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3 décembre 2019

Le Meilleur reste à venir

Nous partageons aujourd'hui avec vous ce billet d'humeur de l'un de nos plus proches collaborateurs parisiens, qui a bien des raisons d'être à cran en cette semaine de mobilisation.

Existe-t-il plus désagréable que cette affiche ignoble qui décore tous les bus parisiens cette semaine ? Cette complicité virile et hilare entre deux mâles blancs soixantenaires, un harceleur de femmes et un gros goujat, dont on est censés être les complices ; ce check digne d’une fin de chanson à un concert des Enfoirés, les cravates dénouées, tellement "à la cool" ; ce contre-jour si "joli" et cette typo manuscrite dégueulasse avec, immense, ce titre optimiste et agressif alors que les potes de ces mecs-là sont en train de nous la mettre bien profond et, enfin, les noms maudits de ce duo de réalisateurs infernal déjà responsable de l’affreux Prénom... Allez crever !


Le Meilleur reste à venir d'Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte avec Patrick Bruel et Fabrice Luchini (2019)

10 octobre 2019

Love Addict / Qu'est-ce qu'on a encore fait au bon Dieu ?

On s'inquiétait de ne voir justifié le régime politique du moment que par un cinéma de loft (condo flicks) somme toute déjà vieux. Étaler à la face d'un public de cinéma certes très disparate mais composé en large partie encore, du moins nous le semble-t-il, de smicards et autres figures estudiantines ces logements dont les chiottes feraient office de living room chez n'importe quel gilet jaune, c'était déjà énorme. Le smart power de classe travaillait déjà notre cinéma national depuis un bail (il n'y a qu'à revoir les films de Liza Azuelos, ou de manière alternative l'ensemble des films de Patrick Bruel). Il y avait de quoi finir par trouver normal de se représenter la vie à Paris dans un logement de 1500m² avec piscine de fonction et écran plat de dingue. Une recette déjà ancienne, donc qui, si elle niait la réalité de la sociologie parisienne, avait le mérite de bourrer les crânes d'un imaginaire de réussite sociale métropolisée appartenant à une bourgeoisie de son temps. On avait certes pu émettre des doutes quant au potentiel émancipatoire de cet imaginaire pour les classes aisées du "moment macronien" en nous confrontant à toutes ces scènes de tous ces films dans lesquels tous ces personnages aux jobs chers payés (la psychanalyste Sybil, l'avocate Victoria, ou encore l'éditeur-baiseur de Doubles vies) passaient d'innombrables quarts d'heures à se morfondre dans des appartements gigantesques en plein cœur de Paris. On était en droit de se demander si l'argent faisait encore le bonheur. Mais il ne fallait pas s'arrêter à ces crises biliaires d'un régime auto-persuadé de sa pleine forme et qui, enfin, a trouvé de quoi le démontrer avec deux films sortis coup sur coup, en 2018 et 2019. Deux purs produits marketing du macronisme dont nous nous sommes délectés.


On avait rarement vu Marc Lavoine dans un rôle aussi à-propos, celui du tonton ex-bzzzeur compulsif de Kev Adams, refusant de quitter son méga condo parisien et ses plus beaux atours pour le cas où "Tata Martha" reviendrait de l'avoir quitté. Il finira par se prostituer...

Sorti en 2018, Love Addict raconte la réussite sociale d'un jeune markéteux qui "bzzzz" (sic) toutes les femmes qu'il rencontre parce qu'il "ne peut pas s'en empêcher". Sorti en 2019, Qu'est-ce qu'on a encore fait au bon Dieu ? raconte la réussite sociale d'un notaire de Chinon et le pouvoir de l'argent lorsqu'il s'agit de célébrer la France. Ces deux films pourront paraître innocents de tout engagement politique (dans la mesure où ce sont des "comédies") et sans lien aucun l'un avec l'autre. Mais ce serait n'y avoir pas assez regardé de près. D'autant qu'il n'est pas nécessaire de chausser ses demi-lunes pour voir dans les deux films trôner ces gorilles résineux géants, rouge brillant, triomphaux, au bas des escaliers du palais du boss américain (Michael Madsen, au seuil de la mort) ou au bas des escaliers de l'hôtel particulier parisien loué par le beau-frère loser (Ary Abittan, en roues libres). L'écho de ces productions fort laides du commerçant R. Orlinski dans les deux films n'est bien sûr qu'un symptôme de leur familiarité. Il en est d'autres.  





