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31 mai 2026

See no Evil, Hear no Evil

Troisième des quatre collaborations entre Gene Wilder et Richard Pryor, See no Evil, Hear no Evil (devenu en français Pas nous ! Pas nous !) est celle qui a, en son temps, rencontré le plus modeste succès. Si cette comédie réalisée par Arthur Hiller met peut-être un tout petit moment à trouver son rythme de croisière, elle n'en demeure pas moins un buddy movie pur jus, fichtrement agréable de bout en bout et très régulièrement amusant. L'alchimie du duo formé par Wilder et Pryor est si évidente à l'écran que l'on regretterait presque que le film s'embarrasse d'une intrigue, d'un fil conducteur, puisqu'il suffirait de nous montrer les deux hommes interagir pour nous tenir en haleine. Gene Wilder et Richard Pryor incarnent respectivement un sourd et un aveugle tous deux témoins d'un meurtre. D'abord pris pour les coupables par les policiers particulièrement débiles et incompétents de New York, ils vont facilement réussir à s'échapper du commissariat pour mener leur propre enquête afin d'être lavés de tout soupçon, l'un comblant tant bien que mal le déficit de l'autre tout au long de leurs mésaventures. 





A l'ère où la moindre comédie américaine use de filtres et de photographies maussades pour essayer, en vain, de se donner un cachet et des airs chiadés, See no Evil, Hear no Evil a cela de plaisant, quand on le découvre aujourd'hui, d'être particulièrement coloré et lumineux. Cela paraît bête mais pourtant... Avec son générique d'ouverture rythmé par un morceau pop aux relents très eighties, Arthur Hiller annonce d'emblée ses intentions. Les joyeux drilles campés par les deux stars sont immédiatement confrontés, puis sont assez rapidement amenés à faire équipe. Après des débuts un brin laborieux, c'est à partir du moment où Pryor et Wilder sont arrêtés par les flics et contraints à s'entraider que le film décolle tranquillement. Les situations loufoques s'enchaînent, le principe comique basé sur le handicap de l'un et de l'autre fonctionne assez bien. L'intrigue policière prend la place la plus minime possible et ne parasite pas la bonne marche du film. Il est amusant de retrouver Kevin Spacey, avec son kyste d'origine sur la pommette gauche, dans le rôle du salop de service, tout comme Joan Severance assure avec les honneurs celui de la femme fatale, sans parler d'Alan North, très bon en commissaire de police à cran. Si le film ne provoque pas encore l'hilarité, il est déjà très sympathique, grâce à la bonne humeur qu'il propage via son attachant binôme. Les gags se succèdent tranquillement, avec plus ou moins de réussite, et c'est lors de la fuite du tandem qu'ils vont se faire plus nombreux et que le film va nous emballer pour de bon.





Sans rien enlever aux mérites de Richard Pryor, qui a aussi ses moments et lui renvoie toujours parfaitement la pareille, Gene Wilder est ici particulièrement rayonnant. C'est lorsqu'il sort le grand jeu que l'on rit vraiment à gorge déployée. Le plus savoureux moment du film doit être sa touchante déclaration d'amitié à son acolyte alors que, suite à une poursuite en bagnole cocasse où l'aveugle tenait le volant et le sourd indiquait les directions, les deux compères se retrouvent coincés dans leur voiture, bien enfoncée dans une montagne d'ordures après avoir atterri en catastrophe sur un navire transportant des déchets. Le comédien fait parler tout son génie comique, avec sa voix, sa diction et son rythme de parole si maîtrisés. Cet art subtil qui nous pousse à éprouver l'envie irrésistible de revoir ce passage aussitôt après l'avoir découvert, pour encore mieux l'apprécier. Et puis il y a son regard. Les yeux de Gene Wilder. C'est quelque chose... On pourrait craindre, vu son rôle, qu'ils soient ici le plus souvent rivés aux lèvres, qu'il lit pour les comprendre, de ses interlocuteurs, et ainsi limités dans leur capacité d'expression, dans leur pouvoir comique. Il n'en est rien. Toujours pétillants de malice, diffusant une douceur désarmante, une bêtise contagieuse, allumés pour nous faire marrer, ses yeux sont fantastiques. Il y a ceux de Michèle Morgan, d'Elizabeth Taylor, et sans doute bien d'autres, mais la paire de mirettes de Gene Wilder, ses deux billes d'un si tendre azur, réfléchissantes même quand la lumière ne paraît pas avoir été calculée pour, eh bien ces yeux-là ont aussi, selon les miens, une belle place dans l'histoire du cinoche, et en tout cas dans mon panthéon personnel. 


See no Evil, Hear no Evil (Pas nous ! Pas nous !) d'Arthur Hiller avec Gene Wilder, Richard Pryor,  Joan Severance et Kevin Spacey (1989)

6 janvier 2011

The Hospital

The Hospital est une comédie grinçante d'Arthur Hiller datant de 1971 où l'on retrouve George C. Scott dans le rôle du Dr Bock, directeur suicidaire d'un grand hôpital de Manhattan confronté à une série de morts inexpliquées dans son établissement. En plus de devoir faire face à sa profonde crise existentielle, le Dr Bock devra donc comprendre le pourquoi du comment, épaulé par la farfelue Barbara (Diana Rigg), la fille d'un patient tombée amoureuse de lui. Le film est mené tambour battant, l'action étant concentrée sur 24h. On reconnaît immédiatement la patte du talentueux scénariste Paddy Chayefsky, dont le nom est bien mis en évidence sur l'affiche et auquel on doit également le si mémorable Network de Sidney Lumet. The Hospital est peut-être plus réussi quand il se contente de nous dépeindre et de suivre le personnage incarné par George C. Scott que lorsqu'il nous décrit le fonctionnement terrifiant et absurde d'un grand hôpital, même s'il reste toujours très efficace.




Le film vaut surtout pour son acteur principal. George C. Scott est immense et d'une classe rare. Il nous livre quelques scènes géniales à se repasser en boucle, où il déblatère comme personne des monologues terribles, parfois vraiment drôles grâce à leur humour noir savamment dosé. George C. Scott est ici réellement impressionnant. J'adore cet acteur. Et il faut aussi dire que Diana Rigg a un certain charme, même sans son chapeau melon...


The Hospital d'Arthur Hiller avec George C. Scott et Diana Rigg (1971)