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24 juin 2015

Il était temps

Richard Curtis est le grand spécialiste britannique des comédies romantiques qui font des ravages auprès de la gent féminine. On lui doit déjà Quatre mariages et Un enterrement, mais aussi Coup de foudre à Notting Hill et Love Actually, rien que ça. Richard Curtis, c'est donc quatre films et autant de succès, malgré un enterrement... Il a juré que ce nouveau film, il était temps, serait son tout dernier en tant que réalisateur. Avant sa retraite, sa route devait forcément croiser celle de Rachel McAdams, agréable actrice également spécialisée dans le domaine de la romcom, dont la filmographie est une liste longue comme le bras de titres à l'eau de rose tels The Notebook (Le Calepin), Hors du temps (What's Time ?) ou Je te promets (I Owe U). Le résultat de leur collision était donc très attendu au tournant et je suis là pour dresser le constat amiable !




Premier constat : la petite formule de Richard Curtis est toujours la même, il s'appuie sur une idée de départ plus ou moins accrocheuse, met en scène un couple inattendu, forcément "trop mignon", l'entoure d'une ribambelle de personnages secondaires pittoresques et saupoudre le tout d'une pincée d'humour british inoffensif. Ici, le jeune Tim apprend qu'il a le pouvoir de remonter dans le temps pour changer le cours de sa vie. Ce pouvoir lui vient de son père (Bill Nighy), qui le lui annonce le jour de son 21ème anniversaire, comme le veut la tradition, et lui avoue en avoir bien profité, dans un geste du poignet très équivoque. Pour immédiatement réduire le champ des possibles, Bill Nighy prévient son fils qu'il peut uniquement se déplacer dans des lieux et à des moments qu'il a déjà connus, et qu'il ne vaut mieux pas utiliser ce don pour toucher le pactole ou devenir célèbre. En revanche, aucune contre-indication de s'en servir pour pécho à tout-va...




Tim, grand romantique frustré et trahi pas un physique difficile, y voit donc un beau moyen pour enfin parvenir à ses fins avec cette blonde bien craspec (campée par l'australienne Margot Robbie) de passage, comme chaque année, dans le grand manoir familial pour les vacances d'été. Il doit tout de même s'y reprendre à plusieurs fois et cumuler quelques semaines de râteaux avant de trouver la bonne méthode et réaliser son rêve de gosse, ce qui nous vaut une introduction assez sympathique. Débarrassé de ce très lourd fardeau que constituait pour lui sa virginité, Tim se servira ensuite de son pouvoir magique pour conquérir celle dont il tombera éperdument amoureux deux mois plus tard, Mary (Rachel McAdams), une fan de Kate Moss croisée dans le noir d'un pub londonien qui organisait ce soir-là une nuit de speed dating aveugle...




Déjà, retenons le positif. C'est une bonne chose d'avoir choisi Domhnall Gleeson, fils de Brendan Gleeson et rouquin dégingandé au nez en trompette, dans le premier rôle. Il faut se le farcir, certes, mais ça nous change un peu de ces bellâtres ordinaires qui rendent quasi impossible toute volonté d'identification au public masculin. Rachel McAdams, plus habituée à avoir affaire à des stars aux muscles saillants et aux coupes impeccables comme Eric Bana, Ryan Gosling ou Channing Tatum, a d'ailleurs avoué avoir eu "un mal de chien" à reconnaître, chaque matin de tournage, son partenaire sur le plateau. Lors de certains dialogues, on peut même remarquer un léger décalage entre les regards des deux personnages, vous savez, ce petit couac que l'on constate trop souvent dans ces films de science-fiction où des acteurs, désorientés car évoluant déjà sur fond vert, doivent interagir avec des interlocuteurs créés de toutes pièces sur ordinateur et ne savent plus vers où se tourner (cas d'école : Star Wars : Episode 1 - Le Fantôme Menace, et toutes les scènes avec Yar-Yar Binks qui illustrent parfaitement ce problème récurrent dans le cinéma de divertissement moderne).




