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25 janvier 2020

Wildlife - Une saison ardente

Wildlife est le premier film derrière la caméra de Paul Dano, si l'on met de côté tous ceux auxquels il n'a pas participé mais pendant les tournages desquels il se situait physiquement derrière le champ couvert par l'objectif. Pour sa première réalisation en tant que réalisateur, l'acteur de 34 ans s'attaque à une adaptation de l'écrivain Richard Ford : le récit d'une dislocation familiale dans le Montana des sixties, vue à travers les yeux d'un ado (Ed Oxenbould) amené à grandir d'un seul coup en observant ses parents se défaire (Jake Gyllenhaal et Carey Mulligan). Après avoir perdu son job, le papa s'en va combattre le feu pour gagner quelques dollars tandis que la maman essaie de s'en sortir en solo, quitte à se résoudre à séduire un vieux type répugnant mais plein aux as...




Paul Dano nous raconte tout ça en prenant son temps, en s'appliquant autant qu'il peut, et en laissant une belle place à ses trois personnages, campés par des acteurs animés du même souci de bien faire. Le tout donne quelque chose de pas désagréable, certes, mais qui manque clairement d'un peu de vie, de souffle. La mise en scène de Paul Dano est très soignée, mais peut-être trop, coincée dans une volonté de joliment faire qui laisse peu de place à l'inattendu. Vraisemblablement désireux de rappeler les fameuses toiles d'Edward Hopper, le jeune cinéaste nous propose toutefois quelques images agréables à la vue. En outre, on peut aussi saluer l'attention qu'il porte aux regards, aux interactions invisibles entre ses acteurs. C'est par là que passe l'essentiel de ce qui se joue entre eux, notamment entre le père et son fils, une relation délicatement dépeinte, qui échappe aux stéréotypes redoutés. Il y a une douceur plaisante et palpable entre les deux êtres. Mais si Jake Gyllenhaal et Ed Oxenbould (une drôle de tronche un peu lunaire, déjà croisée chez Shyamalan dans The Visit) font le taff, il y en a une qui brille tout particulièrement : la maman, Carey Mulligan.




Il y a presque dix ans (ça ne me rajeunit pas), je vous en faisais l'éloge pour son charme mutin et son jeu au poil dans le pourtant médiocre Never Let Me Go. Je prédisais un bel avenir à cette actrice désormais âgée de 34 ans et qui a, depuis, fait des choix plutôt honorables si on la compare à ses semblables : elle n'est jamais apparue dans des blockbusters merdiques, préférant tourner pour des cinéastes plus ou moins appréciés par ici (les frères Coen, NWR, Steve McQueen, Thomas Vinterberg, Baz Lhurmann...), n'atteignant pas cependant le niveau de reconnaissance que l'on pouvait imaginer. Elle est le grand atout de Wildlife, son principal intérêt, celle qui parvient justement à animer un brin les images trop léchées de son réalisateur. Quelques jours après avoir vu Wildlife, on se souvient de son personnage et non du film à proprement parler. D'un physique changeant, pouvant tour à tour se montrer fragile ou supérieure, d'une beauté intimidante ou d'une mesquinerie la rendant disgracieuse, elle focalise l'attention du spectateur en quête d'énergie tout au long de ce récit pas désagréable mais trop atone. Carey Mulligan est un plaisir à voir évoluer là-dedans, elle est la grande attraction d'un premier film avec lequel nous ferons, grâce à elle, preuve d'indulgence. 


Wildlife - Une saison ardente de Paul Dano avec Carey Mulligan, Ed Oxenbould et Jake Gyllenhaal (2018)

10 novembre 2013

Inside Llewyn Davis

Si vous êtes fous des chats roux mignons et de la folk morose, vous pourrez éventuellement passer un moment géant devant Inside Llewyn Davis. Sinon, vous risquez de trouver le temps long et de regretter que les si géniaux frères Coen n'aient rien fait de plus avec un sujet pareil. Rien de plus que le (faux) biopic d'un raté absolu qui aurait sans doute mérité mieux. Le film ne montre et ne dit rien d'autre que la lente dégringolade d'un grateux dépressif, qui s'enfonce sans réagir dans une spirale de l'échec, par définition répétitive et sans issue. Les déboires s'enchaînent pour notre sympathique victime, dont le tandem s'est suicidé, dont l'agent est un escroc, qui est haï par sa meilleure amie et dont le père se chie dessus dans un asile. J'en passe des pires et des meilleures pour éviter de gâcher toute surprise. Llewyn Davis (Oscar Isaac), petit brun avec une chaussure mouillée, s'il a le mérite de ne pas être un débile, contrairement à pas mal de personnages des Coen, est bel et bien une authentique jaunasse. Sauf qu'au-delà de cette théorie du naufrage permanent, très chère aux Coen, il n'y a pratiquement rien à puiser dans ce film, ni dans le propos, ni dans la mise en scène, dont la seule forme d'excès consiste à représenter en champ-contrechamp la vue subjective d'un chat qui zieute le nom des stations de métro dans les bras de son porteur cadavérique.




