29 juin 2017

Ce qui nous lie

D'entrée, petite titrologie : Ce qui nous lie est le nouveau long métrage de Cédric Klapisch, qui avait commencé sa carrière par un court métrage très remarqué en son temps (à vérifier) intitulé Ce qui me meut. Ce qui nous lie, ce qui me meut, tout Klapisch réside dans ces deux phrases. La boucle est bouclée. Parce que pour Klapisch, grand maître du "film de groupe", nous sommes tous liés et nous avançons tous vers un destin inéluctable, les mouvements de l'un dictent ceux de l'autre, tels les battements d'aile d'un papillon, dans un monde 2.0. Toute la philosophie de Klapisch est là. Il était le réalisateur tout désigné pour signer la saga symbole d'Erasmus. Solidarité, fraternité, colocation, échange, voyage, village-monde, repas partagés, frigo commun... voici le champ lexical de la Klap. Accessoirement, on parle de "lie de vin" pour qualifier une couleur verdâtre, celle des vignes, clin d’œil astucieux au métier des personnages principaux du film, tous viticulteurs.




La sortie d'un nouveau Klap est toujours un événement. Un événement auquel on ne répond pas toujours présent, parfois par lâcheté. Un rendez-vous que nous n'honorons pas systématiquement, faute de courage. Mais la sortie d'un Klap ne nous laisse jamais indifférent et cela arrive que nous la subissions de plein fouet. Ici, le cinéaste de 55 ans, arrivé à un tournant de sa vie et de sa filmographie, s'intéresse au monde viticole, à la terre, pour pondre un nouveau film de groupe, nous expliquant encore à quel point la vie est ouf mais vaut tout de même la peine d'être vécue. Que parfois on pleure, parfois on rit, mais que c'est toujours le panard, surtout quand on bosse dans le pinard et qu'une grosse zik trip hop, chère à un Klapisch coincé dans les 90s, accompagne et souligne tous ces moments.




Fâché avec Romain Duris, dont il a oublié de souhaiter le dernier anniversaire par sms, et désireux de trouver un plus jeune étendard à son cinéma, Cédric Klapisch a cette fois-ci embauché Pio Marmaï, un acteur détestable mais qui est parvenu à faire sa place, que l'on a fini par tolérer grâce à son bagout et à sa bonhomie. On a appris à faire avec. Il faut se le farcir, mais avouons-le, il n'est pas bien méchant et dispose d'un naturel à l'écran que peu d'acteurs français de sa génération réussissent à dégager. Il est entouré par Ana Girardot (nous avons apprécié ce plan fugace où, jambes nues, la jeune actrice tasse le raisin dans des fûts) et François Civil, un jeune comédien en plein boom que l'on avait déjà croisé dans Dix pour cent, l'assez triste série créée par la Klap sur le monde des agents d'acteurs. Nous devons à François Civil les meilleurs moments comiques du film. Il faut reconnaître qu'il s'en tire pas mal et réussit presque à être drôle quand il doit surmonter sa timidité et dire ses quatre vérités à son interlocuteur, sans jamais finir ses phrases. Petit coup de flip lors de ma séance ciné : un couple de vieux s'est même mis à applaudir vigoureusement après l'une de ses répliques, comme pour me rappeler qu'un Klapisch se vit au cinéma, avec un public réceptif, pour être pleinement apprécié. Mon acolyte et moi gardons un souvenir inoubliable de la fois où nous étions allés voir Paris, la fleur au fusil. 




On regrette toutefois que Klaspich soit toujours aussi mauvais, aussi lourdingue, pour croquer des moments de vie supposés poignants, touchants. Il est clairement plus doué dans le registre de la comédie pure, où sa mise en scène et sa lourdeur font moins de dégât. Les scènes de dégustation de vin sont aussi des passages difficiles à encaisser, qui nécessitent un self control à toute épreuve. Il faut voir les comédiens débiter leurs banalités et leurs phrases toutes faites après avoir enfin avalé leur gorgée et, surtout, il faut supporter d'entendre ces bruits de bouche abominables qui donnent véritablement envie de tuer, de passer à l'acte. Je reprocherai aussi à la Klap son goût trop prononcé pour la carte postale. On croirait que son film est fait pour être vendu à l'étranger et mettre en valeur, péniblement, les paysages de la Bourgogne. Cette mauvaise tendance klapischienne se ressent aussi quand nous admirons notre trio d'acteurs, toujours beaux, en pleine forme, jamais fatigués, tirés à quatre épingles, portant des vêtements bien assortis, lorsqu'ils travaillent la vigne, comme s'ils faisaient un défilé ridicule, tels des gravures de mode de la campagne. Ça n'est pas crédible pour un sou, à l'image de ces dialogues lamentablement sibyllins où les personnages débattent du moment le plus opportun pour démarrer les vendanges. Un viticulteur audois ne supporterait pas ce spectacle une seconde et irait dans la foulée faire exploser à la dynamite artisanale le domicile du cinéaste.




Le moment tant redouté des vendanges est aussi une sacrée épreuve. Klapisch en profite évidemment pour nous montrer combien le travail des vignes est merveilleux, fait en groupe, dans la bonne humeur. Tout le monde vit et dort ensemble, comme une grande famille, se couche et se lève avec le sourire et, là encore, le cinéaste parvient à titiller nos plus bas instincts, nos envies pyromanes et sociopathes. Autre constat assez dingue à la sortie du film, qui en dit sans doute long : le Klap ne m'a pas du tout filé envie de boire du vin. J'ai un bon rosé tout frais dans le frigo, je n'ai même pas envie de m'en glisser un verre. C'est assez fou, c'est encore une belle performance de la Klap. Après Super Size Me, on s'est tous tapé illico presto un bon gros McDo. Un film sur l'élevage de poulets, je suis sûr qu'à la sortie je m'en tape un ou deux. Là, rien du tout. Malgré cela, mon honnêteté de blogueur ciné m'amène à vous avouer qu'il ne s'agit pas, loin de là, de l'un des pires Klapisch puisqu'il évite certains écueils attendus et éloigne de justesse ses personnages de la caricature. Cependant, je ne peux m'empêcher de penser qu'une telle histoire, sur ces frères et sœur qui se réunissent après le décès du père pour gérer son héritage et son domaine, de tels thèmes, avec l'enchaînement des saisons et le travail de la terre, abordés par un cinéaste français plus fin, comme Assayas ou Kechiche, cela aurait pu donner un bien beau film... 

