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9 novembre 2010

The Invention of Lying

Ne croyez pas que c'est moi qui, par snobisme, aurais choisi de présenter le film sous son titre original. Je n'ai pas eu le choix : il n'a pas été traduit par le distributeur français. Et même moi, avec ma licence d'Anglais et avec mes trois redoublements successifs en Master 1 LLCE Anglais, dont je suis ressorti parfaitement intact, sans le moindre diplôme, une main devant une main derrière, même moi qui ai donc passé plus d'un tiers de ma chienne de vie sur les bancs poisseux de la fac d'anglais de Dijon, je serais bien incapable de traduire ces quatre mots. A la rigueur je pourrais tirer un truc de "The" ou de "Of", mais combinés aux deux autres termes plus chauds à piger du titre, je reste impuissant. Donc le mystère restera intact pour les moins anglophones d'entre nous. Pas de bol.



La seule chose que je puisse souhaiter à ces quelques bienheureux franchouillards qui comme moi ne savent pas traduire l'Anglais, à vous autres pantouflards, c'est de cultiver le mystère en ne regardant jamais ce sale film. Je m'y suis frotté, presque jusqu'au bout, et c'est une putain de plaie. L'idée c'est un monde strictement identique au nôtre à ceci près que le mensonge n'existe pas, sous aucune forme. En tout cas c'est ce que nous affirme une voix off misérable au tout début du film, qui ne reviendra jamais ensuite et qui a pour unique but de planter le décor sans effort. Le hic c'est qu'elle n'est même pas foutue de faire les choses convenablement parce que c'est pas vraiment de ça dont il est question. Il semblerait plutôt que tous les êtres humains présents dans le film auraient ingurgité une sorte de sérum de vérité qui les pousserait inexorablement et continuellement à dire tout haut absolument tout ce qu'ils pensent tout bas, même quand ça n'est pas la peine et surtout quand on ne leur demande rien. En fait c'est pas seulement que le mensonge n'existe pas, c'est que l'omission non plus. C'est plutôt une bonne idée de départ faut dire, qui donne lieu à des situations qui elles-mêmes pourraient être intéressantes : la découverte des vertus du mensonge bienveillant, l'invention de la fiction, l'affabulation mystique et donc l'avènement religieux, etc. Mais ça devrait aussi donner lieu à quelque chose de cocasse, d'amusant, à quelque chose de drôle, à un truc marrant, puisque c'est une "comédie", rappelons-le. Or toutes les situations susdites tombent à plat car il n'y a pas l'ombre d'une goutte d'humour qui perle sur le front pourtant huileux de Ricky Gervais, aka l'otarie pince-sans-rire de la comédie anglaise, the king of comedy, le poltron de la série comique, la bombonne de rire d'Outre-Manche, le monceau de gags grassouillets du Commonwealth, la Raquel Wales de la vanne de merde, la Grand-roue de Londres, le Tower Bridge of London, le pont humain rouillé qui relierait le Haut-rhin au Bas-rhin depuis Londres rien qu'en étalant au sol toute la peau qu'il a en trop sur la gueule, Ricky Gervais le tocard de The Office UK, le Big Ben, l'enflure bouffie d'humour british qui a réalisé et interprété de bout en bout cette saloperie de film.



L'idée de départ était pas mal mais le film est bourré d'incohérences, ça tient pas debout un instant, en plus d'être con et d'être honteusement dépourvu d'humour. Si toutefois vous parvenez à passer outre un bon sujet roulé dans la boue, outre une comédie sans gag qui fout un cafard gros comme ça et qui vous déprimera pour tout l'hiver, et outre la tronche du dénommé Rickey Gervais, au nom de yaourt chimique grumeleux, je vous recommande cette daube.


The Invention of Lying de Ricky Gervais avec Ricky Gervais et Jennifer Garner (2010)

27 décembre 2008

Ghost Town

Si vous avez récemment vu David Koepp s'afficher un sourire jusqu'aux oreilles aux côtés du comédien Greg Kinnear, c'est tout simplement parce qu'ils viennent de collaborer pour le film Ghost Town. David Koepp, originaire du Mexique, accepte de n'être payé qu'avec une poignée de pesos et du riz complet. Main d’œuvre malléable et docile, ne demandant uniquement la mise à disposition d'un burro pour ses déplacements personnels, il est actuellement le véritable chouchou des producteurs hollywoodiens. C'est pour cela qu'on a croisé son nom au générique de la plupart des films américains sortis récemment. Il officie le plus souvent en tant que scénariste, comme par exemple dans le piètre Indiana Jones 4. De la bouche de notre oncle Steven Spielberg, David Koepp se sert de son stylo de scénariste comme d'une baguette magique, il le surnomme même "David Koepperfield", visiblement très fier de sa trouvaille. Nous, nous le sommes beaucoup moins.




Sachant parfois avec talent et efficacité adapter à l'écran des œuvres littéraires complexes (par exemple Jurassic Perk), le bât blesse inévitablement lorsqu'il décide d'écrire une histoire originale tout droit issue de son cerveau malade et limité. Quand, en plus, il se positionne derrière la caméra, c'est la cata et ça s'appelle Ghost Town. Ce film nous raconte l'histoire d'un type irascible (Ricky Gervais) dont on ne veut pas être l'ami et qui, suite à une opération de l'anus qui tourne mal, développe le don d'interagir avec les morts de la ville de New York. Malgré ce don, il reste toujours aussi peu aimable. Durant tout le film, justement, le type ne fait pas un geste pour que le spectateur ait le moindre élan de sympathie envers lui. Greg Kinnear, décrit par le tout-hollywood comme le "fantôme des plateaux", un acteur dont on ne se rend jamais compte de sa présence mais qui est bel et bien là et assure son rôle, qui n'en fait jamais plus ni moins que ce qu'on lui demande, joue ici l'un des fantômes. Rappelez-vous, Greg Kinnear c'est Gladiator. Il s'acoquine du personnage principal et le pousse dans les bras de sa veuve (incarnée de pied en cap par Téa Léoni, seul intérêt de ce film) sise à l'appartement jouxtant le sien et prête à se remarier avec un sociopathe. David Koepp décide de ne pas nous faire aimer son film. Il le ponctue d'effets spéciaux que l'on croirait sortis d'une quelconque saloperie du début des années 90. C'est réalisé avec la même fascination puérile et l'envie obsolète de nous en mettre plein la vue. L'histoire piétine et n'a ni queue ni tête. Dans le rôle principal, Ricky Gervais, censé être un mec drôle (il est le créateur de The Office et peut se montrer très inspiré en stand up), est d'une tristesse qui plonge le spectateur à un niveau d'affliction nous rappelant le Viêt-Nam. Le film hésite entre le comique de situation et la situation comique du spectateur, le cul entre deux chaises.




Quand il rentre chez lui, David Koepp salit sa moquette avec ses chaussures toutes crottées. Quand il sort son chien, celui-ci s'applique à faire sa crotte sur le perron de son immeuble. Au retour de balade, c'est sur cette même crotte que David Koepp marche du pied droit. A Noël, David Koepp offre à ses amis des "Mon chéri". C'est ce genre de type qui fait pleurer les enfants et n'a pas un bon feeling avec les animaux domestiques, voire un très mauvais contact avec les bêtes sauvages. Il oublie l'anniversaire de ses parents. Si Léon Tolstoï a écrit Guerre et Paix, David Koepp n'a guère écrit que des pets.


Ghost Town de David Koepp avec Greg Kinnear, Téa Leoni et Ricky Gervais (2008)