30 décembre 2019

Terminator : Dark Fate

Plus personne ne parle de ce film. Plus personne. A sa sortie aussi, il n'avait pas fait de bruit. Durant les semaines qui l'avait précédée, en revanche, on avait essayé de nous mettre l'eau à la bouche en nous le vendant comme la première suite adoubée par James Cameron himself et en nous invitant à oublier tout ce qui avait été fait depuis le deuxième opus. Tu parles... C'était avoir la mémoire bien courte : on nous avait déjà fait le coup avec Terminator Genisys, que l'on nous présentait comme un reboot revigorant toute la franchise et où l'on pouvait lire, écrit en gros sur l'affiche, "Vous allez adorer" signé Jimmy C. Les plus pointus m'indiqueront que, cette fois-ci, Cameron a eu un rôle plus actif, puisqu'il est producteur et a même participé au scénario (!). Pour les précédents, il ne jouait au mieux qu'un vague rôle de consultant. Mais à quoi bon pinailler là-dessus vu le résultat final : on a de nouveau affaire à une énorme daube sans intérêt. James Cameron n'en a sans doute rien à battre non plus, son nom n'est jamais vraiment sali et les spectateurs sont encore plus nostalgiques de ses deux premiers films. Je suis sûr que, quelque part, il n'est pas mécontent de voir sa franchise sombrer un peu plus à chaque nouveau film réalisé par quelqu'un d'autre que lui. C'est cette fois-ci Tim Miller, auréolé du succès de Deadpool, qui s'y est collé, mais cela aurait pu être n'importe quel tâcheron incapable de torcher une scène d'action à peu près valable.




Je fais partie des quelques malheureux qui sont allés voir ce Terminator : Dark Fate au cinéma, emmené et invité par mon frère Poulpe, plus connu sur ces pages sous le doux sobriquet de Brain Damage. C'était une période bien morne en termes de sortie ciné. Pour vous donner une idée, on avait hésité entre ça et Doctor Sleep... Nous en menions pas large à la fin d'une séance vécue dans un silence mortuaire à peine troublé par quelques questions que je soumettais à mon frère pour qu'il éclaire ma lanterne sur quelques détails absurdes du scénario. Mes interrogations portaient pour la plupart sur la nature exacte du nouveau modèle de terminator présent ici sous les traits de Gabriel Luna. "Dis Poulpe, comment ça se fait que le terminator ait besoin de se connecter physiquement à un data center pour avoir accès aux caméras de surveillance ? Il n'a pas le wifi ?", "Dis Poulpe, si ce terminator peut se dédoubler, pourquoi il ne le fait pas plus souvent pour être deux fois plus efficace ?". Prenant à cœur son rôle de grand frère, Poulpe avait toujours des réponses satisfaisantes et rassurantes à m'apporter, elles me permettaient de maintenir la tête hors de l'eau, mais je ne me souviens d'aucune et, en réalité, il se contredisait beaucoup.




Un bon rösti bien gras suivi d'une dame blanche dégustés sans dire un mot du film ont sauvé notre soirée. Pendant les jours suivants, j'ai tanné mon frère Poulpe pour qu'il m'inspire quelques lignes dignes d'être partagés avec vous à propos de ce maudit film. Toutes mes sollicitations furent vaines jusqu'à cet instant étonnant où Poulpe a pris une pose pensive avant de lentement déclamer ce poème, dont le titre, prononcé en guise d'introduction, doit être Terminator, sombre destin :

Quelques-uns partent le voir
animés d'un léger espoir.
Ils sortent de la salle
en se sentant sale.

Voilà. C'est tout ce qu'il m'a sorti. Après ça, il n'y avait plus rien à tirer de lui ; après ce triste quatrain aux rimes pauvres qui, en tant que tel, est déjà une œuvre d'art infiniment supérieure à la dernière cochonnerie signée Tim Miller. Le manque total d'idée et de savoir-faire de Miller va jusqu'à nous faire regretter le Terminator 3 de Jonny Mostow. Ce dernier, en bon faiseur de cinéma d'action à l'ancienne, avait au moins su pondre une bonne scène de poursuite en camion. Ici, dès ce flash-back introductif très problématique et inutile où nous assistons à la mort lamentable de John Connor (Edward Furlong), froidement abattu à la plage par un terminator surgi de nulle part alors qu'il commande une pina colada à sa môman, on sait que ça va schlinguer un max. Nous ne sauverons même pas les quelques répliques débiles d'un Schwarzy en roue libre et visiblement conscient du ridicule de la chose, ni le retour pathétique d'une Linda Hamilton venue caricaturer l'unique personnage qui l'a rendue célèbre, ni les quelques efforts d'une Mackenzie Davies pas désagréable en humaine améliorée envoyée dans le passé pour protéger, devinez qui, la future cheffe de la résistance. Rien de neuf sous le soleil, c'est toujours la même histoire sans l'ombre d'une trouvaille valable à l'horizon. On peut jeter tout ça aux oubliettes et continuer de faire comme si ce film n'existait pas.


Terminator : Dark Fate de Tim Miller avec Natalia Reyes, Mackenzie Davis, Linda Hamilton, Gabriel Luna et Arnold Schwarzenegger (2019)

23 décembre 2019

Ben is back

Film de dingue ! C'est l'histoire d'un camé qui quitte en loucedé son centre de désintox pour débarquer chez lui à l'improviste la veille de Noël. Sa présence fout toute sa famille en état de choc et de sidération, à commencer par sa daronne, Julia Roberts, qui oscille entre l'accueillir à bras ouverts ou lui foutre un flingue sur la tempe pour pas qu'il merde de nouveau. L'action se déroule sur une poignée d'heures et le film se mate comme un véritable thriller, en quasi temps réel. Replongera, replongera pas ? Là est la question ! Ben est campé par le jeune Lucas Hedges, un acteur qui tire tout le temps la tronche, que l'on a déjà vu tout récemment dans Boy Erased et 90s mais aussi Three Billboard, Lady Bird ou encore Manchester by the Sea. Bref, un p'tit gars qui, d'ordinaire, choisit bien ses rôles, en termes de succès public et critique en tout cas, mais qui s'est ici un peu planté. Faut dire que c'est son padre qui tient la caméra, Peter Hedges. Celui-ci devait tenir mordicus à mettre son propre fils dans la peau d'un addict à la coke pour l'en dégoûter à jamais. Va savoir... Julia Roberts fait le taff. Elle est plutôt crédible en mère cougar en quête d'un nouvel Oscar. Mais ce qui nous a surtout plu, là-dedans, c'est le rôle central accordé au chien de la famille, une adorable petite boule de poils nommée Ponce.




Ponce est un yorkshire terrier très apprécié par la famille Roberts pour sa fidélité, sa loyauté, sa douceur, sa maladresse, sa discrétion et sa gaieté. Il est plus précisément le chien de Ben, qui n'a tout de même pas pu l'embarquer avec lui au centre de désintox, où les animaux de compagnie dépassant les 20 centimètres de long ne sont pas acceptés dans les chambres (les règles sont curieuses mais c'est ainsi). Ponce est un clébard sensass qui chipe la vedette à tout le monde. Entre lui et Ben, il existe un lien très particulier, puisque le premier a sauvé le second d'une overdose qui aurait très bien pu être fatale sans cette léchouille salvatrice au petit matin d'une nuit oubliée. Bref, Ponce est une sorte de totem familial et son statut d'intouchable est indiscutable. Le réalisateur a le mérite de très lisiblement nous présenter tous les enjeux qui entourent le petit Ponce.




