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20 septembre 2023

Robot & Frank

Dans un futur proche, un vieil homme vit seul dans une belle baraque en bois. Son quotidien est fait d'aller-retour à la bibliothèque pour baver sur la plastique encore bien conservée de Susan Sarandon, de petites promenades en plein air au milieu de la chaussée pour gêner la circulation et de visites chez l'antiquaire du coin pour commettre quelques larcins sans conséquence. Car ce vieil homme est apparemment cleptomane, un cleptomane qui perd peu à peu la boule. Alzheimer pointe le bout de son nez. Son fils lui amène donc un robot qui l'aidera dans les petits gestes du quotidien et donnera du sens à sa triste vie. D'abord imposé au vieux pour lui éviter un placement prématuré en EHPAD, le robot va progressivement se faire une place dans le cœur du vieil homme et, surtout, trouver une utilité fort appréciable et plutôt étonnante pour celui qui s'avérera être un ancien gentleman cambrioleur qui a passé une bonne partie de sa vie en cabane. 


 
 
Première surprise : Angela Frank est un mec, c'est Frank Langella, qui joue donc Frank, le vieux type physiquement très en forme mais mentalement à la traîne. Autre surprise, à la vingtième minute, le film prend la tournure inattendue d'un heist movie (ou caper movie) croisé avec un buddy movie décapant où le duo de braqueurs est donc constitué d'un vieillard sénile et d'un robot servile ; un virage bienvenu qui donne un second souffle à ce long métrage d'abord très long. Frank décide donc de faire de son robot un voleur de grand chemin, son assistant personnel dans tout ce qui concerne les larcins, les vols à la tire, les forçage de coffres, les crochetages de serrures et compagnie. Malgré ses agissements borderline, le robot de ce film met un point d'honneur à respecter les fameuses lois de la robotique inventées par Isaac Asimov. Il fait donc le boulot proprement.


 
 
On pense d'abord que leur plan est de voler les bouquins de la bibliothèque avant que ceux-ci ne soient numérisés et disparaissent définitivement. On croit que le grand-père est un amoureux des livres, mais on a tout faux ! Lors du casse, le robot demande naïvement "Tu veux que je chipe quoi ? Jane Eyre ? Don Quichotte ? Et si c'était vrai ?", et le vieux lui répond "Prends le meilleur rapport poids/valeur pour pas t'encombrer, ça finira de toute façon sur eBay". En réalité, Frank est un braqueur de banque sans remord qui fait croire qu'il est gâteux, auquel on file un putain de robot dont il se sert pour préparer un putain de casse bien plus important. La bibliothèque n'est qu'un coup d'essai. Prochaine étape : le cambriolage de l'immense villa du salopard qui rôde autour de Susan Sarandon.


 
 
Ça y'est, vous savez presque tout de ce petit film inoffensif qui vous réservera une dernière surprise, un twist final qui n'ajoute toutefois aucune valeur ajoutée à l'ensemble. Ce que nous avons aimé dans Robot and Frank, c'est avant tout sa durée : 1h19 sans le générique de fin, que l'on coupe toujours immédiatement (on signale cependant que celui-ci nous propose un rapide documentaire du style "C'est pas sorcier" sur les avancées de la robotique en 2012, des images qui ont pour effet de nous glacer le sang et de nous prévenir des dérives futures). On a aussi aimé ces courtes scènes, hélas trop rares, où le robot part, à sa façon, à la découverte de son foyer d'adoption et fait connaissance avec son propriétaire fatigué. Ce dernier met du temps à apprécier la compagnie du robot mais finit par lui confier tous ses secrets et par le tenir en plus haute estime que ses propres enfants (incarnés par James Marsden, hideux mais parfois presque drôle dans le rôle du fils toujours à bout, et Liv Tyler, dont la tronche liftée et botoxée la fait de plus en plus ressembler à une vieille star du porno). 