La première scène, où Llewyn chante dans un petit bar, annonce la couleur. Filmée platement, comme un concert lambda, la scène est éventuellement sympathique, pas méchante, mais anodine et sans caractère, et le film est à son image, pas désagréable mais peu marquant. On reste loin des biopics hollywoodiens et de leurs sempiternelles scènes de démonstration de talent, mais avec cette suite de plans académiques, ou plus loin quand Oscar Isaac joue devant F. Murray Abraham en champ-contrechamp avec zoom lent sur le visage du personnage transcendé, on se dit que les Coen ne nous ont rien montré. Tout cela manque sérieusement d'audace et d'idées. Tout comme le scénario d'ailleurs, qui patine fréquemment, se repaît de chansons interprétées dans leur monotone intégralité, et cherche une vaine issue dans un vague intermède absurde et décalé (comme une grosse signature posée en plein milieu d'une dissert') impliquant notamment John Goodman dans un rôle absolument sans intérêt. Toute cette parenthèse centrale du film ne trouve de sens que dans sa conclusion, quand Llewyn - et le film avec lui - abandonne John Goodman dans sa voiture comme les Coen abandonnent (temporairement peut-être) cette veine plus perchée de leur cinéma. Mais le moment, assez frappant, de l'abandon est bref et après lui reprend le défilé de plates emmerdes qui jalonnent la vie de notre troubadour sans pénates, nouvelle incarnation moderne du héros de l'Odyssée d'Homère à l'actif des Coen (après O'Brother), comme le surligne inutilement la scène où le nom du chat insaisissable, Ulysse, est révélé (en termes de surlignage, c'est toujours mieux que ce moment où Llewyn reste planté devant une affiche de L'Incroyable voyage, ce film Walt Disney où deux clébards et un greffe paumés dans les paysages de l'Amérique cherchent à rentrer au bercail).




Si Oscar Isaac fait le boulot dans le rôle du zicos déprimé, on ne peut pas en dire autant de la très mauvaise Carey Mulligan, dans la peau d'un personnage inexistant et pourtant insupportable. L'actrice souffre en prime un maximum des coiffures et costumes vintage qui participent de l'étouffement du film, ainsi que de sa lourde photographie, tantôt grise tantôt marronnasse, dans tous les cas blafarde. Livide, Carey Mulligan traverse le film tel un cadavre à frange ambulant. Elle joue fort mal mais, à sa décharge, son personnage est particulièrement mal écrit, grossièrement brossé, comme un certain nombre de protagonistes chez les Coen, et cet opus ne fait pas exception. On retrouve leur goût pour les figures gentiment ridicules sur lesquelles se porte le rire des spectateurs, notamment des parodies de juifs new-yorkais parmi les amis du héros. On est d'ailleurs surpris de croiser Marilou Berry dans un film primé à Cannes. Mais ça doit faire partie des nombreuses vannes irrésistibles de nos impayables génies du 7ème art (inutile de préciser que je n'ai pas vraiment trouvé à rire devant ce film). Au final, ce trop long métrage, ni bon ni mauvais, se regarde mais, comme la plupart des dernières moutures des Coen, déçoit grandement par son manque patent de couilles. On retiendra deux répliques : celle où Llewyn, de retour de Chicago, dit : "C'est vrai que c'était court mais ça m'a paru méchamment long", et celle où la fameuse Marilou, à propos de son gros matou, s'écrie à plusieurs reprises : "Où sont passées ses burnes !? Où sont passés ses glaouis ?!".




A la fin du film, après que Llewyn Davis a joué sa chanson du pendu (pour la seconde fois, le film, replié sur lui-même, adoptant la structure d'une boucle éternelle), et tandis qu'il sort se faire casser la gueule dans l'arrière-cour du Gaslight Café, on aperçoit le jeune chanteur qui a pris sa place sur scène et dont la voix, reconnaissable entre mille, nous dit aussi sec qu'il s'agit de Bob Dylan. Et au lieu, comme l'espèrent peut-être les Coen, de songer avec mélancolie à tous ces folkeux à la petite semaine du New-York des années 50, tristement passés aux oubliettes et qui n'eurent pas la chance de devenir aussi fameux que Dylan, on se dit qu'après lui, et depuis des lustres déjà, tous ces gentils interprètes de folk à barbes de velours et autres adeptes de la pop indépendante sauce aigre-douce avec option suicide collectif ont occupé le devant de la scène sans faire montre de la même originalité de son, de la même force d'écriture, du même génie. Ceux-là vengent et re-vengent tous les Llewyn Davis d'antan en nous les brisant menu, et à l'aune de longues années de braves Llewyn Davis par wagons, l'injustice que nous vendent les Coen paraîtrait presque, pour être vache, assez juste. Vive Dylan.


Inside Llewyn Davis de Joel et Ethan Coen avec Oscar Isaac, Carey Mulligan, John Goodman, Justin Timberlake et Adam Driver (2013)

13 janvier 2012

Shame

Il y a des films comme ça sur lesquels on ne trouve rien de spécial ni d'intéressant à dire. C'est le cas, en ce qui me concerne, de Shame, le deuxième long métrage de Steve McQueen. N'est-ce pas un peu triste ? Quand un film minable m'a plombé une soirée, je peux au moins garder le bon souvenir que fut la rédaction de sa critique, où je ressentis très naturellement le plaisir de zigouiller le film en question. Je pense par exemple à Thor, Hesher, ou Insidious. Shame est infiniment mieux que ces trois exemples, mais je vous avoue sans détour que c'est un effort pour moi d'écrire un petit papelard sur ce film. Alors pourquoi le faire ? Parce que je suis un blogueur ciné, parce que ce film était l'un des plus attendus de la fin d'année 2011, parce qu'il divise plus ou moins et qu'il est donc bon, quand on l'a vu, d'en dire quelques mots histoire de se situer sur l'échiquier critique ! Tu parles... Je torche un papelard, je torche un papelard, foutez-moi la paix !



Je suis pourtant allé voir ce film au cinéma, animé par les plus louables intentions et dans les meilleures conditions possibles : VO sous-titrée, son impeccable, écran géant, place d'ordinaire réservée aux handicapés, confort extra, calebard XXL et McDo à la clé sans avoir à sortir un seul péso de ma poche ! Bref, tous les ingrédients étaient réunis pour que je sois pleinement réceptif à l’œuvre de McQueen, avant, pendant et après. Impossible de "passer à côté". Or, j'ai passé tout le film dans un entre-deux plutôt désagréable, trouvant tour à tour le film assez intéressant ou des plus agaçants. Une chose est sûre, et je ne ferai pas preuve d'originalité en disant cela : Michael Fassbender porte le film à bout de zgeg dans un rôle pourtant difficile d'homme souffrant d'une sévère addiction sexuelle. L'acteur est réellement bluffant et parvient presque à lui seul à nous captiver. Je ne peux pas en dire autant de la mise en scène de Steve McQueen, parfois élégante et juste, je le reconnais, mais aussi très souvent énervante car trop maniérée, presque poseuse, étouffante.