Le seul problème de ce chien sympathique, c'est qu'il est aussi la vedette de tout le quartier. Un quartier dont certains habitants conserveront à tout jamais une dent contre Ben et verront donc d'un bien mauvais œil son retour inattendu. Car Ben a certaines dettes et autres comptes à rendre : il est celui qui a tapé 50 biftons à l'un pour se payer sa came en douce et qui n'a jamais effacé son ardoise, il est celui qui a poussé la première de la classe et fille du voisin vers les abîmes de la cocaïne lors de soirées sans fin... Il n'est pas net, il a des trucs à se reprocher et Peter Hedges met le paquet pour nous indiquer que la drogue, c'est mal, pour soi et pour les autres. L'un des ennemis jurés de Ben, un homme masqué à l'accent mexicain, va donc avoir la sale idée de prendre Ponce en otage pour récupérer enfin son butin. L'essentiel du film consiste donc à suivre Julia Robert et Lucas Hedges à la recherche de Ponce, dont vous pouvez être sûrs que vous n'oublierez jamais le doux nom.




Dans sa dernière demi heure, Ben is Back prend les allures d'une sorte de road movie de quartier, avec très peu de route parcourue (on doit être à 5 kilomètres à tout péter au compteur) mais énormément de temps effectif passé dans la bagnole, à l'affût de la moindre trace d'un clebs. C'est pas folichon mais franchement, il faut bien reconnaître qu'à force, nous aussi, on a sacrément envie de refoutre la main sur ce con de Ponce, qui est bien le seul de la bande à ne pas mériter un tel sort. Le suspense s'installe tandis que Julia Roberts et Lucas Hedges passent le meilleur réveillon de leur vie. Alors que l'on pouvait craindre un drame lacrymal lourdingue sur un addict pénible susceptible de replonger à tout moment, on a finalement droit à un thriller lacrymal pénible sur un addict susceptible qui finit effectivement par replonger dans la came avant d'être une nouvelle fois sauvé par son chien, lors d'un deus ex machina inespéré qui nous laisse tout sourire. Sacré Ponce !


Ben is back de Peter Hedges avec Lucas Hedges, Julia Roberts et Ponce (2019)

17 décembre 2019

The Big Sick

98% de critiques positives sur Rotten Tomatoes, 55 millions de dollars engrangés au box office pour un budget dix fois moindre, 7,7/10 sur IMDb, une première très remarquée au festival de Sundance... Produit par Judd Apatow, réalisé par Michael Showalter mais piloté par le comique Kumail Nanjiani, acteur principal et scénariste, The Big Sick était l'un des plus grands succès du cinéma indépendant américain en 2017. Puisqu'il nous raconte, dans un style semi-autobiographique, les déboires amoureux de son personnage principal, un comique de stand-up ayant du mal à tout gérer à la fois (Kumail Nanjiani, dans son propre rôle), nous aurions pu espérer un pendant masculin au sympathique Crazy Amy, la comédie assez réussie portée par l'énergique Amy Schumer sortie il y a quatre ans.




En réalité, The Big Sick se concentre essentiellement sur la rencontre entre Kumail et Emily et l'histoire d'amour compliquée qui en découle, le premier, issu d'une famille pakistanaise traditionaliste, ne pouvant pas s'engager avec la seconde, quant à elle très simple, directe et entière dans sa façon de vivre et d'exprimer ses sentiments. Progressivement, le film de Showalter et Nanjiani apparaît comme une vieille romcom dénuée de véritable pouvoir comique, à la progression trop prévisible et lourdingue. On est finalement bien loin de Crazy Amy, qui reste pour nous un bon souvenir, avec ses quelques scènes marrantes, ses personnages secondaires amusants et un schéma de romcom qui, pour une fois, passait plutôt bien. Ici, bien que les personnages et leurs interprètes ne soient pas antipathiques (mention spéciale à Zoe Kazan), ils ne sont pas particulièrement attachants et, hélas, jamais drôles. Les quelques passages de stand-up sont d'ailleurs d'une affligeante pauvreté.




Kumail Nanjiani a co-écrit le scénario avec sa compagne à la ville, Emily V. Gordon, pour mieux nous narrer leur propre rencontre, comme si celle-ci avait réellement quelque chose d'exceptionnelle. Il faut dire qu'après avoir mis un terme à leur relation, vaincue par la barrière infranchissable que semble être la culture pakistanaise et dégoûtée, surtout, par le manque d'implication de Kumail, Emily tombe gravement malade et finit à l'hosto, dans le coma. C'est alors que, de son côté, Kumail se réveille et mesure enfin les sentiments qu'il éprouve pour la malade. Il se rapproche durant cette épreuve des parents d'Emily (la mère est incarnée par une méconnaissable Holly Hunter), avant de renouer définitivement avec celle-ci, une fois tirée d'affaire. Quelle sublime love story... Le couple Nanjiani - Gordon paraît vouloir jouer la carte de la sincérité mais il signe en fin de compte un film bien tiède et presque agaçant qui échoue strictement à tous les niveaux.




Nous ressortons de là avec la désagréable impression d'avoir regardé un mauvais épisode de sitcom long de deux heures dont une et demie de trop. Parce qu'il essaie de mêler les larmes aux rires, The Big Sick veut ratisser le plus large possible et ça se voit. Une romcom indé de plus à foutre à la poubelle. 


The Big Sick de Michael Showalter avec Kumail Nanjiani et Zoe Kazan (2017)

14 décembre 2019

Doubles vies

Ce film est une série de coups de couteau dans les reins. Ffft ffft ffft. Dans les films, c'est ce bruit qu'on entend quand les types lardent de coups de lames le flanc gauche d'un Liam Neeson impassible. Comment quelqu'un d'aussi brillant que Olivier Assayas, auteur de livres aussi indispensables que Présences ou L'Encyclopédie des farces et attrapes au cinéma, a pu pondre un film aussi indigne. Comment une bible de Gutenberg humaine du cinéma, qui peut te sortir sans réflexion un top 1000 des plus beaux plans d'ouverture du cinéma (à sa place, si on nous demandait, mais vu qu'on ne nous demande pas, on ne se fait pas prier, on citerait volontiers En quatrième vitesse d'Aldrich, Délivrance de John Boorman, Eyes Wide Shut de Kubrick ou encore la fameuse toupie d'Inception), comment un crack de la bobine celluloïd, qui la veille au soir nous pondait encore un Personal Shopper de haute facture, peut à ce point se fourvoyer dans un film inique, dont le plan d'ouverture annonce la couleur, puisqu'il s'agit de la porte d'entrée d'un cloaque parisien qui s'ouvre sur un Guillaume Canet souffreteux, blafard, mesquin et déjà merdeux.





