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14 mai 2019

Biutiful

Alejandro Gonzalez Iñarritu aime filmer crûment la vie, les gens, sans concession, parce qu'il s'est rendu compte que c'était vendeur. Dans The Revenant il filme les violences entre Indiens et colons avec âpreté, tout comme la lutte sans merci entre Léo "Le Câpre" et Tom "Godeffroy" le Hardy. Il fait de même dans Birdman, une sorte de film intimistico-fantastique ronflant qui se veut une prouesse technique en un seul plan séquence artificiel, où il colle au plus près ses acteurs névrosés (ce qui nous donne envie de mettre Emma Stone à sa juste place : dans un aquarium). Avant cela, le cinéaste s'était fait connaître grâce à sa balourde "trilogie de la mort" : Amours chiennes, 21 Grammes et Babel. Trois films qui ne supportent pas d'être revus aujourd'hui, pesant dix tonnes chacun malgré leurs titres mensongers, où des acteurs qui en font des caisses courent après un rein, un fusil, un Oscar ou un clébard, dans des histoires parallèles sordides toutes reliées par un même évènement tragique (en général un accident de bagnole ou de bus). Tout ça pour dire que le réalisateur mexicain, charlatan pur jus récompensé par les plus hautes distinctions, chef de fil autoproclamé d'une petite bande de guignols originaires du même pays que lui (Alfonso Cuaron et Guillermo Del Toro) et aujourd'hui président du jury cannois, trace son sillon morbide depuis belle lurette et il ne va certainement pas s'arrêter en si bon chemin. Au sein d'une filmographie à se flinguer, Biutiful est sans doute son film le plus fétide et cafardeux.




Tout est gris béton armé, jaune pisse, rouge sang-séché, vert glauque, noir désespoir et bleu hématome. A l'aide de cette colorimétrie diabolique, Iñarritu met en scène le quotidien de la misère à Barcelone avec, en star filmée en gros plan 80% du temps, Javier Bardem. Et ça dure 2h27 ! 2 plombes 30. Cette performance dépressive de premier plan et ces gros plans sur son nez de catcheur difficiles à assumer ont valu à Bardem de recevoir, de la part d'un jury aux abois, le prix d'interprétation à Cannes et de produire une anthologique déclaration enflammée en direction de Pénélopé Cruz, sa compagne, qui lui a permis, sans aucun doute, d'exorciser les démons accumulés depuis ce film âpre et le harcèlement continu de la caméra survoltée d'Iñarritu. Bardem y joue un père de famille qui vivote de petits trafics et doit élever seul ses deux gamins car sa femme, dont il est séparé (mais il l'aime toujours, misère de misère !), est bipolaire et donc incapable de gérer quoi que ce soit. Comme si ce n'était pas assez, il apprend qu'il a un cancer incurable et qu'il n'a plus que quelques mois à vivre. Par dessus ça, il est atteint de dons de voyance et arrive à communiquer avec les défunts ou à voir les morts prochaines des gens. Et c'est pas fini, car son frère est un connard qui se tape sa propre femme.


 

Et attendez, il reste la cerise sur le gâteau de ce drame étouffant, qui enfonce un clou dont on ne voit déjà plus la tête ! Comme il se sait condamné par le cancer et qu'il veut mettre sa famille à l'abri du besoin, Bardem trafique dans des trucs de moins en moins nets, en particulier des ateliers de confection clandestins remplis de clandestins chinois de tous sexes et de tous âges qui vivent et travaillent dans des conditions absolument épouvantables. Ils ont surtout très froid. Et comme Bardem n'est pas un salaud et qu'il a aussi un cœur, il achète quelques systèmes simples de chauffage au gaz, ce que lui permettent ses maigres ressources, des bonbonnes branchées à un brûleur, comme on en voit sur les terrasses des pires bars l'hiver. Évidemment, une nuit, alors que les Chinois dorment profondément dans leur atelier insalubre, le système se met à déconner, les brûleurs s'éteignent mais le gaz continue à se propager, tuant tout le monde dans l'atelier. Tout cela est filmé par un Iñarritu survolté qui a chaussé ses plus gros sabots et enfonce ses personnages dans la même misère que celle dans laquelle se trouve son cerveau trépané (et le spectateur courageux qui a tenu tout le film). Il paraît que ça plait aux gens. Pourquoi ? Pas à oim, DSL !


Biutiful de Alejandro Gonzalez Iñarritu avec Javier Bardem et des miséreux (2010)

2 avril 2016

The Revenant

C'est donc comme ça qu'il faut filmer désormais. Il faut faire des films en fish-eye, en plans-séquences tournoyants, en contre-plongée, truffés de moments de bravoure (comme ce long plan qui grimpe la montagne à reculons depuis le bord escarpé du fleuve, au début du film, qui nous crie "Visez-moi la prouesse !"), et ne tourner que durant "l'heure bleue", quand les animaux de la nuit se la ferment et juste avant que ceux du jour ne s'ébrouent, l'heure où les loups-garous ont le plus la trique. Le chef op' de Terrence Malick, Emmanuel Lubezki, le virtuose, a donc commis un massacre supplémentaire et voit son "style" érigé en modèle par l'académie des Oscars, puisqu'il a obtenu trois fois de suite le prix de la meilleure photographie. On a de nouveau droit à ses effets signatures détestables : mille et un plans en contre-plongée totale sur les arbres, par exemple, ou bien, dans quelques scènes de rêverie horribles, dignes des pires flashbacks sentimentaux dégoulinants de Gladiator, ces sempiternels et tristes plans sur un personnage béat devant les rayons du soleil, autant de clichés morbides qu'on ne peut plus blairer depuis longtemps, qui sont aussi tristes et usants que la mode des films aux teintes uniformément bleu gris...