Shame m'a donc paru enchaîner les temps forts et les temps faibles, ces derniers étant certainement plus marquants que les premiers. Je pense par exemple à cette scène se voulant à coup sûr très émouvante où l'actrice Carey Mulligan interprète la chanson "New York New York" quasiment a capella. Une scène d'une longueur et d'une lourdeur équivalentes, terribles, où il commence par se passer quelque chose, certes, où l'actrice risque gros et se met à nu, à l'évidence, mais beaucoup trop tape-à-l'œil, carrément lourdingue. J'avoue m'être senti très mal à l'aise pour l'actrice et pour le film en général, chose qu'il est assez rare que je ressente à ce degré-là. Il faut aussi que je précise qu'à côté de moi était assis mon frère Poulpard aka "Brain Damage" qui s'est alors mis à soupirer si bruyamment que j'ai d'abord cru que la climatisation de la salle avait sauté. Cette scène-là l'a dégommé sur place, et à partir de ce moment il se serait même tiré de la salle si je n'avais pas été à ses côtés... Cette scène-clé, assez osée, il faut le reconnaître, est pourtant décrite par certains critiques comme l'une des plus belles qu'on ait pu découvrir au cinéma en 2011. "Agree to disagree !" Ce fut pour moi un véritable calvaire et j'emploie là un terme fort mais qui correspond totalement à ce moment si pénible.



L'actrice aux petites fossettes, véritablement sur tous les fronts en 2011, parvient tout de même à s'en relever. Suffisamment, en tout cas, pour que sa relation avec son frère (Fassbender donc) soit l'un des aspects les plus réussis du film. Car à part ça, j'ai eu l'impression que McQueen ne faisait pas grand chose du sujet pourtant assez original et intéressant dont il a audacieusement décidé de se saisir : l'addiction sexuelle de son personnage principal. Le cinéaste choisit de nous dresser le portrait d'un homme malade sans avoir un regard critique ni explicatif sur sa condition ; son film pourrait en ressortir grandi, mais ici, bien au contraire, à force de jouer avec cette distance fragile dans le traitement de son personnage, Steve McQueen finit un peu par ennuyer et par nous laisser un goût d'inachevé. En outre, quand le jeune cinéaste nous donne des pistes nous expliquant l'origine de l'addiction du frère et de l'état dépressif de la sœur, il le fait via des dialogues faussement sibyllins ("We're not bad people. We just come from a bad place.") qui ont plus eu le don de m'agacer qu'autre chose. Sans crier à l'arnaque totale, puisqu'il y a aussi quelques bonnes choses dans Shame, je ne ferais donc clairement pas partie des ardents défenseurs de ce film. Après le déjà très remarqué Hunger (que je n'ai pas vu), Steve McQueen reste un cinéaste à suivre, mais il demeure encore un simple espoir qui a toujours tout à confirmer. Je ne peux m'empêcher de penser qu'il gagnerait peut-être à être plus modeste et moins sûr de lui, car il commet ici quelques maladresses assez fâcheuses, comme lorsqu'il nous montre son personnage se résigner à un rapport homosexuel, plus honteux que jamais...

Quatre paragraphes, sur un film dont je pensais n'avoir rien à dire ? Le tout sans aucun jeux de mots foireux sur le titre du film ? Et, surtout, sans jamais tomber dans certaines facilités, comme celle qui consistait à vous avouer que je souffre de la même maladie que Michael Fassbender (sauf que je n'ai pas du tout son physique*, ce qui me rend les choses infiniment plus compliquées) ? Je m'en contente !


*A ce propos, je signalerai à notre lectorat préférant les hommes que l'on voit très souvent l'acteur dans son plus simple appareil, ce qui nous permet de constater qu'il est justement fort bien appareillé. Pour être plus précis, son mastodonte m'a semblé implanté anormalement bas, ce qui le fait passer pour long alors qu'il est très vraisemblablement de taille normale, en tout cas pour un européen. Son cul, par contre, m'a paru tout à fait anormal. Très carré, peu dodu, très sec, je me suis dit que le mien devait être plus sympathique au toucher. J'en ai assez fièrement fait part à ma compagne et celle-ci m'a rétorqué que Fassbender était très bien bâti à ce niveau-là comme aux autres et que c'était plutôt moi l'anormalité avec mon "boule de meuf". Je n'en suis pas encore tout à fait remis. Quand j'y repense, malgré le McDo et compagnie, c'était pas une si bonne soirée que ça...


Shame de Steve McQueen avec Michael Fassbender et Carey Mulligan (2011)

21 novembre 2011

Drive

A grand phénomène, grand article. Ce n'est pas toujours vrai sur ce blog mais pour le coup ça l'est ! Si l'article est long c'est parce que le film suscite un tel mouvement de masse qu'il appelle des réactions souvent contraires. Certains spectateurs, très minoritaires, haïssent Drive, d'autres lui sont indifférents mais cette indifférence se transforme souvent en irritation face à l'adoration sans condition du plus grand nombre, et d'autres encore se contentent de l'apprécier sans le porter aux nues. Vos deux serviteurs ont des avis légèrement différents, des points de vue à priori modérés qui le sont moins que prévu quand ils se saisissent chacun de leurs claviers !


