31 août 2012

Sideways

Aux premiers jours de notre colocation à Rémi et moi, on s'est fait voir quelques films qu'on aimait beaucoup. Lui m'a lancé L’Épouvantail de Jerry Schatzberg, moi je lui ai mis Sideways d'Alexander Payne. Je vous ai déjà parlé de mon amour irraisonné pour le comédien Paul Giamatti ? Quand et où le coup de foudre a-t-il eu lieu ? Devant Sideways, en 2005 ! Alexander Payne signait là un film méga cool, marrant et autrement plus léger que son dernier rejeton, The Descendants, qui, malgré quelques très bons moments et un George Clooney à son meilleur, tombe parfois dans certaines lourdeurs mal venues et peine à retrouver le niveau d'excellence jadis atteint par Sideways. Il s'agit surtout pour moi d'un film très attachant grâce au personnage incarné par Paul Giamatti, alors à son zénith et ressemblant plus que jamais à mon frère Glue III (il s'habille même pareil, c'en est troublant). Le duo qu'il forme avec Thomas Haden Church fonctionne parfaitement et, quand nous le voyons séduire Virginia Madsen un verre de vin à la main, on ne peut s'empêcher de succomber aussi ! Pour en revenir à mon idole, Giamatti, il passe tout le film à cran ou au bord de la dépression ! Un rôle en or pour n'importe quel acteur, certes, mais auquel Giamatti apporte sa petite touche personnelle : une humanité rare, qui nous permet de prendre fait et cause pour lui et sa grosse tronche d'ours mal luné. Je pourrais revoir ce film régulièrement sans que ça me gêne, je le trouve infiniment agréable. Quand je le mate, c'est comme si j'enfilais une vieille pantoufle faite à mon pied, c'est peut-être moins joli et ça sent sûrement un peu mauvais pour les autres, mais je m'en fiche pas mal, moi je m'y sens at ease, ça échappe aux mots ! Je n'espère qu'une seule chose : un Sideways 2, réunissant toute la fine équipe : Payne, Giamatti, Haden Church, Madsen, Oh ! Toute l'escadrille !



Sideways d'Alexander Payne avec Paul Giamatti, Thomas Haden Church, Virginia Madsen, Sandra Oh (2005)

30 août 2012

Embrassez qui vous voudrez

Ce film est adapté du roman Vacances anglaises de Joseph Connolly. Michel Blanc a lu ce livre, il l'a aimé, et quand Michel Blanc aime il fait croquer. Au resto il est insupportable, il passe tout le repas à porter sa fourchette vers la bouche de ses invités quitte à en foutre partout. L'ambition de Blanc avec ce film c'est de réaliser LE film choral français pour entrer dans le guiness book des films comptant le plus grand nombre de personnages et de chassés-croisés. Ce film franco-italo-britannique raconte l'histoire d'une chiée de personnages qui se croisent, en vacances entre le Touquet et le Fouquet's. Une vieille bourgeoise (Charlotte Rampling) dont le couple s'enlise car son mari est un putanier fumeur de Havanes (Dutronc), une femme (Karin Viard) qui parvient à grand peine à cacher sa déchéance financière et matérielle et qui dégueule toute sa haine sur son mari (Denis Podalydès) car elle n'a pas les moyens de faire comme ses copines, une séductrice (Carole Bouquet) persécutée par un mari jaloux (Blanc himself), une mère célibataire en mal d'amour (Gaspard Ulliel), une adolescente déboussolée (Mélanie Laurent), une altesse royale princesse de Savoie, de PACA et de Piémont (Clotilde Courau), un indigène (Sami Bouajila), un acteur dont ma mère est fan (Vincent Elbaz), et maints autres personnages... bref tout un réseau de connards qui se matent le nombril, enfermés dans leurs petits tracas de morpions pleins aux as ! Le film réunit dix générations de comédiens (on a compté), en faisant le grand écart de Macaulay Culkin à Michel Bouquet.


On a essayé de représenter à l'aide de flèches rouges tous les jeux de regards travaillés par l'affiche, qui annoncent la multitude de tromperies et de coups de putes prévus par le scénario (on notera que Lou Doillon est au cœur de la tourmente et que Jacques Dutronc n'en a rien à foutre !)

C'est le Short Cuts français ! Quand un acteur devient réalisateur, c'est souvent pour faire un film choral afin de donner un rôle à tous ses potes en mal de caméras, parce qu'il connaît les acteurs au plus près et pour leur filer la plus grosse part du gâteau. C'est pour ça que Mitchum Blanc a voulu adapter le roman réputé inadaptable de Jennifer Connoly, inadaptable car bourré à craquer de personnages secondaires et de sous-intrigues. Il aurait au moins fallu un triptyque pour torcher ce scénario. Mais Blanc a préféré faire un film choral à mille voix. C'est l'apanage des acteurs qui passent derrière la caméra, à commencer par Emilio Estevez dans Bobby. Le vrai souci quand un acteur passe de l'autre côté tout en jouant dans son propre film, c'est qu'il a généralement du mal à tenir discrètement la caméra tout en se plaçant devant pour jouer la comédie. Les seuls cas de figure où ça "passe", c'est quand il s'agit d'un acteur porno qui tourne son premier gonzo, là bizarrement, ça "passe" et on appelle ça un POV.


La volonté de mettre en valeur ses petits camarades est légèrement contredite par ce genre de plans où Michel Blanc cinéaste est vraiment au plus bas.

A la fin du film, Michel Blanc, rendu fou furieux par sa paranoïa démesurée et incontrôlable quant aux supposées infidélités de sa femme (assaillie de toutes part), bouscule cette dernière dans un geste rageur et l'envoie valser sur le plumard de l'hôtel. C'est là que survient l'upskirt le plus attendu de tous les français, car attendu depuis des années et des années. Au départ, Blanc, voulant se la jouer Verhoeven, avait demandé à Bouquet de surprendre et de relancer sa carrière en ne portant pas de culotte lors de son culbuto sur le sommier, histoire de refroidir l'ambiance du film. L'actrice a accepté mais ces rushs demeurent sous clé dans la boîte à gants de la BM de Blanc qui a préféré refaire la scène avec sous-vêtements après avoir découvert l’entremets fané de Bouquet. Cette vision fut accompagnée d'un bruit de suscion/dilatation qui fit même lâcher sa perche au perchman stagiaire du film, depuis converti en moine reclus et qui tous les matins sonne les matines avec ses frères témoins de Jéovah. On retombe dans nos pires travers là ! C'est trop laid ce qu'on écrit. Mais putain à chaque fois qu'on décide d'écrire sur un de ces gros navets français qui comptent dans leurs rangs certaines de nos stars hexagonales, on replonge. Une conclusion peut-être ?


Embrassez qui vous voudrez de Michel Blanc avec Michel Blanc, Carole Bouquet, Karin Viard, Vincent Elbaz, Denis Podalydès, Charlotte Rampling, Mélanie Laurent, Gaspard Ulliel, Lou Doillon, Sami Bouajila, Clotilde Courau et Jacques Dutronc (2002)

28 août 2012

Fair-Play

Ce film débute par une partie de squash. Un match de 40 minutes en temps réel entre Jérémie Rénier et Eric Savin, dont on ne perd pas une miette ni une goutte de sueur, voire de sang, car Jérémie Rénier sue du sang sous nos yeux dans cette rencontre à couteaux tirés entre deux tarés du tennis en salle. A partir de 20 minutes de film on se demande sur quoi on vient de mettre la main : est-ce un film expérimental radicaliste ? un canular ? le film de vacances de Rénier leaké sur le net par un fan malade ? Impossible à dire. Peut-être n'est-ce que le prolongement pour Lionel Bailliu de son premier court-métrage, tourné un an plus tôt et intitulé Squash ? Le réalisateur, passionné par ce sport qu'il trouvait particulièrement cinégénique, a sans doute voulu marquer les esprits comme Scorsese en son temps avec The Big Shave mais en réalisant de son côté The Big Squash.


On dirait trop Gollum non ?

Quand il affirmait que les plus grands cinéastes étaient entièrement résumés dans leur premier film, François Truffaut ignorait que sa si juste théorie se verrait paraphée et signée avec un jusqu’au-boutisme morbide par le dénommé Lionel Bailliu, qui a récemment contacté Gérard Jugnot pour jouer dans son prochain film : Squash toujours. L'ex pilier de l'équipe du Splendid ne dénoterait pas dans la liste des acteurs fétiches de Bailliu puisque Fair-Play compte déjà dans ses rangs les plus grandes stars actuelles du cinéma des années 2000, à savoir Benoît Magicmel et Marion Cotillard (deux vedettes qui ont le nez creux donc), livrant une prestation plutôt sceptique dans ce film qui se veut un brûlot contre les méthodes de recrutement qui ont cours à notre époque dans les grandes entreprises. Le pitch : un patron dégénéré et facho teste ses futurs employés en leur imposant une série d'épreuves de survie. Il les défie au corps à corps dans une multitude de sports non-olympiques en pistes noires, où ils sont toujours à deux doigts de laisser leur peau (activités que l'on pratique possiblement durant les vacances, d'où le lien avec la thématique du dossier) : escalade, rafting, golf etc.


Ma parole que c'est Gollum !