 
 
Dans sa nouvelle maison, le robot se met très rapidement à l'aise. Il flashe d'entrée sur la machine à café, une magnifique Nespresso chromée aux couleurs chatoyantes qu'il emporte souvent avec lui dans un coin sombre pour quelques acrobaties mécaniques. Chaque mouvement du robot est accompagné par un bruit de sifflement, ce qui a pour effet de bousiller la bande sonore de ce film par ailleurs étonnamment silencieux. On ne compte plus le nombre de fois où on surprend le robot se gratter le cul, et quid de cette scène où Frank se plaint de l'odeur qui se dégage du tas de ferraille en se servant d'une de ses grosses paluches comme d'un éventail salvateur. Le robot est effectivement campé par un type d'1m60 planqué dans un costume, un pauvre gars qui devait beaucoup suer et qui a accepté de souffrir considérablement pour le rôle. On salue le courage de cet acteur non-crédité au générique et on apprécie le choix du réalisateur d'avoir su refuser la facilité, c'est-à-dire les effets spéciaux numériques. 


 
 
On peut se prendre de sympathie pour les deux protagonistes atypiques de ce film, mais on regrettera quand même sa lenteur extrême et toutes ces occasions manquées de faire davantage d'humour. Robot & Frank n'est jamais sorti au cinéma, mais il s'est taillé au fil des ans une bonne réputation chez les vieillards fans de robotique. Une niche comme une autre.


Robot & Frank de Jake Schreier avec Frank Langella, Susan Sarandon, James Marsden, Liv Tyler et Peter Sasgaard (2013)

19 août 2013

Armageddon

1998 aura été pour tout le monde un bel été. "Roger tu me broies l'épaule !". Rappelez-vous... Du fait de ces deux mois festifs où bonne humeur rimait avec "black, blanc, beur", il y a certains événements moches qui n'ont pas été pointés du doigt comme il se doit, certains excès de vitesse sont passés sous le radar à cause de la joie qui régnait à cette époque-là. En regardant Armageddon y'avait qu'à fermer les yeux (dans les bleus), ou les plisser un peu, pour voir Zizou dans le rôle principal. A l'heure où Pain and Gain est curieusement attendu par nos confrères comme le "must see" de la rentrée 2013, il est bon de rappeler les méfaits de son auteur, Michael "1 plan/1 seconde" Bay. Réalisateur des deux Bad Boys, de The Rock, de Pearl Harbor, ou plus récemment des trois Transformers, Michael Bay est surtout connu pour son art du placement de produits (on dénombre une cinquantaine de marques apparentes par film). Publicitaire décomplexé, Bay est aussi un pyromane avéré. Il a été démontré que ses films engrangent plus ou moins de pognon selon le nombre d'explosions à l'écran. Face à toutes ces statistiques édifiantes nous sommes longtemps restés muets. Que dire de cet homme si cynique qu'il semble lui-même revendiquer de vivre dans le vice. C'est le capitalisme le plus crasseux et assumé. Celui qui te prend un billet d'une main et qui appuie sur le détonateur de la mine placée au préalable sous ta semelle de l'autre.




Petite description physique du bonhomme : véritable cheval humain, Michael Bay porte un jour sur deux des vêtements échancrés jusqu'au nombril pour laisser admirer son torse glabre. Il a accueilli avec reconnaissance le vote des députés français du 23 avril 2013. Ses cheveux sont sublimes, sa permanente impeccable, sa raie toujours droite (nous parlons bien de celle de ses cheveux). Quand un cinéaste ressemble à un tel éphèbe, à un catcheur svelte, il a encore plus de choses à prouver. Mais pire que tout, Michael Bay n'a pas d'âme. Pas davantage que son producteur et mentor, Jerry Bruckheimer, son quasi sosie en bien plus morbide. Ces deux hommes font le mal autour d'eux, sans scrupules, et nous sommes les spectateurs éloignés de leurs crimes. Tout être humain sur Terre est supposé se trouver à cinq personnes de tout autre congénère, et pourtant nous ne sommes même pas à dix personnes d'un fan de Michael Bay. Enfin, on l'espère. On ne connaît pas le jardin secret de certains de nos pigistes.