Rémi (avec l'appui et l'aide de Nônon Cocouan) :

Je n'ai pas à proprement parler "détesté" le film, car il n'a même pas de quoi susciter mon mépris ou ma colère, à part, et il est bien difficile de faire autrement vu le "phénoménorme" qu'il a suscité, si je le considère en prenant en compte les louanges extravagantes qu'il reçoit, l'engouement unanime autour de lui et le prix franchement honteux qu'il a reçu à Cannes, là oui, tout de suite, on a envie de le détester et de le traîner dans la boue. Mais en essayant d'évacuer ces données effectivement très irritantes de ma conscience, je le trouve simplement absolument sans intérêt, vide de tout, mal réalisé et horriblement niais. Il se regarde, certes, mais il est malgré tout d'une nullité assez remarquable.

Au crédit du film, une ou deux scènes d'action plutôt maîtrisées, dont principalement la séquence d'ouverture, devant laquelle tout le monde se pâme alors qu'on en a déjà vu 1000 de meilleures dans le même genre et alors qu'il ne s'agit jamais que d'un coton-tige humain qui attend deux malfrats en train de faire un casse, qui démarre quand ils arrivent enfin, se gare quand une voiture de police passe, démarre vite à un feu vert, se gare à l'ombre pendant qu'un hélicoptère passe, puis s'arrête dans un parking et profite d'un mouvement de foule prévu à l'avance pour quitter le véhicule sans être vu des flics et en laissant ses passagers dans la merde - incroyable… Mais enfin ne soyons pas de mauvaise foi, la scène est maîtrisée, le rythme fonctionne, reconnaissons cela à Refn, car il n'y a rien d'autre à lui reconnaître. Comme dans la plupart des films de ce genre dès qu'il y a une fusillade ou une course poursuite, c'est facilement prenant, ça l'est presque par définition, et Nicolas Winding Refn sait à peu près nous intéresser à son action dans ces moments-là, bravo, j'admets la maîtrise d'une ou deux scènes de tension, même si ce n'est jamais pour Refn que remplir le cahier des charges qu'il s'est fixé et assurer le minimum syndical, chose qui passe pour exceptionnelle tant le cinéma d'action actuel est moribond. Mais pour le reste, les yeux m'en tombent et je me suis ennuyé copieusement.


The Driver, The Girl et The Kid au volant de The Car dans The Merde

Comment se passionner pour ces personnages creux et inexistants qui permettent au film de gagner l'admiration de ceux qui reconnaîtront une référence à Macadam à deux voies (Refn fait appeler son héros "The Driver" tout en faisant parfois appeler la fille "The Girl" pour se faciliter la tâche dans la quête d'une filiation honorable auprès de Monte Hellman), ou au personnage sans nom et sans passé de Sergio Leone (l'inévitable cure-dent remplace le cigarillo, car le héros aime les bains de sang mais il est trop gentil pour fumer du tabac). Pourquoi Clint Eastwood a-t-il une allure et une classe sans égales et pourquoi Ryan Gosling n'en a-t-il aucune ? C'est difficile à dire. Peut-être parce qu'il est impossible de déceler la moindre miette de charisme chez Gosling là où celui d'Eastwood bouffait l'écran chez Leone, peut-être aussi parce que Leone savait filmer son acteur et mettre en scène sa superbe, tout en rendant son personnage extrêmement savoureux grâce à beaucoup d'humour, de dérision, de caractère et de réactions mémorables, toutes choses dont The Driver est dépourvu. Le projet consistant à filmer un personnage hellmanien, disons le "Driver" de Macadam à deux voies, mutique et dépourvu de caractère défini, comme Leone filme Eastwood dans ses westerns, et à le revêtir d'une tenue aussi imposante que celle de "Sans-nom" (imaginez le James Taylor d'Hellman dans une veste brillante décorée d'un scorpion doré...) ne tient pas debout car cela revient à filmer avec admiration (et à soumettre à la nôtre) un homme en aucune façon admirable (sauf à être fasciné par une coquille vide bien apprêtée). L'accablement l'emporte donc devant ce héros silencieux sans émotion ou presque et sans histoires, à la fois doux et ultra-violent (ambivalence d'une profondeur qui me tétanise), un concept de personnage génial et inédit. "Minable" conviendrait mieux à ce héros, comme à tous les gens qui l'entourent, des gros mafieux caricaturaux sans consistance (Ron Perlman... encore un acteur nul qui a une "tronche" et que les réalisateurs les plus niais font jouer juste pour ça, à l'image de Dany Trejo chez Bob Rodriguez et consorts), et la fille "mignonne" trop "cute" avec ses bouclettes, ses fossettes, son nez retroussé, trop "cute" pour être honnête, qui aurait sa place dans Dawson Creek. Carey Mulligan n'aura aucun mal à émouvoir ces messieurs, avec son petit garçon tout aussi mignon et son gentil bac à linge sous le bras. Mais le héros c'est le pompon (on aura pigé l'idée de Refn de nous recycler un héros à l'ancienne, avec la chanson à la fin qui miaule en boucle : "You're a real human being, you're a real hero" ad lib, pour surligner un propos indigent et quêter l'émotion facile chez le spectateur). The Driver hausse un sourcil par ci, décroche laborieusement un sourire stupide par là, il a la vie dure parce que c'est un type sans vie qui se projette en éternelle doublure des vrais héros (les braqueurs de banque qu'il conduit la nuit ou les acteurs qu'il double le jour en tant que cascadeur - un job bien rétro et bien cool, qui a déjà fait les choux gras de Tarantino dans Death Proof - mais le cinéaste ne tient aucun propos sur l'une ou l'autre de ces professions voulues atypiques, d'ailleurs il ne tient aucun propos sur rien, à l'image de tous ces films américains contemporains poseurs et crétins qui se contentent de refourguer des références dans l'insignifiance la plus assumée ; on est face à Taxi Driver mais sans le moindre discours de fond, ce qui pose un léger problème). Et quand The Driver fout le doigt dans l'engrenage d'une histoire dangereuse pour les beaux yeux de sa ménagère, sa personnalité double se révèle, car cet autiste bipolaire est aussi amorphe que violent, cette jolie tronche de cake n'étant au final qu'un gros cliché sur pattes, un héros sans saveur qui sauve la sempiternelle veuve et l'imparable orphelin.


