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16 octobre 2019

Amin

Trois ans après Fatima, son plus grand succès critique et public, auréolé d'un César du Meilleur film obtenu au nez et à la barbe de Jacques Audiard, Phil Faucon revient à la 3D : délicatesse, douceur et dignité. Trois adjectifs qui peuvent encore une fois caractériser son dernier film, une nouvelle histoire d'immigré où l'on suit cette fois-ci le bel Amin (Moustapha Mbengue), un homme d'une quarantaine d'années venu du Sénégal pour travailler en France sur les chantiers. Éloigné de sa femme et de ses trois enfants, qui grandissent bien loin de lui, Amin rentre au pays de temps en temps pour y rapporter une bonne partie de l'argent qu'il gagne. Au hasard d'un chantier, il fait un jour la rencontre d'une femme en plein divorce, incarnée par Emmanuelle Devos, dont il retape la terrasse avant de visiter l'intérieur.




Phil Faucon filme avec une très grande simplicité une galerie de personnages sur lesquels il porte un regard des plus humains et empathiques (seul l'ex-mari de Devos paraît sacrifié par le scénario, passant simplement pour l'empêcheur de tourner en rond). C'est un vrai plaisir de suivre un film social si juste et intelligent, à des années lumière du misérabilisme parfois de mise dans ce type de cinéma, et l'on se rapprocherait parfois plutôt d'une certaine naïveté. Un petit défaut que l'on pardonne volontiers à Phil Faucon. Le style épuré du cinéaste paraît être ici arrivé à un point de maturité, offrant quelques moments d'une surprenante sensualité lors des retrouvailles intimes ou des découvertes amoureuses et livrant même une parenthèse sénégalaise qui émerveille littéralement. Cette séquence au Sénégal constitue clairement la plus belle partie du film : au retour d'Amin en France, nous ressentons d'autant mieux le manque et le décalage que le personnage subi.




On passe donc un très agréable moment devant la dernière livraison de Phil Faucon, l'aigle-fin du cinéma français, qui aurait de nouveau mérité quelques récompenses. En périphérie de l'histoire du personnage éponyme, le réalisateur s'intéresse aussi à un autre immigré, un maghrébin ne souhaitant qu'une seule chose : rentrer au pays après sa retraite. Son destin tragique, un peu trop attendu, drape Amin d'un voile plus pessimiste et cruel. Le charme de ce film, encore une fois très concis, réside également dans son humilité. Peut-être est-ce là aussi une de ses limites... Loin de marquer au fer rouge la mémoire du spectateur, il lui laisse seulement un doux et modeste souvenir. L’œuvre de Faucon est sans doute supérieure à la somme de ses parties. 


Amin de Philippe Faucon avec Moustapha Mbengue et Emmanuelle Devos (2018)

8 octobre 2015

Des Saumons dans le désert

Après Le Cochon de Gaza, De l'eau pour les éléphants et Les Chèvres du Pentagone, voici Des Saumons dans le désert, qui s'ajoute à la liste de ces films qui par leur seul titre dégoûteraient même un cinéphile tel que Laurent Weil du cinéma de quartier. Que fait-on avec des saumons dans le désert ? Un gros casse-dalle peut-être mais pas un film. Les saumons dans le désert sont chose rare, dans la flotte un peu moins, et sur l'affiche on peut voir que McGregor n'est pas en reste pour les pêcher avec ses deux gros panards épilés de près, que des saumons auront tôt fait de prendre pour des congénères : c'est l'une des meilleures scènes de ce long métrage. Dès qu'il sent que ça mord à l'hameçon, McGregor, en digne héritier de Chris Waddle, fait un retourné acrobatique pour se ramener le poiscaille dans le gosier, à la Gollum (à la Cotillard, synonyme), avant de hurler : "Des saumons pour le dessert !" Afin d'un peu retirer le voile de désagréable mystère planant autour de ce titre, on va vous révéler l'origine d'un tel intitulé : 59ème minute du film, après s'être tourné autour pendant 58 minutes, Ewan McGregor et Emily Blunt finissent par se retrouver assis à la Daurade, les pieds dans l'eau, quand le bellâtre McGregor s'étonne de cette étrange destinée qui est la leur et lâche à sa future partenaire sexuelle : "On est un peu comme deux gros saumons dans le désert", à quoi la belle répond : "Pas faux". En effet, McGregor, incarne un Erasmus issu de la riche aristocratie, étudiant dans le désert, tandis qu'Emily Blunt joue une orpheline de père en fille, roturière de son état, qui gagne sa vie en cousant de beaux tapis persans et propose du thé vert aux passants dans le désert.


Du saumon dans le dessert...

Tout ça pour ça. Alors qu'on croirait à une référence littéraire haut perchée, c'est juste un dialogue de la clique Apatow, sorti par un personnage masculin en pantacourt. McGregor déballe cette ligne en se roulant un gros bédave assis en terrasse, sous la castagne et sans parasol. Zoom avant sur Emily Blunt, qui sur l'affiche est photoshopée au maximum, apparaissant presque en noir et blanc à force de retouches, d'anti-cernes et autre anti-yeux rouges. Voilà trois ou quatre ans qu'Emily Blunt gâche les films. Sur cette affiche (j'y reviens), elle est tellement retouchée qu'elle ressemble à un jellyfish humain sur lequel on viendrait de péter. En dehors de ce poster, l'actrice a son vrai petit charme, indéniablement, avec ce regard en biais, cet air ahuri et sa raie du cul au menton (ça peut être beau sur certains hommes aussi : Aaron Eckhart, Cary Grant ou Kirk Douglas, le roi du pot d'échappement au menton, du tout-à-l'égout perso). Et puis l'accent anglais à couper au couteau, l'accent cockney, pour être pointu, ça peut passer, même doublé d'une voix suraigüe de vieillarde qui te fera sursauter à chaque mot à coups de remarques chiantes, une voix faite pour pomper l'air en résumé, ce n'est plus possible, et notre réquisitoire se justifie d'un seul coup. Pure pendaison de crémaillère, crucifixion gratuite pour mini délit de sale tronche sur un poster, mais ce petit délit devient gigantesque sur une affiche comme celle de ce film, format A5.


Des Saumons dans le désert de Lasse Hallström avec Ewan McGregor et Emily Blunt (2011)

2 septembre 2014

La Vie domestique

A ceux qui, comme moi, s’étaient plaints de la noirceur étouffante de son précédent film, D’Amour et d’eau fraîche, Isabelle Czajka répond avec du râble et y met les bouchées doubles. On l'imagine nous resservant des plâtrées de bourdon et de cafard en chantonnant "C'est moi qui l'ai fait !" comme Valérie Lemercier présentant son plat à base d'étron. Et on aimerait lui répondre, avec l'accent chinois coupé à la hallebarde du doubleur de Demi-Lune dans Indiana Jones et le temple maudit : "C'est pas des gâteaux ça...". Après nous avoir miné avec la vie médiocre et angoissante au possible d’une Anaïs Demoustier en devenir dans son précédent film, elle nous peint ici, comme le titre l’indique assez bien, la vie domestique de quatre femmes au foyer en banlieue parisienne. Elles sont épouses, elles sont mères, elles habitent de beaux pavillons construits sur mesure, et elles se mortifient à cent sous de l’heure. Leur quotidien est une suite infaillible de tracas plus ou moins insignifiants qui, mis bout à bout et répétés à l'envi pour une durée indéterminée, leur empoisonnent l'existence. Et Isabelle Czajka est bien décidée à nous plonger jusqu’au cou dans ce quotidien morbide, sans offrir la moindre issue de secours ni à ses personnages ni à nous. On sait que ce qu’elle nous raconte existe, que c’est même le lot d’un très grand nombre de femmes, et nul doute que le film parlera directement à énormément de gens susceptibles de s'y reconnaître (parmi la trentaine de personnes qui le verront), mais encore faut-il apprécier, pour endurer le film sans faillir, qu'on se complaise dans la noirceur absolue sans laisser aucune place au reste.




