jeudi 28 février 2008

Seraphim Falls

Je l'ai maté avec la qualité d'une vieille VHS et ça donne un certain cachet au film. De toute façon moi j'écoute tous mes mp3 sur mon vieux walkman à cassettes donc ça me change guère. J'aime tout ce qui est vieux. J'aime les vieillards. Dans la rue je me surprends souvent à reluquer les vieilles. J'achète toutes mes fringues dans des friperies, je ne peux pas porter des trucs qui ne soient pas de seconde main voire de troisième main. Mes godasses sont méga trouées mais j'adore ça, mes pieds respirent. J'avais réussi à choper le film en 5.1 mais j'ai changé mes réglages sur mon ampli, je l'ai mis en 0.0 histoire de retrouver le son de la vieille téloche de mes parents quand j'étais gosse. J'entends que dalle mais c'est ma came. Je suis allé jusqu'à filer des coups de cuter sur ma télé 16\9 de sorte que les rayures me rappellent les vieilles bandes pourries d'antan. J'ai aussi réglé mon téléviseur sur pal\secam de façon à ce que l'image soit rognée sur les côtés comme c'était le cas dans mon cinéma de quartier à la vieille époque. Puis j'ai retiré les couleurs sur ma télé Daewoo DE. Et finalement j'ai maté le film juché sur un tabouret de bar pour retrouver l'inconfort de ma triste jeunesse. J'ai également retiré mes lunettes, que je ne portais pas quand j'étais gamin, et sans lesquelles j'y vois pas à un mètre. J'ai donc maté ce film flou en étant à moitié aveugle. Il manquait juste mon vieux père pour me filer de grands coups de latte dans le cou au moindre mouvement un peu bruyant.



Le début du film est très spécial. Pierce Brosnan est dans les bois, sous la neige, dans un gros manteau en peau d'ours. Il est en train de pisser et d'écrire son nom dans la neige (d'ailleurs, goof, il écrit Pierce Brosnan, son nom à lui, pas celui du personnage, une erreur qu'apparemment personne sur le plateau ou en salle de mixage n'a relevée), il pisse dans la neige donc quand Liam Neeson et ses acolytes, sans crier gare, lui tirent des balles dans le bras. Plusieurs dizaines de balles, dans le même bras, à plusieurs centaines de mètres de distance. Une précision peu commune et sans fondement. Pourquoi se focaliser sur ce bras ? Le scénario ne nous le dira jamais. Disons-le carrément, le screenplay n'est pas prêt de nous dire pourquoi ces types s'acharnent ainsi à crever la paillasse du vieux Pierce qui pendant les 15 premières minutes du film subit donc un parcours du combattant éprouvant pour le spectateur pris en otage. Cette cavalcade infernale s'achève quand Pierce, après avoir escaladé plusieurs falaises et traversé un fleuve à la nage, s'arrête cinq minutes dans une clairière pour retirer les quelques douzaines de balles, une cartouchière complète, que trois types étranges lui ont logées dans l'épaule gauche. Nouveau goof, d'un plan à l'autre Pierce voit le couteau qu'il portait dans la main droite se transformer en grande branche d'arbre. Ce goof qui paraît anodin mettra sans doute Pierce en grand danger quand il s'agira de faire face à un Liam Neeson remonté comme une pendule.



Ce film est un western de neige, un western des plus simples. Un western qui ne s'encombre pas avec le début d'un scénario. C'est une course poursuite, une chasse à l'homme, un type seul traqué par des tueurs sans foi ni loi, sans motif, sans mobile, pour le plaisir du sport. David Von Ancken a de toute évidence adapté le scénario écrit par son fils de 6 ans qui lui dictait sa trame narrative allongé au milieu de ses playmobils. Qui dit western dit canassons. Or quatre canaris qui galopent à toute allure et côte à côte dans le désert ça fait vibrer le sol. Ne vous étonnez donc pas de voir la caméra trembler sans ménagement sur son pied. De temps à autres le pied de caméra se casse même la gueule et Von Acken n'a semble-t-il pas jugé nécessaire de couper ces ratés au montage. La traque est si longue que l'on voit les saisons défiler. Au bout de 45 minutes c'est l'été Indien sur les Rocheuses et Pierce n'a toujours pas semé ses poursuivants, ni passé sa tête sous l'eau. Il transpire de la boue, il suinte la terre. Mais après une heure et demi de métrage, nous voilà rendus. Le mexican stand off arrive enfin. Empruntant le chemin biaiseux du flashback, Von Ancken nous explique le fin mot de cette poursuite endiablée. À la fin de la guerre de sécession, Pierce Brosnan a foutu le feu à l'épouse de Liam Neeson ainsi qu'à ses deux enfants. Celui qu'on croyait être le gentil traqué par de vilains bandits est en fait un affreux assassin poursuivi par la main vengeresse d'un veuf qui a vu ses gamins cramer à ses côtés. C'est un twist infernal que même mon clébard allongé à côté de mon tabouret pendant toute la séance avait su deviner dès le générique d'ouverture.



Mais pas de ça entre nous Von Ancken, le bien et le mal, cette vision manichéenne du monde, c'est pas la mienne et tu le sais. Eh bien ce n'est pas non plus celle de Van Hallen qui, et là accrochez-vous bien, rallonge son film de 45 minutes, oui pas moins que ça, histoire de faire durer ce duel de pacotille, parsemé de scènes oniriques dans le désert d'un ennui prodigieux, avant de voir les deux ennemis jurés s'en aller côte à côte face au soleil couchant. Parce qu'au fond Pierce n'avait pas fait exprès d'enflammer la petite famille au complet de Liam, et lui-même regrette bien fort ce douloureux événement du passé. Alors Liam le croit sur parole et croit bon d'ajouter : "De toute façon j'ai plus de balle pour te descendre ni d'allumette pour t'enfumer". Ce western partait bien mais il a fini en grosse queue de poisson. Une queue de poisson de deux plombes qui m'a rappelé Le Grand bleu de Luc Besson en cela qu'il m'a lui aussi fait vivre l'extase des profondeurs.


Seraphim Falls de David Von Ancken avec Liam Neeson et Pierce Brosnan (2006)

Michael Clayton

C'est la première critique que j'écris IRT (In Real Time), c'est à dire que j'en suis à 1h26 là, le film dure 2 heures. C'est aussi le premier article que j'écris sur mon tout nouvel ordinateur portable MultiMedis que j'ai acheté pendant le film histoire de pouvoir écrire en le regardant. Un article historique donc. C'est grâce au film que j'ai pu brancher le wifi si vite. Le film parle en effet des Télécom en général. C'est le sujet du script. Les répondeurs téléphoniques sont de chaque plan. Au bout d'une heure trente, le répondeur de Mickey Clito tombe en panne, on croit à la fin du film mais c'était sans compter sur un réparateur de répondeurs qui le remet en selle aussi sec. J'ai acheté une glacière pour ne pas avoir à lâcher l'écran des yeux une seule fois. C'est la première fois que je fous autant d'argent dans un film et il faut savoir que je me suis contenté de le graver sur un dvd-rw. Je me suis acheté un Sagem pour commander à bouffer. Dans ma glacière y'a un compartiment trousse de survie au cas où une merde m'arrive en plein film. J'ai tout prévu pour ne rien rater. On en est à 1h36 actuellement. Ma maman me manque.



Au moment où j'écris y'a Sydney Pollack à l'écran. L'illustre réalisateur\acteur, qui s'est illustré dans des réalisations telles que L'Interprète ou des rôles tels que celui que lui avait refilé Kubrick dans Eyes Wide Shut. Il n'a semble-t-il rien perdu de son talent de réalisateur puisqu'il ponctue chacun des plans dans lesquels il apparaît en criant : "CUT !" et en frappant très fort dans ses paluches. Le vieux Pollack est totalement out of Africa.

Ce film c'est le récit d'un grand et rocambolesque changement de conscience très lent. C'est un quasi western. C'est un stern. Y'a des flingues et des chevaux mais pas l'ombre d'un sombrero à l'horizon. Le genre est totalement revisité. J'en suis à 1h49 et je viens de composer le 17 sur mon Sagem. J'appelle les flics.



1h58, voici un énorme goof. Mickael Clito retrouve son ami avocat, campé par Tom Wilkinson, dans une rue de New-York, lequel tient sous le bras une bonne douzaine de baguettes de pain. L'explication ne nous est pas donnée. On ne saura pas pourquoi ce personnage jusqu'ici tout à fait honnête et intéressant est allé se payer 15 baguettes de pain pour son petit déjeuner. La scène est tournée en champ\contrechamp et d'un plan à l'autre le nombre de baguettes sous le bras du collègue de Michael augmente petit à petit, ça saute aux yeux. Quand la scène se termine, le pote de Clayton lui demande s'il a envie d'un quignon de pain puis se lachave en lui disant : "Excuse j'ai du pain sur la planche". C'est la fin du film. Clooney se barre en taxi, le générique de fin défile sur un côté de l'écran tandis qu'il regarde la caméra pendant dix bonnes minutes dans l'autre partie du cadre. En fond sonore, la bande originale du jeu vidéo Projet I.G.I se profile.

Le film a été nommé plusieurs fois aux Oscars cette année. Pour la meilleure décoration notamment puisque Tony Gilroy filme les objets statiques comme personne. Quid des répondeurs, des chaises de bureaux et autres lampadaires. Le point est toujours fait sur l'objet de déco au détriment de l'acteur en présence. Le film a aussi reçu le Prix d'Interprétation Animale du Festival de Carpentras (le Cheval D'Or de Carpentras pour être plus précis) pour le cheval noir qui joue une scène de 5 bonnes minutes en tête à tête avec George Clooney, à noter que ce cheval avait déjà reçu le prix du Canasson D'Argent de Genève pour son apparition mémorable dans Les 7 Mercenaires.