Bon, je me glisse quand même un verre sous le colbac... mais Klap, tu n'y es pour rien ! J'ai juste soif.


Ce qui nous lie de Cédric Klapisch avec Pio Marmaï, Ana Girardot et François Civil (2017) 

26 juin 2017

Wonder Woman

Nous sommes en 2017 et nous nous réjouissons qu'un blockbuster américain soit un film de super-héros dont la vedette est une femme. Parce qu'en dehors de cette innovation révolutionnaire, Wonder Woman est tout ce qu'il y a de plus habituel et anodin. C'est un film débile de super-héros de plus, peut-être un peu moins nullissime que la moyenne, et donc à peine supportable, mais c'est strictement tout. Toutes les personnes qui se félicitent d'un tel film me font beaucoup de peine, à commencer par les stars américaines, complètement gaga. Wonder Woman a réussi à me fâcher avec mon idole Jessica Chastain qui, il y a quelques semaines, faisait ouvertement la pub de l'oeuvre de Patty Jenkins avec un enthousiasme sans réserve. Je suis très déçu, Jessica... Je me sens trahi !





Wonder Woman est simplement le premier film de super-héroïne qui ne soit pas réalisé par Pitof. Génial ! Une super-héroïne qui rêve tout de même, dès son plus jeune âge, de devenir une guerrière, d'apprendre à se battre, ce qui nous est montré lors des scènes les plus ridicules du début du film. Franchement, cette gamine au regard bovin, ne ressemblant pas une seconde à Gal Gadot, donnant des coups dans le vide en zieutant avec envie l'entraînement de ses aînés : a-t-on vu plus ridicule cette année au cinéma ?!




Puisque c'est réalisé par une femme et qu'une femme en est la star, on peut évidemment parler d'une grande oeuvre féministe... Je ne m'étendrai pas là-dessus. J'ai simplement relevé un dialogue plutôt réussi lors duquel Gal Gadot dit à un Chris Pine qui sort du bain et va récupérer sa montre bracelet : "Et vous laissez cette petite chose dicter tous vos faits et gestes ?", après lui avoir demandé de quoi il s'agissait. On pense tous qu'elle parle du zigouigoui de l'acteur et c'est donc une petite pique adressée aux hommes. Bien vu Patty. C'était osé.




Reconnaissons tout de même, en étant extrêmement indulgent, qu'il existe un semblant d'alchimie entre Gal Gadot et Chris Pine quand l'un débarque sur l'île des Amazones et l'autre découvre le monde des humains. Cela nous offre une ou deux scènes un peu plus agréables, plus légères, dans un registre où Patty Jenkins semble plus à l'aise et s'en tire légèrement mieux. Dommage toutefois que les acteurs soient si mauvais. Gal Gadot est peut-être une très belle femme, elle joue très mal. En fait, on se demande si c'est volontaire, si elle a choisi de jouer très bêtement la jeune femme qui fait ses premiers pas dans le Londres du début du siècle, à des fins comiques, ou si c'est simplement son jeu qui est ainsi, limité, dénué de la moindre nuance, pauvre et forcé. Quant à Chris Pine, il fait son possible, mais son personnage est inexistant, il n'a pas l'air d'avoir vécu avant qu'il déboule sur l'île des super meufs, il n'a aucune épaisseur, zéro charisme. 




Pour le reste, le succès de ce film me laisse toujours aussi songeur... Qui prend encore son pied devant des personnages quasiment immortels qui passent des heures à s'affronter à coups de baffes alors qu'ils sont invincibles ? Ici, nous avons droit à Wonder Woman combattant Arès, le Dieu de la Guerre. Celui-ci, sous les traits d'un vieil anglais maniéré (indispensable pour que le twist fonctionne), essaie de la convaincre, lors de l'affrontement final, que les hommes sont mauvais, qu'ils ne valent pas le coup, qu'il est préférable de les laisser s'entre-tuer. Heureusement, Wonder Woman croit en l'amour, en ces bonnes choses dont est capable l'être humain, comme par exemple son nouveau petit-ami, qui vient d'exploser en plein vol dans un acte éminemment héroïque, et elle le lui explique entre deux coups de pied. C'est véritablement passionnant. Avant cette scène poignante, cela n'a pas trop gêné Wonder Woman d'anéantir des centaines et des centaines de soldats allemands, pourtant livrés au même sort que les Alliés dans leurs tranchées, parce que l'as de la synthèse Chris Pine lui avait expliqué, dès son arrivée sur l'île, qu'ils étaient les "gentils" et eux les "méchants" via des répliques d'une bêtise abyssale. Ça fait rêver...




Faut-il que les blockbusters et les films de super-héros hollywoodiens soient mauvais pour que celui-ci se fasse remarquer et parvienne à sortir du lot... Faut-il que le cinéma de divertissement se porte mal pour que l'on s'extasie devant ça... C'est ce genre de films qui amènent à croire à l'infantilisation du public, à l'abrutissement général des populations, en bref, à notre fin prochaine. Nous vivons bel et bien les heures les plus sombres du cinéma à grand spectacle américain et, avec le succès retentissant d'un tel film, ça n'est pas prêt de s'arranger.


Wonder Woman de Patty Jenkins avec Gal Gadot et Chris Pine (2017)

24 juin 2017

Meurtre par décret

Comptant parmi les nombreuses variations sur les aventures de Sherlock Holmes, Murder by Decree, réalisé par Bob Clark (l'auteur de Black Christmas) en 1978, est un film au scénario pour le moins accrocheur. L'idée de départ est séduisante puisque le scénariste John Hopkins et Bob Clark se proposent de faire plancher le célèbre détective d'Arthur Conan Doyle sur les exactions répugnantes du non-moins célèbre Jack l'éventreur. Le début du film est qui plus est très prometteur : les premiers plans, sur un Londres magnifiquement reconstitué, tapissé d'un fog à couper au couteau émanant de la Tamise pour envahir les ruelles sordides de Whitechapel, nous captivent tout de suite. Idem de ces plans ralentis où un fiacre sort de la brume pour s'avancer lentement mais sûrement vers la caméra, conduit par un cocher qui n'est qu'une ombre et accompagné d'une bande originale glaçante.





