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7 mars 2021

The King of Staten Island

On ne va pas se mentir : que ce film-là ait pu figurer dans la plupart des tops annuels était une preuve supplémentaire que l'année 2020 fut frappée du sceau de l'infamie. Mais il était tout de même plutôt cool, cet Apatow, pour un Apatow ! Le gars a encore de nombreux travers et pourrait, avec un peu d'efforts, largement s'améliorer sur certains points. Comme Crazy Amy, The King of Staten Island est trop long, parfois très platement filmé, avec par exemple ces tunnels de champ-contrechamps lors des discussions à deux, et la trajectoire du personnage principal est des plus attendues, bouclée par toute une dernière partie plus laborieuse, consacrée à son rachat complet. Cependant, ce personnage de jeune homme paumé, qui vit encore chez sa mère et fuit toutes responsabilités d'adulte, encore meurtri par la disparition très prématurée de son père, devient progressivement plutôt attachant, et l'on suit tout ça sans déplaisir. Cette histoire est largement inspirée par la propre expérience de l'acteur et comique de stand-up Pete Davidson qui, à l'âge de sept ans, a perdu son père, l'un des nombreux pompiers décédés lors des attentats du 11 septembre 2001. Le film, dont l'humoriste a co-écrit le scénario, lui est d'ailleurs dédié.




Pete Davidson, que l'on craint d'abord de prendre en grippe du fait de son espèce d'insolente nonchalance (ou l'inverse), est en réalité d'un naturel désarmant. Il porte le film avec une conviction évidente, super à l'aise dans ce rôle taillé sur mesure, il fait régulièrement étalage d'un bel abattage comique. Gravitent également autour de lui des personnages secondaires réussis, amusants, à commencer par les énergumènes impayables qui constituent sa bande de potes. Leurs interactions fleuries, lors de ces scènes assez poilantes où nous les voyons tuer le temps ensemble autour d'un gros pétard ou d'une console de jeux, occasionnent les meilleurs moments du film. Et puis il y a aussi Marisa Tomei, rayonnante et incisive dans le rôle de la mère de Davidson : elle illumine une paire de scènes et sort quelques répliques extras quand, à bout de nerfs, elle finit par recadrer son fils et son nouveau compagnon. Si le dernier acte est globalement en deçà et paraît plus forcé, ce King of Staten Island est tout de même bien rythmé et maintient une bonne cadence jusqu'au bout. Bref, une bonne surprise pour moi, qui le lançais avec pas mal de méfiance, et sans doute le meilleur film d'Apatow à mes yeux. 
 
 
The King of Staten Island de Judd Apatow avec Pete Davidson, Marisa Tomei et Bel Powley (2020)

17 novembre 2015

Crazy Amy

Trois ans après le très pénible et déprimant 40 ans : mode d'emploi, qui parvenait à rassembler tous ses plus insupportables tics et défauts, Judd Apatow revient derrière la caméra pour cette fois-ci mettre en image un scénario qui n'est pas le sien mais celui de son actrice vedette, j'ai nommé Amy Schumer. Celle-ci incarne une journaliste new-yorkaise à la vie totalement désinhibée, multipliant les conquêtes masculines et ne s'engageant jamais sérieusement en amour. Sa rencontre avec un homme différent de ceux qu'elle a la fâcheuse habitude de fréquenter, doux et attentionné, médecin du sport de son état, et sur lequel elle doit écrire un article pour son magazine, va changer la donne et amener notre héroïne à s'essayer à la vie de couple...




Comique de stand-up à la popularité grandissante outre-atlantique, Amy Schumer signe ce qui apparaît progressivement comme une bonne grosse comédie romantique avec beaucoup d'éléments que l'on devine autobiographiques. Habilement, la star parvient tout de même à éviter le film trop auto-centré et se distingue en cela du précédent méfait de son réalisateur, parfois très enclin à se regarder le nombril. Alors certes, il faut supporter de voir la comique, au charme tout relatif, faire tomber tous les hommes qu'elle croise et s'entendre régulièrement dire qu'elle est une vraie bombe. Le pêché d'égocentrisme la guette plus d'une fois, mais nous lui pardonnons ces travers, tant nous sourions et rions régulièrement devant son petit manège. On finit même par apprécier son personnage dont nous suivons avec plaisir les mésaventures. 