Michael Clayton de Tony Gilroy avec George Clooney et Sydney Pollack (2007)

vendredi 22 février 2008

Je suis une légende

L'homme, quand il est seul, certain de ne pas être observé, a des manies bien étranges. L'homme, par exemple, adore ses odeurs. L'homme au sens générique du terme j'entends, la femme est dans le même bateau. Quand il est seul, l'Homme se cure les pieds et sent ses doigts, il se passe les phalanges entre les couilles et les porte invariablement, machinalement, à son nez. La femme fait pareil en passant le bout de ses doigts sous ses seins, ou sous ses aisselles, ou contre son sexe sans doute. Les deux font ça avec leurs panards ou leurs culs. C'est quelque chose de très étrange et de pourtant tout à fait naturel. De même l'Homme pète et baigne dans son pet, aussi abominable puisse-t-il être, il s'en délecte et ramène l'odeur vers lui avec ses mains pour mieux en apprécier toute l'horreur. Horreur qui n'est perçue ainsi que lorsque le pet vient d'un autre. Quand il est nôtre, le pet est toujours agréable, voire d'autant plus agréable qu'il est puant. On secoue les draps quand on pète dans son lit pour être certain de recevoir toute les fragrances de son pet et pouvoir mieux le mesurer. Mesurer son importance. Laquelle dépend de sa puanteur. Plus un pet sent, il faut bien le dire, la merde, ou le renfermé, plus il est important et plus on en est fier. C'est très intéressant de voir comme l'homme est toujours d'autant plus fier de ce qui émane ou sort de son corps que ce qu'il dégage est plus répugnant. Tout le monde se retourne après avoir chié. Notre fierté peut se voir quand on va aux chiottes. On sait que personne ne nous regarde, alors on étudie la taille de notre besogne, et on est plus ou moins content de nous selon l'importance de nos déjections. On est fiers de ce qu'y a de plus dégueulasse qui puisse sortir de notre corps, et on l'est plus ou moins selon sa grosseur et sa coloration. Ces rejets sont un insondable tabou en société parce qu'on les adore absolument en privé et que c'est évidemment une profonde honte pour tout un chacun. Tout le monde se retourne après s'être torché. Pas juste pour tirer la chasse d'eau, non, c'est pour bien regarder ses selles, passer un moment en tête à tête avec elles. Parce que tout le monde a peur. Tout le monde est inconsciemment effrayé par la perte de fluide corporel, c'est pour ça qu'on se retourne toujours pour regarder notre merde quand on l'a chiée.

Ce film est une étude théorique sur ces questions. Will Smith est seul à New-York, personne ne le regarde, alors il sent ses doigts.

Francis Lawrence, qui a signé cette merde, n'a de cesse de revoir son film, pour contempler ce qu'il a chié, et croyez-moi, il en est fier.


Je suis une légende de Francis Lawrence avec Will Smith (2007)

mardi 19 février 2008

I Heart Huckabees

Vous connaissez l'histoire de Romain Gary qui avait pris pour pseudonyme Émile Ajar histoire de recevoir deux fois le prix Goncourt, d'abord sous son pseudonyme habituel, pour Les Racines du ciel, en 1956 et la seconde fois donc sous le pseudonyme d'Émile Ajar, pour La Vie devant soi, en 1975. Eh bien Michel Gondry a voulu faire pareil. Après avoir tourné des films à succès tels que Eternal sunshine of the spotless mind ou La science des rêves, il a donc choisi de se déguiser sous une nouvelle identité, David O. Russell, pour sortir un nouveau film : I heart Huckabees. Et si après avoir su la vérité sur la double identité de Romain Gary on devait découvrir que Gary et Ajar signifiaient respectivement "brûle !" et "la braise" en Russe, force est de constater que la supercherie chez Michel Gondry tient par des ficelles un peu moins solides, puisque d'après certains spécialistes ès Gondry, ce dernier aurait choisi le prénom David en hommage à David contre Goliath, le héros préféré de Gondry, petit et maigre comme lui, puis le nom Russell en guise de clin d'œil à Russell Crowe, son acteur fétiche. Quant à la lettre O. les chercheurs sont encore sur le coup. D'aucuns pensent qu'elle pourrait faire référence à Owen Wilson aussi bien qu'à Orson Welles, les deux pygmallions officiels du misérable réalisateur de clips.



Il n'était pas bien difficile de démasquer le coupable. Cependant le principal intéressé n'a pas encore avoué, et je pense même être le premier à mettre publiquement le doigt sur son crapuleux subterfuge. Mais la vérité ne saurait tarder à éclater au grand jour. Il n'y a pas beaucoup de place pour le doute. On retrouve dans ce film tous les éléments chers à l'univers de Michel. Un personnage principal disgracieux dont la tignasse ignoble lui assure la liberté de déambuler à sa guise sur les trottoirs que les passant désertent à son passage. Un bonhomme sympathique, fondamentalement gentil, en contentieux avec ses parents comme avec ses collègues de bureau et chèrement attaché aux bonnes manières ainsi qu'à la protection de l'environnement. Un univers décalé où urbanisme coloré et fantaisies mignonnes font bon ménage. Des seconds rôles tous plus improbables les uns que les autres baignant dans une folie douce et propices à un humour gentillet permanent. Enfin bref un grand film de merde, une escroquerie, une friponnerie, une malversation, une filouterie, un abus de confiance. Gondry nous prend pour des cons.



Pourquoi un pseudo ? Peut-être parce que pour une fois Michel Gondry a fait le choix de ne pas engager que des tâches pour jouer dans son film. Peut-être par peur de surprendre son audience habituelle rodée à des actrices aussi bandantes que Charlotte Gainsbourg ou à des acteurs aussi brillants que Gabriel Garcia Macdal . En effet on retrouve à côté des abominables malfrats que sont Jason Shwartzman et Jude Law des gens intéressants comme Dustin Hoffman, Naomi Watts (en bikini), et Isabelle Huppert. Mais ne vous méprenez pas. Tous ces acteurs se sont vus confier des rôles si chiants qu'on en oublierait presque leur talent. À l'exception du pouilleux Mark Wahlberg qui trouve enfin un rôle qui ne soit pas une insulte radicale à sa personne autant qu'au spectateur, un rôle assez marrant qui plus est. Peut-être aussi que ce vaurien de Michel Gondry a choisi de prendre un pseudonyme pour remporter deux fois la Palme d'Or à Cannes, comme Gary avec le Goncourt, c'était oublier un peu vite qu'il n'a jamais reçu aucun grand prix à ce jour, hormis les Oscars du meilleur décorateur et du meilleur photographe de plateau pour sa publicité de la Smirnoff Ice, spot publicitaire qui a fait de Gondry le Méliès d'aujourd'hui.


I Heart Huckabees de David O. Russell avec Mark Wahlberg, Naomi Watts et Isabelle Huppert (2005)

Bigfoot

Qui ne connait pas le Big Foot ? Littéralement "Gros Pied", du fait de la taille gigantesque des empreintes qu'il se plaît à laisser dans la boue les soirs de pleine lune (si le dicton "grand pied grosse bite" est vrai, imaginez un peu la taille que doit avoir son GrosRobert), le Big Foot est plus connu chez nous sous le nom d' « Abominable bonhomme des neiges ». « Yeti » ou « Mi-Go » au Tibet, où il est très souvent surpris dans les fêtes de villages, le Big Foot ne répond de toute façon jamais quand on l’appelle, d’où cette abondance de surnoms. Hergé lui a consacré un album, Pocahontas serait morte étranglée par l'un d'eux, Jeremiah Johnson en aurait combattu un à mains nues, Brad Pitt le défend, Ernest Giger s'en serait inspiré pour designer l'Alien, Spielberg en aurait apprivoisé un en lui montrant E.T... C'est bien simple : le Big Foot est l'une des légendes urbaines les plus vivaces de notre temps. Toute personne s'intéressant un tant soit peu aux mystères qui font froid dans le dos a déjà entendu parler du Big Foot. Ici, nous sommes bel et bien en présence d'un cas d'homme de néandertal qui aurait survécu à travers les âges, chose tout à fait plausible affirment les scientifiques et d’autant plus effroyable que l'on relève des témoignages venant d’Asie qui sont étrangement cohérents avec d'autres originaires d’Amérique ou de Patagonie ! Selon l’IFOP, et d’après les chiffres datant de 2003, on recenserait chaque année pas moins de 850 preuves -and counting- de l’existence du Big Foot. Comme vous le voyez, j'ai moi-même du mal à cacher mon enthousiasme lorsque j'évoque la personne du Big Foot ! Une biopic référence sur le Big Foot DEVAIT exister, Slatzer s'en est chargé.

C'est suite à une longue traversée du désert et au braquage d'une banque dans le Kansas que Robert Slatzer trouva les fonds nécessaire pour mettre en chantier le tournage de son film. Saltzer avait tout simplement l'intention de réaliser une oeuvre bigger than life, c’est à dire LE film définitif sur le sujet du Big Foot. La vingtaine de pages qui constitue le scénario de Saltzer cache un film d’une profondeur rare, contenant son lot de scènes d’anthologie et permettant de faire passer un message humaniste d’une simplicité désarmante sur la tolérance et la vie en communauté. Je ne peux à présent m’empêcher de vous présenter le synopsis. Si vous n’aimez pas les spoilers, passez donc votre chemin !

