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2 septembre 2012

Les Dents de la mer 2, 3 & 4

Tout le monde a vu les trois suites des Dents de la mer de Spielberg alors que c'était trois daubasses énormes ! Faut dire que ces séquelles horribles étaient rediffusées en boucle chaque été fut un temps. Dès le deuxième épisode la franchise se mettait pourtant à puer méchamment la mort, même s'il existe quelques aficionados de Jeannot Szwarc, le réalisateur français du deuxième volet dont les encyclopédies ciné les plus pointues ne savent pas dire comment il a pu se retrouver aux manettes de la suite la plus attendue de tout Planet Hollywood. C'est un peu comme si aujourd'hui on appelait Patrick Braoudé pour réaliser Avatar 2, y'aurait comme un hic... Et pourtant les fans de Szwarc maintiennent que Les Dents de la mer 2 a juste eu la malchance de venir après le premier. Ils maintiennent même que la fin du film est peut-être supérieure à celle de Spielberg, plus intense, plus mémorable. Rappelez-vous : Roy Scheider (l'acteur - auquel Allociné attribue la filmographie complète de Romy Schneider - avait osé resigner pour une suite sans Spielby), poussé à bout par un Jeannot Szwarc dont les méthodes de directing étaient encore inconnues outre-atlantique, conduit un zodiac à toute allure poursuivi par le grand blanc, lequel est bien décidé à boulotter ses enfants. Le shérif d'Amity Island entend guider son ennemi juré vers une ligne à haute tension qui traîne là, suspendue en mer. Toutes les lois de la logique et de la physique se retournent alors contre le grand blanc avec une chaussure noire et un aileron malheureusement pas rétractable qui se prend une décharge hallucinante dans un feu d'artifice pyrotechnique plongeant toute la côte ouest dans le noir pendant deux ans. Scheider (grand acteur dont le blaze perd tout son charme dès qu'on le sépare de son prénom) passe quant à lui à travers l'obstacle, à l'aise, il s'en tire sans même empester le poulet rôti, un miracle pur et simple. Jeannot Szwarc avouera plus tard que c'était de la "folie douce" que de tourner cette scène telle quelle.


Comment peut-on pleurer devant ça ?

Juste un intermède anecdotique : la fin des Dents de la mer 2 est aussi une date importante dans nos mémoires puisque c'est à cet instant précis que notre co-rédacteur Poulpard, aka Brain Damage, a chialé toutes les larmes de son corps et que ses parents ont su qu'il était bel et bien sociopathe. Le petit Poulpard ne pleurait pas de joie pour la survie de Roy Scheider mais bien de chagrin pour la mort du requin, et il a chialé des jours durant, inconsolable, remontant à peine la pente à la sortie du troisième film (soit un black out de 5 ans dans la vie du Poulpe). Le troisième Jaws, réalisé par Joe Alves, décorateur, espérait rameuter les foules dans les salles après un deuxième opus décevant grâce à l'apport de la 3D (le film s'intitulait intelligemment Jaws 3(D)), alors en vogue à l'époque (la mode était déjà venue, elle est repartie, elle renaît en ce moment et foutra bientôt le camp quand ce cache-misère ne suffira plus à aveugler les masses). En ce temps-là le procédé devait coûter un bras et n'était pas utilisé à tout bout de champ, par défaut, comme simple étiquette collée sur les affiches pour faire un peu rêver. Les producteurs des Dents de la mer 3 avaient pour ambition de nous en foutre littéralement plein la vue, projet qui culminait dans l'ultime séquence du film, faite pour donner la sensation à chaque spectateur qu'il ressortirait de la salle avec un collier en dents de requin. Cette scène-là, en ce qui nous concerne, on l'a vue en 2D sur FR3 et pourtant on ne l'a jamais oubliée. Chaque nouvel épisode de la saga voulait imposer un requin toujours plus gros que le précédent, mais dans le troisième volet les maquettistes ont légèrement dépassé les limites du raisonnable en créant un mégalodon digne d'une métropole vivante. Les sonars ne le détectent pas car les appareils le considèrent comme un pays, un continent à part entière, et par ailleurs des yeux si petits ne peuvent pas guider un si gros cul, les lois de la science sont ici bafouées et les dimensions du requin le font passer pour un con. N'empêche que ce gros tas nous envoya son immense gueule dentée au visage dans le dernier plan du film, prête à engloutir toute une base sous-marine et tout le public du film au passage dans ce qui restera comme l'un des "finale" les plus ridicules et les plus marquants de l'histoire du cinéma.


C'était le début des grands effets spéciaux. En 1983 ça c'était le top niveau.

Quelques mots sur le quatrième film du nom (on ne parlera pas des Dents de la mer 5, le DTV dont on vient d'apprendre l'existence) : prenant le contrepied de la grandiloquence et de l'action effrénée des précédents opus, Joseph Sargeant crut bon de nous livrer un film d'auteur contemplatif, hommage à peine déguisé à son cinéaste préféré, Andreï Tarkovsky. Dans ce film c'est la femme de Roy Scheider, jouée par Lorraine Gary (engagée sur tous les films de la série sauf le 5) qui affrontait la petite sœur du premier squale dans une déambulation cérébrale minimaliste sur l'océan. Nombre de spectateurs passèrent à côté, nous aussi. Et comme tout le monde on a pensé "plus jamais ça".


Les Dents de la mer 2 de Jeannot Szwarc avec Roy Scheider (1978)
Les Dents de la mer 3 de Joe Alvez avec Dennis Quaid (1983)
Les Dents de la mer 4 de Joseph Sargent avec Michael Caine (1987)  

1 septembre 2012

Itinéraire Bis


Croyez-le ou non, mais c'est avec le réel espoir de passer un bon moment que j'ai lancé Itinéraire Bis. Il faut dire que je misais tout sur le charme des deux comédiens en tête d'affiche et leur possible alchimie. A ma gauche, Fred Testot. Qui n'apprécie pas Fred Testot ? Qui n'a jamais rigolé devant Super Connard, Tata Suzanne, Rocco Siffredi et j'en passe ? Personne ! A l'image de son acolyte Omar Sy, Fred essaie désormais de percer sur grand écran. Avec hélas moins de bonheur... Et pourtant, on ne peut pas dire qu'il soit mauvais dans Itinéraire Bis. Il incarne un faux benêt au grand cœur plutôt crédible. On sent qu'il s'applique. On le sent énormément ! Et c'est presque dommage... Il ne nous fait jamais rire !