La vie domestique se concentre sur une soirée et sur la journée entière du lendemain. Le personnage principal est campé par Emmanuelle Devos. Tout commence, ou recommence en réalité, quand elle et son mari sont invités à un dîner chez un immense connard d’entrepreneur en informatique, raciste et misogyne, que l’époux de Devos (Laurent Poitrenaux), proviseur dans un lycée difficile, courtise plus ou moins dans l’espoir qu’il lui refile de vieux ordinateurs pour son bahut, au point de tenir lui-même des propos douteux sur les femmes (et on sent qu'il ne faut pas grand chose pour qu'il se lâche). Le lendemain, Devos va s’occuper de tout, des enfants, du ménage, de la cuisine, pour préparer la venue, le soir même, de deux couples voisins, le tout en se démenant pour obtenir un entretien d’embauche malgré l’absence totale de soutien de son époux. Au final, elle ratera l’entretien et l’embauche, et n’aura gagné qu’un repas horrible, passé principalement à servir et débarrasser les plats, tandis que ces messieurs déblatèrent sur l’importance capitale et remarquable de leurs missions professionnelles, quand ils ne l’humilient pas au passage (son mari compris) par de petites phrases détestables.




A côté de ça, on a donc droit au portrait de trois autres femmes, à commencer par celles qui seront invitées le soir chez Devos. L’une, interprétée par Julie Ferrier, est une maniaque de première qui tient son intérieur comme une maison témoin, ou un modèle d'exposition Ikéa, faute d'occupation plus épanouissante, tout en se chargeant, évidemment, des gamins et du reste. Sa grand-mère est morte le matin même mais elle se surprend elle-même à plutôt chialer parce que le fils d’une amie a flingué son canapé de luxe. Ou plus vraisemblablement parce qu'elle vient de menacer de mort le bambin en découvrant l'attentat, dans un moment de bravoure qui n'est pas sans rappeler le François Cluzet à cran des Petits mouchoirs. L’autre, jouée par Natacha Régnier, enceinte jusqu’au cou de son troisième chiard, est délaissée par un mari toujours en déplacement et erre dans le bordel permanent de sa baraque. Sans oublier Helena Noguerra dans le rôle de la quatrième mère au foyer totalement esseulée et dépassée par les événements, événements qui ont principalement la forme d'un fils intenable qui ressemble comme deux gouttes d'eau au diable de Tasmanie. Quand elles ne se retrouvent pas dans les boutiques ou à l'entrée de l'école pour se désoler de leur quarantaine bien tassée, de leurs corps qu'elles jugent à l’abandon, de leurs maris sinistres ou de la tristesse de leur condition, c’est leurs propres mères, divorcées bien sûr, qui leur rendent visite pour leur remonter le moral, en leur expliquant que leurs pères étaient de vrais enculés, qu’elles ont gâché leur vie pour eux, qu’elles regrettent tout de leur existence, sans garder le moindre souvenir heureux, et que la vie est de toute façon une gigantesque chienne, avec des phrases du genre : « Toute ma vie je me suis fait chier à préparer l’étape d’après, puis en fait j’ai compris qu’il n’y avait pas d’autre étape, nardinamouk... »




Le tout, car ce n’est pas fini, sur fond d’enquête poisseuse, car la radio ne cesse d’alerter les citoyens quant à l’enlèvement d’une enfant de deux ans et demi. On apprendra finalement, je vous le révèle mais on s’en doute immédiatement, que l’enfant disparue n’a pas vraiment été enlevée mais a été étouffée par sa mère de 19 ans puis jetée dans le fond de la petite rivière enjambée quotidiennement par nos mères au foyer désespérées. Pire, la mère infanticide était une élève du personnage de Devos, qui donne une paire de séances d’initiation à la littérature à des jeunes filles des quartiers difficiles, dans un établissement où elle est régulièrement mise plus bas que terre par son supérieur. C’est cette jeune femme que Devos et son mari ont failli écraser en rentrant de leur repas atroce la vieille au soir, c’est elle aussi que Devos a croisée dans le parc, le matin suivant, à 9h du matin, torchée, une bière à la main, et qu’elle n’a pas su aider.




Le film se termine comme il a commencé, sur Devos, seule, dans sa cuisine, le soir, fumant une dernière cigarette après avoir refusé de bouger quand son connard de mari, qui l'a traitée d'emmerdeuse insatisfaite un certain nombre de fois durant toute la soirée, lui a lâché un répugnant « Viens ici ! », auquel ne manquait que le "Mirzah" final, assez nettement sous-entendu (la femme rabaissée au rang de clébard est un thème majeur du film : Julie Ferrier raconte aussi à son mari, sur le ton du "J'me comprends", qu’un voisin a une chienne qui s’appelle Betty, comme elle). Le film déploie sans relâche l’éventail de l'humiliation sexiste et de son corolaire, la dépression féminine (à chaque scène, une cause et son symptôme), et le catalogue va de l'envie de meurtre (tuer les enfants au bénéfice des canapés, mais pourquoi pas les maris, quand Ferrier, voyant sa voisine en train de creuser un trou dans le jardin pour enterrer le lapin de sa fille, demande dans un demi-sourire si elle a enfin tué son enfoiré d'époux), qui parcourt tout le film en filigrane, à de simples saillies d’horreur, comme cette mère, sur le parking de l’école, qui, sans raison connue, fait marche arrière à toute allure, manquant d’écraser quelques gosses, puis se tire en faisant un doigt d’honneur aux autres mamans présentes. Isabelle Czajka, dans un de ces films naturalistes investis d'une mission impérieuse, a voulu montrer l’enfer que vivent effectivement bon nombre de femmes au foyer, et c’est ce qu’elle a fait, on ne peut pas le lui enlever. Mission accomplie, sans se demander toutefois si un moment de joie, une simple ouverture, une seconde d'humour un quelconque espoir avaient leur place dans un film d’une heure et demi en apnée, dépourvu de toute échappée, qui plombe son spectateur au maximum et lui enfouit la tête sous un coussin de vérités jusqu’à ce que mort s’ensuive. Que la réalisatrice ressente le besoin de déployer la panoplie des horreurs que peuvent subir les femmes au quotidien, cela se comprend entièrement, et on a tant besoin qu'on ouvre les yeux sur la domination et le mépris qu'une grande majorité d'hommes imposent à leurs compagnes, mais que le film se limite absolument à un état des lieux en tout point déprimant, ce dont il a le droit, un droit qui se défend, lui porte finalement préjudice. L'absence totale de contrepoint dessert peut-être le propos d'Isabelle Czajka en faisant de la situation dépeinte par La vie domestique une impasse inévitable et immuable. (On peut douter du reste qu'un film sur la dépression masculine dépeignant tous ses personnages féminins sans exception comme de fieffées salopes trouve chez Isabelle Czajka une fervente admiratrice, et on la comprendrait).