Le film est un condensé de clichés, de phrases toutes faites, d'idées reçues, de méditations de trépanés archi-datées et ringardes sur l'avenir du petit monde de l'édition et les livres numériques, tout ça récité platement et avec un ridicule consommé par une troupe de tocards imbuvables et niais qui nous assènent leurs pensées débiles sur la politique et le monde comme il va avec un sérieux de pape dans un enchaînement sans fin et monotone d'élucubrations toutes plus fétides et idiotes les unes que les autres. Et comme si la situation n'était pas déjà assez embarrassante, tous ces guignols ont entre eux des histoires de cul nauséabondes et souvent improbables, en tout cas franchement inintéressantes, encore plus quand elles concernent le tocard en chef campé par Guillaume Canet qui se croit crédible en patron d'une maison d'édition découvrant, en 2019, que le numérique commence à prendre un petit essor, bien aidé dans sa découverte de l'eau tiède par son assistante/orifice Christa Theret, qui enfile les perles pendant tout le film. RIP Christa Theret, qui a explosé dans LOL et qui depuis n'est pas parvenue à recoller les morceaux, MDR.





Le fond du fond est atteint dans cette scène de conversation (la douze millième du film qui en compte bien onze mille) sur une petite terrasse en bord de mer, dans un décor digne des Petits mouchoirs, où les pires sbires de la bande, le quatuor infernal constitué de Canet, Macaigne, Hamzaoui (Hamzanon de notre côté) et Binoche évoquent la possibilité de tirer un film du dernier torche-cul de Vincent MacCain, et mentionnent pour le premier rôle nulle autre que Juliette Binoche. Ce qui donne cette farce et attrape métafilmique savoureuse où Juliette Binoche affirme, sourire aux lèvres, qu'elle croit pouvoir obtenir le numéro de téléphone de Juliette Binoche. A ce moment-là, on est persuadé qu'Olivier Assayas a trouvé une nouvelle énergie fossile, un combustible qui reposait là, sous nos yeux, tel Cthulhu dans son antre de R'lyeh. De quoi embraser le monde. A la toute fin de ce supplice, que l'on regarde de la première à la dernière minute totalement médusé, tel un lapin dans les phares d'une jeep conduite par un forcené, en se demandant comment un cinéaste de la trempe d'Assayas a pu commettre un tel packaging de fientes, Nora Hamzaoui (c'est toujours Hamzaniet) annonce fringante à un compagnon d'infortune qu'elle attend le divin enfant. Deux solutions : soit on aura droit à un Doubles vies², ce qui sera impossible à gérer, soit ça donnera un énième épisode de Chucky, la poupée de sang.


Doubles vies d'Olivier Assayas avec Guillaume Canet, Juliette Binoche, Vincent Macaigne et Nora Hamzaoui (2019)

8 décembre 2019

Cutterhead

Sur le papier, le premier long métrage de Rasmus Kloster Bro s'apparente à l'un de ces survivals bas du front, visant les sensations fortes avant tout, dont le pitch tiendrait sur un post-it. Jugez du peu : suite à un incendie souterrain survenu sur le chantier de construction d'un métro, une femme se retrouve coincée dans le sas pressurisé d'une foreuse en compagnie de deux ouvriers. Sauf qu'à l'écran, le cinéaste danois parvient à en faire quelque chose de très intéressant et d'immédiatement captivant. C'est même peu de le dire : nous sommes bien vite littéralement cramponnés à notre fauteuil. On nous plonge d'emblée dans des sous-sols en construction mal éclairés, au milieu des machines bruyantes et des tuyauteries fumantes, aux côtés de quelques travailleurs habitués à de telles conditions. Immersif, le film s'annonce comme une expérience sensorielle éprouvante dès sa première image, l'effondrement progressif d'un mur sous l'effet d'un tunnelier (cutterhead signifie en anglais "tête de fraisage / de coupe").




On suit de près cette femme d'abord animée d'un enthousiasme sincère qui a vraisemblablement été envoyée sur les lieux par sa direction pour peaufiner la communication au sujet de la nouvelle ligne souterraine : elle a pour objectif de la présenter comme un parfait exemple de collaboration entre pays européens. Elle interroge donc les ouvriers qu'elle croise, en leur posant des questions très orientées. Rasmus Kloster Bro plante plutôt finement le décor et l'on se dit assez tôt que son film visera plus haut que prévu. Avant même que la situation ne dégénère, on saisit en effet que ce qui se présente a priori comme un thriller claustrophobique efficace, qui flirtera presque avec l'horreur, est aussi une métaphore politique bien sentie sur l'Europe et l'immigration. L'action se déroule à Copenhague mais cela pourrait être n'importe où sur le continent, et les deux autres ouvriers coincés avec la jeune femme sont un jeune réfugié érythréen et un mineur croate expérimenté. Les rapports de domination et l'hypocrisie de chacun sont intelligemment mis en exergue par les circonstances et ce contexte spécifique. C'est à saluer, car un tel film donne aujourd'hui trop rarement matière à penser.




Quelques bémols cependant : il y a bien un léger ventre mou, problème récurrent et quasi inévitable de ces thrillers linéaires dont l'intensité ne peut que retomber par moments. Soulignons toutefois que le cinéaste ne gère pas si mal ces temps faibles et le rythme de l'ensemble, on ne sort jamais de son huis clos étouffant. Nous pourrons aussi regretter une petite facilité dans la caractérisation de l'un des trois personnages, le jeune érythréen, qui a vite fait de déballer son histoire de famille. Plus désagréable sans doute sont ces quelques angles de prises de vue maladroits, utilisés pour nous faire prendre conscience de l’exiguïté des lieux, dont nous aurions pu nous passer. Mais ces réserves ne pèsent pas bien lourd face à la très bonne impression globale que laisse ce film hautement anxiogène dont on comprend sans problème qu'il ait pu faire le buzz dans tous les festivals où il est passé. 




Le réalisateur joue habilement avec nos peurs fondamentales, nous plongeant régulièrement dans le noir complet tandis que ses personnages sont finalement menacés d'être enterrés vivant. Il met nos sens à rude épreuve, notamment grâce à un travail précis sur le son, en particulier quand il s'agira de nous faire ressentir les pressurisations et dépressurisations successives. Son film est une expérience physique intense, où l'on ressentira sans difficulté la soif, la faim ou les températures excessives subies par le malheureux trio. Sans qu'il ait besoin d'être explicitement indiqué puis rappelé, on saisit tout de suite qu'un compte à rebours au terme indéfini s'est enclenché au moment de l'accident. Ce suspense nous tiendra en haleine jusqu'au bout. Dans ses dernières minutes, Cutterhead tend vers l'abstraction lors d'un long passage éprouvant : le réalisateur ose alors quelque chose d'intéressant en abandonnant temporairement le réalisme auquel il collait jusque-là pour mieux nous rappeler le fond de son propos. On en ressort groggy. 


Cutterhead de Rasmus Kloster Bro avec Christine Sønderris, Kresimir Mikic et Samson Semere (2018)

3 décembre 2019

Le Meilleur reste à venir

Nous partageons aujourd'hui avec vous ce billet d'humeur de l'un de nos plus proches collaborateurs parisiens, qui a bien des raisons d'être à cran en cette semaine de mobilisation.

Existe-t-il plus désagréable que cette affiche ignoble qui décore tous les bus parisiens cette semaine ? Cette complicité virile et hilare entre deux mâles blancs soixantenaires, un harceleur de femmes et un gros goujat, dont on est censés être les complices ; ce check digne d’une fin de chanson à un concert des Enfoirés, les cravates dénouées, tellement "à la cool" ; ce contre-jour si "joli" et cette typo manuscrite dégueulasse avec, immense, ce titre optimiste et agressif alors que les potes de ces mecs-là sont en train de nous la mettre bien profond et, enfin, les noms maudits de ce duo de réalisateurs infernal déjà responsable de l’affreux Prénom... Allez crever !