Le scénario d'Amy Schumer n'échappe pas au schéma archi rebattu et toujours agaçant des romcoms habituels. Ainsi, la dernière demi-heure, où l'on attend les inéluctables retrouvailles finales du couple temporairement séparé, est assez laborieuse et bien plus pauvre en moments comiques. On ne peut alors guère s'empêcher de penser que Crazy Amy, qui dépasse de peu les deux heures, aurait vraiment gagné à être légèrement raccourci. Heureusement, quelques scènes très drôles, du niveau d'un bon Will Ferrell (et venant de moi, c'est un sacré compliment !), sont bien réparties dans les trois premiers quarts du film et font passer la pilule sans accroc. 




Tous les acteurs sont au diapason. Bill Hader, autre habitué d'Apatow, également vu dans l'excellent Hot Rod, est très bon dans le rôle de ce médecin amoureux d'Amy aux agissements crédibles et compréhensifs (chose rarement vérifiée dans ce genre de romcoms où les personnages ont souvent des attitudes totalement débiles). Le catcheur John Cena, ce "Mark Wahlberg qui aurait mangé Mark Wahlberg", boyfriend éphémère d'Amy, est tordant en homo refoulé. Brie Larson, qui interprète la sœur d'Amy, n'apporte aucune valeur ajoutée comique à l'ensemble mais reconnaissons qu'elle est tout à fait agréable à l’œil. Colin Quinn, le père malade d'Amy, fait preuve d'un bel abattage et sort quelques répliques cinglantes avec une mauvaise humeur délectable. Tilda Swinton, la patronne d'Amy, méconnaissable grimée en bimbo, est parfaite dans la peau de cette bonne femme infecte qui déblatère des horreurs sans jamais se soucier des autres. 




Quelques guest stars viennent également faire leurs petits numéros (notamment Daniel Radcliffe et Marisa Tomei dans une inoffensive mais amusante parodie de film de Sundance que les protagonistes vont s'infliger au cinéma), et comme ceux-ci sont généralement drôles, leurs apparitions n'ont jamais l'air totalement gratuites. LeBron James, la plus grande "guest star" du lot n'en est d'ailleurs pas vraiment une puisque le basketteur campe ici un vrai rôle. Il joue le meilleur ami du médecin, personnage très protecteur et ultra radin qui nous vaut quelques-uns des meilleurs moments du film (je pense surtout à cette scène au resto où LeBron James finit par promouvoir de très belle manière sa ville de Cleveland face à son ami, désespéré par son discours et sa pingrerie). Quand il arrêtera de briller sur les parquets, LeBron James a un chemin tout tracé dans la comédie !




Grâce à son scénario particulièrement riche en personnages secondaires sympathiques et enchaînant, à un bon rythme, les situations cocasses et les répliques bien senties, Amy Schumer réussit plutôt haut la main ses grands débuts au cinéma. Elle permet en même temps à Judd Apatow d'effectuer un retour gagnant à la réalisation et peut-être même de signer son meilleur film. Nous leur souhaitons de poursuivre sur cette voie... 


Crazy Amy de Judd Apatow avec Amy Schumer, Bill Hader, LeBron James, Brie Larson et Tilda Swinton (2015)

4 février 2011

Cyrus

Avant de toucher ce film du doigt, je me suis tapé toute la discographie de Miley Cyrus, la chanteuse sicilienne qui, à 12 ans, s'est imposée comme une teen idol et comme une des 100 personnes les plus influentes dans le monde. J'ai trouvé ces infos sur wikipédia, ce site formidable à qui je dois aussi la rédaction de mon mémoire et que j'ai voulu citer dans mes "remerciements" à côté du nom de mon directeur de recherche avant que ce dernier ne me fasse : "Tut, tut, tut", en haussant les épaules. Comme pour mon mémorandum, et comme Michel Houellebecq dans son dernier roman, j'ai recopié wikipédia puis j'ai essayé de rendre ça drôle mais j'ai pas réussi. Revenons à nos moutons. Si j'ai tant cherché à voir Cyrus, c'est parce que je suis fan de John C. Reilly, cet acteur qui m'a fait pisser de rire dans Walk Hard, mais aussi aux côtés de Will Ferrell dans Ricky Boby et Step Brothers. Dans Cyrus, Reilly fait d'un téléfilm un film de cinéma qui correspond à la réunion de ses deux carrières, la première, plutôt sérieuse, dans des films de Scorsese, Altman ou Paul Thomas Anderson, et la seconde, assez déjantée, que composent les comédies sus-citées. 
 
 
Car justement il ne faut pas s'attendre à une comédie avec Cyrus. Même si John C. Reilly ne manque pas de nous faire rire quelques fois, le film adopte clairement le ton du drame familial pour nous dépeindre avec un aspect quasi-documentaire la situation problématique d'une famille recomposée. John C. Reilly incarne un type divorcé et pas mal déboussolé qui rencontre au cours d'une soirée une jeune femme également seule avec qui ça colle tout de suite. Mais le hic survient lorsqu'il rencontre le fils unique de 22 ans assez flippant de sa nouvelle gazelle. L'acteur qui joue ce jeune schizo, Jonah Hill, est lui aussi abonné aux comédies de la clique Apatow, raison de plus pour nous d'espérer la comédie que ce film n'est absolument pas. 
 