On peut ainsi penser au fait que dans les deux films il est fait référence avec dédain à la piétonisation des "voies sur berges", à Paris. Cette critique très assumée de la Maire de Paris estampillée socialiste correspond à une réalité sociale : il y a des gens qui prennent la voiture à Paris et que le ralentissement du trafic gène. Prendre la voiture à Paris, rappelons-le, signifie monter dans une voiture conduite par un.e tâcheron.ne pour aller d'un point A, l'hôtel de luxe où l'on a dormi une fois de plus, à un point B, le bureau du seizième où l'on doit faire la présentation d'un nouveau produit qui n'est nouveau que parce qu'on va le présenter d'une manière nouvelle, c'est-à-dire en bullshitant à mort, et Kev Adams est très fort pour ça. On a d'ailleurs du mal à comprendre comment on peut avoir besoin de passer en voiture par les berges pour aller du 16ème arrondissement au 16ème arrondissement, mais c'est une question qui nous ferait sortir du cadre strict de notre analyse du jour.




Ces films partagent donc un imaginaire embourgeoisé, embouteillé, engorillé, de Paris et de la France mais c'est surtout dans le discours qu'ils tiennent que l'on peut trouver leur véritable complicité. Dans Qu'est-ce qu'on a encore fait au bon Dieu ?, l'idée est simple : malgré la pertinence de ouf de leur concept d'entreprise (de la nourriture casher et bio), les gendres de C. Clavier n'ont pas trouvé d'investisseur. Comme en prime, ils en ont marre de défendre des femmes en burqini (gendre avocat algérien), de ne pas trouver de rôle au théâtre (gendre ivoirien) et d'avoir peur dans la rue (gendre chinois), les quatre gendres vont décider séparément de quitter cette France dangereuse, raciste et où plus personne n'a le courage d'investir dans des concepts de dingue. Beau-papa notaire va alors tout faire pour les retenir car il veut continuer à voir ses filles et ses petits-enfants. Il va ainsi mettre en place une mascarade visant à leur louer la beauté de la France (= la Touraine des châteaux) tout en leur trouvant des opportunités de travail impossibles à refuser. Devant leur hésitation, il leur tiendra même un discours mémorable commençant par "Bon, vous avez tous voté Macron..." et vantant les transformations réalisées et à venir de cette France qui, bon, sans doute n'allait pas bien, mais qu'on est en train de remettre sur ses pieds, n'est-ce pas. Philippe de Chauveron, le réalisateur et co-scénariste du film, se fait ici conseiller spécial à l’Élysée en proposant de compléter le macronisme classique par un chauvinisme qui peut-être lui manquait. Cette incursion sur les terres habituellement réservées aux souverainismes (insoumis ou racistes) ne manquera pas de combler tous ces start-uppers et autres bourgeois athées fanatiques d'un "nouveau monde" dans lequel, non seulement les métropoles seront devenues smart, mais en prime les campagnes pourront être investies par le coworking, les fermes à serveurs et autres réunions marketing chicos. 





Seule ombre au tableau, cette France terre d'accueil (des investisseurs, pas des migrants - Clavier se donnera d'ailleurs tout le mal du monde pour faire en sorte que l'Afghan qui s'occupe gratuitement de tondre son jardin rentre chez lui de son plein gré), cette France terre d'accueil donc, reste soumise à tout une batterie de pathologies directement héritées du consumérisme, à commencer par l'addiction au cul, dont les chroniques sont nombreuses ces dernières années, du Shame de Steve McQueen au Fleabag de Phoebe Waller-Bridge. Love Addict apporte fort heureusement de quoi résoudre ce petit souci qui touche de près le petit Kev, inlassable bzzzzeur de tout ce qui passe à sa portée. C'est que ça commence à pas mal gonfler ses employeurs... Non pas tant d'ailleurs qu'il bzzzze ses collègues, mais surtout qu'il bzzzze aussi la femme du boss, ses filles, etc. Blacklisté dans le métier, Kev finit par trouver un type qui, bien qu'il connaisse sa réputation et sa pathologie, et bien qu'il soit marié à une bombasse un poil nympho, est quand même prêt à l'embaucher, à condition qu'il passe le test de rencontrer ladite bombasse et ne la bzzzz pas. Drôle de conception du mariage et du business, mais passons. Pour sauver sa carrière, Kev va faire appel à une boîte unique en son genre (disons plutôt : première sur le marché français), une société de "minders" (maïndeurz). Ces reconvertis de la psychanalyse ou du bodyguarding offrent en effet un service disruptif : ils suivent H24 leurs clients et les empêchent de réaliser leurs différentes pathologies. Ils ne soignent pas : ils "aident". Kev se fera donc "aider" par une psy radiée du barreau qui l'empêchera de bzzzzer tout ce qui passe, à commencer par la femme du patron, quitte à finir par le bzzzzer elle-même, mais attention pas n'importe comment : ça se finira en véritable "amour". Merci donc à Franck Bellocq, réalisateur et co-scénariste de ce film pour cette idée si utile au macronisme et que ce bon vieux Cyrulnik n'aura pas suffi à faire éclore : rien ne sert de changer le monde qui produit de telles pathologies. Rien ne sert même de soigner les gens atteints. Il suffit de leur faire payer chèrement des personnal bodyguards qui minderont (traduction littérale : prendront soin ou feront attention) à leur place. On pourra ainsi continuer de partir en vrille gaiement en même temps que le monde et reporter la responsabilité de ses actes (qu'il s'agisse de bzzzer tout ce qui passe ou de foutre le feu partout où l'on passe) à ces minders qui, alors, n'auront pas fait leur taf correctement. La France de demain s'annonce ainsi radieuse.

