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16 décembre 2017

Dunkerque

J'ai déjà plusieurs fois, en ces pages, tenus des propos très durs à l'égard de Christopher Nolan pour des films qui, jusqu'à présent, me plongeaient toujours dans un abîme de perplexité terrible compte tenu de l'accueil dithyrambique qui leur était systématiquement réservé et de leur si piètre qualité. Quand son dernier film est sorti en fanfare cet été, je l'ai donc soigneusement évité et je dois aujourd'hui vous avouer en toute honnêteté que je le regrette beaucoup. Car Dunkerque est sans doute ce que le cinéaste britannique a fait de mieux et cela devait franchement valoir le coup de le découvrir sur grand écran. Pour une fois, Nolan fait dans la simplicité et filme à hauteur d'homme, au plus près de ses personnages. Son film revient sur l'Opération Dynamo, le rapatriement des troupes britanniques encerclées par les allemands dans la poche de Dunkerque, en mai 1940.





Christopher Nolan choisit de nous raconter cela en trois temporalités différentes qui nous sont montrées en parallèle et qui s'entrecoupent par instants. Nous passons ainsi une semaine auprès d'un jeune soldat (Fionn Whitehead) parmi les près de 400 000 à être coincés sur la plage et qui essaient, par tous les moyens, de regagner l'Angleterre. Une journée aux côtés d'un vieil anglais (Mark Rylance) à la barre d'une petite embarcation de plaisance, épaulé par deux autres civils quant à eux trop jeunes pour être au front, partis ensemble à la rencontre des soldats pour aider autant que possible au rapatriement. Et une heure dans les airs, plus exactement dans le cockpit d'un avion de chasse piloté par Tom Hardy, tour à tour chassé ou à la poursuite des bombardiers allemands.





Cette construction pourrait paraître gratuitement alambiquée mais elle ne l'est pas, elle permet au réalisateur de multiplier astucieusement les points de vue et de proposer une mise en scène parfois très inspirée. En outre, cette multi temporalité est aussi un bon prétexte pour faire grimper très régulièrement la tension, les climax s'enchaînant à un rythme soutenu. Cette tension, Nolan parvient aussi à l'entretenir sans souci parce que ses personnages existent réellement. Ils ne sont pas, comme dans ses précédents longs métrages, des pantins sans intérêt auxquels nous ne croyons pas et dont nous nous fichons. Alors qu'il ne s'embête pas à leur créer un background quelconque (les dialogues sont d'ailleurs bien rares), Nolan parvient à nous intéresser à eux, tout simplement parce qu'ils sont humains, qu'ils peuvent se montrer héroïques ou lâches, et nous avons envie de les voir survivre, échapper aux bombes, à la noyade, aux tirs ennemis et à tous les dangers auxquels ils sont confrontés.





Si le cinéaste britannique recherche absolument l'intensité immédiate, il ne tente jamais de parvenir à celle-ci à tout prix, de force, par la performance technique et par des effets de manche. Ainsi, nous n'avons pas droit à des plans séquences lourdingues et tape à l’œil comme il est de rigueur actuellement dans ce type de cinéma spectaculaire. Nolan se démarque avec intelligence de cette mode et cherche à impressionner autrement. A l'instar de la bande son, encore signée Hans Zimmer, le style de Nolan reste néanmoins assez pompier, mais il paraît ici adapté à ce qu'il raconte, tout comme les grandiloquences de son compositeur attitré. A mon grand étonnement, Nolan réussit même quelques belles séquences, comme par exemple le naufrage d'un destroyer britannique, vécu depuis la mer et vu depuis le ciel, ou encore le vol plané final silencieux de l'avion de Tom Hardy. Les scènes de batailles aériennes sont également très agréables à suivre.