Malheureusement, le film, dans sa seconde moitié, perd peu à peu ses forces dans une intrigue politique (le titre annonçait la couleur me direz-vous) impliquant directement la famille royale, le gouvernement, et plus directement la Franc-maçonnerie, ce qui a pour effet de diluer le bloc de terreur que persiste à constituer la violence meurtrière incompréhensible de l'assassin mythique de Mary Ann Nichols, Annie Chapman, Elizabeth Stride, Catherine Eddowes et Mary Jane Kelly. Les figures des victimes comme celle du mystérieux tueur, pourtant bien amenée par les très gros plans sur son œil noir dilaté, écartelé, perdent les unes et l'autre consistance, et toute une foule d'éléments qui ont contribué à rendre cette affaire si mémorable (comme le caractère chirurgical des mutilations sur les cadavres des prostituées, par exemple, qui aura fasciné jusqu'à Robert Desnos, auteur de textes remarquables sur la question) passent à la trappe, ou bien sont présentés mais presque aussitôt évincés du récit (comme la tige de grappe de raisin retrouvée sur l'un des lieux du crime).





En revanche, si les seconds rôles sont inégalement traités (le médium Robert Lees, interprété par Donald Sutherland, ne sert pratiquement à rien ; alors que l'excellente Geneviève Bujold, dans le rôle d'Annie Crook, une prostituée séparée de son enfant et enfermée sans procès, bénéficie de quelques très belles scène dans un asile de folles particulièrement inquiétant), les deux personnages principaux sont bien servis par Christopher Plummer, dans le rôle de Holmes, et surtout le vieux James Mason dans celui de Watson. Ce dernier porte évidemment la part comique du duo, qui lui sied à ravir. Plummer est plus discret — il faut dire que son Sherlock a finalement guère le loisir de bien s'illustrer, usant plus d'entregent et de connaissances en gestuelle symbolique franc-maçonne que de véritable astuce et autre esprit de déduction —, mais les scènes qui réunissent les deux personnages parviennent facilement à faire sentir leur connivence et leur amitié. Le film, très plaisant au demeurant, et finalement assez original, aurait sans doute gagné à leur opposer un véritable troisième rôle principal dans la peau de l'éventreur, et à les laisser coudoyer plus souvent encore pour déjouer l'infâme et renouer coûte que coûte avec ce sourire que Holmes (et c'est une autre réussite du film), considérant avoir échoué (mais peut-être pas là où on s'y attendait), verra en partie effacé.


Meurtre par décret de Bob Clark avec Christopher Plummer, James Mason, Donald Sutherland et Geneviève Bujold (1979)

21 juin 2017

The Pleasure of Being Robbed / Lenny and the Kids

Les frères Joshua et Ben Safdie étaient en compétition au Festival de Cannes cette année pour le remarqué Good Time, un thriller policier qui marquait une belle évolution dans leur carrière puisqu'ils délaissaient quelque peu le style "mumblecore" pur de leurs débuts pour un film plus posé et moins nerveux mettant pour la première fois en tête d'affiche une vraie vedette en la personne de Robert Pattinson, acteur aux choix décidément intéressants. Je n'ai pas encore vu Good Time mais ce que j'en ai lu m'a beaucoup attiré et amené à m'intéresser de plus près aux premiers films des cinéastes new-yorkais.

Leur premier long métrage, The Pleasure of Being Robbed, est une agréable petite divagation de 70 minutes, durant laquelle nous suivons les pas d'une jeune femme new-yorkaise, Eleonore, déambulant dans les rues et dérobant, un peu au hasard, ce qui lui tombe sous la main. Ses larcins entraînent aventures et rencontres, plus ou moins heureuses, et son chemin croisera notamment celui de Josh, interprété avec beaucoup de naturel par Joshua Safdie, pour une sympathique parenthèse de road movie.




Le premier essai des Safdie est très anecdotique et l'on aura facilement tendance à somnoler devant. Mais il s'agira d'un sommeil doux et rêveur, influencé, bercé par le rythme et le ton plutôt plaisant de leur film. On suit les pérégrinations de ce personnage paumé, campé avec fraîcheur par Eleonore Hendricks, une actrice fétiche du duo, en finissant par s'y attacher. Le film ne se contente pas d'être une courte escapade fantaisiste auprès d'une cleptomane un brin allumée, il se drape progressivement d'une certaine mélancolie, d'un spleen grisâtre qui semble envahir l'air des rues new-yorkaises et atteindre, par moments, le personnage principal, perdu. C'est donc un peu troublés que nous le laissons là, dans la rue, et que le film se termine, sur les notes de piano de Thelonious Monk, en symbiose avec l'atmosphère final.

Le second film des deux frères, Lenny and The Kids, parvient encore plus franchement à développer cette capacité étonnante à aller de la fantaisie vers le drame, de la légèreté vers la gravité, du rire insouciant à l'anxiété pesante. Les Safdie nous dressent cette fois-ci le portrait de Lenny, un père fantasque et imprévisible (Ronald Bronstein), qui doit s'occuper de ses deux fils, âgés de 7 et 9 ans (trivia : il s'agit de Sage et Frey Ranaldo, les enfants du guitariste de Sonic Youth, Lee Ranaldo, qui fait lui-même une brève apparition dans le film). Débordé par son quotidien, complètement désorganisé, Lenny a bien du mal à assurer son rôle de père mais se rattrape toujours auprès de ses gosses par des blagues et autres pirouettes.

Le film est constitué de séquences décousues et imprévisibles à l'image de Lenny, filmées caméra à l'épaule, au plus près des visages, dans un style qui ne varie quasiment jamais mais que les Safdie maîtrisent bien. Peu à peu, le ton s'assombrit, les difficultés de Lenny prennent une tournure réellement dramatique, anxiogène, que l'on aurait bien eu du mal à envisager au départ, malgré quelques indices disséminer ici ou là, comme par exemple la mauvaise rencontre avec un clodo brutal campé par Abel Ferrara. Un suspense assez morbide, où l'on s'interroge sur le devenir des enfants, s'installe dans le dernier tiers et porte les ultimes traits, cruels, au portrait, très troublant, de ce père dépassé.