A ma droite, Leïla Bekhti, l'actrice qui monte qui monte et dont le bustier fout l'camp fout l'camp. Son sex-appeal est ici environ 1000 fois inférieur à ce qu'il avait pu être lors de la cérémonie des César qui l'a faite meilleur espoir féminin. Terrassé par l'ennui, on est encore une fois condamné à attendre de voir un petit bout de peau, en vain. L'actrice est très peu mise en valeur et laisse même dubitatif quant à sa réelle beauté et, pire encore, quant à son supposé talent de comédienne. Elle parvient presque à être énervante. Le duo qu'elle forme avec Fred Testot n'est pas mauvais, mais il ne fonctionne pas vraiment et ne parvient jamais à nous faire décrocher le moindre sourire.


On attend donc de se marrer jusqu'à la moitié du film, jusqu'à ce moment où l'on finit par être convaincu qu'il ne s'agit pas du tout d'une comédie mais d'une romance lamentable digne d'un téléfilm minable mis en scène et écrit par des nullards, et simplement produit pour remplir la programmation d'une morne après-midi sur France Télévisions. Au bout du compte, ce simili road movie sous morphine a le seul intérêt de nous faire croquer quelques paysages de l'Île de beauté, filmés par un manchot. C'est un peu maigre !


Itinéraire Bis de Jean-Luc Perreard avec Fred Testot et Leïla Bekhti (2011)

31 août 2012

Sideways

Aux premiers jours de notre colocation à Rémi et moi, on s'est fait voir quelques films qu'on aimait beaucoup. Lui m'a lancé L’Épouvantail de Jerry Schatzberg, moi je lui ai mis Sideways d'Alexander Payne. Je vous ai déjà parlé de mon amour irraisonné pour le comédien Paul Giamatti ? Quand et où le coup de foudre a-t-il eu lieu ? Devant Sideways, en 2005 ! Alexander Payne signait là un film méga cool, marrant et autrement plus léger que son dernier rejeton, The Descendants, qui, malgré quelques très bons moments et un George Clooney à son meilleur, tombe parfois dans certaines lourdeurs mal venues et peine à retrouver le niveau d'excellence jadis atteint par Sideways. Il s'agit surtout pour moi d'un film très attachant grâce au personnage incarné par Paul Giamatti, alors à son zénith et ressemblant plus que jamais à mon frère Glue III (il s'habille même pareil, c'en est troublant). Le duo qu'il forme avec Thomas Haden Church fonctionne parfaitement et, quand nous le voyons séduire Virginia Madsen un verre de vin à la main, on ne peut s'empêcher de succomber aussi ! Pour en revenir à mon idole, Giamatti, il passe tout le film à cran ou au bord de la dépression ! Un rôle en or pour n'importe quel acteur, certes, mais auquel Giamatti apporte sa petite touche personnelle : une humanité rare, qui nous permet de prendre fait et cause pour lui et sa grosse tronche d'ours mal luné. Je pourrais revoir ce film régulièrement sans que ça me gêne, je le trouve infiniment agréable. Quand je le mate, c'est comme si j'enfilais une vieille pantoufle faite à mon pied, c'est peut-être moins joli et ça sent sûrement un peu mauvais pour les autres, mais je m'en fiche pas mal, moi je m'y sens at ease, ça échappe aux mots ! Je n'espère qu'une seule chose : un Sideways 2, réunissant toute la fine équipe : Payne, Giamatti, Haden Church, Madsen, Oh ! Toute l'escadrille !



Sideways d'Alexander Payne avec Paul Giamatti, Thomas Haden Church, Virginia Madsen, Sandra Oh (2005)

30 août 2012

Embrassez qui vous voudrez

Ce film est adapté du roman Vacances anglaises de Joseph Connolly. Michel Blanc a lu ce livre, il l'a aimé, et quand Michel Blanc aime il fait croquer. Au resto il est insupportable, il passe tout le repas à porter sa fourchette vers la bouche de ses invités quitte à en foutre partout. L'ambition de Blanc avec ce film c'est de réaliser LE film choral français pour entrer dans le guiness book des films comptant le plus grand nombre de personnages et de chassés-croisés. Ce film franco-italo-britannique raconte l'histoire d'une chiée de personnages qui se croisent, en vacances entre le Touquet et le Fouquet's. Une vieille bourgeoise (Charlotte Rampling) dont le couple s'enlise car son mari est un putanier fumeur de Havanes (Dutronc), une femme (Karin Viard) qui parvient à grand peine à cacher sa déchéance financière et matérielle et qui dégueule toute sa haine sur son mari (Denis Podalydès) car elle n'a pas les moyens de faire comme ses copines, une séductrice (Carole Bouquet) persécutée par un mari jaloux (Blanc himself), une mère célibataire en mal d'amour (Gaspard Ulliel), une adolescente déboussolée (Mélanie Laurent), une altesse royale princesse de Savoie, de PACA et de Piémont (Clotilde Courau), un indigène (Sami Bouajila), un acteur dont ma mère est fan (Vincent Elbaz), et maints autres personnages... bref tout un réseau de parasites qui se matent le nombril, enfermés dans leurs petits tracas de morpions pleins aux as ! Le film réunit dix générations de comédiens (on a compté), en faisant le grand écart de Macaulay Culkin à Michel Bouquet.


On a essayé de représenter à l'aide de flèches rouges tous les jeux de regards travaillés par l'affiche, qui annonce la multitude de tromperies et de coups de putes prévus par le scénario (on notera que Lou Doillon est au cœur de la tourmente et que Jacques Dutronc n'en a rien à foutre !)

C'est le Short Cuts français ! Quand un acteur devient réalisateur, c'est souvent pour faire un film choral afin de donner un rôle à tous ses potes en mal de caméras, parce qu'il connaît les vicissitudes de la vie d'acteur au plus près et qu'il veut donc leur filer la plus grosse part du gâteau. C'est pour ça que Mitchum Blanc a voulu adapter le roman réputé inadaptable de Jennifer Connoly, inadaptable car bourré à craquer de personnages secondaires et de sous-intrigues. Il aurait au moins fallu un triptyque et six heures de métrage par opus pour torcher ce scénario. Mais Blanc a préféré faire un film choral à mille voix. C'est l'apanage des acteurs qui passent derrière la caméra, à commencer par Emilio Estevez dans Bobby. Le vrai souci, quand un acteur passe de l'autre côté tout en jouant dans son propre film, c'est qu'il a généralement du mal à tenir discrètement la caméra tout en se plaçant devant pour jouer la comédie. Les seuls cas de figure où ça "passe", c'est quand il s'agit d'un acteur porno qui tourne son premier gonzo, là bizarrement, ça "passe" et on appelle ça un POV.


La volonté de mettre en valeur ses petits camarades est légèrement contredite par ce genre de plans où Michel Blanc cinéaste est vraiment au plus bas.

