pourquoi. Vous n'êtes pas sans savoir que le fameux couple Johnny Depp - Vanessa Paradis a fourni la modique somme de 350 millions d'euros à un hôpital anglais en guise de récompense et de remerciement pour avoir su soigner leur fille Lily Rose de ce qu'ils pensaient être la peste jaune alors qu'il s'agissait d'une simple allergie aux poils du chat mort dégueulasse que trimballe sa mère Vanessa en permanence sur la tête. Or, au même moment, la fille de Zon-k était également l'une des patientes de cet hôpital anglais. Et il se trouve que les nombreux médecins ont préféré s'attarder jour et nuit sur le cas de Lily Rose afin d'obtenir le chèque promis par Depp, délaissant clairement la fille de Rick Zon-K qui souffrait pourtant d'une maladie bien plus grave (une tumeur foudroyante qui transforma littéralement la gosse en paillasson humain). Après l'encaissement du chèque signé M. Depp Jonathan, l'hôpital s'est converti en casino de luxe, et le cadavre de la fille de Zon-k fut retrouvée lors des travaux. Tenu au courant de l'affaire par le journal Voici quelques temps après la mort de sa fille unique alors que le deuil n'était pas entièrement passé, Zon-k a pris pour cible Johnny Depp en le traitant de tous les noms d'oiseaux au journal de 20h de Claire Chazal où il était invité à l'occasion de la sortie dvd d'un documentaire sur les châteaux cathares dont il avait assuré la partie audio. Regardant justement la télé à ce moment-là car Mars Attacks! était programmé juste après, Timmy Burton fut pétrifié, prit son téléphone portable et composa le numéro de Rick Zon-k pour lui dire de ne plus jamais foutre les pieds dans son bar préféré de L.A., lieu de leur rencontre si vous avez bien suivi, car il pourrait bien en ressortir avec les ciseaux d'Edward au mains d'Argent plantés dans le front.



Voilà. Tout ça pour dire que le scénario de Julia fut écrit par Zon-k dans cette ambiance poisseuse, suite à la perte de sa gosse justement prénommée Julia. Il s'agit d'un hommage direct à sa fille qui a terminé en peau de mouton. Pendant l'écriture douloureuse de cette histoire aux mille rebondissements, Zon-k a tout simplement essayé d'imaginer ce que serait devenue sa fille 30 ans après sa mort, c'est-à-dire à l'âge de 40 balais. D'après lui, ça ne fait aucun doute, elle aurait très mal tourné. Julia est une vieille alcoolo très laide et désespérément détraquée. Elle-même considère n'avoir qu'une seule qualité : plaire aux hommes. Elle ignore que c'est uniquement parce qu'elle est une femme facile et que certains hommes n'attendent que ça pour se soulager. Après avoir perdu son job, Julia ne trouve rien de mieux à faire que kidnapper un gamin pour demander une énorme rançon à son grand-père plein aux as. Julia nous raconte donc la triste épopée d'une femme bête comme ses pieds dont chaque décision est un renoncement à la réflexion. Elle finit au Mexique, un pays dont Zon-k nous dresse un portrait alarmant, à l'instar de Kreuzpaintner dans Trade dont je vous ai parlé récemment. Un pays où un gamin ne peut pas rester seul cinq minutes car il finit forcément kidnappé par des types qui ne rêvent que de pognon facile. C'est évidemment ce qui arrive dans Julia. Des mexicains foncièrement méchants kidnappent un enfant kidnappé ! Le gosse se retrouve doublement kidnappé. Et le spectateur, qui en a tellement ras-le-cul de cette histoire qui n'en finit jamais, a à peu près la même impression. Zonca nous amène dans un état de lassitude et de découragement rarement atteint. Le générique de fin est une véritable délivrance.


Julia de Erick Zonca avec Tilda Swinton (2008)

18 mars 2008

Paris

Fête du cinéma oblige, nous sommes allés le voir. Il fallait aller au cinéma, profiter de la réduction, et notre choix s'est porté sur ce film. Nous avons longuement hésité entre celui-là et 10000, le film de Roland Emmerich. Klapisch ou Emmerich ? Emmerich ou Klapisch ? Voilà deux metteurs en scène dont on se délecte. Choisir Emmerich c'était payer pour voir des mammouths numériques courser des paysans du paléolithique souffrant de rages de dents, citoyens lambdas de l'âge de pierre pour qui le dilemme de chaque jour n'était pas de savoir s'ils allaient faire les courses ou si ça pouvait attendre le lendemain mais bien de savoir s'ils parviendraient comme la veille à sortir vainqueurs de leur féroce combat contre 15 mammouths remontés comme des pendules. Choisir Klapisch c'était payer pour voir un film choral idiot. Le choix s'est porté sur le second. Entre Camilla Belle vêtue de peaux de bêtes dans un film sur les Léopards de la préhistoire, et Juliette Binoche fumant du splif dans un appartement trop grand, nous avons fait notre choix.