Le début du film nous présente un Big Foot hyperactif et suspicieux, ayant par conséquent du mal à trouver le sommeil. Il noie donc sa solitude et son chagrin dans une bouteille de whisky dérobée à un bûcheron. Une nuit, après un brainstorming éreintant où il est aidé par un jeune verrat qui deviendra par la suite son sidekick, le Big Foot décide d’aller à la rencontre des villageois, dans l’espoir de se faire des amis. Sous-homme à l’allure simiesque et à l’hygiène rudimentaire, le Big Foot aura au départ bien du mal à faire sa place parmi les villageois. Grâce à un sens de l’humour à toute épreuve et une répartie qui laisse pantois, le Big Foot autodidacte se fera peu à peu accepter et deviendra un membre essentiel de la communauté. Nous sommes alors dans le premier acte du film, tout va bien et le climax du bonheur survient lorsque le Big Foot a sa première relation sexuelle avec une jeune attardée, qu’il conclue par un interminable cumshot, rythmés par les cris de la bête.

C’est alors que survient l’inévitable élément perturbateur, ouvrant le deuxième acte : une bande de bikers sans pitié et le drapeau en berne depuis des mois, débarquent en ville, surprennent le Big Foot dans un bar et s’en prennent directement à lui avec leurs fouets. Sachant que son penchant pour la bibine est son talon d’Achille, les bikers lui tendent un guet-apens en se servant d’une canette de bière pour l’attirer dans une cage. Le Big Foot se retrouve alors dos au mur, ignorant encore les intentions des bikers qui désirent le revendre à un savant fou !

Je préfère ne pas dévoiler le reste de l’intrigue afin de préserver l’effet de surprise, mais sachez que le métrage est ponctué de scènes cultes qui sont désormais au panthéon du cinéma. Parmi elles, je citerai en premier celle du mémorable mexican stand off où le Big Foot est cerné par trois bikers armés et à cran ! Celle où l’on voit le Big Foot prendre sa première douche vaut également son pesant de pesos car rien ne nous est caché sur l’anatomie de la bête. Le spectateur médusé se rend alors compte que notre Big Foot a effectivement un sexe de la taille du bras d’un enfant bodybuildé. Que dire du final en apothéose où le Big Foot, ayant réussi à s’échapper, se retrouve traqué par un Mirage 2000 et évite de peu un raid aérien lors d’une scène évoquant inévitablement La Mort Aux Trousses et la fin de 24 heures chrono saison 3 !

Ne vous laissez pas duper par l'affiche mensongère du film car à sa sortie, la presse lui réserva en réalité un accueil particulièrement glacial avec quelques phrases assassinent qui eurent pour effet inattendu de rendre Robert Slatzer encore plus euphorique, rappelant qu’il en avait été de même pour le Citizen Kane d’Orson Welles et que seuls les vrais chefs d’œuvre ne sont pas immédiatement reconnus. « Quid de Titanic dont personne ne se souvient aujourd’hui alors qu’il déchaîna les foules à sa sortie ? » déclara-t-il lors d’un entretien privé.


Son film provoqua carrément une sorte de séisme au sein de la presse spécialisée. Les critiques n'ont vraiment pas été tendres et, pour que vous ayez des preuves, je vais à présent vous citer les exemples les plus fameux :

"Je fêterai mes 118 ans demain. J'ai supervisé les effets spéciaux de L'Arroseur arrosé, j'ai même eu l'idée de la blague en premier, j'étais parmi les passagers du train de la Ciotat, j'ai échappé au McCarthisme, j'ai accueilli Kirk Douglas lors de son arrivée aux pays de la liberté, je suis celui qui suite à une faute de frappe a définitivement transformé Gary en Cary Crant et j'ai connu Georges Lucas à l'époque où il avait un peu de talent. J'ai vu des milliers films, interviewé des réalisateurs du monde entier et visité les salles de cinéma de tous les pays. Je pensais avoir été achevé par le dernier Ron Howard. C'était sans compter sur la chose méprisable de Robert Slatzer, qu'on m'obligea à voir jusqu'à la fin, un fusil à canon scié collé à ma poitrine." Le Père-Noël

"C'est bien simple : j'ai eu l'impression de voir les rushes du plus mauvais premier film d'un réalisateur raté qu'on aurait forcé à faire du cinéma." Jean Claude

"Un pet cinématographique." Télé Z

"L'espace d'une heure trente, j'ai envié ma tante aveugle, pour la première fois de ma vie." Télé 2

"Un traquenard." Bricoloisirs

"By the way, this movie caused terrible trauma for me !" TGV Magazine, le magazine à grande vitesse

"BigFoot fait partie de ces quelques films qui feraient regretter aux frères Lumières d'avoir inventé le cinématographe." Kansas City Chronicles

Beaucoup de haine pour un film qui n’en mérite pas tant.

BigFoot se termine sur quelques lignes nous racontant le futur incertain du Big Foot et de sa nouvelle compagne, hommage direct aux grandes heures du cinéma muet. On y apprend qu’ils se marièrent, qu’ils vécurent heureux mais qu’il décida de divorcer car elle était stérile. Terrible fin, ou quand la fiction parvient à être aussi cruelle que la réalité. Après avoir réalisé ce film, l'allemand Robert F. Slatzer a tout simplement arrêté le cinéma, jugeant qu'il ne pourrait jamais faire mieux et que tout avait été dit. Une vision du cinéma peu banale, pour un réalisateur unique.


Bigfoot de Robert F. Slatzer avec John Carradine, Christopher Mitchum, John Mitchum et Christopher Carradine (1970)

lundi 18 février 2008

30 Days of Night

Vous vous demandez sans doute ce que peut signifier ce titre. C'est très simple. Y'a des endroits sur Terre où vaut mieux pas élire résidence. Par exemple l'Alaska. L'Alaska se situe sur un décan tel qu'à une certaine période de l'année l'État tout entier se retrouve plongé dans la nuit noire 30 jours d'affilé. Y'a déjà un film qui avait été fait là-dessus, Insomnia avec Robin Williams et Al Pacino, un film où l'idée avait déjà montré ses limites. 30 days of night est l'adaptation d'un comic dont l'auteur, Steve Niles, avait trouvé là un bon prétexte pour renouveler le mythe des vampires. Il aurait déclaré au journal Ciné Live à la sortie du film: "Putain quand j'ai appris qu'il faisait pas jour pendant 30 jours dans cette région du Canada j'ai immédiatement repris mon fusain et mon papier cançon pour pondre un comic de merde". Deux jours plus tard il devait croire bon de rajouter dans Studio: "La neige, blanche. La nuit, noire. Le sang, rouge. J'ai tout dessiné en noir et blanc".

L'idée de base était de donner une nouvelle jeunesse au mythe des vampires, en balayant tout ce qui faisait sa grandeur et son romantisme (le côté hors du temps des vampires, le fait qu'ils soient en de nombreux points supérieur aux hommes et qu'ils ne les perçoivent pas comme de la simple nourriture), en faisant de ces créatures de simples animaux bêtes et méchants. Une transformation et une simplification du mythe qui a en plus déjà été faite mille fois.



Malgré tout, les studios choisissent l'occulte David Slade pour adapter ce comic au cinéma. Pour ce qui est de l'histoire : comme l'indique son titre elle se déroule sur deux journées et il fait nuit. Le reste n'a rien d'original ni d'intéressant. Les vampires tuent les gens, les gens cherchent à survivre, etc.

L'ennui c'est que si on me propose de le revoir demain je dirais oui vu que je me souviendrai plus l'avoir vu.


30 Days of Night de David Slade avec Josh Harnett et Melissa George (2007)

Le Voile des illusions

Ce film raconte l'histoire d'une jeune aristocrate anglaise (Naomi Watts) méprisée de ses parents et qui, en 1925, accepte par défaut la demande en mariage d'un jeune bactériologiste fou amoureux d'elle (Edward Norton Antivirus), histoire de partir le plus loin possible de son affreuse génitrice. Epouser ce charmant jeune homme s'avère bien pratique puisqu'il doit partir en Chine aussitôt la bague passée au doigt de la dame. Une fois arrivés sur place, la jeune femme alterne gros smileys et caprices d'adolescentes, mais le mariage se consomme avec joie de vivre. Et puis arrive un grand con (Liev Schrieber), qui la fait marrer avec une vanne de merde et qui se retrouve au pieu avec elle aussi sec. Edwardo Norton découvre rapidement l'adultère et soumet un dilemme à la jeune fille : soit ils divorcent, mais à condition que Liev Shrieber quitte sa femme et épouse Naomi Watts dès après, soit elle le suit dans un village reculé où sévit le choléra pour le soutenir tandis qu'il combattra la maladie. Fidèle à sa ligne de conduite de fils de pute, le personnage incarné par Liev Shrieber la laisse tomber et les voilà embarqués pour un hameau infesté.



Tout ça pour dire que John Curran va vite en besogne. Après un générique d'ouverture d'outre-tombe, en pas plus de 26 minutes on a la rencontre Norton/Watts, la demande en mariage, la rencontre Watts/Shrieber, l'adultère, la proposition de divorce, l'annulation du divorce, le choléra. Il ne perd pas une minute ! Il ne perd pas une minute parce qu'il sait que derrière il va planter sa tente et son pied de caméra et prendre son temps pour tourner un film de 2h10.

