Affichage des articles dont le libellé est Eric Braeden. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Eric Braeden. Afficher tous les articles

31 mars 2022

L'Ambulance

Devoir de blogueur ciné oblige, pour couvrir la sortie très attendue du nouveau film de Michael Bay, Ambulance, sans avoir à me le farcir, j'ai choisi de vous parler de l'avant-dernier film du regretté Larry Cohen, L'Ambulance. Larry Cohen, ce drôle de loustic du cinéma de genre américain, qui a traversé les années 70 et 80 en solitaire, nous proposant une tripotée de séries b pleines d'idées saugrenues, d'humour décontracté et de références cinéphiles ou à la culture populaire. Nous suivons ici les mésaventures d'un dessinateur de comic book qui est incarné avec entrain par un merveilleux Eric Roberts, doté d'un look et d'une coupe de cheveux du tonnerre. Obnubilé par une jolie brune sur laquelle il a flashé dans les rues de New York, il se lance à sa recherche après que celle-ci ait été embarquée par une mystérieuse ambulance. Nulle trace d'elle dans aucune des cliniques de la ville où elle aurait pu être admise, la jeune femme s'ajoute en réalité à la liste des disparitions inexpliquées de personnes diabétiques, toutes emportées on ne sait où par la même satanée ambulance...  


 
 
Comme vous pouvez l'imaginer, Larry Cohen nous pond encore une histoire à dormir debout impliquant cette fois-ci un savant fou, joué par le moustachu et diabolique Eric Braeden, qui mène des expériences terribles sur de pauvres diabétiques pour, dit-il, faire avancer la science au péril de leurs vies. A vrai dire, on n'en saura pas beaucoup plus ! Le réalisateur et scénariste ne creuse pas vraiment cette veine de son scénario farfelu car il s'agit simplement d'un prétexte propice aux péripéties multiples et aux rebondissements invraisemblables, aux cascades gratuites et aux poursuites urbaines. C'est aussi l'occasion pour le sympathique gus auquel Eric Roberts prête ses traits taillés à la serpe d'enchaîner les belles rencontres. Le maverick du bis nous propose ainsi une petite galerie de personnages secondaires que l'on se plaît à découvrir progressivement, tous amusants et exubérants, en particulier ceux campés par Red Buttons, super en journaliste avide de scoop au bagout incroyable, et James Earl Jones, parfait en lieutenant de police à l'humeur si lunatique. Ces individus donnent lieu à quelques scènes assez poilantes, dynamisées par la bonne humeur palpable qui devait régner sur le plateau. Tous les acteurs ont en effet l'air de bien s'amuser, à commencer par Eric Roberts, très à l'aise et content d'être là ; quant à nous, on apprécie voir ses différents énergumènes interagir, se renvoyer la balle, se mettre des bâtons dans les roues, s'énerver et s'invectiver les uns les autres. Je serai d'ailleurs curieux de découvrir ce film-là en VF tant il est la porte ouverte à tous les écarts de doublage comme on en était capable alors. 


 
 
Si, côté comédie, L'Ambulance est une agréable réussite, un film léger, second degré et bien mené comme le cinéma américain ne produit plus, côté action, c'est un tout petit peu moins ça... Larry Cohen n'a malheureusement pas le talent d'un Carpenter ou d'un Spielberg pour personnifier le véhicule qui donne son nom au titre, pour le rendre menaçant ou pour tout simplement en faire véritablement quelque chose d'intéressant à l'écran. On a presque l'impression qu'il n'essaye même pas. Cette ambulance, aussi stylée soit-elle, n'a rien de véritablement marquant. Et nous ne sommes pas vraiment scotchés à notre fauteuil lors de ces passages plus faibles où l'action est à l'honneur. En fin de compte, Larry Cohen, qui apparaît peu soucieux de la cohérence général de son script, ne donne jamais pour de bon dans le thriller paranoïaque ayant pour thème le milieu médical comme son pitch pourrait le laisser supposer. Il préfère de loin la rigolade et l'absurde au sérieux et au drame, signant ainsi un film bien de son temps, une simple comédie d'action portée par la gouaille et l'énergie de son acteur principal dont est davantage exploité le grand clapet et le regard fou que la musculature saillante et l'imposante carrure. Le rythme est tel qu'on se laisse divertir avec plaisir et, l'air de rien, Larry Cohen atteste parfois d'une belle imagination pour contourner la petitesse de son budget. Il amène avec un aplomb implacable les idées les plus absurdes, comme la présence d'un hôpital de fortune à l'étage d'une boîte de nuit bondée. Dans le monde détraqué de Larry Cohen, peuplé de bébés mutants sanguinaires, de flics zombies tueurs en série, d'abjects yaourts mangeurs d'hommes et de serpents géants à plume, ce sont les choses les plus naturelles possibles, des évidences que l'on est tout à fait prêt à accepter.
 