Trop stylée cte police !

A propos de clichés on pourrait d'ailleurs énumérer tous les éléments qui composent le film, le kitsch imbattable du générique écrit en rose, comme au début de Rosemary's Baby (c'était déjà kitsch dans le film de Polanski mais au moins ça ne disait pas "Matez comme je mets du rose bonbon décalé sur mon gros conducteur cool") ; la musique lourdingue des années 80 un peu grindhouse sur les bords car bien ringarde mais du coup très cool, qui peut rappeler les film de gangster hongkongais de l'époque, comme le As Tears Go By de Wong Kar-Wai ; le héros qui se lance dans ses missions toujours selon le même schéma et qui répète son speech à la façon de Samuel L. Jackson dans Pulp Fiction, ou plutôt à la façon de Jean Réno dans Léon ou Nikita ; ses actes de vengeance ultra violents à coups de marteaux manière Old Boy ; sa veste trop classe avec le scorpion doré dans le dos (Snake Plissken es-tu là ?), ajouté au sang sur la doublure de son beau blouson blanc immaculé à la fin du film et à son savoir-faire de pilote cascadeur qui nous renvoient à la purge de Tarantino sus-citée (Death Proof), et j'en passe et des meilleures. Refn pioche ça et là des trucs sympas et les reproduit dans un film sans propos et sans force avec une attitude de gros poseur insignifiant, sans véritable idée, sans véritable talent, sans rien.


C'est un plan tiré du générique de Dawson Creek ou je m'y connais pas... J'imagine que si Dawson conduisait une belle bagnole et fracassait quelques visages à l'occasion la série aurait encore un fier succès aujourd'hui.

Ou plutôt si, il a une idée, une seule, qu'il étale sur tout le film et qu'il souligne inlassablement, l'idée de ce personnage ambivalent, "real human being" qui aspire à un bonheur domestique plan-plan mais paradoxalement "real hero" dépendant de sa voiture, prolongement de son corps (quand il accroche sa montre au volant au lieu de la mettre à son poignet, on aura compris) et catalyseur de son énergie destructrice, bagnole sans laquelle il devient capable des pires violences… C'est ainsi que le personnage frappe le triste Ron Perlman avec sa voiture qu'il lance à toute vitesse dans le flan du véhicule du mafieux (ses phares sont cependant intacts après le choc énorme…), coiffé d'un masque de cascadeur qui l'efface une fois de plus, car cet homme-là est condamné à s'effacer, c'est pour ça qu'il part à la fin au lieu de rejoindre la fille, diantre que c'est profond et passionnant. Et si l'on accepte que c'est un film de genre qui n'a pas pour vocation d'avoir un propos dense et porteur de sens, préférant à cela un récit efficace, qu'en est-il de ce récit ? C'est l'histoire linéaire, cousue de fil blanc et rebattue des dizaines de millions de fois du héros solitaire qui tombe amoureux au détour d'une lessive, décide de s'imposer une mission périlleuse pour sauver sa copine avec qui il a vécu des tas de trucs qui se résument à un voyage en ascenseur et deux sourires difficiles (et, j'oubliais, un ride interminable dans le lit d'un fleuve desséché, où l'unique et faramineux événement tient dans ce bref plan où la voiture monte de dix centimètres sur le rebord de la piste ; sans oublier l'aboutissement de la séquence, une séance bouleversante de ricochets sur fond de musique guimauve), fille adorable qui ne peut pas être sa vraie copine, dur, car elle est mariée à un tocard qui vit en taule mais que le héros va gentiment aider par amour désintéressé pour sa blonde, et qui à la fin, après avoir buté tout le monde très très facilement (y compris donc en arborant un masque de Fabien Barthez qui fera ergoter les fans avides de symbolisme à propos du personnage sans passé et sans identité mais aussi sans visage, pour une scène qui ne fait une fois de plus qu'évoquer d'autres films, de Halloween à Point Break !), se laisse poignarder par un vieillard histoire de rajouter du drame au drame et de s'octroyer stupidement une dimension de "real hero" sacrifié, vulnérable car aussi human being mais hero tout de même car immortel. Et on est censé chialer ? Ou s'émerveiller de voir l'acteur cligner des yeux après dix minutes d'attente ? Car il n'est pas mort, c'est un real hero ! Tu peux rêver Refn. Et ta fausse fin, avec la gentille qui va frapper à la porte du gentil et le gentil qui part sur la route au volant de sa seule femme, sa bagnole, si tu savais ce qu'on s'en cogne…


Ou comment vautrer une scène de course-poursuite par un plan hideux où Christina Hendricks mériterait de recevoir le prix "Toni Colette 2011"