Vous vous demandez peut-être que nous vaut le grand retour au cinéma de Liev Shrieber, sosie officieux et Américain de Michael Youn. C'est tout bête. Cet énergumène a su épouser Naomi Watts par je ne sais quel malentendu, puis il a su lui faire un gamin par Dieu sait quel subterfuge. Ce type-là qui n'a sur son CV que trois films, à savoir: Scream 1, Scream 2 et Scream 3, a levé Naomi Watts, la plus grande actrice vivante à Hollywood, une des plus belles femmes du 7ème Art (et ça se vérifie ô combien dans ce film une fois de plus). Et donc en tant que productrice, Naomi Watts n'a pas eu de mal à imposer son mari dans un rôle qui s'avèrera finalement assez insultant. On peut d'ailleurs se réjouir en pensant que Liev Servan-Shreber matait le tournage du film en duplex depuis son salon et se mordait les pieds en voyant Edward Norton bouffer le visage de sa chère et tendre en direct-live. Liev + Naomi = ?

Il faut revenir sur un point important : Naomi Watts. Elle est d'une beauté ravageuse qui laisse pantois. Dans chacun de ses plans elle resplendit. Et pourtant on n'aura vu qu'un cul à l'image : celui de Norton. Moyen le bilan. Norton dont le personnage, après avoir niqué pour la seconde fois de sa vie avec sa jeune épouse pour se la remettre dans la poche, se prend le gland dans la porte puis se teint les cheveux, il se fait des mèches et un brushing. Drôle de choix scénaristique. Et dès que ça tourne de nouveau au vinaigre pour Eddie, ses cheveux reprennent leur couleur maussade originale. Assez édifiant.



Alors attention The Painted Veil est un nouveau film taillé sur mesure pour les mamans. Elles en auront pour leur grade. Femme sexuellement frustrée, femme secrètement éprise, femme de ménage, femme sans enfant, femme au mari dédaigneux, femme en cavale, femme à l'amant dilettante, femme à l'amour révélé, femme lunatique, femme à rebondissements, femme capricieuse, femme féministe, femme libertaire, femme aux sentiments croisés, femme aux ligaments croisés, femme enceinte, femme au mari malade, femme au mari clamsé, femme à l'enterrement de son mari, femme veuve. Oui vous avez bien lu "femme enceinte", car Naomi Watts apprend qu'elle est en cloque après s'être rabibochée avec Edwardo Cabron, et le fait est qu'elle ne sait pas si le gamin est de lui ou de Schrieber. Elle aura la réponse 9 mois plus tard quand elle découvrira que le gosse ne mesure pas 3 mètres de haut, qu'il n'a pas une gueule de clébard et qu'il ne cause pas Allemand : ça ne peut pas être le marmot de Liev Tyler. Ce bambin là vendra de toute évidence des logiciels Antivirus. Norton 1, Shrieber 0.

Bref tous les ingrédients sont là pour faire chialer ta mère. Et tout ça est plutôt bien manigancé. Si bien que deux estudiantins dégueulant la testostérone vont au bout sans ciller. Un film très académique mais tout à fait convenable. Ce film est un film à Césars, ce film est un film à Goyas, ce film est un film prétendant au Premio Ariel, ce film est une bestiasse de foire, ce film est une foutue tringle à tapis rouge.


Le Voile des illusions de John Curran avec Naomi Watts et Edward Norton (2007)

dimanche 17 février 2008

The Darjeeling Limited

Voici donc le nouveau bébé de Wes Anderson et il a pas une meilleure façade que ses grands frères. Au début du film Bill Murray fait un ride en taxi pour attraper son train puis, découvrant une fois arrivé à la gare que le TEOZ se fait déjà la malle, il cavale le long du quai et voit Adrien Brody le doubler à la course, monter dedans à sa place et le regarder s’essouffler en vain avant d'abandonner. Wes Anderson filme sa scène au ralenti avec une musique trop chouette derrière. Toujours le même, Wescoast Anderson, il n'a pas bougé d'un millimètre. Bill Murray vient de passer le relai, il n'est plus la tête d'affiche de Wes Anderson, on aura pigé. Désormais les sales gueules d'affiche sont au nombre de trois: Adrien Brody donc, Owen Wilson et Jason Schwartzman. Gros concours de nez sur le plateau. Brody remporte la manche mais c'était serré.

C'est l'histoire de trois frères qui font un voyage spirituel en Inde pour y retrouver leur mère après le décès de leur père. C'est une quête initiatique, un road movie, un filme de marche, les douze travaux d'Hercule, les douze salopards, une suite d'épreuves, d'étapes, à la fin desquelles les trois personnages auront gagné la fraternité. Personnellement j'avais jamais vu ça, ni sur grand écran, ni sur petite lucarne ni sur papier glacé. Avoir pondu une histoire si faible à trois c'est accablant.



Dans les faits c'est trois personnages plus chiants les uns que les autres qui se disputent dans un train sur fond de musique indienne en mode "Repeat all". Trois acteurs pas drôles une seule seconde, incapables de réussir le moindre gag même en jouant des coudes. Une suite de péripéties fades et de running gags faiblards. Un panorama peu reluisant de l'Inde, pays dans lequel la femme répond au doigt et à l’œil à l'homme blanc quand il lui fait signe de le rejoindre dans les chiottes pour se faire baiser vite fait, et dont les gamins sont des voleurs de godasses à la manque. Les clichés d'un goût douteux chez Wes Sonny Anderson c'est décidément un gros gagne-pain. Le tout dans ce style qu'est celui, typique, de Wes Anderson et qui est devenu plus que facilement identifiable au fil des films, tant il est bête comme ses gros panards. De larges champs/contrechamps interminables et sans amorces, des travellings latéraux trafiqués par ordinateur qui passent à travers les parois des compartiments du train pour nous montrer chaque cabine, de grands panoramiques extrêmement rapides qui passent d'un gros plan sur la gueule d'un des acteurs à l'autre tandis que la caméra, au centre du triangle d'acteurs, tourne sur son axe à toute allure (grâce encore une fois à des effets spéciaux très laids). Le tout avec des scènes ralenties, de la pop top chouette à intervalles réguliers et de la musique indienne d'ascenseur en permanence pour créer une "ambiance" de mes deux, des décors surchargés qui feront employer le mot "mignon" quelques centaines de fois aux spectateurs qui auront adoré, et ainsi de suite.

Au début du film Félix s'est levé pour aller chier. En ce moment il est un peu constipé. Deux heures après il est sorti des chiottes les bras en croix : "T'AVAIS PAS MIS PAUSE ?".


The Darjeeling Limited de Wes Anderson avec Adrien Brody et Bill Murray (2008)

samedi 16 février 2008

Copying Beethoven


C'est un biopic intéressant et c'est assez rare. Pas d'exhaustivité ici, pas de récit académique du type "Toute une vie de Beethoven" ou "Beethoven de A à Z", "Beethoven pour les gros tanchards" et autres "Comment tout savoir sur la vie de Beethoven sans se faire chier à ouvrir un livre". Le film a deux personnages principaux, Anna Holtz et Ludwig Van Beethoven donc. Anna Holtz est une jeune copiste désireuse de composer elle-même mais prisonnière d'un couvent et qui, pour remplacer le copiste habituel du grand maître, valet trop vieux et croulant sous la tâche, est envoyée à Ludwig Van Beethoven déjà bien sourd tandis qu'il compose la 9ème symphonie. Anna Holtz est interprétée très brillamment par la sublime Diane Kruger et c'est le fameux Ed Harris qui se charge d'incarner Ludwig, et avec quel talent. Je ne le savais absolument pas capable d'un tel travail. Et pourtant je suis un fan de la première heure. Mais même quand on l'a aimé dans ses rôles pour L’Étoffe des héros, Appolo 13 ou A History of Violence par exemple, on est loin d'imaginer qu'il puisse devenir à ce point Beethoven, dans toute sa folie et toute sa grandeur. C'est saisissant de voir comme il s'est imprégné du rôle pour lui rendre vie. Donc le film ne prétend pas nous résumer Beethoven, simplement nous montrer le génie de cet homme, de la composition/représentation de la 9ème symphonie jusqu'à celles de la Grande Fugue dont l'injuste insuccès à l'époque aura marqué sa fin.



Ce film est, me semble-t-il, totalement passé inaperçu à sa sortie. Je n'en avais jamais entendu parler pour ma part. Ed Harris a d'ailleurs déclaré avoir appris une des plus grandes leçons de sa vie en voyant la distribution du film : "Don't let MGM distribute a film you care about". Ne vous laissez pas duper par la scène d'introduction, totalement en roues libres, avec des effets assez grossiers, un peu clipesques, qu'on ne retrouve plus jamais dans la suite du film. C'est un bon film, intéressant, très prenant, qui fait des choix peu communs, et dont une scène en particulier retient l'attention, la première de la 9ème symphonie (certes coupée de façon souvent douloureuse mais déjà longue, et puis comment faire autrement ?) et son triomphe, dans laquelle Beethoven est filmé tel qu'il est, de façon très survoltée, tandis qu'il communie comme jamais avec Anna Holtz qui lui donne le tempo, assise au milieu des violons, afin qu'il sache malgré sa surdité quand attaquer ses reprises. Certains trouveront peut-être l'interprétation d'Ed Harris un peu cabotine ou caricaturale, mais de mon point de vue, il doit être bien facile de tomber dans la caricature avec un personnage aussi haut en couleurs que Beethoven, et Ed Harris fait juste ce qu'il faut, très justement. Il y a bien quelques insistances dans certaines scènes mais souvent sur les points les plus importants, donc pardonnables, et puis compensées par bien des économies dans des scènes romantiques qui vont droit au but et évitent les poncifs du genre.