Quand on voit ce film, on ne peut s'empêcher de penser à son contraire, le récent Bird People de Pascale Ferran, qui fait l'effort d'élargir ses vues à chaque instant au lieu de s'enferrer dans le lit trop confortable d'une démonstration exhaustive et exténuante, qui ne se sert pas seulement du cinéma mais le sert aussi, et qui a le mérite de chercher des solutions là où La vie domestique ne montre que des problèmes, qui certes doivent être montrés. Jean-Luc Godard, dont les rapports aux femmes, sur le strict plan cinématographique (le reste ne nous intéressant pas ici), seraient par ailleurs à critiquer, a dit cette chose fort juste, dans un séminaire donné en 1978 au Conservatoire d'Art Cinématographique de Montréal et intitulé Introduction à une véritable histoire du cinéma : « Ça sera aux femmes à faire des films sur les solutions des femmes, pas sur les problèmes des femmes car les problèmes des femmes… il n’y a que les hommes qui en causent. Les femmes, elles, n’ont aucun problème ; il n’y a que les hommes qui leur font des problèmes. Alors il serait temps bien sûr que les femmes fassent des films, ou d’autres choses… sur les solutions qu’elles vont apporter ou qu’elles voudraient apporter sur les problèmes que leur causent les hommes. » Passons sur son "il serait temps", qui oublie que si les femmes ne l'ont pas tant fait à son époque c'était aussi à cause des hommes. Mais vu qu'Isabelle Czajka semble rejoindre Godard sur l'origine des problème des femmes, on attend de son prochain film qu'il nous propose des solutions aux problèmes dont ce film-ci nous aura soumis soumettre un fastidieux exposé.


La Vie domestique d'Isabelle Czajka avec Emmanuelle Devos, Julie Ferrier, Natacha Régnier, Helena Noguerra et Laurent Poitrenaux (2013)

20 septembre 2013

Jimmy P. (Psychothérapie d'un Indien des Plaines)

On sentait, avec le néanmoins brillant Conte de Noël, que le cinéma d'Arnaud Desplechin arrivait à une forme de saturation, de ressassement, qui se traduisait entre autres par une certaine surenchère dans le portrait de l'habituelle famille ultra-conflictuelle et par un soupçon de distance à l'égard d'une galerie de personnages plus gratinés que de coutume et, dans l'ensemble, assez peu aimables. Il fallait sans doute du renouveau. C'est chose faite avec ce film tourné aux États-Unis et en langue anglaise, sans - et c'est une première - la participation d'Emmanuelle Devos. Desplechin ne rompt pas pour autant avec tout ce qui fait son cinéma. On retrouve d'abord Mathieu Amalric au casting, dans le rôle pas si étonnant d'un chercheur en sciences humaines excentrique, génial mais déclassé. Le script a par ailleurs directement à voir avec la psychanalyse - sujet récurrent pour ne pas dire central dans l’œuvre de Desplechin - puisque Jimmy P. souffre de maux de crâne foudroyants et de cécité ponctuelle alors qu'il ne présente aucun dérèglement physiologique ou cérébral, d'où le recours à un psycho-anthropologue, le docteur Devereux, pour mettre un terme sur son mal, "trauma psychique", et tenter de l'aider. Sur cette base se greffent une série de liens que l'on peut tisser entre le scénario de ce film et les précédents : le corps meurtri et le psycho-somatisme, la chirurgie, la sexualité destructrice ou réparatrice, les névroses familiales, l'individu en quête d'une place dans la société, la trace des origines, le rapport difficile à la mère, l'amitié, l'adoption, etc. Autant de thèmes chers au cinéaste, accompagnés de motifs tout aussi ancrés dans son cinéma, de la scène où Benicio del Toro se rêve englué dans le sol, écho aux chutes vertigineuses d'Amalric dans Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle) ou Un Conte de Noël, à la lettre lue par Gina McKee face caméra, devant un mur et centrée dans l'image, comme Emmanuelle Devos dans Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle) ou Maurice Garrel dans Rois et reine.




Malgré tout, la rupture est franche, et passe peut-être avant tout par un récit beaucoup plus simple, plus calme, plus centré, moins éclaté, moins foisonnant, moins dense que dans les films précédents de Desplechin. C'est peut-être le défaut de Jimmy P.. A la richesse des scénarios précédents se substitue la banale psychothérapie d'un Indien des plaines, comme le sous-titre du film l'indique, et il faut reconnaître que Desplechin annonce la couleur. Le film s'en tient pratiquement à ce programme. Chaque scène marque une étape vers plus de confessions et de compréhension. Petit à petit Jimmy libère sa parole, raconte ses rêves, puis ses souvenirs, et le docteur Devereux décrypte ses récits ou met le doigt sur les éléments clés qui aident son patient à se comprendre, à s'accepter et, in fine, à s'aimer, pour que d'autres le lui rendent. Le problème, commun me semble-t-il à beaucoup de films sur la psychanalyse, c'est que les troubles psychiques de notre indien Blackfoot, ancien soldat blessé à la tête en France à la fin de la seconde guerre mondiale, n'ont rien de bien fascinant. Certes le bonhomme trimballe son lot bien garni de scènes traumatiques (toutes liées à la culpabilité, à la mort, au sexe et à la mère), mais ce que le docteur Devereux en tire, en gros un complexe d’œdipe muté en peur de faire souffrir les femmes et de souffrir par leur faute, n'a, a priori, rien de bien extraordinaire. Probablement qu'en 1954 de telles conclusions sont novatrices et courageuses (je parle en non-initié), mais en 2013, sur la base des paroles du patient, elles viendraient à l'esprit du premier quidam venu ou presque. Aussi ne sommes-nous pas à proprement parler effarés lorsque Devereux interprète un rêve de Jimmy, où un animal abattu à la chasse se transforme soudain en petite fille, en parlant de culpabilité et de paternité mêlées (je vulgarise un peu). Difficile par conséquent de se passionner pour toutes ces scènes de dialogue qui ne présentent qu'un mince intérêt dramatique, mise de côté la possible admiration du jeu des acteurs, assez efficaces malgré des accents un rien pesants.




On attendrait donc, pour soulever tout ça, pour dépasser ce scénario relativement plat (adapté du bouquin de Devereux, Psychothérapie d'un Indien des Plaines : Réalité et rêve) que Desplechin sublime son propos par la mise en scène, comme on lui en sait l'habitude. Et c'est là que le film déçoit véritablement. Car non seulement le récit est plus étroit, moins vivant, moins surprenant et moins enthousiasmant qu'à l'accoutumée, mais on peut en dire autant de la mise en scène, du montage et du reste. J'évoquais la scène onirique où Del Toro est prisonnier du sol, pétrifié, et la comparais aux chutes phénoménales d'Amalric dans les escaliers d'une fac et sur le bitume d'une route, mais tout est là : à des chutes inattendues, violentes, où le corps rappelle son existence à l'esprit tandis que la pesanteur donne la mesure de son incarnation, chutes toujours conclues par le redressement improbable du personnage, indemne, fantôme invisible promu à une forme de renaissance providentielle, et toujours désamorcées par sa remise en activité comique, s'oppose ici un corps immobile, bloqué, sans réelle marge de progrès dans l'espace, métaphore, si l'on veut, d'un film tenu, empêché. Au début de Jimmy P., une musique très surlignée et omniprésente recouvre les plans (y compris un beau plan de dos sur Del Toro qui se dirige vers son bétail et manie des outils, plan qui vient comme une promesse, celle d'un corps américain filmé dans toute sa prestance, que le film ne tiendra pas). Fort heureusement, elle se tait, ou se fait plus discrète, avec l'arrivée de Mathieu Amalric. Mais le mal est fait. En ce sens que la bande originale d'Howard Shore semble annoncer, par son aspect très hollywoodien, très sage et très commun, un film de facture plutôt classique (serait-ce la volonté profonde Desplechin, qui place un clin d’œil au Young Mr. Lincoln de Ford ?). Et il faut bien dire que l'on cherche encore les précieuses fulgurances formelles du cinéaste. Hormis quelques scènes de rêve, avec le fameux plan sur Jimmy Picard qui se bat contre un cowboy sans visage puis s'enfonce dans le sol, ou cet autre plan, digne du Rêves de Kurosawa, où il est perdu au milieu d'un champ de fleurs multicolores et regarde au loin la main tendue au-dessus des yeux, belles scènes qui peinent à marquer la mémoire tant elles sont rares et fugaces, et malgré la maîtrise au beau fixe des cadrages et du montage dont sait faire preuve le cinéaste, on s'enlise dans les plates conversations du sympathique duo formé par Del Toro et Amalric, et on finit même par s'ennuyer devant leur parcours somme toute sans force, sans éclat. Certes, le film ne cherche manifestement pas l'éclat, comme achève d'en attester la conclusion, toute en sobriété, et non dépourvue d'émotion, mais reste tout de même qu'on ressort de la chose sans trop y penser, et c'est peut-être bien la première fois qu'on quitte la projection d'un film d'Arnaud Desplechin avec le sentiment de n'avoir pratiquement rien vu.


