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4 avril 2023

Mona Lisa

Drôle de type que ce Neil Jordan. Capable du pire comme du meilleur, ce cinéaste irlandais actif depuis le début des années 80 s'est essayé à tous les genres. On peut très bien terminer un de ses films en se disant "Putain, mais qui est le tocard qui a fait ça ?!", tout comme on peut aussi se dire "Hey, rappelle-moi le nom du mec derrière tout ça ?", ou bien simplement ne rien remarquer du tout. Je garde un assez mauvais souvenir de Michael Collins, sa fresque historique récompensée du Lion d'Or que notre prof d'anglais nous avait fait subir en 2de. Il faudrait revoir Entretien avec un vampire aujourd'hui, maintenant que le buzz autour du film est derrière nous. Ça fait partie de ces gros films des années 90 que l'on peut désormais mater à tronche reposée, peinard, avec un regard neuf sur le sujet. Quant à La Compagnie des Loups, il m'avait pas mal décontenancé quand je l'ai découvert il y a des années de ça, mais je suis à présent convaincu de la valeur de cette œuvre atypique et osée qui n'a sans doute guère volé son statut de film culte. Bien qu'à moitié raté, le plus récent Byzantium marquait un retour aux vampires ambitieux et adulte, un effort à saluer à une époque dominée par Twilight et consorts. Entre temps, il a aussi commis le très ridicule A Vif, un vigilante movie tout merdeux comme il en pleut depuis la fin des années 2000 où Jodie Foster se prenait pour Charles Bronson ; un film à oublier, comme quelques autres titres de sa filmo, visiblement. Quant ses petits derniers, Greta, avec Isabelle Huppert, et Marlowe, avec Liam Neeson, ils ne me disent rien qui vaille et ont été assez tièdement accueillis... En revanche, je n'ai encore jamais vu The Crying Game ni The Butcher Boy, qui sont, à en croire les connaisseurs, deux de ses films les plus notables. Je ne suis qu'un blogueur ciné et je ne vis pas de ma passion...





C'était donc avec une grande curiosité mêlée de crainte que j'ai lancé Mona Lisa, son troisième long métrage sorti en 1986, tout de même encouragé par la solide réputation du film et conforté par la présence en tête d'affiche du regretté Bob Hoskins, un acteur que j'affectionne particulièrement depuis tout petit grâce à son rôle d'Eddie Valiant dans Roger Rabbit. Dès la toute première scène de Mona Lisa, j'ai été rassuré, j'ai de suite su que je me trouvais face au travail d'un cinéaste inspiré. Cette entrée en matière nous propose de suivre un Bob Hoskins au faîte de son charisme qui, dans une rue londonienne bercée par une belle lumière matinale, se dirige d'un pas très décidé vers une petite bicoque sans prétention. Quand il ouvre la porte de celle-ci, muni d'un joli bouquet de fleurs et armé des meilleures intentions, une jeune fille blonde lui ouvre, sourire incrédule, interloquée, avant que sa mère ne surgisse subitement derrière elle pour claquer la porte au nez d'Hoskins après l'avoir couvert d'injures. Fraîchement sorti de taule, Bob Hoskins cherchait à renouer les liens avec sa fille... Cette première scène surprend par sa brutalité inattendue, par toutes les émotions qu'elle parvient déjà à provoquer et les nombreux sentiments qu'elle met en jeu.





On s'attache immédiatement au personnage campé par Bob Hoskins, au meilleur de sa forme dans la peau d'un petit truand au sang chaud mais au grand cœur, qui finit par dégotter un boulot comme chauffeur d'une call-girl de luxe pour laquelle il se mettra rapidement à éprouver des sentiments ambivalents. Mona Lisa repose en grande partie sur les épaules de l'acteur, qui fut justement récompensé pour sa performance nuancée au Festival de Cannes. Les personnages secondaires sont également très réussis, notamment le pote d'Hoskins (Robbie Coltrane, à la grosse tronche bien sympathique), écrivain de polars à ses heures perdues et inventeur astucieux de gadgets inutiles, il est l'un des ressorts comiques d'un film assez déroutant qui multiplie très naturellement les registres et les ambiances. On est loin du thriller glauque dans le milieu de la prostitution de Londres que son intrigue aurait pu engendrer : en effet, à la demande de la call-girl dont il s'est épris, Bob Hoskins se lance à la recherche d'une jeune fille disparue, ce qui l'amènera à recroiser la route du salopard en chef incarné avec délice par un étonnant Michael Caine plus vipérin que jamais.





Il est surtout affaire de sentiments dans Mona Lisa, qui nous réserve quelques beaux moments entre des personnages riches et vivants. Les scènes où l'on devine les sentiments de Bob Hoskins grandir et l'envahir progressivement sont certainement les meilleures, lui qui fait des efforts touchants pour adopter l'allure et l'attitude adéquates aux yeux de sa cliente (jouée par une Cathy Tyson toute en majesté, que l'on est surpris de ne jamais avoir recroisée ailleurs). Les quelques-unes où nous le voyons renouer avec sa fille sont également aussi simples que jolies. On apprécie d'ailleurs que ce film, dont le fin mot de l'histoire s'avère somme toute assez cruel pour le personnage principal, nous quitte sur une note très douce et légère, un plan plein de tendresse où nous voyons Hoskins, son pote et sa fille s'éloigner tranquillement puis improviser quelques pas de danse dans une rue de Londres, encore illuminée par un soleil matinal plein de promesses. Neil Jordan avait auparavant quelques fois dilué son récit dans quelques petites longueurs et autres contorsions peut-être inutiles, et cette ultime image clôt un dernier acte plus émouvant et réussi. Une conclusion qui se déroule dans l'atmosphère cotonneuse de la ville portuaire de Brighton, la violence des sentiments amoureux s'y mêle à celle qui éclate sèchement lors de l'affrontement avec des maquereaux. Notons enfin que l'on retrouve encore ici de nombreuses références aux contes, en particulier à Alice aux pays des merveilles, et une ambiance curieuse, nimbée de fantastique, qui tranche avec la noirceur du monde de la prostitution et des destins dépeints. Cette drôle de mixture se rapproche de ce que l'on a vu de mieux chez le réalisateur irlandais et participe à la singularité de ce film hautement recommandable, à coup sûr l'un de ses meilleurs. 