A la fin de ce que l'on appellera donc son propre POV, Michel Blanc, rendu fou furieux par sa paranoïa démesurée et incontrôlable quant aux supposées infidélités de sa femme (le personnage interprété par Carole Bouquet, assailli de toutes part), bouscule cette dernière dans un geste rageur et l'envoie valser sur le plumard de l'hôtel. C'est là que survient l'upskirt. Blanc, voulant se la jouer Verhoeven, a demandé à Madame Bouquet, "loin d'être fanée" selon l'un des mille personnages masculins qui font des pieds et des mains pour la séduire, de faire un culbuto sur le sommier, histoire de refroidir l'ambiance du film. Cette vision fut accompagnée d'un bruit, "pschuit" (décollez votre joue en la pinçant avec deux doigts), qui fit même lâcher sa perche au perchman stagiaire du film, depuis converti moine reclus et qui, tous les matins, sonne les matines avec ses frères témoins de Jéovah. On retombe dans nos pires travers là ! C'est trop laid ce qu'on écrit. Mais putain à chaque fois qu'on décide d'écrire sur un de ces gros navets français qui comptent dans leurs rangs certaines de nos stars hexagonales, on replonge. Une conclusion peut-être ?


Embrassez qui vous voudrez de Michel Blanc avec Michel Blanc, Carole Bouquet, Karin Viard, Vincent Elbaz, Denis Podalydès, Charlotte Rampling, Mélanie Laurent, Gaspard Ulliel, Lou Doillon, Sami Bouajila, Clotilde Courau et Jacques Dutronc (2002)

28 août 2012

Fair-Play

Ce film débute par une partie de squash. Un match de 40 minutes en temps réel entre Jérémie Rénier et Eric Savin, dont on ne perd pas une miette ni une goutte de sueur, voire de sang, car Jérémie Rénier sue du sang sous nos yeux dans cette rencontre à couteaux tirés entre deux tarés du tennis en salle. A partir de 20 minutes de film on se demande sur quoi on vient de mettre la main : est-ce un film expérimental radicaliste ? un canular ? le film de vacances de Rénier leaké sur le net par un fan malade ? Impossible à dire. Peut-être n'est-ce que le prolongement pour Lionel Bailliu de son premier court-métrage, tourné un an plus tôt et intitulé Squash ? Le réalisateur, passionné par ce sport qu'il trouvait particulièrement cinégénique, a sans doute voulu marquer les esprits comme Scorsese en son temps avec The Big Shave mais en réalisant de son côté The Big Squash.


On dirait trop Gollum non ?

Quand il affirmait que les plus grands cinéastes étaient entièrement résumés dans leur premier film, François Truffaut ignorait que sa si juste théorie se verrait paraphée et signée avec un jusqu’au-boutisme morbide par le dénommé Lionel Bailliu, qui a récemment contacté Gérard Jugnot pour jouer dans son prochain film : Squash toujours. L'ex pilier de l'équipe du Splendid ne dénoterait pas dans la liste des acteurs fétiches de Bailliu puisque Fair-Play compte déjà dans ses rangs les plus grandes stars actuelles du cinéma des années 2000, à savoir Benoît Magicmel et Marion Cotillard (deux vedettes qui ont le nez creux donc), livrant une prestation plutôt sceptique dans ce film qui se veut un brûlot contre les méthodes de recrutement qui ont cours à notre époque dans les grandes entreprises. Le pitch : un patron dégénéré et facho teste ses futurs employés en leur imposant une série d'épreuves de survie. Il les défie au corps à corps dans une multitude de sports non-olympiques en pistes noires, où ils sont toujours à deux doigts de laisser leur peau (activités que l'on pratique possiblement durant les vacances, d'où le lien avec la thématique du dossier) : escalade, rafting, golf etc.


Ma parole que c'est Gollum !

Fair-Play est sorti en septembre 2006, on l'a vu quelques mois plus tard, début 2007, le temps qu'un illuminé le foute sur la toile et c'était fait. Depuis on n'a cessé de le citer lors de nos sessions critiques, et même lors de soirées lambda autour d'un feu de camp où chacun devait s'échanger des petites horreurs pour faire peur aux autres. Pas étonnant dans un sens vu que Fair-Play est le Délivrance français, à ceci près que Bailliu n'est pas Boorman (même défoncé aux oméga 3 et à la vitamine D) et que les randonneurs ne sont pas pris pour cibles par des autochtones trépanés mais par un horrible boss. Si le classique de Boorman est un film pour le moins détonnant voire dérangeant, celui de Bailliu est uniquement désagréable à s'en tirer une balle dans la tête. Quand on l'a découvert on n'avait pas encore mis en place notre fameuse règle des 16 minutes : "Si en 16 minutes tu ne m'as pas fait marrer je te vire de mon lecteur dvd à tout jamais". Cette règle, d'une efficacité redoutable, nous a posé quelques problèmes pour des œuvres pas du tout destinées à la comédie, par exemple pour les films des frères Dardenne, mais face à un OVNI comme Fair-Play cette règle est primordiale, même si on peut se laisser tétaniser au point de ne pas pouvoir en décrocher les yeux par cet objet filmique unique au monde et proprement pourri.


"Mon précieux..."

Le film est certes parfois satisfaisant pour ceux qui aiment voir Marion Cotillard en train de souffrir, mais même les plus haineux envers la starlette de pacotille se lasseront extrêmement vite de ce long métrage ignoble, dont on aimerait se rappeler quand on nous demande ce qu'on a vu de pire dans notre vie. Le réalisateur étant depuis complètement tombé aux oubliettes, on peut se dire que la stratégie de Bailliu n'a pas porté ses fruits. Blague à part, connaissez-vous une seule star nommée Lionel (à part Jospin) ? Ah si, y'a bien Lionel Abelansky. La place reste donc à prendre ! Sérieusement vous en trouvez ou pas ? Y'a rien... Si vous en trouvez : ilaose.leblog@gmail.com


Fair-Play de Lionel Bailliu avec Jérémie Rénier, Marion Cotillard, Eric Savin et Benoît Magimel (2006)

26 août 2012

Vertige

Je souffre de vertige. Passé 500 mètres d'altitude, je suis une sous-merde. J’ai pourtant réussi à voir ce film en entier, en étant très à l’aise du début à la fin. C’est dire si le premier long-métrage d’Abel Ferry est réussi et atteint son but... Et pourtant, on a là affaire à un film d’horreur français qui a connu une assez belle destinée, pas autant que le Haute Tension d'Alexandre Aja, certes, mais quand même. Ce film s'est fait remarquer à divers festivals et a même récolté quelques très bonnes critiques à sa sortie en salles. En France et à l'étranger, Vertige a su contenter un certain nombre d'amateurs de survival, ces films où des abrutis de citadins se retrouvent paumés à la campagne et doivent sympathiser de gré ou de force avec l'autochtone, souvent dépeint comme un arriéré mental physiquement mal formé.