Jimmy P. (Psychothérapie d'un Indien des Plaines) d'Arnaud Desplechin avec Benicio del Toro, Mathieu Amalric, Gina McKee, Larry Pine et Joseph Cross (2013)

19 juin 2011

L'Agence

Il existerait donc des types, tout de costards gris vêtus et couverts d’un indispensable stetson, qui, obéissant avec diligence à une force omnisciente et bienveillante (Dieu ?), veilleraient sur l’Humanité pour éviter que celle-ci ne fasse de trop grosses conneries. Ces « agents » interviendraient par de petits gestes tout bêtes (les « ajustements » du titre original) pour qu’aucun malheur irréversible ne survienne et pour remettre les gens dans le droit chemin qu'ils leur ont concocté. Une clé oubliée ? Un portable égaré ? Un lacet défait ? Un chat passé par la fenêtre ? Un jean taché ? Une chaussette trouée ? Une tasse à café renversée ? Les agents farceurs du bureau d’ajustement sont derrière tout ça ! Et c’est par ces petits gestes apparemment anodins, mais qui font le piquant de nos existences, que ces agents interviennent en toute discrétion pour nous rendre la vie meilleure. Dormez tranquille. On est très loin du thriller parano que l’affiche laissait présager. On nage ici en plein bonheur. Matt Damon a beau courir dans tous les sens et suer comme un bœuf, il devrait rester tranquille, tout finit par s’arranger. Qui sait, ce sont peut-être ces agents ajusteurs qui ont mis dans les pattes de DSK une femme de chambre irrésistible et adepte des libations oro-péniennes ? L'Agence pose plus de questions qu’il ne donne de réponse. C’est à cela que l’on reconnaît les grands films (je plaisante). Une chose est sûre : l’Holocauste, les deux guerres mondiales, le sale état de la couche d'ozone, le Moyen-Âge, et j'en passe : tous ces évènements pas spécialement glorieux qui ont marqué l’Histoire correspondent tout simplement à des périodes où ces personnes si bien intentionnées avaient laissé l’humanité agir à sa guise. Par contre, la Renaissance, les Lumières, Rome (sic), tous ces trucs plutôt positifs, c'est eux, c'est signé ! C’est dit dans le film, mot pour mot. Croyez-moi. Matez la scène. C’est l’un des meilleurs passages, avec celui où l'on explique à Matt Damon comment s'y prendre pour ouvrir une porte et pour que celle-ci offre un raccourci magique vers l'endroit que l'on souhaite (d’où le stetson, car c'est lui qui permet d'avoir ce super-pouvoir !).


Ces gens nous veulent du bien. Le film se joue ainsi des codes habituels du thriller parano. Tu parles !

Bon, allez, faisons preuve de bonne volonté. Fermons les yeux un instant et admettons à coeur ouvert cette histoire de SF de derrière les fagots. Soyons fous ! Hélas, ce film est un tel tas d'inepties que même avec la meilleure volonté du monde, il est impossible de ne pas être terrassé. Parce qu'il faudrait être drôlement doué pour tirer un bon film d’une histoire pareille, ce que George Nolfi n’est évidemment pas. Pas même une seconde. Selon moi, il faudrait surtout se limiter à l’essentiel pour que tout ça ait une petite chance de fonctionner. Il vaudrait mieux en dévoiler le moins possible sur un scénar qui apparaîtra de toute façon bidon quand on en dévoile trop. Il faudrait peut-être simplement garder cette idée plutôt rigolote de ces personnages condamnés à « ajuster » la vie des gens par ces petit gestes anodins mais qui changent tout, et faire un film quasi conceptuel, avec une vraie économie de moyens, mais une ambition au beau fixe. Malheureusement ici, on a bien entendu droit à tout l’inverse. Le film débute de telle façon et sur un rythme si soutenu que je pensais avoir téléchargé la bande-annonce ou un spot de campagne électorale. J’aurais dû sentir l’anguille en matant le nom du réalisateur derrière tout ça : George Nolfi. Si ça c’est pas un pseudo… Le type aurait dû aller au bout de son idée et signer sous le nom "Nolife". Le couple d'acteurs vedette se démène, mais c'est plus pathétique qu'autre chose. Emily Blunt, un genre d’Emmanuelle Devos mainstream, fait tout pour mettre le spectateur dans sa poche en arborant des jupes ras-la-teuch et des décolbards indécents. Mais ça ne prend pas, rien n'y fait. Notre attention reste fixée sur le menton en galoche et le regard infiniment stupide et revêche de l'actrice. Seul Matt Damon voit rouge et l'embrasse fougueusement 30 secondes chrono après l'avoir rencontrée pour la première fois. Les mystères de l'amour. Un Matt Damon qui est plutôt crédible dans son rôle de jeune politicard survolté, constamment collé aux basques par un conseiller joué par Eric Woerth en personne, qui vient d'ajouter une bien sombre ligne à son CV...


Franco, je préfère Devos.

Hey Matt Damon, quand tu reçois un tel scénar, t’as pas mille questions à poser à celui qui l’a écrit ? Parce que moi, devant ton film, j’ai à nouveau 5 piges, je retourne à cet âge où on est un insupportable moulin à questions, je demande sans arrêt : « Et pourquoi ci et pourquoi ça ». Mais ça tombe bien, car mieux vaut que je retombe à cet âge-là, sinon je ne tiendrais pas une minute devant un si triste spectacle. Bon, Matt, quand tu lis une saloperie pareille, ça te chatouille pas un peu sur le sommet de ton crâne couvert de brins de paille filasse ? Tu te dis quoi exactement ? Comme j’aimerais être à tes côtés pendant ces moments-là ! En plus je t’aime bien, avec ta grosse tronche, ton front gigantesque et ton air gentil, tu me fais penser à mon frère aîné. Je t’adore Matt. T’es un peu de ma famille. Mais même si t’étais vraiment mon bro’, je ne me ferais certainement pas prier pour te dire que tu tournes dans de la merde. Réveille-toi mec, tu files un mauvais coton. Tu voulais sûrement jouer dans un divertissement sympa. Je te vois venir à 20 kilomètres. Entre deux films d’auteur ou deux films indés, tu te dis qu’il est bon pour ton image d’être en tête d’affiche d’un gros blockbuster hollywoodien de divertissement facile et méga bête. C’est le genre de choix qui peaufine et cultive ton image de star assez à l’aise pour jouer sur tous les tableaux. Tu espères ainsi que les amoureux de Gus Van Sant comme ceux de Doug Liman te porteront toujours dans leurs cœurs malgré ta filmographie à cors et à cris. Une carrière finalement très classique. Ils font à peu près tous ça, et c'est souvent des bons potes à toi. C’est pas original pour un sou, mais faut croire que ça marche. Mais t’es demeuré Matt, tu paumes ton temps. Tu n'es pas à ta place dans cette histoire sans queue ni tête tirée de Philip K. Dick, à l'origine de quelques bons films de SF mais aussi de belles saloperies. Une réussite pour mille saloperies, j’ai calculé. Souvenez-vous de Paycheck. D'ailleurs, en tournant dans L’Agence, Matt Damon a peut-être cherché à adresser une belle et grande preuve d’amitié à son pote Ben Affleck. En s’obligeant à traverser la même épreuve que son ami Affleck a jadis affrontée bien malgré lui : être le héros d’une adaptation terriblement bête de l’écrivain le plus connu d'Hollywood après Stephen King. C'est beau Matt, mais tu aurais pu t'en passer, et plutôt proposer à ton collègue de faire un truc ensemble, comme au bon vieux temps.