Mona Lisa de Neil Jordan avec Bob Hoskins, Cathy Tyson, Michael Caine et Robbie Coltrane (1986)

5 mars 2019

Violences sur la ville

Drôle de film que cet Over the Edge, trop injustement méconnu par chez nous, sorti en 1979 et signé Jonathan Kaplan, un curieux cinéaste qui n'a rien réalisé de très notable par la suite, si ce n'est peut-être Les Accusés (principalement connu pour la prestation oscarisée de Jodie Foster). Réintitulé Violences sur la ville dans sa version française, ce film traite de thèmes délicats avec une radicalité tout à fait déconcertante aujourd'hui, surtout dans ce qui se présente, a priori, comme un teen movie bon enfant et sympathique. Le tout premier plan situe l'action : une ville nouvelle, une petite banlieue nommée New Granada, présentée par un panneau comme "la ville de demain, aujourd'hui". Quelques lignes apparaissant à l'écran nous informent cependant que le film se base sur une histoire vraie qui s'est déroulée dans une ville semblable dont les architectes et urbanistes avaient omis de prendre en compte que plus d'un quart de la population avait moins de 15 ans. Que font de si nombreux jeunes quand ils se retrouvent livrés à eux-mêmes dans un espace qui n'a guère été pensé pour eux ?




Pour tromper leur ennui, les gosses vont évidemment faire quelques conneries et fumer pas mal de joints, tout en passant beaucoup de temps dans le seul endroit qui leur semble réellement dédié : un centre pas franchement flambant neuf, où ils peuvent jouer aux cartes, au billard et, surtout, se retrouver, sous le regard de la seule adulte du coin qui a l'air de vraiment s'intéresser à eux avec bienveillance. Après une petite altercation avec un flic zélé, les tensions vont aller crescendo et nous suivrons surtout les mésaventures de Carl (Michael Kramer, dont il s'agit de la seule apparition marquante au cinéma) et de son pote Richie (Matt Dillon, dans son tout premier rôle, affublé d'un look assez terrible, avec jean taille méga haute et t-shirt ultra court révélant son ventre d'adolescent), de leurs journées agitées au collège à leurs soirées éméchées. Jonathan Kaplan choisit de coller aux baskets de ces ados tout à fait crédibles et plutôt attachants, amenés à évoluer dans des décors plutôt craignos, sans horizons possibles. Carl habite une maison pavillonnaire, il se réfugie dans la musique, qu'il écoute au casque, à plein volume, isolé dans sa chambre (The Cars, Van Halen, Cheap Trick, Ramones et Jimi Hendrix formant ainsi une BO en phase avec son époque) ; de son côté, Richie vit dans un des appartements d'une barre d'immeuble sordide où nous ne rentrons jamais et aurait davantage tendance à s'abandonner dans la drogue.




Moins doué quand il s'intéresse aux adultes, Jonathan Kaplan filme avec une belle acuité ces groupes de gamins. Leurs relations amicales et amoureuses sont particulièrement bien dépeintes, l'adolescence est fidèlement représentée, de la manière la plus simple possible. Le réalisateur nous donne seulement l'impression de regarder ces jeunes personnages en face, pour ce qu'ils sont, sans les juger ni les glorifier. Quelques scènes s'avèrent même assez touchantes, je pense tout particulièrement à cette petite parenthèse amoureuse où le jeune personnage principal, reclus dans une maison en travaux abandonnée, passe une première nuit avec sa copine. Nous les retrouvons au petit matin et nous les voyons s'embrasser dans l'embrasure d'une baie vitrée, avant le départ de la fille. Derrière eux, les nuages ont une forme menaçante, avec l'impression qu'une fumée d'explosion ou d'incendie s'élève au loin, annonçant les événements à venir. La mise en scène inspirée de Jonathan Kaplan, avec ce lent recadrage, depuis l'intérieur de la maison abandonnée et à travers la baie vitrée, sur l'adolescente qui s'éloigne, nous rappelle joliment le fameux plan de La Prisonnière du désert.




Une autre scène étonne par la douceur qu'elle dégage d'une façon très naturelle, celle où Carl retrouve le caïd qui l'a passé à tabac quelques temps auparavant, lors d'une parenthèse inattendue de calme et de réconciliation. Après s'être pris une gamelle en moto sous les yeux de Carl, qui l'observait en cachette, le caïd tombe un peu le masque pour nous apparaître dans toute sa simplicité (le jeune acteur est excellent). Comme beaucoup d'adolescents, Carl est naturellement attiré par les rebelles (son copain d'infortune joué par Matt Dillon en est un autre) et il éprouve une drôle d'admiration pour ce garçon à peine plus âgé que lui, qui vit à l'écart et semble assumer sa marginalité. D'un seul coup, au-delà des règles de narration et des conventions de scénario habituelles, nous nous retrouvons juste avec deux grands gamins qui s'assoient, discutent et se rapprochent, tout en continuant à se défier gentiment et avec une certaine complicité... Cela donne une scène très vivante, très belle qui fait partie de ces quelques moments de grâce que nous réserve ce film surprenant.




Over the Edge prend une tournure étonnante dans sa dernière demi-heure, survoltée et quasiment digne de l'un des meilleurs films de siège de John Carpenter (l'ambiance s'en rapprocherait presque). Dans une inversion ironique du rapport de force et une réappropriation brutale de l'espace par les jeunes, ces derniers enferment les adultes (parents, professeurs, flics et autres gestionnaires de la ville) dans leur collège et laissent libre cours à leur frustration dans un déchaînement de violence festif, insolent, revendicatif et amusé. Cette frénésie nous mènera tout droit vers une conclusion au goût très amère, brutalement amenée par une ellipse soudaine qui achèvera de faire du film de Jonathan Kaplan une chronique adolescente violente, pessimiste, ambiguë et toujours actuelle. Représentatif de son époque, à la charnière des années 70 et 80, Over the Edge pourrait être le résultat d'une sorte de croisement improbable entre Steven Spielberg et Don Siegel ; un film sombre, intense et émouvant, comme les américains savaient en faire à la pelle à cette période et qui mérite donc amplement d'être redécouvert.


Violences sur la ville (Over the Edge) de Jonathan Kaplan avec Michael Kramer, Matt Dillon, Pamela Ludwig, Harry Northup et Vincent Spano (1979)