La scène dans l'ascenseur c'est le comble je crois. Cette scène où le méchant, avant de se faire buter sauvagement, laisse le temps au héros de rouler une grosse pelle à sa copine. Au moment du baiser les lumières se tamisent, la musique sirupeuse embraye la première, et par-dessus le marché on a droit au gros ralenti qui tâche pour se rouler dans le mielleux et le niais à tout rompre. On n'en attendrait pas moins de Luc Besson ! Idem quand, après ce plan plutôt bien vu où l'acteur se retourne en nages, coupable d'une ultraviolence répugnante qui révulse logiquement The Girl, la porte d'ascenseur se referme sur celle-ci et les sépare dans un énième cliché visuel pathétique et désespérant qui achève de tout gâcher et de rater la scène dans les grandes largeurs. Oui car le comble c'est quand on pense à la mise en scène. Que le film plaise entre autres à des adolescents, je pige, à l'adolescence on aime les films creux et prétentieux qui en jettent un peu (j'aimais Léon quand j'avais 12 ans). Qu'il fasse éclater de rire, d'un rire gras, et qu'il excite manifestement lors des nombreuses scènes assez minables où l'on voit des gorges tranchées, des gueules écrasées à coups de doc marteens, des fourchettes plantées dans des yeux (ces choses-là choquent et donc plaisent encore, c'est épatant), je ne pige pas mais je commence à avoir l'habitude. Mais qu'on file à ce film le prix de la mise en scène, là faut pas déconner. Et que les meilleurs journaux répètent que le graal du film c'est le style, la question du style, qui serait cruciale, ça, ça me fout les j'tons. Parce que c'est quoi la mise en scène de ce film ? Celle de n'importe quel autre film de merde (avec quelques scènes plus longues vu que le héros a besoin d'une heure et demi pour dire "Ok..." et d'une demi heure supplémentaire pour sourire, des scènes lentes qui attestent de la volonté de Refn de se démarquer du cinéma hollywoodien d'action de la façon la plus simple qui soit : ces films-là vont vite, je vais aller lentement, pour avoir une caution européenne et devenir une bête à festoche, une machine à faire triper du cinéphile), à quoi s'ajoutent des milliers de ralentis misérables sur le bisou, sur le héros qui porte l'enfant de sa dulcinée pour le mettre au lit et j'en passe, et quoi d'autre ? Rien... Si, à la fin il filme les ombres projetées du héros et de sa dernière victime, c'est brillant j'avoue, j'étais sur le fion devant tant d'audace et de génie, un vrai masterpiece. En somme c'est le néant absolu et un ramassis d'images d'une platitude égale. Je m'attendais à mieux.


Il a ouvert les yeux ! You're a real hero, toudoudoum, toudoum, tidadadoum

Je ne m'attendais pas à grand chose pourtant, car tant d'unanimisme critique me semblait suspect, mais comme à chaque fois que je donne de l'argent pour aller voir un film au cinéma c'est avec l'espoir et l'envie d'apprécier, je m'attendais véritablement à un film un peu plus ambitieux, plus original, plus osé du point de vue du style, justement, or il n'y a vraiment rien à se foutre sous la dent avec ce film poseur, cliché, niais et laid au possible. Ce n'est pas un film qui a du style, ce n'est pas un film stylisé, c'est un film "stylé" comme disent les adolescents d'aujourd'hui, à propos d'un zippo ou d'une bagnole. Car au final ce film ne donne qu'une envie, semble-t-il, à pas mal de fans, celle d'aller "faire un ride sur la route avec de la bonne grosse musique de merde en fond", et procurer une telle envie facile et crassement stupide doit rendre Refn très fier de lui. C'est QUEU-TCHI ce film.


Félix :

Rares sont les films qui nous divisent sur Il a Osé ! Bon, en réalité, il n'y a pas de réelle division au sein de la rédaction à deux têtes du blog, tout simplement parce que je ne fais pas partie des grands fans de Drive, présents en nombre sur la blogosphère. Il me faudrait revoir le film pour m'assurer de cela. Ce que je peux néanmoins d'ores et déjà affirmer après l'avoir vu au cinéma, c'est que j'ai apprécié Drive, suffisamment pour avoir envie de modestement compléter la critique de Rémi en vous proposant aussi mon point de vue, tout de même très différent du sien.

Ma principale réserve à la sortie du cinéma résidait dans ces quelques plans dégoûtants qui parsèment la deuxième partie du film consacrée à des règlements de compte sanguinolents. Quand je vois des scènes de ce genre, où la violence explose à l’écran, sur le moment ça me révulse forcément, ça ne me fait ni rire ni applaudir comme certains individus présents dans les salles de cinéma, ça m'amène même parfois à mépriser le réalisateur. Cependant, dans des films qui finalement semblent traiter de la fascination et de l'addiction à la violence, je comprends pourquoi celle-ci est mise en scène de cette façon (comme dans J'ai rencontré le Diable, pour prendre un autre exemple récent de long métrage remarqué où l’on peut aussi noter la présence de quelques images chocs - le film de Refn fait d'ailleurs penser à cet égard à un certain pan du cinéma sud-coréen). Le choix du réalisateur danois ne me semble donc pas totalement gratuit, voire même tout à fait justifié. Avec du recul, ces réserves ont donc quelque peu disparu, même si sur le moment ça n’a pas manqué de me déranger (ceci dit, c'est peut-être mieux comme ça vu de quoi il s'agit).


La scène dite "de l'ascenseur", à rendre jaloux Dick Maas !

Pour illustrer mes propos, j'aimerais revenir sur ce qui est sans doute la scène-clé du film : celle de l'ascenseur, typiquement la scène que l'on détestera en cas d'allergie aiguë au film de Nicolas Winding Refn. Cette scène m'a typiquement amené à penser que Refn nous causait de l'addiction du Driver à la violence. Cette scène commence par nous montrer un baiser langoureux entre le Driver et la fille, un baiser dont l'érotisme est souligné par la dilatation du temps, les jeux de lumières et la musique ; puis dans la foulée, le Driver tue l'autre gars, dans une sorte de jouissance incontrôlable, comme s'il s'agissait de la fin du rapport amoureux débuté avec la fille, qui culmine donc avec ce plan dégueu où il lui défonce la tronche. De cette manière, Refn m'a l'air de nous montrer comment le Driver descend définitivement dans la spirale de la violence par choix contraint mais apprécié, tout en changeant de style lors des deux parties de la scène, pour dissocier le premier acte, qui se veut planant et beau, du second, très terre-à-terre et révulsant. Tout de suite après, le Driver affiche un visage bouleversé, il nous livre peut-être une de ses rares expressions faciales attestant d'une perte de maîtrise, avec ce dernier regard adressé à la fille, dont il s'éloigne pour de bon après ce geste pourtant exécuté pour la défendre : le regard d'un type pris en flagrant délit et irrécupérable.