Mais laissons de côté le film à proprement parler, que j'ai trouvé pour ma part très mauvais et dont je me souviens déjà fort mal. A mon sens, si Vertige a connu une telle carrière et a su se faire remarquer, c'est surtout à cause d'une chose plus terre-à-terre qui ne doit rien au talent présumé d'Abel Ferry. Je veux bien entendu parler du t-shirt de l'actrice Fanny Valette. Un débardeur tout ce qu'il y a de plus basique, qui débute le film dans une couleur blanche immaculée et qui, évidemment, le termine dans un tout autre état, un peu à la manière du fameux marcel arboré par John McClane dans Piège de Cristal. Un vêtement rudimentaire qui, disons-le tout net, épouse idéalement les formes de la demoiselle et qui représente le seul point fort de ce film. D'ailleurs, les as du marketing anglophones ne s'y sont pas trompés : en anglais, le titre du film est devenu High Lane, soit, littéralement, "Haute Couture".



Le travail réalisé par Abel Ferry autour de ce débardeur à 5€99 chez H&M n'est tout de même pas à fouler du pied. Le jeune cinéaste natif de Bonneville (Haute-Savoie) profite assez audacieusement de la situation et ne se gêne pas pour filmer en plongée le relief agréable de son actrice. Des plans eux-mêmes rendus possibles et légitimes par le relief remarquable du lieu où se déroule une grande partie de l'action du film, une via ferrata qui pose bien des problèmes aux apprentis escaladeurs en vacances, personnages sans relief de ce film d'horreur médiocre qui, après le franchissement de cette paroi dangereuse, se vautre dans tous les clichés les plus barbants du survival horror. La réalisation d'Abel Ferry flirte avec le voyeurisme déplacé. Le metteur en scène devait redouter la grosse baffe dans la tronche à chaque visionnage des rushs aux côtés de sa vedette. Fanny Valette aurait pu se sentir dangereusement épiée du poitrail et commettre un acte d'auto-défense tout à fait justifié. Heureusement, il n'en a rien été, bien au contraire. Très récemment, la jeune comédienne, non mécontente de l’effet provoqué à échelle mondiale par sa tenue mettant si bien en valeur sa poitrine resplendissante et plutôt fière du mythe qui s’est développé autour de celle-ci, a déclaré lors d’une interview accordée à un journaliste intrépide : « C’était l’été, j’étais entourée de types morts de aimf et j’avais les hormones en ébullition, c'est comme ça... Je suis moi-même impressionnée par ma poitrine dans ce film ! ». Ses seins étaient, dit-elle, bien plus gros que ce qu’ils sont en temps normal. Fanny Valette affiche dans ces propos la modestie typique de la meuf trop sûre d’elle. C'est toujours un peu agaçant. Mais on s’en fiche pas mal, l’essentiel, c’est que ce moment si miraculeux ait été capté par une caméra !


Vertige d'Abel Ferry avec Fanny Valette et son débardeur blanc (2009)

25 août 2012

Associés contre le crime

Il y a des films dont on se demande "mais POURQUOI ?"... Tous les matins en ce moment je passe devant une grande affiche du film Associés contre le crime de Pascal Thomas avec Catherine Frot et André Dussollier. C'est la troisième adaptation d'Agatha Christie par la même équipe depuis 2005, après Mon petit doigt m'a dit et Le Crime est notre affaire (le seul que j'aie vu et qui me tiendra confortablement et soigneusement éloigné des deux autres). Quand on sait le nombre de projets passionnants qui ont du mal à se monter et qu'on voit des trucs pareils se tourner à la chaîne sans problème, on a envie de se taper la tronche contre les murs jusqu'à ce que mort s'en suive. Visez-moi un peu la sérigraphie atroce des affiches de ce triptyque infernal :



Le truc c'est que chacun de ces merdiers score à peu près un million deux cent mille entrées (pour vous situer dîtes vous que L'Art d'aimer ou L'Apollonide n'ont pas fait plus de deux cent mille entrées, soit un petit million de moins), d'où l'acharnement des producteurs à nous abreuver des aventures déprimantes de deux vieux croutons en plaid à carreaux. Il faut croire qu'il y a officiellement un million deux cent mille addicts d'Agatha Christie en France qui iront systématiquement voir les adaptations franchouillardes des bouquins de la vieille anglaise à bouclettes peroxydées. Et les types qui sortent ces films viennent juste de piger qu'il fallait peut-être les caser en plein mois d'août pour grossir leurs stats (en même temps peut-être que les fans vont commencer à se lasser ?), au moment où les gens font d'une pierre deux coups en allant joyeusement se faire fusiller à bout portant l'épiderme et les cellules grises sur une plage de la Côte d'Azur où ils emportent tous ces romans de gare à deux francs parmi lesquels les best-sellers d'Agatha Christie surnagent. Alors qui de la poule et qui de l’œuf ? Est-ce que les Dix petits blacks se vendent par colis parce que Pascal Thomas (qui, rappelons-le, est coupable d'avoir commis Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d'amour...) les conseille une fois par an à son public ? Ou est-ce que c'est parce qu'il tape dans la masse des abonnés aux romans policiers de l'été que Thomas Pascal décroche le jackpot à chaque nouveau pet de ciné ? C'est un filon comme un autre. Je pense qu'on aura encore droit à une chiée plus quinze d'autres films de Chantal Thomas toujours avec Dédé Ducolbac et Catherine Froc réunis dans des poses pornographiques et des costumes en bois d'ébène sur des affiches aux couleurs primaires avec un rond jaune plus ou moins rond au milieu, et qu'il faut juste faire comme si de rien n'était.


Associés contre le crime de Pascal Thomas avec André Dussollier et Catherine Frot (2012)

23 août 2012

Jumanji

A la mi-août, quand on a déjà fait tous les trucs sympas à faire pendant les vacances et qu'on se retrouve un peu à court d'idées, on finit souvent autour d'un jeu de plateau. Paradoxalement c'est cette activité-là qui nous fait le plus suer alors qu'on vient de passer l'été à jouer au beach soccer, à faire des parties de ping-pong endiablées et à essayer de cacher sa gaule sur la plage. Lors de ces après-midi où le temps paraît s'être arrêté et où le soleil semble coincé à son zénith, bien décidé à nous griller la caboche, on a tous forcément rêvé d'échanger notre gros monopoly (aux billets de banque marqués au feutre par un tonton un peu à part qui a essayé de faire des mauvais coups à la boulangerie du coin) contre le jeu de plateau ultime : Jumanji (à prononcer "You-man-yee"). Quel est le nom du messie qui a réalisé le film du même nom et premier "film de plateau" de l'histoire du cinéma ? Est-ce que quelqu'un est capable de citer son patronyme sans chercher nulle part ? Nous on misait sur Chris Columbus, le yesman des 8/12 ans. En réalité ne cherchez pas c'est Joe Johnston, un saint homme, un sous-Columbus, un gros colombin. Homme de main de Spielberg, Johnston, contrairement à Robert Zemeckis, n'est pas à proprement parler son "poulain", Joe Johnston c'est de la pure main-d’œuvre, un ouvrier à la petite semaine, de la chair à canon. Spielberg l'envoie toujours sur les projets les plus bancals, et parfois banco ! Comme là.