Fair-Play est sorti en septembre 2006, on l'a vu quelques mois plus tard, début 2007, le temps qu'un illuminé le foute sur la toile et c'était fait. Depuis on n'a cessé de le citer lors de nos sessions critiques, et même lors de soirées lambda autour d'un feu de camp où chacun devait s'échanger des petites horreurs pour faire peur aux autres. Pas étonnant dans un sens vu que Fair-Play est le Délivrance français, à ceci près que Bailliu n'est pas Boorman (même défoncé aux oméga 3 et à la vitamine D) et que les randonneurs ne sont pas pris pour cibles par des autochtones trépanés mais par un horrible boss. Si le classique de Boorman est un film pour le moins détonnant voire dérangeant, celui de Bailliu est uniquement désagréable à s'en tirer une balle dans la tête. Quand on l'a découvert on n'avait pas encore mis en place notre fameuse règle des 16 minutes : "Si en 16 minutes tu ne m'as pas fait marrer je te vire de mon lecteur dvd à tout jamais". Cette règle, d'une efficacité redoutable, nous a posé quelques problèmes pour des œuvres pas du tout destinées à la comédie, par exemple pour les films des frères Dardenne, mais face à un OVNI comme Fair-Play cette règle est primordiale, même si on peut se laisser tétaniser au point de ne pas pouvoir en décrocher les yeux par cet objet filmique unique au monde et proprement pourri.


"Mon précieux..."

Le film est certes parfois satisfaisant pour ceux qui aiment voir Marion Cotillard en train de souffrir, mais même les plus haineux envers la starlette de pacotille se lasseront extrêmement vite de ce long métrage ignoble, dont on aimerait se rappeler quand on nous demande ce qu'on a vu de pire dans notre vie. Le réalisateur étant depuis complètement tombé aux oubliettes, on peut se dire que la stratégie de Bailliu n'a pas porté ses fruits. Blague à part, connaissez-vous une seule star nommée Lionel (à part Jospin) ? Ah si, y'a bien Lionel Abelansky. La place reste donc à prendre ! Sérieusement vous en trouvez ou pas ? Y'a rien... Si vous en trouvez : ilaose.leblog@gmail.com


Fair-Play de Lionel Bailliu avec Jérémie Rénier, Marion Cotillard, Eric Savin et Benoît Magimel (2006)

26 août 2012

Vertige

Je souffre de vertige. Passé 500 mètres d'altitude, je suis une sous-merde. J’ai pourtant réussi à voir ce film en entier, en étant très à l’aise du début à la fin. C’est dire si le premier long-métrage d’Abel Ferry est réussi et atteint son but... Et pourtant, on a là affaire à un film d’horreur français qui a connu une assez belle destinée, pas autant que le Haute Tension d'Alexandre Aja, certes, mais quand même. Ce film s'est fait remarquer à divers festivals et a même récolté quelques très bonnes critiques à sa sortie en salles. En France et à l'étranger, Vertige a su contenter un certain nombre d'amateurs de survival, ces films où des abrutis de citadins se retrouvent paumés à la campagne et doivent sympathiser de gré ou de force avec l'autochtone, souvent dépeint comme un arriéré mental physiquement mal formé.



Mais laissons de côté le film à proprement parler, que j'ai trouvé pour ma part très mauvais et dont je me souviens déjà fort mal. A mon sens, si Vertige a connu une telle carrière et a su se faire remarquer, c'est surtout à cause d'une chose plus terre-à-terre qui ne doit rien au talent présumé d'Abel Ferry. Je veux bien entendu parler du t-shirt de l'actrice Fanny Valette. Un débardeur tout ce qu'il y a de plus basique, qui débute le film dans une couleur blanche immaculée et qui, évidemment, le termine dans un tout autre état, un peu à la manière du fameux marcel arboré par John McClane dans Piège de Cristal. Un vêtement rudimentaire qui, disons-le tout net, épouse idéalement les formes de la demoiselle et qui représente le seul point fort de ce film. D'ailleurs, les as du marketing anglophones ne s'y sont pas trompés : en anglais, le titre du film est devenu High Lane, soit, littéralement, "Haute Couture".



Le travail réalisé par Abel Ferry autour de ce débardeur à 5€99 chez H&M n'est tout de même pas à fouler du pied. Le jeune cinéaste natif de Bonneville (Haute-Savoie) profite assez audacieusement de la situation et ne se gêne pas pour filmer en plongée le relief agréable de son actrice. Des plans eux-mêmes rendus possibles et légitimes par le relief remarquable du lieu où se déroule une grande partie de l'action du film, une via ferrata qui pose bien des problèmes aux apprentis escaladeurs en vacances, personnages sans relief de ce film d'horreur médiocre qui, après le franchissement de cette paroi dangereuse, se vautre dans tous les clichés les plus barbants du survival horror. La réalisation d'Abel Ferry flirte avec le voyeurisme déplacé. Le metteur en scène devait redouter la grosse baffe dans la tronche à chaque visionnage des rushs aux côtés de sa vedette. Fanny Valette aurait pu se sentir dangereusement épiée du poitrail et commettre un acte d'auto-défense tout à fait justifié. Heureusement, il n'en a rien été, bien au contraire. Très récemment, la jeune comédienne, non mécontente de l’effet provoqué à échelle mondiale par sa tenue mettant si bien en valeur sa poitrine resplendissante et plutôt fière du mythe qui s’est développé autour de celle-ci, a déclaré lors d’une interview accordée à un journaliste intrépide : « C’était l’été, j’étais entourée de types morts de aimf et j’avais les hormones en ébullition, c'est comme ça... Je suis moi-même impressionnée par ma poitrine dans ce film ! ». Ses seins étaient, dit-elle, bien plus gros que ce qu’ils sont en temps normal. Fanny Valette affiche dans ces propos la modestie typique de la meuf trop sûre d’elle. C'est toujours un peu agaçant. Mais on s’en fiche pas mal, l’essentiel, c’est que ce moment si miraculeux ait été capté par une caméra !


Vertige d'Abel Ferry avec Fanny Valette et son débardeur blanc (2009)

25 août 2012

Associés contre le crime

Il y a des films dont on se demande "mais POURQUOI ?"... Tous les matins en ce moment je passe devant une grande affiche du film Associés contre le crime de Pascal Thomas avec Catherine Frot et André Dussollier. C'est la troisième adaptation d'Agatha Christie par la même équipe depuis 2005, après Mon petit doigt m'a dit et Le Crime est notre affaire (le seul que j'aie vu et qui me tiendra confortablement et soigneusement éloigné des deux autres). Quand on sait le nombre de projets passionnants qui ont du mal à se monter et qu'on voit des trucs pareils se tourner à la chaîne sans problème, on a envie de se taper la tronche contre les murs jusqu'à ce que mort s'en suive. Visez-moi un peu la sérigraphie atroce des affiches de ce triptyque infernal :



Le truc c'est que chacun de ces merdiers score à peu près un million deux cent mille entrées (pour vous situer dîtes vous que L'Art d'aimer ou L'Apollonide n'ont pas fait plus de deux cent mille entrées, soit un petit million de moins), d'où l'acharnement des producteurs à nous abreuver des aventures déprimantes de deux vieux croutons en plaid à carreaux. Il faut croire qu'il y a officiellement un million deux cent mille addicts d'Agatha Christie en France qui iront systématiquement voir les adaptations franchouillardes des bouquins de la vieille anglaise à bouclettes peroxydées. Et les types qui sortent ces films viennent juste de piger qu'il fallait peut-être les caser en plein mois d'août pour grossir leurs stats (en même temps peut-être que les fans vont commencer à se lasser ?), au moment où les gens font d'une pierre deux coups en allant joyeusement se faire fusiller à bout portant l'épiderme et les cellules grises sur une plage de la Côte d'Azur où ils emportent tous ces romans de gare à deux francs parmi lesquels les best-sellers d'Agatha Christie surnagent. Alors qui de la poule et qui de l’œuf ? Est-ce que les Dix petits blacks se vendent par colis parce que Pascal Thomas (qui, rappelons-le, est coupable d'avoir commis Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d'amour...) les conseille une fois par an à son public ? Ou est-ce que c'est parce qu'il tape dans la masse des abonnés aux romans policiers de l'été que Thomas Pascal décroche le jackpot à chaque nouveau pet de ciné ? C'est un filon comme un autre. Je pense qu'on aura encore droit à une chiée plus quinze d'autres films de Chantal Thomas toujours avec Dédé Ducolbac et Catherine Froc réunis dans des poses pornographiques et des costumes en bois d'ébène sur des affiches aux couleurs primaires avec un rond jaune plus ou moins rond au milieu, et qu'il faut juste faire comme si de rien n'était.


