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17 avril 2016

Une famille à louer

Peut-être nous sommes-nous montrés trop magnanimes envers Les émotifs anonymes, du même Jean-Pierre Améris, petit film de rien du tout, sympathique à peu de frais, porté par un Benoît Poelvoorde et une Isabelle Carré assez dignes. Il est en revanche tout à fait impossible de faire montre de la même bienveillance à l'égard d'Une famille à louer, y compris en tâchant de se focaliser sur ses maigres qualités, car le film est une sorte de palette fécale et il n'en possède aucune. Ce film sans queue ni tronche, une plaie de A à Z, raconte l'histoire d'un pauvre type plein aux as, dépressif, solitaire, qui vit dans un manoir et, avant de tenter le suicide, décide de s'ouvrir aux autres. Pour ce faire, il propose à une mère célibataire condamnée pour vol à l'étalage de l'aider à régler ses dettes en échange de trois mois de vie de famille à ses côtés. Sur le papelard, pourquoi pas, sauf qu'à l'écran c'est un supplice. D'abord et surtout parce que le film est atrocement mal écrit. 



Les tristes personnages imaginés par Améris ont constamment le cul entre deux ou trois chaises. D'une scène à l'autre, Poelvoorde incarne un sociopathe incapable d'articuler deux mots en présence d'autrui, puis un type à peu près normal qui fait même preuve d'une belle autorité face à deux chiards mal élevés. Quant à Efira, alors que son entrée en scène tâche d'en faire une sorte de Zézette ultra sexy, une mère Groseille giga bien roulée, une pure beauté affublée d'une démarche, d'un accent et d'un look de ploucarde achevée, on la voit deux minutes après déclamer tout un speech impeccable devant une caméra de télévision. Dans le même dialogue, elle peut faire trois fautes graves de syntaxe comme déclamer des tirades à la Edmond Rouston sans ciller. Cela n'a aucun sens. 




D'un strict point de vue casting, il y a déjà couac. Jean-Pierre Aramis, cinéaste mousquetaire, mise à la fois sur le contre-emploi tonitruant et sur le respect le plus total du sex appeal de son actrice. Il veut nous faire croire à une femme pauvre, vivant avec ses deux gosses dans un cabanon insalubre, couchant avec tout ce qui bouge pour obtenir du boulot, et que la vie a malmenée sans discontinuer, mais oublie un peu vite qu'Efira pète les flammes à l'image, se trouve dépourvue de la moindre petite ride de contrariété et a le grain de peau d'une sublime star du catch qui se tartine chaque soir avec les crèmes de nuit à base de phoque massacré les plus chères du marché. Tout ceci ne tient pas. Pas plus que le script, inepte et téléphoné, qui voit les deux amants contractuels tomber peu à peu amoureux, évidemment... sans d'ailleurs que le spectateur pige quoi que ce soit à leur idylle : on peut facilement comprendre que le personnage de Poelvoorde craque sur son hôte, mais comment expliquer que la jeune femme en pince à ce point pour un type froid, sans intérêt, sans qualités, vide de toute personnalité ? Le pauvre Poelvoorde a dû s'ennuyer ferme sur le plateau. Avoir le belge volant au casting et lui donner un si petit os à ronger, quel gâchis. Amaryllis, la plante à bulbes, a totalement loupé son coup. Il n'y a bien qu'une maigre scène où l'acteur se laisse vaguement aller, quand il rejoint Efira sous une sorte de chapelle bucolique et, au beau milieu d'un moment romantique, s'aventure à déchiffrer un mot gravé dans le bois : "Va te faire enc...".


Une famille à louer de Jean-Pierre Améris avec Benoît Poelvoorde et Virginie Efira (2015)

14 janvier 2011

Les Émotifs anonymes

C'est une petite comédie sucrée qui se mange comme un bon chocolat, avec ce qu'il faut d'amertume pour le différencier d'une confiserie quelconque. Voilà le genre de critiques qu'on peut lire partout sur le web et dans les journaux, parce que les personnages du film travaillent dans une fabrique de chocolat... En dehors de toute métaphore chocolatée à la con, on se contentera de dire que c'est une comédie bien sympathique qui donne le sourire. L'histoire, qui a le bon sens de ne pas pousser à l'extrême son idée de départ (les personnages ne sont pas complètement excessifs dans leur émotivité), tient la route et ne tombe pas dans le trop convenu. Les deux personnages principaux sont attachants et les comédiens qui les incarnent sont au top de leur forme. Certains diront que le même film avec Benoît Magimel et Julie Depardieu en têtes d'affiche serait insupportable. Et c'est vrai. Julie Depardieu ne s'en sortirait pas aussi bien qu'Isabelle Carré, qui pourrait être son opposée sur l'échelle de la beauté comme sur celle du talent, et Benoît Magimel peut tuer n'importe quel film à lui tout seul... mais ça reste con de faire ce genre de comparaisons car par exemple Lady Chatterley avec Léa Drucker dans le premier rôle ça devient une sacrée grosse merde.



Après c'est vrai que les acteurs portent le film, avec une mention quand même à Poelvoorde qui m'a fait marrer un certain nombre de fois avec ses petits cris ou certaines répliques franchement bien trouvées. Le décor n'est pas si kitsch que ça, il évoque les confiseries à l'ancienne mais à la limite c'est pas gênant, ni envahissant, on est quand même loin d'Amélie Poulain. Condamner le film et traiter son réalisateur de vieux rétrograde, de néo-conservateur et de réac' minable uniquement parce que l'ancienne confiserie du film a un décor désuet et parce que les personnages sont un vieux garçon et une vieille fille, laquelle n'est pas habillée comme une pute, le tout en prenant comme cheval de bataille tel ou tel accessoire sans importance certes un peu daté, comme on le voit faire dans les revues les plus sérieuses, c'est vraiment adresser un faux procès à ce film en le chargeant d'un discours politique dont il est volontairement dépourvu. Ces accusations se basent sur des détails que le réalisateur filme comme tels et qui n'ont aucune importance pour quiconque se laisse prendre au jeu de cette histoire d'amour simple et plaisante. Le déroulement de l'intrigue n'est pas si attendu que ça d'ailleurs, au contraire, à plusieurs moments on est surpris en bien. Isabelle Carré est trop trop belle, faut le dire aussi, plus belle que jamais d'ailleurs. Bref c'est très simple, souvent drôle, chouette petit film. A recommander à ceux qui sont un peu timides, qui aiment le chocolat, les facéties de Poelvoorde et le visage angélique d'Isabelle Carré. Je crois causer à pas mal de monde.


Les Émotifs anonymes de Jean-Pierre Améris avec Benoît Poelvoorde et Isabelle Carré (2010)