Au milieu des bombardements, on notera peut-être l'absence de la moindre goutte de sang et nous pourrons associer cela à la froideur habituelle du cinéma de Nolan, qui a toujours manqué de chair, de corps, de consistance. Pour ma part, j'ai plutôt eu l'impression qu'il s'agissait là d'un choix du réalisateur de ne pas tomber dans la surenchère visuelle. Un choix plutôt heureux quand on le compare aux gerbes de sang ajoutées numériquement, pour faire réaliste, qui inondent désormais les films de ce genre. Dunkerque ne me paraît pas pour autant désincarné, il est bien plus humain que ses autres réalisations, pour les raisons précédemment évoquées. Toujours dans l'anecdote : certains spécialistes étaient également tombés à bras raccourcis sur Nolan en juillet dernier, argumentant que celui-ci s'essuyait les pieds sur l'Histoire en ignorant par exemple l'action des français lors de cet épisode marquant de la Deuxième Guerre mondiale. Ce reproche me semble mal à propos tant le cinéaste affiche et annonce d'emblée la couleur en se focalisant seulement sur le point de vue britannique, quitte à verser dans le patriotisme. En outre, plutôt qu'une exactitude historique à toute épreuve, on sent que Nolan a une ambition plus intemporelle en se concentrant sur les sensations et le vécu des hommes pendant la guerre, amenés malgré eux dans des situations extrêmes.





Le casting, qui échappe au défilé tant redouté de grandes vedettes venues jouer aux petits soldats, est également une belle réussite. C'est un parfait équilibre entre des tronches plutôt connues (Kenneth Branagh, étonnamment supportable en commandant stoïque, Cillian Murphy, irréprochable dans la peau d'un soldat traumatisé, et Tom Hardy, pilote efficace au visage de nouveau masqué mais au regard suffisamment expressif) et d'autres nouvelles têtes bienvenues. Tout le monde est crédible et on ne prend personne en grippe, aucun n'a l'air d'être venu là pour faire son petit numéro et se prendre pour un héros. En outre, les personnages qu'ils incarnent agissent intelligemment, nous craignons, à plusieurs reprises, des réactions qu'ils n'ont finalement pas, choisissant ainsi de nous surprendre agréablement.





Enfin, les effets spéciaux sont extrêmement réussis puisque nous ne les remarquons même pas. Nous avons quasiment l'impression que tout a toujours été réellement reproduit ! C'était, et Nolan devait en avoir conscience, une condition sine qua non à notre immersion tant désirée et c'est en soi un bel exploit. Porté par un souffle patriotique pleinement assumé et qui ne m'a pas gêné outre mesure, Christopher Nolan dépeint avec une implication qu'on ne lui connaissait pas l'héroïsme des soldats anglais. Plus qu'un film de guerre, Dunkerque est un film de survie, à l'efficacité indéniable et particulièrement bien mené. Sans doute le meilleur de son auteur, dont on espère qu'il poursuivra sur cette voie.


Dunkerque de Christopher Nolan avec Fionn Whitehead, Tom Hardy, Mark Rylance et Kenneth Branagh (2017)

2 avril 2012

My Week with Marilyn

Ma tolérance pour ce genre de films a considérablement diminué depuis quelques temps. Je ne supporte plus ces produits hollywoodiens aseptisés et calibrés pour gagner quelques petits prix à quelques piètres cérémonies. Ces films qui, sans prendre aucun risque, visent à satisfaire bêtement le spectateur dans ce qu'il s'attend forcément à voir : de petits numéros d'acteurs, un rythme pas emmerdant, une reconstitution d'époque léchée, et... quoi d'autre ? Rien ? Ah oui, peut-être aussi une amourette impossible qui rendra le récit un peu plus poignant (elle se joue ici entre la star Marilyn Monroe et le jeune Colin Clark, troisième assistant réalisateur sur le film Le Prince et la danseuse, dont on suit une semaine de tournage). Ces films-là m'emmerdent tellement que j'en oublie leur soi-disant intérêt. Alors que tout est fait pour plaire facilement, sans ennuyer une seconde, je me retrouve plongé dans un abîme de lassitude, pas le moins du monde intéressé par ce qui se déroule sous mes yeux. Alors vous devez logiquement vous demander pourquoi je regarde ce genre de films, pourquoi je me suis infligé cette semaine avec Marilyn, et je vais tenter de vous répondre de mon mieux...