The Revenant est donc visuellement à couper le souffle, dans le pire sens de l'expression, mais il est avant tout d'une lourdeur extrême. Tout ce qui faisait le charme, la force, la richesse d'un film comme Le Convoi sauvage, basé sur la même histoire (celle du trappeur Hugh Glass, salement blessé par un grizzly en 1823, qui parvint à rejoindre son bivouac à Pincou-les-bains, distant de plus de 300km, en moins de six ans et en rampant), fout le camp au profit d'une bête histoire de vengeance opposant Leo DiCaprio et Tom Hardy. Le premier s'étant fait sodomiser par un ours, le second l'abandonne à son sort après avoir tringlé son fils. Par suite de quoi, Leo DiCaprio met tout en œuvre pour rattraper le coupable et se l'esprofondir, après 2h50 de galère où rien n'est rendu palpable de la difficulté des épreuves traversées par le héros ni de la distance séparant les espaces arpentés pour mettre la main sur un simple connard. Car c'est bien à cela que se résume l'antagoniste de Hugh Glass (grand-père de Philip Glass, qui malheureusement ne signe pas, de ses dix doigts de fée, longs et véloces, la bande originale du film). Le héros, bon, généreux, fort, courageux et à l'écoute de la nature, traque son ennemi, un fumier intégral, couard et cupide, jusqu'à ce qu'ils se larguent quelques dizaines de balles et de coups de couteau au bord de l'eau...




DiCaprio, l'acteur le plus apprécié du moment, s'est retrouvé en top tendance pendant deux semaines suite à son Oscar et à sa petite diatribe contre l'environnement. Et pourtant, si on a beaucoup déblatéré sur les difficultés du tournage en conditions extrêmes (il faudrait chialer pour eux alors que personne ne leur avait rien demandé jusqu'à preuve du contraire), c'est bien la faune et la flore des coins perdus où Iñarritu est allé planter sa caméra et son bivouac qui ont le plus trinqué. Il s'agit d'écosystèmes extrêmement fragiles, où la vie ne tient qu'à un fil, grâce à un équilibre millénaire vite perturbé par une présence étrangère aussi délicate soit-elle. Et c'est pas les gros sabots pleins de merde d'Iñarritu, ou la petite gueule enfarinée et bouffie de DiCaprio, ni la putain de bouche à pipe de Tom Hardy qui auront su préserver l'anonymat dans un tel contexte. En d'autres mots, la caravane du film, ultra nomade, a démoli tous les paysages qu'elle a traversés. Lubezki et Iñarritu, emportés dans leur grand délire maniaco-dépressif et égocentrique, se sont lancés dans des kilomètres de route et de vol pour trouver le pin parfait, le galet idéal, la brindille de rêve, la feuille de chêne la mieux dessinée, le champignon hallucinogène le plus dément, la fougère la plus velue, la toile d'araignée la plus symétrique, le grain de sable le plus fin, l'indien d'Amérique le moins mort. En bref, si DiCaprio se montre au fait de l'actu ciné et environnementale, il ferait mieux de balayer devant ses propres pompes et de changer plus régulièrement la litière d'Iñarritu.


The Revenant d'Alejandro Gonzalez Iñarritu avec Leonardo DiCaprio, Tom Hardy, Lukas Haas et Domhnall Gleeson (2016)

13 mars 2015

Birdman

Cette année, bonne limonade, l'Oscar du meilleur film a leaké avant son sacre et sa sortie officielle en salles. Qualité bluray. Merci à Yify. Sous-titres impec'. Ni trop longs, ni trop concis, qui permettent de bien se concentrer sur la mise en scène maraboutante du fou volant Alejandro Gonzalez Iñarritu. On peut dire (si vous connaissez le blog, vous le savez) qu'on ne l'aime pas, malgré beaucoup d'intérêt pour la péninsule ibérique, la paëlla, la civilisation maya, le Machu Picchu, les empañadas, sa sainteté Popocatépetl, le Quetzatcoatl, Fernando Pessoa, Pablo Ñeruda, Brazilia la ville-avion et les bruits de Recife. On a pourtant vu absolument tous les films du génie des favellas de Mexico (sauf Amours de chiennes, plus vieux fichier sur notre disque dur, preuve d'un nez creux, quand même, et d'un certain feeling, en prime).