La même année, en mai, sortait Deep Impact de Mimi Leder (?), basé sur une histoire quasi-similaire. Sauf que dans ce film-là les personnages passent la moitié du film à pleurer et l'autre à regarder un météore s'écraser sur eux. Le météore tombait dans l'océan et se contentait de faire monter le niveau des eaux, engloutissant tous les gens vivant à moins de 200 mètres au-dessus du niveau de la mer sous le regard embêté de tous les autres. Dans Armageddon au contraire, toute l'intrigue consiste à envoyer une troupe de bras cassés sur la caillasse volante pour y creuser un puits afin d'y balancer une tête nucléaire qui aura un impact suffisamment profond sur la météorite pour au moins la faire dévier de sa trajectoire, au mieux la faire exploser en mille morceaux. Les plus attentistes, défaitistes, fatalistes se sont retrouvés dans Deep Impact, les autres, activistes, interventionnistes, optimistes, se sont rués sur Armageddon par milliers. A l'époque, nous étions en CM1/CM2 (plus exactement en "classe passerelle", soit "chez les cons" comme disaient nos pères), et la classe était divisée en deux clans ennemis. Deux façons de voir les choses. Ou plus exactement les fans de Téa Leoni contre ceux de Liv Tyler.




A noter que c'est le seul film où Bruce Willis meurt à la fin. Les chipoteurs vont nous tendre une pancarte "Six Sense", sauf que dans le film de Shyamalan, il a beau s'en rendre compte à la fin, il meurt au début (désolé pour les trois Népalais qui n'ont pas encore vu le film). Willis meurt peut-être aussi à la fin du Chacal, où il est opposé à un Dick Gere survolté, mais il n'est pas le héros de ce film et de toutes façons vous n'y auriez pas du tout pensé. Autour de la star, qui était alors sur un nuage, Michael Bay a eu le blair de placer un chapelet d'acteurs incongrus histoire de ratiboiser large : Ben Affleck, qui était alors tout au fond, Steve Buscemi, pour attraper quelques pigistes indés, Owen Wilson, pour les précogs qui sentaient qu'il finirait en haut de l'affiche malgré sa tronche de freak, Michael Clarke Duncan, pour attirer les fans d'animaux, Billy Bob Thornton, pour plaire aux fumeurs de oinjs, Udo Kier, pour séduire les nordiques et les teutons et, last but not least, oldie but still goodie, Charlton Heston, en narrateur voix-off, une arme braquée sur la tempe du mixeur, pour les amateurs de vieilleries et d'auto-justice. Côté femmes il faudra se contenter de Liv Tyler, qui n'a accepté de jouer qu'à la condition que son père drogué et fossilisé puisse vociférer à la fin du film sur fond de soleil couchant.




Il faut dire que toute cette fine équipe, si c'est du bonheur sur le papier, sur le plateau c'est la chierie totale. Imprimée sur pellicule c'est de l'or, en coulisses c'est la chienlit. En dehors des petits blocs de nano-secondes situés entre les mots "Action" et "Cut", les acteurs s'insultaient et se tournaient le dos. Ils ne se sont jamais recroisés depuis, sauf erreur de leur part, et il y en a eu pas mal. Michael Clarke Duncan et Charlton Heston jouent par exemple tous les deux dans La Planète des singes de Tim Burton, et tous deux sans maquillage. Le second était là en caméo clin d’œil au film original, le premier était là en clin d’œil tout court. Quant à nous, nous ne sommes plus jamais retournés voir un film de Michael Bay au cinéma. On avait passé l'âge. On était déjà trop vieux, on avait 12 ans.


Armageddon de Michael Bay avec Bruce Willis, Steve Buscemi, Liv Tyler, Billy Bob Thornton, Udo Kier, Ben Affleck, Owen Wilson, Michael Clarke Duncan et Charlton Heston en off (1998)

13 décembre 2012

Le Seigneur des anneaux : Le Retour du roi

Voici enfin l'épisode final de la trilogie, un épisode sans début mais avec une putain de fin, à la hauteur du mot "fin", une fin qui dure près de deux heures (dans la version longue, une heure et demi dans la version normale, car il faut rappeler que chaque opus de la trilogie possède une version longue qui rajoute trois quart d'heures à des films déjà longs de quatre fois une heure chacun). On peut donc comprendre la longueur de cette fin, qui n'est pas juste la fin du troisième film mais la fin des trois épisodes, soit la fin de près de 12 heures de supplice pour les non-fans de la saga, c'est-à-dire pour environ 99,999% des gens de cette planète. Durant ces deux heures de fin, on voit les hobbits et leurs potes se lécher les couilles à qui mieux mieux et au ralenti, dans la tradition des purs Joe d'Amato, le fameux réalisateur italien de pornos et inventeur du gangbang. On assiste tétanisé à deux heures montre en main d'embrassades, d’œillades complices et équivoques, de tripotage en règle, de sauts sur des lits, de bataille de polochons, de sourires narquois, de larmes aux yeux, de merde au cul, de Gandalf qui abuse de son autorité avec sa baguette magique, d'Aragorn qui lance sa langue sur Liv Tyler (l'actrice avouera avoir "pris son pied" tandis que l'acteur avouera avoir "pris son cul") au milieu d'une foule numérique qui assiste à leurs ébats non simulés sur le toit d'une tour ovale remplie à craquer et ne pouvant accepter un invité de plus sous peine de le voir se tenir dans le vide.




