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18 juillet 2024

Horizon : une saga américaine, chapitre 1

Tout était réuni. Les conditions ne pouvaient pas être meilleures. J'avais tout calé. C'était le premier jour de mes vacances ! Je m'étais couché tôt la veille au soir, j'avais fait une belle grasse matinée, il faisait beau mais pas encore trop chaud, je m'étais préparé un gros gueuleton le midi pour tenir le coup, à base de fécule de blé et de gras de porc, j'étais passé par la petite librairie sur la route du cinéma pour mettre la main sur un ou deux bouquins désirés de longue date, un plaisir augmentant l'autre, enfin je m'étais introduit dans le cinéma par la grande porte et j'avais acheté un billet, obéissant à la loi dans les règles de l'art, une fois n'est pas coutume, puis je m'étais assis à égale distance de l'écran et des enceintes, au cœur de la grande salle vide de mon cinoche de quartier flambant neuf, réservée rien que pour moi, et voilà, enfin, je m'apprêtais à passer 180 minutes de pure idylle avec Kevin Costner dans les grandes plaines de l'ouest. Ma compagne m'avait lâchement abandonné : "vas-y tout seul, t'en profiteras mieux, va voir ton pote, et si c'est vraiment bien je viendrai pour la suite avec toi en septembre, promis, mais n'y compte pas une seconde" m'avait-elle lâché, prudente, méfiante, fourbe, et visionnaire... Car elle avait raison, comme souvent. Je l'ai compris assez vite devant ce triste Horizon : une saga américaine, chapitre 1, sourate 22, verset 13, alinéa b. En fait, je me suis davantage ennuyé devant ce non-spectacle que pendant les 6 matches de l'équipe de France de football disputés (mot trop fort et fallacieux) durant l'Euro 2024 en terres teutonnes. C'est pas peu dire.




Je suis même allé pisser. En plein milieu de la séance. Ou aux trois quarts ? Quelle importance ? Première fois que ça m'arrive. Je n'avais jamais fait ça de ma vie, quitter la salle même 3 minutes pour aller me soulager, jamais, ô sacrilège. Je me suis fait dessus plus souvent qu'à mon tour sur les sièges rouges imbibés des UGC de Montpellier, mais toujours le sourire aux lèvres. Il y a des choses qu'on ne fait pas. D'ailleurs je ne supporterais pas que quiconque m'accompagnant au cinoche ose cet outrage. Il m'est arrivé de jeter mes chaussures sur des inconnus qui se levaient en plein film. Même dans mon salon, quelqu'un qui se lève, c'est dur à encaisser. Mon oncle, tonton Scefo, est un spécialiste de la chose. Après m'avoir demandé de lui montrer un bon film susceptible de l'intéresser, "allez fais moi voir un bon film, fils", il commence vite à trépigner passé le quart d'heure de métrage, et il se met à jouer de la grosse caisse imaginaire avec le pied droit sur un rythme effréné, sa cheville d'ancien milieu défensif "rugueux" commençant à fumer. Not quite my tempo a envie de lui avouer, mettons, Michelle Williams, marchant à côté de son chariot, ayant paumé sa dernière piste dans l'ouest sauvage, un fichu noué autour du cou, sur l'écran en face de nous. Puis tonton se lève pour aller aux toilettes en hurlant, sans même tourner la tête vers moi, dès que j'esquisse le plus petit geste pour me redresser en direction de la télécommande histoire de mettre la pause afin qu'il ne loupe rien du bijou que je soumets à sa sagacité : "TOUCHE PAS, FILS, touche pas va, laisse tourner...". Il revient ensuite en sifflant, très fort, en général un air de chanson paillarde, dont il chante seulement quelques phrases-clés en allant se laver les mains au robinet de la cuisine, prétendant qu'il est inutile à qui s'en soucierait de chercher les poils de son cul car il en a "fait des brosses" ou encore que "le curé de Camaret a les couilles qui pendent", recouvrant de ses gazouillis tonitruants et de sa voix de stentor les rares dialogues de, mettons, Michael Kohlhaas, qui rumine sa vengeance dans le poste, en manque d'attention. Tonton Scefo, en général, enchaîne en allant ouvrir le frigo, puis en dévissant le bouchon d'une bouteille d'eau pétillante dans un pschiiiit qui aurait suffi à me faire vriller même sans tout le cirque qui l'a précédé, puis il boit douze ou treize gorgées directement au goulot, là aussi avec des bruits terribles de déglutition, en s'en renversant un peu sur le torse, atteignant les dernières gorgées à bout de force, torse qu'il exhibe glabre et nu, si nous sommes en été au moment des faits, puis il se retient au chambranle de la porte et lâche une série de petits rots très étouffés entrecoupés de reprises d'air difficiles - on sent alors qu'il finira sûrement aux urgences, un jour lointain, on l'espère, après avoir ainsi bu son demi-galon de San Pe sans respirer - et enfin, ça y est, il revient au canapé.