Quelle famille, sur la route des vacances, ne s'est pas arrêtée sur le bas-côté pour boucler vite fait une partie de jeu de plateau ?

En 1995 on allait au cinéma deux fois l'an, une première fois pour mater Madame Doubtfire (le saviez-vous : le film devait d'abord s'intituler "Mademoiselle Doubtfire" pour coller au titre original "Misses Doubtfire", mais quand les distributeurs français ont maté le scénario de plus près pour s'apercevoir que c'était une vieux trans pédophile qui jouait le rôle ils ont viré de braquet pour mettre "Madame", ce qui ne change certes strictement rien), une autre pour voir Jumanji (combien de "i" et combien de "j" dans "Jumanji" ?). Quand les deux séances ciné de l'année c'est le Madame Doubtfire de Chris Columbo et le Jumanji de Joe Johnston, on peut parler d'une année noire et surtout se demander comment on a pu devenir les cinéphages numéro 1 de la région PACA après ça... En revanche rien d'étonnant à ce qu'on soit devenu des fanas de Robin Williams, qui était sur le toit du monde à l'époque.


Robin Williams était loin de se douter à l'époque que cette image du film résumerait bientôt son propre engloutissement dans une filmographie d'outre-tombe.

Après s'être séparé du groupe Take That (prononcez "Tik Tak"), Robin Williams a enchaîné les tubes et les hits au hit parade et au box office. En 91 il joue la fée clochette dans Hook de tonton Spielby, en 92 il obtient le Golden Globe du meilleur acteur pour son rôle de pécheur à la ligne dans Fisher King, la même année, celui qu'on appelait "la voix de génie" prête sa voix au génie d'Aladdin pour rester à jamais connu pour sa voix du génie. En 93 il explose dans Doubtfire où il ridiculise Pierce Brosnan d'un coup de pied dans le cul qui propulse James Bond droit dans l'eau, en 95 il s'écroule en jouant dans Neuf mois aussi, le remake ricain du chef-d’œuvre de Patrick Bradoué, mais il refait surface aussi sec dans un projet à priori peu engageant, basé sur un jeu de plateau, qui finira pourtant par emporter le morceau, j'ai nommé le fameux Jumanji. Il sombre après ce succès en prêtant ses "rides du rire" au prequel precog inversé de L’Étrange histoire de Benjamin Button dans le Jack de Coppola, mais se relève avec l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle grâce à Will Hunting avant de définitivement manger la poussière avec Flubber, le biopic américain de Gustave Flaubert, mais aussi avec Docteur Patch et mille autres films où on voit bien que l'acteur y met du cœur, sauf qu'au bout d'un moment ça ne suffit plus pour sauver les meubles.


La fameuse séquence de l'attaque des singes ! On ne s'en rend pas bien compte aujourd'hui mais ça à l'époque c'était le renouveau des effets spéciaux. Même s'il fallait faire un petit effort pour y croire, cf. ci-dessus.

Jumanji a également offert son premier gros rôle à Kirsten Dunst dans le rôle du dé à coudre sur le plateau de jeu. Pour incarner la vieille godasse trouée, un jeune acteur, Bradley Pierce, qui depuis joue encore à Jumanji mais sans caméras autour de lui, seul dans son grenier, matez sa page allociné, y'a de quoi faire déprimer un mort. Feu cet acteur connaît par cœur les règles du jeu de Jumanji, et pour cause puisque comme le personnage principal du film il est coincé dans un monde parallèle en pleine jungle, attendant que quelqu'un daigne jeter le dé et faire un six. Tout comme lui, nous attendons que Joe Johnston ou un autre trimard de base à son image relance les dés et nous ponde le Jumanji 2 que la fin très ouverte de l'original laissait espérer et que nous attendons depuis 17 ans maintenant. Selon google la suite existe bel et bien, réalisée par Jon Favreau, et s'intitule Zathura. Si c'est vrai, quelle idée de changer le nom ?! C'est comme si un type tournait la suite d'Avatar et l'appelait "Gros Bâtard", ou si le deuxième Memento s'intitulait "Agenda". C'est du Favreau dans toute sa splendeur... Bref, pour revenir au film et en dire quand même quelques mots, sachez que si on attendait à ce point une suite c'est qu'on l'avait forcément kiffé au ciné. On ne l'a pas revu depuis l'âge de huit ans mais à l'époque on avait pris un pied terrible. A cette époque où on ne voyait la lumière du jour que deux fois par an et où nos parents nous faisaient crécher dans le grenier, accrochés à un piquet avec une gamelle d'eau pour tout hobby et les côtes du jambon hebdomadaire pour tout amuse-gueule, croyez-nous, on attendait la suite de Yu-man-yee. J'espère qu'on vous a bien fait ressentir à quel point on avait aimé ce film, pas juste parce qu'il était sympa du coup, aussi parce que c'était un peu de lumière.


Jumanji de Joe Johnston avec Robin Williams et Kirsten Dunst (1995)

21 août 2012

Stand By Me

Rob Reiner, né Robert Reiner le 6 mars 1947 dans le Bronx à New York aux États-Unis, est un acteur, producteur, réalisateur et scénariste américain dont la carrière se divise littéralement en deux avec une cassure nette pile en son milieu. Lancé avec un mocku-fiction encore culte aujourd'hui, This is Spinal Tap, il a ensuite réalisé coup sur coup Stand By Me, Princess Bride et Quand Harry rencontre Sally, enchaînant littéralement les succès (même si le deuxième de la liste est une pure infection) pour poser son empreinte sur les années 80, dont il reste l'un des symboles, au même titre que le groupe Dépêche Mode. Stand By Me signe sa rencontre avec Stephen King, auteur qu'il retrouvera au début des années 90 avec Misery, l'avant-dernier film appréciable du cinéaste, qui ensuite réalisa Des Souris et des hommes d'honneur, l'adaptation du roman de John Steinbeck dans laquelle Gary Sinise flinguait John Malkovitch pour avoir violé une chienne (l'animal). Après cet ultime coup d'éclat, Reiner a tourné le dos aux grands auteurs et nous a enfouis sous une flopée de purges aux relents réactionnaires, dont le dernier exemple en date, Flipped, est peut-être le pire.