Cette fin, aussi imbuvable soit-elle, colle à merveille à l'ambiance qui se dégage des bonus du film, lesquels durent 50 heures en tout, 50 heures au bas mot d'entre-branlage, à l'issue desquelles chaque intervenant à le gland violacé ou littéralement décollé. Certains fans malades se sont envoyé ces journées entières de bonus d'une traite, acceptant avec le sourire cette chaîne sans fin d'anecdotes de tournage putrides. Quid d'Orlande Bloom qui raconte avec délice cette fameuse soirée où John Rhys-Davies, aka Gimli le nain (sachant que l'acteur est l'équivalent physique du colosse de Rhodes mais passons), avait piqué son costume d'elfe pour faire une blague potache à un Peter Jackson écroulé de rire en devinant la flèche de Gimli bandant l'arc de Legola. C'est aussi l'occasion de voir Sean Bean, littéralement Jean Haricot, raconter la tournure que prit son haricot magique en voyant Arwen enjamber son cheval avec un "prout" digne du pet bucal, ce fameux "pff", de Gandalf au moment de sa chute avec le Balrog dans un puits sans fond à la fin du premier film. On peut aussi s'extasier d'entendre Peter Jackson lui-même raconter comment il a perdu ses lunettes dans le Rohan. Ou écouter Cate Blanchett, qui tourne en tout et pour tout trois scènes sur la totalité des 12 heures du film mais qui s’enorgueillit d'être restée présente sur toute la durée du tournage pour tenir la perche, étant le seul individu de plus d'1m70 à des kilomètres à la ronde. Et enfin, qui ne lâchera pas sa larme en regardant Peter Jackson nous expliquer qu'il a demandé à ses acteurs de re-tourner les derniers plans d'enculage amical des centaines de fois pour que le tournage ne finisse jamais, ce qui nous a valu l'insatiable fin tournant en boucles du troisième film, conclusion que Peter Jackson aurait découpée en deux "chapitres" pour faire plus de blé si cette mode chère aux producteurs des Twilight et autres Harry Potter avait eu cours en 2003.




Ce qu'on se demande "à l'heure d'aujourd'hui", comme disent les trépanés, en revoyant cette abominable fin, c'est "que sont-ils devenus ?". Quid (on ne se lasse pas de cette formule) de Cate Blanchett qui depuis s'est contentée de se prendre un taxi en pleine poire dans L'Affreuse histoire de Benjamin Button et de jouer un transgenre russe dans l'odieux Indiana Jones 4, et pourtant c'est peut-être celle qui s'en tire le moins mal parmi ceux qui composent le casting de la trilogie (Mortensen mis à part, qui s'est taillé un nom en traçant La Route chez Cronenberg avec History of Violence, Les Promesses de l'ombre et Dangerous Method, et qui reste un putain d'artiste peintre). Orlando Bloom quant à lui, à défaut de se tailler une véritable place dans l'actorat hollywoodien, a su tailler quelques pipes et s'est ainsi retrouvé dans un nouveau rôle féminin au sein d'une autre saga d'enfer, Pirates des Caraïbes. Pour les autres, qu'il s'agisse d'Elijah Wood, de Sean Astin, de Sean Bean, de Dominique Monaghan, Hugo Weaving ou Billy Boyd, la suite de leur carrière s'apparente à un encéphalogramme plat. Les vieux ne s'en sortent pas beaucoup mieux (Ian McKellen, Ian Holm ou Christopher Lee), mais ils ont le tout petit avantage sur leurs camarades d'être vieux, précisément, et d'avoir fait une carrière avant le désastre. Peter Jackson de son côté n'est pas beaucoup mieux loti puisqu'après avoir réalisé des saloperies telles que King Kong ou Lovely Bones, il en est réduit, comme George Lucas en son temps, à tourner le prequel de son grand succès, comme un aveu d'échec. Mais peut-être qu'en renouant avec la trilogie il parviendra à accoucher d'un film au moins regardable, ce que ses derniers films ne sont pas.