Le Meilleur reste à venir d'Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte avec Patrick Bruel et Fabrice Luchini (2019)

1 décembre 2019

Séduis-moi si tu peux !

Séduis-moi si tu peux !, version française fort peu inspirée de Long Shot, est une énième comédie romantique sur le thème du mariage de la carpe et du lapin. Tout oppose Seth Rogen et Charlize Theron. Le premier est un journaliste politique réputé pour son franc-parler, aux « idées » bien affirmées, laid comme un pou et toujours vêtu d'un k-way de très mauvais goût. Il a été demandé à Seth Rogen de venir sur le plateau au naturel, sans oublier sa casquette préférée. La deuxième est la Secrétaire d’État des États-Unis, pragmatique et ambitieuse, très appréciée des médias pour sa classe et sa beauté, elle est promise à une grande carrière dans un monde dont elle connaît bien les rouages. Les deux individus vont être amenés à collaborer, la politicienne souhaitant utiliser les « talents » d'écriture et l'humour du journaleux (notez les guillemets quand j'évoque le personnage campé par Rogen). Ce dernier, sous le charme de celle qui s'avère être son ancienne baby-sitter, qui a provoqué chez lui ses premiers émois, ne peut refuser la proposition malgré des divergences de points de vue indéniables.




Pour fonctionner, une telle comédie romantique a nécessairement besoin de s'appuyer sur un duo central sympathique et attachant, joué par des acteurs drôles et charmants, autour desquels doivent de préférence venir graviter en renfort des personnages secondaires truculents. Dans un exercice plutôt inhabituel pour elle, Charlize Theron s'en tire avec les honneurs. L'actrice est clairement le plus grand atout du film, elle s'avère assez à l'aise dans le registre comique, son charme et son élégance au beau fixe permettent un contraste saisissant avec l'allure disgracieuse de Seth Rogen. Celui-ci est le maillon faible mais, soyons honnête, le problème vient davantage de son personnage que de l'acteur lui-même, auquel nous étions tout à fait prêt à donner une nouvelle chance, malgré une diction, une voix et une présence toujours très problématiques.




Comment, en effet, prendre en sympathie ce type qui, soucieux de « remettre à jour » cette politicienne trop absorbée par sa vie professionnelle pour s'accorder une minute à elle, lui fait l'apologie des films de l'univers Marvel et de la série Game of Thrones ? Il lui impose ensuite des séances de rattrapage et nous les voyons tous deux, affalés devant la télé, passer de grands moments de complicité et de joie lors de soirées inoubliables, tour à tour sous le choc des morts surprenantes de la fameuse série et sur le cul devant les scènes post-génériques à gerber des films sus-cités. Pour un blogueur ciné, ces scènes-là sont rudes à encaisser. Rappelons que Seth Rogen est supposé incarner un journaliste cultivé, une fine plume au regard pertinent et acéré sur la société (j'ai arrêté avec les guillemets car il y en aurait trop). Déjà, c'est dur à croire, mais si en plus on nous le montre prendre son pied devant de tels trous noirs artistiques, c'est compliqué... D'autant plus que le film cherche sans doute très bassement à flatter ainsi le spectateur lambda, rassuré de voir qu'il mate les mêmes merdes que ces personnages pathétiques. C'est bien facile tout ça.




Autour de Theron et Rogen, dont l'alchimie n'est pas franchement évidente, les personnages secondaires ne rattrapent pas le coup. Ils sont beaucoup trop fabriqués et creux, à l'image d'un Andy Serkis lamentable grimé en vieil homme d'affaire véreux. Ce cabotin de fonds verts et d'heures de maquillage intensif semble condamné à se travestir ridiculement, comme si la seule prouesse d'être de nouveau méconnaissable était censée suffire et impressionner la galerie. A mes yeux, Andy Serkis est juste l'un des acteurs les plus tristes du monde. Quant à O'Shea Jackson Jr., dans le rôle du meilleur ami de Seth Rogen, il laisse parfois entrevoir les mêmes dons comiques que son papa Ice Cube, grande attraction des 21 Jump Street, mais il finit le plus souvent par nous saouler. Surtout, il est au cœur de la scène la plus crispante du lot : celle où Rogen se rend compte que son ami de toujours est un Républicain pur jus et fier de l'être, convaincu que ses valeurs lui ont permis de réussir sa vie (self-made-man même pas âgé d'une trentaine d'années, il est déjà à la tête d'une start-up qui règne sur les derniers étages d'un gratte-ciel de Manhattan...). Rogen découvre alors que ce sont ces mêmes valeurs, insidieusement inculquées par son pote, grosso mierdo fondées sur la confiance en soi et la foi en la réussite individuelle, qui lui ont permis de conquérir Charlize Theron, c'est-à-dire d'accomplir le plus grand exploit de sa vie. Tout cela est assez déprimant en plus d'être d'un esprit douteux.




Ce film beaucoup trop long qui bouffe à tous les râteliers finit par échouer à tous les étages. On ne rit pratiquement jamais, si ce n'est lors d'une chute (littéralement, une chute : quelqu'un qui tombe...), et on ne ressent aucun plaisir à voir Charlize Theron et Seth Rogen se rapprocher, se fâcher, prendre leur distance, pour se rabibocher enfin, Séduis-moi si tu peux ! passant bien par toutes les étapes obligées de ce genre de films à la formule frelatée. La pseudo satire du monde politique timidement ébauchée en toile de fond est bien trop grotesque et absurde pour avoir quelque chose d'un tant soit peu pertinent. Mais admettons qu'il est à présent difficile, pour les américains, d'imaginer un président plus grotesque que le guignol bien réel qui est à la tête de leur pays. Alors que le rythme bien calculé de ce produit à consommation rapide nous a d'abord permis d'accrocher facilement, il s'essouffle peu à peu, s'achevant laborieusement au bout de 2h05 de tergiversations. On termine à cran.


Séduis-moi si tu peux ! de Jonathan Levine avec Charlize Theron et Seth Rogen (2019)

27 novembre 2019

Le Jour où la Terre prit feu

Petit film de SF britannique tourné en 1961 par Val Guest, The Day the Earth Took Fire entre mieux en résonance avec notre époque que le plus célèbre The Day the Earth Stood Still, tourné dix ans plus tôt par Robert Wise. Plus plausible en effet, en 2019, de voir la terre prendre feu que de la voir s'arrêter de tourner. Bon, à ceci près qu'en 1961, en pleine guerre froide, ce que les scénaristes du film, Val Guest lui-même et Wolf Mankowitz, imaginent capable de mener notre globe à sa perte, c'est la menace nucléaire. Les essais menés par des USA et une URSS qui se tirent la bourre devaient ainsi nous conduire, selon cette quasi série B d'anticipation, vers une déviation de l'orbite terrestre rapprochant la planète du soleil et entraînant une explosion des thermomètres bientôt fatale au genre humain.