On croit que c'en est fini, qu'il va se replonger dans le film, sauf qu'il commence à se rouler une clope ou à tasser le tabac d'un petit cigarillo en le faisant glisser entre deux doigts pour qu'il aille cogner 125 fois le capuchon du paquet, se lève à nouveau, va ouvrir la baie vitrée, se cale les coudes sur la rambarde du balcon, debout les jambes croisées, et fume là, penché en avant, en regardant "passer les fachos" comme il dit, non sans lâcher, à un moment donné, un énorme gaz gras en avalanche, tempête sous un slip, qui laisse à penser qu'il aura besoin de changer de short avant d'aller au dodo. Tout cela pendant que mon petit film fétiche de l'année ou du siècle passé, mettons Les Deux Anglaises et le continent, crève de sa belle mort sur l'écran de la télé. Quand il sera terminé, tonton Scefo reviendra s'asseoir près de moi et me demandera de lui expliquer tout ça, précisant bien : "parce que moi j'ai riiiiiiiien compris". Puis il réclamera l'apéro, à 17h25 pétantes, pour oublier tout ce que j'ai pu lui dire et rester sur l'idée que "ce film, quand même, fils, c'était nuuuuuul à chier", et on trinquera au son de sa phase signature : "on est mieux là qu'en prison, pas vrai ?", avant de se lancer dans le tunnel sans fin du récit de ses anecdotes d'ex-taulard, et d'enchaîner au dessert sur les aventures qui lui ont promis tant d'excursions en zonzon, comme la fois où il a confondu son voisin "Coca" avec un cerf élaphe lors d'une battue du côté de Pradinas, ou celle où il a fait "accidentellement" tomber un arbre sur Joselu, le témoin de mariage "de droite" de son beau-frère par alliance.




Bon mais c'est mon oncle, tonton Scefo, je tolère. Sauf que pas au cinéma bordel. Et pourtant j'ai commis la faute moi-même, je le confesse. Je suis parti aux cabinets en plein film. Et j'ai failli ne jamais revenir. Costner m'avait roulé, trahi, planté un poignard dans le dos. On s'attendait à un Danse avec les leups 2, ou au pire à un revival de The Postdamn, or ce n'est rien de tout ça, et cet Horizon : une saga blablabla ferait même passer Open Range pour un chef-d’œuvre (ce qu'il n'est absolument pas, n'en déplaise au co-auteur de ce blog). Quel ennui... Mais quel ennui ! On entend ici et là, parmi les trois teubés qui comme moi sont allés voir cette sanie, jurer au grand retour du classicisme, à John Ford ressuscité. Mais quelle mascarade. S'il faut parler de Ford parce qu'on voit un vieux chef indien sage et pacifique se disputer avec un autre plus jeune qui préfère dérouiller les blancs, ou parce qu'un jeune peigne-cul d'officier, gendre idéal à la noix (Sam Worthington, au charisme digne d'une belle endive au jambon, mais sans le goût), séduit sans forcer la blonde veuve aux lèvres botoxées (Sienna Miller), alors insultons Ford tout de suite et n'en parlons plus. Quelle indignité. Une preuve de plus que notre époque est folle, que nos contemporains ne sont pas tranquilles, perdent le sens commun dans un monde qui va trop vite et trop à droite, et qu'on va tous dans le mur sans ceinture. Les temps sont pauvres, certes, l'art est mal, l'offre est vide, mais le discernement est-il encore une notion bien concrète dans nos esprits d'humains vérolés aux perturbateurs endocriniens, contaminés aux polluants éternels, étouffés par la connerie ambiante et autres métaux lourds, neutralisés par les ondes web et la cacophonie crétine d'une mondialisation qui touche le fond ? Questions rhétoriques et vides de sens qui ont le mérite d'être plus nombreuses, plus profondes et mine de rien mieux articulées, grammaticalement parlant, que celles posées par Costner dans son anti-pensum où résonne creux le néant de ses idées.
 
