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1 mai 2023

John Wick : Chapitre 4

Nous laissons aujourd'hui la parole à Julien F. aka MythSciences et Tristan G. aka Turlog's Production, deux jeunes fans de John Wick issus des quartiers chauds d'une ville du sud de la France qu'on ne citera pas mais que les médias nomment souvent "the French Detroit". Un lien familial assez direct nous oblige à les laisser s'exprimer tout en respectant et en acceptant leur regard sur un film que nous finirons sans doute également par regarder mais dont nous n'avions pas prévu de tant faire l'éloge...
 
Une séance riche en émotions et en frissons. Que dire ? Nous sommes définitivement sur le cul. Ce John Wick Chapitre 4 est la digne succession d'une trilogie déjà mythique.

Nous commençons dans le désert, assez dépaysé, en ne sachant pas tellement ce qu'on fait là. Cette introduction est une suite directe à John Wick : Parabellum. Mais il faut dire que quatre ans après, difficile de joindre les deux bouts. Fort heureusement, ce passage sera de très courte durée et on remarquera cependant le petit clin d'œil à la dinguerie Lawrence d'Arabie. 


John Wick dans le désert, faisant le point sur sa vie. Le personnage est encore incarné par Keanu Reeves.
 
Tout d'abord, il faut impérativement parler de la photo du film, absolument magnifique. Les couleurs sont travaillées et recherchées, avec des mélanges de lumières naturelles, néons et  lueurs de type LED judicieusement planquées et orientées. Ce John Wick 4 a une aura particulière et unique au sein de sa propre saga. Nous sommes plongés dans une ambiance cyberpunk en osmose avec des références westerns que l'on pourrait retrouver sur les étagères de Papi et Mamie. Cet opus nous offre des curiosités visuelles et de nombreux détails dans la lignée des précédents épisodes qui nous proposaient déjà un univers mettant à l'honneur des objets physiques uniques à la saga : pacte de sang, pièces du Continental, pièce du Prédicateur. Nous avons droit cette fois-ci à des armures de samouraï modernes stylisées qui vont donner du fil à retordre à notre bon vieux John lors de son séjour au Continental d'Osaka... A ce propos, ce Continental est une vraie réussite : les décors montés de toutes pièces sont sublimes et nous donnent directement envie d'y séjourner lors de notre prochain voyage au pays du soleil levant. 
 
 
Il se fait pisser dessus plus tard dans le film, ce qui nous a cloué le bec. On ne sait toujours pas qui est cet homme.
 
Le directeur de ce Continental nippon a un charisme fou, ce n'est pas compliqué : il est le Samouraï rêvé à poil sous son kimono. Hiroyuki Sanada dans son personnage de Koji Shimazu a la classe, il maîtrise parfaitement le sabre et nous sommes subjugués de la façon dont il transforme ses ennemis en sushi ou en origami selon les scènes. D'après ses dires "Une belle mort arrive après une belle vie" et on est persuadé qu'il a eu une tendre et heureuse existence lorsque l'on assiste à son dénouement. Sa fille, Akira Shimazu, nous a conquis : elle est incarnée par la délicieuse Rina Sawayama, qui apparaît ici dans son premier long métrage de fiction (hors sextapes et autres vidéos de famille). C'est une déesse de l'arc tout comme notre amie numérique Lara Croft et elle aussi rend hommage à ce matériau élastique élaboré par transformation d'un suc végétal qu'est le latex. Elle nous a particulièrement captivé lorsqu'elle grimpe avec ses lames sur un bonhomme à forte corpulence qui vit là le meilleur moment de sa vie (et hélas le dernier).    


Le daron et sa fille, ici dans leurs tenues traditionnelles, la classe à la japonaise. Pour info, nous sommes allés voir le film dans le même accoutrement.

Keanu Reeves, dans la force de l'âge, nous fait toujours autant rêver. Il nous offre une version encore plus sombre et violente du personnage qu'il incarne : Jonathan Wick. Force est de constater que son jujitsu et son judo s'améliorent, contribuant largement à nous offrir 2h50 de pur plaisir visuel. Il maîtrise de nouvelles armes tels que le nunchaku ou encore un fusil avec balles au phosphore... Les scènes de fight sont à couper le souffle, chacune résulte d'un long travail de chorégraphie qui nous procure un sentiment de jubilation. On aurait presque envie de participer à cette boucherie tellement c'est satisfaisant.