Toutes ces images où les personnages ont la peau luisante de sueur (à commencer par celle de Janet Munro, bien présente à l'écran), pour ne pas dire littéralement trempée, ou font la queue pour une ration d'eau, sans parler de toutes ces vues urbaines désolées (on croit retrouver, au début et à la fin du film, dans des images jaunes surchauffées, quelques plans de The World, The Flesh and the Devil, tourné en 59), et de ces plans sur la Tamise asséchée, ne semblent pas bien fantasques, de nos jours. D'autres images, nettement plus fortes, les plus belles et les plus mémorables du film, nous présentent un fog londonien comme on ne l'a jamais vu, sorte de couche laiteuse posée sur la ville dont les toits émergent encore (et la fenêtre du couple principal, que la caméra rejoint en grimpant un mur de briques ou dont elle s'éloigne quand l'intimité l'exige, dans des plans qui rappellent bizarrement ceux de l'ouverture de Psycho, ce qui ne méritait pas d'être relevé, sauf à dire aussi que dans l'une des dernières scènes le personnage féminin se fait plus ou moins agresser dans sa baignoire, mais c'est vraiment pour remplir cette parenthèse que je le mentionne). Éclairée par les éclairs de l'orage, cette nappe de brume blanche, masse de chaleur humide contractée par la fonte des glaciers, présage à la fois, dans le film, la hausse des températures et, pour nous, la propagation des nuages opaques de pollution qui étouffent aujourd'hui nos métropoles.





On apprécie ces plans aussi simples que remarquablement réalisés, mais on reprochera tout de même au film des personnages trop maigres. Le principal (interprété par Edward Judd sans grande finesse) est un journaliste en perte de vitesse, car divorcé et, par suite, alcoolique, néanmoins présent pour son fiston, et soutenu non seulement par son ami Bill (Leo McKern) mais bientôt par la standardiste Jeannie (Janet Munro donc). Et c'est à peu près tout ce que l'on peut dire. Le grand enjeu, c'est la révélation non pas des causes de la catastrophe mais de ses conséquences inévitables, que Jeannie connaît pour avoir laissé traîner ses oreilles sur des conversations classées défense, et qu'elle révèle à son journaliste d'amant, futur lanceur d'alerte. 





Mais tout cela manque de poids et donc perd peu à peu notre intérêt. La fin (si l'on décide d'oublier le tout dernier plan, sur une croix au sommet d'un édifice religieux, sur fond de cloches), est plutôt bien trouvée, qui navigue entre deux Unes du journal de notre ami, deux alternative facts qui coexistent : l'une satisfaite de la réussite de la solution terminale (puisque ce que proposent les gouvernements du monde enfin d'accord, c'est de faire sauter les quatre plus grosses bombes nucléaires qui soient dans l'espoir que la courbe orbitale terrestre se rétablisse sous l'impact, sans aucune garantie de succès), l'autre, composée et imprimée pour personne, déplorant son échec et, donc, la fin du monde. Composer une Une pour le lendemain de la fin du monde, c'est ce que j'appelle du journalisme scrupuleux.


Le Jour où la Terre prit feu de Val Guest avec Edward Judd, Janet Munro et Leo McKern (1961)

24 novembre 2019

Nos batailles

Le plus compliqué est de survivre au premier quart d'heure. Guillaume Senez plante le décor au marteau-piqueur. Quelque part dans un coin grisâtre du nord de la France, Romain Duris est chef d'équipe au sein d'un immense entrepôt de vente en ligne. Syndiqué, il tente vainement de défendre les droits d'un des salariés, plus tard licencié, qui finira par se tailler les veines. Ambiance... Entre temps, le cinéaste belge nous a aussi dépeint en quelques coups de pinceaux cruels le terrible quotidien de la femme de Romain Duris, incarnée par une Lucie Debay condamnée à ne faire que chialer et tirer la tronche. Celle-ci bosse dans un petit magasin de fringues et s'occupe seule de leurs deux gamins. Lors de l'unique scène où nous la voyons dans sa boutique, elle tombe dans les pommes après qu'une de ses amies n'ait pas pu lui régler une robe à 59€ (carte bleue refusée, "On n'est que le 12 du mois pourtant ?!", pleurs, tout y est...). Guillaume Senez n'y va pas avec le dos de la cuillère, il nous flingue le moral d'entrée de jeu à bout portant. On se croirait alors devant un très mauvais film social, accumulant les couches de désespoir pour mieux nous maintenir entre ses griffes. Heureusement, le pire est déjà derrière nous. La maman met les voiles sans laisser d'adresse et le film se concentre sur ce père qui va essayer de s'en sortir avec ses mômes et devra repenser ses priorités.




Romain Duris, que l'on a dernièrement vu surnager dans des films médiocres tels que Tout l'argent du monde ou Fleuve noir, est ici irréprochable et trouve à coup sûr l'un de ses meilleurs rôles. A la recherche d'une certaine authenticité, Guillaume Senez a semble-t-il invité ses acteurs à improviser leurs dialogues, leurs réactions. Romain Duris s'avère très à l'aise avec le choix payant du réalisateur, il porte le film sur ses épaules et lui influe une belle énergie. Dans le rôle de sa sœur venue temporairement lui prêter main forte, Lætitia Dosch apporte quant à elle une touche de fraîcheur et de légèreté tout à fait bienvenue, pour la petite famille comme pour le spectateur avec, à la clé, quelques beaux moments de complicité. Très aidé par ses comédiens, Guillaume Senez parvient donc à faire exister ses personnages, à rendre compréhensible leur évolution. Il trouve également un assez bon équilibre entre la chronique sociale et le drame intimiste, le tout formant un ensemble plutôt cohérent. Passée sa mise en place pénible et cafardeuse, Nos batailles est en fin de compte un film assez délicat qui évite de justesse les travers propres à ce cinéma-là et parvient même à émouvoir. Un "feel good movie social", comme dirait l'autre...


Nos batailles de Guillaume Senez avec Romain Duris, Lætitia Dosch, Laure Calamy, Lucie Debay, Basile Grunberger et Lena Girard Voss (2018)

21 novembre 2019

The Town that Dreaded Sundown

Cela faisait des années que je voulais découvrir ce film dont le titre m'a toujours titillé : The Town that dreaded sundown. Littéralement, La Ville qui craignait le coucher du soleil, car c'est en effet à la tombée de la nuit que sévissait The Phantom Killer, un mystérieux tueur en série qui a semé la terreur dans une petite ville du Texas en 1946 et qui n'a jamais pu être identifié. Charles B. Pierce, discret mais tenace artisan du cinéma américain, auquel nous devons la célèbre réplique de l'inspecteur Harry "Go ahead, make my day", s'inspire d'une histoire vraie dans ce film qu'il a réalisé trente ans après les faits et, surtout, deux ans avant Halloween et deux ans après Black Christmas et Massacre à la tronçonneuse. C'est en effet à cette chronologie, et quasi à elle seule, que ce film doit son maigre intérêt, car cela fait de lui, aux côtés de ses plus distingués comparses, ce que l'on pourrait appeler un proto-slasher, antérieur au chef-d’œuvre fondateur de John Carpenter.