 

 
Le film de Costner est à peine une très mauvaise mini-série Netflix (pléonasme), avec ses changements de personnage toutes les 5 minutes, personnages tous plus fades et ineptes les uns que les autres, stéréotypes inanimés pris dans des "arcs narratifs" sans flèches (un seul exemple : l'opposition, au sein de la diligence qui se dirige vers le fameux Horizon, entre les intellectuels fainéants de la ville et les travailleurs bourrins de la campagne, pitié...). Pire, ils sont interprétés par des cucurbitacées humaines. Le jeu des comédiens de ce film est une aberration sans nom, indicible, impossible à mettre en mots sous peine de réveiller quelque mal trop ancien qui renverserait sans doute l'ordre des choses et du cosmos. Sam Worthington, qui ne s'emmerde même pas à faire semblant de jouer, à l'image de Luke Wilson ou de Will Patton, Sienna Miller, qui tombe amoureuse du premier comme on tombe amoureuse dans Desperate Housewives, et Georgia McPhail, l'adolescente pleurnicheuse, dont le jeu évoque celui, de plus en plus niais, des acteurs de séries merdiques, comme ceux de la récente Lord of the Rings : Rings of power (rien à voir avec Horizon, mais je cite ici cette honte filmique, pour soulager qui comme moi a subi cette "création" Amazon dégradante pour tout le monde). Je viens de citer, de mémoire, les acteurs peut-être les plus alarmants au générique, mais toutes et tous méritent le goudron et les plumes. A l'exception de Costner lui-même, qui sait encore être présent à l'image, sans forcer, sinon sur sa voix rogue, mais qui a oublié de se donner un rôle, du moins autre que celui d'éternel bellâtre de passage, cowboy au grand cœur venu sauver la veuve et l'orphelin. En tout cas, grand-pa Costner ne doute pas de sa capacité à toujours faire craquer la blouse des minettes de 18 ans, ce qui finalement ne nous étonne pas.




Il ne fait décidément pas bon vieillir. Papy Costner a dirigé son film comme Joe Biden dirige son pauvre pays : on préfère ça à la plupart de ses concurrents du moment, mais bon dieu y'a plus personne au volant, et le bonhomme confond Zelensky avec Poutine, Kamala Harris avec du pain de mie et John Ford avec Philippe Haïm. Le vieux déménage complètement. Lui qui signait un pur western pro-indiens en 91, qu'on peut aimer ou pas, que j'ai vu enfant et que donc j'aime bien, se retrouve presque à virer droitier, comme la plupart des vieilles personnes il est vrai. S'il voyait ça Tonton Scefo n'en ferait qu'une bouchée. Les indiens, dans ce premier volet de trois heures qui en paraissent trois cents, sont réduits à peau de chagrin. Je ne parle même pas des deux figurants noirs et de la silhouette chinoise qui passe au fond d'un canyon à un moment. D'ailleurs le petit homoncule qui m'accompagne au ciné quand j'y vais solo, qui m'accompagne en fait tout le temps quand je suis seul, bien qu'invisible aux autres, juché sur mon épaule pour me susurrer à l'oreille quelques saloperies, m'a même soumis une remarque gênante quant à la répétition insistante de la réplique "I can't breathe" que prononce la très mauvaise comédienne Georgia McFail. (Parenthèse ici sur elle encore, pour dire qu'elle joue très mal, car je ne suis pas certain de l'avoir mentionné, et sur son personnage, tellement prévisible, comme quand plus tard elle confectionne des petites fleurs cousues main qu'elle donne à chaque soldat partant pour la guerre de sécession... et un autre personnage très naze, pseudo-comique, de sous-officier moustachu, ventru et bon vivant, celui-là même dont la femme est une sale peau de vache finalement adorable (et il faut voir aussi le jeu des deux jeunes soldats que ce sergent embringue pour aller piquer un truc dans la tente de sa femme dans une séquence de néo-burlesque digne des meilleures heures de Benny Hill, on n'avait pas vu des gens jouer comme ça depuis Petit-Pied dans la vallée des merveilles), le sergent donc d'y aller avec ses gros sabots comme quoi quand ses recrues crèveront toutes, c'est cette maudite fleur en papier crépon qu'ils serreront sur leur cœur, comme quoi ça a de la valeur ces petits gestes des petites dames bien mignonnes, et tartine m'en encore du bon sentiment que j'oublie pas comment ça goûte ; or si toute cette chienlit que je viens d'évoquer avec douleur c'est aussi censé "faire Ford", revoyons She Wore a Yellow Ribbon et pendons-nous tout de suite). Fin de la parenthèse, je reviens, moi-même en quête d'air frais, à la réplique, "I can't breathe", les mots de George Floyd au moment de son assassinant par un flic blanc, aux prémices du mouvement Black Lives Matter, prononcée ici plusieurs fois de suite, dans le silence d'un tunnel creusé sous une maison en flammes, par une fille blanche, blonde, assiégée par de sauvages indiens... Ce serait pas un aveu de droitisation de la part de papy Kevin ? m'a glissé mon homoncule dans le conduit auditif, encore plus dégoûté de moi par le film (il est fan de Waterworld), au point de divaguer à son tour.