Dans cette veine "mumblecore" qui caractérise un certain cinéma indé US actuel et malheureusement si propice aux œuvres totalement anodines, les frères Safdie sont donc parvenus à créer des films singuliers, où l'on sent un regard, un ton, bien à eux. Si The Pleasure of Being Robbed est une digression plutôt plaisante mais anecdotique, Lenny and the Kids réussit quant à lui à marquer assez durablement l'esprit. Je suis donc très curieux de découvrir ce qu'ils nous réservent pour la suite !


The Pleasure of Being Robbed de Joshua Safdie avec Eleonore Hendricks (2008)
Lenny and the Kids de Joshua et Ben Safdie avec Ronald Bronstein, Eleonore Hendricks, Sage et Frey Ranaldo (2009)

15 juin 2017

The Outfit (Échec à l'organisation)

Film de 1973, The Outfit (Échec à l'organisation en VF) est un film de gangsters méconnu, dû à John Flynn, cinéaste lui-même oublié, qui fut l'assistant entre autres de Robert Wise avant de passer à la réalisation pour une dizaine de films. L'histoire de The Outfit, son troisième long métrage, est celle de Macklin (Robert Duvall, en pleine forme), un type qui sort de taule, retrouve Bett (Karen Black), une ex-compagne, et apprend que son frère Eddie vient de se faire éteindre par "l'organisation", sorte de syndicat du crime de Chicago mené d'une main de fer par un dénommé Mailer (Robert Ryan). Pourquoi ? On l'apprend bientôt : Macklin et son frère ont braqué une banque quelques années plus tôt, qui appartenait à l'organisation, et celui qui touche à l'organisation doit mourir. Sauf que Macklin est un dur à cuire, et qu'aidé par son ancien acolyte (le troisième larron du braquage qui mit le feu aux poudres), Cody (John Doe Baker), il est bien décidé à retourner le principe de l'organisation contre elle, et à lui faire payer tout ce qu'elle peut.




Le film manque peut-être d'un petit quelque chose, qui le rendrait plus original disons, mais il fonctionne tout de même très bien. Son héros, risque-tout habile et obstiné, fidèle en haine comme en amitié, contribue grandement à nous embarquer dans la suite de braquages et de fusillades qui le conduisent petit à petit jusque dans la riche et imprenable demeure du grand manitou ennemi. The Outfit est également intéressant dans sa façon de synthétiser le passage d'une époque à l'autre, mettant face à face les fiers reliquats du cinéma hollywoodien de l'âge d'or d'une part, incarné par l'immense Robert Ryan, en parrain vieillissant de la pègre, mais aussi Timothy Carey, qui joue son bras droit et que l'on vit chez Wellman, Hathaway, De Toth ou Daves, sans oublier un clin d'oeil de ce bon vieil Elisha Cook Jr, ici barman ; et les frais visages du Nouvel Hollywood, d'autre part, Duvall en tête, Karen Black à ses côtés, qui débuta chez Coppola et Dennis Hopper, ainsi que John Doe Baker, qui commença en 67 dans Luke la main froide et a tourné récemment, en 2012, dans le Mud de Jeff Nichols. 




D'ailleurs, toute l'intrigue découlant de ce fameux braquage survenu quelques années plus tôt, dont nous ne verrons aucune image, c'est comme si le film prenait littéralement appui sur un autre, virtuel, un film noir de la grande époque du genre, réalisé en un temps où Robert Ryan était au faîte de sa gloire. Et c'est un beau tour de force de The Outfit que de nous offrir de fabriquer les images de ce deuxième film antérieur et inexistant qu'il porte en lui-même. La confrontation entre deux moments de l'histoire du cinéma américain devient ainsi cohabitation, et va jusqu'à la réconciliation dans l'ultime scène, voire l'ultime plan du film en forme de résolution ouverte, où, étrangement, une concession ironique aux codes d'un certain cinéma classique se conjugue à une tonalité bien estampillée 70s évoquant les conclusions de quelques beaux titres de l'époque (Midnight Cowboy par exemple ou encore Scarecrow et Thunderbolt and Lightfoot, sortis la même année que The Outfit), et consistant en un baisser de rideau amical entre le rire et la mort.


The Outfit (Échec à l'organisation) de John Flynn avec Robert Duvall, Karen Black, John Doe Baker, Robert Ryan et Timothy Carey (1973)

10 juin 2017

Clones

L'idée est simple et elle a le mérite d'être exposée en deux minutes chrono pendant le générique d'ouverture du film : tous les hommes et toutes les femmes sur terre ont désormais un double, une sorte d'avatar personnel robotique en tout point identique à son original de chair et de sang bien que plus beau et plus perfectionné, une sorte de substitute, physiquement très proche de Vikash Dorazoo. Le sportif français est l'idéal de la nouvelle humanité. Cocorico ! Il a servi de modèle aux maquilleurs pour tous les substituts et fait même une apparition en tant que lui-même. On le voit filmer en Super 8 son propre clone plus balèze que lui balle au pied, qui gagne le mondial à sa place pendant qu'il cire le banc de touche avec les coiffeurs et son nouveau pote, Fred Poulaga. Ce caméo est assez ironique car il paraît que dans la vraie vie, quand ses collègues commentateurs sportifs sont sur M6 le dimanche à une heure du matin, le vrai Vikash fait des passements de jambes avec leurs compagnes et compagnons, et se paie le luxe de filmer ces scènes en 35 mm. Razodoo mate M6 chez eux en se substituant à ses collègues de boulot dans leur canapé et en substituant au programme foot l'ancien film érotique qu'il transforme en nouveau porno.