Le Seigneur des anneaux : Le retour du roi de Peter Jackson toujours avec la même bande de bras cassés (2003)

7 février 2009

[A bittersweet day in Gérardmer] The Strangers


 
Ilaosé s’agrandit, ilaosé déménage, ilaosé se transporte vers de nouvelles latitudes, ilaosé a un an et un jour aujourd’hui. Des quatre coins du globe, de plus en plus d’internautes s’emparent de leurs claviers pour féliciter (très souvent) ou insulter copieusement (de temps en temps) les auteurs du site. C’est pour célébrer cette année de critiques, cette année qui n’est finalement qu’une immense déclaration d’amour au 7ème art, que les membres fondateurs ont pris la décision d’opérer un virage décisif, un angle droit vers le futur. Ils ont entrepris de mettre les petits plats dans les grands, de mettre les pieds dans le plat, de tout mettre à plat, et d’engager un envoyé spécial, reporter sans frontière, tout terrain et obéissant au doigt et à l’oeil : MOI ! Et comme le dit le lieutenant Ray Garcia dans La Relève (1990), « C’est pas juste un job, c’est une putain d’aventuuuure ! »
 
Premier reportage : le 16ème festival du film fantastique de Gérardmer.
 
En compagnie de mes trois acolytes Karen, Laëtitia et Cédric, nous arrivons à Gérardmer à 10h ce dimanche 1er février, dernier jour du festival. Nous n’avons qu’une vague idée des films qui vont nous tomber dessus mais on a déjà un programme idéal, le plan A (Morse, puis Grace, puis Midnight Meat Train) et un programme de remplacement, un « au cas où », le plan B (The Strangers, puis Hansel & Gretel, puis Repo! the Genetic Opera). Nous étions donc prêts et organisés. Pour chaque film j’ai eu le privilège de recueillir les avis de mes trois acolytes, à chaud, à la sortie des films, dès le dépôt de leurs pieds sur le sol gelé des parkings jouxtant les cinémas de Gérardmer, le bloc-notes dans une main, histoire de contrebalancer ou de confirmer mes analyses à tête reposée. 
 
Arrivés dans le centre de Gérardmer, nous nous apercevons que l’organisation est de grande envergure. La billetterie est immense et toute la ville est mobilisée pour faire de ce festival un évènement à l’aura internationale : lac gelé, bonhomme de neige géant, chapiteau de la Française des Jeux qui pour l’occasion a distribué un millions de porte-clefs collector. Nous apercevons aussi le fameux Grand Hôtel, dans lequel loge le jury, l’occasion pour nous de voir Pierre Mondy signer des autographes indélébiles sur les k-way de randonneurs du troisième âge incrédules et blessés, venus là pour admirer les Cascades de Tendon.
Une fois les Pass achetés, nous courons à la projection de Morse, en évitant les nombreuses plaques de verglas et en doublant et bousculant d’autres festivaliers pressés qui pourraient nous piquer les dernières places.
 
 
Malheureusement, nous nous faisons refouler à l’entrée car c’est déjà plein, l’officiel barrant le passage étant incorruptible. Devant ce désagrément, on décide de passer au plan B, The Strangers, un "inédit vidéo", en se rendant au pas de course, tête baissée, vers un autre cinéma. 
 
 
Ce cinéma s’appelle le Paradisio. C’est une salle ancienne, les fauteuils ne sont pas très confortables, la pente est faible et il suffit qu’un mec assez grand se mette devant vous pour que la séance soit terminée. Le parquet vibre chaque fois que le son est fort ce qui n’est pas mal finalement. L’entrée dans la salle est précédée par une file d’attente conséquente et belliqueuse. Laëtitia saura faire tenir en respect des resquilleurs du troisième âge qui tente de nous doubler en prétextant une tendinite. 
 
