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28 septembre 2015

Jeanne captive

Que c'est triste un film pareil. Pourtant tout était là : une histoire qui a fait ses preuves, rien moins que l'un des épisodes les plus fameux de l'Histoire de France, qui aura inspiré le cinéma peut-être mieux que nul autre ; une approche plutôt originale de cette histoire, évitant au cinéaste la redite et surtout la comparaison, puisque le script ne porte ni sur l'ascension de Jeanne d'Arc, filmée entre autres par Rossellini ou Rivette, ni sur son procès devant l'évêque Cauchon, représenté à l'écran par Dreyer ou par Bresson, mais sur cet épisode méconnu de l'histoire où Jeanne, déjà captive, donc, attendant d'être remise aux anglais et n'entendant plus les voix, décide de mettre fin à ses jours en se jetant du troisième étage de la tour où elle est retenue prisonnière, sans succès ; et pour incarner tout ça de bons acteurs, car outre Clémence Poesy et Thierry Frémont, dont les talents restent relatifs à mes yeux, on croise là-dedans Jean-François Stévenin, Louis-Do de Lencquesaing ou encore Mathieu Amalric. Certains déjouent, le deuxième de la liste notamment (qui inquiète, à force de rôder dans des crimes cinématographiques avérés), mais on a moins envie de les accuser que de s'interroger sur les talents de Philippe Ramos en matière de direction d'acteur et d'écriture de scénario (entre autres).


 Philippe Ramos, sur le tournage du film, s'en remet à Dieu, tel Jeanne la pucelle en son temps. Que faire ? Tourner un truc pas trop moche ? Arrêter tout de suite le cinoche ? Les voix du Seigneur sont impénétrables.

Avec une histoire pourtant passionnante en soi et un axe d'approche relativement nouveau, Ramos ne parvient jamais, jamais, à nous intéresser tant soit peu à ce qu'il fait, à ce qu'il montre ou raconte. Impossible de se sentir le moins du monde concerné par ces images numériques si lisses et pauvrement filmées, ces cadres télévisuels si mal composés, cette lumière sous-travaillée, cette voix-off désagréable, ces arrêts sur image ridicules, ces ralentis copieusement hideux et j'en passe. La réalisation s'améliore un brin avec l'arrivée de Mathieu Amalric dans la deuxième partie du film (moins intéressante puisque centrée sur la condamnation de Jeanne et sa conduite au bûcher), comme si Ramos et son équipe avaient saisi quelques rudiments de mise en scène sur le tas ou au contact de sieur Amalric, mais le niveau demeure extrêmement bas. Quelle tristesse qu'un film si mal réalisé que l'on a dès le départ et à chaque instant l'envie urgente de physiquement s'en détourner.


Jeanne captive de Philippe Ramos avec Clémence Poesy, Thierry Frémont, Louis-Do de Lencquesaing, Jean-François Stévenin et Mathieu Amalric (2012)

8 juin 2009

Looking For Eric

Tout le monde s'est plu, critiques, spectateurs, acteurs et producteurs, à employer un vocabulaire footballistique pour parler de ce film. A moi d'en faire autant et pas qu'à moitié. Ce film c'est une passe de Cantona à Ken Loach. C'est une passe aveugle. Mais pas décisive. C'est une passe en or qui finit sur le poteau de corner. Cantona n'y est pour rien. C'est un match de gala, il ne fait qu'une apparition polie. C'est Loach qui foire sa frappe. Et c'est le banc qui n'est pas bien fourni, du coup quand Cantona n'est pas à l'image on se fait chier. Les autres ne parviennent jamais à concrétiser leurs occasions. Putain j'arrête tout. Le parallèle film/foot ça devient vite ultra chaud à lire ! Comme dans le film d'ailleurs, c'est vite lourd d'entendre Cantona donner des conseils de foot au personnage principal pour l'aider à mener plus rondement sa vie. Si ton adversaire est plus fort, joue-la en finesse ; si ton adversaire est plus petit, joue en hauteur ; si ton adversaire est droitier, passe à gauche ; si ton adversaire est plus grand, suce lui la queue etc. Il est chaud cet article... C'est la première fois que je passe un mauvais moment devant le film ET devant l'article.




On passe son temps à obéir au titre, Looking for Eric, du début à la fin on le cherche et il n'est que rarement à l'image... Voila, en gros à part ce genre de jeux de mots pourris sur le titre, rien ne me vient. Le footballer de nos cœurs est présent peut-être dix minutes dans le film. Et son rôle est si minuscule et répétitif qu'il lasse très rapidement. Loach aurait dû appeler son film "Locking for Eric", ça ne veut rien dire mais j'entends par là "cadenasser Cantona". Ou alors "Cooking for Eric", on aurait vu l'acteur principal lui préparer des repas anglais typiquement affreux. Je sais pas moi, j'essaie d'avoir des idées... On sent que Cantona a proposé un truc à Loach qui s'est résumé à offrir sa présence dans un film, laissant toute l'écriture au metteur en scène, car il est lui-même analphabète. Et Loach a foutu Cantona dans quelques scènes par un prétexte scénaristique foireux, histoire de réunir toutes ses apparitions dans une bande annonce mensongère pour s'attirer quelques cons dont je fais partie. Puis il a brodé une grosse intrigue socialo-policière ultra chiante là-dessus pour ne pas changer et pour que ça passe la barre des 1h15.