Keanu à Paris... Nous aurions bien voulu le rencontrer et lui demander de nous faire un enfant.

Nous avons droit à plusieurs antagonistes : le principal est campé par Bill Skarsgård, acteur que nous avions croisé en clown dans Ca, qui va ici vous donner l'envie de l'étriper avec son personnage imbuvable du Marquis de Gramont (un gosse pourri gâté qui sous-estime le personnage éponyme de la franchise). Le second, et pas des moindres, est le fameux Killa qu'on retrouve à Berlin. Killa va s'avérer être un ennemi de taille, et va faire virevolter notre Jonathan. Scott Adkins, 1 mètre 79, nous offre une prestation excellente dans une scène de poker très tendue. Celle-ci va aboutir à un fight des plus épiques avec des clins d'œil au chapitre numéro un dans le Red Circle Club (la boîte de nuit/bordel fréquentée par les tueurs solitaires en quête de compagnie). Durant cette scène de combat, il y a de nombreux SFX mis en avant par les 12 images par seconde, nous montrant une fois de plus la technique et le travail abattu en post prod. Des ralentis lorsque Killa met des coups à John Wick rendent la scène d'autant plus impressionnante et dur à vivre pour un supporter de Keanu Reeves. Malgré son animosité, Killa est un personnage qui nous a beaucoup amusés ; notamment en raison de sa Ventoline en or qui symbolise son immortalité : il l'utilisera jusqu'à son dernier souffle.


Le Marquis : un guignol pur jus qu'on déteste et qu'on aimerait défoncer. L'image est floue car cette scène est floue.

Notre majordome préféré paye le prix fort son professionnalisme et sa loyauté dans une scène touchante et tragique. On a eu les poils qui se sont hérissés, et notre haine envers cet impitoyable Marquis s'est terriblement envolée. Petit hommage au si regretté Lance Reddick qui nous a quittés il y a quinze jours, rendant ce passage d'autant plus riche en émotion : Lance, ta prestance n'avait d'égal que ton talent, tu as marqué au fer rouge la saga, tu es dans nos cœurs cet éternel gentleman dont l'étoile ne pâlira jamais.
 
 
RIP la légende. Lance Reddick. On reste solennels pour cette légende car nous éprouvons un immense respect pour cet acteur hors pair.
 
Il faut également que l'on parle de Donnie Yen dans le rôle de Caine. L'acteur, connu pour ses prouesses en art martiaux et ses talents de cuistot, ne vas pas y aller de main morte. En dépit de sa cécité, l'ami de John Wick est violent et méthodique. Sa rage placide et son calme intérieur transparaissent de chaque plan et nous laisse dans un état de pitié : cet homme souffre en silence et nous y croyons grâce à la prestation d'un comédien qui a trouvé rôle à son pied. 
 
 
Comme le prouvent les lunettes : cet homme est aveugle. Comme le prouve le flingue : il est armé. Comme le prouve la canne : il ne sait pas se diriger.

 Parlons maintenant de Shamier Anderson, aka the Shrimp la Crevette, dans son rôle de Mister Nobody accompagné de son malinois (Noisette ?). Il fera un pacte avec le Marquis de Gramont que celui-ci ne respectera pas (c'est décidément un SALOP). Monsieur Personne va vagabonder tout au long du film, agissant comme un "ange gardien" pour John tout en voulant toucher sa prime de 40 millions de dollars. C'est véritablement un cowboy solitaire largement inspiré de l'univers western de Papi et Mamie précédemment évoqué, il agit tel un chasseur de primes sans vergogne. Il est équipé notamment d'une carabine type Winchester ainsi que d'un sac à dos déployable en gilet pare-balles, qui est on peut le dire très ingénieux et que nous comptons aller nous dégotter à Décathlon, au rayon tentes. Un peu plus tard, on retrouvera une scène comique où le malinois urine sur la tête d'un ennemi mort, qui avait auparavant essayé de le tuer. Ce Mister Nobody aime la bière, on ne vous en dit pas plus !
 
 
Deux majestueux profils au soleil couchant : ce quatrième John Wick est un poème visuel.