Il faut aussi souligner la qualité du titre. Un titre qui peut être interprété de bien des façons puisqu'Anna Holtz copie littéralement Beethoven, au même titre qu'Ed Harris et que le film, qui ne prétend pas à l'absolue véracité de son propos mais simplement s'inspirer du personnage.

P.S. Félix l'a loué en pensant qu'il s'agissait du troisième volet des aventures de Beethoven le Saint-Bernard le plus célèbre de la petite lucarne.


Copying Beethoven de Agnieszka Holland avec Ed Harris et Diane Kruger (2006)

vendredi 15 février 2008

Lonesome Jim

Lonesome Jim est le troisième film de Steve Buscemi. Il raconte l'histoire d'un jeune écrivain en constante déprime, brillamment (comme toujours) interprété par Casey Affleck, qui parce qu'il n'a plus d'autres endroits où aller, se résigne à retourner dans son foyer familial où vivent donc ses parents, son frère et les deux filles de son frère, pour y vivre une nouvelle dépression. Mais c'était sans compter sur son don pour répandre ses idées noires, puisque après avoir démontré à son frère que sa vie est une tragédie sans fin, ce dernier s'envoie contre un arbre en voiture et tombe dans le coma. Notre héros raté va alors devoir aider ses parents, entraîner l'équipe de basket de petites filles dont s'occupait son frère, gérer sa nouvelle fiancée (Liv Tyler, ici très jolie) et son jeune fils qui le prend presque pour père, ainsi que son oncle dealer de drogue (un personnage très drôle).



Le film est très simple, presque banal, c'est l'histoire d'un type qui broie du noir jour et nuit, qui se demande à quoi bon essayer puisqu'il y a des chances pour que ça rate et veut donc s'épargner la possibilité d'un échec en ne s'y risquant pas, et qui comprend petit à petit son erreur. En soi c'est très commun. Mais Buscemi a un style bien à lui, le film a un ton qui lui est propre, assez original et très appréciable, puis le casting n'est pas pour gâcher la fête avec en tête Casey Affleck donc, bel homme et bel acteur, impeccable, et à noter quelques scènes fort drôles. Une belle surprise.


Lonesome Jim de Steve Buscemi avec Casey Affleck et Liv Tyler (2005)

Fun with Dick & Jane

Je l'avais déjà vu y'a deux ans et j'en gardais pas un excellent souvenir. Je l'ai revu avec Rémi, qui lui le découvrait complètement car il en avait strictement jamais entendu parler. Et en fait c'est un très bon film ! Jim Carrey assure le spectacle, il est hilarant à plusieurs reprises, transforme des scènes banales en sommet d'humour terre-à-terre et pourtant si rarement osé et réussi. Téa Léoni, dans le rôle de sa femme, est bonne dans tous les sens du terme. Ce film marque également le grand retour de la dynastie Baldwin dans le cinéma qui sort sur grand écran avant de sortir en dvd. Il a un rôle de gros connard et l'interprète à merveille.

L'histoire est toute simple : Jim Carrey vient d'être nommé vice-président de l'énorme firme dans laquelle il travaille et suggère donc à sa femme de quitter son job. Le lendemain Carrey est envoyé dans une émission télé par son patron, ce qui s'avère être une embuscade puisqu'il apprend que sa firme ferme ses portes et qu'il est donc à la rue. Après avoir cherché du boulot en vain et vendu tous ses meubles, lui et sa femme décident de faire des braquages pour payer les factures qui s'accumulent et éviter l'expulsion. Tout ça nous vaut des scènes cocasses où Jim Carrey nous fait pisser de rire comme à son habitude. L'un des seuls hommes capables de nous faire marrer comme des baleines en jouant avec des interrupteurs et une rampe d'escaliers. Il y a plus d'une scène d'anthologie qui perdraient à être décrites. En voyant le talent et l'aisance éclatante de l'acteur dans ce genre de films, on regrette qu'il ne tourne pas plus souvent, sans s'égarer dans des daubes comme Nombre 23. On regrette surtout de ne pas le retrouver à la place de vauriens comme Ben Stiller, de scélérats comme Owen Wilson, de crapules comme Vince Vaughn ou d'escrocs comme Anne Roumanoff dans des films qui deviendraient magiques s'il était là. Grand Monsieur. Ce type-là est sans égal.


Fun with Dick and Jane de Dean Parisot avec Jim Carrey, Téa Léoni et Alec Baldwin (2005)

7h58 ce samedi-là

J'attendais beaucoup mieux du dernier film du grand Sidney Lumet. L'histoire est vraiment tirée par les cheveux, avec des personnages qui ont des comportement tellement bêtes et méchants qu'ils en deviennent tout à fait irréalistes. Le montage, loin de ce à quoi nous avait habitué le cinéaste et parfois digne des films d'Inarritu (21 grammes, Babel...), fait de nombreux retours en arrière signalés par des sons difficilement supportables. Ce qui n'apporte vraiment pas grand chose et permet seulement de rendre compliqué un scénario dont ces flashbacks ne parviennent pas à cacher la débilité. Albert Finney en fait des caisses dans son rôle de père haineux. Philipp Seymour Hoffman devrait surveiller de près sa santé tant la rougeur de son faciès inquiète. Ethan Hawke s'en tire plutôt bien dans son rôle d'idiot du village, il a l'air parfois totalement en roues libres. Y'a bien quelques scènes réussies où il veut récupérer le cd d'Ok Computer qu'il a laissé dans une voiture louée... Et Marisa Tomei, souvent nue, est très jolie mais son personnage se limite à un rôle d'accessoire. Tous les autres personnages féminins sont soit insupportables soit inexistants.




Je vais quand même vous raconter vite fait de quoi ça cause pour vous donner envie. C'est donc l'histoire de deux frères interprétés par Ethan Hawke et Philip Seymour Hoffman qui, parce qu'ils ont tous les deux besoin d'argent, ne trouvent rien de mieux à faire que braquer la bijouterie de leurs vieux parents. Evidemment rien ne se passe comme prévu et la famille Hawke-Hoffman finira considérablement réduite. Le dernier plan du film c'est Albert Finney qui, après en avoir terminé avec l'un de ses fils qu'il vient d'étouffer avec un coussin la bave aux lèvres, s'en va dans les couloirs de l'hôpital sur un fondu lumineux aux accents bibliques particulièrement laid. C'est très glauque, c'est long et ça ne raconte que des choses moches et bêtes. Nota bene : c'est l'une des rares fois où le titre français colle plus au film que le titre original (Before the Devil Knows you're dead), tape à l'œil et racoleur pour un thriller dramatique finalement très quelconque.


7h58 ce samedi-là de Sidney Lumet avec Ethan Hawke, Philip Seymour-Hoffman et Marisa Tomei (2007)

jeudi 14 février 2008

Marie-Antoinette

Jusqu'à ce soir ce film était un vaste point d'interrogation pour moi, désormais c'est un grand panneau sens interdit. C'est pas tout à fait vrai, j'avais déjà une certaine idée de l'ampleur du désastre. Sofia Coppola n'a pas pépom Quentin Tarantino pour rien. Elle a la même obsession que lui : tâcher de prouver dans chaque film son bon goût. Et alors les petits fans de musique sont tout enjoués de reconnaître quelque chose dans un film, il leur suffit de savoir le nom d'un groupe utilisé dans la bande originale pour adorer ce qu'ils voient à l'image, la vie de ces gens est semble-t-il un blindtest permanent. "Putain fatche j'ai reconnu New Order et Air, ce film est vraiment puissant !". C'est d'une tristesse accablante. S'ils aiment ces musiques ils n'ont qu'à les écouter sur leur ipod et qu'ils se fassent pas chier à foutre le dvd du film dans leur platine pour les entendre sur un clip écoeurant... Si le même film, très exactement, était sorti en France, réalisé par, mettons Laurent Tirard, sans New Order et Sparklehorse dans la BO, peu de gens seraient allés le voir, ou en tout cas peu de gens auraient aimé. C'est assez tragi-comique.



À part ça le film est d'un ennui prodigieux. Kirsten Dunst est jolie mais Sofia Coppola filme plus volontiers les lustres quand elle est nue, puis elle baisse sa caméra une fois la robe enfilée. Pourquoi ne pas la filmer directement habillée donc ? J'aurais fait un porno assez salace à sa place croyez-moi. L'acteur qui joue Louis XVI, le jeune type de Rushmore, Arthur H je crois, je sais plus son nom, ressemble à Dustin Hoffman s'il avait été laid. Y'a un petit caméo de Mathieu Amalric qui indique que Coppola, l'ayant vu chez Spielberg, l'a tout de suite contacté pour son unique film se déroulant en France. Bref le podcast fait pas toujours rêver. Le chef décorateur non plus, puisque tous les plans où on aperçoit les extérieurs de Versailles sont faits par ordinateur ou simples effets spéciaux à la con, ça se voit très nettement et c'est d'une laideur peu commune. Y'a même toute une scène où Jason Bourne (l'acteur de Rushmode qui incarne Louis XVI) cause à un éléphant dans le parc du château, et un grand portail en inox le protège de ses assauts répétés. Ledit éléphant est un gros effet spécial dégueulasse et saccadé comme les hologrammes avec lesquels ils communiquent à distance dans Star Wars New Episode. Le gros connard de Jason Molina (l'acteur de Mushroom qui joue Louis XVI) agite les bras devant un fond bleu, c'est pathétique.