Mais à quoi ressemble-t-elle cette France-là ? Arrêtons-nous un instant sur un aspect non-négligeable de ces deux films, à savoir le rôle dévolu aux femmes. Dans les deux films, les femmes sont dépressives (la femme de Christian Clavier, l'une de ses filles), des connasses (la mère de Mélanie Bernier), des potiches (Frédérique Bel, Julia Piaton), ou alors elles tombent sous le charme irrésistible d'un ado post-pubère et poly-baiseur (Mélanie Bernier). Lorsque les quatre gendres du notaire retraité Clavier décident de quitter la France pour "réussir" ailleurs, les quatre filles acceptent direct. Lorsque les quatre gendres finissent par décider de s'installer en bord de Loire, les quatre filles s'y plient, au prix de leurs jobs, de leurs rêves et pour certaines, en acceptant de vivre leur pire cauchemar. 






L'une a vendu son appartement parigot de luxe et va devoir (horreur) s'installer dans un palace chinonais plutôt que dans une villa chinoise. L'autre a appris l'hébreu pour rien.
 
De même, le personnage fantomatique incarné par Mélanie Bernier dans Love Addict, psychanalyste ratée reconvertie (grâce à un ami, un mec, blanc) en "mindeuse", va errer d'ex idiot en mec nympho, lequel n'aura que très peu de mal à la convaincre de sa puissance virile. Il suffira pour cela de lui montrer ses pecs, de la rendre jalouse en étant dragué par une journaliste chaudasse, ou de danser avec elle sur du Grease, parce qu'elle adore Grease. On pouvait anticiper cependant un écart à ce schéma dans la mesure où la nouvelle mouture du film de France (Make France Great Again flicks) de Philippe de Chauveron était supposée mettre en scène un mariage homosexuel lesbien entre deux ivoiriennes. Cependant, on devra se contenter d'environ cinq minutes de scènes autour de cette péripétie, avec un accent largement mis sur le papa ivoirien dépité de l'homosexualité de sa fille pourtant "bien éduquée". Il est vrai qu'une scène nous montre l'une des deux fiancées danser seule dans sa chambre en remerciant Christiane Taubira. Nous laissons au lecteur-spectateur le soin de juger de cette scène qui nous a paru être un goof, mais que l'on pourrait interpréter tant au premier qu'au second degré. 




"Merci Taubira, je sais pas qui tu es mais grâce à toi je vais me marieeeeeer..."

On n'aura donc plus aucune raison de se plaindre, du côté de la Défense, de la franchouillardise campagnarde des autres ou de ses propres addictions. Le cinéma du régime, enfin actif à plein, vient de nous offrir non seulement des justifications de la doctrine macroniste, mais bien des prolongements innovants ouvrant sur de nouveaux marchés en guise de rustines à un néolibéralisme raciste et sexiste, malade de lui-même et menaçant chaque jour de s'effondrer tant il pue la mort. 