Associés contre le crime de Pascal Thomas avec André Dussollier et Catherine Frot (2012)

23 août 2012

Jumanji

A la mi-août, quand on a déjà fait tous les trucs sympas à faire pendant les vacances et qu'on se retrouve un peu à court d'idées, on finit souvent autour d'un jeu de plateau. Paradoxalement c'est cette activité-là qui nous fait le plus suer alors qu'on vient de passer l'été à jouer au beach soccer, à faire des parties de ping-pong endiablées et à essayer de cacher sa gaule sur la plage. Lors de ces après-midi où le temps paraît s'être arrêté et où le soleil semble coincé à son zénith, bien décidé à nous griller la caboche, on a tous forcément rêvé d'échanger notre gros monopoly (aux billets de banque marqués au feutre par un tonton un peu à part qui a essayé de faire des mauvais coups à la boulangerie du coin) contre le jeu de plateau ultime : Jumanji (à prononcer "You-man-yee"). Quel est le nom du messie qui a réalisé le film du même nom et premier "film de plateau" de l'histoire du cinéma ? Est-ce que quelqu'un est capable de citer son patronyme sans chercher nulle part ? Nous on misait sur Chris Columbus, le yesman des 8/12 ans. En réalité ne cherchez pas c'est Joe Johnston, un saint homme, un sous-Columbus, un gros colombin. Homme de main de Spielberg, Johnston, contrairement à Robert Zemeckis, n'est pas à proprement parler son "poulain", Joe Johnston c'est de la pure main-d’œuvre, un ouvrier à la petite semaine, de la chair à canon. Spielberg l'envoie toujours sur les projets les plus bancals, et parfois banco ! Comme là.


Quelle famille, sur la route des vacances, ne s'est pas arrêtée sur le bas-côté pour boucler vite fait une partie de jeu de plateau ?

En 1995 on allait au cinéma deux fois l'an, une première fois pour mater Madame Doubtfire (le saviez-vous : le film devait d'abord s'intituler "Mademoiselle Doubtfire" pour coller au titre original "Misses Doubtfire", mais quand les distributeurs français ont maté le scénario de plus près pour s'apercevoir que c'était une vieux trans pédophile qui jouait le rôle ils ont viré de braquet pour mettre "Madame", ce qui ne change certes strictement rien), une autre pour voir Jumanji (combien de "i" et combien de "j" dans "Jumanji" ?). Quand les deux séances ciné de l'année c'est le Madame Doubtfire de Chris Columbo et le Jumanji de Joe Johnston, on peut parler d'une année noire et surtout se demander comment on a pu devenir les cinéphages numéro 1 de la région PACA après ça... En revanche rien d'étonnant à ce qu'on soit devenu des fanas de Robin Williams, qui était sur le toit du monde à l'époque.


Robin Williams était loin de se douter à l'époque que cette image du film résumerait bientôt son propre engloutissement dans une filmographie d'outre-tombe.

Après s'être séparé du groupe Take That (prononcez "Tik Tak"), Robin Williams a enchaîné les tubes et les hits au hit parade et au box office. En 91 il joue la fée clochette dans Hook de tonton Spielby, en 92 il obtient le Golden Globe du meilleur acteur pour son rôle de pécheur à la ligne dans Fisher King, la même année, celui qu'on appelait "la voix de génie" prête sa voix au génie d'Aladdin pour rester à jamais connu pour sa voix du génie. En 93 il explose dans Doubtfire où il ridiculise Pierce Brosnan d'un coup de pied dans le cul qui propulse James Bond droit dans l'eau, en 95 il s'écroule en jouant dans Neuf mois aussi, le remake ricain du chef-d’œuvre de Patrick Bradoué, mais il refait surface aussi sec dans un projet à priori peu engageant, basé sur un jeu de plateau, qui finira pourtant par emporter le morceau, j'ai nommé le fameux Jumanji. Il sombre après ce succès en prêtant ses "rides du rire" au prequel precog inversé de L’Étrange histoire de Benjamin Button dans le Jack de Coppola, mais se relève avec l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle grâce à Will Hunting avant de définitivement manger la poussière avec Flubber, le biopic américain de Gustave Flaubert, mais aussi avec Docteur Patch et mille autres films où on voit bien que l'acteur y met du cœur, sauf qu'au bout d'un moment ça ne suffit plus pour sauver les meubles.


La fameuse séquence de l'attaque des singes ! On ne s'en rend pas bien compte aujourd'hui mais ça à l'époque c'était le renouveau des effets spéciaux. Même s'il fallait faire un petit effort pour y croire, cf. ci-dessus.

Jumanji a également offert son premier gros rôle à Kirsten Dunst dans le rôle du dé à coudre sur le plateau de jeu. Pour incarner la vieille godasse trouée, un jeune acteur, Bradley Pierce, qui depuis joue encore à Jumanji mais sans caméras autour de lui, seul dans son grenier, matez sa page allociné, y'a de quoi faire déprimer un mort. Feu cet acteur connaît par cœur les règles du jeu de Jumanji, et pour cause puisque comme le personnage principal du film il est coincé dans un monde parallèle en pleine jungle, attendant que quelqu'un daigne jeter le dé et faire un six. Tout comme lui, nous attendons que Joe Johnston ou un autre trimard de base à son image relance les dés et nous ponde le Jumanji 2 que la fin très ouverte de l'original laissait espérer et que nous attendons depuis 17 ans maintenant. Selon google la suite existe bel et bien, réalisée par Jon Favreau, et s'intitule Zathura. Si c'est vrai, quelle idée de changer le nom ?! C'est comme si un type tournait la suite d'Avatar et l'appelait "Gros Bâtard", ou si le deuxième Memento s'intitulait "Agenda". C'est du Favreau dans toute sa splendeur... Bref, pour revenir au film et en dire quand même quelques mots, sachez que si on attendait à ce point une suite c'est qu'on l'avait forcément kiffé au ciné. On ne l'a pas revu depuis l'âge de huit ans mais à l'époque on avait pris un pied terrible. A cette époque où on ne voyait la lumière du jour que deux fois par an et où nos parents nous faisaient crécher dans le grenier, accrochés à un piquet avec une gamelle d'eau pour tout hobby et les côtes du jambon hebdomadaire pour tout amuse-gueule, croyez-nous, on attendait la suite de Yu-man-yee. J'espère qu'on vous a bien fait ressentir à quel point on avait aimé ce film, pas juste parce qu'il était sympa du coup, aussi parce que c'était un peu de lumière.


Jumanji de Joe Johnston avec Robin Williams et Kirsten Dunst (1995)

21 août 2012

Stand By Me

Rob Reiner, né Robert Reiner le 6 mars 1947 dans le Bronx à New York aux États-Unis, est un acteur, producteur, réalisateur et scénariste américain dont la carrière se divise littéralement en deux avec une cassure nette pile en son milieu. Lancé avec un mocku-fiction encore culte aujourd'hui, This is Spinal Tap, il a ensuite réalisé coup sur coup Stand By Me, Princess Bride et Quand Harry rencontre Sally, enchaînant littéralement les succès (même si le deuxième de la liste est une pure infection) pour poser son empreinte sur les années 80, dont il reste l'un des symboles, au même titre que le groupe Dépêche Mode. Stand By Me signe sa rencontre avec Stephen King, auteur qu'il retrouvera au début des années 90 avec Misery, l'avant-dernier film appréciable du cinéaste, qui ensuite réalisa Des Souris et des hommes d'honneur, l'adaptation du roman de John Steinbeck dans laquelle Gary Sinise flinguait John Malkovitch pour avoir violé une chienne (l'animal). Après cet ultime coup d'éclat, Reiner a tourné le dos aux grands auteurs et nous a enfouis sous une flopée de purges aux relents réactionnaires, dont le dernier exemple en date, Flipped, est peut-être le pire.



Mais revenons sur ce qui est, à n'en pas douter, le chef-d’œuvre de Rob Reiner, derrière Quand Harry rencontre Sally et quelques autres. Armé du livre de poche du King, qu'il ne lâcha pas durant toute la préparation du tournage, Reiner organisa un casting de quarante jours et quarante nuits pour trouver les quatre garçons magiques qui allaient incarner les héros de la bande de son film d'aventure : le premier, Wil Wheaton (Gordie), n'a pas fait une grande carrière, il a notamment joué le flubber dans Flubber ; le second, River Phoenix (Chris), n'est plus à présenter ; le troisième, Corey Feldman (Teddy), a joué dans tous les films pour gosses des années 80 (Les Goonies, Gremlins, etc.) avant que l'âge adulte et une tronche pas possible ne mettent fin à ses rêves de gloire ; quant à la quatrième roue du carrosse, Jerry O'Connell (Vern), il resta longtemps coincé dans les mondes parallèles de Sliders avant de mourir, à la vie comme à l'écran, dans Scream 2. Une véritable harmonie se dégage de cette petite troupe d'adolescents, qui restèrent d'ailleurs longtemps amis, au moins durant le tournage.



L'histoire, racontée en voix-off par Richard Dreyfuss, qui prête ses traits au début et à la fin du film au personnage principal devenu adulte, est celle de ces quatre gamins partis un été à la recherche du cadavre d'un gosse censé avoir été percuté par un train. Traversant le pays en suivant les rails dans ce qui se veut un pur railroad movie, Gordie, Chris, Teddy et Vern rencontrent évidemment tout un tas d'embûches sur leur parcours, dont la présence désagréable (y compris à l’œil du spectateur) de Kiefer Sutherland. Les fans de la série 24 heures chrono devraient se pencher sur le quasi premier film de la vedette du petit écran (avant même The Lost Boys de Joel Schumacher), qui interprétait ici un loubard aussi menaçant que ridicule et était loin de s'imaginer qu'il deviendrait plus tard l'idole des jeunes en prêtant ses traits à un personnage culminant à 24 de QI dans une série dont chaque seconde se déroulerait sur 24 épisodes de 24 heures chacun.