Pour toutes ces raisons, cette scène, qui pourra tant énerver, est paradoxalement l’une des plus intéressantes du film à mes yeux. C’est finalement celle où tout se joue, où le sort du Driver en est définitivement jeté. Pendant la première partie du film, nous pouvons déjà sentir une tension latente chez le personnage, très perceptible par exemple quand un type vient l'enquiquiner dans un bar et que le Driver le menace, en lui disant, par les mots, ce qu'il finira par faire réellement à ses semblables ensuite ; on sent clairement que le personnage est tiraillé entre ces deux voies, entre deux mondes, celui représenté par la fille et l’autre, par les gangsters. Après, effectivement j’avoue donc avoir été un peu dérangé lors de ces scènes chocs et je comprends évidemment qu’on puisse trouver ça lourdingue. Mais si mon collègue ne comprend pas la hype autour de Drive, je crois personnellement saisir un peu pourquoi ce film a fait un tel boucan. J'arrive par exemple à trouver du sens et un certain intérêt aux scènes décisives du film, des scènes qui, aussi, peuvent plaire de façon beaucoup plus terre-à-terre, notamment par la simple héroïsation qu'elles proposent. C'est cette ambivalence fragile qui a selon moi fait le succès du film, comme ça doit souvent arriver. Un succès décelable chez les cinéphiles, via la blogosphère, mais aussi bien au-delà (quid des ventes de gants de pilotes en cuir, qui ont tout simplement décuplé au troisième trimestre 2011 ?).


Pour voir une autre facette de l'acteur Ryan Gosling, je vous conseille Half Nelson.

Peut-être est-ce justement l'apparente simplicité, la linéarité et le côté très "rentre-dedans" du film qui ont plu, et ce même aux cinéphiles. Moi-même, en tant que cinéphile, j'ai parfois un faible pour les films comme ça, très directs et lisibles, presque minimalistes et conceptuels, qui ont comme l’air animé par une idée fixe. C'est sans doute cela qui m'a fait apprécier Drive. Je considère surtout le film de Refn comme un très bon film de genre, ce que j’ai déjà pu lire ailleurs. Soit dit en passant, je préfère clairement lire ça aux inévitables formules "meilleur film de l'année", "un classique instantanée" ou "un film déjà culte !". Car si ces formules attestent de la vague d'enthousiasme rare provoquée par ce film, elles en font aussi une cible d'autant plus facile pour ses détracteurs. A mon sens, Drive est donc un film de genre de qualité, qui veut simplement s'inscrire dans la lignée des polars américains des années 70 et 80. Il me semble d'ailleurs que c'est tout ce que revendique le réalisateur Nicolas Winding Refn, qui de film en film s'essaie à différents genres en trouvant toujours le prétexte pour aborder ses thèmes de prédilections et en visant systématiquement à y apposer son style, de plus en plus affirmé.

L'utilisation de la BO, qui pourra elle aussi agacer, va aussi dans ce sens-là. Je veux ici parler de ces chansons très lourdes de sens par rapport ce que que l'on voit déjà à l'écran, qui surlignent donc vachement tout ce que l'on comprend déjà, comme celle de la toute fin du film, intitulée "A Real Hero". Ça ne m'a personnellement pas gêné dans le sens où j'ai trouvé ça tout à fait cohérent avec le reste. Ça m'a également fait penser à un truc tout con, à une impression que j'ai déjà ressentie plus d'une fois en bagnole (et je ne suis à l'évidence pas le seul dans ce cas, c'est donc très probablement un but visé par Refn). Je veux parler de ces moments où la radio se met à diffuser une chanson qui exprime très lourdement l'émotion qu'on ressent déjà naturellement. Ce genre de situation arrive typiquement en voiture, où l'on est souvent très pensif et où de la musique vient parfois accompagner nos pensées, en les exacerbant, de façon parfois désagréable et inopinée. Il me semble que tout est fait nous donner l'impression que la musique provient de la radio du Driver et qu'il l'écoute en même temps que nous (sans que cela soit pourtant réellement le cas). En cela, je trouve ça plutôt original et pas inintéressant, car le film peut donc encore davantage s'appréhender comme une sorte de trajet en voiture, aux côté de ce Driver donc, comme une invitation à ce parcours, linéaire et périlleux, avec ce personnage de héros volontairement superficiel, qui a l'opportunité de changer de voie en s'acoquinant avec "the girl" mais qui s'engage finalement et définitivement dans celle de la violence afin de la protéger. Un trajet d'un point A à un point... A. Ceci dit, je comprends complètement qu'on puisse être rétif au style outrancier de Refn, surtout compte tenu de la faible teneur apparente de ce qu'il raconte. Mais c'est aussi tout ce qui fait la singularité du film, réalisé par un cinéaste déterminé et sûr de lui, qui sait obstinément où il va et comment il nous y amène.


Les deux hommes ne se quittent plus et ont affiché au grand jour leur rapport fusionnel lors du Festival de Cannes.

Je suis actuellement en train de découvrir les autres films de Nicolas Winding Refn (j'avais seulement vu le premier Pusher avant d'aller voir Drive) et je dois reconnaître qu'il est très intéressant de constater comment le style de ce cinéaste a évolué au fil de ses films et comment il choisit systématiquement de traiter la violence et sa représentation de manière différente. C'est peut-être la première fois avec Drive qu'il la traite aussi frontalement, alors que les sujets de ses précédents films, comme par exemple Bronson (biopic sur "le détenu le plus violent de Grande-Bretagne"), s'y prêtaient a priori beaucoup plus. Aussi, quand je constate par exemple que Refn a comme source d'influence évidente le cinéma de John Carpenter, que ce soit dans Drive via l'utilisation de la BO (tout particulièrement le morceau d'ouverture de Chromatics, qui rappelle les rythmes lancinants chers à Big John) ou même à travers une scène qui peut clairement passer comme un hommage assumé à Halloween (celle où, portant un masque inexpressif, le Driver observe le chef mafieux depuis la porte vitré d'un bar), cela ne me fait pas l'effet désagréable d'assister au triste spectacle d'un cinéaste sans idée qui multiplie les clins d’œil cinéphiliques dans le but de caresser le spectateur dans le sens du poil pour mieux se le mettre dans la poche. Non, je vois au contraire un cinéaste qui parvient à joliment assimiler ses références pour mieux les incorporer à sa patte personnelle et les mettre au service de ce qu'il nous raconte.