Love Addict de Franck Bellocq avec Kev Adams, Mélanie Bernier et Marc Lavoine (2018)

Qu'est-ce qu'on a encore fait au bon Dieu ? de Phillipe de Chauveron avec Christian Clavier, Chantal Lauby et Ary Abittan (2019)

29 mars 2015

Tu veux ou tu veux pas

Le Maréchal Tonie est appelé à la barre... Accusée, levez-vous. Premier chef d'accusation : plagiat éhonté du Shame de Steve McQueen. Sophie Marceau remplace Michael Fassbender dans le rôle de la sex addict prête à sauter sur tout ce qui bronche. Tonie Marshall a dû changer de titre au dernier moment en découvrant le récent diptyque de Lars Von Trier. Quand Sophie Marceau se demandera-t-elle pourquoi on ne lui propose jamais le moindre rôle de femme intelligente ? Parce qu'en plus d'être nymphomane, son personnage est d'une débilité à tout rompre. Malgré cela, Patrick Bruel, également sex maniac, n'hésite pas une seconde à l'engager comme assistante dans son cabinet de conseiller conjugal. Il faut dire que, malgré ses 60 ans bien tassés, Sophie Marceau met toutes ses formes au service de la fiction. Elle est tirée à quatre épingles dans chaque scène du film, moulée recto verso. Tonie Marshall est le premier réalisateur à la rendre aussi désirable depuis Mel Gibson dans Braveheart. Force est de reconnaître que le sex appeal de la plus bête des comédiennes françaises est toujours au garde-à-vous. On a tout particulièrement apprécié ce pull gris moulant 100% élasthanne qui révèle son buste mieux que si elle ne portait rien. On dirait un moulage en plâtre. C'est pourtant dans la scène où elle est ainsi affublée que Patrick Bruel, qui essaie avec un mal de chien de dompter ses propres démons et ceux de sa nouvelle partenaire, lui dit : "Ah, là, là, là ta tenue est clean. Pour une fois on ne voit rien". Tonie Marshall connaît si mal les hommes, ses congénères...




Deuxième chef d'accusation : plagiat éhonté du style Tom Hooper, breveté à la sortie du Discours d'un roi. Comme dans les films du britannique, chaque cadrage de Tu veux ou tu veux pas laisse une bonne place au vide, tantôt à droite, tantôt à gauche, tantôt à droite et à gauche. On se demande à quel point le format panoramique de l'image, pas du tout adapté à un tel spectacle (sauf peut-être celui qu'illustre l'image ci-dessus...), est à l'origine de ce projet formel. Mais, à vrai dire, Tonie Marshall se révèle plus audacieuse qu'on ne pensait dans ce film. Ce qui nous conduit tout droit au troisième chef d'accusation : plagiat éhonté de David Lynch. On sent lentement venir le truc... Quelques raccords dans l'axe pas naturels, quelques invités mystères planqués au fond du cadre (caméo surprenant de Jean-Luc Godard), un aspect métafilmique assez fort (Sylvie Vartan, dans la BO et au casting ; Jean-Pierre Marielle qui vient jouer son propre rôle dans un bar où il semble avoir son fauteuil attitré), quelques bizarreries notoires (un pressing qui sert aussi de cercle des nymphos anonymes ; à l'intérieur de ce pressing, François Morel, qui hante les lieux dans des scènes glauques où le personnage paraît tout droit sorti de la psychée délirante de Patrick Bruel, qui semble être le seul à le voir, comme si c'était un compagnon imaginaire façon Shining), ou encore un acteur à deux doigts de fumer le film de l'intérieur (André Wilms, qui fabrique des parfums dans un appartement immense dont chaque pièce contient une trentaine de petites lampes allumées, l'acteur carbure à la gnôle et aux micro-siestes - dont une sur l'épaule de Marceau - et laisse parfois exploser sa mauvaise humeur, comme quand, après avoir préparé un lapin aigre-doux pour les deux héros du film, il s'exclame, en se levant : "Bon, après toutes ces tartines de merde, passons au dessert ! Au menu ? Un clafouti aux glaouis !").




Mais Lynch est plus clairement convoqué comme godfather du projet dans une scène totalement à part, une séquence onirique, entre rêve et cauchemar, entre Apitchatpong et Dupieux, où Marceau, après avoir trinqué avec Jean-Pierre Marielle (qui quitte quand même le plateau sans prévenir, au beau milieu d'un dialogue, avec ces mots : "Bon, c'est pas tout, mais j'me casse"), se retrouve seule au comptoir. Soudain, on voit apparaître derrière elle des lapins humains qui déambulent dans le café, clin d’œil direct à Alice au pays des merveilles de Carl Lewis, en même temps qu'à Shining, de nouveau, et à Inland Empire. Mais ça ne s'arrête pas là. Quelle joie de retrouver Patrick Braoudé après tant d'années d'absence, lui qui a régné sur la comédie française dans les années 80 et 80, et qui a su laisser sa place à une jeune génération qui n'a pas saisi la perche et qui déjà négligeait son héritage. 