21 grammes, Babel, depuis ses débuts Iñarritu alterne le moins bon et le moins bon, et Birdman ne déroge pas à la règle. Sacrer ce film est une erreur historique de la part de l'Académie des Sciences et des Oscars, historique ! Comme chaque année. Ceux qui s'étaient indignés de voir Kevin Spacey recevoir l'Oscar du meilleur acteur au nez et à la barbe d'Haley Joel Osment (et pour quel résultat ? deux carrières brisées net...), ont encore de quoi chialer avec ce braquage organisé par un sylphe bigleux venu nous cracher toute sa prétention au visage dès les premières images. S'inspirant de Truffaut et de Cassavetes pour mieux tringler leurs fantômes, Iñarritu change de registre et veut définitivement s'installer dans le paysage du cinéma contemporain. Jusqu'à présent gens du voyage, le cinéaste à la réussite insolente semble avoir décidé de planter sa tente et de camper dans le salon d'Hollywood. Il s'achète une respectabilité avec Birdman. Sur le papelard, on a tous bavé : Michael Keaton dans un métafilm, incarnant un acteur sur le retour hanté par des succès passés (sommes-nous les seuls à avoir fait le rapprochement entre "Birdman" et "Batman" ? à ce jour nous ne l'avons lu nulle part. So obvious...). Le personnage de Michael Keaton essaie lui aussi de s'acheter une crédibilité dans le film, en montant une pièce de Raymond Carver à Broadway. Il s'entoure d'une galerie de personnages censés nous délivrer un message sur l'industrie du rêve, ce qui nous vaut un défilé d'acteurs qui nous imposent tour à tour leur ptit numéro : Edward Norton, Naomi Watts, Zach Galifianakis ou Emma Stone.




Edward Norton parlons-en. Voilà quelques années qu'il est là. Souvent dans des films qu'on ne regarde pas. Vive les roux. On n'a rien contre les taches de rousseur ni contre le teint diaphane. Les yeux chassieux ne nous répugnent pas spécialement. Mais Edward Norton est la preuve sur pattes qu'on peut tout à fait correspondre aux tags cochés pour aboutir à un résultat rageant. Invitez-nous dans une banque du sperme, proposez-nous deux supports pour remplir la mission, l'un est une photo de plain pied d'Edward Norton, l'autre un portrait A4 de Morgan Freeman : notre choix est fait. On préfèrera toujours partir de la base Morgan Freeman, quitte à ce que notre imagination doive franchir quelques haies. L'acteur de Fight Club a son moment de bravoure, soit une scène où il hurle ses quatre vérités à son père, Michael Keaton, en tirant une tronche pas possible, à tel point que le spectateur inattentif croira qu'Iñarritu a tourné la scène en fish-eye. Sur le plateau seule Emma Stone possède des fish eyes.




Un mot, au passage, sur la mise en scène d'Iñarritu. Tout le film se présente comme un seul et unique plan-séquence, qui se veut une mise à sac du spectateur éberlué, un tour de force admirable et monumental. On a repéré les coupes (là encore, sommes-nous les seuls cons à avoir ponctué l'avant-première au Grand Rex en hurlant toutes les cinq secondes : "Là ça a dû couper ! Là ça a dû couper !"). Ne jetons pas bébé avec l'eau du bain, Iñarritu a une petite idée sympa (on en compte toujours une dans la copie des purs cancres), celle de ménager des ellipses étonnantes comme autant de coutures temporelles improbables dans la supposée continuité de ses longs plans-séquences. Mais quitte à ne pas jeter bébé, on peut dire qu'il a globalement une sale tronche. Les mouvements de caméra incessants et tape-à-l’œil nous épuisent rapidement, d'autant qu'ils sont au service d'un discours très lourd et d'acteurs peut-être sympathiques mais qui en font somme toute des caisses. On a par exemple déjà hâte de réhabiliter Zach Galifianakis et Naomi Watts, même si on commence à perdre espoir pour la seconde. Quant à Norton, sa fameuse baston en slip ne fait pas le buzz par chez nous. Nous ne sommes pas dans ton délire Edward, pas plus que dans celui d'Iñarritu, qui était plus à l'aise dans ses baskets quand il bossait chez Taco Bell | Your Destination for Tacos and Burritos All Day.


Birdman d'Alejandro Gonzalez Innaritu avec Michael Keaton, Edward Norton, Naomi Watts, Emma Stone, Zach Galifianakis et Amy Ryan (2015)

19 septembre 2011

Revenge

Ce film est le pendant scandinave de la trilogie d’Alejandro Gonzalez Iñarritu basée sur les scénarios de Guillermo Arriaga : Amours Chiennes, 21 Grammes, Babel. Et venant de moi ce rapprochement n’est pas à prendre comme un grand compliment. On y retrouve en effet les mêmes genres de personnages dont les destins se croisent et s'entrechoquent. On assiste, tétanisé, à la même escalade dans la connerie des faits et gestes de ces personnages, une débilité à toute épreuve qui les entraîne inévitablement dans une même spirale de la violence. Et, dernier détail plus original, ces personnages évoluent dans le même « village-monde », ils apparaissent toujours connectés alors que des milliers de kilomètres les séparent. Les distances sont effacées. L’un des personnages principaux est un suédois qui travaille en tant que médecin au Soudan. Il rentre régulièrement au Danemark pour retrouver son fils et son ex-femme. Lorsqu’il fait ses allées et venues, on le voit seulement monter dans un 4x4, et le plan suivant nous montre son fils l'accueillir à la gare, ravi. Les différents lieux de ces films paraissent concomitants, directement reliés, comme les personnages entre eux, en plein chaos. C'est comme pour souligner que l’origine de tous leurs problèmes vient pourtant bel et bien d’un gros défaut de communication : le grand paradoxe de notre monde actuel, si l’on en croit ces deux cinéastes éclairés. Le working title du film n'était autre que Civilisation, c'est dire l'ambition de Susanne Bier !