Les gens du film ont donc un substitut qu'ils trimballent par téléguidage neuronal grâce à un genre d'ordinateur cérébral personnel, tout en restant le cul vissé à la casbah, afin que leur double accomplisse toutes les tâches de la vie quotidienne qui les font chier. C'est une idée simple comme bonjour et qui nous faciliterait bien la vie si ça existait vraiment. On pourrait s'en servir pour aller pointer au pôle-emploi, cet endroit qui fout la gerbe, ou pour faire un saut chez Lidl et mettre la main sur un gros lot de rouleaux de papier-cul au dernier moment (et une ou deux bouteilles de Yop, toujours !). Pour les tâches plus agréables, comme faire des roulés-boulés sur le plumard, là adios le substitut et welcome la vie. C'est une bonne idée de scénario donc. On pense beaucoup à Minority Report devant ce film, sauf que c'est infiniment moins bien. En revanche c'est plus simple, parce que Minority Report est cool mais compliqué ! Je le pige un peu moins à chaque fois que je le revois. Autre différence notable entre le film de Spielberg et celui de Mostow : ce n'est pas le Giant Coocoo de la scientologie qui mène la danse ici mais l'inaliénable Bruce Willis (cet homme si beau). Pour ne rien gâcher, à un moment il s'habille en Prada, comme dans Pulp Fiction, quand il retourne chercher sa montre aux mécanismes encore incrustés de fientes paternelles chez lui pour trouver Travolta sur les cabinets, avec ce "blue jeans" plus "blue" que "jeans" tellement il est blue, d'un blue ciel qui rappelle que si le ciel avait cette couleur on serait aveugles, heureux mais aveugles, et ce jean blue clair surmonte une paire de reebok blanches pour un assortiment des plus tonitruants : il n'est que Bruce qui puisse porter ce cocktail explosif dignement, et qui le porte à merveille.




Clones (qu'il convient de prononcer "Clonès", en hommage à son intitulé d'origine mexicaine : "Surrogatès") bénéficie en outre d'un scénario dans lequel il ne se passe pas tant de choses que ça, contrairement au rapport minoritaire assez touffu de Philip K. Dick, et ce n'est pas un mal, Mostow étant toujours plus à l'aise quand le script est vide. Au rayon des influences, le film fait aussi penser à They Live de Carpenter, via les faux-semblants, la tentative de réellement voir ce qui se trame autour de soi, avec aussi ce groupe de rebelles à priori plus clairvoyants que la moyenne, qui vivent dans une sorte de bidonville et qui sont guidés par un oracle noir à dreadlocks fan de reggae. En effet, Clones évoque, par sa modestie, quelques films d'action des 90s, et, par son aspect, certains fleurons du cinéma des 70s, sans atteindre la cheville des meilleurs opus parmi les uns comme parmi les autres. On le préférera néanmoins, et sans difficulté, au très médiocre Looper, qui lorgnait récemment dans la même direction avec là encore le bulbe de Bruce Willis en crâne d'affiche.




Le film de Jonathan Mostow est pas mal du tout même si évidemment il n'est pas génialement filmé, interprété, monté, étalonné et diffusé. Son plus gros défaut, ce sont ces quelques plans un peu trop penchés sur le côté sans raison (tic qui s'était généralisé dans l'instant classic Batterfield Earth, et se veut bizarrement encore très actuel puisqu'il est utilisé jusqu'à la nausée dans Star Trek ou Thor). On est ici loin tout de même de la mise en scène 24 Heures Chrono, avec une caméra portée qui s'astique dans tous les sens et qui zoome insupportablement tous les 24 millièmes de seconde chrono. En somme il faudrait parler de sobriété pour éviter de dire que le film est filmé le plus simplement du monde, comme une merde. Non le vrai défaut du film c'est un certain manque d'humour. D'ailleurs Bruce Willis, quoique superbe comme à son habitude, est un peu éteint, et il y a fort à parier pour que ce soit dû au trait tiré au marqueur indélébile par Jonathan Mostow sur le légendaire esprit potache qui caractérisait jusqu'ici la plupart des (grands) rôles de l'acteur. Son personnage est même très lisse ! Pour prendre la défense du condamné d'office Mostow, ce n'est certes pas sans rapport avec le propos du film, car ce manque de personnalité ou de caractère est là pour appuyer l'idée que tant d'années passées à se cacher derrière un double parfait et inintéressant ont affadi les hommes dans leur for intérieur. Il aurait semblé peu logique que le double de Bruce Willis soit le seul être humain au monde à se montrer caractériel, marrant et original, à l'image de son personnage mémorable dans Le Dernier samaritain. C'est juste un mec qui a envie de revoir sa vraie femme (Rosamonde Pike), parce qu'il sait qu'elle souffre et qu'elle se drogue derrière ses aspects substitutifs d'américaine moyenne propre sur elle aux traits copiés collés sur ceux de Vikash Dorazoo.




De nombreuses études ont été menées pour savoir si les gens accepteraient de vivre dans un monde factice et virtuel (dans lequel ils seraient projetés grâce à des électrodes branchées à leur cerveau), un monde agréable où ils seraient riches et heureux, tout en sachant leur enveloppe charnelle "réelle" en parfaite sécurité, dans un monde concret où leur personne a contrario serait pauvre et déprimée. A cette question les gens répondent majoritairement qu'ils ne resteraient pas dans le monde "faux", par pur et simple refus du virtuel… Un choix édifiant qui démontre bien la portée de cette vaste question, passionnante en soi, que le film pose en passant, et je l'en remercie. Merci monsieur Mostow.