Il fait ici son comeback, avec un grand K, dans le rôle d'un écureuil pilier de bar. Sous le costume, hallucinant, on découvre que l'acteur-réalisateur culte est devenu un sosie officieux de François Hollande, la myopie en moins. Mais il faut voir le bon côté des choses, il a un pied-à-terre chez Julie Gayet. A condition toutefois de la boucler, car sa voix unique, enraillée, effacée, aspirée, inspirée, coiffée, décoiffée, véritable madeleine de prout pour nous autres fans de l'artiste, qui nous rappelons encore les neuf mois passés avec lui après un divorce douloureux, se reconnaîtrait entre mille. L'homme se révèle parfaitement lynchéen, on découvre son côte Bill Pullman tandis qu'il devise avec l'autre cruche dans son costume d'écureuil à queue remuante. Un membre de la famille Marshall, stagiaire de 3ème, se chargeait de secouer la queue du comédien, dans laquelle était d'ailleurs dissimulée la perche du preneur de son, ce qui nous vaut un dialogue doublement lynchéen et de nouveaux couacs audiovisuels. Car le film en est rempli. On ne citera que ces plans en amorce où l'on peut compter et recompter les pelloches contenues dans le quart nord nord-ouest de la chevelure de Patrick Bruel, sosie quant à lui officiel de Stéphane Plaza.


Tu veux ou tu veux pas de Tonie Marshall avec Sophie Marceau, Patrick Bruel, André Wilmz, Sylvie Vartan et François Morel (2014)

17 septembre 2012

Le Prénom

Je n'ai vu que le premier quart d'heure de ce film. C'était pourtant bien malgré moi. J'étais parti pour voir ce fleuron du box-office de l'année 2012 en entier, le cœur toutefois au bord des lèvres dès les premières secondes, mes mains en train de lacérer les accoudoirs de mon fauteuil bon marché en me demandant s'il était humainement possible de démarrer un film aussi vite sur les chapeaux de roue de la médiocrité malsaine. Je remercie donc les petits facétieux qui ont mis ce film à disposition du monde entier en ne proposant que le premier quart d'heure en boucle. Ils pensent peut-être qu'ils ont bien fait... Alors que c'est tout le contraire, ce petit quart d'heure a suffi à me rendre haineux, fou et hargneux tout en m'épargnant 1h30 de souffrances supplémentaires. En ce sens, je les en remercie. Ils ont sauvé 1h30 de ma vie.



Je tenais à vous parler de la scène d'introduction qui nous fonce dessus à la vitesse d'un scooter cahoteux sur le périphérique parisien. Cette simple introduction est une souffrance, une torture pour les yeux et les oreilles, une intro à la Jean-Pierre Jeunet avec des tas de petites anecdotes capables de foutre en l'air toute foi en l'humanité, toute les espérances laissées par les avancées technologiques, artistiques et médicales de ce dernier siècle. Cette intro pourrait boucher les artères d'un jeune adulte sportif suivi par le meilleur diététicien du pays. Le texte en voix-off lu par un Patrick Bruel survolté est d'une affliction qui remplira mes nuits d'insomnies fréquentes et irrémédiables. Rien que pour cette intro, ce film remporte déjà la palme de l'abjection. Il faut voir, à la fin de cette scène, Charles Berling traiter un livreur de pizzas comme la dernière des merdes qui aurait encrassé ses pompes à 1000 dollars.



La suite est d'une médiocrité telle qu'on pense se trouver face à un canular filmé. Patrick Bruel y est de tous les plans, ce qui contribue à rendre le tout douloureux pour les yeux. Lorsqu'il n'est pas à l'écran, c'est sa voix (off) qui prolonge le supplice. Bruel passe une nuit d'insomnie à lire un bouquin et tandis qu'on le regarde bouger d'un canapé à l'autre dans le salon de 150 mètres carrés de son beau-frère Berling, sa voix nous décrit avec misère cette image souffreteuse projetée à l'écran. Ce film est d'une calamité sans nom, et si c'était un lieu, un endroit, ce serait la décharge publique de Guatemala City. Il met en exergue les pires travers de l'humanité. Et dire qu'il a rameuté 3,2 millions de spectateurs, et essentiellement par le bouche à oreille. Penser à cet état de fait, à cette situation, me fait très franchement entrevoir un avenir précaire pour l'Homme. Le cinéma est régulièrement trainé dans la boue, mais à ce niveau-là c'est machiavélique.