Au gré de leurs aventures (l'attaque d'un chien méchant, la fuite face à un train lancé à toute allure sur un pont, les confrontations régulières avec la bande de Sutherland et ainsi de suite), peu à peu les quatre personnages principaux se dessinent : Gordie a perdu son grand frère (John Cusack) à la guerre et passe ses repas du soir en les quat'z'yeux de ses parents à écouter les lamentations de son paternel qui regrette qu'il ne soit pas mort à la place de son aîné ; Chris a quant à lui un grand frère délinquant et se voit condamné à en suivre le chemin ; Teddy a un père rendu complètement schizo par son expérience de la guerre qui s'amuse régulièrement à lui brûler la moitié du visage sur une plaque chauffante ; quant à Vern, il est principalement obèse. Ces quatre portraits portent la griffe reconnaissable entre mille du King par leur finesse, leur richesse et leur faculté à forcer l'identification.



A revoir le film aujourd'hui, et quitte à verser dans l'uchronie, on peut se demander ce qu'il aurait donné si le script était tombé dans les mains de Gus Van Sant. La nouvelle de Stephen King semblait faite pour lui, du moins dans les grands lignes. Après tout, Stand By Me est un lent road movie situé à Portland et racontant l'histoire d'une bande de jeunes adolescents formant une communauté fraternelle pour fuir des cellules familiales éclatées par l'empreinte de la guerre (pour Gordie et Teddy) ou par le spectre de la marginalité (pour Chris et son grand frère - sans parler du gang de punks errants menés par Kiefer Sutherland) dans la quête insensée du cadavre d'un semblable, mort littéralement fauché en pleine jeunesse par un train... Une bonne partie du cinéma de Van Sant est là dans les termes et on peut se demander ce que le "cinéaste de Portland" aurait tiré de cette histoire. L'aurait-il adaptée dans le cadre hollywoodien comme Rob Reiner ou en aurait-il fait un film indépendant plus audacieux, voire un film expérimental ? Vous me répondrez que si ma tante en avait on l’appellerait mon oncle et vous aurez raison.



Rob Reiner, qui transforma la nouvelle en un film mainstream dans la lignée des productions Amblin avec peut-être un zeste de noirceur en plus, parvint en tout cas à capter des instants d'enfance, et River Phoenix, qui joua quatre ans plus tard dans My Own Private Idaho de Van Sant, nous gratifiait déjà de quelques scènes poignantes, un peu surjouées mais poignantes, qui nous feront dire et répéter qu'il serait devenu un immense acteur si... Stand By Me fait partie des très bons films pour enfants des années 80. Quand on se rappelle que George Lucas ciblait avec Star Wars le public des moins de 10 ans et avait prévu dès le départ de tout miser sur le merchandising (les jouets) pour gagner du blé, et quand on voit l'âge moyen des fanatiques de ses films à l'époque et aujourd'hui, on se dit que si le film de Rob Reiner sortait en 2012 des tas de freaks de 30/40 ans en seraient malades, arboreraient des t-shirts Stand By Me et se baladeraient en bagnole avec la chanson éponyme de Ben E. King à fond la caisse en lieu et place de la bande originale complète et composée d'une seule chanson de Drive, et ça foutrait sacrément les jetons ! Ce scénario, là encore légèrement fantaisiste, est assez peu plausible, mais après tout on fait ce qu'on veut. A l'époque en tout cas nous étions jeunes et nous avions aimé le film de Rob Reiner, qui s'adressait directement à nous en nous identifiant à ce quatuor d'enfants partis sur les routes pour un voyage initiatique vers l'âge adulte. On aime encore aujourd'hui ce Stand by me et on peut se demander jusqu'à demain si ce n'est que pure nostalgie ou si c'est plus que ça. Au pire on serait raccord avec le film, qui se montrait lui-même nostalgique de la fin des années 50 et du début des années 60 avec son panel de standards du rockabilly et son portrait sinon enchanté disons joliment ouaté de l'Oregon en particulier et de l'Amérique rurale en général comme vaste terrain de jeu naturel. Une chose est sûre, le film convoque forcément la nostalgie du spectateur quant à sa propre enfance, et dieu sait que Rob Reiner a su filmer cette œuvre "à hauteur d'enfant". Le secret pour y parvenir ? Placer sa caméra à hauteur d'1m50 environ en rehaussant un peu la fameuse caméra-tabouret qui a fait le succès des meilleurs films d'Ozu.


Stand By Me de Rob Reiner avec Wil Wheaton, River Phoenix, Corey Feldman, Jerry O'Connell, Richard Dreyfuss, John Cusack et Kiefer Sutherland (1987)

19 août 2012

Les Meilleurs amis du monde

Près de vingt ans après Mes Meilleurs copains de Jean-Marie Poiré, où Christian Clavier, Jean-Pierre Darroussin, Marie-Anne Chazel et Jean-Pierre Bacri arboraient des permanentes monstrueuses et des tenues de cirque pour singer les hippies français des années 60/70, Julien Rambaldi réalise Les Meilleurs amis du monde, où Marc Lavoine porte une grosse moustache et des lunettes fumées et où Pascale Arbillot étouffe sous un carré blond bouffant digne de la chevelure plastifiée d'une Doris Day sous amphétamines non pas pour caricaturer une époque passée - le film se déroule de nos jours - mais pour nous faire rire... Je suis peut-être le seul dans ce cas mais je l'avoue : j'ai vu ce film. Et en entier, grâce à une fatigue de celles qui vous enlisent devant les pires spectacles et vous les font endurer sans réaction. Lorsqu'on a survécu à l'une des premières scènes où l'on voit Léa Drucker chanter au volant de sa Volvo avec Pef à ses côtés, sur la route de la maison de vacances d'un couple d'amis qui en fait les déteste, on s'enfile forcément le reste, par masochisme dégueu.


"Pef" et ses amis se torchent avec le cinéma et moi je les regarde faire...

Bref, j'ai vu la chose, malgré les conseils de Félix, malgré sa prévenance et sa bienveillance. Je resitue la scène : un soir, devant mon mac, DD externe branché, fichiers ouverts sur le bureau, Félix à mon côté le doigt pointé vers le .avi des Meilleurs amis du monde, me regardant droit dans les yeux en secouant la tête lentement de la gauche vers la droite. Cet homme est attentionné, il est protecteur, c'est le meilleur ami du monde et lui n'en fait pas des films de merde. Pourtant j'ai cliqué, j'ai fait glisser et collé. Pire encore, je l'ai vu. Et je l'ai vu en entier... C'est une infatigable saloperie mais ce qui me tue encore et toujours devant ce genre d'horrible bavure cinématographique, c'est l'incapacité de ces gens-là à accoucher ne fut-ce que d'une seule vanne, d'une seule plaisanterie. Je vous avais déjà fait part de mes interrogations face à ce phénomène anti-humour à propos de Mon Beau-père et nous. Je me répète un peu mais c'est un mystère qui reste entier et qu'il faudrait résoudre un jour ou l'autre, le mystère de l'incompréhensible faculté de ces soi-disant comiques à ne pas décrocher le moindre sourire au spectateur en une heure et demi de soi-disant comédie.


Marc Lavoine n'est plus du tout en train de jouer.

C'est presque impossible normalement. Même avec un bruit de pet on devrait être capable de faire marrer. Je pense à cette scène dans Step Brothers où John C. Reilly lâche une interminable caisse dans le bureau de son futur employeur, lequel analyse la situation en disant que ce vent sent l'oignon et le ketchup et que la pièce est trop petite pour contenir un pareil pet. C'est très con, c'est que dalle, c'est un pet, mais ça peut suffire parfois, quand c'est bien joué, agrémenté de répliques originales et bien géré par un timing au cordeau. Et quitte à verser dans le scato pur et dur, comme Adam Sandler dans Jack & Jill, on peut y aller à fond et faire durer la situation en allant crescendo dans le comique de geste, comme quand le personnage masculin du film en question est littéralement défenestré par l'homoncule merdeux qui lui grimpe dans les narines après avoir traversé la porte des gogues où sa sœur, également jouée par Sandler, se libère de quelques tortillas... Eh bien beaucoup de gens ne savent même pas faire rire avec les choses les plus simples, avec une chose aussi simple qu'un long pet : je vous renvoie à Jurard Gégnot au début de Rose & Noir, qui n'arrive qu'à rendre la chose sordide et repoussante et à nous soulever l'estomac gratos... Les types aux manettes des Meilleurs amis du monde n'ont même pas l'idée du pet, quoique si, le scatologique leur vient à l'esprit, il y a tout un tas de scènes où Pef dessine sur des rouleaux de PQ et où Marc Lavoine défèque sur un trône donnant immédiatement sur le jardin, mais ils n'ont pas le minuscule truc en plus qui permet de faire rire à partir des expédients comiques les plus basiques et se contentent d'accabler leurs rares spectateurs. Ils mériteraient d'être le sujet d'une thèse angoissante de para-psychologie, ou plutôt de chimie moléculaire sur la mort par manque de sollicitation du génome de l'humour. A noter que Julien Rambaldi, le réalisateur de ce torture flick, est le fils de Carlo Rambaldi, créateur et père de la marionnette d'E.T., ce qui fait de lui un authentique extra-terrestre, un petit homme vert. Après tout peut-être que sur Mars sa grosse daube fait pisser de rire quelques tarés...