Pour poursuivre sur les qualités du film, on peut regretter tout de même quelques petites bizarreries dans le scénario. Comme l'idée qu'un seul gringalet, le créateur de tout ce bordel, puisse contrôler tous les substituts du monde, épaulé par un gros geek, obèse et affublé de cheveux gras, d'un front huileux, d'un vieux bouc, d'un nez retroussé et de grosses lunettes, comme tous les geeks représentés au cinéma. Autre point positif, le tout manque peut-être d'ampleur, notamment à la fin, dans la scène où tous les clones s'écroulent d'un seul coup, séquence qui aurait pu être grandiose, mais le film semble étonnement guidé par une volonté farouche d'humilité, se rangeant avec modestie dans la lignée des petits films de genre qui ne laisseront pratiquement aucun souvenir, mais qui n'écorchent pas la rétine, et ce en refusant notamment l'imparable gouverne de l'effet spécial tout-puissant. Si le film est bien d'aujourd'hui, comme en témoigne son absence un peu cruelle d'humour, il est par ailleurs, et comme nous l'avons déjà dit, marqué d'un style très années 70. Or, alors que le scénario le réclamait presque, les "robots" ne sont pas réalisés en images de synthèses, ils sont incarnés par les acteurs eux-mêmes, simplement maquillés pour sembler plus parfaits, plus lisses et plus laids, et ressembler à Vikash, ce qui renforce la parenté entre le clone et son original et favorise la crédibilité des substituts. Automatiquement on y croit bien davantage qu'à tous ces films hideux qui ne jurent que par la motion capture, ce qui est très finement vu de la part de Mostow. Il y a bien des effets spéciaux dans le film, mais ils sont justifiés puisque celui-ci a précisément pour sujet l'invasion du quotidien par "l'image fausse" : une fois de plus, excellente idée de sieur Mostow. Autant d'arguments qui donnent envie de célébrer cette œuvre simple, modeste, et réussie (bien que non-exempte de défauts énormes qui le rendent parfaitement secondaire et totalement oubliable), surtout quand on la compare au marécage puant qu'est le cinéma d'action américain actuel, que Jonathan Mostow incarne à lui tout seul avec panache et distinction.


Clones de Jonathan Mostow avec Bruce Willis, Radha Mitchell, Ving Rhames et Rosamund Pike (2009)

8 juin 2017

Terminator 3 : le soulèvement des machines

J'ai enfin vu ce film. Bon, c'est un Terminator, faut faire l'impasse sur la qualité du scénario. Mais il y a quand même un petit détail qui m'a titillé... J'ai relevé ce que j'appellerai une bizarrerie. Comment se fait-il que la Terminatrice reconnaisse l'ADN de John Connor quand elle lèche la flaque de sang coulant de la tête d'un asiatique vers le début du film ? Pensez-vous qu'elle a déjà prélevé un échantillon d'hémoglobine sur le cadavre de John en 2032 et qu'elle peut donc établir le lien ? Autrement, comment a-t-elle pu entrer en possession de cette information ? Comme cela fait longtemps que j'y réfléchis, j'ai échafaudé une théorie, mais elle ne me convainc pas encore totalement. Je sais qu'avant d'être un loubard, John Connor a vécu une vie "normale" jusqu'à, disons, ses 16 ou 17 ans. Son sang a donc pu être prélevé de nombreuses fois par les Mormons. Il parait en effet que Les Mormons conservent un échantillon de sang de chaque citoyen américain dans des grottes blindées contre les guerres nucléaires (la théorie de l'identification illustrée par X-Files notamment). Peut-être que John Connor a eu une période mormone et que la Terminatrice en a profité. Je précise que j'ouvre seulement des pistes, je ne prétends pas détenir la vérité. Je lance le débat...




Quant à la théorie du prélèvement sur le cadavre de John Connor en 2032, why not ? Mais cela ne suffit pas à expliquer, et c'est une question rhétorique que je me pose, pourquoi Skynet envoie un seul tueur tous les dix ans afin d'éliminer le futur leader des humains. S'ils envoyaient dix tueurs tous les jours, ça finirait par donner un résultat, non !? Et si en plus ces tueurs devaient également éliminer Sarah Connor enfant ou même la mère de Sarah Connor enfant, ça décanterait un brin la situation, non ? Et pourquoi pas carrément son père qui n'est, semble-t-il, pas au courant de ses futures fornications ? Faut exterminer le père dans ces cas-là. C'est ce que j'aurais fait... Bon je sais ça casse un peu le délire. Par égard pour le spectateur il est en effet plus logique de n'avoir qu'un seul tueur, de temps en temps. Comme ça, ça fait un film. Au détriment de la logique, hélas.




A vrai dire, Terminator est une saga qui me laisse vraiment circoncis. Par exemple, comment le T-800 fait-il pour reconnaître la tête de John sur sa bécane au début du 2 ? Impossible à savoir... Par contre, j'ai récemment élucidé ce qui était pour moi LE grand mystère du 2, à savoir le moment où le T-1000 (Robert Patrick) prend l'apparence du gardien de l'asile psychiatrique où est enfermée Sarah Connor. J'ai longtemps pensé qu'il s'agissait d'une nouvelle erreur du scénariste, étant donné que le T-1000 précise lui-même qu'il ne peut que prendre la forme des choses qu'il touche, quand il s'agit d'armes blanches ou d'objets de même taille que lui (êtres humains), mais pas d'un paquet de cigarette ou d'une bombe chimique. J'ai récemment repéré que, pendant cette scène dite "de la machine à café", le gardien évolue sur le carrelage dans lequel le T-1000 vient de se fondre. Le T-1000 touche donc le gardien, en tant que carrelage ! J'étais content de l'avoir compris, j'ai trouvé ça vraiment bien vu. Bon, par contre, quand le gardien marche dessus, le T-1000 n'est réellement en contact avec lui que par les godasses. Comment le T-1000 peut-il alors acquérir les informations sur la physiologie complète du gardien (moustache et compagnie) alors que celui-ci est électriquement isolé du sol ? Tout au plus il pourrait se transformer en semelle de chaussure ou en morceau de caoutchouc ! A moins que le T-1000 puisse se transformer en tout ce qu'il touche et tout ce qui touche ce qu'il touche...




En ce qui concerne le numéro 1, l'original de Jaume Cameron, je focalise surtout sur l'expression faciale des terminators : parce qu'ils sont des robots, ils ne peuvent pas retranscrire certaines émotions humaines, et pourtant, revoyez donc Termintor 1, quand Arnold saute en feu sur le capot de la voiture et qu'il éclate le pare-brise, il tire une de ces tronches avec ses dents du bonheur si visibles à cet instant !! Un peu dans le même ordre d'idée : il nous est très tôt annoncé que les terminators ne clignent jamais des yeux. Or, si Kristanna Loken, la Terminatrice du 3, réussit cet exploit miraculeusement, j'ai cru repérer que ce n'était pas du tout le cas de ce bon vieux Bob Patrick dans T2. A un moment, je crois même qu'il baille. Un robot qui baille, sérieusement ? Dans ce cas là, serait-il possible qu'il ait une érection à la vue d'une belle pépée, sachant que les terminators sont dotés de bijoux de famille (cf la scène de nu de Schwarzy dans le premier opus qui nous dévoile en passant la raison pour laquelle il est surnommé le Chêne de Sturm Graz !) ?