Le Prénom est une tragédie et une abjection. Tous les gens qui ont participé au financement, à la réalisation, à l'interprétation, aux décors, aux lumières, aux sons, à la distribution, à la promotion, tous ceux qui ont participé au bouche à oreille, tous les techniciens impliqués, tous les acteurs... Tous ces gens mériteraient d'aller au bagne à Cayenne, casser des cailloux avec leurs pieds, briser des mottes de terre avec leurs mains, lutter contre les moustiques tropicaux, dormir sur de la boue séchée en saison sèche et de la boue humide en saison des pluies, subir des privations alimentaires et être interdits de remettre les pieds sur un plateau de cinéma, voire même dans une salle de cinéma. Ce que ces gens ont fait est impardonnable et inqualifiable. Si ce film était un joueur de football il s'appellerait Francis Llacer. Tous responsables, tous coupables.


Le Prénom d'Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte avec Patrick Bruel et Charles Berling (2012)

18 avril 2008

Un Secret

Le secret de ce film, c'est la véritable identité de son réalisateur. Un jeune inconnu tout droit sorti de l'HIDEC s'est vu proposer de mettre en scène ce script adapté d'un roman à succès. Craignant de flinguer sa carrière avant de l'avoir lancée avec ce projet particulièrement glissant, notre quidam a pensé prendre un nom d'artiste pour couvrir ses arrières. Il a choisi pour sobriquet un nom français banal et sans prétention. Notre novice toujours anonyme a donc choisi le prénom Claude en référence à son film de chevet Madame Claude, et le patronyme Miller en guise de clin d'œil à Miller's Crossing des frères Coen, palmé d'or à Saint-Tropez. Et voilà que l'illustre réalisateur français Claude Miller, le vrai, celui de L'Effrontée et de La Petite Lili, a vu en traînant un soir sur IMDb s'ajouter à sa filmographie cette nouvelle œuvre obscure.



Les procès étaient déjà en cours quand Claude Miller, le vrai, est allé louer le film dans son vidéo-club fétiche et il s'est avéré que ce long métrage lui convenait plutôt pas mal, lui qui n'avait encore jamais traité la France de Vichy, lui qui n'avait encore jamais serré la main de Patrick Bruel et qui n'avait encore jamais eu recours à des effets minables très spéciaux pour raconter une histoire sans queue ni tête. Certaines mauvaises langues ajoutent que Claude Milos Forman aurait renvoyé son avocat en apprenant devant le journal de 13h que ce film était nominé aux Césars pour la récompense ultime du meilleur maquillage, bien décidé à enfin poser son cul au beau milieu de la grande famille du cinéma français.



Le film se déroulant sur plusieurs décennies, le vieillissement des personnages est une des clés de voûte scénaristiques de l'intrigue. Pour ce faire, le réalisateur a par exemple filmé Patrick Brucknel dans les coulisses de l'Olympia avant son set, pour incarner son personnage en 1955, âgé de 30 ans, puis post-gig et post groopie-gang-bang, pour interpréter ce même personnage en 1985, soit près de 30 ans plus tard. On n'y voit que du feu. Autre personnage, autre technique, c'est là qu'entre en scène la dynastie Depardieu. 1955, Julie Depardieu incarne la bonne amie de Pathos Bruel ; 1962, Guillaume Depardeüs prête son corps unijambiste affublé d'un tablier de bonne ainsi que son visage marqué par la vie recouvert d'un couvre-chef plus que féminin au même personnage un peu plus âgé(e) ; 1985, Gérard Depardieu et ses 200 kilos de viande interprètent sans faillir et grimés d'une queue de cheval directement chipée à un canasson (ce même cheval à qui il manque une crinière à l'affiche de Danse avec lui, aux côtés de Mathilde Seigner, l'unique cheval chauve de l'histoire du 7ème art), Depardieu Gérard donc, joue la même amie de Platoche Brunel avec l'aisance d'un Robin Williams dans Madame Doubtfire. Une fois de plus, l'effet nous prend à la gorge, et l'on se surprend à y croire à mort, en tout cas jusqu'au générique de fin où apparaît en face du nom du personnage de la bonne : Depardieu/Depardieu/Depardieu.


Un Secret de Claude Miller avec Patrick Bruel et Cécile de France (2007)