En parlant d'animaux de compagnie, y'a au minimum un clebs dans chaque plan de ce film, quand c'est pas trois, une épreuve pour les yeux car ce sont des charpets, clébards hideux qui selon Wikipédia n'ont été inventés que bien plus tard. Le dirlo de la photo a fait son boulot, y'a rien à redire, il a suivi les indications de Coppola, c'est son film qui pue la merde pas le vieux dirlo. Et puis elle nous fout du Français de temps en temps, pour faire couleur locale, qu'on adhère un peu, mais Marie-Antoinette d'Autriche parle anglais, comme semble-t-il tous les Autrichiens dont la langue maternelle selon Sofia est l'Anglais. Et puis très vite comme c'était chiant de faire parler Ahston Cutcher (Louis XVI) en Français, vu qu'il sait pas, elle a décidé que tous les Français parleraient tout le temps anglais, même quand la Reine autrichienne qui parle anglais n'est pas là, même le peuple français de France quand il hurle qu'il veut de la farine. Ils ont foiré leur coup au mixage parce qu'il reste des bouts de français un peu partout et tout ça ressemble largement à du gros foutage de gueule.



C'est un film vraiment très très bête. On nous dit que Marie-Antoinette était une pauvre jeune fille comme les autres, exactement comme celles d'aujourd'hui (étonnant pour une Reine de France autrichienne en 1765, non ?), qui ne voulait qu'une chose, se faire niquer une fois convenablement. Et pour nous démontrer cette insignifiance Sofia Coppola nous fait chier pendant deux longues plombes. Putain vous pouvez pas savoir comme je me sens léger, enfin débarrassé, et de ce film de merde, et de ce que j'en pense.


Marie-Antoinette de Sofia Coppola avec Kirsten Dunst et Jason Schwartzman (2006)

mercredi 13 février 2008

Planet Terror

Halloween 2008 était pas top alors on a mis Planet Proof de Michelle Rodriguez. Comme prévu c'est une énorme daube.

Trois adjectifs:

- Ridicule
- Chiant
- Laid

Je pourrais continuer pendant 10 lignes comme ça. Ça ferait 13 adjectifs. Si encore il faisait juste un film hommage, je le trouverais pourrave mais bon je comprendrais à la limite l'envie du gars (ça vaut pareil pour Tarantino) aussi pourri soit le film en lui-même. Mais le simple fait qu'il mette une fausse bande annonce avant, des titres et des logos écrits comme à l'époque et qu'il raye la pellicule, mette des faux collages et interrompe le film avec "désolé bande manquante", ça me le rend ultra détestable. Ça rend toute la chose absolument minable. C'est un petit fan de merde, un collectionneur à la manque. Comment se contenter de ce goût superficiel du passé, de cette fausse nostalgie ridicule, cette passion non pas pour le contenu des œuvres passées mais bien pour le contenant, au sens strictement matériel du terme, cette débilité qui consiste à ressortir sa gameboy ou son walkman cassette aujourd'hui sous prétexte que parce que c'est démodé c'est méga cool, alors qu'à l'époque où on passait au cd on était bien content de jeter l'auto reverse à la poubelle. Je hais ce rapport de connard au passé. Un mot sur Rose McGowan : clebs.


Planet Terror de Robert Rodriguez avec Josh Brolin et Quentin Tarantino (2007)

Big

On est en 1987. Penny Marshall, illustre réalisatrice de L'Opération Shakespeare et de rien d'autre, met en scène le jeune Tom Hanks, à peine reconnu pour son rôle dans Splash, film qui portait bien son titre onomatopéique puisque, alors qu'il était destiné aux pré-adolescents, on y voyait Daryl Hannah à moitié nue d'un bout à l'autre. Tom Hanks était encore loin de tourner le très mauvais Philadelphia et d'ainsi connaître la gloire. Son film suivant fut d'ailleurs Turner et Hooch, pour vous donner une meilleure idée de l'état peu avancé de la carrière du jeune comédien à cette époque-là, réduit à tourner avec un chien. Le scénario du film est assez cool : Josh Baskin (David Moscow/Tom Hanks) est un jeune garçon de 12 ans passionné de jeux vidéos qui a du mal à faire son trou auprès de la gent féminine. Il est relativement petit pour son âge, et n'intéresse donc pas le moins du monde la jolie blonde dont il est amoureux. Il ne s'en rend pas compte, mais cette jolie blonde possède en réalité un charme équivalent à celui des toilettes d'une Taverne Bavaroise un jour de pluie. Une choucroute blonde est d'ailleurs entièrement plaquée sur une de ses joues. Donc Josh est amoureux de cette jeune fille hideuse. Et ça n'est pas son ami Billy (Jared Rushton), encore plus petit que lui, qui va l'aider à se faire remarquer.




D'ailleurs je fais un nouvel aparté ici, parce que son ami Billy, n'est pas que petit, il a également le nom de famille le plus géant de l'univers. Billy Kopeche. S'il vous plaît. Et ça ne se prononce pas comme ça s'écrit. Ni Kopèche, ni Kopeuche, mais bien Kopèké. Un peu comme Popècké, le comique troupier. Enfin bref, il s'appelle Kopèké. J'en reviens à mon résumé. Donc Josh en chie des ronds de chapeaux avec sa bien-aimée. Ses parents l'emmènent dans une fête foraine pour lui remonter le moral mais c'est rien qu'une occasion de plus pour Baskin de passer pour un con devant la fille d'Eraserhead. Mais il trouve une vieille machine, un automate magicien qui répond au doux nom de Zoltar. En échange d'une pièce, son vœu sera exaucé. Josh tente donc sa chance, il veut grandir. A cet instant crucial, un travelling vertical qui vous fera faire dans votre froc nous révèle soudain que l'automate n'était pas branché. Surprise, suspense, mystère.



Le lendemain matin, Josh Baskin a pris les traits de Tom Hanks. Il est toujours le même Josh de 12 ans, mais dans un corps de trente piges, et l'énorme paquet ramolli qui dépasse de son caleçon taille Extra Small ne laisse planer aucun doute là-dessus. Quand sa mère appelle les flics et menace de lui trancher la gorge avec un couteau de boucher, Josh est contraint de quitter le foyer familial. Il va donc se faire reconnaître de Billy (Kopèké) en lui chantant leur chanson idiote qu'ils sont seuls à connaître:

"Shimmy, shimmy, cocoa pop. Shimmy, shimmy, rock. Shimmy, shimmy, kopèké. Shimmy, shimmy, ro-ock..."

Puis Josh va devoir trouver du travail, pour survivre aux six mois de délai nécessaire pour obtenir la liste des fêtes foraines de sa ville et retrouver Zoltar afin d'annuler le vœu. Il devient finalement membre de l'équipe créative d'une entreprise de jouets et amasse donc tout un tas de fric qu'il investit dans un gigantesque loft qu'il s'empresse de remplir de distributeurs de canettes, d'un baby-foot, de jeux électroniques, de peluches, de jouets, d'un trampoline et d'un lit superposé. C'est la gloire, et avec la gloire viennent les femmes. Et c'est là qu'est le génie du film. Avec son air idiot, son hyperactivité enfantine et ses idées fraîches, Josh séduit Susan Lawrence (Elizabeth Perkins), membre éminent de la boîte où il travaille.



Susan doit avoir entre 30 et 40 ans. Disons 35 ans. Elle est à peine plus jeune que la mère de Josh, mais elle tombe amoureuse de lui, et ils baisent. Un garçon de 12 ans fait l'amour avec une femme de 35 ans, qui pourrait être sa mère. La même chose avec une fille plongée dans le corps d'une femme à la place de Tom Hanks et un jeune trentenaire pour la déflorer, et le producteur du film finissait au trou. C'est carrément une relation pédophile qui se déroule sous les yeux des jeunes spectateurs que nous étions. Pédophile mais méga consentie. Et tout ça se déroule sous couvert de film pour enfants des années 80 sans que personne n'y voie rien à redire. Et le plus beau c'est qu'un garçon qui voit le film rêverait d'être à la place de Josh non seulement quand il devient grand, quand il trouve ce super job, quand il s'achète cet immense appart' et tout le tintouin, mais aussi quand il s'envoie la dame. C'est très beau parce qu'on a tous été amoureux de nos maîtresses d'école ou de la mère de notre pote, et on aurait tous aimé savoir ce que c'est qu'un vagin dès l'âge de 12 ans.



Après ça, Josh commence à se prendre au jeu, et ne songe même plus à recouvrer sa véritable apparence. Il a sa vie d'adulte plus que bien entamée. Un grand loft, une fiancée, des responsabilités, un projet de bande-dessinée interactive qui va faire un carton. Tout va bien. Mais Billy Kopèké le ramène à la réalité par ces mots: "asshole". Finalement, Josh redeviendra le petit garçon qu'il était en retrouvant Zoltar et quittera sa vie d'adulte avec amertume (laissant son gigantesque appart derrière lui, qu'il aurait pu revendre pour se bâtir une enfance de malade, mais non). Désormais, son amie blonde des jeunesses hitlériennes maquillée comme une bagnole volée ne pourra plus lui faire faux bon, parce que Josh est le premier petit garçon à avoir perdu sa virginité à douze ans, avant sa première érection donc, d'où le titre.