Pour boucler la boucle et pour en revenir au troisième épisode, autre problème : pourquoi la Terminatrice n'a-t-elle pas les cheveux attachés dès la première scène où elle apparaît dans son plus simple appareil ? Ça permettrait de voir ses miches et ça me semblerait être une coupe un peu plus naturelle pour un robot, très soucieux du sens pratique. C'est idiot, c'est idiot pour mes sens. Là encore, ça ne fait pas sens... Et enfin, pour terminer, j'aurai une dernière question, mais qui ne concerne pas cette fois-ci la série Terminator. Est-ce que vous aussi, quand vous avez vachement sué dans un t-shirt que vous avez porté nuits et jours pendant des semaines, vous rechignez à le laver, en pensant que vous aurez bien du mal à reproduire l'odeur terrible qu'il trimballe, odeur dont vous devenez "addict" ?

En tout cas j'ai vraiment hâte d'être en mai 2009.


Terminator 3 de Jonathan Mostow avec Arnold Schwarzenegger, Kristanna Loken et Nick Stahl (2003)

5 juin 2017

U-571

Le casting de ce film est tout simplement ébouriffant. C'est un cocktail de muscles et de cellules grises. Jonathan Mostow, classé cinquième selon IMDB dans la fameuse liste des "5 Gods of Accion and Ficcion", aussi appelée la "Suite de Fibonacci", peut se vanter d'avoir fait tourner les plus grands. Dans U-571, les têtes d'affiche sont nombreuses et toutes plus prestigieuses les unes que les autres : Matthew McConaughey, Bill Paxton, Alec Baldwin, Harrison Ford, Gene Packman, Harvey Keitel, Sam Neill, Sean Connery, Patrick Bouchitey, Denzel Washington et Liam Neeson, pour ne citer que les plus fameux. Avec cette équipe de choc, Johnny Mostow voulait s'emparer d'un sous-genre du film d'action et d'un sous-sous-genre du film de guerre : le film de sous-marin de guerre. Le classique du genre reste Das Boot, film de chevet de Steven Spielberg et seule lueur de génie de son réalisateur Wolfgang Petersen, qui par la suite et en gardant un pied en Allemagne a réalisé L'Histoire sans fin, qu'il n'a donc jamais pu terminer, avant de devenir 100% ricain et de s'exiler au pays de l'Oncle Sam pour aligner des blockbusters totalement stars and stripés (Alerte!, Air Force One...) mettant souvent en scène de grosses masses d'eau (En pleine tempête, Poséidon), faisant de lui un sous-sous-sous James Cameron. L'homme revient parfois sur Das Boot, son premier et dernier chef-d’œuvre, et il renomme souvent le film "Miracle en Alabama", avec clin d’œil à la clé. N'empêche que Das Boot est la référence affichée par Mostow comme par tout réalisateur qui planche sur un film de sous-marin.


Traduction pour les non audiophiles : "Crankcase est plein d'eau de source". Précision : Crankase c'est le nom d'un jeune mousse à bord du sous-marin. Ensuite il implore le capitaine Starboard Diesel (manque une majuscule à Diesel).

Quelques mots sur le pitch du film, car il faut toujours une bonne excuse pour sortir un film sur un sous-marin : en 1952, début de la guerre froide, dans les eaux de l'Atlantique nord, une bande de nationalistes russes s'empare d'une base de lancement de missiles nucléaires stratégiques et menace le reste du monde. Le capitaine Mike Dahlgren commande le U-571, un sous-marin archaïque mais redoutable, premier sous-marin nucléaire de l'arsenal soviétique. Quand il découvre que le système de refroidissement du réacteur principal est défaillant, Mike Dahlgren va accepter de maquiller son vaisseau en sous-marin allemand, l'un de ces célèbres U-Boote qui patrouillent au fond de l'océan. Un autre sous-marin, dans ces eaux réputées peu tranquilles, va prendre en chasse le U-571 de Mike Dahlgren (il aura fallu plus de 570 U ratés pour aboutir à ce navire insubmersible). A bord de son poursuivant, commandé par Alexei Vostrikov (l'Amiral Hackman), des ogives et un moteur à propulsion atomique menacent d'exploser si la température au cœur du réacteur ne baisse pas rapidement. Coupé du monde et de la flotte russe à cause d'une panne d'antenne, un premier ordre est quand même envoyé à Vostrikov lui intimant l'ordre de bombarder la Russie, lorsqu'arrive un second message indéchiffrable. Le capitaine Vostrikov est alors remplacé par son second, Starboard Diesel, pour cause de chiasse. Ce dernier et son nouveau second, Boubakar Polenin (Patrick Bouchitey), doivent surmonter un différend basé sur une différence de couleur de peau pour faire face à la crise et éviter un accident nucléaire. Par ailleurs, si une telle explosion se produisait, les États-Unis pourraient croire à une première attaque soviétique et déclencher une guerre totale. Pendant ce temps, la bande de nationalistes russes tâche de faire face au froid qui gèle les canalisations à bord de leur "bateau noir". A bord de l'U-571, la réussite de la mission de Mike Dahlgren va désormais dépendre de sa rapidité et de son courage. Tétanisant.


La touche Mostow : les petits ronds rouges dans l'image qui indiquent ce qu'il ne faut pas louper.

C'est ce pitch dantesque (qui est en fait la réunion de plusieurs projets et de maints courts métrages écrits par Jonathan Mostow dans sa baignoire quand il était jeune), qui a permis au réalisateur de se faire un petit nom et de confirmer son statut de faiseur un peu brouillon mais foutrement doué. Quelqu'un de sérieux et de bonne volonté, apprécié de ses acteurs, qui vantent l'ambiance unique sur le tournage, à la bonne franquette. S'il a un petit air facho en photo, c'est néanmoins grâce à sa douceur de caractère qu'on a confié plusieurs projets importants à Mostow. C'est aussi grâce à son côté bonne poire que des gens comme Arnold Schwarzenegger, ou Bruce Willis, voire Kurt Russell, ont dit un jour dans leur vie : "I want Mostow in !" Ces mastodontes-là ont l'habitude de complètement contrôler les films dans lesquels ils s'engagent, et ils savent qu'engager Mostow c'est l'assurance de garder toute latitude sur la dimension artistique. A la poursuite du Diams USS boot 519 Jump Street Alabama - Le piège des profondeurs est un bon film du dimanche soir, comme tous les Mostow. Et comme il a fait quatre films, ça fait un mois de dimanches soirs assurés.