Cerise sur un gâteau bien copieux : on a le bonheur de retrouver Laurence Fishburne dans son rôle du Roi de Bowery. La complicité entre les deux acteurs, qui entretiennent une relation d'amour platonique depuis Matrix, suinte littéralement de l'écran, à tel point que nous sommes parfois un peu gênés. L'apparition de Fishburne est brève mais parsemée de cet humour cher à l'acteur facétieux, si apprécié des plateaux de ciné. Il va aider notre héros dans sa quête de justice en lui fournissant un flingue de la plus grande qualité et un nouveau costume parfait pour les rendez-vous galants. Un véritable rayon de soleil.
 
 
Rencontre au sommet station Porte des Lilas : nous aurions TOUT donné pour sortir malencontreusement du métro à ce moment-là.
 
Chaque scène de fight est accompagnée d'une bande originale dynamique et parfaitement coordonnée. Pas de surprises à ce niveau-là, c'est du pur John Wick : EDM, phonk et rock épique. Cette BO nous offre également des remix des opus précédents. Vous la retrouverez facilement sur Spotify dans les playlists créées par les internautes conquis.


Scott Adkins, méconnaissable dans sa "fat suit" : on parle d'un Oscar pour cette performance saisissante.
 
La troisième partie se passe dans notre capitale bien-aimée. C'est en effet à Paris que John Wick va terminer sa course pour en finir avec le Marquis. La chasse à l'homme se poursuit dans la capitale, et plusieurs scènes impressionnantes vont s'y dérouler. Au menu des réjouissances : une scène en voiture extraordinaire sur la Place de l’Étoile. On notera ensuite un long plan-séquence avec une prise de vue zénithale, où notre John Wick va utiliser un fusil à balle incendiaire. La scène, rythmée et particulièrement bien réalisée, nous fait penser au jeu vidéo Hotline Miami (que l'on vous recommande chaleureusement).


La fameuse Mustang que nous enviions dans le premier film sert ici de bouclier pare-balles.

John Wick va finir sa course au Sacré-Cœur et là, des escaliers n'auront jamais été aussi compliqués à monter... Ces multiples cascades dans les escaliers nous montre encore une fois les risques pris par des cascadeurs surdoués qui ont encore accompli un travail exceptionnel. La scène finale nous attend au sommet des légendaires marches plus vraiment immaculées. Volontairement minimaliste, le dénouement prend la forme d'un duel de cowboys au pistolet qui ravira de nouveau Papi et Mamie… On regrettera toutefois un couché de soleil très artificiel obtenu sur fond vert : il rend la scène moins réaliste et moins poignante que ce qu'elle devrait être…


Cette scène tournée en studio dans l'Ontario est supposée se dérouler à Notre-Dame : on y croit.

Pour conclure, allez le voir tant qu'il est au cinéma car malgré une VF au ras des pâquerettes, l'expérience est à vivre sur grand écran pour une immersion des plus exquises. De nôtre côté, on compte même y retourner pour mieux vivre l'attente jusqu'à John Wick 5 avec espérons-le, de nouvelles idées qui, espérons-le, ne nous laisserons pas indifférents…
 
 
John Wick : Chapitre 4 de Chad Stahelski avec Keanu Reeves (2023)

19 septembre 2020

Le Diable, tout le temps

Adapter avec succès le bouquin de Donald Ray Pollock requérait les talents d'un cinéaste particulièrement doué et subtil, doté d'une personnalité assez forte pour s'émanciper d'un matériel de base potentiellement écrasant. Encensé par la critique à sa sortie en librairie en 2011, Le Diable, tout le temps, plongée noire de chez noire dans l'Amérique profonde, white trash, abrutie par la religion, peuplée de tueurs, de violeurs et autres fous amenés à se croiser pour mieux s'entretuer, était une lecture âpre et difficile. La plume acérée de Pollock inspirait facilement son lot d'images et de scènes marquantes et on ne pouvait s'empêcher d'imaginer et d'anticiper le film qui finirait forcément par en découler un jour. L'attente ne fut pas bien longue et c'est curieusement à l'ancien avant-centre brésilien du RC Strasbourg, Antonio Campos, que le projet a échu. Il s'agit du quatrième long métrage du bonhomme et nous étions prêt à lui faire confiance malgré tout. Un casting plutôt bien garni (encore qu'il ne faille pas en faire trop autour de types comme Tom Holland, Jason Clarke et Bill Skarsgård, qui ont accompli à peu près que dalle en termes d'acting et en tant qu'être humain en général) venait compléter le tableau pour essayer de nous appâter, de nous faire croire en quelque chose de possible. C'est enfin sur Netflix que le film a terminé, ce qui n'est évidemment jamais bon signe mais, période de crise sanitaire oblige, on pouvait expliquer ainsi cette funeste destinée.