Je vous avoue tout de go que si j'ai regardé My Week with Marilyn, c'est principalement pour juger la prestation de son actrice principale, Michelle Williams. Je suis en effet assez admiratif de son travail dans les très beaux films de Kelly Reichardt, et tout particulièrement dans Wendy & Lucy, où elle parvient magnifiquement à donner vie à un personnage dans la droite lignée de l'inoubliable Wanda de Barbara Loden. J'étais donc assez curieux de voir ce que l'actrice originaire de Dawson Creek donnerait dans la peau de la plus mythique des stars du cinéma et si elle réussirait à faire oublier, par exemple, qu'elle ne partage pratiquement rien de sa beauté. J'étais aussi plutôt impatient de savoir si Michelle Williams parviendrait à élever un peu cette tranche de biopic de toute évidence promise au classicisme le plus plombant, à mille coudées du cinéma audacieux de sa talentueuse amie Kelly Reichardt. Verdict : la récompense glanée aux Golden Globes et sa nomination aux Oscars étaient hélas autant d'indices sur la prestation plus qu'embarrassante de l'actrice, qui m'est ici carrément antipathique. Son jeu cabotin et maniéré participe même assez grandement à faire de Marlyn Monroe un personnage insupportable qui, sans surprise, correspond totalement à tous les clichés qui lui sont généralement associés.



Et puis il faut bien dire que Michelle Williams ne ressemble pas à grand chose. Elle n'est pas laide, non, loin de là, ne soyons pas de mauvaise foi, mais quand on la voit minauder et se pavaner dans les tenues de Marilyn, elle fait vraiment de la peine. On se dit inévitablement "Putain, mais elle était quand même plus belle que ça, la Marilyn Monroe !". C'est peut-être triste à dire, mais tout cela ne serait pas si problématique si cette beauté, ce charme, cette élégance et cet aura particulière n'étaient pas si inhérents au personnage même de Marilyn Monroe. Ici, c'est le vide. Michelle Williams échoue la plupart du temps à nous rendre compte de tout ce que devait dégager la star, cette femme à la sensualité et au sex-appeal toujours renversants, même sur ces photos en noir & blanc où elle prend des poses d'un autre âge et que l'on connaît tous par cœur. Pour essayer de nous embobiner gratos et de nous faire triquer sans effort, on a tout de même droit à quelques scènes qui se veulent affriolantes. C'est bien connu, la star n'était pas pudique du tout et adorait se trimballer à poil devant le premier venu. Le personnage de Marilyn Monroe apparaît donc deux fois dans son plus simple appareil. Pas spécialement bien achalandée, Michelle Williams a bien sûr dû faire appel à un "body double" en la personne d'Emma Glover, une pin-up britannique aux mensurations dignes d'une star du X, bien trop énormes pour être tout à fait naturelles. Cela ne serait pas gênant si on ne le remarquait pas, mais le corps de la mannequin glamour dénote assez clairement avec celui de l'actrice, malgré des trucages vieux comme le monde permis par le montage (gros plan sur la tronche de Michelle Williams en train de se désaper, cut, plan moyen sur un corps de malade mental vu de dos et appartenant à une autre femme). Nue, Michelle Williams devient donc, dans la peau de Marilyn, une grande perche au cul en bombe et aux seins dépassant de tous les côtés, n'appelant qu'à jouer dans un gros porno dégueu. Je me répète un peu et je m'y attarde peut-être trop, certes, mais cette tromperie m'a choqué ! Et vous savez bien que ces questions-là nous taraudent...