Malgré des acteurs assez charmants et une idée de scénario qui donne lieu à quelques passages plutôt plaisants au début du film, Il était temps tourne vite en rond, s'effondre progressivement et finit même par agacer. Plusieurs aspects de ce film farfelu m'ont gêné. On sent bien que Dick Curtis a été dépassé par son pitch. Il a voulu trop en faire et rien ne tient debout. Il aurait dû se contenter de nous montrer un vieux zonard s'y reprendre systématiquement à plusieurs fois avant de pécho. C'est assez ludique, ça pouvait bien remplir 1h30. Hélas, Curtis a tôt fait de se perdre dans des réflexions philosophiques de caniveau, à mille lieues de nos attentes devant un tel spectacle. Le pire étant cette longue digression totalement dispensable où, pour éviter à sa sœur un terrible accident de bagnole provoqué par l'infect beau-frère alcoolo, Tim décide de retourner dans le temps afin d'empêcher le mariage, oubliant au passage que sa petite fille Porky est née après les noces funèbres ! Cet aller-retour temporel a donc pour conséquence de sauver la vie de sa frangine, d'éradiquer tonton Scefo du cocon familial, mais aussi de transformer la fille de Tim en un petit mec ! Et Tim s'y fait... Il n'y voit aucun inconvénient. Alors certes, il tique un peu lors du premier changement de couche en découvrant le joystick miniature de son bambin. Mais en dehors de ça, rien à fiche. Que faut-il comprendre ? Mine de rien, Dick Curtis adresse un message odieux à tous les pédiatres et, plus grave encore, à tous les enfants de moins d'un an du monde entier, interchangeables.




Une autre scène m'a particulièrement contrarié : celle de la "première fois" entre Tim et Mary. Mécontent de sa performance sexuelle, vraisemblablement jugée un brin trop courte par sa compagne, Tim décide de retourner 47 secondes en arrière, pour se donner une nouvelle chance d'être un peu moins égoïste. Mais la deuxième fois n'est pas la bonne : un flatus vaginalis d'outre-tombe dont la durée anormalement longue dépasse à elle seule celle du premier coït met d'emblée tout le monde mal à l'aise. A refaire. La troisième tentative échoue de nouveau à cause d'un simple regard de Tim qualifié de "particulièrement flippant" par la jeune femme lors des préliminaires. Le quatrième essai est le bon. Des effets de montage hideux nous font comprendre que le rapport s'étend et s'étend encore, que plusieurs chapitres du Kama Sutra sont réécrits, réinventés, que les orgasmes, au pluriel, sont partagés, que les voisins sont conviés à la fête, simples spectateurs béats ou membres actifs des ébats, que les animaux de compagnie s'y mettent aussi, en rythme, dans un grand éloge inter-espèce à la Vie, tout ceci grâce à l'endurance et à la puissance perforatrice inouïe d'un homme fédérateur et plus déterminé que jamais. Que faut-il comprendre là encore ? Selon Dick Curtis, il faut donc pouvoir réaliser une perf' digne d'un acteur porno au zénith de sa carrière pour "assurer la première fois". C'est franchement pas jojo tout ça...




Il était temps est donc une grande déception pour l'amateur de romcom qui voulait assister à une conjugaison de savoir-faire entre un cinéaste et son actrice. Le vague intérêt du film réside étonnamment ailleurs : dans cette relation plutôt touchante entre le père et son con de fils, que Curtis ne fait qu'effleurer mais à laquelle ses acteurs réussissent à donner vie. C'est ce que l'on préférera retenir de ce film dont je ne me souviens plus.


Il était temps de Richard Curtis avec Domhnall Gleeson, Rachel McAdams, Bill Nighy, Margot Robbie et Tom Hollander (2013)

3 juin 2008

Deux sœurs pour un roi

Titre original : The Other Boleyn Girl. Je vous vois vous ramener d'ici. N'allez pas chercher la signification de "Boleyn" dans votre dico franglais/spanish, ne vous faîtes pas avoir comme je me suis fait avoir. Boleyn c'est le nom des deux sœurs dont l'histoire nous est contée ici, et qui ont fait partie des 8 femmes - si mes souvenirs sont exacts - qu'Henry VIII a décapitées parce qu'elles ne savaient pas jouer à Fifa 8 ni lui faire un héritier pour la couronne d'Angleterre. Alors je ne suis plus tout à fait certain du déroulement exact des décapitations orchestrées par ce Roi un peu nerveux qu'était Henry VIII (Eric Bana), mais peu importe. Dans le film, la première femme du Roi, Catherine, est écartée faute de savoir torcher un centre correct vers le point de pénalty avec la touche carré ni pondre un mâle. Quand il apprend ça, un certain Thomas Boleyn décide de se faire adorer du Roi et pour cela de lui offrir sa cadette, Anne (Natalie Portman), une fille de caractère qui semble lutter pour la cause des femmes mais qui ne rechigne apparemment pas à l'idée d'être offerte à son souverain, lequel va malheureusement lui préférer sa sœur aînée, pourtant déjà mariée à un noble : Mary (Scarlett Johansson). Faut dire qu'il n'est pas tout à fait con sur ce coup-là étant donné que lors d'une ballade à cheval, la jeune Anne (Natalie Portman, je récapitule) a un peu bêtement entraîné le Roi à sa suite le long d'un chemin sinueux que le canasson royal n'aura pas bien appréhendé, se ruinant dans le fossé, et propulsant le Roi, un bras déjà dans le plâtre et un pied coincé dans l'étrier, par-dessus bord, sur un talus rocailleux. Six mois de rééducation et sans pouvoir performer à Fifa. A son réveil, défiguré, quand il voit la jeune Mary (Scarlett Johansson), déjà mariée mais un peu moins passionnée par les hippodromes que sa sœur lui apporter son casse-dalle au pieu, Henry VIII (Eric Banane) ne se laisse pas abattre et annonce que c'est finalement la sœur aînée qu'il veut pour femme. 
 