Dans The Strangers, la vedette n'est autre que Liv Tyler. L’actrice nous montre une large palette de son jeu en quelques cris, sursauts, tremblements et recherche frénétique de couteaux dans les tiroirs de la cuisine, du salon et de la chambre à coucher. Ce film est un direct-to-vidéo en France ce qui n'a rien d'étonnant tant c'est une merde. L'histoire est d'une simplicité et d'une absurdité fondamentales : c'est la nuit, un jeune couple revient à la maison après avoir assisté au mariage d'un pote et traversé une crise conjugale d'importance (la jeune femme vient de refuser la bague du jeune homme). Une fois arrivés les deux tourtereaux se regardent en chien de faïence pendant 10 minutes. Après ça, l’éconduit jeune homme (Scott Speedman dans un rôle ingrat taillé à la mesure de son talent) tétanisé et circonspect sort de sa léthargie (pour le plus grand bonheur du spectateur) pour s’emparer d’un pot de 7 kilos de glace qu’il entreprend d’entamer en tentant d’égaliser la performance de Richard Attenborough dans Jurassic Park lorsque celui-ci tente d’oublier que ses deux petits-enfants sont livrés à eux-mêmes dans une jungle truffée de T-Rex. Plagiat honteux. Liv Tyler, partie prendre un bain, se rappelle pourquoi elle a refusé la bague de son compagnon. Mais « Pourquoi pas ? » se dit-elle avant d’aller retrouver son homme et lui faire quelques bisous. Au moment où il commence à folâtrer de nouveau sérieusement, le couple est dérangé par une jeune femme à contre-jour qui demande à voir une personne manifestement pas là. Les ennuis commencent pour notre couple et pour les gens dans la salle. Pendant plus d’une heure, Liv Tyler cherche des couteaux pour se défendre et des téléphones pour se plaindre. Des étrangers portant des masques entrent et sortent à leur guise dans la maison sans faire « bouh », Scott Speedman tente de faire démarrer sa bagnole puis tente de faire démarrer une autre bagnole sise dans le garage, Liv Tyler se tord la cheville, Scott Speedman envoie son meilleur pote au cimetière… 
 
 
Au final, les trois vilains masqués trucident nos héros sans un mot à l’aide d’un couteau et s’en vont. On n’a aucune idée des raisons pour lesquelles les trois Strangers s’en prennent au couple, on n’a qu’un film au premier degré qui tente de nous faire croire que cette merde est basée sur des faits réels et qu’elle fait peur. On n’a aucune envie de découvrir une éventuelle suite. Quelques crétins ont applaudi à la fin, bien que Bryan Bertino, le réalisateur ne fût pas présent dans la salle. Au passage, on souhaite à Bryan Bertino d’aller faire une randonnée dans les Rocky Mountains et de se faire surprendre soit par un orage de grêlons gros comme le poing, soit par une maman Grizzly courroucée, le poing serré. Il peut faire d’une pierre deux coups et amener avec lui le compositeur de la musique du film. 
 
En sortant du cinéma, les commentaires sont cinglants et définitifs : « Comment qualifier ce film en un seul mot ? Je dirai sans hésiter « médiocre ». Le scénario se traîne en longueur en tentant de faire peur, mais ma seule peur fut de m’ennuyer encore plus !! C’est navrant pour un film censé provoquer la terreur du spectateur. Mais la longueur n’est pas le seul problème, c’est la bêtise du scénario, avec des scènes vraiment pathétiques. En effet, imaginez que vous possédez un fusil et qu’un étranger armé d’une hache tente de pénétrer chez vous, la première chose que vous allez faire c’est de… lui balancer une chaise !!?? […] Malheureusement, il pourrait y avoir une suite… » Laëtitia, les dents serrées. « Que dire… Un vrai trou noir, il aspire toutes les idées classiques du film d’angoisse (une maison isolée mais pas trop quand même sinon ça pourrait vraiment faire peur, une jeune femme terrifiée enfin ils essaient de nous le faire croire, une musique qui se veut angoissante mais qui est surtout horripilante, des agresseurs anonymes et sans aucun charisme…) et ne réussit à les transformer qu’en une absence sidérante de contenu et de forme. » Cédric, le couteau entre les dents. « Le typique thriller américain, sans aucun ingrédient de plus. Ils ont mis une star connue (Liv Tyler) pour que le film soit un peu plus attractif, mais ils ne sont arrivés à rien même avec ça. » Karen, qui a désormais une dent contre Bryan Bertino. 
 