Il me tarde à présent de revoir Drive à la lumière d'une meilleure connaissance de la filmographie de ce cinéaste singulier, que l'on peut si aisément mépriser ou adorer.


Drive de Nicolas Winding Refn avec Ryan Gosling, Carey Mulligan, Bryan Cranston, Ron Perlman et Oscar Isaac (2011)

26 février 2011

Never let me go

Never let me go est le nouveau film de Mark Romanek, un réalisateur américain peu prolifique et plus connu pour ses nombreux clips remarqués (dont Closer de Nine Inch Nails). C’est à lui que l’on doit Photo Obsession, un sympathique thriller où un Robin Williams transfiguré, aux abois et plus inquiétant que jamais, incarnait un psychopathe accro du polaroid qui s’en prenait à une petite famille trop tranquille. Ayant apprécié ce film, j’étais curieux de découvrir le nouveau rejeton de Romanek qui s’est cette fois-ci attaqué à l’adaptation d’un bouquin dystopique de Kazuo Ishiguro apparemment très apprécié, sorti en 2005 dans son pays et un peu plus tard en France sous le titre Auprès de moi toujours. J’avais également envie de voir ce film du fait de son pitch mystérieux. L’histoire démarre dans l’Angleterre des années 50, nous suivons trois enfants d’un pensionnat où, dès leur plus jeune âge, nous leur apprenons qu’ils sont de simples clones avec une espérance de vie très limitée puisque leur existence est seulement destinée à donner des organes à l'ensemble de la population dans le cadre d'une organisation gouvernementale.


L'un de mes cousins issus de germain est le sosie parfait d'Andrew Garfield, sauf qu'il a presque 50 piges, travaille chez Bouygues et a appelé sa fille Sebulba

Le film est découpé en trois parties, comme le livre j’imagine. La première se déroule donc pendant l’enfance de ces trois personnages ; la seconde, durant la fin de leur adolescence et leur passage à l'âge adulte. La troisième et dernière partie correspond à celle à partir de laquelle notre trio est enfin séparé, et où chacun devient soit un « accompagnateur » soit un « donneur ». Un « donneur », je présume que vous aurez deviné ce que c’est, inutile de vous faire un dessin... Quant à un « accompagnateur », c’est quelqu’un d’un peu privilégié qui peut vivre légèrement plus longtemps parce qu’il a été choisi pour aider les donneurs à être « utiles » jusqu’au bout, en leur permettant d’effectuer le nombre maximal de dons tout en les accompagnant dans leur souffrance passive et jusqu’à leur mort inévitable. Glauque de chez glauque, tout ça, en effet… Mais le film est pourtant intriguant dans le sens où il est d’une certaine légèreté et n'est pas spécialement plombant malgré l’histoire très cafardeuse qu’il nous raconte. Il se laisse facilement regarder, tout intrigués que nous sommes face à ces destins tragiques qui nous sont décrits en détails et face à ce monde injuste qui nous est quant à lui dépeint tout en zones d’ombres, de façon très partielle. Devant le film, on n’a donc aucun mal à croire que le bouquin de base doit être intéressant et sans doute très chouette. Mais pour ce qui est du film à proprement parler, c’est plus difficile à dire… S’il n’est pas mauvais, il manque à l'évidence quelque chose. Il y a déjà un manque de rythme évident, mais il y a d'autres choses que je ne saurai étrangement pas précisément décrire qui font de ce film une légère déception ; et si on regarde tout ça sans jamais souffrir, on a tout de même bien du mal à véritablement se passionner pour ce qui se déroule à l’écran, et notamment pour la romance contrariée assez lourdingue qui nous est contée.


Les jeunes ont le droit de se balader dans la campagne anglaise à condition de porter des bottes

En réalité, s’il y a bien une chose qui brille tout particulièrement dans ce film, c’est son actrice principale : Carey Mulligan. Certes, je la trouve plutôt jolie, mais ça n’est pas là où je veux en venir et je tenterai pour une fois d'être un peu plus original que ça, car ça n’est pas seulement son charme singulier, aussi discret qu'éclatant, qui est tout à fait frappant dans Never let me go. L’actrice apparaît ici parfaitement choisie. Il y a quelque chose d’assez fascinant qui se dégage de son visage sans âge, à la fois presque enfantin et proche de la vieillarde typiquement anglaise. Elle est idéale dans ce rôle où, à moins de trente piges, elle semble avoir connu toutes les peines du monde, et être déjà, de fait, à la fin de sa vie. La jeune actrice anglaise porte littéralement le film sur ses frêles épaules, alors qu'elle n'est pourtant que la troisième étoile d'un casting de choix, puisque l'on trouve à ses côté Keira Knightley, qu'on ne présente plus, et Andrew Garfield, au sommet de sa gloire naissante depuis son rôle dans The Social Network et futur Spider-Man. Si ces derniers ne font pas tache et sont également très bien choisis, ils sont quelque peu éclipsés par Carey Mulligan. C'est bel et bien elle qui nous captive et nous permet de suivre ce film de bout en bout. De là à dire qu'elle tient même auprès du spectateur son rôle d'accompagnateur, il n'y a qu'un pas... Un film finalement assez peu mémorable, dont la plus belle idée réside dans le regard intense et doux, désespéré et innocent, de son actrice principale pour qui l'avenir, contrairement à son personnage, s'annonce des plus radieux.


Never let me go de Mark Romanek avec Carey Mulligan, Andrew Garfield et Keira Knightley (2011)