Bon, Michelle Williams n'assure pas, c'est un fait. Mais elle n'est pas la seule. My Week with Marilyn est un festival d'acteurs qui cabotinent, à commencer par Kenneth Branagh, imbuvable dans le rôle de Laurence Olivier, profitant de chacune de ses scènes pour péter un câble gratuitement et pousser des gueulantes à la Christian Clavier. A ce petit jeu-là, il les bat tous sans souci. Il s'amuse peut-être, nous beaucoup moins. Et que dire d'Emma Watson, rescapée d'Harry Potter (comme tout un tas d'autres acteurs de ce film), qui fait des pieds et des mains pour qu'on la remarque. Elle n'est pas crédible dans le rôle d'une femme. Elle a simplement l'air toute droit sortie d'un catalogue La Redoute. A vrai dire, tous les acteurs ont l'air de costumes ambulants, de portes-manteaux animés, uniquement là pour mettre en valeur le boulot de costumiers hors pair. Ah ça, ils assurent les techniciens, y'a pas à dire, ils font sans doute partie des meilleurs du monde. Costumiers, accessoiristes, maquilleurs, décorateurs... Ils sont très doués pour donner vie à des fantômes dans des films hantés par le néant. L'acteur principal, Eddie Redmayne, jeune premier hideux, est juste trop laid. Sans ses fringues chics et sa coiffure impeccable, on jurerait qu'il s'agit d'un footballeur guingampais aperçu lors d'un morne dimanche après-midi d'automne passé devant un 1/32ème de finale de la Coupe de France diffusé sur France 2 (et commenté par Xavier Gravelaine). Il faut aussi dire que tous ces gens ne sont jamais aidés par la mise en scène complètement raplapla voire inexistante du triste Simon Curtis, bien loin de Fred Godard, le Monsieur Sport de France Télévisions. La réalisation est d'un académisme terrible, fade au possible, quand elle n'est pas polluée par quelques tics visuels assez chiants, à l'image de ces gros plans répétés sur des ampoules-flash en action qui viennent annoncer ou conclure invariablement chaque séquence. Cet affligeant manque d'idée amène le simili cinéaste à essayer de donner vie à son film en se raccrochant à la bande-son, un réflexe bien connu. On devra ainsi supporter une musique jazzy omniprésente, qui accompagne quasiment toutes les scènes dans le but de leur donner un peu de peps. En vain. Quelque chose d'intéressant aurait sans doute pu être tiré des souvenirs de Colin Clark et plus généralement d'un tel sujet, mettant en présence l'une des plus grandes icônes du 7ème art. Hélas, force est de constater qu'on ne peut plus attendre grand chose d'une production américaine de ce genre, encore moins quand le projet a été mis entre les mains d'un guignol entouré d'abrutis.


My Week with Marilyn de Simon Curtis avec Michelle Williams, Eddie Redmayne, Kenneth Branagh, Emma Watson et Julia Ormond (2012)

9 octobre 2011

Thor

Je n'ai rien à dire sur ce film. Rien de rien ! Mais à dossier spécial, envoyé spécial : moi-même, au service de sa majesté ! Je me suis infligé ce film récemment et je compte bien me forcer à vous en dire deux mots. Alors je pourrais tomber dans la facilité et faire des jeux de mots avec le titre de ce film, des jeux de mots "à la" L’Équipe un peu, vous savez, le quotidien sportif français qui a été capable d'écrire sur sa une "Tous en car !" quand les Bleus étaient restés dans le bus en 2010, "Bordeaux 2009, un grand cru" après le titre de champion de France revenu aux Girondins ou encore "Monfils de salops !" après que l'apprenti tennisman français ait pris sa dernière rouste à Roland Garros. Limite limite, ce dernier... je ne m'abaisserais pas à ça. De plus, la blogosphère s'est déjà bien attelée à ces petits jeux. Dont acte ! Je pourrais aussi raconter, comme certains ont déjà pu le faire, qu'il n'est pas étonnant de retrouver Kenneth Branagh aux commandes de ce film à l'intrigue quasi shakespearienne. Je n'en pense pas un mot. Et je trouve ça assez bête et sans doute insultant pour le poète malgache. Pendant toute la durée du film, on se demande plutôt qui est le metteur en scène ou tout simplement s'il y en a bel et bien un. Kebab Braguette est à l'évidence une énorme quiche que l'on devrait tenir éloignée de ce genre de projets, même si je ne pense pas qu'il soit le grand responsable de la nullité du film. Néanmoins, je lui conseillerai amicalement de se consacrer aux planches qu'il affectionne tant et sur lesquelles il risque de retrouver l'équivalent d'un camion benne de pains correspondant à la masse de travail qu'il lui reste à abattre pour enfin nous pondre un bon film.


Hopkins avec son œil borgne et son pied-bot n'a pas entièrement pu profiter de la 3D du film.