L'an passé, Susanne Bier (à gauche) et Alejandro Gonzalez Iñarritu (au centre) concourraient pour le même Oscar du meilleur film étranger. La statuette est revenue à la danoise, émue jusqu'aux larmes.

Tandis que les trois films d’Iñarritu sont autant d’illustration du désormais fameux adage « Le battement d’aile d’un papillon au Brésil provoque une tornade dans mes techios », de son côté Susanne Bier se consacre ici essentiellement à la fameuse Loi du Talion. Comme l'indique son titre, il est donc principalement question de vengeance dans ce film où nous suivons deux familles éclatées, liées par deux petits garçons d'une dizaine d'années. Le premier vient de perdre sa mère et déménage au Danemark, chez sa grand-mère, en compagnie de son père avec lequel il a des rapports quasi inexistants. Le second vit quant à lui chez sa mère et voit son père au grès de ses retours d’Afrique ; il est le souffre-douleur de son collège où il subit la loi d’une bande de petites frappes. Très vite, les deux garçons deviendront amis et le premier entraînera le second dans sa folie destructrice (je fais très très court, parce que quand je résume des films de ce genre, je peux faire tomber les gens dans le coma - j'ai déjà failli perdre Rémi en lui racontant Babel !).


Dans la grande tradition des duos de gosses à foutre en taule...

Si Revenge m’a rappelé les films d’Iñarritu, c’est aussi parce que les deux cinéastes sont adeptes de la surenchère, de l’accumulation, dans un style parfois assez lourdingue. Susanne Bier en fait souvent trop, frisant parfois le mauvais goût et le ridicule, comme lorsqu’elle nous met des chants dignes des jingles pubs de France Télévisions alors qu'elle filme le médecin en plein dilemme existentiel (au Soudan, son intégrité professionnelle le pousse à soigner l'homme qui tyrannise la pauvre population des alentours, celui-là même qui lui amène des ribambelles de "patientes" : généralement des femmes enceintes qu'il s'amuse à éventrer - mais là aussi je fais court !). Ce manque de finesse est bien dommage, car tout n’est pas à jeter dans Revenge. Il y a même des choses intéressantes, à commencer par ce personnage de médecin, justement, incarné par l’acteur Mikael Persbrandt, très bon, très pro. C’est bien le seul protagoniste qui n’agit pas trop connement et qui n’apparaît pas complètement sacrifié par un scénario impitoyable. La relation des deux petits garçons, joués par des acteurs vraiment doués, est elle aussi assez crédible et plutôt bien vue. Susanne Bier capte assez bien le basculement de leur amitié vers quelque chose de malsain. Le film a aussi eu le mérite de m’apprendre qu’il semble exister un féroce racisme à l'encontre des Suédois au Danemark, ce que j’ignorais.


Heureusement, le film se termine bien.

De la même façon que les trois films d’Iñarritu, Revenge a été couvert de prix. Ce film a par exemple gagné le tant convoité Oscar du Meilleur film étranger l’an passé, ce qui est finalement peu surprenant étant donné que cette cérémonie n’a l'air capable que de récompenser le cinéma qui lui ressemble le plus (ou celui qui parvient à réussir ce qu’il ne sait plus faire, comme ce fut le cas avec le remarquable Dans ses yeux de Juan José Campanella). Mais l'inévitable adoubement de Susanne Bier par Hollywood n'est pas si récent, puisque la réalisatrice avait déjà pu réaliser un film outre-Atlantique dès 2007 : Nos Souvenirs Brûlés, un autre drame XXL taillé sur mesures pour un couple d’acteurs fraîchement oscarisés, Halle Berry et Benicio Del Toro. Y’a pas à dire, c’est une recette qui marche. Mais personnellement, si ces films parviennent souvent à me captiver, je dois avouer qu'ils sont bien loin de me convaincre. C'est un peu facile tout ça.


Revenge de Susanne Bier avec Mikael Persbrandt, Trine Dyrholm et Ulrich Thomsen (2011)

24 mai 2009

Babel

J'ai enfin vu Babel (prononcez "Babeul-è"), le chef-d’œuvre de Alejandro González Iñárritu, réalisateur d'Amours chiennes, que je n'ai pas vu mais que j'aime déjà comme un gros chien, et de 21 grammes, qui ne pesait pas plus lourd que ça. En fait je l'avais déjà vu ce Babel. C'est le seul film que Félix m'ait raconté plan par plan. Au début j'ai cru qu'il me faisait le coup du Psycho de GVS, mais pas du tout. C'était un résumé fidèle et complet, pas une réécriture, de la paraphrase parfaitement chiante. Il m'a raconté le film dans sa totalité et dans les détails. Et le film dure cent trente cinq minutes. J'ai vraiment cru que notre amitié s'éteignait sous mes yeux impuissants. On était comme les deux doigts de la main depuis une belle et longue année quand il a commencé à me faire ce résumé IRT ("In Real Time"). Arrivé à la moitié du script je me faisais tellement chier que j'ai commencé à m'épiler les jambes avec une pince, pour faire passer le temps et puis pour déplacer la douleur. C'est ce jour-là que j'ai commencé à me raser les guiboles, depuis je continue, pour éviter que ça ne repousse encore plus dru. J'ai commencé à ressembler à une femme précisément ce jour-là. Aujourd'hui tandis que j'écris ces lignes, j'en suis à chercher sur un autre onglet l'adresse d'un site de vente en ligne d'implants mammaires. Je rêve de faux nibards. Je ne vais pas non plus m'éterniser là-dessus, vous aurez compris le mal qui me rongeait les sens en écoutant le récit machinal et envoûtant de mon meilleur ami. J'avais des papillons dans l'estomac. Mais malgré tout j'ai décidé, plus de trois ans après, de voir ce film de mes yeux vu. Je suis un peu comme ça, je dois l'avouer... Tantôt je vais me plaindre corps et larmes à l'idée d'enjamber la dune du Pyla, tantôt je vais me lancer à l'assaut de l'Everest en slip avec une demi bouteille d'eau non-potable.



