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2 novembre 2012

King Kong

Peter Jackson a reçu onze Oscars pour Le Seigneur des anneaux 3. Parmi les onze grands chauves dorés qui lui furent remis certains étaient des récompenses dites "techniques", mais Jackson, en tant que "director", peut se vanter d'avoir remporté onze Oscars. Je dis bien onze, plus de statuettes qu'il n'a de doigts pour les compter, de quoi se fabriquer un baby-foot en or massif (avec une seule équipe pour gagner par Knock Out à tous les coups). Or Peter Jackson a dit et répété n'avoir réalisé ses neuf premiers films, dont le lauréat des onze Oscars en question (qu'on devrait lui retirer), dans le seul but de pouvoir filmer un jour le King Kong. En 2005, fort du succès démentiel de la trilogie de l'Anneau et couvert d'or, Jackson a réalisé son rêve. Nous nous sommes donc retrouvés devant ce film de 180 minutes (3 heures grosso modo) dans lequel une séquence de trois quarts d'heure montre un gorille immense se bastonnant selon les règles du kung-fu contre trois tyrannosaures en chute libre dans un canyon traversé en contrebas par un troupeau de diplodocus numériques effarés. En s'attaquant à King Kong, littéralement "le roi des cons", son rêve de gosse, le film de chevet qu'il rêvait de remaker depuis tout ce temps, Peter Jackson voulait enfin se faire un ami en la personne du seul type plus gros et plus poilu que lui à Hollywood, et je ne veux pas parler de l'acteur Jack Black mais bien du gorille éponyme.



Peter Jackson a signé son autobiographie avec ce film au budget de 207 millions de dollars. Il raconte l'histoire d'un gros gorille né sur l'île de Pukerua Bay le 31 octobre 1961, jour d'Halloween, et débarquant 44 ans plus tard aux USA pour foutre la merde en grimpant sur des immeubles. En réalité Jackson n'a pas vissé son cul sur l'Empire State Building, comme on le voit dans le film lors d'une bataille finale du plus bel effet entre le King, aka Elvis, et un avion à réaction, mais sur les deux tours jumelles du World Trade Center. On a mis la chute des Twin Towers sur le dos d'attentats islamistes commandités par Ben Laden alors que c'était juste la suite logique de la visite de Peter Jackson dans l'une puis l'autre tour un certain matin de septembre 2001, et quand les deux colonnes ont fini par s'écrouler Jackson était déjà loin, sans doute un pied dans le MacDo du coin en train de déguster un CBO et l'autre dans le Quick voisin à boulotter un Quick'n'toast en attendant d'entamer le second, offert pour un euro de plus grâce à sa carte d'étudiant en infographie falsifiée, ignorant que ses entrées répétées dans les ascenseurs du complexe, survenues pourtant quelques heures avant le casse-dalle morbide quotidien, avaient fissuré les poutres porteuses des deux bâtiments à tout jamais. D'où le deuxième volet de la trilogie de l'anneau, Les deux tours, qui tentait d'imposer dans les esprits la théorie de l'attentat en désignant les Hobbits, petits êtres grassouillets et velus aux grands pieds, parmi lesquels le cinéaste passerait inaperçu, comme l'axe du Bien, et Ben Laden comme l'axe du Mal, sous les traits de Sauron du Mordor toujours bien planqué sous un tchador. Fierrot le pou, aka Mathieu Kassovitz, toi et ton pote Bigard pouvez repartir de zéro... Mais revenons au récit de ce film autobiographique : le gigantesque singe finit en meneuse de revue dans une salle de spectacle à Manhattan, offrant un show pathétique à des foules en manque de sensations fortes. C'est ainsi tout le parcours de Peter Jackson (sauf que dans la vraie vie la bête ne s'est pas emballé la belle Naomi Watts en lui roulant une pelle à New-York, sous la neige, devant une pleine lune digitale d'outre-tombe, dans un happy end monstrueusement laid) qui nous est restitué dans un calvaire interminable de surenchère pyrotechnique, d'amalgames douteux (les habitants de l'île du monstre, au début du film, sont assimilés physiquement à des africains, mais ils ont aussi les yeux rouges et pas grand chose d'humain, on peut passer l'éponge mais on peut aussi trouver ça craignos), de connerie scénaristique et de pure chienlit cinématographique. Le cinéaste néo-zélandais aurait déjà entamé l'écriture du scénario de la suite (car, comme son public, il aime les séries sans fin), dont le working title, "Slim Fast", ne fait pas des masses rêver.



Vous allez me dire que s'attaquer au physique, ça ne se fait pas, mais je ne peux pas faire l'insulte à Peter Jackson de m'attaquer à sa psychée, à son intelligence ou à sa sensibilité, il l'a fait lui-même, non pas dans des films impersonnels comme ceux de la trilogie du Seigneur des anneaux, mais dans un film tel que Lovely Bones, et le résultat fut un massacre du cinéma en deux heures et huit minutes seulement. A tel point que Peter a décidé de faire comme George Lucas en se concentrant plutôt sur ce qu'il maîtrise et qui fait entrer des tonnes de pognon dans les caisses des grands studios et dans les poches sans fond de ses anciens bermudas convertis en tantes Quetchua depuis son régime Dukan. Jackson préfère ne pas avoir à se creuser les méninges ni à produire aucun effort artistique (en réalisant Lovely Bones il a moins "fait un effort artistique" que "laissé parler le taré XXL qui sommeillait en lui"), et il va donc se contenter de répéter les formules qui marchent et nous pondre le prequel en trois parties de sa trilogie fantasy à base de minimois écolos et de magiciens pédophiles, ainsi que les deux suites du Tintin de Spielberg. L'homme est physiquement passé de Carlos à Kate Moss mais niveau ciné il reste lourd.