Petit retour sur le synopsis, ou du moins ce que j'en ai compris. Accrochez-vous ! Sur une planète autre que la Terre, Anthony Hopkins et ses troupes du Royaume d'Asgard mettent une rouste de tous les diables aux Géants Gelés, de grands gars bleu métallique aux tronches patibulaires, se trimballant à poil sur une planète rocheuse et vide de tout. Une bien étrange peuplade ayant visiblement compris les voyages interplanétaires mais qui ont sauté de nombreuses étapes de l'évolution, notamment celles où l'on se met généralement à porter des slips et où l'on découvre les armes de jets traditionnelles. Bref. En gagnant cette bataille, Sir Anthony Hopkins empêche les Géants Gelés de mettre la main sur une source de pouvoir bleutée, la dernière qui leur manquait pour dominer l'univers ! C'est juste le tout début du film et on a déjà assisté à un déluge d'effets spéciaux d'une laideur sans nom. Des centaines d'années plus tard, nous retrouvons Hopkins à Asgard : il n'a pas pris une ride, mais il juge néanmoins très bonne l'idée de se trouver un successeur à sa hauteur. Appliquant la loi salique, il a le choix entre ses deux fils, tous deux âgés (semble-t-il) d'une vingtaine d'années. L'un est blond, a une sacrée tronche de con posée sur des épaules démesurées et dispose d'un caractère un brin impulsif et limité, bien qu'il sache aussi faire preuve de courage et de témérité. Il s'agit évidemment de Thor (prononcez "Ssowr", joué par un Chris Hemsworth qui a clairement privilégié la salle de muscu à l'Actor's Studio). Le second est brun et a le regard fuyant, on devine un caractère plus torturé, vicelard, machiavélique ; d'ailleurs, il a typiquement la tronche du "traître". Et je ne me souviens plus de son nom. Ah si, Loki (Tom Hiddleston, qui nous offre une prestation que je qualifierai de reptilienne). Mais au moment où Tony Hopkins s'apprête à enfin lâcher sa couronne, des Géants Gelés s'invitent dans le Royaume d'Asgard et tentent de chiper en douce ce que j'appellerai dorénavant la "force bleutée". Sans succès : un immense robot rappelant celui du Jour où la Terre s'arrêta (j'ai la référence, donc je la place) s'est réveillé juste à temps pour les faire dégager à coups de rayons lasers. Entre parenthèses : on apprendra plus tard que Loki était évidemment dans le coup. Lui que l'on découvrira être le fils adoptif d'Hopkins, est en réalité un Géant Gelé qu'il a pris sous son aile tout bébé et qui, de fait, a pris une apparence humaine quasi normale, plutôt que celle d'un géant gelé lambda. Cherchez pas ! Je ferme cette parenthèse.


Cherchez pas je vous dis !

Thor, courroucé par cet incident, décide de son propre chef de réunir une petite équipe de fins limiers pour se rendre directement sur la planète des Géants Gelés et leur administrer une bonne raclée. Pour aller sur cette planète, Thor et ses fidèles empruntent une sorte de grosse boule magique contrôlée par un grand black, un énorme bidule qui balance les gens à des millions de kilomètres en un clin d’œil... Laissez pisser... Une fois là-bas, Thor se paie quelques Géants Gelés, en filant des coups de marteau dans tous les sens, puis repart satisfait. A son retour au Royaume d'Asgard, Anthony Hopkins pousse une gueulante : il n'a pas apprécié l'arrogance de son fils dont l'initiative aurait pu détruire la paix fragile qui unit les Asgardiens aux Géants Gelés. Thor lui rétorque que sa paix fragile n'est qu'illusoire et qu'il peut se la carrer là où il pense dans un geste équivoque. Pour le punir, Anthony Hopkins l'envoie sur Terre et jette un sort à son marteau fétiche : pour que son ustensile retrouve son pouvoir, il faudra désormais qu'il sente que son propriétaire est aussi trustworthy qu'un article Wikipédia. J'emploie volontairement le mot "trustworthy" car Hopkins insiste beaucoup là-dessus, donnant à cette occasion un vrai récital de la langue anglaise.


"Y'a vraiment pas moyeeeeeen !??!" s'écrie-t-il en pleine souffrance !