Mais bon... comme je dis souvent, dans la vie on n'a que les plaisirs qu'on se donne. Cette philosophie-là c'est un peu l'apanage des violeurs de gosses et des braqueurs de banques, mais c'est aussi la mienne. Je me suis donc lancé à corps perdu dans le Babeulè d'Iñárritu. Je n'ai pas été surpris par la façon de filmer du Mexicain, digne des pires sitcoms américaines. Le cadreur est à n'en pas douter celui qui officie sur la série Heroes, ou d'ailleurs sur n'importe quelle autre série télé vu qu'elles sont toutes filmées par des fèces humains. Je n'ai pas non plus été surpris par son montage ahurissant, comme quand il filme des enfants arabes qui viennent de tirer sur des touristes et qui fuient dans les montagnes de sable pour raccorder sur des enfants américains qui jouent à cache-cache et courent se cacher derrière les canapés en marbre de leurs parents. C'est très fin, c'est très malin, c'est moins que rien, c'est d'un niveau sous-marin, c'est le degré zéro du cerveau humain, c'est le cinéma à la portée des chiens. Mais c'est très efficace pour montrer ce qui tient tant à cœur à Alejandro González Iñárritu. Il n'a jamais filmé que ça : les liens tacites mais ténus entre les gens du monde entier, l'unicité du monde, l'Histoire et les histoires comme une boucle bouclée. Le film montre plusieurs tableaux qu'apparemment tout distingue et qui sont en réalité tous intimement liés par quelque chose d'infime et de précis.



Babel, film multiculturel, multi-ethnique, film couteau-suisse des nations unies, présente donc plusieurs planches. D'abord deux enfants berbères dont le père achète un fusil pour le leur confier afin qu'ils tirent sur les chacals qui menacent son troupeau de chèvres. Puis Brad Pitt et Cate Blanchett en vacances dans un pays Arabe, pour peut-être reconstruire leur couple. Leurs enfants gardés par une bonniche mexicaine. Gael Garcia Bernal qui conduit comme un chauffard parce qu'il est en retard pour l'anniversaire de son chien. Robin Williams qui rate systématiquement la date de son mariage pour terminer ses expériences dans son laboratoire scientifique et qui finit par créer une substance pleine d'énergie et indestructible qu'il nomme le "Flubber". Une adolescente Japonaise sourde qui rêve de perdre sa virginité. Et ainsi de suite.



Au début du film les deux petits Arabes s'amusent à tirer au fusil sur un bus, et sans trop le vouloir ils blessent gravement Cate Blanchett à l'épaule. Les répercussions vont toucher tous les protagonistes. Exceptée la petite japonaise, dont l'histoire n'a strictement rien à voir avec le reste du film. Mais à la fin du "métrage", comme on dit quand cherche un synonyme du mot "film" et qu'on a un cerveau putréfié, Alejandro González Iñárritu nous montre le fusil vendu au paternel des deux petits arabes accroché au mur chez le père de l'adolescente nippone en quête de verges. C'est ce maudit Japonais qui a vendu son 22 long rifle au Touareg, et la belle et innocente Américaine de passage est évidemment victime de ce commerce d'armes à feu qui a lieu sur le vieux continent, loin du grand pays de l'Oncle Sam. Tout est donc bel et bien lié. Tout se recoupe. C'est d'ailleurs dommage qu'Iñárritu n'aille pas au bout de son idée en racontant aussi l'histoire du type qui a vendu le fusil au Japonais, celle du type qui a fabriqué le fusil, du gars qui a fabriqué la cartouche précise qui a blessé Blanchett, des trois cents bonhommes qui ont fabriqué les trois cents cartouches vendues avec le fusil aux éleveurs de chèvres arabes. C'est dommage de s'arrêter en si bon chemin... Sans doute une question de temps, et d'argent.