Les Meilleurs amis du monde de Julien Rambaldi avec Marc Lavoine, Pef, Léa Drucker et Pascale Arbillot (2010)

18 août 2012

Voir la mer

L'intérêt de ce film, c'était de voir Pauline Lefèvre nue. On est d'accord ? Sérieusement, on s'en balance pas mal que ça soit le dernier film de Patrice Leconte, le film qui marquait son retour à un cinéma un peu plus discret et ambitieux (?), après les purges sans nom qu'étaient les imbuvables comédies Les Bronzés 3 et La Guerre des Miss. Qui en a encore quelque chose à foutre de Patrice Leconte ? Qui s'intéresse toujours à lui ? Qui s'est déjà seulement intéressé à lui ? Qui a été ne serait-ce qu'un tant soit peu interloqué par le titre pseudo provocateur de son triste bouquin J'arrête le cinéma ? Franchement... Leconte est tellement au fond du gouffre qu'il en est réduit à gueuler son mal-être dans les bacs des librairies, lui qui ne se fait même plus remarquer au ciné, bien qu'il continue à aligner les merdes infectes. Bref. Voir la mer, tout le monde s'en balance. Ce qu'on veut, c'est voir Pauline Lefèvre à poil, comme le promettait la bande-annonce. Pas parce qu'elle est une belle femme, non elle ne l'est vraiment pas et Patrice Leconte a au moins le mérite de nous le démontrer froidement. Mais par simple curiosité. Et peut-être aussi parce qu'elle nous a allumés pendant deux ans chaque soir sur Canal + en agitant son cul et ses nibards à la face du monde, tout en les couvrant soigneusement d'un peu de tissu, toujours le minimum syndical, devant un Denisot médusé au quotidien, tandis qu'elle déblatérait les pires ignominies. Rien de plus normal que de vouloir s'envoyer Voir la mer pour se faire une idée de la chose. Toutes les miss meteo de Canal finissent à poil dans un premier et presque dernier film et on veut légitimement voir ce qu'il en est. Après l'infâme Bourgoin dans La Fille de Monaco, Lefèvre se désape chez Leconte, et l'autre québecoise dont on ne connait même pas le blaze glissera peut-être directos dans la case du premier samedi du mois vu comment elle a passé toutes ses soirées pendant un an à racoler les campeurs et les camionneurs en faisant des allusions craspec tout en montrant au maximum son corps à peine recouvert d'une étroite bande de lycra sur le point de cramer dans des sketches désespérants où elle enchaînait les acrobaties les plus laides et les roulés-boulés sous le museau encore une fois dilaté de Deniflax.



(Interlude dans ce brûlot nécessaire avec une affichographie très succincte, qui procède d'un simple comparatisme iconographique. Les images sur les deux affiches, celle du Leconte et celle du Genou de Claire de Rohmer, montrent plus ou moins la même chose, elles se ressemblent, c'est un fait, et pourtant elles n'ont rien à voir. Ou quand une image vaut mieux que mille mots pour dire l'infinie médiocrité du sieur Leconte. Attardez-vous sur le plan de son film que cet aveugle a sélectionné pour son affiche, observez minutieusement la façon dont cette image est découpée et dont elle représente le corps féminin supposé cristalliser toutes les convoitises, ici réduit à deux poteaux informes. Que c'est laid. L'affiche de Voir la mer a pour seul mérite de résumer le projet du cinéaste et de ses producteurs : on y voit deux blaireaux qui préfèrent mater une grande conne plutôt que l'océan, idem pour le spectateur, qui n'aura jamais eu le moindre désir de voir Voir la mer et qui ne l'aura lancé que pour avoir vu miss météo à poil.)



Verdict ? Passez votre chemin et vive la dressing room de Canal ! Pauline Lefèvre gagne clairement à être recouverte de fringues. Elle a des jambes arquées à la Rivaldo (Ballon d'Or 1999), ses fesses sont flasques et sans relief, ses seins tirent la tronche, sans parler de son allure toujours disgracieuse au possible qui n'arrange rien à l'affaire. Et lorsque Leconte s'attarde en gros plan sur son visage on se rend compte qu'elle pourrait aisément servir d'ouvre-bouteille ou de décapsuleur pour les boîtes de conserve les plus vicelardes. Inutile de la défier au petit jeu de notre enfance qui consiste à vérifier si l'on parvient à toucher le bout de son nez avec la langue. Elle fait ça non-stop et, visiblement, ça la gêne. Pour vous donner une idée, dites-vous que cette fin d'"article" est au moins aussi moche qu'elle dans ce film !


Voir la mer de Patrice Leconte avec Pauline Lefèvre, Clément Sibony et Nicolas Giraud (2011)

Ni à vendre ni à louer

... ni à mater.


Ni à vendre ni à louer de Pascal Rabaté avec Jacques Gamblin, Maria de Medeiros et François Damiens (2011)

17 août 2012

Paul

Paul est une horreur de film. Pourtant c'est un prénom qu'on apprécie... D'ailleurs, parmi les mille reproches qu'on peut adresser au réalisateur Greg Mottola, il y a celui d'essayer d'entacher ce patronyme, d'essayer seulement : personne ne pense à ce film en entendant le prénom, personne n'y pense tout court en fait. Il fait partie de ces films qu'on voit dans le train. C'est le portrait de deux gros geeks fanas de tout ce dont les geeks sont fans (Star Wars, Star Trek, X-Files, Roswell, Au-delà du réel, les ordinateurs et les t-shirts avec un smiley au milieu). Le film est donc bourré à craquer de références de geeks, principalement des références à la première trilogie Star Wars, à X-Files, à Battlestar Gallactica, à Scott Pilgrim, à Total Recall, à Alien, à Titanic ou à Shaun of the dead, le navet où l'on retrouvait justement les deux mêmes acteurs pégueux : Simon Pegg et Nick Frost. Cette dernière auto-référence est particulièrement géniale puisqu'elle passe par un gros plan sur un chien qui lève la tête au début du film, écho à la dispute des deux mêmes trépanés de Shaun of the dead qui débattaient de la capacité des canidés à regarder en l'air. Quand devant Paul on reconnaît ne serait-ce qu'un clin d’œil parmi ces milliers de références, on est content de soi une nano-seconde et puis aussitôt on a honte à en mourir, pas seulement parce qu'il s'agit souvent de références de merde mais parce qu'on se rend compte qu'on partage celles de Simon Pegg et de son acolyte.


Après Big Band Theory, la série pourrie sur le phénomène geek, voici Paul, le film définitif sur ces dégénérés mentaux.

Après avoir assisté au Comic-Con (cette grand-messe de geeks amateurs de mangas et de comic books, événement que tout le monde connaît parce que c'est là qu'on annonce la sortie de tous les gros films idiots sur des super-héros et compagnie, soit 96% des sorties américaines contemporaines), les deux héros du film décident de se payer un road trip vacancier bien mérité et de faire un pèlerinage sur les lieux mythiques des amateurs d'ufologie. C'est en plein milieu de la Zone 51 qu'ils font la connaissance de Paul, un extra-terrestre comme on se les imagine tous, doté d'une énorme tronche, d'yeux de poiscaille et d'une mini-teub. Paul est doublé dans la version originale par Seth Rogen et ça tombe plutôt bien puisque l'acteur correspond parfaitement à la description du petit alien. Dans la version française c'est Philippe Manœuvre qui s'y colle, la petite encyclopédie merdique du rock, l'homme qui connaît tout dans son domaine, mais auquel on ne fait pas pour autant confiance. Philippe Manœuvre est un peu comme Manu Katché, un autre juré de La Nouvelle Star : on pourra nous prouver et nous assurer qu'ils sont bons dans leur domaine, l'un dans l'édition de tous les dicos du rock, l'autre aux percus, on ne voudra jamais le vérifier. Quand on s'apprête à écouter un fameux disque de jazz, un bon Garbarek par exemple, et qu'on découvre que la batterie est assurée par Katché, on voit rouge et on n'appuie jamais sur "play". Pourtant le disque est sacrément bon et le bonhomme fait son taff, mais Manu Katché a participé, lui qui se trimballe la pire réputation de la Terre depuis sa série de caméos camés sur M6. Katché s'est dit qu'il avait un CV en or massif, qu'il était tranquille, qu'il avançait à couvert vu son passif et que par conséquent il pouvait aller se faire plaisir sur M6 face aux deux obus d'Efira, mais c'était ignorer que beaucoup de gens allaient le découvrir là, et s'il était légitime auprès d'un public averti composé exclusivement de fins connaisseurs du jazz, pour le reste du monde il serait désormais le gros connard assis à côté du pachyderme humain à l'accent bavarois nommé Marianne James. Pour revenir quand même au film de Pegg et Frost après ce qui restera comme la plus longue parenthèse du monde, Paul, le petit E.T., se trouve être un geek lui aussi vu qu'il partage les mêmes référents que les deux débiles humains qui le découvrent, et comme ses deux nouveaux meilleurs potes, il n'est absolument pas drôle.