Mais revenons sur ce qui est, à n'en pas douter, le chef-d’œuvre de Rob Reiner, derrière Quand Harry rencontre Sally et quelques autres. Armé du livre de poche du King, qu'il ne lâcha pas durant toute la préparation du tournage, Reiner organisa un casting de quarante jours et quarante nuits pour trouver les quatre garçons magiques qui allaient incarner les héros de la bande de son film d'aventure : le premier, Wil Wheaton (Gordie), n'a pas fait une grande carrière, il a notamment joué le flubber dans Flubber ; le second, River Phoenix (Chris), n'est plus à présenter ; le troisième, Corey Feldman (Teddy), a joué dans tous les films pour gosses des années 80 (Les Goonies, Gremlins, etc.) avant que l'âge adulte et une tronche pas possible ne mettent fin à ses rêves de gloire ; quant à la quatrième roue du carrosse, Jerry O'Connell (Vern), il resta longtemps coincé dans les mondes parallèles de Sliders avant de mourir, à la vie comme à l'écran, dans Scream 2. Une véritable harmonie se dégage de cette petite troupe d'adolescents, qui restèrent d'ailleurs longtemps amis, au moins durant le tournage.



L'histoire, racontée en voix-off par Richard Dreyfuss, qui prête ses traits au début et à la fin du film au personnage principal devenu adulte, est celle de ces quatre gamins partis un été à la recherche du cadavre d'un gosse censé avoir été percuté par un train. Traversant le pays en suivant les rails dans ce qui se veut un pur railroad movie, Gordie, Chris, Teddy et Vern rencontrent évidemment tout un tas d'embûches sur leur parcours, dont la présence désagréable (y compris à l’œil du spectateur) de Kiefer Sutherland. Les fans de la série 24 heures chrono devraient se pencher sur le quasi premier film de la vedette du petit écran (avant même The Lost Boys de Joel Schumacher), qui interprétait ici un loubard aussi menaçant que ridicule et était loin de s'imaginer qu'il deviendrait plus tard l'idole des jeunes en prêtant ses traits à un personnage culminant à 24 de QI dans une série dont chaque seconde se déroulerait sur 24 épisodes de 24 heures chacun.



Au gré de leurs aventures (l'attaque d'un chien méchant, la fuite face à un train lancé à toute allure sur un pont, les confrontations régulières avec la bande de Sutherland et ainsi de suite), peu à peu les quatre personnages principaux se dessinent : Gordie a perdu son grand frère (John Cusack) à la guerre et passe ses repas du soir en les quat'z'yeux de ses parents à écouter les lamentations de son paternel qui regrette qu'il ne soit pas mort à la place de son aîné ; Chris a quant à lui un grand frère délinquant et se voit condamné à en suivre le chemin ; Teddy a un père rendu complètement schizo par son expérience de la guerre qui s'amuse régulièrement à lui brûler la moitié du visage sur une plaque chauffante ; quant à Vern, il est principalement obèse. Ces quatre portraits portent la griffe reconnaissable entre mille du King par leur finesse, leur richesse et leur faculté à forcer l'identification.



A revoir le film aujourd'hui, et quitte à verser dans l'uchronie, on peut se demander ce qu'il aurait donné si le script était tombé dans les mains de Gus Van Sant. La nouvelle de Stephen King semblait faite pour lui, du moins dans les grands lignes. Après tout, Stand By Me est un lent road movie situé à Portland et racontant l'histoire d'une bande de jeunes adolescents formant une communauté fraternelle pour fuir des cellules familiales éclatées par l'empreinte de la guerre (pour Gordie et Teddy) ou par le spectre de la marginalité (pour Chris et son grand frère - sans parler du gang de punks errants menés par Kiefer Sutherland) dans la quête insensée du cadavre d'un semblable, mort littéralement fauché en pleine jeunesse par un train... Une bonne partie du cinéma de Van Sant est là dans les termes et on peut se demander ce que le "cinéaste de Portland" aurait tiré de cette histoire. L'aurait-il adaptée dans le cadre hollywoodien comme Rob Reiner ou en aurait-il fait un film indépendant plus audacieux, voire un film expérimental ? Vous me répondrez que si ma tante en avait on l’appellerait mon oncle et vous aurez raison.



Rob Reiner, qui transforma la nouvelle en un film mainstream dans la lignée des productions Amblin avec peut-être un zeste de noirceur en plus, parvint en tout cas à capter des instants d'enfance, et River Phoenix, qui joua quatre ans plus tard dans My Own Private Idaho de Van Sant, nous gratifiait déjà de quelques scènes poignantes, un peu surjouées mais poignantes, qui nous feront dire et répéter qu'il serait devenu un immense acteur si... Stand By Me fait partie des très bons films pour enfants des années 80. Quand on se rappelle que George Lucas ciblait avec Star Wars le public des moins de 10 ans et avait prévu dès le départ de tout miser sur le merchandising (les jouets) pour gagner du blé, et quand on voit l'âge moyen des fanatiques de ses films à l'époque et aujourd'hui, on se dit que si le film de Rob Reiner sortait en 2012 des tas de freaks de 30/40 ans en seraient malades, arboreraient des t-shirts Stand By Me et se baladeraient en bagnole avec la chanson éponyme de Ben E. King à fond la caisse en lieu et place de la bande originale complète et composée d'une seule chanson de Drive, et ça foutrait sacrément les jetons ! Ce scénario, là encore légèrement fantaisiste, est assez peu plausible, mais après tout on fait ce qu'on veut. A l'époque en tout cas nous étions jeunes et nous avions aimé le film de Rob Reiner, qui s'adressait directement à nous en nous identifiant à ce quatuor d'enfants partis sur les routes pour un voyage initiatique vers l'âge adulte. On aime encore aujourd'hui ce Stand by me et on peut se demander jusqu'à demain si ce n'est que pure nostalgie ou si c'est plus que ça. Au pire on serait raccord avec le film, qui se montrait lui-même nostalgique de la fin des années 50 et du début des années 60 avec son panel de standards du rockabilly et son portrait sinon enchanté disons joliment ouaté de l'Oregon en particulier et de l'Amérique rurale en général comme vaste terrain de jeu naturel. Une chose est sûre, le film convoque forcément la nostalgie du spectateur quant à sa propre enfance, et dieu sait que Rob Reiner a su filmer cette œuvre "à hauteur d'enfant". Le secret pour y parvenir ? Placer sa caméra à hauteur d'1m50 environ en rehaussant un peu la fameuse caméra-tabouret qui a fait le succès des meilleurs films d'Ozu.