 
The Strangers de Bryan Bertino avec Liv Tyler, Scott Speedman et Glenn Howerton (2008)

15 février 2008

Lonesome Jim

Lonesome Jim est le troisième film de Steve Buscemi, l'acteur aux yeux globuleux le plus connu d'Hollywood. Il raconte l'histoire d'un jeune écrivain en constante déprime, brillamment (comme toujours) interprété par Casey Affleck qui, parce qu'il n'a plus d'autres endroits où aller, se résigne à retourner dans son foyer familial où vivent donc ses parents, son frère et les deux filles de son frère, pour y vivre une nouvelle dépression. Mais c'était sans compter sur son don pour répandre ses idées noires, puisque après avoir démontré à son frère que sa vie est une tragédie sans fin, ce dernier s'encastre contre un arbre en voiture et tombe dans le coma. Notre héros raté va alors devoir aider ses parents, entraîner l'équipe de basket de petites filles dont s'occupait son frère, être à la hauteur de sa nouvelle petite-amie (Liv Tyler, ici aussi parfaite dans son rôle que jolie) et son jeune fils, qui le prend presque pour père, ainsi que son oncle dealer de drogue (un personnage très drôle).




Le scénar est très simple, presque banal, un return home comme le ciné indé en propose tant, c'est l'histoire d'un type qui broie du noir jour et nuit, qui se demande à quoi bon essayer puisqu'il y a des chances pour que ça rate et veut donc s'épargner la possibilité d'un échec en ne s'y risquant pas, et qui comprend petit à petit son erreur. En soi c'est très commun. Mais Buscemi a un style bien à lui, le film a un ton qui lui est propre, assez original et très appréciable, puis le casting n'est pas pour gâcher la fête avec en tête Casey Affleck donc, bel homme et bel acteur, impeccable, et à noter quelques scènes fort drôles. Une bonne surprise.


Lonesome Jim de Steve Buscemi avec Casey Affleck et Liv Tyler (2005)

11 février 2008

That Thing You Do !

That Thing you Do! est le premier film réalisé par Tom Hanks qui, avant cela, s'était seulement fait la main sur quelques épisodes de séries. Ce premier essai a fait un gros bide à sa sortie, en 1996. Un accueil très injuste. Je l'ai pour ma part découvert très récemment et ce fut une très agréable surprise !

Le film se situe dans les années 60 et raconte l'histoire d'un jeune groupe de musique pop, composé de gars tous plutôt sympathiques, de son succès imprévu grâce à un méga tube (le titre du film) jusqu'à sa dissolution. Ce film est tout simplement méga cool, souvent drôle ; il mériterait d'être plus connu et  revu à la hausse ! Les chansons du groupe sont plutôt chouettes et les acteurs ont tous l'air de bien s'amuser. D'ailleurs la petite troupe a réellement appris à jouer les morceaux pour les besoins du film. Il est aussi amusant de voir que l'acteur principal Tom Everett-Scott, le batteur du groupe, ressemble comme deux gouttes d'eau à Tom Hanks (également présent dans le film), physiquement mais aussi dans sa façon de jouer. Y'a aussi Liv Tyler qui était encore très jolie à cette époque, puis l’irrésistible blonde Charlize Theron, très belle aussi. Le manque de reconnaissance cruel de ce film devrait nous pousser à ce qu'on en fasse la pub comme un vrai connard ferait entrer un ami à lui dans un club ultra privé ; ou comme une vieille tante ferait du forcing auprès de son neveu pour qu'il accepte d'être parrainé chez France Loisirs et de devoir acheter un livre de merde tous les mois sous peine d'avoir un mandat d'arrêt déposé sur sa tête régulièrement par la police fédérale.




Le dernier plan du film nous montre le héros qui joue avec sa grosse baguette sur le joufflu de Liv Tyler, et on le mate faire ça avec un grand sourire.


That thing you do ! de Tom Hanks avec Tom Everett-Scott, Liv Tyler et Tom Hanks (1996)