A gros freak, freak et demi ! Le personnage et son doubleur partagent la particularité de posséder un énorme melon posé sur un corps rachitique hideux. Lequel est un alien ?

Retour sur la genèse de ce petit chef-d’œuvre. Simon Pegg a eu l'idée d'un film dans le désert avec un alien sur le tournage de Shaun of the dead. Il déclare alors : "Voilà notre prochain film : un road-movie avec un extraterrestre." Et cette phrase a suffisamment marqué l'entourage du comédien pour avoir été gravée dans le marbre au point qu'on peut tomber dessus assez facilement aujourd'hui en traînant peinard sur wikipédia, lors d'une session wiki sans arrière-pensée, à des millions de kilomètres d'imaginer pouvoir lire une saloperie pareille. Simon Pegg et son pote Nick Frost ont alors parcouru tout l'ouest américain en camping-car à la recherche de "matière" (sic) pour écrire le film : "Puis on s'est assis l'un en face de l'autre et on s'y est mis, une ligne après l'autre." Voilà comment les deux petits enfants prodiges d'Hollywood ont créé l’œuvre dont il est question ici, qui est signée Greg Motorola mais qui est le pur bébé de Simon Pegg et Nick Frost. On a parlé de Simon Pegg, principalement en utilisant l'adjectif "pégueux", qui suffit à donner une bonne idée du personnage, mais on n'a encore rien dit de Nick Frost. Que dire ?... Pour vous donner une idée Nick Frost c'est le petit marrant qui fait passer Simon Pegg pour un boloss en soirée. C'est le type qui s'est fait une raison très tôt, plus tôt que beaucoup d'autres, et c'est ce qui lui a permis de passer pour cool et d'ainsi bâtir ce qui reste une belle filmo, dont Paul est un chaînon important. Aux yeux de beaucoup de gens, Frost, comme Pegg, a réussi sa vie et sa carrière vu qu'il a amassé plusieurs millions de dollars, disons beaucoup d'argent, assurant la survie de sa famille sur plusieurs générations et glanant le petit plus qui permet de vivre à l'aise, avec grosses bagnoles et compagnie. Nous ne partageons pas cette conception des choses et comme dirait Bertrand Cantat, que nous citerons à défaut d'imiter son choix de vie : "On fait ptet partie de la même planète, mais pas du même monde".


Paul de Greg Mottola avec Simon Pegg, Nick Frost, Kristen Wiig et Jason Bateman (2011)

12 août 2012

Detachment

Quand, à la fin de l'année, viendra l'heure des bilans et qu'il me faudra choisir parmi les pires films vus en 2012, j'hésiterai longuement, comme toujours. J'hésiterai en me demandant quel est le film dont il faut à nouveau rappeler toute la nullité et quel est le réalisateur qui mérite le plus qu'on lui tape encore dessus. Je penserai d'abord à des petits pets dans la brume comme After.Life ou L'Amour dure trois ans, mais, bien conscient que ces choix très consensuels ne choqueraient personne, je renoncerai assez vite à les citer, regrettant tout de même de ne pas saisir l'occasion de dire encore une fois tout le mal que je pense du dénommé Frédéric Beigbeder et de toute sa petite bande. Je songerai ensuite à Un Heureux évènement, puis je serai dégouté de voir qu'il est sorti fin 2011. A la recherche du vrai film de merde ultime, ma pensée s'orientera alors vers ceux que j'aurai jugés les plus dignes de tout mon mépris. Je penserai donc aux plus détestables, aux plus dangereux, aux plus affreux longs métrages subis durant l'année civile. Et là, à coup sûr, le très douloureux souvenir de Detachment m'apparaîtra comme une évidence, de la même façon que Polisse s'était imposé à moi comme la pire saloperie sortie sur grand écran au cours de l'an de grâce 2011. Mais vous verrez, ces deux films partagent plus d'un point commun...



Réalisateur de clips musicaux, de publicités et de documentaires, Tony Kaye a cru juger bon de mêler tous ces styles dans un même film. Le résultat est une bouillie des plus infâmes que l'on regarde béatement comme fasciné par tant de laideur et de bêtise. Detachment, c'est 100 minutes tout rond, pas une de plus ni une de moins, de viol oculaire et de harcèlement cérébral. Mes mots sont brutaux, certes, mais le film l'est bien plus, croyez-moi. Tony Kaye ne nous lâche pas une seconde. Dès le générique d'ouverture, dont vous trouverez des copies un peu plus soignées sur Deviantart ou Viméo, le réalisateur nous prend dans son étau pour ne nous en libérer qu'à l'apparition tant espérée de l'écran noir final. Avant cela, Kaye consacre son temps à nous essorer, à nous presser, comme si son objectif numéro un était de nous vider de tous nos espoirs et de toute notre foi en l'être humain. Après avoir vu son film, on se dit qu'il n'y a rien à faire, que tout est perdu. Le récit dégueulasse qu'il nous offre de l'expérience de Henry Barthes (Adrien Brody), ce prof remplaçant assigné pendant trois semaines dans un lycée difficile de la banlieue new-yorkaise, agit comme un coup de massue fatal, directement porté à notre envie de vivre et à nos convictions humanistes. Je ne déteste rien de plus que ces films qui veulent dresser le portrait alarmant d'un système, d'un milieu, d'une société, sans offrir la moindre espérance, comme s'il s'agissait d'un état de fait irrévocable, et en utilisant les plus infâmes et tristement efficaces procédés, ceux-là même qui coulent notre monde et anéantissent toute envie d'agir. Un bon coup dans la fourmilière, ça a parfois du bon, mais y aller au bazooka, c'est pas super malin. Il faut penser aux dommages collatéraux. Faut-il être un dangereux malade pour consacrer au moins six mois de sa vie à la conception d'un film qui s'échine à vouloir nous dire que rien ne va plus. N'y a-t-il pas eu une seule journée de tournage où Tony Kaye s'est levé du bon pied, avec la banane et l'envie de nous offrir une petite éclaircie au milieu du nuage cafardeux et pollué d'idées noires qu'est son film ignoble ? Il faut croire que non... En ce qui me concerne, il y a bien des matins où je ne suis pas d'humeur, mais cela ne dure pas, et un petit mug de Benco me remet bien vite d'aplomb, sur les rails, dans le sens de la marche. Aux gens qui se sentent si mal dans leur peau et dans leur monde, on devrait interdire d'infliger aux autres et d'une façon si sournoise un aperçu morbide de leur dépression totale, sans rémission possible.



Revenons à présent au rapprochement annoncé. Tony Kaye partage avec Maïwenn un même manque de pudeur et de subtilité. Que dis-je, ils ont comme particularité commune une extrême vulgarité, une lourdeur à toute épreuve et sans égale. Ce sont deux marteau-piqueurs humains, prêts à vous enfoncer n'importe quoi dans le crâne. Si j'étais le dictateur fasciste d'un pays mis à ma botte et qu'il me fallait choisir deux réalisateurs afin de mettre en image des clips de propagande efficaces pour embrigader les esprits, je choisirais sans hésitation cette paire diabolique, ces jumeaux d'épouvante que sont Maïwenn et Tony. Ils feraient un travail excellent, probant, j'en suis persuadé ! Si leurs deux films s'affrontaient aux jeux olympiques de la connerie, j'aurais bien dû mal à décerner la médaille d'or et le combat ferait rage jusqu'à la dernière seconde. Mais comme je suis un peu chauvin, je finirais forcément par l'attribuer à Polisse. Cocorico ! La française Maïwenn devance tout de même assez largement l'américain Tony Kaye en termes de vulgarité, de racolage et de bassesse. Mais qu'elle se méfie, l'autre doit prendre des produits dopants et apprendre auprès des plus grands, car sans bruit, dans son coin, il a produit une performance assez étonnante qui aurait d'ailleurs mérité une couverture médiatique au moins comparable à celle qui fut en son temps réservée à l'exploit de Maïwenn. Quoique, American History X promettait déjà de belles choses... Mais lâchons les JO et revenons à ces deux films. Dans les deux cas, on louche très fort vers le documentaire, le témoignage filmé, on s'amuse des frontières entre fiction et réalité, on en fait fi et l'on joue dangereusement avec, pour mieux captiver le spectateur, forcément tétanisé face à un tel spectacle ne proposant aucune mise à distance et toujours mené à un rythme tel qu'il ne permet même pas de reprendre son souffle entre deux scènes chocs où les larmes, les cris, les coups, bref, la violence, éclate à l'écran sans retenue. J'avais l'estomac retourné devant ces films, mais les yeux rivés sur mon écran, comme ensorcelé par un gourou employant les plus abjectes techniques d'hypnose. Dans Detachment, Adrien Brody apparaît régulièrement filmé en gros plan, éclairé comme le sont les intervenants dans ces émissions télévisées racoleuses telles que Faites entrer l'accusé, lors de brefs intermèdes où il se livre, seul face à la caméra. L'acteur, à son meilleur, témoigne alors de son expérience dans ce maudit lycée où il a assuré le remplacement d'un prof de littérature. Il fait toujours preuve d'un petit humour décalé, détaché, désespéré, tournant en dérision la situation qu'il a vécue, comme pour mieux la supporter à nouveau quand il nous en reparle. Ces petits apartés calamiteux enrobent le film de la plus abominable manière. A ce niveau-là, ce n'est même pas une faute de goût, puisque le film n'est que ça, c'est une véritable agression de l'ensemble de nos sens et de notre intellect par un homme irresponsable, à tenir éloigné des plateaux à tout jamais, j'ai nommé Tony Kaye.