 
L'Ambulance de Larry Cohen avec Eric Roberts, Megan Gallagher, Eric Braeden, Janine Turner, Red Buttons et James Earl Jones (1990)

23 novembre 2020

Le Cerveau d'acier

Avant d'achever un grand requin blanc en commettant le dernier volet putride des Dents de la mer, Joseph Sargent avait mangé du lion ! On lui doit au moins deux très bons thrillers des années 70 : Les Pirates du Métro, rayon action/polar et, côté SF, Le Cerveau d'acier. C'est ce dernier qui m'intéresse aujourd'hui, Colossus : The Forbin Project dans son titre original qui m'a toujours perturbé. The Forbidden Project ? Non, The Forbin Project, du nom de Dr Forbin, le créateur de ce super-ordinateur géant répondant au doux patronyme de Colossus qui a pour mission de contrôler l'arsenal nucléaire des États-Unis et de ses alliés afin d'éviter toute erreur humaine et de garantir la paix en pleine Guerre Froide. Présenté comme une merveille technologique sans faille lors d'une conférence de presse en grandes pompes donnée par le Président des États-Unis, Colossus fera immédiatement ami-ami avec Guardian, le super-ordinateur soviétique, animé des mêmes intentions envers l'espèce humaine... Inutile d'en dire plus sur le pitch terrible de ce film dont on se doute bien d'où il va nous mener mais qui fait cela, d'entrée de jeu, avec brio et sur un rythme qui ne faiblit jamais !




On marche en effet à fond dès ces premières images qui nous montrent les entrailles faites d'acier et d'électronique de l'impressionnant Colossus, monument technologique invulnérable caché dans les Rocheuses et alimenté par son propre réacteur nucléaire. Puis nous restons dans les pas de son créateur, l'énigmatique Dr Forbin (Eric Braeden), qui rejoint la conférence de presse présidentielle où il est rapidement invité à présenter son petit bébé. La mise en scène de Joseph Sargent est dynamique et tout s'enchaîne très vite, on se laisse donc porter sans souci. Colossus a tôt fait de faire tourner tout son monde en bourrique, en attestant d'une intelligence redoutable et en prenant des initiatives en binôme avec son alter ego russe (la première d'entre elles, ils inventent ensemble un langage commun sous le regard médusé des observateurs impuissants). Tous ces événements devaient être difficiles à mettre en image mais Joseph Sargent s'en tire fort bien en insufflant beaucoup d'énergie à son récit, par ses mouvements de caméra fluides et son montage sans temps mort. Le cinéaste atteste d'un certain savoir-faire pour filmer des salles de réunion circulaires où la technologie omniprésente s'avère encore étonnamment crédible quand on découvre le film aujourd'hui.




Les ultimatums et les menaces de Colossus font toujours leur petit effet. Le suspense est au rendez-vous et on se demande même comment le film va réussir à tenir une telle cadence jusqu'au bout. Il surprend agréablement lorsqu'il choisit de baisser en intensité pour mieux prendre un virage plus ouvertement comique et assez inattendue, quand Colossus décidera de surveiller son créateur via ses multiples caméras et de lui dicter son emploi du temps à la minute près. Cela donne lieu à un passage savoureux où le Dr Forbin doit négocier ses rares libertés hebdomadaires et notamment le nombre de fois où il aura besoin de profiter d'entrevues privées avec sa maîtresse improvisée... Une combine pour se faire passer des informations cruciales qui ne suffira malheureusement pas à duper Colossus mais qui offrira son petit lot de scènes amusantes au spectateur.




Le scénario du film est donc d'une belle intelligence non artificielle, en se permettant ainsi de mêler les tons et en ne cherchant pas l'intensité à tout prix, il ne nous lasse à aucun moment et nous maintient en haleine jusqu'à la dernière seconde. On reconnaît peut-être là-dedans la patte de James Bridges, ici auteur du scénario, à qui l'on doit également le très efficace et similaire Syndrome Chinois. On retrouve en effet la même tension, où les enjeux d'une ampleur mondiale s'avèrent crédibles, et le même regard satirique porté sur l'homme face aux technologies qui le dépassent, aspect contribuant pour beaucoup au côté éminemment divertissant de la chose. Dans les deux films, on quitte rarement des salles rondes, grises et fermées, où les écrans de contrôle et les boutons clignotants sont légion mais malgré l'absence d'images vraiment spectaculaires, on a aucun mal à croire à l'importance de ce qui se joue sous nos yeux et à prendre notre pied.




Les acteurs font aussi leur part du job, à commencer par Eric Braeden : il parvient à donner une dimension très intrigante à son personnage, un génie de l'informatique qui a d'abord l'air de prendre les choses plutôt à la légère, arrogant, amusé et impressionné par les progrès de sa création, avant d'être réellement inquiet qu'à la toute fin, quasiment. Le choix d'un personnage plus sérieux et grave aurait peut-être pu plomber un tel film, le condamnant à échouer dans la catégorie de ces séries b que l'on apprécie surtout au second degré. Colossus vaut beaucoup mieux que ça et parvient à aborder d'une habile et jolie manière des thèmes toujours très actuelles. Chapeau bas ! Pour l'anecdote : Eric Braeden sera bien plus tard engagé par James Cameron pour un petit rôle à bord du Titanic ; on devine que le réalisateur d'Avorton devait être ravi de pouvoir diriger le créateur d'un équivalent de SkyNet ! 


Le Cerveau d'acier (Colossus : The Forbin Project) de Joseph Sargent avec Eric Braeden (1970)