U-571 de Jonathan Mostow avec Matthew McConaughey et Bill Paxton (2000)

2 juin 2017

Breakdown

Voici le film breakthrough de Jonathan Mostow. Jonathan Mostow, c'est qui ? C'est surtout trois films : Terminator 3, U571 et Surrogates. Jonathan Mostow est spécialisé dans le film d'action qui se regarde sans déplaisir quand on tombe dessus alors qu'il passe à la télé mais qui peut provoquer un état de rage extrême lorsqu'une somme supérieure à 1€50 a été dépensée pour le visionner. Mostow a la réputation d'un cinéaste docile, carré et doux, un peu comme un gros bélier charmois fait metteur en scène hollywoodien. Il torche les films qu'on lui demande. Ils sont tous moyens, jamais honteux, mais ils n'amassent jamais suffisamment de fric pour que Jonny Mostow atteigne enfin une certaine reconnaissance et entre dans le cercle très fermé des réalisateurs de la A-list, en compagnie de personnalités telles que Christopher Nolan et Michael Bay du Mont St Michel. Jonathan Mostow devrait s'appeler Mosdos, car il s'est mis plein de monde à dos. Bref, Mostow est un raté, désespérément scotché aux années 90, et il le vit bien.




Breakdown (aka "Griller un câble") est donc son film breakthrough, c'est à dire celui qui le fit connaître dans le milieu et qui lui permit d'enchaîner les projets. Tout Mostow est dans Breakdown, ce petit film d'action honnête, plutôt divertissant, pas dégueu, que l'on pourrait situer quelque part entre Duel de Spielberg et L'Homme qui voulait savoir d'un réalisateur néerlandais inspiré, en infiniment moins bon. Le pitch ? Pour renouer avec sa femme, Kurt Russell lui propose un road trip sur la route 66, comme tout bon fan d'Elvis Presley qui se respecte. Au kilomètre 12, dispute, pugilat entre lui et sa femme : Kurt Russell a commis l'erreur de couper un coyote en deux avec le pare-buffle de sa bagnole. Il a transformé le coyote nommé Rue des Lois en une patte à gauche, deux pattes à droite, une patte broyée par le ventilo de sa Jeep Renegade et une tête sans yeux qui sert maintenant d'involontaire déco extérieure au pare-brise. A la vision de ce spectacle macabre, la femme de Kurt, une petite rousse bien achalandée, lui montre sa main et lui lance "Tchô" comme on disait alors chez les jeunes (le film date de 1997). Elle embarque ensuite dans le premier camion qui vient et c'est le début des ennuis pour son mari puisqu'à partir de ce moment-là, elle sera FBI portée disparue. Bien décidé à remettre le grappin dessus, Kurt Russell remue ciel et Terre, arpente tous les bars de la région et comprend assez vite qu'une sacrée bande de salopards a la main-mise sur cette partie de l'Arkansas. L'un d'eux résumera plus tard le scénario du film à sa façon : "Connard bourré de fric cherche emmerdes" en s'adressant au héros fortuné.




Breakdown est porté par un Kurt Russell littéralement awesome, toujours aux abois, à la recherche de, je cite, sa "conne de bonne femme". "Elle est où ma conne de bonne femme, hein, t'as une idée, toi ?" finira-t-il par demander, désespéré, à un élégant tapir croisé en chemin. L'acteur au sourire irrésistible tourna ce film à une période charnière de sa carrière, car ensuite, il enchaina les naufrages et les mauvais choix (Soldier, où il distribuait des baffes à tout le monde en tenue de GI Joe et, surtout, 3000 Miles to Graceland, autre digression filmique autour du King). Breakdown est l'occasion d'admirer l'allure et le physique atypiques de Kurt Russell : le mulet au vent, le menton plus volontaire que jamais, les yeux d'un bleu pétrole, le polo Ralph Lauren qui va bien, les chaussures Quetchua, le jean remonté jusqu'au nombril ("à 1 mètre" comme il aime le dire souvent), etc. L'acteur est au top de sa forme. En regardant le film, je me suis surpris à faire une recherche google pour essayer de percer les origines ethniques de ce bellâtre unique en son genre. Je pensais qu'il avait peut-être du sang wallisien ou, au moins, des gènes indiens ou pacifiques. En fin de compte, j'ai seulement appris qu'il était libertarien, c'est-à-dire qu'il a envie qu'on lui foute la paix quand il veut faire quelque chose. En le voyant dans ce film, je n'ai pu m'empêcher d'ajouter à ma "to do list" : revoir Big Trouble in Little China, Escape from New York et The Thing, en bref, les films cultes que le bonhomme a tourné avec son ami John Carpenter.




Mais revenons à Breakdown de Brian Mostow. En plus d'un scénario linéaire et efficace, ce film propose aussi quelques lignes de dialogues savoureuses. Ainsi, quand Kurt Russell menace l'un des routiers et le soupçonne de lui avoir piqué sa femme, celui-ci lui rétorque sans ciller : "En effet, ta bonne femme est actuellement scellée dans ma cave et retenue en otage par Faulkner mon chien. Je l'ai aperçue. Elle fait 1m65, 62 kilos dont environ 1 kilo de nibards extra. J'aime aussi ses jolies bouclettes blondes. Le problème, c'est que Faulkner est du genre susceptible et raffole des belles pépés aux gros roberts". Un langage fleuri comme nous n'avons, hélas, plus vraiment l'occasion d'en entendre dans les films américains. Et que dire de cette dernière réplique : "Tu m'as demandé de te pépom, j't'ai pompé !"...


Breakdown de Jonathan Mostow avec Kurt Russell (1997)