18 novembre 2012

Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban

Qui peut dire qu'il est passé entre les gouttes ? Qui peut certifier que le phénomène Harry Potter ne l'a pas directement ou indirectement atteint ? Qui n'a pas eu son petit frère, sa petite nièce ou son petit petit petit fillot pour le traîner devant un épisode au moins de la saga ? Nous on a eu le petit Poulpard qui nous a suppliés de l'emmener voir le troisième opus au cinéma et on a dû céder, la mort dans l'âme. C'était en juillet 2004 ou quelque chose comme ça. Lors d'une fête du cinéma, argument massue pour qu'on accepte de supporter ce spectacle en salle. Harry Potter 3 Prisonniers d'Escaflowne est de loin le meilleur des neuf films. Les producteurs de la série, après avoir confié les deux premiers volets à Chris Columbus, le yesman le plus docile et inoffensif de la planète Hollywood, eurent l'idée de remettre le projet entre les mains de J.K. Rowling himself, l'auteur des bouquins. Mais un rapport médical établi la veille du tournage a révélé une insuffisance cardiaque chez l'écrivain, de fait incapable d'assurer un tournage de trois mois minimum impliquant de manœuvrer une colonie de vacances pour gosses de riches. Après un petit brainstorming, c'est le nom de Guillermo del Toro qui est sorti du chapeau, un sombrero en l'occurrence, cinéaste dont le C.V. semblait correspondre au cahier des charges. S'étant justement perdu dans le labyrinthe de Pan's, Del Toro n'a pas pu répondre présent et le studio s'est logiquement rabattu sur Alfonso Cuaron, le seul autre chicanos disponible ce jour-là. L'auteur de Y Tu Mama Tambien allait apporter un nouveau souffle au cinéma espagnol en traçant sa route au pays de l'Oncle Sam pour diriger le troisième épisode tant attendu des aventures d'Harry Potter.


Alphonse Cuaron, réalisateur d'Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban et lui-même ex-prisonnier d'Alcatraz.

Harry Potter, magicien orphelin appelé à l'école de Pouddlar pour masteriser ses dons, est ici confronté au prisonnier d'Azkabans. Le film débute quand Harry voit sa troisième année de licence de magie à Pouddlar interrompue par quelques impayés au Crous. Voldemort (Alan Rickman), dont le nom trahit quelque peu le penchant pour la méchanceté, organise alors un concours de hockey sur gazon sur balais, aka le poudling, dans lequel Harry triomphe, aidé par son copain rouquin à tronche de merde (nous ne voyons pas comment le dire autrement) et sa copine Hermione à croupe de feu (copine du rouquin s'entend). Le scénario commence vraiment avec les premières emmerdes sérieuses d'Harry : Sirius Black (Gary Oldman), dont le patronyme révèle également un goût prononcé pour la noirceur de sentiments, s'échappe d'Azkabans, le pénitencier des sorciers, et kidnappe les parents adoptifs d'Harry pour les revendre à Voldemort et ensuite tuer le petit illusionniste. Seule une alliance de nos trois apprentis magiciens préférés pourra empêcher Voldemor et Serious Black de mettre fin au monde. On ne va pas vous raconter tous les épisodes et autres rebondissements terribles du script, lisez la liste des chapitres du bouquin sur wikipédia : Hibou Express, La Grosse erreur de tante Marge, Un épouvantard dans la penderie, Un gros colombin dans la cuvette, Une taupe sur le seuil, Boursier échelon 0 au Cnous, Le Baiser du détraqué, Le sombre PACS de Sirius Black et Voldemor, etc. Autant de petits cailloux dans les souliers d'Harry Potier. Mais le clou du film, c'est ce moment où nos trois prestidigitateurs de malade utilisent le "retourneur de temps", un collier de perles en or pesant dix kilos mais rendant de sacrés services, qu'il leur suffit d'enfiler pour littéralement "retourner le temps" (?). Hermione avouera s'en être servie tout au long de son cursus universitaire pour déglinguer ses partiels et faire en sorte que son copain rouquin demeuré cartonne aussi et sorte majordome de sa promo. Les trois illusionnistes de folie assistent alors en spectateurs aux scènes qu'ils ont déjà vécues et parviennent à changer le cours des évènements en modifiant de minuscules détails ici ou là, tel geste à tel moment, tel pet lâché à tel endroit et ainsi de suite. Cette séquence est la plus belle jamais tournée. Non seulement dans la saga Harry Potter mais sans doute dans l'histoire du cinéma.


Comme souvent dans les romans d'heroic fantasy, le vieux magicien est pédéraste. On se rappelle de Gandalf le gland dans Le Seigneur des anneaux qui trippait sur les gros pieds plats des Hobbits. Ici c'est l'ami rouquin d'Harry, incarné par l'acteur-réalisateur Ron Howard, qui se fait tripoter le capiton plantaire par Dumbassdore.

C'est durant la promo de ce film que Daniel Radcliffe eut la sale idée de poser nu entouré de chevaux, allongé dans le foin. Radcliffe en tête d'affiche, c'est le choix de Columbus, qui avait déjà repéré Macaulay Culkin dans Maman j'ai raté l'avion. Columbus a le don de dénicher des purs freaks en devenir puisque c'est également lui qui a repéré la star de la sitcom Malcolm et qui a conseillé Haley Joel Osment à Shyamalan pour Sixième sens. Columbus a toujours pensé qu'il fallait choisir des enfants expressifs et aux visages déjà taillés à la serpe pour faire de bons acteurs. Découpez la tête d'Haley Joel Osment dans Un Monde meilleur et collez-là sur le corps de Bruce Willis dans Die Hard 3 et vous obtenez un adulte tout à fait accompli, plutôt boloss. Sauf que l'adolescence passe par là et vient dynamiter ces ébauches prometteuses. Pour les petites filles futures starlettes c'est Luc Besson le spécialiste, l'homme qui a repéré Natalie Portman puis qui a chuchoté le nom d'Alyssa Milano à Tony Danza pour Madame est servie. Concernant ces demoiselles, il vaut toujours mieux choisir des gamines aux visages doux et innocents puis croiser les doigts pour que la magie opère. Or la baguette d'Harry Potter a manifestement fait son effet sur Emma Watson, qui n'est pas devenue la Elizabeth Taylor ou la Jodie Foster des temps modernes mais qui a tapé dans l’œil d'une quantité astronomique de fans plus ou moins dérangés d'Heroïc Fantasy. Le malaise survient quand on se rend compte que les fans harcore actuels de la jeune actrice, née, rappelons-le, fin décembre 1990, avaient déjà pour un certain nombre d'entre eux 23 piges en 2001, sachant qu'Emma Watson avait la bagatelle pour un massacre de 11 ans cette année-là. Du coup qu'est-ce qui excite ces gens-là ? Et surtout, comment on enchaîne là-dessus ?


Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban d'Alfonso Cuaron avec Daniel Radcliffe, Emma Watson, Gary Oldman et Alan Rickman (2004)

26 juin 2012

Alice n'est plus ici

Quatrième long métrage de Martin Scorsese, réalisé en 1974, entre Mean Streets et Taxi Driver, Alice n'est plus ici est clairement l'un de mes petits chouchous dans la si riche filmographie du plus fameux des cinéastes binoclards amateurs de blues. Ellen Burstyn y campe avec beaucoup d'énergie et de charme un personnage terriblement attachant. L'actrice, très justement récompensée d'un Oscar pour sa prestation, m'a foutu sur le cul plus d'une fois, par son jeu d'un naturel et d'une spontanéité tout simplement bluffant, qui saute tout particulièrement aux yeux dans ses interactions avec son petit garçon (joué par un acteur très doué, dont on s'étonnera qu'il n'ait pas réalisé une belle carrière par la suite). Il faut voir cette scène où, durant un long trajet en bagnole, son gosse ne fait que lui répéter une blague débile comme on peut en inventer à cet âge-là, en étant bien seul à les trouver amusantes, il faut voir la réaction géniale de l'actrice, qui parvient très exactement à reproduire la façon dont les mamans peuvent parfois se comporter dans une telle situation, délicatement blasée et d'une douce sévérité. Et quand Ellen Burstyn pousse la chansonnette, elle est formidable également. Je suis quasiment tombé amoureux de son personnage, incroyablement vivant. J'ai suivi avec un plaisir très rare toutes ses mésaventures, de petits boulots en petits boulots, dans des petites villes typiquement ricaines qu'elle traverse donc avec son fils après la mort accidentelle de son mari, dans cette sorte de road movie féministe superbement filmé par Martin Scorsese, mené à un rythme très soutenu, et qui pourrait même ne jamais se terminer (une série tv a d'ailleurs été tirée du film). A signaler aussi, la prestation géniale de la très jeune Jodie Foster, dans un rôle de petite fille insolente qui lui va comme un gant. 
 
 
En bref, Alice n'est plus ici est vraiment un très beau film, qui sent très bon les 70's, et que je pourrai revoir très vite sans m'en lasser. Je conseille chaudement à ceux qui ne l'auraient pas encore vu de profiter de sa reprise au cinéma en ce début d'été. Sa découverte fut pour moi un pur bonheur. Je vous préviens également que l'affiche du film utilisée ci-dessus, certes plutôt jolie, donne toutefois une assez mauvaise idée de ce qu'est le film, qui n'est pas vraiment focalisé sur une romance entre Kris Kristofferson et Ellen Burstyn, loin de là. D'ailleurs Kris Kristofferson doit seulement apparaître après l'heure de film ; avant cela, Alice rencontre un jeune loup incarné par Harvey Keitel, brillant aussi.
 
 
Alice ne vit plus ici de Martin Scorsese avedc Ellen Burstyn, Kris Kristofferson, Harvey Keitel, Alfred Lutter et Jodie Foster (1974)

11 décembre 2011

Carnage

Je commence par les points positifs : John C. Reilly. A part lui, je dirais aussi que le film est plutôt plaisant à voir, qu'il est bien rythmé et passe donc en un éclair, en tout cas quand les hostilités commencent, parce que le début est un peu mou et ses ressorts assez mal fagotés, et enfin qu'il y a des moments drôles (et là je reviens au premier point positif : John C. Reilly, pour qui chaque réplique est une occasion de nous faire marrer). Bref il n'y a donc quand même pas grand chose de bon à sauver. Le film est oubliable en quelques heures et il sera vraisemblablement oublié par tout le monde en quelques jours. La raison principale à cela c'est qu'en termes de mise en scène, il n'y a rien. Mais alors rien du tout. A tel point que le film pourrait être réalisé par absolument n'importe qui d'autre. Il n'y a rien de Polanski là-dedans, il n'y a rien de cinématographique du tout à vrai dire, et à côté de cette platitude ô combien décevante un film moyen comme The Ghost Writer passe pour un chef-d’œuvre, car il contient au moins quelques tentatives et deux ou trois idées formelles.


Carnage est une pièce de théâtre typiquement adaptée sans le moindre effort, du pur théâtre filmé, avec rien qui dépasse et une suite de champs-contrechamps pour permettre aux acteurs de faire leur numéro, grandiose pour Reilly, très correct pour Kate Winslet et Christoph Waltz (qui nous refait un peu son show tarantinesque en mieux), pathétique pour Jodie Foster, qui est décidément une bien mauvaise actrice. Il est assez insupportable d'admirer sa gestuelle de rappeur quand elle s'énerve et sa crispation raide nous crispe deux fois plus qu'elle. Le problème c'est que si la mise en scène n'existe pas, le scénario, sur quoi tout repose, n'est pas géant non plus. Il est plutôt plaisant à suivre certes (les bastons conjugales et amicales sont toujours croustillantes, même si elles le sont terriblement moins ici que dans des films mille fois mieux écrits comme Un Air de famille ou Cuisine et dépendances), il y a des choses bien vues, des moments à peu près amusants, et c'est parfois bien balancé, mais c'est aussi finalement très creux, il n'y a pas de fin, les situations sont TOUTES très attendues et téléphonées (le dernier plan décroche le ponpon), la promesse du titre n'est pas tenue puisque le seul carnage du film, ironique certes mais néanmoins déceptif, concerne un bouquet de tulipes massacré, les personnages ne sont jamais que de savoureux clichés, l'intrigue boulevardière nous laisse sur notre fin, d'où aussi l'étonnement face à l'arrivée du générique de clôture, on frôle quelques fois l'ennui dans lequel on sombrerait probablement sans, toujours lui, John C. Reilly, et enfin tout cela ne nous raconte rien de réellement intéressant.



Au final c'est forcément décevant - d'autant qu'en matière de huis-clos pervers Polanski avait placé la barre légèrement plus haut - bien que ça ne soit pas désagréable du tout, au contraire. Je me demande ce qui a poussé Polanski a tourner ce film. Si c'est purement alimentaire, le résultat est plutôt heureux. Si c'est pour travailler coûte que coûte et faute de mieux (à cause de producteurs frileux ou que sais-je), soit, mais il pouvait quand même essayer d'en faire quelque chose de bien mieux sans trop se creuser. C'était peut-être pour tourner avec des acteurs qu'il aime sans se prendre la tête, mais c'est un peu triste. Bref je ne sais pas et je ne saurai sans doute jamais, mais ça ne peut pas être par passion, car il n'y en a aucune à l'écran, c'est de l'artisanat plan-plan. Le dernier plan, justement, qui est vraiment triste donc, commence par un gros plan de hamster, qui rappelle la marmotte du début d'Indiana Jones 4, œuvre récente d'un autre cinéaste en perte de vitesse et se reposant sur ses acquis. Mais Polanski n'en est pas au même stade de délabrement intellectuel, et pour ne pas finir sur une note trop dure à l'encontre du cinéaste que j'admire et qui aura toujours ma sympathie, je terminerai en disant que ce dernier film en date est sans intérêt mais sympathique à regarder sur sa télé, un soir, pour passer un moment, et que c'est un must-see pour les fans de Reilly !