Thor atterrit donc sur Terre, et plus exactement au Nouveau-Mexique (sud des États-Unis, près du Mexique normal), où une équipe de chercheurs constituée d'un vieillard (Stellan Skarsgård, asgardien dans la vraie vie) et de deux radasses (Natalie Portman et Kat Dennings) le récupèrent dans un champ un soir d'orage. La chevelure blonde de Thor et son allure de surfeur minable ne laissent pas indifférente Natalie Portman, qui a justement perdu son chien récemment. A la vue de cette dernière, Thor trouve quant à lui que la Terre est un coin plutôt sympathique qui fait durcir son sexe. L'attirance est donc réciproque, mais son marteau lui manque. Ni une ni deux, Thor décide de partir à sa recherche. Ça tombe bien, il n'est pas très loin : au beau milieu d'un cratère immense que des agents du FBI surveillent de près, intrigués par cet outil cloué au sol, un comble pour un marteau ! Sous le regard admiratif de Natalie Portman, Thor se fraie un chemin vers son marteau chéri après avoir durement corrigé quelques piètres agents de sécurité. Hélas, impossible de soulever l'outil ! Son outil ! Thor fond en larmes et, en état de stress profond, il est très facilement capturé. Une fois en garde à vue, Thor est interrogé. Ses réponses étonnent dès le début, quand on lui demande de décliner son identité et qu'il essaie de convaincre un peu tout le monde que non, il n'a pas de nom de famille, juste un prénom, et pas n'importe lequel s'il vous plaît. "Je suis Thor d'Asgard et Asgard c'est là où j'habite, là d'où je viens, vous comprenez, vous comprenez oui ou non ?" répète-t-il à des agents dépassés. Le FBI pense avoir affaire à un demeuré et le relâche sans regret quand le vieux chercheur (Stellan Skarsgård) débarque et se fait passer pour son papa. S'ensuit une partie du film plus portée sur le slapstick durant laquelle Thor découvre avec entrain nos us et coutumes, savoure un bon burger, tout en continuant de séduire Natalie Portman en déblatérant autour d'un feu crépitant dans un tonneau. D'abord dégouté par sa situation précaire, Thor se résigne à habiter sur Terre et finit par rouler une pelle d'un autre âge à une Natalie Portman déboussolée, plus lisse et terne que jamais (l'actrice nous déçoit une fois de plus). En discutant avec Thor, l'équipe de chercheurs découvre que certaines de leurs théories les plus farfelues recoupent ce qu'il leur raconte sur sa planète d'origine et ses voyages dans l'espace. "Effectivement c'est pas impossible. Non mais non laissez-le déblatérer, il raconte pas que des cracks ce viking de l'espace mongol. Y a pas à chipoter, des fois il ne dit pas que pis que pendre tout en cherchant à déshabiller Jean-Pierre pour mieux habiller Toufik !" lâche même Stellan Skarsgård, interprétant son rôle avec un peu de laisser-pisser, tandis que ses deux stagiaires tentent de désaper Thor pour lui palper les biscotos (et notamment ce qu'il nomme sa "barre-de-fer", sa "barre à tout faire !"). C'était ma partie préférée du film, de loin.


Après lui avoir infligé ce film, ma compagne s'est positionnée exactement comme ça face à moi, attendant des explications. Nous sommes toujours fâchés.