"Je te jure c'est écrit dans le script ! - Mais dis pas nawak !"

Bon, reparlons plus précisément du film. J'aimerais revenir sur deux choses qui me tiennent à cœur, deux détails qui ne provoqueront sans doute pas la même réaction chez le spectateur lambda, mais qui personnellement me révoltent ! L’Agence véhicule une très affreuse idée, que l’on croise hélas dans un trop grand nombre de films. Je vous situe le contexte : pendant pratiquement tout le film, Matt Damon se démène comme un diable pour retrouver Emily Blunt, celle qui lui a tapé dans l’œil dès la première scène du film et qu'il ne parvient plus à oublier. Quand Matt Damon réussit enfin à mettre le grappin sur l'élue de son cœur, c'est pour rester avec elle une petite paire d’heures à peine, tout juste le temps de niquer rapidos, d’échanger quelques politesses et de fumer une clope la tête basse, avant d’être à nouveau séparés par le bureau d'ajustement. Avant la très laborieuse dernière partie du film, Matt Damon retrouve Blunt pour de bon, après une séparation longue de 3 ans durant laquelle celle-ci s’est rabibochée avec son ex et s’apprête même à se marier ! Mais quand Damon et son gros menton débarquent, ni une ni deux, Blunt oublie le contrat de mariage qu’elle s’apprêtait littéralement à signer. De cette façon, L'Agence entre dans cette vaste catégorie de films miteux où seule l'histoire d'amour vécue par le héros a de la valeur, les autres comptant forcément pour du beurre. Et c'est lamentable, car ça n'aide certainement pas à rendre la romance de nos héros plus poignante, bien au contraire. Le film le plus connu dans cette catégorie est l'inévitable Titanic. Petit rappel des faits : dans Titanic, Kate Winslet passe à peine une paire de jours en compagnie de Leo DiCaprio, le véritable amour de sa vie. Ok il est beau gosse, il dessine bien, c'est un artiste. Mais ils passent seulement deux jours ensemble. Et moi on me répond que je suis ridicule quand je raconte ma relation passionnelle de trois ans avec ma chatte siamoise nommée Marguerite, qui a tragiquement trouvé la mort suite à une opération de stérilisation administrée par un boucher. Bref. Si l’on suit bien le film Titanic, on comprend facilement que le personnage incarné par Kate Winslet a malgré tout connu un autre homme après avoir survécu au naufrage qui fut fatal à DiCaprio. Un homme avec lequel elle a passé toute sa vie et fondé une famille, dont est issue la jeune femme blonde que l’on voit au début du film. Une belle histoire donc. De bien jolies noces j'imagine. Mais quand la vieillarde crève à la fin du film, après avoir si bêtement jeté à la flotte un caillou d’une valeur inestimable dans un geste ponctué d’un « oups » abominable, hé bien c’est Leo DiCaprio qu’on la voit rejoindre dans ce qui semble être le paradis qu’elle s’imagine. Leo DiCaprio ! Ce con d'arriviste qui a forcément été parfait puisqu'il a seulement passer 48 heures et des brouettes avec elle. Pas le temps de péter ni de roter, pas le temps de se laisser-aller dans ces petits écarts qui tuent l'amour au quotidien. Mais hé ! Et le type qui s’est fait chier à lui faire des gosses et à gaspiller sa vie avec elle, à crever d'une crise cardiaque en lui creusant une piscine, alors, il compte pour du beurre ? C'est ça ? C’est l’évènementiel, le pur accident, qui prime ici sur la durée tangible, solide et vraie. C’est l’éphémère effet du coup de foudre qui balaie 40 ans de mariage. C’est le romantisme le plus crétin qui dégomme le plus vieux des couples. En filmant ça, James Cameron est indéfendable. Il pousse toutes les femmes à l’infidélité, les confortant dans le romantisme le plus idiot, et il pousse tous les maris au plus grand désarroi possible. Une idée qui m’agace tout particulièrement, car vous l'aurez compris, moi je m'imagine plutôt dans le rôle du tocard qui se fait avoir. Bon, je dis ça, mais j’adore Titanic. A l’époque où Winslet pesait 90 kg, c’était une tuerie. Et avec Speed, c'est un de mes films favoris des nineties.


"- T'es timbré, mec - Je sais. On me la sort à chaque fois."

Revenons à L’Agence. Ce film véhicule une autre idée, peut-être encore plus détestable que la première. Tenez-vous bien. Je sais que mon texte est indigeste, et si vous avez tenu jusque-là, c'est un miracle ; mais j’en suis désolé, c’est ce film qui m’a mis dans un état d’ébullition incroyable. Le personnage de Matt Damon est un sénateur promis à un brillant avenir politique. Pour faire plus simple : il est le futur Président des États-Unis, carrément. Et c’est un poste qui, dans ce film, est évidemment le plus important du monde, celui qui permet d’éviter à l’humanité de sombrer, tout bonnement. Soit, ne nous attardons pas davantage sur cette considération de bas étage. Mais le destin de Matt Damon vers la présidence est tout tracé si, ET SEULEMENT SI ce con-là ne tombe pas dans les griffes d’Emily Blunt, cette jeune femme qui le fait littéralement disjoncter dans son slip et oublier son ambition politique dès qu’il la croise ! C’est dire si l’homme est une bestiole politique ! Tu parles d’un guignol. François Hollande a fait une croix sur Ségolène pour s’ouvrir les portes de l’Elysée, ou du moins espérer (moi j'y crois ! je suis hollandais !), et on peut pas dire que ça soit le roi des scrutins. Et Royal, elle envoie plus que Blunt, avis perso. Mais là encore, passons ! Tout cela, on le sait donc parce que ce sont les agents du bureau du titre qui racontent tout à Matt Damon pour le persuader de ne pas se détourner de son si brillant chemin. Bien évidemment, les agents ne se demandent pas un seul instant si le fait de tenir informé Matt Damon de son futur ne changera justement pas ses agissements ! Ce serait trop compliqué. De son côté, Emily Blunt a également un destin radieux qui s’offre à elle : elle va devenir « la danseuse et la chorégraphe la plus connue du monde », rien que ça ! C’est le pauvre Terence Stamp qui nous l’annonce, vieil acteur classieux tristement embarqué dans cette galère qui campe ici le rôle d’un agent très haut placé. Il prévient donc aussi Matt Damon que si Emily Blunt se met en couple avec lui, elle finira par "enseigner la danse à des gosses de 6 ans (sic !)". Quelle tragédie ! Je m’attendais à ce qu’on annonce à Damon qu’elle allait se casser une patte, finir en chaise roulante, ou un truc comme ça, mais non, elle va juste devenir prof, et c'est franchement dégueulasse, faut bien le reconnaître. Pour faire simple, le message de ce film est donc le suivant : l’amour détruit nos carrières professionnelles, tenons-nous en éloigné ! Amoureux, et donc heureux, on en oublie nos objectifs professionnels, forcément les plus importants, c’est bien connu. Ça me troue le cul. C’est abominable comme message, mais tristement d’actualité. Dans son happy-end ignoble, le film retourne sa veste et démontre que l’amour finit par l’emporter. Mais quel amour ? Pourquoi l’un, celui du héros, vaut-il mieux que l’autre, celui du pauv’ type qui se fait voler sa femme au moment de lui mettre la bague au doigt sur les marches de la mairie ? Et à quel prix ? A quel prix ?! Surtout, rappelons qu’avant cela, c’est-à-dire pendant tout le film, c’est God himself qui a essayé par tous les moyens de détourner Matt Damon d’Emily Blunt, attirés l’un par l’autre comme deux chiens en période de chaleur. Ça ne change donc pas grand-chose à l’affaire.