 
 
C'est là le point de départ de ce film en jupons, intolérablement larmoyant. Eric Bana, plus proche que jamais physiquement de Pascal Elbé, n'est que l'ombre de lui-même, en supposant qu'il ait déjà incarné son propre corps à l'écran dans un autre film. Cet acteur est un candélabre, il tient les bougies et s'en contente. C'est une prouesse en un sens que d'être de tous les plans sans n'être jamais cité au générique du film. Du reste il n'est pas le seul comédien qui fasse pâlir de détresse dans cette œuvre. Scarlett Johansson est à la limite d'être hors-champs dans toutes ses scènes tant le cinéaste aimerait qu'elle n'y soit pas. Elle joue avec une épaule bord cadre. Même Natalie Portman (qui enchaîne inéluctablement les films de merde) en vient à nous épuiser à force de tirades lues au prompteur et de grandes eaux sans fin (quand elle pleure et que son visage subit les ravages des chutes du Niagara l'actrice devient irritante). 
 
 
 
Voici la description d'une scène importante du film, pour vous en toucher deux mots plus précisément et vous donner le sentiment de sa qualité : Mary (Scarlett Johansson) n'ayant à son tour su donner qu'une fille au Roi d'Angleterre et ne parvenant pas à réaliser un une-deux avec son mari, celui-ci se retourne vers Anne (Natalie Portman), celle que le père des deux sœurs lui avait d'abord destinée, au détriment d'une mère (Kristin Scott Thomas) qui seule avait vu dans ces manigances se tramer une merde noire sans pareille pour la famille Bowling tout entière. Ainsi, après moult querelles, et prenant les choses en main, le Roi se décide à sodomiser Anne (véridique et c'est dit tel quel !). Résulte de ce coït la gestation d'un enfant... Pas pigé. Lequel enfant naîtra prématuré, ou plutôt ne naîtra pas, il est en effet mort-né. De là à savoir s'il est vraiment mort-né ou si c'est Anne elle-même qui l'a étouffé sous son coude jusqu'à ce que mort s'en suive, je n'en sais trop rien, n'ayant rien compris à la scène en question, filmée par-dessus la jambe (littéralement). Mais mon bon sens me pousse à croire en la bonne nature de cette jeune femme, me condamne à placer des espoirs bienfondés dans l'humanité en général, me force à espérer que ce personnage sain d'esprit n'en est pas venu par je ne saurais trop quel dénouement psychologique abscons à décider de buter son gosse dès après les premières minutes de sa nouvelle vie d'être humain. Bref, il semble donc que l'enfant soit né prématurément et qu'il en soit mort. La jeune femme décide donc de faire un autre enfant, en cachant la naissance ET la mort du premier à son époux le Roi (de peur qu'il ne la décapuche comme il en a décalotté quelques unes avant elle), de sorte que ce dernier n'y verrait que du feu, faisant admettons peu de cas d'une gestation étonnamment longue de 18 mois. Or la jeune Anne, faute de mieux, décide que c'est à son frère de la mettre en cloque pour la tirer de cette panade. Mais non, sachez que le grand frère n'en fera rien. Pas dans ce film. À la place, l'épouse du frère d'Anne, ayant surpris les machinations de son mari et de sa belle-sœur, s'en va tout raconter au Roi qui décapite tout le monde et retourne prestement chercher une gameuse capable de lui pondre un prince. 
 
 
 
Pour terminer, un mot sur Justin Chadwick (à tes souhaits mec), qui a réalisé ce film. Ce type-là, non content d'avoir filmé des costumes criants de fausseté, tout droit sortis du pressing, avec les moyens d'un président et sans les mains, ce type-là s'est privé des filtres habituels pour donner à son film cette couleur jaune qu'il briguait tant, au lieu de ça il s'est contenté de longuement pisser sur ses milliers de mètres de pellicule pour leur conférer ce hâle jaunâtre immonde. Si vous n'aimez pas le jaune et ses différentes teintes les plus rances, passez votre route, ce film pisseux aura votre peau. 
 
 
Deux sœurs pour un Roi (The Other Boleyn Girl) de Justin Chadwick avec Natalie Portman, Scarlett Johansson et Eric Bana (2008)