Alors oui, certains des éléments du scénario de la Costne peuvent "faire" Ford. Mais si Ford c'était du scénario, on regarderait pas ses films. Quand il essaie de faire quelque chose avec sa caméra qui ne se limite pas à enfiler les clichés de la façon la plus plate et hideuse qui soit, avec environ 95% de séquences baignées d'orange et de bleu et éclairées par le côté façon coucher de soleil permanent, là aussi comme c'est l'usage dans les pires blockbusters de notre époque et surtout dans l'immense majorité des séries dégueulasses qui font les choux gras des plateformes, le tout sur un rythme qui pourrait achever un cheval, Costner lorgne vite fait mal fait sur les derniers westerns qui auront connu le succès, soit ceux de Tarantino, déjà fort mauvais. Dans cette scène, par exemple, inique et gênante, où le personnage de Costner grimpe la petite colline d'un village pour aller coucher avec la trop jeune fille qui lui a fait du gringue un peu plus tôt et se voit accoster, ou plutôt harceler, par un abruti de pied tendre qui se dirige vers la même casbah pour, lui, y faire du grabuge. Le jeune débile, (mal) interprété par Caleb Sykes, pur clicheton lui aussi, tête brûlée, idiot impulsif et violent qui l'ouvre trop et que son frère doit toujours tancer parce qu'il aime à emmerder tout le monde en la ramenant avec un grand sourire de trépané, cherche des noises à Costner pendant au moins 15 minutes de dialogues creux dépourvus de toute vie, et ça tchatche, et ça tchatche, et ça s'arrête pour pisser (sûr que c'est lui qui m'a donné envie d'y aller, et Costner de lui tenir son fusil comme je tiens la télécommande sans mettre pause quand tonton Scefo part uriner en visant le centre de la cuvette pour ne plus entendre le moindre son émanant du bon petit film qu'il m'a demandé de lui soumettre), et que ça tchatche encore, dialogues à blanc, et la tension monte en même temps que les deux crétins se toisent du coin de l'oeil et montent à flanc de colline (subtilité !), jusqu'au déchargement de violence final une fois arrivés en haut, dans un mexican stand-off sans surprise ni saveur. Triste travail papy Costner. Tu filmes assis dans un fauteuil, comme un sénateur, vieil homme ! Je ne suis pas parti à la mi-temps de ta bouse ultra inoffensive (tu n'aurais même pas passé la phase de groupe à la place de la Dèche sur le banc de nos bleus anesthésiés par l'abus de choucroute-saucisse, avec Giroud goal volant dans les cages à la place de Maignan, pour se ramasser de grosses volées de bois vert sans jamais cadrer une foutue frappe et finir avec un total de points négatif), mais ne compte pas sur moi pour me taper le match retour, si tes producteurs sont encore assez fous pour distribuer la ou les suite(s) de ce carnage. Le générique final sur fond de "Amazing Grace" m'a terminé. J'avais tout prévu, j'avais tout peaufiné, j'étais prêt, j'avais mis toutes les chances de ton côté... J'avais dit à gauche, Pignon...
 