Le film ne dit pas si c'est l'Agence qui a provoqué l'élection d'Obama, mais on peut aisément le penser.

Blague à part : pour ma part, je vais bientôt déménager dans la Creuse parce que ma copine a trouvé un super poste là-bas (en gros, elle est médium spécialisée dans les vieillards aux portes de la mort). Je vais vivre là-bas avec elle, je la suis par amour, et je n’hésite pas une seconde à le faire. Une fois que j’aurai atterri dans ce coin paumé, terre promise de la Grande Faucheuse, j’essaierai de trouver un job de merde ou bien je serai carrément chômeur. Plongé dans le désarroi le plus total, je finirai même par abandonner le blog. C’est écrit. Alors qu’en restant là où je vis actuellement, l’avenir me réserve sûrement autre chose, c’est certain. Le message du film est donc vrai, me concernant. Et ça me fout d’autant plus les boules. Franco ce film voit juste. Chapeau bas. C’est balèze. J’ai les boules je vous dis. Je suis intenable.


A droite Eric Woerth, à nouveau dans de beaux draps après avoir été trainé dans la boue suite à l'enlèvement d'Ingrid Bétancourt. Notez que sans lunettes, il a déjà moins l'air con !

Pour finir, sachez que j’aurais préféré un film sur des gars réellement chargés d’ajuster des trucs, dans le sens le plus terre-à-terre du terme. Des gars qui s’invitent chez les gens pour replacer un meuble d’un centimètre vers la droite pour qu’il soit parfaitement aligné avec le rebord de la fenêtre. Des gars sympas capables de remettre le téléphone bien en place quand on l’a posé de travers et que sa batterie se vide progressivement en douce. Des gars qui nous coupent le gaz avant le départ pour les vacances histoire d’éviter de retrouver Mamie grillée à notre retour. J’aurais préféré. Franchement, j’aurais adoré. Vous pensez que je peux envoyer le scénar à Matt Damon ?


L'Agence de George Nolfi avec Matt Damon, Emily Blunt, Terence Stamp et Eric Woerth (2011)

21 décembre 2010

Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec

Il y a surement des choses à dire sur ce film. Il est en effet surprenant de voir un film aussi vide de tout, si ce n’est de bêtise et de lourdeur ; ça mériterait peut-être qu’on s’y attarde. C’est aussi le nouveau film de Luc Besson, ce crétin d’obèse tout de Quecha vêtu qui avait pourtant répété un peu partout qu’il n’en réaliserait plus. Ce serait donc intéressant de se demander ce qui nous vaut ce retour aux affaires, pour faire bref : une fausse bonne idée, consistant à essayer de faire un film d'aventures populaire et trépidant inspiré d'une bande-dessinée parait-il, quant à elle, de qualité (je ne sais pas, je ne suis pas un "bédévore"). Et il serait surtout intéressant de savoir ce que vaut véritablement ce nouveau Besson. Que dalle soyez-en sûr. Pour ne pas m'aventurer vers une critique de ce film qui me donnerait la sale impression de m'y replonger, je préfère taper dans l’original et me concentrer sur son actrice principale, l'un des problèmes du film, parmi tant d'autres, mais facilement le plus voyant. Je vais donc faire de cette critique un très banal réquisitoire à l’encontre de la dénommée Louise Bourgoin, cette actrice de pacotille que nous avions pourtant déjà pointée du doigt lorsque nous avions parlé de La Fille de Monaco. Je vais peut-être me répéter. Et le pire c'est qu'on dit « jamais deux sans trois »... 
 
 
Louise Bourgouin est grande et mince, on peut pas le lui enlever. Une IMC d'enfer. Les chiffres ne trompent pas. Elle est grande et mince et c’est tout. A part ça, elle a un léger strabisme et il faut bien avouer que ses dents du malheur conviennent tout à fait à la zonarde du début du XXème qu’elle est ici supposée incarner. Alors je veux bien croire qu’il y a bon nombre d’immenses actrices françaises qu’on aime aussi pour leurs imperfections : Mimie Mathy et sa petite taille, Clémentine Célarié et son 95F, Vincent Lindon et ses tics, Sandrine Kiberlain et son albinisme, Emmanuelle Devos et son œil de verre... La liste est longue, mais je suis certain que Louise Bourgoin n’en fait pas partie. Car le problème c'est que Louise Bourgoin n’a aucun talent d'actrice particulier. Elle n'est pas spécialement pudique et elle a accepté de se mettre à nu pour un guignol comme Besson, dans un film d'abord destiné aux enfants. Elle est, en fin de compte, au même niveau que ses partenaires masculins, Gilles Lellouche et Jean-Paul Rouve, qui eux non plus, n'ont vraiment rien pour eux.
 
Je demande aux dénommés Louise Bourgoin, Gilles Lellouche et Jean-Paul Rouve de bien vouloir foutre à jamais le camp de mon écran de télévision. 
 

Tu avais juré de ne faire que dix films Luc, mange du crabe !


Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec de Luc Besson avec Louise Bourgoin, Mathieu Amalric, Gilles Lellouche et Jean-Paul Rouve (2010)

6 juin 2009

Transamerica

J'ai vu ce film. J'ai pas fait exprès. Ce soir-là j'avais prévu d'aller voir un autre film au cinéma d'art et essai de mon quartier. Seulement ce cinéma-là avait un programme chaque jour différent, et je me suis gouré de jour. Je suis arrivé au guichet en demandant une place tarif étudiant, sans préciser le titre du film. C'était inutile puisqu'il n'y en avait pas d'autre, ce petit cinéma de quartier ne possédant qu'une seule salle. Je me suis vautré dans mon fauteuil très confiant. J'ai attendu que ça commence. L'affreux morceau de Bossa Nova supposé nous faire patienter s'interrompit, le silence se fit, les lumières s'éteignirent, et là l'horreur, c'est Transamerica qui commençait devant mes yeux dilatés par la surprise et plissés par la douleur. A ce moment là on pense forcément à se tirer en douce. La loupiote verte "Sortie de secours" prend tout son sens, elle qui fait d'habitude toujours chier à se refléter dans les lunettes des plus pauvres d'entre nous qui n'ont pas pu se payer le luxe des verres anti-reflets. Elles me tendaient les bras ces foutues loupiotes, j'en voyais mille à cause de mes reflets. Mais j'ai payé quatre euros alors quitte à les avoir brûlés façon Gainsbourg autant voir le film pour lequel je viens de me foutre dans le rouge à la banque. Mon portable vibre en mode silencieux dans ma poche, les ondes bouillonnent dans mon slip et je viens sans doute de perdre mes derniers espoirs de fertilité. C'est à n'en pas douter mon banquier au bout du fil. Les vibrations cessent puis reprennent. Je vois le petit voyant lumineux bleu de mon mobile Sagem clignoter à travers la toile de mon pantalon en toile de jute qui me colle au cul, trempé de sueur. Mon banquier m'a envoyé un texto. Je sors discrètement mon portable de ma poche, je l'ouvre, sa lumière s'allume et derrière moi un homme entre deux âges secoue mon siège avant de me tirer les cheveux d'un coup sec. Je fais mine de rien avant de rapidement lire le sms de mon seul "contact". C'est bel et bien mon banquier et son message dit: "Petit merdeux". Je suis donc bel et bien dans la merde. Et je suis donc resté dans la salle pour savourer mon dernier petit plaisir coupable. Ma dernière séance de ciné légale de cette année. Oh j'y suis bien retourné dans les jours suivants, mais sans passer par le guichet. En longeant les murs, vêtu de noir, encagoulé, avec des mitaines aux mains et des semelles anti-dérapantes aux pieds pour me faire la malle au premier contrôle des tickets. Bref, j'ai vu Transamerica. En entier. Et sur grand écran.