Dans la salle tout un tas de gros gars avaient le bras autour des épaules de leurs meufs, l'air heureux d'enfin pouvoir concilier leur passion (le foot) avec celle de leur femme (le cinoche). Moi j'y suis allé avec Félix, la main posée sur ses couilles, et on conciliait chacun de notre côté nos deux passions, impatients de consommer notre troisième passion, la plus rebutante, dans notre canapé éventré, une fois la séance terminée.




J'ai que dalle de plus à dire sur ce film. Si ce n'est que je l'ai vu après Étreintes brisées (dont nous parlerons peut-être ici, qui sait ? Si vraiment un jour on s'emmerde...), et Drag me to hell, et qu'il est avec ceux-là un des films dont les médias ont beaucoup parlé à Cannes. Ca donne une assez bonne idée de la tristesse de la sélection 2009. Thierry Frémont, je te préférais quand tu incarnais Francis Heaulmes sur petit écran, lui qui aurait certainement fait une meilleure sélection que toi, de meilleur goût, sachant que c'est un tueur et un sacré fumier !


Looking For Eric de Ken Loach avec Eric Cantona (2009)

30 octobre 2008

Mongol

D'abord nous tenons à nous excuser, ça fait un fameux bail qu'on a pas écrit le moindre article. Désolé, on hésitait sur la couleur de notre nouvelle bagnole.

Mongol ça sera pour moi un prétexte pour écrire un petit essai sur les papas au cinéma. Ou plus exactement, les papas de héros au cinéma. Ou encore plus exactement les papas de grandes figures historiques. Je crois qu'il y a fondamentalement deux stéréotypes de papas de figures historiques. Y'a d'un côté le papa nauséabond, pourri jusqu'à la moelle, qui va tout mettre en ordre pour faire chier son fils et faire de son destin celui d'un grand personnage historique. Et y'a de l'autre côté le papa putain de responsable, à l'écoute, zélé, qui va en faire des tonnes pour apprendre à son fils la droiture, le nom des arbres, le sens de la justice et de la loyauté, les idéaux, le goût de la liberté et toutes ces conneries; et là aussi, le fils deviendra un personnage important. Donc dans les deux cas c'est pareil. Mais ce qui est vérifiable et notoire, c'est que jamais un personnage historiquement important ne nous est vendu sans que le portrait du père (tout bon, ou tout mauvais) ne nous soit d'abord peinturluré sur l'écran pendant une bonne heure de film (ces films-là durent en général la bagatelle de trois plombes).



Quelques exemples édifiants : quid du père tortionnaire d'un certain Monsieur N ; quid du père exemplaire mort pour la liberté du dénommé Brave Hard ; quid du papa gâteau de Francis Heaulmes (Thierry Frémont en avait tellement fait des couches dans ce rôle, il paraît que les autres acteurs l'appelaient Copycat sur le tournage, il est vraiment tombé dans le mimétisme le plus vachard en devenant lui-même tueur en série pour s'identifier à Heaulmes) ; quid du père engatsé et haineux de Johnny Cash dans Walk The Line ; quid du père de Joseph Staline qui lui donnait des briques à tremper dans son lait chocolaté le matin au réveil (on aperçoit cette anecdote dans le film Quand passent les corbacs, et dans sa suite Faute de grives on mange des cigognes) ; quid du père d'Alex le Grand qui d'après la biographie non-autorisée par Stone Olivier, faisait bouffer de la macédoine de légumes à son rejeton chaque jour de son enfance, matin midi et soir, et ça, Dieu m'est garant que ça forge le caractère d'un gosse.



Et quid donc du père de Genghis Khan, foreign language academy award nominee, qui a embrigadé son fils dès l'adolescence en le rouant de coups plusieurs fois par jours, en le forçant à traverser la grande Steppe Mongolienne avec les mains attachées dans le dos, en lui enseignant chaque matin l'heure du jour et de la nuit, en lui jurant sur sa tête qu'il le tuerait pour l'âge de sa majorité, et en l'obligeant à conduire une bagnole avec les mains menottées et le bouc noué au volant comme seul moyen de piloter pour éviter les bancs de sable trop profonds. Quid d'un léger anachronisme de ce point de vue étant donné que les premières caisses qui ont roulé dans le désert de Gobi c'était pour le Paris-Dakar 2008 et c'était des véhicules égarés.

Nota Bene : Souvent les gens se ruent sur ce film, croyant avoir affaire à un spin off de Gremlins qui serait entièrement consacré au personnage du petit Mogwaï. Mais si on prononce le titre correctement, il s'agit bien de Mongol.


Mongol de Sergei Bodrov avec Tadanobu Asano (2008)