Stand By Me de Rob Reiner avec Wil Wheaton, River Phoenix, Corey Feldman, Jerry O'Connell, Richard Dreyfuss, John Cusack et Kiefer Sutherland (1987)

19 août 2012

Les Meilleurs amis du monde

Près de vingt ans après Mes Meilleurs copains de Jean-Marie Poiré, où Christian Clavier, Jean-Pierre Darroussin, Marie-Anne Chazel et Jean-Pierre Bacri arboraient des permanentes monstrueuses et des tenues de cirque pour singer les hippies français des années 60/70, Julien Rambaldi réalise Les Meilleurs amis du monde, où Marc Lavoine porte une grosse moustache et des lunettes fumées et où Pascale Arbillot étouffe sous un carré blond bouffant digne de la chevelure plastifiée d'une Doris Day sous amphétamines non pas pour caricaturer une époque passée - le film se déroule de nos jours - mais pour nous faire rire... Je suis peut-être le seul dans ce cas mais je l'avoue : j'ai vu ce film. Et en entier, grâce à une fatigue de celles qui vous enlisent devant les pires spectacles et vous les font endurer sans réaction. Lorsqu'on a survécu à l'une des premières scènes où l'on voit Léa Drucker chanter au volant de sa Volvo avec Pef à ses côtés, sur la route de la maison de vacances d'un couple d'amis qui en fait les déteste, on s'enfile forcément le reste, par masochisme dégueu.


"Pef" et ses amis se torchent avec le cinéma et moi je les regarde faire...

Bref, j'ai vu la chose, malgré les conseils de Félix, malgré sa prévenance et sa bienveillance. Je resitue la scène : un soir, devant mon mac, DD externe branché, fichiers ouverts sur le bureau, Félix à mon côté le doigt pointé vers le .avi des Meilleurs amis du monde, me regardant droit dans les yeux en secouant la tête lentement de la gauche vers la droite. Cet homme est attentionné, il est protecteur, c'est le meilleur ami du monde et lui n'en fait pas des films de merde. Pourtant j'ai cliqué, j'ai fait glisser et collé. Pire encore, je l'ai vu. Et je l'ai vu en entier... C'est une infatigable saloperie mais ce qui me tue encore et toujours devant ce genre d'horrible bavure cinématographique, c'est l'incapacité de ces gens-là à accoucher ne fut-ce que d'une seule vanne, d'une seule plaisanterie. Je vous avais déjà fait part de mes interrogations face à ce phénomène anti-humour à propos de Mon Beau-père et nous. Je me répète un peu mais c'est un mystère qui reste entier et qu'il faudrait résoudre un jour ou l'autre, le mystère de l'incompréhensible faculté de ces soi-disant comiques à ne pas décrocher le moindre sourire au spectateur en une heure et demi de soi-disant comédie.


Marc Lavoine n'est plus du tout en train de jouer.

C'est presque impossible normalement. Même avec un bruit de pet on devrait être capable de faire marrer. Je pense à cette scène dans Step Brothers où John C. Reilly lâche une interminable caisse dans le bureau de son futur employeur, lequel analyse la situation en disant que ce vent sent l'oignon et le ketchup et que la pièce est trop petite pour contenir un pareil pet. C'est très con, c'est que dalle, c'est un pet, mais ça peut suffire parfois, quand c'est bien joué, agrémenté de répliques originales et bien géré par un timing au cordeau. Et quitte à verser dans le scato pur et dur, comme Adam Sandler dans Jack & Jill, on peut y aller à fond et faire durer la situation en allant crescendo dans le comique de geste, comme quand le personnage masculin du film en question est littéralement défenestré par l'homoncule merdeux qui lui grimpe dans les narines après avoir traversé la porte des gogues où sa sœur, également jouée par Sandler, se libère de quelques tortillas... Eh bien beaucoup de gens ne savent même pas faire rire avec les choses les plus simples, avec une chose aussi simple qu'un long pet : je vous renvoie à Jurard Gégnot au début de Rose & Noir, qui n'arrive qu'à rendre la chose sordide et repoussante et à nous soulever l'estomac gratos... Les types aux manettes des Meilleurs amis du monde n'ont même pas l'idée du pet, quoique si, le scatologique leur vient à l'esprit, il y a tout un tas de scènes où Pef dessine sur des rouleaux de PQ et où Marc Lavoine défèque sur un trône donnant immédiatement sur le jardin, mais ils n'ont pas le minuscule truc en plus qui permet de faire rire à partir des expédients comiques les plus basiques et se contentent d'accabler leurs rares spectateurs. Ils mériteraient d'être le sujet d'une thèse angoissante de para-psychologie, ou plutôt de chimie moléculaire sur la mort par manque de sollicitation du génome de l'humour. A noter que Julien Rambaldi, le réalisateur de ce torture flick, est le fils de Carlo Rambaldi, créateur et père de la marionnette d'E.T., ce qui fait de lui un authentique extra-terrestre, un petit homme vert. Après tout peut-être que sur Mars sa grosse daube fait pisser de rire quelques tarés...


Les Meilleurs amis du monde de Julien Rambaldi avec Marc Lavoine, Pef, Léa Drucker et Pascale Arbillot (2010)

18 août 2012

Voir la mer

L'intérêt de ce film, c'était de voir Pauline Lefèvre nue. On est d'accord ? Sérieusement, on s'en balance pas mal que ça soit le dernier film de Patrice Leconte, le film qui marquait son retour à un cinéma un peu plus discret et ambitieux (?), après les purges sans nom qu'étaient les imbuvables comédies Les Bronzés 3 et La Guerre des Miss. Qui en a encore quelque chose à foutre de Patrice Leconte ? Qui s'intéresse toujours à lui ? Qui s'est déjà seulement intéressé à lui ? Qui a été ne serait-ce qu'un tant soit peu interloqué par le titre pseudo provocateur de son triste bouquin J'arrête le cinéma ? Franchement... Leconte est tellement au fond du gouffre qu'il en est réduit à gueuler son mal-être dans les bacs des librairies, lui qui ne se fait même plus remarquer au ciné, bien qu'il continue à aligner les merdes infectes. Bref. Voir la mer, tout le monde s'en balance. Ce qu'on veut, c'est voir Pauline Lefèvre à poil, comme le promettait la bande-annonce. Pas parce qu'elle est une belle femme, non elle ne l'est vraiment pas et Patrice Leconte a au moins le mérite de nous le démontrer froidement. Mais par simple curiosité. Et peut-être aussi parce qu'elle nous a allumés pendant deux ans chaque soir sur Canal + en agitant son cul et ses nibards à la face du monde, tout en les couvrant soigneusement d'un peu de tissu, toujours le minimum syndical, devant un Denisot médusé au quotidien, tandis qu'elle déblatérait les pires ignominies. Rien de plus normal que de vouloir s'envoyer Voir la mer pour se faire une idée de la chose. Toutes les miss meteo de Canal finissent à poil dans un premier et presque dernier film et on veut légitimement voir ce qu'il en est. Après l'infâme Bourgoin dans La Fille de Monaco, Lefèvre se désape chez Leconte, et l'autre québecoise dont on ne connait même pas le blaze glissera peut-être directos dans la case du premier samedi du mois vu comment elle a passé toutes ses soirées pendant un an à racoler les campeurs et les camionneurs en faisant des allusions craspec tout en montrant au maximum son corps à peine recouvert d'une étroite bande de lycra sur le point de cramer dans des sketches désespérants où elle enchaînait les acrobaties les plus laides et les roulés-boulés sous le museau encore une fois dilaté de Deniflax.