Carnage de Roman Polanski avec John C. Reilly, Kate Winslet, Christoph Waltz et Jodie Foster (2011)

19 février 2011

The Messenger

The Messenger est un énième film américain sur la guerre en Irak, cette fois-ci vécue depuis l'intérieur, par deux soldats chargés d'aller informer les familles de la mort de leur proche. Ces deux soldats sont incarnés par Ben Foster, un acteur à gueule de rat que l'on voit de plus en plus dans des premiers rôles alors que son faciès repoussant l'avait jusque-là cantonné aux personnages de traîtres et de méchants en tout genre, et Woody Harrelson, qui nous sort donc un grand numéro d'acteur, dans son rôle de vieux soldat sans cœur qui en a vu d'autres mais qui se découvre de nouvelles sensibilités aux côtés de son jeune loup moins aguerri. Ben Foster est le fils illégitime de Jodie Foster et de Splinter le maître-rat des tortues ninja. Il arrive à s'envoyer les pires salopes parce qu'il a acquis, grâce à son père et à ses frères de lait Leonardo, Raphael, Michelangelo et Donatello une parfaite connaissance du monde underground. A son tableau de chasse, Kirsten Dunst, Kristen Stewart et Ellen Page, ce qui lui a valu un "Limite !" de la part de son père quand il a été mis au courant, vu la juvénilité de ces deux dernières conquêtes, imaginez un rat de taille humaine vous tancer car vous franchissez la ligne jaune du détournement de mineur...




Pour en revenir au film, il paraît bien long, mais il se laisse tout de même regarder. Ce qu'il y a de plus captivant, ce sont les histoires que l'on devine à peine lorsque nos deux personnages vont annoncer les sales nouvelles chez les familles qui viennent de perdre l'un des leurs. Toutes ces scènes où l'on rentre à peine chez elles, dans leur intimité, pour en ressortir aussitôt. Hélas, ces moments sont quasi systématiquement filmés caméra au poing, avec petits mouvements parfois assez disgracieux pour capter la tristesse de ces familles endeuillées, et c'est assez dommage... A part ça, ce que vit le jeune soldat campé par Ben Foster, tiraillé entre une première meuf dont il était amoureux qui va se marier avec un autre et une seconde meuf moche dont il a annoncé la mort de son gars et qui voit en lui une source de réconfort, on s'en cogne pas mal. Du coup je l'ai maté d'un oeil en vitesse lente parce que je matais Les Petits mouchoirs de l'autre œil en vitesse rapide sur mon netbook premier cri ! Et pourtant, j'en viens à dire que c'est pas trop mal. Je l'ai pas vu en vitesse réelle, et je dis que c'est pas mal ! C'est dire où en est mon indulgence envers les gros mélos hollywoodiens...


The Messenger d'Oren Moverman avec Ben Foster, Woody Harrelson et Jena Malone (2009)

18 mai 2009

Contact

Je crois n'avoir écrit qu'une seule fois sur un film de Robert Zemeckis. Pourtant Bob Zemecuisse a bercé mon enfance. Au point d'avoir choisi ma première adresse mail en hommage à ce bigleux de première: "Remeckis@tiscàvie.com". Je m'appelle Rémi, il s'appelle Zemeckis Bob, il m'a dorloté toute mon enfance avec Retour vers le futur et Roger Rabbit, ça m'avait suffit pour cramer ma crédibilité dans mon adresse web. Au fond Zemeckis a complètement suivi le parcours de Spielberg, son maître à penser et mécène. Il a commencé par faire de chouettes films, souvent pour gosses mais pas toujours, et depuis quelques années c'est devenu le pire des vieux tandis que sa filmographie s'englue d'œuvre en œuvre pour achever une carrière sous un monceau d'ordures. Et cette chute a commencé avec Contact, il y a déjà 12 ans. La dégringolade de Zemeckis n'était encore que bénigne, mais elle s'est avérée de type exponentielle quand après avoir réalisé une poignée de films douteux, Bobby Zemekiss s'est amouraché des nouvelles images, dont il a fait son grand cheval de bataille avec The Polar Express, où Tom Hanks incarnait le Père Noël, puis Beowulf, et bientôt Le drôle de Noël de Scrooge (pauvre Jim Carrey...) et Roger Rabbit 2. Le réalisateur à triple foyers est complètement piqué et son idée fixe consiste à faire des films d'animation en numérisant de vraies images. La catastrophe est totale. L'échec cuisant. J'écris cette critique en m'épilant les sourcils alors je suis pas sûr d'avoir l'esprit très clair mais les faits sont là.



On sait tous que les gros pontes ventripotents de l'entertainment qui composèrent la "Nouvelle génération Hollywoodienne" (et je ne parle pas du so called Nouvel Hollywood), sont tombés en pâmoison, et à juste titre, devant 2001 L'Odyssée de l'espace. Ces types-là (Lucas, Spielberg, et leurs cousins) ont vu le chef-d'œuvre de Kubrick quand ils étaient jeunes et ont rêvé de refaire pareil. Ça a par exemple donné Star Wars ou Rencontre du 3ème type. Après le succès mondial du second film de Sergio Leone (Et pour quelques dollars de plus), des dizaines d'italiens se sont mis à tourner ce qui allait être appelé des "westerns spaghettis" par les Américains. Bien sûr ces films étaient souvent minables (avec en tête le tristement culte Django de Corbucci) et n'avaient strictement rien à voir avec les films sublimes de Leone, bien qu'ils tentassent de l'imiter. Leone devait en dire à la fin de sa carrière et rétrospectivement: "On m'avait désigné comme le père du genre ! Je n'avais eu que des enfants tarés. Aucun ne pouvait être légitime. De quoi être écœuré...". Autant dire que Kubrick aurait pu en dire autant de ses descendants s'il n'était pas mort d'une crise cardiaque pendant l'avant-première de La Menace Fantôme de George Fuca en 1999. Parce qu'entre nous soit dit, entre quat'zieux, Star Wars c'est quand même queutchi. Et le reste vaut pas beaucoup mieux. Personnellement j'aime vraiment beaucoup Rencontre du 3ème type de Spielberg, mais son gosse à lui, en somme la troisième génération, à savoir notre cher Zemeckis et son Contact de mes deux, lui il donne vraiment de quoi se plaindre.



Parce que c'est bien de cela dont il s'agit : Contact c'est le 2001 de Zemeckis. C'est à la fin du film que ça saute aux yeux. Avant ça Jodie Foster passe la totalité de sa vie avec un casque sur les oreilles à attendre que des aliens lui parlent. Beaucoup sont morts comme ça. Mais Jodie Foster ne se fait pas chier par hasard. Un flash-back psychologique nous l'annonce, où nous découvrons la mort traumatique du père de Jodie. Quand elle était gosse, un soir qu'elle venait de passer trois plombes à reluquer les étoiles, elle avait oublié d'apporter ses médocs à son vieux papa malade. En rentrant elle le retrouva mort sur le canapé devant L'empire contre-attaque, entouré de grains de maïs éclatés, du pop corn, étalé sur le sol, rappelant le cosmos et ses milliards d'étoiles avec qui Jodie adulte voudra à tout prix entrer en contact. Ceci explique cela, comme on dit dans ces cas-là.