 
Horizon : une saga américaine, chapitre 1 de Kevin Costner, avec Kevin Costner, Sienna Miller, Sam Worthington, Luke Wilson, Georgia McPhail et Caleb Sykes (2024)

18 septembre 2018

Dheepan

Je l’ai vu. Je vous dis tout ça de mémoire parce que ça fait tout de même bien longtemps que je l'ai vu. Et je ne l'ai vu qu'une fois, pas fou ! La particularité d'Audiard, on ne peut pas lui enlever ça, c'est que quand on commence à regarder l'un de ses films plus de quelques minutes, on a du mal à en décrocher, on reste rifté sur l'écran, à subir avec dégoût et fascination les horreurs qu'il nous assène, les coups de pied au foie et les yeux au beurre noir "artistiques" qu'il produit par pur sadisme. Et on a le malheur de se souvenir d'images subreptices qui ancrent l'horreur et le désarroi d'avoir subi un tel film mais de toujours éprouver, malgré tout, de l'Amour pour le Septième art. C'est du masochisme, c'est du sadisme, c'est un cercle vicieux, c'est du Audiard !




Ça parle d’un Sri-lankais qui s'appelle Dheepan, d'où le titre du film, que tout le monde a mis beaucoup de temps à comprendre (on peut le reconnaître sans honte aujourd'hui, non ?). Dheepan erre dans un camp de réfugiés qu'il veut fuir et, pour ce faire, il dégote une dame et une fille de 10 ans qu'il ne connaît ni d'Eve ni d'Adam afin d'obtenir plus facilement l'asile. Parle nous de ces "combines" Jacques ! D'après toi il semblerait que l’Étranger est fourbe au point de s'inventer une famille pour profiter de nos minimas sociaux ? Ensuite, Dheepan atterrit dans une cité pourrie dans laquelle il parvient à fonceder toute une bande de kaïras car Dheepan est un ancien Tigre tamoul et qu'il est donc rompu aux méthodes de guérilla, combats de rue et autres luttes à mains nues face à tout type d'ennemi. Ces feignasses de kaïras, qui gagnent et dépensent mal l'argent du trafic de stupéfiants en ne foutant rien de leurs journées et en se grattant les couilles, n'ont AUCUNE CHANCE, MAIS AUCUNE CHANCE LES GARS. 




Bref, voici un film qui nous explique noir sur tippex qu’il y a des bons migrants, humbles et qui ne mouftent pas (quand bien même ils ont fait partie d'une organisation considérée comme terroriste par l'Union Européenne), ils acceptent la misère parce que c’est toujours mieux que leur pays d'origine, où il y a des tempêtes et des orages ; et il y a des mauvais migrants qui, souvent, ne sont pas des migrants mais leurs enfants et petits-enfants. C'est le discours classique des fachos pur jus. En tout cas, à la fin, Dheepan il en a fait sauter des caissons, il leur démonte la gueule, il les fait tous cramer dans un feu de joie qui n'est pas sans faire une allusion au symbole de la purification (mais la purification de quoi Jacques ? Précise ton propos !). Est-ce que j’ai bien compris son film ? Parce que perso je l’ai vu en lisant un livre sur les Lakotas et en faisant mes devoirs, donc... 




Dans cette horreur de film au discours plus que douteux, la vie de Dheepan en France est vue comme un Enfer, au mieux un purgatoire, dont il faut passer les multiples épreuves (administratives, policières, bastonnades avec jeunes des cités, voile obligatoire pour Mme Dheepan, métiers humiliants, misères quotidiennes...) pour mériter d'aller vers la Terre Promise, l'Angleterre, car tout va mieux là-bas, c'est bien connu. Tout cela souligné par une musique mielleuse digne d'un épilogue d'un épisode des Experts. Au moins dans Welcome, le jeune homme kurde avait une vraie raison de vouloir à tout prix traverser la Manche !




Pourquoi tout va mieux en Angleterre, Jacques ? Éclaire-nous la lanterne ! Moins de "jeunes des técis" ? Moins d'habitants issus de personnes issues de personnes issues du Maghreb ? Jusqu'à quand vont-ils être obligés de subir l'opprobre de la part de parvenus, d'enfants de la balle qui n'ont d'autres mérite que celui d'être issus des testicules d'un père plus ou moins doué avec les mots, ou de l'utérus d'une mère étoile de la comédie ? Il faudrait que tu précises ton propos, Jacques. Ou bien tu pourrais t'inscrire directement sur la liste du FN de ton quartier pour les prochaines municipales, on serait fixé. Encore mieux, libre à toi d'aller habiter en Angleterre avec ta famille et tes proches amis et de nous foutre la paix avec le cinéma et toute forme d'expression destinée à être diffusée au public. Garde ça pour le privé. Vraiment. STP.