Quelques minutes suffisent à être convaincu que la place d'Antonio Campos n'est pas derrière une caméra mais plutôt à la pointe haute d'un système en 4-4-3 classique, avec deux ailiers rapides à ses côtés l'approvisionnant en centres aériens pour mieux tirer partie de son gabarit imposant et de son profil dit de "renard des surfaces". C'est ainsi que le gaillard a effectué sa meilleure saison sous les couleurs du SC Corinthias en 92-93, avec 3 buts dont autant de penaltys et 2 passes décisives en 18 matchs, tapant dans l’œil des recruteurs alsaciens, qui avouèrent un peu plus tard qu'ils recherchaient avant tout quelqu'un capable d'animer le vestiaire, alors bien morne, de la Meinau. Mais recausons cinéma, car ce truc-là est bien supposé en être. Parasité du début à la fin par la voix off sursignifiante et explicative de Donald Ray Pollock himself, Le Diable, tout le temps est d'une platitude terrible et ne parvient strictement jamais à décoller. On a l'impression de subir de nouveau les pires événements du bouquin en étant cette fois-ci soumis à la vision médiocre d'un type à l'imagination ultra limitée. La narration de l'écrivain, qui permet toutefois de suivre tout ça en restant actif sur les réseaux sociaux sans jamais être largué, appuie encore la désagréable sensation de mater un film totalement prisonnier du livre, qui n'arrive jamais à s'en détacher. Antonio Campos passe d'un personnage à l'autre sans jamais produire cet effet, ce léger vertige, que parviennent à atteindre les films choraux de ce genre quand ils sont vraiment réussis et qu'un maître est à la baguette (je n'ai pas de contre-exemples à vous proposer, mais rappelez-vous que je fais ça bénévolement). On a ici plutôt l'impression de regarder une succession d'épisodes de mauvaise série télé, mise en boîte avec l'application d'un élève sérieux, pas méchant, qui fait de son mieux, mais sans aucun génie ni idée. Y'a pas à dire, ce film-là a tout à fait sa place dans le répertoire de Netflix !




Les acteurs ne rehaussent guère le niveau, sans doute très mal dirigés par le natif de São Paulo, plus connu pour l'atmosphère agréable qu'il entretient sur le plateau. Leurs accents de rednecks forcés sont très durs à supporter, en particulier celui de Bill Skarsgård qui a l'air de chercher absolument à aboyer dans sa gorge plutôt qu'à déblatérer naturellement. Robert Pattinson ne fait guère rêver non plus, s'obstinant à avancer encore davantage sa mâchoire inférieure, peut-être dans l'espoir de se donner une crédibilité en révérend du Midwest obsédé par les jeunes rousses. Il fait pitié. Il est aussi déprimant de voir Riley Keough et Mia Wasikowska réduites à de telles rôles. Seul Jason Clarke ne déçoit pas puisqu'il est aussi détestable que d'habitude. Plus étonnant, si l'on frôlait constamment l'overdose de sordidité et d'horreurs à la lecture des pages si sombres de Pollock, qui n'y allait pas de main morte pour nous dresser les portraits d'une galerie de tarés et nous raconter leurs actes odieux, le film d'Antonio Campos paraît très sage, inoffensif et insignifiant. L'histoire et les faits sont inchangés, il y a bien quelques atrocités qui sont commises à l'écran, mais on s'en fiche, tout simplement. Aucune ambiance, aucun souffle, aussi nauséabond soit-il, ne s'échappe de la mise en scène insipide du réalisateur et des deux longues heures glauques qui nous attendent. Face à un si triste et pâle résultat, on en vient à se demander quel cinéaste encore en activité aurait pu s'en dépatouiller et proposer une œuvre à part entière, digne d'intérêt. Entre les mains des frères Coen, le deuxième livre plus réussi et respirable de Pollock, Une mort qui en vaut la peine, pourrait peut-être donner quelque chose. Mais nous revoilà plongés dans nos rêves de spectateurs, hélas bien éloignés de la réalité actuelle du cinéma américain. 


Le Diable, tout le temps d'Antonio Campos avec Tom Holland, Jason Clark, Riley Keough et Robert Pattinson (2020)