Mais ça ne pouvait pas durer. Au Royaume d'Asgard, rien ne va plus ! Loki, le frère vilain, continue ses manigances dans le dos de son vieux père, de plus en plus à la rue politiquement parlant. Quand Loki apprend qu'il n'est en réalité que son fils adoptif, il pète littéralement les plombs et fait une croix sur des centaines d'années de relations père-fils avec Anthony Hopkins. Sous le choc, ce dernier tombe dans le fameux "sommeil d'Odin", un classique de la mythologie greco-romaine. Loki en profite pour prendre les rênes du royaume et invite les Géants Gelés à buter son faux père et à venir récupérer leur "force bleutée". Pour contrer cela, les fidèles de Thor forment alors une coalition et vont voir le grand black qui contrôle l'énorme canon qui envoie les gens dans les étoiles. Ils le convainquent de ramener Thor au Royaume pour qu'il puisse s'opposer à son frère et empêcher les Géants Gelés de dominer le monde. Très vite au courant, Loki décide donc de balancer à son tour le gros robot du Jour où la Terre s'arrêta au Nouveau-Mexique, en mode "kill'em'all", pour qu'il élimine Thor. Quand le gros robot se retrouve face à Thor, prêt à le zigouiller, notre héros enlève son t-shirt, son falzar et ses chaussettes puis lance avec défi "Va-z-y clamse-moi, do me ! J'en ai plus rien à cirer, épile-moi à blanc sur tout le corps avec ton gros laser pénétrant, do me !". C'est en lançant cette tirade surprenante et désespérée que Thor retrouve enfin le niveau de trustworthy lui permettant de récupérer son marteau magique. Celui-ci se trouvant par hasard à portée de main, il s'en saisit, et peut alors défoncer le robot, pas si indestructible que ça. Après cela, Thor avale littéralement dans sa grosse tronche le petit visage de Natalie Portman, pour lui dire au revoir, et retourne à Asgard rétablir l'ordre.


Ce n'est pas ça la beauté, ce n'est pas ça le charisme.

Retour à Asgard, donc, où Loki s'avère finalement être un traître y compris aux yeux des Géants Gelés, puisqu'il tue leur chef et utilise comme prétexte leur tentative d'assassinat d'Hopkins pour détruire leur planète pour de bon à l'aide du canon magique, qui peut apparemment aussi servir d'arme surpuissante... Laissez pisser... Il s'avère donc que Loki voulait simplement gagner la confiance de son père, il n'est donc pas si mauvais que ça, mais il est tout de même très con. Mais cela ne l'empêchera pas de morfler sévèrement au retour de son frère et de finalement tomber dans l'abysse créé par la destruction de l'énorme canon magique. A cause de tout ce raffut, Odin se réveille enfin et Thor accoure à son chevet, reconnaissant qu'il n'a pas encore l'intelligence ni la finesse d'esprit pour être roi. Pendant ce temps, sur Terre, l'équipe d'astrophysiciens cherche un moyen d'ouvrir un portail entre le Royaume d'Asgard et la planète Terre, et je leur souhaite bien du courage. C'est la toute fin du film, mais attention : après le générique, on voit Samuel L. Jackson (Nick Fury) faire un cameo aux côtés du fantôme de Loki ! Dans une salle d'interrogatoire, ces derniers demandent à Stellan Skarsgård d'ouvrir un attaché-case dans lequel se trouve la "force bleutée"... On appelle ça un cliffangher de tous les diables ! Un cliffhanger que j'ai découvert sur la page wikipédia du film, car dès le mot "fin" apparu sur l'écran, j'ai appuyé sur shift+suppr et envoyé balader ma table-basse !


Une romance qui fait passer les chaleurs de ma chienne et les venues du clébard des voisins pour de la grande littérature !

Bon, c'est quoi ce charabia ? Le comic Thor, qui a vraisemblablement servi de matériau de base à ce film, a sans doute l'intention louable de mêler les éléments de différents mythologies, de lier des éléments moyenâgeux à d'autres plus futuristes, de pur science-fiction. Pourquoi pas. Mais ici, force est de reconnaître que la mayonnaise ne prend putain de pas ! On suit le film un peu intrigué, avec la seule volonté d'avoir une idée plus précise de l'état de déliquescence avancé des cerveaux des différentes personnes impliquées dans le "processus de création". A la sortie du film, je me suis empressé de tweeter : "Des acteurs culturistes à chier, un réalisateur absent à l'appel, des décors hideux, des effets spéciaux pourris... Non vraiment, seul le scénar pèche un peu et m'a empêché d'apprécier le film." Sur ce, je vais vous laisser. J'habite un immeuble assez particulier et je crois qu'il y a un chien errant qui rôde sur mon toit ou dans mon couloir. A moins qu'il ne s'agisse d'un couple de chiens errants...


Thor de Kenneth Branagh avec Natalie Portman, Stellan Skarsgård, Chris Hemsworth, Tom Hiddleston, Kat Dennings et Anthony Hopkins (2011)