Psychopathe œuvrant masqué, victimes adolescentes ou tout juste adultes qui sont prises par surprise alors qu'elles fricotent dans leurs bagnoles ou à la belle étoile, flics impuissants ou complètement teubés... quelques-uns des principaux ingrédients du genre sont déjà là. On retrouve même régulièrement l'utilisation de la vue subjective, pour nous coller dans la peau du tueur, effet déjà employé, et avec plus de talent et d'à-propos, dans le Black Christmas de Bob Clark, qui sera plus tard sublimé par John Carpenter. Hélas, le film de Charles B. Pierce a un ton très problématique, se situant à cheval sur plusieurs registres qui ne font ici pas bon ménage du tout. Aucun rythme, zéro suspense, pas d'ambiance, on ne sait pas trop ce qu'on regarde : ce n'est ni un pur thriller, ni un vrai film d'horreur, ni un bon gros polar, ni quoi que ce soit. On ne se passionne jamais pour l'enquête pénible et laborieuse des policiers, dont certains sont trop lourdement montrés comme des coupables potentiels. On regarde tout ça d'un œil fatigué, las, à peine curieux, jamais surpris. The Town that dreaded sundown, qui a eu droit à une suite en 2014, est un film assez fade qui n'a d'intérêt que pour l'historien du cinéma d'horreur. On est aux limites de ma cinéphagie. 


The Town that dreaded sundown de Charles B. Pierce avec Ben Johnson, Andrew Prine et Dawn Wells (1976)

13 novembre 2019

Sierra torride

Don Siegel à la réalisation, Budd Boetticher au stylo, Ennio Morricone à la baguette et, face caméra, Shirley MacLaine et Clint Eastwood. Pas mal. L'ouverture nous embarque tout de suite grâce au thème principal signé Ennio (thème forcément réutilisé depuis à foison), qui est génial comme du Morricone, avec ce mélange de bizarrerie et de grâce qui fait tout son génie. A l'image, c'est Hogan, Clint, mercenaire, qui chevauche pépère dans le désert et qui finit par tomber sur trois truands en train de déshabiller une nonne, sœur Sara, Shirley MacLaine. Il en dégomme deux, balance un bâton de dynamite sur le troisième pour l'obliger à lâcher la religieuse et le tour est joué. Parce que c'est une sœur, Clint accepte de l'aider encore un peu, et parce qu'il accepte de l'aider encore un peu, Sara reste une sœur. Sauf qu'elle est traquée par l'armée française pour avoir aidé les révolutionnaires mexicains, qu'elle ne craint ni le cigare ni le whisky et qu'elle n'a pas peur de mentionner son "cul". Et petit à petit les deux personnages se retrouvent liés dans la guérilla aux côtés des partisans de la révolte.




Le film, quoique très plaisant à suivre, souffre de quelques petites longueurs. Mais ce qui s'en dégage de plus agréable, c'est la sympathie palpable entre Clint et Shirley. Ici, Clint Eastwood fait du Clint Eastwood, et il le fait plutôt bien, trimballant la même dégaine plus ou moins que chez Leone (qui, le comparant à Bob De Niro, disait que Clint était un bloc de marbre et une star quand Robert était un acteur, que quand De Niro souffrait à l'écran, Eastwood geignait, que les deux enfin ne faisaient même pas vraiment le même métier). Shirley MacLaine est parfaite, réunissant en elle-même les trois rôles historiquement dévolus aux femmes dans le western : la nonne, la mère (formidable séquence où elle soigne Eastwood d'une flèche reçue près du cœur) et l'autre. Tout en parvenant à être bien plus, à être aussi touchante que drôle (et les deux à la fois plus souvent qu'à son tour, rien que dans toutes ces scènes où elle flatte sans cesse la croupe de sa minuscule mule pour la faire grimper dans la sierra - le titre original du film étant Two Mules for Sister Sara), aussi grave que pétillante, bref, aussi Shirley MacLaine que possible. Avant de voir ce film, j'avais croisé plusieurs photos de plateau où l'on voyait l'équipe, et en particulier les deux têtes d'affiche, en train de passer du bon temps, se marrer, s'amuser. C'est formidablement palpable dans le film, et tout du long je ne rêve que d'être l'ami de madame MacLaine.


Sierra torride de Don Siegel avec Shirley MacLaine et Clint Eastwood (1970)

9 novembre 2019

Le Roi

Quelle purge ! L'australien David Michôd, en lequel nous avions jadis pu croire grâce à deux premiers essais encourageants, continue sa chute dans les abîmes, en toute discrétion, sur Netflix. The King (étrangement traduit Le Roi par chez nous) était une grosse sortie pour la plateforme de distribution de vidéo à la demande et un nouveau déchet filmique de plus à ajouter à leur si triste catalogue. On annonçait pourtant du lourd, de l'épique, du costaud ! En réalité, on s'emmerde dès les tout premiers instants et on ne se sent strictement jamais concerné par ce film d'époque ankylosé au dernier degré, par ces personnages monolithiques et ce scénario emprunté qui traîne dans la boue Shakespeare et l'Histoire. C'est si long, si laborieux, si pénible... Il n'y a là-dedans aucun souffle, aucune énergie. On se fout tellement de ces intrigues de palais si platement filmées et grossièrement interprétées, vous n'avez même pas idée ! On relève un peu les yeux uniquement à l'apparition de l'impayable Robert Pattinson, d'un ridicule à toute épreuve dans la peau du vil Dauphin, Louis de Guyenne, avec son accent français improbable et extrêmement mal joué. L'acteur commet ici son premier gros accident de parcours post-Twilight, lui qui nous avait jusque là très agréablement surpris dans ses choix, chez les frères Safie ou devant la caméra de James Gray par exemple ; c'est bien la première fois qu'il apparaît autant à côté de la plaque, à ce point en roue libre.


Sean Harris, à droite du roi, adopte cette position étrange pendant tout le film. Il joue un traître.
Aux dernières nouvelles, Bobby Pattinson n'est pas mort, c'est bien la preuve que le ridicule ne tue pas.

La fameuse bataille d'Azincourt, supposée être le point d'orgue du film, est d'une terrible fadeur. Dénué de la moindre idée de mise en scène, David Michôd opte sans surprise pour le plan séquence quand il suit le roi gringalet Thimothée Chalamet se joignant à la bataille le poing levé. Cela ne fait aucun effet et on a bien du mal à y croire. La prestation de l'acteur franco-américain, très coincé, ne fait rien pour arranger les choses. Regardez de près comment il marche : il pose chacun de ses arpions à plat devant lui, selon un angle de 25°, pour un résultat désolant qui ne lui confère en rien une démarche royale (ou bien un roi qui a une taupe obèse au guichet mais, à vrai dire, tout le casting a l'air constipé). En voilà un que nous avons beaucoup trop tôt couvert de louanges... Je ne dirai rien de Lily Rose-Depp car c'est trop facile de tirer sur l'ambulance de la "fille de" qui n'a strictement aucun talent de comédienne mais qui est tout de même conviée à jouer dans de tels films sous le prétexte que sa tronche en biais rappelle vaguement ses darons. Avec l'argent de ses parents, elle devrait plutôt penser à se payer une formation qualifiante, de type gardienne de troupeau dans les estives. Un mot sur Joel Edgerton, également co-scénariste avec son ami Michôd : il s'est attribué un rôle taillé à sa mesure, celui d'un sac à vin qui meurt à l'issue de son premier combat après avoir donné quelques bons conseils au roi, du genre "Un roi qui a baisé est un roi plus serein" (authentique).