Et sans le regretter. J'ai rarement autant ri au cinéma. Il s'est passé un truc assez rare. Ce film c'est une comédie dramatique : comprendre un petit drame dans lequel on rit quelques fois. Or nous nous sommes énormément marrés entre les scènes faites pour ça, pendant le drame en clair. C'est ce genre de film tellement profondément raté qu'il en devient génial. J'en veux pour preuves plusieurs scènes impliquant Romain Duris, qui joue le rôle d'un jeune danseur dont le cœur bat de l'aile et qui va mourir. Comment ne pas se marrer devant ces scènes, aperçues dans la bande annonce, où il annonce à sa sœur qu'il va y passer en murmurant avec une gueule que lui seul peut tirer : "Je te dis que je vais bientôt crever, et toi, tu m'engueules putain...", ou encore quand il sermonne sa sœur sur leur balcon en poussant dans un long râle: "Profiiiiiiite putain...". Que dire de ce plan magnifique où Duris, pourtant mourant, reste sur son balcon sous un torrent de neige. Sans parler de la fin, quand il est vautré dans le taxi qui l'amène à l'hôpital et qu'il regarde le ciel par la fenêtre comme un vieux clebs. Grandes scènes. Grandes scènes pendant lesquelles la salle restait de marbre tandis que nous riions de bon cœur. Il est d'ailleurs arrivé que certains se marrent avec nous sans trouver ça drôle, le rire étant parfois communicatif.



Et puis durant les séquences supposées drôles, et je dis bien supposées, la salle s'esclaffait comme un seul homme. Qu'on m'explique ces gens qui meurent de rire quand Luchini raconte à son frère le texto qu'il a envoyé à sa jeune étudiante (Mélanie Laurent) et dans lequel il s'est fait passer pour un camarade de classe en écrivant : "T'es tro belle, j'te kiffe trop grave". Cet extrait, loin d'être drôle, était entièrement dans la bande annonce. Du coup toute la salle l'avait déjà vu 101 fois. Et pourtant le public était plié en quatre. Dramatique comédie...



En tout cas ce film restera pour moi un grand souvenir. À ranger aux côtés d'un Fauteuils d'orchestre. Ces films que l'on ne saurait noter. 1 sur 10 ou 10 sur 10 ? Ces rares films à la fois terriblement mauvais et du même coup affreusement drôles. Klapisch tente tout ici, et c'est en tout cas son meilleur film à ce jour, de loin. Il tente tout, le film n'en finit pas, et d'ailleurs il ne finit pas, il s'arrête pour des raisons de délais de tournage mais il pourrait rajouter 2 plombes de film sans qu'on s'en aperçoive, et on les accueillerait avec le sourire. Ce bon Klapisch a même introduit des séquences tirées des rush de La graine et le mulet qui n'ont rien à voir avec son histoire, puis un court métrage complet tourné en 2D avec Cluzet dans le rôle principal. Son film n'a ni début ni fin, ni queue ni tête, comme la ville de Paris soi-disant. Les événements se suivent et ne se ressemblent pas, sans qu'on en comprenne toujours le sens. Les acteurs sont tous excellents et ça participe évidemment de l'effet hautement comique de certaines séquences prévues pour un effet tragique. Soulignons que la B.O. aura votre peau, notamment quand Duris écoute dans son salon la bande originale complète des Poupées Russes. À propos de ça on retrouve Zinedine Soualem. Il fait les marchés, c'est l'épicier du coin, et une nuit quatre mannequins avides de vit viennent le voir lui et ses potes dans l'immense entrepôt où ils vont chercher leurs marchandises pour les vendre au matin sur leurs étals, et Zinedine Soualem baise avec une des mannequins au milieu des quartiers de viandes pendus au plafond après une longue scène de séduction dans le labyrinthe de barbaque. C'est une séquence ça, probablement un hommage à Rocky, en tout cas ça constitue une séquence entière même si elle n'a aucun lien avec le reste du film, et y'en a mille autres comme ça. Pour vous donner une idée du génie de Klapisch !