En tout cas voilà qui est vraiment passionnant. C'est l'idée fixe d'Alejandro González Iñárritu. Son truc c'est de relier les gens par un objet. Son dada c'est le film choral dont les protagonistes sont rapprochés sinon physiquement en tout cas dans leurs destinées, et toujours par un objet singulier. Dans le premier court métrage du Mexicain c'était un pétard, un joint, qui circulait entre plusieurs individus dont le dernier chopait un gros herpès et des hallucinations surpuissantes dues au mélange de la ganja qu'il avait fumée et du champignon hallucinogène qui venait de lui pousser sur la lèvre et qu'il grignotait sans s'en rendre compte. Dans 21 grammes c'était un cœur, encore sanglant et encore battant, que Sean Penn, Naomi Watts et Charlotte Gainsbourg se refilaient de main en main comme une patate chaude. Dans Babel, c'est un fusil qui soude les destins inévitablement tragiques des protagonistes aux quatre coins du globe. La rumeur circule comme quoi Alejandro González Iñárritu ferait en réalité une partie géante de Pyramide. Il nous fait deviner des mots. En deux, non en quatre ! Joint, cœur, fusil, et à la fin des fins tous les mots réunis feront une phrase qui nous révélera les véritables intentions du plus fameux des metteurs en scène portugais, le très chouette Alejandro González Iñárritu. Peut-être veut-il simplement énumérer les éléments les plus importants de sa vie. Ce qui fait de lui un camé cardiaque et meurtrier.


Babel a obtenu le Prix de la mise en scène ainsi que le Prix du Jury Œcuménique au festival de Cannes. J'ignorais qu'il y avait à Cannes un jury composé exclusivement de châtrés. Qu'on y crée un jury d'handicapés ne m'aurait pas surpris. Après tout ça aurait un peu fonctionné comme les jeux Para-lympiques, ou les compétitions d'Handisport. Sauf qu'on aurait parlé d'Handicinéma, ou de Handifilms, ou encore de Handigarcia. Ils auraient pu juger les films de certains handicapés notoires, comme Michel Gondry, Quentin Tarantino ou Gaspar Noé. Mais un jury d'eunuques je trouve ça chelou. Bref ! Ce film fut aussi le 31ème film remaké par Steven Soderbergh, surnommé à l'époque à Hollywood "L'assassin qui crèche au 31", et qui renomma le projet Bubble, remplaçant les acteurs par des poupées, choix qui s'avéra très probant vu que ça reste vachement plus facile de faire se croiser des poupées sur un coffre à jouets que des acteurs payés au lance-pierre venus de tous les pays du globe.


Babel de Alejandro González Iñárritu avec Brad Pitt, Cate Blanchett et Gael Garcia Bernal (2006)

8 mai 2008

21 grammes

Alejandro González Iñárritu a entendu dire un jour dans un bar malfamé du New Jersey par un borrachon connu pour être un pilier de l'établissement que d'après une étude scientifique très sérieuse qu'il venait d'inventer, l'être humain, en mourant, perdrait 21 grammes. Alors Ajerandro a décidé de faire un film là-dessus, en profitant de sa passion pour le Nouveau Testament pour imaginer que ces 21 grammes seraient le poids de l'âme s'évadant de l'habeas corpus humain pour s'envoler vers le Royaume des Cieux. C'était produire un film intolérable de 124 minutes en oubliant vite que le corps de l'Homme, et c'est bien connu, se vide de tous ses déchets et de toutes ses toxines en se raidissant pour mieux passer l'arme carrément à gauche. En somme on pisse et on chie tout son corps en clamsant. Rends ta copie Iñárritu, t'as zéro. Ce que le triste González Iñárritu croit être son âme au final c'est sa merde. Hé Alejandro González Iñárritu, va chier plus loin. Et laisse Naomi Watts en dehors de tout ça.



Quand il crèvera, dans quelques années, Alejandro González Iñárritu se videra de toute sa merde, et ce qu'on retrouvera sous lui ça sera le scénario de ce film, qui pèse tout juste 21 grammes.


21 grammes d'Alejandro González Iñárritu avec Sean Penn, Charlotte Gainsbourg, Benicio Del Toro et Naomi Watts (2004)

15 février 2008

7h58 ce samedi-là

J'attendais beaucoup mieux du dernier film du grand Sidney Lumet. L'histoire est vraiment tirée par les cheveux, avec des personnages qui ont des comportement tellement bêtes et méchants qu'ils en deviennent tout à fait irréalistes. Le montage, loin de ce à quoi nous avait habitué le cinéaste et parfois digne des films d'Inarritu (21 grammes, Babel...), fait de nombreux retours en arrière signalés par des sons difficilement supportables. Ce qui n'apporte vraiment pas grand chose et permet seulement de rendre compliqué un scénario dont ces flashbacks ne parviennent pas à cacher la débilité. Albert Finney en fait des caisses dans son rôle de père haineux. Philipp Seymour Hoffman devrait surveiller de près sa santé tant la rougeur de son faciès inquiète. Ethan Hawke s'en tire plutôt bien dans son rôle d'idiot du village, il a l'air parfois totalement en roues libres. Y'a bien quelques scènes réussies où il veut récupérer le cd d'Ok Computer qu'il a laissé dans une voiture louée... Et Marisa Tomei, souvent nue, est très jolie mais son personnage se limite à un rôle d'accessoire. Tous les autres personnages féminins sont soit insupportables soit inexistants.