En somme ce film est une réflexion sur une fille qui ignore consciencieusement tout ce qui se passe autour d'elle (dont Matthew McConaughey, l'acteur brun aux cheveux blonds bouclés, qui fait des pieds et des mains pour se la tirer), préférant se focaliser sur des aliens qui n'existent pas, en souvenir de feu son vieux père. C'est aussi une réflexion sur la religion puisque Matthew McCoffey est un chrétien pure sauce. Pendant tout le film il n'arrête pas de demander à Jodie si elle croit en Dieu. Alors elle lui répète inlassablement que non, mais Matthew McConaugay a manifestement une mémoire vive de cinq minutes, frappé par Alzheimer à trente ans et toujours en service dans un poste à grandes responsabilités au sein de la Nasa. Et à chaque fois qu'elle lui répond "non", il lui dit et lui répète qu'elle a tort, et s'interroge quant à au scepticisme de sa camarade. Elle lui explique encore et encore qu'elle a besoin de preuves pour croire, qu'elle est une putain de Cartésienne née à Carthage et utilisatrice chevronnée de l'encyclopédie Encarta et qu'elle ne croit que ce qu'elle voit. Alors Matthew McCon lui rétorque : "Tu aimais ton père ? Prouve-le". Et ainsi, plusieurs fois dans le film, à chaque fois que son courtisan lui lance cet argument à la face, Jodie commence à lui répondre qu'elle ne doute pas de son amour pour Dieu mais de son existence, alors que son père a indéniablement existé. Mais elle s'interrompt elle-même, tantôt découragée par le regard végétatif de son interlocuteur, tantôt déçue de constater qu'il est parti pendant qu'elle lui causait droit dans les yeux.



Et puis à la fin du film, après 2 heures de conversations religieuses interrompues et autres écoutes au casque sans résultats probants, vient le contact tant attendu. Les petits hommes verts se mettent à causer à l'héroïne dans son disc-man. Comme leurs voix ressemblent aux bruits d'une machine à laver, Jodie Foster se demande d'abord si elle n'est pas en train de capter la femme de ménage de sa voisine. Mais non ce sont bel et bien des extra-terrestres à l'autre bout du fil. La grande question qui se pose alors c'est de savoir si les ETs sont croyants et si une agnostique peut aller à leur rencontre. A l'humanisme sidéral et au génie visionnaire de Kubrick se substituent un scénario complètement tordu, des considérations bigotes à trente balles et une combinaison spatiale façon Magicien D'Oz. De quoi faire rougir Stanley Kubrick au fond de son trou.

C'est là qu'arrive 2001. Jodie Foster s'embarque pour un voyage de quatre ans dans l'espace, totalement seule et sans le moindre strapon, à la rencontre des aliens. Elle va alors être ballotée dans tous les sens suite aux déflagrations d'un champ magnétique qui la propulse dans un vortex. On a droit à 2h33 de Jodie Foster remuée dans tous les sens dans une capsule spatiale qui ressemble largement au tambour d'une machine à laver. A cet instant l'héroïne se demande si elle ne s'est pas plantée sur toute la ligne et si ce qu'elle a pris pour des aliens n'était pas bel et bien son propre lave-linge dans lequel elle se serait retrouvée enfermée avec ses slips et ses chaussettes. Mais non, il s'agit d'un vortex spatio-temporel, et pendant deux heures et trente trois minutes Jodie Foster va s'y dédoubler en tournant en rond dans la position primaire du fœtus, éclairée par des néons rouges et bleus. De quoi me foutre la nausée pour un bail. C'est le 2001 de Zemeckis et c'est drôlement à chier.



Au finish de ce voyage intra-utérin en position du foetus, Jodie Foster débarque sur une plage ensoleillée où elle retrouve son père, interprété par un Tom Hanks efflanqué et barbu qui répétait déjà son rôle de Cast Away. La quête d'ouverture et de découverte du personnage n'est en fait qu'un retour sur soi, un retour au passé puisque tout ce qu'elle veut, et tout ce qu'elle trouve au final, c'est son père mort. Il s'avère qu'en réalité ce sont les extra-terrestres qui se sont servis de ses souvenirs pour communiquer avec elle, et leur morale en patafix c'est que la seule chose qui rende la vie supportable, c'est l'autre, autrui. Et aussitôt ils la renvoient chez elle. Après deux heures et trente trois minutes passées dans 10 000 vortex ils la débarquent dans son salon avec cette morale communiste sous le bras. Elle aurait pu prendre un ticket d'avion jusqu'à chez moi et je le lui aurais montré que c'est "l'autre" qui rend la vie supportable, et l'autre c'est moi comme disait Gad Elmaleh, moi et mon gros vié.

Quand elle revient, tout le monde lui tombe dessus à bras raccourcis. Eux n'ont rien vu, comment peut-elle prouver ce qu'elle raconte ? Selon eux elle n'a fait que voyager dans la capsule, ils n'ont rien vu de son voyage spirituel sur la plage de Tom Hanks. Eux, les autres, n'ont rien vu et lui dressent un procès au terme duquel ils foutent le feu à la jeune femme. Zemeckis fait de Jodie Foster une Jeanne D'Arc des temps modernes. La pucelle de la Nouvelle-Orléans. Sauf que la vraie Jeanne D'Arc, elle, était totalement pucelle, carrément vierge de tout rapport. Foster est seulement gouine. C'est là que Zemeckis a essayé de nous baiser.

En guise de conclusion à ce très long métrage, on voit Jodie Foster dans son fauteuil en osier qui lit "Huis-Clos" de Sartre, et sa fameuse phrase: "L'enfer c'est les autres". Et son cerveau saute, il explose en mille boulettes de sang. Chelou.

Moi je crois que ce film c'était juste un gros alibi pour Zemeckis histoire d'ajouter Jodie Foster à ses "contacts" Msn Live Messenger.