King Kong de Peter Jackson avec Naomi Watts, Jack Black, Adrien Brody et le King Kong (2005)

19 septembre 2009

L'An 1 : des débuts difficiles

On connaissait le goût d’Harold Ramis pour les pitchs de poche. Quid d’Un jour sans fin, où un homme revit le même jour sans fin. Quid de Multiplicity, où un homme se démultiplie pour pouvoir prendre son épouse en gang bang. Quid de Mafia Blues où un parrain de la Mafia a le blues. Quid d’Endiablié, où un homme vend son âme au Diable (sous les traits de cette salope de Liz Hurley) pour exaucer dix vœux à la con. Autant de films pour autant d’idées uniques estramassées sur une heure et demi de film. Dans L'An 1 l’audace et l’ambition sont au rendez-vous. Harold Ramis nous situe à l’origine de tout. C’est le passage de la préhistoire à l’histoire, en faisant un détour chez Mathusalem. Avec son humour et sa dérision habituelle, Harold Ramis met en scène le premier assassinat de l’histoire (Caïn tuant son frère Abel) comme on ne l’avait jamais imaginé. Comme on aurait voulu ne jamais le voir. Year One, ou quand la Bible est mise en scène par le plus grand des hérétiques ; ou quand les saintes écritures servent de papier cul à un quinquagénaire en manque d’idée. Quand les Robins des bois de RRRrrrr tournent avec le Jean-Jacques Annaud sous acides de Sa majesté Minor, ça donne un film qui coûte trois bras et qui fait deux entrées sur le sol Américain, signées Jack Black Jack et Michael Cera Nevada, pour le plus gros flop du XXIème siècle.


L'An 1 : des débuts difficiles de Harold Ramis avec Jack Black et Michael Cera (2009)

16 mai 2008

School of Rock

Pour moi Jack Black c'était King Kong. Pour moi Jack Black c'était High Fidelity. Pour moi c'était Soyez sympas, rembobinez, steupl. Pour moi Jack Black c'était Kung-Fu Panda. Pour moi Jack Black c'était un gros lard hideux pas foutu de me faire marrer. Jusqu'à ce soir. J'attendais rien de ce film, j'attendais qu'il me fasse chier. Et c'est une bonne surprise, une très bonne surprise. Je ne savais rien du script et m'attendais à un genre d'Almost Famous faussement drôle réservé aux groupies "indés" en attente de blindtest "indé". Finalement c'est presque une comédie pour enfants suffisamment bien faite pour ravir tous les publics. Disons en tout cas, si ça n'est pas précisément un film pour enfants, qu'il est fait de telle sorte qu'il ne peut que leur plaire.




Jack Black joue le rôle d'un jeune type, éternel adolescent, passionné par le rock, les solos de 20 minutes et rien d'autre, incapable de travailler et d'abandonner son rêve. Il en fait tellement qu'il se retrouve viré par les membres du groupe qu'il a lui-même fondé. Et comme son meilleur ami le presse de trouver un job pour enfin aider à payer le loyer il finit par se faire passer pour cet ami et accepte un job de professeur des écoles remplaçant. Il passe d'abord ses journées à ne rien foutre et à exhorter les gosses à en faire aussi peu, puis quand il s'aperçoit durant leur cours de musique qu'ils sont tous plutôt doués, il décide de créer un groupe de rock avec eux en leur apprenant la base : Deep Purple, Black Sabbath, AC/DC, Led Zep, Pink Floyd, Motörhead, The Who et consorts (que du bon, que du vrai rock).




Il faut rendre à César ce qui lui appartient, Jack Black est pour beaucoup dans la qualité de cette comédie. Il fait des siennes tout au long du film et à un très haut niveau (qui rappelle quelques fois Jim Carrey, décidément la source principale d'inspiration de tous les bons comiques américains actuels). Il colle très bien à son personnage et parvient plus d'une fois à nous faire éclater de rire. Le film dans son ensemble est une comédie infantile assez commune et très académique, mais une comédie réussie, qui a le mérite de nous épargner les clichés habituels épuisants quand il s'agit de réunir une masse d'enfants à l'écran et qui, forte d'un acteur principal inspiré et bien servi, s'en tire avec les honneurs.




P.S. Un grand bras d'honneur aux distributeurs français de ce film qui l'ont intitulé Rock Academy, titre piteux et tout à fait inadéquat qui évoquait non seulement la Star Academy mais aussi l'idée d'un film d'adolescents plutôt que d'enfants, et donc rien de bien ragoutant pour nous autres qui préférons les.


School of Rock (Rock Academy) de Richard Linklater avec Jack Black (2004)