Plus évident encore, Polisse et Detachment sont tristement à rapprocher pour leurs sujets ultra faciles et leur penchant à utiliser le malheur des plus jeunes, ici les adolescents en crise, comme un prétexte non pas, cette fois-ci, pour se grandir et s'auto-congratuler, bien que cela soit aussi parfois le cas, mais avant tout pour se morfondre et se complaire dans un pessimisme total, sans échappatoire possible, si écrasant qu'il perd toute espèce de crédibilité. En outre, les films de Tony et Maïwenn sont tous deux remplis de maladresses terribles qui les font atteindre des sommets de ridicule, lors de scènes grandiloquentes qui se croient pourtant tout à fait géniales et extrêmement émouvantes. Deux suicides abjects viennent clore ainsi chacun des films et en sont les meilleures illustrations. Ils sont censés serrer les gorges des spectateurs, leur rabattre le clapet et leur nouer l'intestin une bonne fois pour toutes, comme si tout ce qui précédait n'avait pas suffi. Seul un éclat de rire pourra alors sortir de la bouche des plus détachés, des plus imperméables à tant d'horreur et d'ignominie. Pour ma part, c'est un gros soupir d'exaspération qui s'est emparé de moi lors de la conclusion risible de ce climax lamentable, où une lycéenne obèse, reine de la mise en scène, s'empoisonne devant tout le monde lors du goûter de fin d'année en ingurgitant un muffin décoré d'un smiley tristounet (je n'invente rien !). Des moments qui se veulent un peu légers ponctuent également les deux films. Vous vous rappelez que la musique de L'Île aux enfants ouvrait le film de Maïwenn. Au même moment, nous avons ici droit à un générique animé tout à fait insupportable, entrant en décalage avec le ton globalement ultra plombant et austère du film. Ce n'est pas tout, un petit interlude grotesque nous montre aussi la vie rêvée d'un personnage détestable (mais que nous ne détestons pas moins que son créateur !) de professeur haï de tous : des petits vignettes colorées nous le montrent rentrer chez lui triomphant et se faire cajoler par sa femme, pleine d'amour. Là encore, on fait dans la légèreté, l'ironie habile. On est simplement atterré de voir ça. Maïwenn ne faisait pas preuve de beaucoup plus de finesse lorsqu'elle tentait de décontracter faussement l'atmosphère en tournoyant un quart d'heure autour de Joey Starr sur le dancefloor ou en faisant se trémousser les enfants d'une communauté Rom sur un air techno.



Aussi, les deux films sont autant de prétextes pour quelques performances d'acteurs de haut vol. Nous avons évidemment droit à une scène où Adrien Brody parvient avec brio à captiver toute sa classe, pourtant constituée d'éléments très difficiles qui, lors du premier cours, n'hésitèrent pas à insulter sa maman en le regardant droit dans les yeux, se tenant debout face à lui, à quelques centimètres - plein de courage et de sang froid, l'acteur trouvait alors l'occasion d'étaler toute sa répartie. Adrien Brody donne un cours réellement passionnant sur La Chute de la Maison Usher, il réussit à intéresser tous les élèves, sans exception, à la nouvelle de Poe, en débitant les pires évidences avec le talent et l'aisance du plus efficace orateur. Tout le CV de Brody semble apparaître alors à l'écran. Les cours de théâtre qu'il suit assidument depuis le début de son adolescence sont d'un seul coup justifiés et mis en application face à nous. Le corps de l'acteur prend l'apparence d'une brochure pour l'Actor's Studio qui se déplierait maladroitement sous nos yeux, dans un bruit assourdissant de papier froissé. L'Oscar n'est pas loin. Une petite nomination aurait été la moindre des choses si le film avait eu la chic idée de sortir pendant les fêtes de Noël, seule période où s'effectue la sélection pour cette grande compétition ridicule dont on a voulu nous faire avaler l'immense prestige l'an passé, quand The Artist était sur le point de tout rafler. Il s'agit donc là d'une scène conçue pour placer l'acteur sur un piédestal, sans doute un vrai régal pour un comédien, à l'image des interludes-témoignages. Rappelons que le film de Maïwenn est également rempli de scènes d'engueulades ou de mises à nu qui doivent représenter du pain béni pour des comédiens dont on n'oublie jamais de saluer les performances. Adrien Brody, tout comme Marina Foïs et Karin Viard, a eu droit aux plus beaux compliments. Moi, devant ça, j'ai simplement envie de supplier Brody de retourner s'amuser dans des séries b minables où il peut faire le mariole en affrontant des Predators à mains nues et empocher le pactole.



Adrien Brody n'est évidemment pas le seul à profiter de toutes ces belles opportunités. Lucy Liu, James Caan, Christina Hendricks et Marcy Gay Harden nous proposent chacun leur tour leurs petits numéros, comme des petits animaux de foire bien élevés, polis, rêvant déjà de leurs récompenses : un bon mot, un sucre ou une tape sur le flanc. A ce petit jeu pitoyable, il faut bien reconnaître que l'ancêtre James Caan s'en tire à merveille, il nous offre la scène la plus caustique du film lorsqu'il implore une lycéenne très légèrement vêtue de bien vouloir enfiler au moins un soutien-gorge. Bien sûr, on n'en voudra pas à l'acteur, lui qui nous a tant séduit à l'époque où il avait encore tous ses neurones pour choisir ses rôles. Lucy Liu est facilement la plus exaspérante, on ne croit à aucun de ses mots, bien que Marcy Gay Harden ne soit pas loin. A la différence de sa collègue aux yeux d'orientale, Marcy Gay Harden a le défaut de ne pas surprendre une seule seconde dans ce rôle de femme à bout de nerfs qu'elle a déjà endossé une demi-centaine de fois. Quant à la débutante Christina Hendricks, j'avoue qu'elle m'a d'abord assez agréablement surpris, se montrant notamment plus charmante que je ne l'avais jamais vue, elle qui est d'ordinaire si vulgaire (une vulgarité crasse dont Nicolas Winding Refn s'était d'ailleurs ouvertement moqué). Mais lors du dernier tiers du film, son personnage se met à agir de façon totalement invraisemblable et l'actrice paraît alors bien incapable de donner un peu de crédibilité aux situations lamentables dans lesquelles la pousse son réalisateur et scénariste. A sa décharge, je pense que strictement personne n'aurait pu y parvenir.



Je finirai cette critique en vous offrant un petit aperçu de ce que nous propose ce film. Assez tôt, Adrien Brody prend pitié pour une jeune prostituée, largement mineure, qu'il croise régulièrement sur le trajet qui le mène à son appartement. Après l'avoir secouée en la traitant de tous les noms, sans succès, il finit par sympathiser avec elle et lui permet même de vivre quelques temps sous son toit. La jeune fille a l'entre-jambe constellée de cicatrices plus ou moins fraîches, des blessures bien moches. A-t-elle déjà été violée au couteau par quelque détraqué ? C'est ce que l'on peut aisément s'imaginer à la vue des gros plans inqualifiables de Tony Kaye. Le premier jour passé à l'appartement de Brody suite à son aimable invitation, la jeune catin le consacre très intelligemment à recevoir des clients. On la devine en train de tailler des pipes sur le canapé de Brody, pour se faire un peu d'argent. Naturellement, Brody n'est pas vraiment jouasse quand il rentre du boulot et la découvre à quatre pattes dans son salon. Vous imaginez un peu la scène ? Detachment n'est qu'une succession de scènes désarmantes de ce genre-là. Et je préfère ne pas vous parler de toutes celles où Brody, dont la vie n'est décidément pas rose, se rend à l'hôpital, au chevet de son père gravement malade, en phase terminale d'un cancer, dans un état de décrépitude psychologique tel qu'il lui fait affirmer des choses très blessantes au sujet de feu son épouse, la mère de Brody, disparue alors qu'il n'était qu'enfant dans d'affreuses circonstances (alcoolique, elle s'est suicidée, et nous revoyons ce moment en Super 8, peut-être pour qu'il soit plus joli, que sais-je...).



Tony Kaye, je ne t'apprécie pas, et je n'ai pas beaucoup aimé ton film, mais j'espère sincèrement que tu es plus gâté au quotidien que ne le laisse supposer ton odieux rejeton. Si j'avais quelques euros à jeter par la fenêtre, j'adorerais t'offrir une smartbox pour te donner la possibilité de passer un beau séjour dans une contrée paisible, éloignée de ta morne vie new-yorkaise, à la seule condition que tu n'emportes pas de caméra dans tes bagages. Cela te ferait certainement du bien.