Ce film a été récompensé de la Palme d'or du Festival de Cannes 2015. Le jury était alors composé de cette bande d'intellectuels : Joel et Ethan Coen, Rossy de Palma, Sophie Marceau, Sienna Miller, Rokia Traoré, Guillermo del Toro, Xavier Dolan et Jake Gyllenhaal.

LOL. 


Dheepan de Jacques Audiard avec Antonythasan Jesuthasan et Kalieaswari Srinivasan (2015)

9 mai 2017

The Lost City of Z

Décidément James Gray ne déçoit pas. Son dernier film en date est, c'est bête à dire mais vrai, un plaisir. Assez simple d'aspect, sans grands effets de manche ou surprises flagrantes, d'un classicisme évident, caractéristique du cinéaste, dans le même temps d'une grande beauté et d'une grande force, The Lost City of Z fait le portrait de Percy Fawcett (impeccablement interprété par Charlie Hunnam), un colonel d'armée irlandais, jeune père de famille et héritier d'un nom en disgrâce auprès de la noblesse britannique, envoyé au début du 20ème siècle par la Société Géographique Royale d'Angleterre en Amérique du sud pour cartographier la frontière entre le Brésil et la Bolivie, pour finalement y découvrir avec passion, bientôt jusqu'à l'obsession, les vestiges d'une civilisation perdue.




On est si bien dans ce film qu'on aimerait qu'il dure encore et encore, malgré le côté éventuellement répétitif des allers et retours de Fawcett entre l'Europe et l'Amérique du sud (ce serait sans compter sur le talent de conteur de Gray, y compris pour confronter l'exploration de la jungle du Nouveau Monde aux ravages de la guerre des tranchées dans les terres rasées de la vieille Europe). Certains éléments auraient d'ailleurs mérité d'être plus creusés, au détriment d'autres comme la querelle avec James Murray (Angus MacFadyen), membre de la société de géographie, ventripotent et lâche, prêt à suivre la troupe de Fawcett pour la trahir sans vergogne.




Je pense par exemple à l'instant où Fawcett découvre pour la première fois les traces de la civilisation Maya, près de la cascade que ses hommes et lui atteignent lorsqu'ils touchent au but de leur quête initiale. Idem pour la rencontre avec le peuple Guarani, pour la relation avec Henry Costin (Robert Pattinson), ou celle qui unit Percy à son épouse, certes déjà passionnante dans la très belle scène où Nina (Sienna Miller) se plaint de ne pas pouvoir partir à l'aventure à son tour. On aurait même pu souhaiter que James Gray se dégage un rien de tout souci de vraisemblance historique pour embrasser la fiction en libérant la femme de Fawcett du joug de son temps pour l'envoyer sur le terrain comme elle le souhaitait ; même si le cinéaste lui fait cette promesse dans l'ultime et magnifique plan du film.




Il est permis en effet de reprocher un manque d'ampleur, de tension, ou de folie, à James Gray. Y compris dans la relation qu'il fait de l'exploration au cœur d'une nature hostile, dans la jungle habitée par les peuplades indiennes ou sur le fleuve que longent les cartographes. Mais le film fait déjà énormément, évidemment, penser, entre autres, à Aguirre, et Gray, évitant de tomber dans le pastiche ou la redite, semble s'appuyer sur notre mémoire de Joseph Conrad ou Werner Herzog, et n'a pas besoin d'en faire beaucoup plus pour qu'on sache de quoi il parle et qu'on le traverse malgré tout.




Le film est habité par ces récits et peut donc plus sûrement dresser le portrait de son personnage obsessionnel, fasciné par l'objet de ses recherches  jusqu'à une forme de folie, au point de délaisser puis d'embarquer sa famille, ce personnage souvent coupable que le cinéaste ne soumet jamais à un jugement simpliste, préférant nous questionner sur son comportement et nous communiquer quelque chose de sa passion, de sa curiosité à toute épreuve, de sa soif d'en savoir plus. Car la plus grande force de The Lost City of Z est certainement là, liée à ce que l'on avait d'abord pris pour un défaut : ces manques, ces envies d'en voir plus évoquées plus haut, ces fantasmes de scènes, de récits, d'aventures qu'il sait susciter.


The Lost City of Z de James Gray avec Charlie Hunnam, Robert Pattinson et Sienna Miller (2017)