Contact de Robert Zemeckis avec Jodie Foster et Matthew McConaughey (1997)

11 février 2008

À vif

Près de 15 ans après avoir joué dans Nell, Jodie Foster décide de retrouver le bon vieux Neil Jordan. Déjà coupable d'Entretien avec un Vampire et de La Compagnie des Loups, elle compte sur ce réalisateur docile pour mettre en image un scénario qu'elle juge prometteur. Un scénario signé par les quatre panaris des bro' Roderick et Bruce A. Taylor intitulé "A Kick-Butt Tour De Force (working title)", visiblement très fiers d'eux. Après deux mois de development hell, le film sera bouclé et réintitulé The Brave One. The Brave One (aka À Vif en VF) raconte l'histoire d'une gonzesse jouée par Jodie Foster qui vit le plus beau des amours avec Saïd de Lost. Ceux qui suivent cette série en contreplaqué, dites-vous bien que ce film est donc peut-être un spin-off, un flash-forward ou un flash-back de Lost. Faudra l'avoir vu pour piger l'ultime épisode. Alors je vous mets en garde contre d'éventuels spoilers. Si vous avez tenu 3 saisons, ça serait dommage que je gâche tout !




Donc ce salop de Saïd est avec Jodie Foster et se l'envoie régulièrement. C'est cool pour lui, mais c'est quand même le film où Jodie Foster est la plus moche, alors on lui en veut pas trop. Saïd et Jodie Foster s'aiment tellement qu'ils causent sans cesse de leur futur mariage. Au début du film, on a droit à une scène de 3 plombes où Saïd choisit la future robe de mariée. "Ça sera donc couleur crème, c'est bien ça ?" demande-t-il tout haut chez Célio*, pas du tout au courant que ça porte la méga poisse quand le mari voit la robe de la mariée avant la cérémonie et que généralement ça ne se fait pas que ça soit lui qui l'achète 3 mois avant l'évènement, qui plus est chez Célio*. "Non ça c'est couleur vanille" rectifie la tancharde chargée de plier les robes une fois que les types comme Saïd les ont essayées et pu constater que ça leur allait pas. "Tant pis, j'achète !" Et voilà donc Saïd avec suffisamment de points Smiles sur la tronche pour emprunter gratos le Transsibérien à l'idée de faire la surprise à Jodie Foster. Il la rejoint à son boulot. Jodie Foster est animatrice radio. C'est pas top pour elle, vu que son capital corpus est assez sous-employé, mais elle se démerde plus ou moins bien et mène une vie de rêve vu que ça la passionne de faire ses émissions de merde qui consistent simplement à décrire la ville de New-York. C'est à base de récitations de poèmes hideux qu'elle apprend par coeur la veille pour le lendemain. C'est un rythme à prendre. Tu fais le même film avec le type de Memento et ça prend une autre tournure, forcément.




Bref, tout roule vachement bien pour le couple Saïd-Jodie et, le jour du choix vanille de la robe, ils comptent bien fêter ça en allant s'enculer du côté de Central Park. Comme c'est un coin assez tranquille, ils décident d'y aller la nuit tombée. Ils emmènent Ballzac, leur clebs, un dog allemand méga con et surexcité, qui s'appelle comme ça en référence au grand écrivain français et aux balles en caoutchouc qu'il ne manque jamais de leur ramener la bave aux lèvres, le vent en poupe. Hélas, ce soir-là, l'une des balles envoyées à l'aveugle par Saïd attérira en plein sur le front d'un caïd d'origine fort peu caucasienne, et le clebs ira la chercher en vitesse malgré tout ! Pour entamer une discussion avec ce genre de gars facilement sur les nerfs, on a connu mieux ; et Saïd aura bien du mal à expliquer son mauvais geste...

Il est 22h10 et on est en plein Central Perk quand le caïd et toute sa bande s'en prennent violemment au couple. L'un deux, visiblement fan de cinéma et de tout ce qui peut être rétro-projeté, filme le massacre avec son portable et envoie tout ça en MMS à ses meilleurs potes, également amateurs d'une certaine branche du septième art qu'on désigne généralement sous le terme "snuff movie". Bilan : 1 mort (Saïd), 1 méga blessée (Jodie Foster) et 1 chien perdu (Ballzac).




Quand, à son réveil d'un coma long de 4 mois, Jodie Foster apprend par la bouche de celle qu'elle espérait devenir sa belle-maman que le mariage est finalement annulé, l'ambiance du film se noircit un peu. Et comme si cela ne suffisait pas, elle apprend que l'enterrement aussi s'est fait sans elle, puisqu'il a eu lieu pendant son coma. Ça craint ! "Pouvez-vous seulement m'indiquer l'adresse de la tombe ?" demande t-elle. "On a choisit l'incinération", répond feu sa belle-mère. Ça commence à faire beaucoup, se dit notre héroïne. Suite à toutes ces désillusions, Jodie Foster change de coupe de cheveux et devient une vigilante, c'est à dire qu'elle pratique quotidiennement l'auto-justice. Cette auto-justice est parfois plus proche de la légitime défense puisque Jodie continue tout de même à manquer de chance : elle se retrouve deux fois de suite dans des situations périlleuses.




La première survient un mardi soir lambda dans une supérette de quartier. Jodie Foster est au rayon dvd, hésitant à acheter The Brave One (auto-clin d'oeil donc, assez osé), quand un type à l'aspect fort négligé rentre bruyamment et envoie sans prévenir 6 balles dans la poitrine de la caissière. Le gars pique le fric, mais il n'en trouve apparemment pas assez pour rembourser les 6 balles qu'il vient de dépenser étant donné son humeur toujours très mauvaise. C'est alors que la sonnerie du téléphone de Jodie Foster, jusque là planquée dans le rayon lezbdo (nouveau clin d’œil autobiographique donc), retentit. Soucieux de ne pas laisser d'être vivant derrière lui dans la supérette, le truand se met à la recherche de Jodie qui, heureusement, s'avèrera plus agile que lui à la gâchette.




La seconde situation survient le lendemain et elle est beaucoup plus drôle. Au milieu de la nuit, Jodie Foster est assise tranquillos dans le métro : sans casque sur les oreilles ni bouquins sous les yeux, elle décide pour une fois de profiter du paysage offert par le fameux subway new-yorkais. Dans la même rame qu'elle s'ennuient deux gros noirs habillés en basketteurs. Pour tuer le temps, ils décident d'essayer de communiquer avec un jeune gars blanc bec et abondement chevelu qui écoute de la zique sur son iPod. Curieux, les deux lui demandent ce qu'il écoute. Il ne répond pas. "Cause pas aux noirs peut-être", se disent-ils, alors ils insistent un peu. "Putain de merde dis-moi ce que t'écoutes ça mange pas de pain, si ?". Le jeune chevelu décide enfin d'ouvrir la bouche et lâche un timide et fébrile "Radiohead". Aussi sec, les noirs répondent "Tu veux que je t'en donne moi du Radiohead ?!" et finissent par clairement l'agresser. Jodie Foster, spectatrice, fait les gros yeux mais n'intervient pas. Finalement, le jeune fan de Radiohead parvient à fuir en descendant à la prochaine station mais doit céder son iPod Shuffle aux deux costauds qui, hélas, ne s'arrêtent pas là et ne prendront même pas la peine d'écouter les premières notes de Let Down. Ils ont en effet la sale idée de s'attaquer ensuite à Jodie Foster qui, très vite, sort son 9mm et place deux balles dans des endroits où ça fait plus que chatouiller. Elle sort ensuite du métro là où elle avait prévu d'aller (Fountain Lestang), laissant les cadavres derrière elle, et enfile quand même sa capuche pour passer incognito. 10 minutes après, les flics rappliquent et viennent enrober la station de ruban jaune "DO NOT TRESPASS", peut-être au cas où le tueur soit encore là et que ça le décourage de s'échapper. Une méthode assez peu efficace mais qu'on voit systématiquement dans les films américains. Une fois sur les lieux du crime, l'un des flics retrouve l'iPod sur le cadavre d'un des blacks et fouille tout de suite la tracklist en quête d'indice. C'est alors qu'il déclare, content de sa trouvaille, "Radiohead... U2... Coldplay... REM... Cet iPod n'est pas à lui, j'en mettrai ma main au feu !".