Big de Penny Marshall avec Tom Hanks et Robert Loggia (1988)

The Toxic Avenger

Je vais vous parler de The Toxic Avenger, le seul film où l'on voit un chien d'aveugle se faire sauvagement abattre devant sa propriétaire impuissante. Je l'ai découvert seulement il y a quatre ans, comme quoi il n'est jamais trop tard pour perfectionner sa culture dans le domaine des films d'horreur.

Voici les propos repris mot pour mot de la voix-off qui ouvre le film : New York, capitale mondiale de la culture et de l'industrie. Ici, au milieu des gratte-ciel, la civilisation est guidée par le progrès et la technologie. Mais pour ces progrès industriels, il y a un prix à payer. La pollution. L'inévitable revers de la société actuelle. Tous les ans, des millions de tonnes de déchets toxiques et radioactifs sont rejetés dans des villes comme Tromaville, la capitale du déchet toxique. Dans le club sportif de Tromaville, un jeune homme nommé Melvin Furds travaille. Toute la vie de Melvin, et même, sa nature profonde furent changées par les déchets toxiques.



Attardé mental, Melvin subira les railleries des personnes fréquentant le gymnase qui, un jour, se finiront mal puisqu'elles provoqueront la chute du jeune homme dans un bidon de déchet toxique, ce qui le transformera en un individu extrêmement moche mais doté d'une force surhumaine. Dès lors, Melvin, devenu le Toxic Avenger, armé de sa serpillère, s'attaquera aux voyous qui terrorisent les innocents citoyens de Tromaville.

La chose qui me fascine le plus dans ce film, c'est sa façon parfois dérangeante d'être à cheval entre l'humour le plus potache et l'horreur la plus dégueulasse. Finalement, c'est l'humour qui l'emporte largement et permet au spectateur de passer un bon moment, malgré quelques passages qui mettent forcément mal à l'aise. Ainsi, on a droit à une scène terrible durant laquelle Bozzo (l'ennemi juré du Toxic Avenger) s'amuse avec sa bande de copains dégénérée à écraser un enfant se balladant tranquillement à vélo dans la ville, en faisant même une marche arrière pour l'achever complètement. Avant qu'il se fasse écraser, on voit même le petit garçon sortir de chez lui avec enthousiasme, en prenant soin de mettre son casque, pendant que sa maman l'embrasse et lui dit d'être prudent. En voyant ça, je m'étais dit "Non, ils ne vont quand même pas oser !". Mais si, le garçon finira bel et bien la tête complètement explosée sous la roue de Bozzo. Les pouffiasses de sa bande prenant même cet ignoble spectacle en photo histoire d'immortaliser ce moment, en félicitant l'affreux Bozzo, très fier de lui.



Ce passage-la, avec celui ou le chien de l'aveugle se fait liquider, fait partie de ces quelques moments qui amèneraient inévitablement le spectateur non-averti à interrompre la vision du film et peut-être même à écrire une lettre de protestation à la chaîne le diffusant. Hélas, cela fait bien longtemps que des choses comme The Toxic Avenger ne passe plus à la télévision et quand on se procure un tel film, on est forcément un spectateur qui a une petite idée de la marchandise.

Comme je le disais précédemment, c'est donc l'humour qui domine largement dans ce film. Il faut en effet entendre le Toxic Avenger dire "Bye Bye" à une victime qu'il vient de sauver, après s'être excuser auprès d'elle pour avoir agit avec une telle violence envers les malfaiteurs, avec une voix de gentleman à des milliers de kilomètres de celle qu'on imagine logiquement en voyant le physique monstrueux du super-héros. Il faut voir le Toxic Avenger déambuler dans les rues de Tromaville, armé de sa vieille serpillère et vêtu d'un ridicule lambeau de tutu plus très rose qui ne l'a pas quitté depuis l'accident. Il faut aussi le voir se faire refouler de chez lui par sa mère, qui ne le reconnait plus, et allait se réfugier dans une décharge publique où il construira rapidement sa chambre, sans oublier de déposer une photo de sa maman en forme de cœur sur sa table de nuit. Durant le film, le Toxic Avenger viendra en aide aux vielles dames en leur faisant traverser la route et aux ménagères en leur ouvrant les boîtes de conserves récalcitrantes. Que des choses qu'on imagine bien Superman faire à Métropolis durant les journées calmes mais que Toxic Avenger se coltine quotidiennement dans la petite agglomération de Tromaville.



Au cours du film, Toxic Avenger passera la majeure partie de son temps à se venger des individus qui l'ont maltraités et l'ont fait devenir l'être monstrueux qu'il est (il tombera également amoureux de l'aveugle qu'il a sauvé, ce qui donnera lieu à des blagues particulièrement grivoises). Mais les plus dangereux opposants au Toxic Avenger seront les dirigeants de la ville, parmi lesquels on retrouvera même un véritable nazi. On croisera également dans le film, en vrac : un voyou noir travesti pratiquant le kung-fu, un savant avec un accent allemand à couper au couteau, une grand-mère trafiquante de drogue... Sans compter tous les énergumènes peuplant le gymnase : des femmes dégénérées qui n'attendent qu'à se faire prendre par des obsédés sexuels complètement idiots, mais aussi quelques homosexuels très caricaturaux. En parlant d'obsédé sexuel, on imagine bien que les deux réalisateurs du film, Michael Herz et Lloyd Kaufman, en sont aussi, étant donné le nombre important de gros plans sur les poitrines et postérieurs des femmes aux corps huilés qui font de la musculation.

C'est avec The Toxic Avenger que les studios Troma ("le plus vieux studio de films indépendants du monde"), dont Lloyd Kaufman est le patron, se feront un nom. Aujourd'hui, Toxie (c'est devenu son petit nom) en est le symbole et le film a connu trois suites, toutes très appréciées par les amateurs.


The Toxic Avenger de Michael Herz et Lloyd Kaufman (1985)

Ben-Hur

Dans le Ben-Hur de William Wyler, il y a l'immense bataille navale avec Charlton Heston parmi les galériens, il y a la vallée des lépreux où croupissent Cathy O'Donnell et sa mère, il y a le Cheik Ilderim et ses quatre chevaux blancs portant le nom des étoiles Antares, Aldebaran, Altaïr et Rigel, il y a la surpuissante course de chars, et puis il y a le Roi Mage Balthazar, Joseph de Nazareth, et Jésus Christ, qui apparaît comme une icône, jamais filmé de face, sans visage, désincarné, dont on ne voit que le dos ou qu'une partie du corps, il n'est qu'une vignette. L’œuvre originale du Général Lew Wallace, et le film de William Wyler à sa suite, ont pour sous-titre "A tale of the Christ". C'est un récit du christ, une histoire du Christ, et ça n'est qu'un sous-titre. Jésus Christ n'apparaît que par allusions, il est à l'origine du film, le traverse, le sous-tend, mais son visage n'existe pas. Le Christ est un courant d'air. La même légende que l'Harmonica (Charles Bronson) qui se glissait dans puis hors du cadre de Sergio Leone.



Une légende qui s'imprime sur une unique vignette persistante au sein d'une mythologie. C'est ce que doit être Jésus Christ au cinéma et il n'a jamais été aussi génialement représenté que par William Wyler ici, en filigrane d'une fresque superbe et gigantesque. Il est une légende qui en habite une autre, une vignette parmi une série d'icônes spectaculaires, composantes d'une mythologie qui remporte plus d'Oscars qu'il n'y a de commandements, et dont les décors magnifiques sont en carton-pâte, au service d'une fiction improbable mais fascinante. Ben-Hur est un grand film, et je l'aime grandement.


Ben-Hur de William Wyler avec Charlton Heston, Jack Hawkins et Cathy O'Donnell (1959)

Koyaanisqatsi

Ce film produit par Francis Ford Coppola en 1982, est un film tourné sans acteurs, sans scénario, sans directeur de la photo, sans metteur en scène et sans pellicule. C'est une suite d'images de haut vol, de grands espaces ou bien de minuscule détails de notre monde filmés en accéléré ou ralentis à l'extrême. Un film qui se veut très environnementaliste, darwinien, ce que vous voudrez. Ne cherchez pas la signification du titre il n'y en a pas. Godfrey Reggio a déclaré avoir cherché un titre issu d'un langage oublié qui ne veuille rien dire même dans cette langue ancienne afin qu'il ne nous évoque strictement rien. C'est réussi. Il semblerait que ce film soit le premier épisode d'une trilogie. Le second, tourné en 88 s'intitule Powasqqatsi et fût réalisé sous les auspices de George Lucas, le troisième, Naquoyqatsi, supervisé par Steven Soderbergh, est sorti en 2002, mais il y a fort à parier connaissant l'homme qu'il ne s'agisse là que d'un sombre remake des deux premiers.



En regardant ce premier opus donc, il y a déjà quelques temps, j'avais pris quelques notes que voici, en vrac : l'infiniment grand côtoie l'infiniment petit. L'immense est miniaturisé et vice et versa. La relation espace-temps n'a plus de valeur. Le monde est sens dessus dessous. Le monde est sans dessus dessous. Vagues et nuages ne sont qu'un. L'hémorragie d'images de la télé. On devient soi-même un produit des images. L’œil ne discerne plus l'être humain d'une saucisse un peu comme le Charlot des temps modernes. Fascination pour un monde qui s'échappe, toujours, et donc jamais. Un monde qui nous échappe et que seul le mécanisme d'une caméra peut enregistrer. C'est pas mal non ? Le film est méga chiant.