Je vais quand même vous raconter vite fait de quoi ça cause pour vous donner envie. C'est donc l'histoire de deux frères interprétés par Ethan Hawke et Philip Seymour Hoffman qui, parce qu'ils ont tous les deux besoin d'argent, ne trouvent rien de mieux à faire que braquer la bijouterie de leurs vieux parents. Evidemment rien ne se passe comme prévu et la famille Hawke-Hoffman finira considérablement réduite. Le dernier plan du film c'est Albert Finney qui, après en avoir terminé avec l'un de ses fils qu'il vient d'étouffer avec un coussin la bave aux lèvres, s'en va dans les couloirs de l'hôpital sur un fondu lumineux aux accents bibliques particulièrement laid. C'est très glauque, c'est long et ça ne raconte que des choses moches et bêtes. Nota bene : c'est l'une des rares fois où le titre français colle plus au film que le titre original (Before the Devil Knows you're dead), tape à l'œil et racoleur pour un thriller dramatique finalement très quelconque.


7h58 ce samedi-là (Before the Devil Knows you're dead) de Sidney Lumet avec Ethan Hawke, Philip Seymour Hoffman et Marisa Tomei (2007)

12 février 2008

11'09"01 September 11

Le 13 janvier 2004, un an jour pour jour après la tragédie du 11 septembre 2001, sort un film collectif, mis en scène par douze réalisateurs d'origine et de culture différentes, douze courts métrages qui se rapportent de près ou de loin aux événements tragiques survenus à New York le fameux 12 septembre.


- Samira Makhmalbaf a paraît-il été surprise quand, alors qu'elle sirotait tranquillement son thé à la menthe dans son salon du 15ème arrondissement, le directeur Pathé Gaumont l'a appelée pour lui demander de réaliser le premier opus de ce film collectif. "Pourquoi moi ?" aurait aussitôt demandé Samira. "Parce que t'as un nom d'Arabe !" a hurlé dans le combiné l'illustre producteur avant d'aussitôt raccrocher. Commence donc ce premier chapitre, avec une institutrice Afghane qui tente de faire la classe à ses élèves, lesquels fabriquent des briques de boue pour bâtir des abris anti-aériens. Elle essaie de leur expliquer ce qui vient d'arriver à New-York mais ils ne comprennent pas et s'en foutent un peu de sa minute de silence. Elle leur apprend finalement à se mordre la lèvre en regardant la tour (en fait la cheminée du four qui cuit les briques) pour s'empêcher de parler. Plutôt bien vu.



- Pour le second court métrage, le même producteur appelle Michaël Gondry qui lui demande sur le même ton : "Pourquoi moi ?". Et le producteur de répondre : "T'as jamais écrit que des scripts de moins de trois pages c'est ce qu'il nous faut !". Gondry a immédiatement appelé son ami de toujours Gael Garcia De La Francesca Juan-Maria Panenka Paella Pietragala Stadio Bernabeu Bernal, qui n'est pas de reste dans mon panthéon des plus gros enculés du septième art. Cet épisode nous raconte l'histoire d'un jeune Américain d'origine Amérindienne affublé d'un sombrero qui, alors qu'il était simplement en week-end à Guadalajara pour ses vacances, se retrouve coincé à la frontière à son retour le lundi matin. Le dernier plan du film c'est Gael Garcia Bernalé, gracieusement invité par des autochtones dans leur cabane en bois, qui regarde les deux tours tomber à la télé et qui trinque dans le vide avec un sourire jusqu'aux oreilles. Efficace...

- Claude Lelouch est le plus grand canular humain que la nature mère nourricière aie jamais enfanté. Que ce soit dit. Alors lui le producteur de Pathé l'a contacté en composant un faux numéro après avoir sauté une ligne dans son carnet d'adresse. Dieu seul sait s'il avait prévu de contacter Claude Berri ou Claude Pinoteau. Comme il avait déjà réalisé son épisode au cas où on le lui demanderait, Lelouch Claude a quand même accepté. Dans son film une française sourde et muette vit à New-York avec un Américain qui travaille au World Trade Center. Lelouch fait un film muet. Le gars part au boulot, elle lui écrit une lettre de rupture pendant qu'à la télé les tours tombent (elle n'entend pas et ne regarde pas l'écran), le mari revient couvert de poussière etc. Un peu facile, et il va pas au bout, il remet le son au milieu pour pas perdre son public de cons, faut-il croire. C'est Lelouch quoi. Pas totalement dégueulasse ceci dit.

- Le patron de Pathé a appelé Mira Nair un soir et lui a affirmé qu'elle avait été choisie parmi tous pour réaliser le remake de Héros malgré lui. Elle s'est retrouvée dans le collectif 11'09"01 avec un long métrage sabré par les monteurs aguerris du studio mythique qui ont fait de son oeuvre une collection de scènes coupées : elle filme la famille de Salman Quelquechose, qui a disparu le 11 septembre et qu'on a considéré comme le terroriste principal du bordel à pistons, on a persécuté sa famille et tout ça, avant de se rendre compte après coup qu'il était allé secourir les gens sur place avant de mourir avec eux. Après quoi on lui a refilé tous les honneurs. Sans moi Mira, j'attends la version Director's cut.



- Dans son film Youssef Chahine revient lui-même de New-York après l'attentat, il fait la rencontre d'un des soldats américains morts dans l'attentat de Beyrouth en 83 et il lui explique que les américains n'ont rien fait d'autre que massacrer, en Corée, au Vietnam, en Iran, en Afghanistan, en Irak. Puis il rencontre le kamikaze qui a fait sauter le bâtiment en 83... A qui mieux mieux, je déclare mon pied au cul à Youssef Chahine.