Plus tard dans le film, on retrouvera le jeune hippie amateur de Radiohead pour la deuxième meilleure scène. Un flic lui met le grappin dessus afin de l'interroger ; fastoche à trouver : ce petit connard était encore à Central Park en train de s'enrouler des joints ! Au commissariat, on lui demande d'aider à produire un portrait-robot de Jodie Foster. Il se retrouve donc face à une flic qui est elle sous photoshop, superbe logiciel qui permet de reconstituer le visage d'une personne en un seul clic. Le jeune se lâche un peu et donne des détails qu'il aurait très bien pu garder pour lui, comme par exemple "Elle avait des purs seins, pas gros mais méga beaux, genre Kate Moss un peu, mais pas ravagée par la cocaïne, je te jure !". La flic le regarde alors désespérée en pointant du doigt son écran, où apparait seulement une tête, histoire de lui faire piger qu'il s'agit uniquement de reconstituer un visage. Malgré ça, le fan de Radiohead enchaîne : "Elle avait aussi un méga cul, elle était assise mais, tu sais, j'ai quand même pu le deviner, ce genre de cul ça se flaire. Je sais pas comment l'expliquer. Tu mates les culs toi ? Bah le sien était trop bien, c'est dommage pour toi." La flic, agacée, lui dit d'arrêter car merde, ils dessinent seulement le visage là, et plus vite il en aura fini avec eux, plus vite il pourra retourner chez lui finir sa seigue. Le gosse redevient donc sérieux une minute et en termine avec photoshop. Un peu plus tard, la flic appuie donc sur "Print Screen" et apparait sur format A4 une photo bien connue de Jennifer Aniston. La photo vient jusqu'aux yeux des flics et le lieutenant tape du poing sur la table. "Merde, c'est Aniston, aka Rachel dans Friends, ce type est pas fiable, c'est un gros connard". Et la flic spécialiste des portraits-robots explique : "L'être humain assimile des images populaires et les remplace inconsciemment à celles des vrais gens". Ceci explique sûrement pourquoi des stars comme Micheal Jackson ou O-J Simpson sont souvent soupçonnées par le FBI. Fondu au noir, fin de la scène !




La suite du film est plus laborieuse. Peu de faits marquants. Le super flic, incarné par le très lisse Terrence Howard, héros du film dont je n'ai même pas parlé jusque-là, finit par aider et aiguiller Jodie Foster dans sa vengeance. Le film véhicule donc un message sur lequel je préfère ne pas m'attarder tant il pue la merde.

Avant la fin du film, on revoit le chien Ballzac, qui est en pleine forme car il avait finalement été adopté par les assassins de Saïd. A la toute fin, vu que ses proprios sont morts ou en état d'arrestation, Ballzac retourne se frotter à Jodie Foster. C'est une vraie girouette ce clebs. Le dernier plan du film c'est Jodie Foster qui caresse un berger allemand.


The Brave One (À vif) de Neil Jordan avec Jodie Foster et Terrence Howard (2007)

Panic Room

J'ai enfin vu cette merde.

Le réalisateur Panic Room (quel étrange blaze) avait sous la main la ravissante Jodie Foster, condamnée à évoluer pendant deux plombes en débardeur et sans godasses sous les yeux de toute l'équipe de tournage, mais il a préféré ne pas trop s'en servir pour privilégier les rampes d'escalier de son décor de studio, qu'il filme sous toutes les coutures, allant même jusqu'à faire des loopings avec sa caméra miniature, si miniature qu'elle traverse le verre et les planches de bois les plus opaques sans s'y cogner. Un vrai tour de force. Cependant Panic Room a décidé de filmer tous les inserts une fois le tournage terminé pour pas garder ses acteurs trop longtemps et économiser de l'argent. Or j'ai repéré quelques goofs.


Jodie Foster fait tout son possible pour détourner notre attention afin que l'on ne remarque pas tous les goofs à l'écran.

Nota bene pour les néophytes : pour vous la faire courte, les "goofs" sont ces incohérences scénaristiques ou visuelles que l'on croise parfois dans les films. Et ce que l'on nomme "insert", c'est un plan très rapproché, en général assez bref, qui a un but explicatif. Exemple : Plan large sur un type qui s'approche d'une porte / insert : gros plan de sa main sur la poignée / Retour au plan large du type qui a ouvert la porte.


Jared Leto, l'éternel ado aux formes féminines, a cru se rendre terrifiant en arborant des tresses africaines. L'acteur est ici en pleine imitation du célèbre pianiste Michel Petrucciani.

Voici la liste des pires goofs par voie d'insert du film :

1h12 : Jodie Foster attrape un verre dans sa main gauche, cut, insert : une main velue - certainement celle de Panic Room himself, chope le verre, cut, Jodie Foster déglutit.

1h15 : Jodie Foster va aux toilettes, cut, une énorme bite noire vise le centre de la cuvette, fendue en deux sous l'impact du jet, cut, retour sur Jodie Foster qui tire la chasse d'eau et ferme sa braguette.

Autre goof et pas des moindres, 1h15 : Jodie Foster monte dans sa caisse, s'apprête à mettre le contact, cut, insert sur une main atrophiée qui tient une perceuse avec laquelle elle perce un mur tandis que l'autre main (qui s'avère être un moignon) tient le clou.

Ah un autre goof, au bout de la 7ème minute le film est en italien. Pourtant j'avais pas la télécommande sous la main. Spa moi. Erreur au mixage sans doute. Paye tes goofs, paye ta trivia. Je sais pas si j'ai vu la bonne version. Ceci dit j'ai acheté le dvd à la fnac alors je laisse peu de place au doute.


Panic Room de David Fincher avec Jodie Foster et une rampe d'escalier (2002)