 
Pour vous la faire courte ce film n'est pas non plus remarquable. Ça reste un petit drame indé, assez mal filmé par un obsédé du zoom, peu surprenant dans son déroulement et anecdotique, même dans la carrière de chacun de ses acteurs. C'est pourtant grâce à eux, à l'interprétation qu'ils livrent de personnages bien dessinés et à leur charme que le film se laisse regarder aisément et même avec une petite chair de poule concernant la jolie Marisa Tomei. Cette actrice-là on peut facilement la déconsidérer si on se limite au fait qu'elle apparaît nue dans pratiquement tous ses films (ce qui n'est pas le cas dans Cyrus), mais ce serait porter un jugement hâtif sur cette comédienne qui tombe la chemise fastoche mais pour tourner avec ceux qu'elle considère comme les plus grands : le cadavre ambulant de Lumet pour 7h58 ce samedi-là, et le binoclard le plus haut perché du 7ème art en la personne de Darren Aronofsky dans The Wrestler. Marisa Tomei est assez singulière dans le paysage fadasse de l'Hollywood actuel. Ne ressemblant à aucune autre, tout en ayant une beauté qui fait consensus, elle cultive ses petites rides, ses fossettes de fou, ses cheveux noirs bouclés alors que la mode est passée depuis trente ans. J'ai pas non plus foule d'arguments pour la défendre, vous l'aurez constaté. Mais je l'aime bien. Et je suis vraiment pas le seul, sachez-le. Par exemple ce sentiment est partagé par les frères Duplass, qui ont réalisé ce film tout de même parfois marrant et dont j'ai plutôt envie de dire du bien. Je le recommande aux plus téméraires.  
 
Cyrus de Jay et Mark Duplass avec John C. Reilly, Marisa Tomei et Jonah Hill (2010)

15 février 2008

7h58 ce samedi-là

J'attendais beaucoup mieux du dernier film du grand Sidney Lumet. L'histoire est vraiment tirée par les cheveux, avec des personnages qui ont des comportement tellement bêtes et méchants qu'ils en deviennent tout à fait irréalistes. Le montage, loin de ce à quoi nous avait habitué le cinéaste et parfois digne des films d'Inarritu (21 grammes, Babel...), fait de nombreux retours en arrière signalés par des sons difficilement supportables. Ce qui n'apporte vraiment pas grand chose et permet seulement de rendre compliqué un scénario dont ces flashbacks ne parviennent pas à cacher la débilité. Albert Finney en fait des caisses dans son rôle de père haineux. Philipp Seymour Hoffman devrait surveiller de près sa santé tant la rougeur de son faciès inquiète. Ethan Hawke s'en tire plutôt bien dans son rôle d'idiot du village, il a l'air parfois totalement en roues libres. Y'a bien quelques scènes réussies où il veut récupérer le cd d'Ok Computer qu'il a laissé dans une voiture louée... Et Marisa Tomei, souvent nue, est très jolie mais son personnage se limite à un rôle d'accessoire. Tous les autres personnages féminins sont soit insupportables soit inexistants.




Je vais quand même vous raconter vite fait de quoi ça cause pour vous donner envie. C'est donc l'histoire de deux frères interprétés par Ethan Hawke et Philip Seymour Hoffman qui, parce qu'ils ont tous les deux besoin d'argent, ne trouvent rien de mieux à faire que braquer la bijouterie de leurs vieux parents. Evidemment rien ne se passe comme prévu et la famille Hawke-Hoffman finira considérablement réduite. Le dernier plan du film c'est Albert Finney qui, après en avoir terminé avec l'un de ses fils qu'il vient d'étouffer avec un coussin la bave aux lèvres, s'en va dans les couloirs de l'hôpital sur un fondu lumineux aux accents bibliques particulièrement laid. C'est très glauque, c'est long et ça ne raconte que des choses moches et bêtes. Nota bene : c'est l'une des rares fois où le titre français colle plus au film que le titre original (Before the Devil Knows you're dead), tape à l'œil et racoleur pour un thriller dramatique finalement très quelconque.


7h58 ce samedi-là (Before the Devil Knows you're dead) de Sidney Lumet avec Ethan Hawke, Philip Seymour Hoffman et Marisa Tomei (2007)