- Idrissa Ouedraogo faisait par chance partie des terroristes qui ont détourné l'avion qui est allé s'écraser à côté du Pentagone, et comme il est aussi metteur en scène, il s'imposait. Il signe une comédie qui réduit le buzz anti-musulman à un petit village Ouest-Africain. On aurait souhaité qu'il se serve de son statut d'acteur de l'événement pour nous faire un témoignage un brin plus précis.



- L'épisode de Danis Tanovic est chiant. Le patron de Pathé se défend d'avoir jamais contacté Danis Tanovic pour faire partie de l'aventure. L'histoire en quelques mots : Nate descend à Los Angeles pour poursuivre Cristabel, la femme qu'il aime depuis sa plus tendre enfance, et il découvre que son plan, courtiser Cristabel, présente comme un hic : Que faire de June, la meilleure amie de Cristabel, omniprésente et plutôt moche. Et c'est sans compter sur les sentiments de Nate pour le clebs de June qui commencent à émerger. C'est donc un triangle amoureux que nous offre Danis Tanovic, qui nous en fait voir de toutes les couleurs.

- La partie de Ken Loach est assez bonne bizarrement. Un chilien qui vit à Londres écrit une lettre aux familles des victimes du 11 septembre 2001, dans laquelle il raconte son 11 septembre à lui. Le 11 septembre 1973, quand Pinochet, soutenu par Kissinger (les USA), a fait assassiner Allende (élu démocratiquement par les Chiliens) pour éviter un gouvernement communiste, ce qui a conduit à des dizaines de milliers de morts et à masses de crimes contre l'humanité. Même très bon cru de Loach, son meilleur film, et ça en dit long sur lui.



- Alejrandro Gonzalez Inarritu est un nul. Dans son film de merde on entend le son des télés et des radios avec un écran noir et juste quelques images subliminales des gens qui ont sauté des deux tours. Pendant un long moment. Et à la fin un inter-titre: "Does God's light guide us or blind us ?", avec une musique larmoyante par-dessus. Nul. Je le condamne sans sommation à regarder sa propre filmographie en s'enculant maman Gonzalez Inarritu (ce qui représente la durée somme toute équivalente à trois jours passés sur le dos de sa génitrice en ayant perdu toute sorte de sensation au niveau de sa queue).

- Quand il a appelé Amos Gitaï, le producteur éponyme de Pathé s'est encore entendu dire : "Pourquoi moi ?". "Parce qu'il nous faut un gitan pour nous jouer de la guitare entre les prises, parce que ta caravane servira de chiottes à toute l'équipe technique et parce que ça sera le plus gros salaire de ta vie" lui a-t-il répondu tout de go Monsieur Gaumont avant de lui raccrocher au nez. Convaincu, Gitaï s'est lancé dans le projet les yeux bandés et a écrit ce qui restera comme le premier et le dernier script inspiré d'une simple liste de courses. Il nous montre le reportage d'une équipe télé sur un attentat à Tel Aviv le 11/09/01. La journaliste insupportable met du temps à comprendre qu'il vient de se passer quelque chose à New-York et que son reportage ne sera donc jamais à l'antenne. Nul à chier.



- Le film de Sean Penn est pourrave. Il filme un vieux dégueulasse, gros comme le World Trade Center, qui vit dans l'ombre des tours jumelles et se trouve être assez con pour parler encore à sa femme décédée. Quand les tours tombent la lumière entre enfin dans sa baraque suiffeuse, les fleurs sur le bord de la fenêtre renaissent aussitôt grâce à un effet morphing du fond des âges digne du vieillissement du gamin dans Jumanji ou de la résurrection des géraniums dans E.T. et qui trahit bassement l'amour naissant de Shaün Penn pour tout ce qui est des plantes, amour passionnel qui prendra son envol dans son dernier film en bois : Into da wild. Avec cette lumière qui entre pour la première fois dans le taudis du vieux gros, ce dernier prend enfin conscience que sa femme est morte. Shaün fait de jolis plans et il balance les violons et son film sent la merde. C'est ennuyeux parce que c'était le gros nom de l'affiche et il pas fait mieux que ses camarades, voire pire. À signaler que son film se conclut par cette citation écrite noire sur fond blanc, qui laisse songeur : "Il déclara que son braquemart était d'une taille olympique et s'en alla à cloche-pied, refermant la porte d'un coup d'espadrille idéalement placé" - Malraux.



- Shohei Imamura nous filme un jeune militaire japonais revenu de la guerre (39-45) sous forme de serpent. Enfin il a toujours forme humaine mais c'est un serpent quoi. C'est la guerre qui l'a rendu fou. Un officier l'a frappé dans un trou d'obus en lui demandant ce qu'il faisait de la guerre sainte. A la fin, un inter-titre dit : "Les guerres saintes ça n'existe pas !!". C'est méga con mais c'est grandiose. Le film se conclut en apothéose après un flot infini de conneries.



Certains collègues m'ont signalé que j'avais peut-être vu une version non-officielle car l'épisode de Michel Gondry ne leur disait rien. J'en crois pas un mot.


11'09"01 September 11 de Claude Lelouch, Sean Penn, Shohei Imamura, Ken Loach etc. (2002)