Detachment de Tony Kaye avec Adrien Brody, Lucy Liu, Christina Hendricks, James Caan et Marcy Gay Harden (2012)

10 août 2012

Les Amours imaginaires

A la quarantième minute j'ai arrêté de souffrir inutilement en éteignant mon lecteur dvd sans prendre soin de d'abord appuyer sur "stop", quitte à flinguer ma machine. Ce film raconte l'histoire d'un jeune québécois gay de 12 ans (Xavier Dolan lui-même) qui se dispute avec son tromblon de sœur pour savoir qui aura le privilège inouï de se faire tirer par un grand blond avec une chaussure noire. Quasiment tout le film consiste en de longs ralentis disgracieux et sur-colorés sur tous ces gens narcissiques dotés de tronches de cake de première et généreux en attitudes poseuses irritantes. Ces ralentis de dix minutes minimum qui interviennent environ toutes les douze secondes sont recouverts par de tout aussi longs morceaux de musique chiante et bruyante à se foutre par la fenêtre. Impossible dès lors pour moi de m'intéresser à ces personnages ou à ce que me raconte le réalisateur du haut de son indécrottable fatuité sur les difficultés de l'amour.



En plus je ne comprends pas une phrase sur deux (et encore) avec cet accent et ce vocabulaire québécois from outer space. Pour ne pas finir sur une note trop triste je dirais que ce film, d'une si grande pénibilité qu'il devrait donner droit à une retraite anticipée, a un intérêt et un seul : il donne envie de voir le très acclamé Laurence Anyways avec Melvil Poupaud pour oublier les invivables Amours Imaginaires du jeune Xavier Dolan. Quoique ! C'est aussi le film-vaccin à ne surtout pas voir si on a prévu de s'envoyer son dernier rejeton au ciné...


Les Amours imaginaires de Xavier Dolan avec Xavier Dolan (2010)

8 août 2012

Terri

Remarqué à Sundance, la grand messe du cinéma indépendant américain, Terri est le long métrage breakthrough du réalisateur new-yorkais Azazel Jacobs, dont les précédents films, plus expérimentaux, n'avaient pu atteindre qu'une audience très limitée. Nous y suivons le personnage éponyme, joué par Jacob Wisocki, un ado obèse et mal dans sa peau qui vit seul chez son oncle souffrant. Au collège, il est la tête de turc de ses camarades et il est ignoré par des professeurs incapables de le comprendre. Résigné, Terri vit en pyjus, reclus dans sa solitude et sa marginalité. Ses entrevues régulières avec le proviseur de son lycée, incarné par John C. Reilly, vont progressivement lui ouvrir les yeux et lui faire réaliser que tout n'est pas tristesse et désespoir en ce bas monde. Voilà pour le pitch de ce film qu'une seule chose m'a poussé à voir : la présence au casting de l'acteur John C. Reilly, que je sais capable d'élever tout un film par son incomparable présence. Pour le reste, je redoutais d'avoir affaire à un tout petit film indé ricain typique, et ça n'a évidemment pas loupé...



Faut-il alors regretter que John C. Reilly joue dans ce film ? Oui, évidemment, oui ; parce que cet acteur, si doué, perd son temps et gâche sa carrière dans des films indés insignifiants, que l'on connaît tous par cœur avant même de les avoir vus. Celui-ci n'est pas pire qu'un autre, mais on commence à trop bien connaître la recette aigre-douce de ces films anodins, typiquement faits pour briller à Sundance, comme l'était aussi le médiocre Cyrus, où notre vedette chérie traînait déjà son ombre, en meilleure compagnie, sauvant toujours une scène ici ou là. On a vu ça tellement de fois qu'on passe certaines longueurs, et il y en a beaucoup, en avance rapide, sans vergogne, et avec la certitude de ne strictement rien louper. Terri est donc un film tout à fait anecdotique, mais, dans le genre, il existe tellement pire et plus agaçant que l'on serait tenté de faire preuve d'indulgence. En ce qui me concerne, j'ai eu la mauvaise idée d'attendre une minute de trop avant de me lancer dans ces quelques lignes, je ne m'en souviens déjà plus assez pour vous en dire plus !


Revenons donc à John C. Reilly, qui mérite infiniment mieux que des films comme Terri. En outre, du fait de sa présence, on en vient à attendre et à espérer quelques éclats de rire, alors que ce film n'est pas drôle, ou si peu... Mais, comme dans le dernier Polanski, c'est tout de même à l'acteur que l'on doit les quelques rares bons moments de ce film, et notamment un monologue risqué, que n'importe quel autre comédien aurait pu rendre bidon et transformer en une leçon de morale à deux balles digne de la série La Fête à la maison, et qui devient, grâce au talent de l'acteur, assez poignant et presque beau. Je me souviens qu'il m'avait brièvement sorti de ma somnolence. A part ça, il y a bien sûr de brefs instants où l'acteur nous laisse furtivement entrevoir l'immense talent comique qu'il déploie habituellement aux côtés du génial Will Ferrell, pour aussitôt le refouler, le contenir, à notre plus grand désarroi. Non, vraiment, circulez, il n'y a pas grand chose à voir dans Terri. Et pour finir, sachez que dans la réalité, la bonnasse de la classe, la petite blonde au sourire craspec jouée par la dénommée Olivia Crocicchia, n'aurait même pas jeté un seul regard sur le gros Terri. En vrai, elle serait la première à le rabaisser et à le rappeler douloureusement à sa triste situation d'énorme freak du bahut. Dans le film, elle finit carrément par s'offrir à lui. Non mais sans blague... Ça, je m'en rappelle, ça m'avait choqué !


Terri d'Azazel Jacobs avec Jacob Wisocki, Olivia Corcicchia et John C. Reilly (2012)

6 août 2012

Jack et Julie

Tout le monde s'est plu à tomber à bras raccourcis sur ce film. Regardez l'affiche, regardez les deux têtes de Sandler sur le poster, pensez-vous vraiment qu'il prenne son ouvrage très au sérieux ? Pourtant la plupart des critiques l'ont traité avec un sérieux rédhibitoire. Pour les moins convaincus regardez la dernière scène du film, qui sonne comme un demi-aveu de Sandler, lequel sait très bien ce qu'est son film et s'en tape royalement. Dans la dernière séquence Al Pacino, qui joue son propre rôle avec une auto-dérision de chaque instant poussée à un stade encore jamais atteint dans l'histoire de l'humanité, regarde la pub que vient de lui faire tourner le personnage joué par Sandler, et dit à ce dernier avec un mouvement balancier de l'index et un regard ultra persuasif issu de son expérience acquise auprès de Coppola dans la série des Parrains qu'il ne faut pas la diffuser, qu'il faut même trouver les gens qui l'ont vue et leur parler. Cette scène annule toutes les critiques assassines que le film a reçues et fait de son auteur un être omniscient prévoyant les coups à l'avance à la façon de François Hollande au top de sa campagne présidentielle.



Quel spectacle nous est offert par Adam Sandler, double spectacle même puisqu'il joue deux rôles dans ce film, et notamment celui d'une grosse conne. Jack & Jill (transformé par les adaptateurs français en "Jack et Julie" alors que la logique de la françisation aurait appelé à un bon vieux "Jacques et Guilaine", un peu moins sexy certes mais logique et approuvé par l'Académie Française), Jack & Jill donc fait partie de ces rares films qui sont si bêtes, si tarés, si cons, d'une débilité tellement assumée et entière qu'ils en acquièrent une forme de génie qui a le don de nous scotcher sur place et de nous faire rire un bon moment. C'est un film de Dennis Dugan, le pivot droit des Spurs de San Antonio, et c'est un film bien rythmé puisque les scènes à la con s'enchaînent sans temps mort. Malgré sa taille handicapante Dugan assure l'essentiel. La plupart des plans sont tournés en plongée mais ça n'est pas gênant, et on ne se plaindra pas que Katie Holmes dévoile ainsi ses nipples rabougris mais costauds. De vrais moments de grâce sont captés par la caméra, comme cette partie de soccer improvisée en terrain mexicain durant laquelle Adam Sandler, dans son rôle de femme exubérante, fait des miracles, enchaîne les petits ponts dans une chorégraphie terrible digne des Zidane et autres John Terry. La joie du comédien et de son doubleur pieds est communicative, décuplée par trois par la mise en scène énergique et inventive du taulier Dennis Dugan. Adam Sandler se risque aussi à nous refaire l'éternelle scène de la chiasse frénétique et incontrôlable qui va presque jusqu'à défenestrer un autre personnage pris de cours par l'odeur infecte de ses flatulences. Qui ne rit pas devant cette scène merdeuse n'est pas humain et vient de confirmer la présence d'eau sur Mars.



Ce film a récolté tous les razzy awards du monde et pourtant Dieu sait que Pacino signe là son premier grand rôle since S1m0ne, et pour de vrai depuis Un Aprèm de clébard (1975 !). Il y a cette scène où son propre téléphone sonne en pleine représentation shakespearienne au théâtre et où il répond à Adam Sandler en demandant au public de la fermer pour entendre ce que l'autre lui dit. Et quand sa doublure se ramène près du rideau pour lui proposer de le remplacer il lui rétorque "Personne n'a envie de voir ta gueule". Mais c'est quand même Sandler qui mérite nos louanges et notre plus grand respect pour ce film nihiliste qui fait du bien par où ça passe et qui a eu l'immense mérite de nous faire marrer comme en 40.


Jack et Julie de Dennis Dugan avec Adam Sandler, Adam Sandler, Al Pacino et Katie Holmes (2012)