Embelli pour le rôle, Joel Edgerton ne joue pas un traître malgré ce que l'image peut suggérer. 
Lily Rose-Depp après sa première nuit d'amour avec le roi. L'actrice ne nous a pas convaincus.

On a ici qu'une envie : que ça se termine enfin. D'autant plus que, de la première à la dernière seconde, nous aurons subi ce sempiternel voile grisâtre permanent, ces couleurs ternes et effacées, ces lumières artificiellement tamisées, bref, cette photographie paresseuse et à gerber que l'on a déjà bien trop vue par ailleurs. Car, quand même, vous comprenez, nous devons avoir l'impression d'être au Moyen Âge, à cette époque où tout était si morne et décoloré, c'est bien connu ! Faut-il n'avoir aucune espèce de curiosité, d'intérêt ou de respect pour les représentations que le Moyen Âge nous a laissées de lui-même pour tomber encore dans ces sordides travers. Navrant. C'est si mauvais et chiant que cela parvient presque à rendre plus sympathique le pourtant falot Outlaw King, cette autre production moyenâgeuse distribuée par Netflix avec un roi dans le titre (pour justifier mon rapprochement hasardeux). Au moins on s'amusait un peu. Là, rien. Le prometteur Animal Kingdom paraît désormais si loin... 


Le Roi (The King) de David Michôd avec Thimothée Chalamet, Sean Harris, Joel Edgerton, Robert Pattinson et Lily Rose-Depp (2019)

7 novembre 2019

War Machine

Netflix a posé l'argent sur la table pour permettre à David Michôd de signer son troisième film avec un budget de 60 millions de dollars à la clé qui en a longtemps fait la plus grosse production de la chaîne américaine. Le cinéaste australien avait pour mission de mener à bien un projet ambitieux qui ferait office de jolie pub pour Netflix : une grande star à l'affiche d'un film de guerre satirique traitant d'un sujet encore assez bouillant, la situation américaine en Afghanistan. Brad Pitt s'est particulièrement investi dans ce film, en étant aussi producteur via sa société de prod perso, Plan B, et, surtout, en grimaçant durant tout le tournage, quitte à être victime de sacrées crampes au visage après chaque journée de travail. De mon côté, j'étais surtout très curieux de découvrir le nouveau film de David Michôd, cinéaste en lequel je nourrissais alors quelques espoirs et qui avait prouvé sa valeur en œuvrant, avec succès, dans le polar familial sentant bon l'Australie (Animal Kingdom) et le néo-western post-apocalyptique minimaliste (The Rover).




David Michôd s'essaie donc ici à un exercice encore plus risqué, celui de la comédie satirique, à charge, son scénario s'inspire du best seller du journaliste Michael Hastings, The Operators, un bouquin qui dénonce le commandement américain en Afghanistan en nous révélant l'envers du décor, les basses manœuvres et les raisons de l'échec militaire. War Machine est donc un film de guerre sans véritable guerre, qui s'occupe principalement de nous dresser le portrait du pathétique général Dan McMahon, un personnage directement inspiré de Stanley McChrystal, commandant de l'ISAF (Force internationale d'assistance et de sécurité) en Afghanistan entre 2009 et 2010 et rencontré par l'auteur du livre, ici joué par Scoot McNairy (déjà vu dans Monsters, Gone Girl, 12 Years a Slave), pour les besoins de l'écriture d'un article dédié au magazine Rolling Stones.




Bien que le général soit incarné avec beaucoup d'implication et d'énergie par un Brad Pitt méconnaissable, multipliant les tronches pas possibles et prenant une voix ignoblement virile, nous avons un mal fou à croire en ce personnage et à nous intéresser réellement à lui. La faute à un David Michôd qui ne réussit pas à poser son récit ni à trouver le bon ton. Il faut d'abord supporter cette voix off pénible (la narration du journaliste) qui ne nous lâche pas d'une semelle pendant les 20 premières minutes, à tel point que l'on a du mal à savoir quand le film démarre pour de bon, et qui revient trop régulièrement par la suite. On ne comprend pas, par exemple, la nécessité de cette énumération beaucoup trop longue qui présente, sans humour, les différents hommes entourant Brad Pitt, des personnages qui ne seront pas davantage étoffés dans le reste du film et qui serviront presque uniquement de ressorts comiques à l'efficacité très relative. A ce propos, l'espèce d'humour absurde du film ne fonctionne quasiment jamais, et c'est peut-être ça le plus embêtant.




Tout cela est bien dommage car War Machine avait un certain potentiel. Brad Pitt pourra en gonfler certains, mais il n'est pas mauvais, sort quelques bonnes répliques et réussit parfois à nous faire sourire. On sent que l'acteur fait tout son possible. Un casting imposant et quelques guest star d'envergure (Tilda Swinton, Ben Kingsley et, cerise sur le gâteau, le caméo final de Russell Crowe) ne suffisent malheureusement pas à nous captiver, et War Machine souffre aussi d'un rythme très problématique. Aucune scène ne sort vraiment du lot, à l'exception, peut-être, de ce moment où de pauvres soldats sont envoyés pour nettoyer une zone pratiquement désertique, une scène qui finit forcément mal et qui n'est pas la plus ratée tout simplement parce que, pendant un temps, la musique s'arrête, la voix off se tait, David Michôd se pose et se concentre sur ce qu'il a à nous montrer. War Machine n'est, au final, pas spécialement méprisable, mais c'est un film inoffensif et tout simplement raté.


War Machine de David Michôd avec Brad Pitt, Anthony Hayes, Topher Grace, Meg Tilly et Scoot McNairy (2017)

5 novembre 2019

John Wick Parabellum

Bon, ils tirent un peu sur la corde là, non ?... Autant j'avais pu éprouver un certain plaisir régressif devant les deux premiers volets, autant j'ai trouvé celui-ci très long et laborieux. La saga John Wick tient à bien peu de choses. Nous ne sommes jamais très impliqués émotionnellement dans ces films portés par un acteur connu pour être un type en or en dehors des plateaux, et c'est tant mieux, mais aussi pour n'avoir qu'un jeu extrêmement limité devant la caméra, et il me semble que c'est d'abord ce qui nous intéresse. Son personnage est une feuille blanche, que nous ne voyons que survivre et tuer, une ombre invincible, dont la fin nous confirme ici qu'elle ne pourra jamais mourir ni montrer le moindre signe d'affaiblissement. Après une chute terrible et quelques balles dans le costard, Wick se relève, encore et toujours, pour la promesse de nouvelles aventures à venir (suite au succès toujours plus grand, un nouvel épisode est déjà prévu pour 2021). Un chien abattu, une voiture volée... on l'a compris, ce n'était que des prétextes débiles à un enchaînement de scènes d'action plus ou moins imaginatives et chorégraphiées avec soin. Si, dans le numéro 2, la gradation par niveaux, digne d'un véritable jeu vidéo et accompagnée d'une modeste mais bien réelle inventivité formelle, était très nette et parvenait à nous maintenir curieux grâce aussi à un univers qui s'enrichissait de manière plutôt intéressante, ici, c'est beaucoup plus pauvre et redondant. Ce Parabellum commence pile poil là où s'arrêtait le précédent, en nous replongeant immédiatement dans cet univers parallèle peuplé d'assassins désormais familier. Nous retrouvons un John Wick pris en chasse par tous les tueurs du monde dans les rues de New York qu'il parvient sans trop de souci à fuir pour trouver refuge chez une vieille connaissance et continuer sa marche mortelle.