À côté de ça Luchini tourne un documentaire d'Histoire pour la télé payé cent mille euros la bobine (véridique) et tombe amoureux de son étudiante. François Cluzet mène une vie normale, même s'il tourne dans des clips en 2D pour vanter les mérites de son entreprise dans le bâtiment. Romain Duris va bientôt crever putaiiiiiin... En faisant son marché Juliette Binoche tombe amoureuse d'Albert Dupontel, également vendeur à la tire dans le film. Un jeune africain tente de rejoindre la France en canoé-caillac. Julie Ferrier tombe amoureuse de Gilles Lellouche, lui aussi vendeur de fruits et légumes sur les marchés couverts, tout de suite après qu'il l'ait humiliée en lui faisant faire la brouette pendant 10 minutes dans un bar bondé de connards. Karin Viard joue une boulangère raciste comme elle seule sait le faire. Maurice Bénichou est excellent dans son rôle de psychiatre. Tous les acteurs font très bien leur boulot dans ce film mi-figue mi-raisin. Un film désespérément mauvais devant lequel j'ai passé un grand moment.


Paris de Cédric Klapisch avec Romain Duris, Juliette Binoche, Albert Dupontel, Gilles Lellouche, Fabrice Luchini et Mélanie Laurent (2008)

16 mars 2008

The Kingdom

Il sera difficile pour moi de résumer l'histoire de ce film puisque je n'ai pas bien compris. En réalité je me suis endormi pendant quelques moments-clés de l'intrigue, grosso modo du début à la fin. A vrai dire même mon père qui a pourtant vu le film en entier sans jamais fermer l'œil n'a pas vraiment su résumer l'histoire à son clebs, Oswald, lorsque celui-ci s'est réveillé, aux alentours du générique de clôture. D'ailleurs le générique d'ouverture raconte un siècle d'histoire, en se focalisant sur les relations américano-arabes certes mais ça reste un siècle d'histoire, et il ne le résume pas, il le décrit très en détail et c'est long, rien ne nous est épargné sur les différents évènements qui ont marqué les relations compliquées qu'entretiennent les États-Unis avec le Moyen-Orient, et ce par l'intermédiaire d'une série animée en 3D particulièrement moche ; bref, c'est assez original, j'avais jamais vu de générique comme ça, et ça me fait penser qu'ils auraient dû faire la même chose à la toute fin pour raconter le scénario du film, ç'aurait même été plus utile. Mais enfin c'est pas très grave de ne pas connaitre l'histoire racontée par Das Kingdom, là n'est pas l'intérêt du film. Non, il faut voir ce film pour deux choses : le bob de Jamie Foxx et la fameuse scène d'incompréhension entre ce même Jamie Foxx et un arabe qui n'est pas habitué à sa façon plutôt familière de parler l'anglais.


Jamie Foxx est un sacré acteur, l'un de ces quelques acteurs de couleur avec Whoopi Goldberg et Will Smith. Ces trois-là sont d'ailleurs les seuls à avoir remporté un Oscar au cours de leurs brillantes carrières. En voilà un quota éloquent. Trois acteurs de couleur à Hollywood, trois Oscars, plutôt pas mal les stat' ! The Kingdom a pu se réaliser uniquement grâce à Foxx Jamie, le projet ayant été mis en chantier seulement après qu'il a accepté d'y tourner bien qu'il se soit endormi à la lecture du scénario, ce qui aura provoqué un grave accident de bagnole, puisque Jamie Foxx a l'habitude de lire ses scripts au volant de son Hummer Mini-Cooper. On ne saura donc jamais vraiment pourquoi Jamie Foxx a accepté de figurer, et le mot est faible, dans un tel film. Peut-être que c'est l'idée de passer quelques temps en terrasse des bars les plus huppés de L.A. tous frais payés qui l'a branché. Une chose est sûre : puisque l'acteur a jugé qu'il portait littéralement le film sur les épaules, il a estimé tout à fait légitime de se comporter comme en vacances et de saboter l’œuvre en arborant un bob Pierre Cardin sur le crane du début à la fin. Et Jamie Foxx est bel et bien le seul acteur qui peut se permettre de porter un truc pareil sans perdre de sa crédibilité ni de son charisme dans une histoire pourtant pas du tout propice à la rigolade. Pourtant on y retrouve quasiment tous les acteurs habitués à tourner dans les films des frères Farelly, notamment les gros blackos qui servent de fils à Jim Carrey dans Fous d'Irène, chose tout à fait curieuse soit dit en passant, peut-être une erreur administrative à Hollywood ? Sans doute ! Toujours est-il que ça explique certainement le casting du dernier film des frères Farelly composé à 95% de gros bras du Bronx abonnés aux thrillers musclés. La qualité et la crédibilité des deux films en pâtissent salement.

Et donc la fameuse scène de malentendu entre Jamie Foxx et son pote arabe, une scène que l'on aurait aimé retrouver dans un film comme Lost in Translation, qui a malheureusement préféré se concentrer sur l'histoire d'amour platonique entre un vieillard et une jeune tocarde.


The Kingdom (Le Royaume) de Peter Berg avec Jamie Foxx (2007)