Je ne vais pas parler du film parce que personne n'en a rien à foutre, et moi le premier. Simplement soulever une question qui me chauffe depuis quelques temps. La question de l'amour propre des actrices. Où finit l'amour propre et où commence le mépris de soi ? Dans un entretien accordé par la chaîne TCM suite à la sortie de Rois et reine, le réalisateur du film et son actrice, Arnaud Desplechin et Emmanuelle Devos, revenaient sur leur parcours commun. Ces deux-là sont éternellement liés puisqu'il n'y a pas un film de Desplechin sans un rôle pour Devos, souvent principal, parfois secondaire, au pire une simple apparition, mais d'importance, dans Esther Kahn. Ainsi le réalisateur et sa comédienne "fétiche" évoquaient leurs souvenirs, la qualité de leurs liens, la grande chance qu'ils avaient de s'être trouvés, et la genèse de leur union artistique. A ce propos l'actrice raconte alors qu'elle a d'abord refusé de jouer dans le premier film de Desplechin (La vie des morts), parce que dans une scène du film son personnage devait quitter une pièce et être résumée par un autre acteur en ces termes : "Elle est moche, elle pue et c'est une pute". Ayant fait part de sa gêne à l'idée d'être ainsi décrite dans un de ses premiers films, et inquiète à l'idée d'être choisie par le réalisateur pour incarner une telle merde humaine, Emmanuelle Devos s'est vue rassurée par Desplechin qui lui expliqua que son personnage était si grossièrement décrit par un autre uniquement parce qu'à cet instant du récit ce dernier ne la connaissait pas et l'insultait ainsi pour libérer une colère tout à fait étrangère à elle. Devos a donc fait fi de sa vexation première et a accepté le rôle pour devenir la star césarisée qu'on connaît tous aujourd'hui.

Dans ce cas-là très bien. Mais tout le monde n'est pas Desplechin, et tout le monde n'est pas Devos. Je pense par exemple au film Bimboland, d'Ariel Zeitoun, sorti en 1998 et que je n'ai découvert que la semaine dernière sur Orange Cinéma Merdique, une des chaînes du bouquet Orange Cinéma que je capte par chance grâce à une astuce toute bête qui consiste à voler l'antenne de mon voisin d'en face pour la fixer sur mon toit et la brancher à ma petite télé perso. Ce film n'a visiblement pas eu le succès escompté, sans doute à cause de sa date de sortie en pleine coupe du monde, cette année-là où même les femmes préféraient Dugarry à DiCaprio. La principale et vaine ambition du réalisateur, Ariel Zeitoun, était certainement de faire entrer le mot "bimbo" dans toutes les bouches. Il a réussi son pari pendant un ou deux ans et depuis il a disparu.



Dans Bimboland, Judith Godrèche joue le rôle d'une scientifique à lunettes mal habillée et forcément malaimée. Elle est éprise d'un Gérard Depardieu prêtant ses traits à un éminent ethnologue. Le film est d'ailleurs une aubaine pour constater qu'en dix ans Gérard Depardieu en a pris trente, rien qu'en bouffant des plats caffis de gras matin midi et soir, en se vautrant partout avec sa moto et en survivant à quelques attaques cérébrales, lui qu'on surnomme à Paris "L'Outremangeur". A l'époque il avait encore forme humaine et pouvait interpréter un séducteur, un gendre idéal, ou même un intellectuel. Bimboland lui permit de réunir ces trois facettes plutôt flatteuses dans un seul et même personnage, et on sent bien que l'acteur préféré des français a accepté le rôle uniquement pour ça. Pour profiter de ses dernières années dans un corps goodlooking, et éventuellement pour humer Judith Godrèche au détour d'un champ-contrechamp. On le voit littéralement rôder dans les plans, se glissant dans l'image tel Charles "l'Harmonica" Bronson dans Il était une fois dans l'ouest avec un verre de scotch, un cigare au bec et la braguette ouverte. Un tel rôdeur a de quoi mettre en émoi la frêle Judith Godrèche, déjà complètement à côté de ses pompes il y a dix piges. Son personnage d'ethnologue en survet', bigleuse et empotée, n'avait aucune chance de séduire un Depardieu si charismatique et gouailleur. Mais la rencontre avec une "bimbo" épileptique correspondant idéalement à la définition d'une "cagole" et interprétée sans efforts par Aure Atika allait très rapidement mettre Godrèche sur la voie de la séduction et de la prostitution, l'éloignant de ses amies d'antan, elles aussi bigleuses et mal fagotées, interprétées par Armelle et Sophie Forte, ces deux-là ne pouvant quant à elles fonder aucun espoir sur un astucieux changement de look pour devenir ne serait-ce qu'à peu près tirables. Inévitablement et à jamais hideuses. C'est en tout cas ce que sous-entend Zeitoun.



Vous ne vous rappelez pas forcément d'Armelle et encore moins de Sophie Forte. Armelle c'est cette comique insupportable qui faisait des sketchs déprimants sur le plateau de Fogiel il n'y a pas bien longtemps et qui avait décroché bec et ongles le tout petit rôle de la meilleure amie d'Amélie Poulain, dans le rôle de la seule hôtesse de l'air atroce de l'Histoire du cinéma. Quant à Sophie Forte c'était une comique très petite des années 90, qui avait une coupe de cheveux malhonnête, des lunettes à quadruple foyers, un tout petit visage perdu au milieu d'une énorme tête surmontée d'une tignasse pas possible. Je crois qu'elle officiait surtout à la téloche, dans une des mille émissions de Ruquier... Mais ce qui est sûr c'est qu'elle a tout à fait disparu aujourd'hui.



La façon dont je viens de décrire ces deux femmes est un peu limite, un peu dégueulasse. C'est du pur et simple délit de sale tronche. Et j'en suis conscient. Mais je me le permets d'abord parce que je fais ce que je veux, ensuite parce qu'il me semble que les deux femmes dont il est question m'approuveraient sans sourciller, ou en rajouteraient même une couche... Et c'est là toute la question. Car ces deux femmes ont évidemment basé leurs carrières de comiques professionnelles sur une certaine laideur semble-t-il assumée et mise en valeur. C'est un peu la même chose pour les hommes. Très souvent les comiques mâles sont des petits hommes chétifs et mal agencés ou autres grands dadets mal fagotés. Comme Louis de Funès, Bourvil, Danny Boon (qui joue d'ailleurs dans Bimboland), Pat Timsit, Danny de Vitto, Elie Semoun, Arthur, et beaucoup, beaucoup d'autres. Mais enfin de tous temps l'humain s'est montré moins exigeant vis-à-vis de la beauté des hommes que des femmes. Plusieurs raisons à cela. La longue domination machiste et patriarcale des hommes sur les femmes, la plus grande beauté intrinsèque du corps et des traits féminins, le vieillissement avantageux pour les hommes et souvent ingrat pour ces dames, et j'en passe.