Ne cherchez pas plus de justifications scénaristiques, même accessoire et minime, à ce déluge de balles et à cet empilement d'action : il n'y en a pas, ou bien le prétexte de respecter tel ou tel ordre idiot, par loyauté envers la bureaucratie bien établie qui gouverne ce petit monde d'assassins. L'univers de John Wick est encore enrichi mais, là aussi, dans un procédé facile et lassant de superposition. Nous apprenons ainsi qu'une institution nommée la Table Haute disposant, si besoin, de sa propre unité d'élite, est à la tête de toute cette organisation bien huilée, elle a notamment le droit d'intervenir dans la gestion des fameux hôtels Continental ; au-dessus de cette table règne un Grand Maître (interprété par Saïd Taghmaoui, cocorico !) qui, du haut de son pouvoir a priori absolu sur ses sujets, a tout de même choisi de vivre dans le désert avec quelques tapis persans pour tout confort. Bref, plus on en sait, moins on veut en savoir. Le film tente vaguement de légitimer ce jeu de massacre par un romantisme naïf quand Keanu Reeves délivre ce qui doit être son plus long dialogue : face au Grand Maître auquel il demande grâce, John Wick dit qu'il veut vivre encore simplement pour pouvoir continuer à se souvenir de l'être aimé. C'est beau, un peu de poésie dans ce monde de brutes... Après une si touchante déclaration, il lui est tout de même demandé de se couper l'un des doigts et de tuer son seul ami, le gérant récalcitrant du Continental de New York (Ian McShane, fidèle au poste) afin d'effacer son ardoise auprès de la Table Haute. C'est donc encore une loyauté stupide envers un système absurde qui justifiera tout le reste, à la poursuite d'une tranquillité dont on se demande bien à quoi elle peut ici rimer.




Face à un tel néant narratif, seule une grande prise de risque en termes de mise en scène pourrait justifier ces 131 minutes de fusillades et d'affrontements en tout genre. Le seul suspense réside là-dedans : que nous réservent-ils pour la suite ? Où et comment vont-ils se battre ? Et, surtout, comment cela va nous être montré ? Hélas, force est de reconnaître que les chorégraphies sont très répétitives et la caméra de Chad Stahelski particulièrement statique et en cruelle manque d'inspiration. Rien de très impressionnant, on s'ennuie, c'est toujours la même chose. Pour ce qui est des décors, on a droit aux jeux de miroirs et de reflets habituels, déjà présents et mieux exploités dans le deuxième opus. Quand un tel film peine autant à se renouveler, il essaie pathétiquement de trouver son salut par des innovations très terre-à-terre qui passent par des détails d'importance aux yeux de l'aficionado. C'est par exemple un chien, particulièrement attiré par les services trois pièces de ses ennemis, qui va jouer un rôle clé dans l'une des scènes. Dans le même registre, on essaie de diversifier les armes utilisées : c'est plutôt sympa quand John Wick use du sabre de samouraï pour couper en deux un adversaire, ou d'un gros livre pour en assommer un autre ; c'est en revanche très ridicule quand il se sert de chevaux pour administrer des ruades sur demande. Cela passe aussi par la diversité des engins empruntés pour se déplacer : un canasson justement, que John Wick chevauche en pleine ville et au milieu des voitures, ce qui nous rappelle Schwarzy dans True Lies lors d'une scène qui avait autrement plus de gueule. On a également droit à une courte course poursuite en scooter, un passage très nul puisqu'il n'y a pas de circulation, on a juste quelques guignols les uns derrière les autres sur leurs deux roues et notre héros décidément imprenable qui les fait voltiger ou les flingue les uns après les autres, de façon particulièrement surréaliste. Cette scène apparaît en outre comme une mauvaise redite du récent actioner sud-coréen The Villainess qui nous proposait exactement la même chose mais avec une toute autre énergie.




Cela passe enfin par la diversité des nouveaux opposants ou alliés. Ici, l'antagoniste principale, qui n'en vient jamais aux mains mais qui est bel et bien aux ficelles de tout ce bordel, est une adjudicatrice de la Haute Table campée par une actrice qui a vraisemblablement été choisie parce qu'elle se présente comme non-binaire. L'idée est a priori pas mauvaise, et il est vrai qu'il est presque étonnant de voir, dans un tel film, une femme totalement asexuée, qui ne nous est pas montrée comme un simple bout de viande appétissant, bien moulé ou court vêtu. Mais en soi, la dénommée Asia Kate Dillon a une présence qui ne pèse pas lourd, elle ne dégage rien à l'écran et fait même très pâle figure. On peut espérer mieux, surtout dans des films qui ont désormais largement de quoi s'offrir les plus grandes stars ou convoquer n'importe quel revenant. Comme dirait l'autre, "il faut que le méchant soit réussi"... John Wick affronte également toute une bande d'assassins chinois à la tête de laquelle nous retrouvons Mark Dacascos, que l'on préférait quand il avait des cheveux et un peu plus d'amour propre. On sent bien que ces figurants sont plus doués et agiles que notre vedette assez lourdaude lors des scènes de bagarre, mais celle-ci finit toujours par l'emporter par la force. La dernière partie, peut-être la plus accrocheuse, met en scène le siège du Continental new-yorkais par la troupe d'élite de la Table Haute : ces derniers sont des crétins anonymes qui ne feront pas de vieux os, notamment en raison de casques ineptes que Wick ouvre facilement depuis l'extérieur pour des headshot assurés à bout portant. Enfin, on retrouve Halle Berry, qui vient faire un bout de chemin avec ses deux bergers allemands aux côtés de John Wick après lui avoir réservé un accueil glacial, dans une relation amour/haine des plus banales. Hélas, cela fait depuis belle lurette que cette actrice n'est plus un argument. On croise également Anjelica Huston, dans la peau d'une vieille femme qui nous en apprend un peu plus sur le passé de notre héros, tout droit issu de l'imagination limitée d'un pré-ado friand de jeux vidéos.




John Wick Parabellum peine donc terriblement à se renouveler et l'on a comme le sentiment que Chad Stahelski et sa bande ont foncé tout droit vers cette impasse qui s'offrait grand à eux dès les toutes premières minutes du premier film sans, cette fois-ci, parvenir à nous divertir suffisamment pour nous la faire oublier. On tient un film d'action qui continue à vouloir se prétendre pure abstraction pour essayer de brosser le cinéphile de passage dans le sens du poil, avec également quelques clins d’œil appuyés à la plus noble cinéphilie (Wick trouve refuge au "théâtre Tarkovsky", des images de Buster Keaton illuminent Time Square...), et à abreuver l'amateur d'action lambda par des morceaux de bravoure à la chaîne. Mais tout paraît trop forcé et sans grande idée : rien ni aucune espèce de virtuosité ne vient motiver ce spectacle stérile et répétitif. Le résultat est assez bâtard et ne fait que rendre plus criantes les limites de Chad Stahelski comme cinéaste d'action et la pauvreté d'une franchise qui n'est malheureusement pas partie pour s'améliorer ni s'arrêter...


John Wick Parabellum de Chad Stahelski avec Keanu Reeves, Asia Kate Dillon, Halle Berry et Ian McShane (2019)