Koyaanisqatsi de Godfrey Reggio (1982)

mardi 12 février 2008

11'09"01 September 11

Le 13 janvier 2004, un an jour pour jour après la tragédie du 11 septembre 2001, sort un film collectif, mis en scène par douze réalisateurs d'origine et de culture différentes, douze courts métrages qui se rapportent de près ou de loin aux événements tragiques survenus à New York le fameux 12 septembre.


- Samira Makhmalbaf a paraît-il été surprise quand, alors qu'elle sirotait tranquillement son thé à la menthe dans son salon du 15ème arrondissement, le directeur Pathé Gaumont l'a appelée pour lui demander de réaliser le premier opus de ce film collectif. "Pourquoi moi ?" aurait aussitôt demandé Samira. "Parce que t'as un nom d'Arabe !" a hurlé dans le combiné l'illustre producteur avant d'aussitôt raccrocher. Commence donc ce premier chapitre, avec une institutrice Afghane qui tente de faire la classe à ses élèves, lesquels fabriquent des briques de boue pour bâtir des abris anti-aériens. Elle essaie de leur expliquer ce qui vient d'arriver à New-York mais ils ne comprennent pas et s'en foutent un peu de sa minute de silence. Elle leur apprend finalement à se mordre la lèvre en regardant la tour (en fait la cheminée du four qui cuit les briques) pour s'empêcher de parler. Plutôt bien vu.



- Pour le second court métrage, le même producteur appelle Michaël Gondry qui lui demande sur le même ton : "Pourquoi moi ?". Et le producteur de répondre : "T'as jamais écrit que des scripts de moins de trois pages c'est ce qu'il nous faut !". Gondry a immédiatement appelé son ami de toujours Gael Garcia De La Francesca Juan-Maria Panenka Paella Pietragala Stadio Bernabeu Bernal, qui n'est pas de reste dans mon panthéon des plus gros enculés du septième art. Cet épisode nous raconte l'histoire d'un jeune Américain d'origine Amérindienne affublé d'un sombrero qui, alors qu'il était simplement en week-end à Guadalajara pour ses vacances, se retrouve coincé à la frontière à son retour le lundi matin. Le dernier plan du film c'est Gael Garcia Bernalé, gracieusement invité par des autochtones dans leur cabane en bois, qui regarde les deux tours tomber à la télé et qui trinque dans le vide avec un sourire jusqu'aux oreilles. Efficace...

- Claude Lelouch est le plus grand canular humain que la nature mère nourricière aie jamais enfanté. Que ce soit dit. Alors lui le producteur de Pathé l'a contacté en composant un faux numéro après avoir sauté une ligne dans son carnet d'adresse. Dieu seul sait s'il avait prévu de contacter Claude Berri ou Claude Pinoteau. Comme il avait déjà réalisé son épisode au cas où on le lui demanderait, Lelouch Claude a quand même accepté. Dans son film une française sourde et muette vit à New-York avec un Américain qui travaille au World Trade Center. Lelouch fait un film muet. Le gars part au boulot, elle lui écrit une lettre de rupture pendant qu'à la télé les tours tombent (elle n'entend pas et ne regarde pas l'écran), le mari revient couvert de poussière etc. Un peu facile, et il va pas au bout, il remet le son au milieu pour pas perdre son public de cons, faut-il croire. C'est Lelouch quoi. Pas totalement dégueulasse ceci dit.

- Le patron de Pathé a appelé Mira Nair un soir et lui a affirmé qu'elle avait été choisie parmi tous pour réaliser le remake de Héros malgré lui. Elle s'est retrouvée dans le collectif 11'09"01 avec un long métrage sabré par les monteurs aguerris du studio mythique qui ont fait de son oeuvre une collection de scènes coupées : elle filme la famille de Salman Quelquechose, qui a disparu le 11 septembre et qu'on a considéré comme le terroriste principal du bordel à pistons, on a persécuté sa famille et tout ça, avant de se rendre compte après coup qu'il était allé secourir les gens sur place avant de mourir avec eux. Après quoi on lui a refilé tous les honneurs. Sans moi Mira, j'attends la version Director's cut.



- Dans son film Youssef Chahine revient lui-même de New-York après l'attentat, il fait la rencontre d'un des soldats américains morts dans l'attentat de Beyrouth en 83 et il lui explique que les américains n'ont rien fait d'autre que massacrer, en Corée, au Vietnam, en Iran, en Afghanistan, en Irak. Puis il rencontre le kamikaze qui a fait sauter le bâtiment en 83... A qui mieux mieux, je déclare mon pied au cul à Youssef Chahine.

- Idrissa Ouedraogo faisait par chance partie des terroristes qui ont détourné l'avion qui est allé s'écraser à côté du Pentagone, et comme il est aussi metteur en scène, il s'imposait. Il signe une comédie qui réduit le buzz anti-musulman à un petit village Ouest-Africain. On aurait souhaité qu'il se serve de son statut d'acteur de l'événement pour nous faire un témoignage un brin plus précis.



- L'épisode de Danis Tanovic est chiant. Le patron de Pathé se défend d'avoir jamais contacté Danis Tanovic pour faire partie de l'aventure. L'histoire en quelques mots : Nate descend à Los Angeles pour poursuivre Cristabel, la femme qu'il aime depuis sa plus tendre enfance, et il découvre que son plan, courtiser Cristabel, présente comme un hic : Que faire de June, la meilleure amie de Cristabel, omniprésente et plutôt moche. Et c'est sans compter sur les sentiments de Nate pour le clebs de June qui commencent à émerger. C'est donc un triangle amoureux que nous offre Danis Tanovic, qui nous en fait voir de toutes les couleurs.

- La partie de Ken Loach est assez bonne bizarrement. Un chilien qui vit à Londres écrit une lettre aux familles des victimes du 11 septembre 2001, dans laquelle il raconte son 11 septembre à lui. Le 11 septembre 1973, quand Pinochet, soutenu par Kissinger (les USA), a fait assassiner Allende (élu démocratiquement par les Chiliens) pour éviter un gouvernement communiste, ce qui a conduit à des dizaines de milliers de morts et à masses de crimes contre l'humanité. Même très bon cru de Loach, son meilleur film, et ça en dit long sur lui.



- Alejrandro Gonzalez Inarritu est un nul. Dans son film de merde on entend le son des télés et des radios avec un écran noir et juste quelques images subliminales des gens qui ont sauté des deux tours. Pendant un long moment. Et à la fin un inter-titre: "Does God's light guide us or blind us ?", avec une musique larmoyante par-dessus. Nul. Je le condamne sans sommation à regarder sa propre filmographie en s'enculant maman Gonzalez Inarritu (ce qui représente la durée somme toute équivalente à trois jours passés sur le dos de sa génitrice en ayant perdu toute sorte de sensation au niveau de sa queue).

- Quand il a appelé Amos Gitaï, le producteur éponyme de Pathé s'est encore entendu dire : "Pourquoi moi ?". "Parce qu'il nous faut un gitan pour nous jouer de la guitare entre les prises, parce que ta caravane servira de chiottes à toute l'équipe technique et parce que ça sera le plus gros salaire de ta vie" lui a-t-il répondu tout de go Monsieur Gaumont avant de lui raccrocher au nez. Convaincu, Gitaï s'est lancé dans le projet les yeux bandés et a écrit ce qui restera comme le premier et le dernier script inspiré d'une simple liste de courses. Il nous montre le reportage d'une équipe télé sur un attentat à Tel Aviv le 11/09/01. La journaliste insupportable met du temps à comprendre qu'il vient de se passer quelque chose à New-York et que son reportage ne sera donc jamais à l'antenne. Nul à chier.



- Le film de Sean Penn est pourrave. Il filme un vieux dégueulasse, gros comme le World Trade Center, qui vit dans l'ombre des tours jumelles et se trouve être assez con pour parler encore à sa femme décédée. Quand les tours tombent la lumière entre enfin dans sa baraque suiffeuse, les fleurs sur le bord de la fenêtre renaissent aussitôt grâce à un effet morphing du fond des âges digne du vieillissement du gamin dans Jumanji ou de la résurrection des géraniums dans E.T. et qui trahit bassement l'amour naissant de Shaün Penn pour tout ce qui est des plantes, amour passionnel qui prendra son envol dans son dernier film en bois : Into da wild. Avec cette lumière qui entre pour la première fois dans le taudis du vieux gros, ce dernier prend enfin conscience que sa femme est morte. Shaün fait de jolis plans et il balance les violons et son film sent la merde. C'est ennuyeux parce que c'était le gros nom de l'affiche et il pas fait mieux que ses camarades, voire pire. À signaler que son film se conclut par cette citation écrite noire sur fond blanc, qui laisse songeur : "Il déclara que son braquemart était d'une taille olympique et s'en alla à cloche-pied, refermant la porte d'un coup d'espadrille idéalement placé" - Malraux.



- Shohei Imamura nous filme un jeune militaire japonais revenu de la guerre (39-45) sous forme de serpent. Enfin il a toujours forme humaine mais c'est un serpent quoi. C'est la guerre qui l'a rendu fou. Un officier l'a frappé dans un trou d'obus en lui demandant ce qu'il faisait de la guerre sainte. A la fin, un inter-titre dit : "Les guerres saintes ça n'existe pas !!". C'est méga con mais c'est grandiose. Le film se conclut en apothéose après un flot infini de conneries.



Certains collègues m'ont signalé que j'avais peut-être vu une version non-officielle car l'épisode de Michel Gondry ne leur disait rien. J'en crois pas un mot.


11'09"01 September 11 de Claude Lelouch, Sean Penn, Shohei Imamura, Ken Loach etc. (2002)