Bon je vais couper court. De toute façon si quelqu'un a tenu jusque là c'est déjà un miracle. Tout ça pour dire que dans Bimboland, les deux "comédiennes" citées plus haut, Armelle et Sophie Forte, sont qualifiées à plusieurs reprises, et par tous les acteurs chacun son tour, de gros thons lamentables, de femmes abominablement laides et de petites merdes humaines. Si ce ne sont pas, à la lettre, ces termes, c'est en tout cas ce que les leurs, pas plus gratifiants, disent en substance. Et ça n'est jamais démenti. C'est présenté comme une vérité absolue et immuable. Et les actrices interprètent avec entrain ces rôles unanimement et gaiement qualifiés de chiures féminines, de crevardes, de "freaks". Elles ont lu le script, signé un contrat sans doute peu juteux, et interprété ces rôles de femmes si oecuméniquement laides que tout le reste du casting les roule dans la boue en paroles, séquence après séquence, profitant de la comparaison pour se mettre en valeur. Et alors je me pose la question de l'amour propre. Qui sont ces femmes qui acceptent tout ça ? Cet accablement consenti et enjoué me choque. Et ça n'est pas un cas isolé. Dans bien des films, bien des femmes acceptent de jouer le rôle de la fille hideuse et détestée pour ça, sans se plaindre, sans monter sur un escabeau pour se pendre au beau milieu du plateau avec un testament épinglé à la cravate disant : "Connards !". C'est un mystère pour moi. Vous allez me dire : "quand on s'appelle Armelle ou Sophie Forte, et qu'on a besoin de fric pour manger et de rôles pour exister, on accepte ce qui traîne par terre". Bon bon, fort bien. Mais quid de Felicity Huffman ?



Et là je reviens au film en question dans cet article, Transamerica. Ce film raconte l'histoire d'un homme qui va tout faire pour devenir une femme. C'est l'histoire d'un trans. Et le rôle est interprété par Felicity Huffman, que vous connaitrez sans doute pour son interprétation en ce moment sur vos écrans d'un des quatre ou cinq rôles principaux de la série Desperate Housewives. L'actrice s'était déjà fait un nom depuis deux ans grâce à cette série de merde mondialement adulée avant d'accepter le rôle titre du tout petit film de Duncan Tucker (prononcez "Ducon Tucker" ou bien "Duncan Tocard"), qui n'est sorti que dans trois salles à travers le monde et que personne n'a vu sauf moi. Et dans ce film, Felicity Huffman joue le rôle d'un homme, qui veut devenir une femme. Ils auraient pu choisir un homme pour jouer le rôle, ça se serait même avéré assez logique. Mais ils ont choisi de prendre une femme. Sans doute pour signifier qu'un transsexuel qui se vit comme une femme est davantage une femme qu'un homme. C'est pas si bête dans le fond. Mais ça devient à priori compliqué quand il s'agit de choisir une actrice pour jouer un hermaphrodite et de lui expliquer qu'on l'a castée parce qu'elle ressemble à un mec tant elle est physiquement pas au point. Ok un acteur ou une actrice peuvent et doivent pouvoir tout jouer. Ok il faut mettre son orgueil de côté pour tout donner. Mais quand même, l'amour propre ça existe... Comment Felicity Huffman ne s'est-elle pas dit : "Je suis si mal foutue et si naturellement inesthétique qu'on me propose de jouer un mâle, une fausse femme, une meuf avec la gueule au carré et du poil aux couilles. Je suis si peu gracieuse que je vais jouer le rôle d'un être humain totalement à l'opposé de ce que je suis, je vais jouer mon contraire. Je suis si peu féminine que je vais jouer un type, un malabar".

Peut-être bien qu'elle s'est dit tout ça mais qu'elle a tiré un gros trait sur sa fierté pour obtenir un Golden Globe. C'est de toute évidence un rôle à Golden Globe. J'ai vu le film, et je peux vous assurer que Felicity Huffman n'y joue pas particulièrement bien la comédie. Son travail est même, à l'image du film, relativement nul, ou tout au plus insignifiant. Mais jouer un travelo c'est comme prendre trente kilos, se raser le crane, se vieillir avec du maquillage ou apprendre à faire de la boxe, c'est forcément le gage d'un extraordinaire talent d'acteur et ça mérite Oscars et tapis rouges, c'est bien connu. Huffman peut donc se féliciter puisqu'elle a obtenu son Golden Globe, qu'on peut traduire par "boules en or". Ce fût donc un bon moyen pour l'actrice de se faire des couilles en or en acceptant de se laisser greffer des grosses burnes entre les jambes le temps d'un tournage. Personnellement je soupçonne Felicity Huffman de n'être réellement pas une femme. Je crois que Felicity Huffman n'est autre que Philip Seymour Hoffman, qui a une double identité bien cachée lui permettant de jouer aussi bien Truman Capote (prononcez Capoti) que Lynette Cavo, une femme au foyer désespérée à force d'être monstrueusement conne. D'où ce rôle de "shemale" qui lui permet d'assumer au cinéma sa passion pour le "transgenre" et le travestissement sous toutes ses formes. Cet article c'est du gros gaspillage, ça va que j'écris pas sur du parchemin sinon j'aurais Domino's Voynet au cul !


Transamerica de Duncan Tucker avec Felicity Huffman (2006)

2 mai 2008

Deux vies plus une

Ce film pue à plein nez le premier film, ça saute à la gueule immédiatement, et en effet, c'est bien la première œuvre d'Idit Cebula. On le devine très vite en constatant le côté petit foutoir du film, son côté vieux cagibi. Idit Cebula nous a compilé toutes les petites idées de scénarii et de gags qu'elle avait réunies dans ses carnets avant de se lancer dans la réalisation. Il y a un côté film à sketchs, gags à tiroir toujours un peu en décalage par rapport à la trame principale, commun à bien des premiers films. C'est l'histoire d'une jeune femme (Emmanuelle Devos), professeur des écoles, mariée, mère d'une grande fille. Et cette jeune femme, qui vit dans un chouette appartement, qui a un époux certes un peu fané mais drôle et aimant, une famille attentionnée et aimante, une fille intéressante et aimante, un travail honnête, enfin tout pour être à peu près pas trop à plaindre, va faire sa crise de la quarantaine, gentiment. Entre un voyage chez sa mère épuisante et un autre sur la tombe de son père qui lui parle depuis le royaume des morts, elle décide qu'elle va devenir écrivaine. Alors elle achète un ordinateur et réunit les notes prises dans ses carnets depuis des années (tiens, tiens...), bien résolue à envoyer ça à un éditeur. Et bien sûr ça va marcher, même si l'éditeur est d'origine allemande ("ils sont nés en quelle année ses parents allemands ?" s'engatse sa mère un peu conne).



Enfin vous l'aurez compris ça va pas bien loin, c'est le film définitif (aussi définitif que les 150 000 autres films sortis ces dix dernières années qui avaient le même script) sur les gens de quarante ans qui décident que ça suffit d'être rangé des voitures même si la voiture en question est plutôt cool et qu'il faut s'émanciper en écrivant des livres, et que ça marche et qu'on est édité dans la seconde parce que c'est un film. Devos interprète sans doute un ersatz d'Idit Cebula, et ce film qu'on regarde c'est la compilation de ses petits carnets de jeune femme perturbée par sa vie et qu'un producteur a bien voulu financer pour la grande lucarne. C'est étonnant que le portrait que je tire de ce film soit si grinçant alors que je partais dans l'idée d'en dire plutôt du bien. Parce que ce film se regarde et il est bien moins agaçant que ceux auxquels il ressemble et que je veux fustiger à travers lui. Il y a même quelques idées assez drôles paumées là-dedans. Mais en rédigeant, c'est le mal qui est ressorti. Sans doute n'est-ce pas pour rien. Est-ce l'intention qui compte ou le premier jet ? Peut-être un peu des deux. Deux vies plus une est sympathique, inoffensif, et pas brillant.


Deux vies plus une de Idit Cebula avec Emmanuelle Devos et Gérard Darmon (2006)