(Interlude dans ce brûlot nécessaire avec une affichographie très succincte, qui procède d'un simple comparatisme iconographique. Les images sur les deux affiches, celle du Leconte et celle du Genou de Claire de Rohmer, montrent plus ou moins la même chose, elles se ressemblent, c'est un fait, et pourtant elles n'ont rien à voir. Ou quand une image vaut mieux que mille mots pour dire l'infinie médiocrité du sieur Leconte. Attardez-vous sur le plan de son film que cet aveugle a sélectionné pour son affiche, observez minutieusement la façon dont cette image est découpée et dont elle représente le corps féminin supposé cristalliser toutes les convoitises, ici réduit à deux poteaux informes. Que c'est laid. L'affiche de Voir la mer a pour seul mérite de résumer le projet du cinéaste et de ses producteurs : on y voit deux blaireaux qui préfèrent mater une grande conne plutôt que l'océan, idem pour le spectateur, qui n'aura jamais eu le moindre désir de voir Voir la mer et qui ne l'aura lancé que pour avoir vu miss météo à poil.)



Verdict ? Passez votre chemin et vive la dressing room de Canal ! Pauline Lefèvre gagne clairement à être recouverte de fringues. Elle a des jambes arquées à la Rivaldo (Ballon d'Or 1999), ses fesses sont flasques et sans relief, ses seins tirent la tronche, sans parler de son allure toujours disgracieuse au possible qui n'arrange rien à l'affaire. Et lorsque Leconte s'attarde en gros plan sur son visage on se rend compte qu'elle pourrait aisément servir d'ouvre-bouteille ou de décapsuleur pour les boîtes de conserve les plus vicelardes. Inutile de la défier au petit jeu de notre enfance qui consiste à vérifier si l'on parvient à toucher le bout de son nez avec la langue. Elle fait ça non-stop et, visiblement, ça la gêne. Pour vous donner une idée, dites-vous que cette fin d'"article" est au moins aussi moche qu'elle dans ce film !


Voir la mer de Patrice Leconte avec Pauline Lefèvre, Clément Sibony et Nicolas Giraud (2011)

Ni à vendre ni à louer

... ni à mater.


Ni à vendre ni à louer de Pascal Rabaté avec Jacques Gamblin, Maria de Medeiros et François Damiens (2011)

17 août 2012

Paul

Paul est une horreur de film. Pourtant c'est un prénom qu'on apprécie... D'ailleurs, parmi les mille reproches qu'on peut adresser au réalisateur Greg Mottola, il y a celui d'essayer d'entacher ce patronyme, d'essayer seulement : personne ne pense à ce film en entendant le prénom, personne n'y pense tout court en fait. Il fait partie de ces films qu'on voit dans le train. C'est le portrait de deux gros geeks fanas de tout ce dont les geeks sont fans (Star Wars, Star Trek, X-Files, Roswell, Au-delà du réel, les ordinateurs et les t-shirts avec un smiley au milieu). Le film est donc bourré à craquer de références de geeks, principalement des références à la première trilogie Star Wars, à X-Files, à Battlestar Gallactica, à Scott Pilgrim, à Total Recall, à Alien, à Titanic ou à Shaun of the dead, le navet où l'on retrouvait justement les deux mêmes acteurs pégueux : Simon Pegg et Nick Frost. Cette dernière auto-référence est particulièrement géniale puisqu'elle passe par un gros plan sur un chien qui lève la tête au début du film, écho à la dispute des deux mêmes trépanés de Shaun of the dead qui débattaient de la capacité des canidés à regarder en l'air. Quand devant Paul on reconnaît ne serait-ce qu'un clin d’œil parmi ces milliers de références, on est content de soi une nano-seconde et puis aussitôt on a honte à en mourir, pas seulement parce qu'il s'agit souvent de références de merde mais parce qu'on se rend compte qu'on partage celles de Simon Pegg et de son acolyte.


Après Big Band Theory, la série pourrie sur le phénomène geek, voici Paul, le film définitif sur ces dégénérés mentaux.

Après avoir assisté au Comic-Con (cette grand-messe de geeks amateurs de mangas et de comic books, événement que tout le monde connaît parce que c'est là qu'on annonce la sortie de tous les gros films idiots sur des super-héros et compagnie, soit 96% des sorties américaines contemporaines), les deux héros du film décident de se payer un road trip vacancier bien mérité et de faire un pèlerinage sur les lieux mythiques des amateurs d'ufologie. C'est en plein milieu de la Zone 51 qu'ils font la connaissance de Paul, un extra-terrestre comme on se les imagine tous, doté d'une énorme tronche, d'yeux de poiscaille et d'une mini-teub. Paul est doublé dans la version originale par Seth Rogen et ça tombe plutôt bien puisque l'acteur correspond parfaitement à la description du petit alien. Dans la version française c'est Philippe Manœuvre qui s'y colle, la petite encyclopédie merdique du rock, l'homme qui connaît tout dans son domaine, mais auquel on ne fait pas pour autant confiance. Philippe Manœuvre est un peu comme Manu Katché, un autre juré de La Nouvelle Star : on pourra nous prouver et nous assurer qu'ils sont bons dans leur domaine, l'un dans l'édition de tous les dicos du rock, l'autre aux percus, on ne voudra jamais le vérifier. Quand on s'apprête à écouter un fameux disque de jazz, un bon Garbarek par exemple, et qu'on découvre que la batterie est assurée par Katché, on voit rouge et on n'appuie jamais sur "play". Pourtant le disque est sacrément bon et le bonhomme fait son taff, mais Manu Katché a participé, lui qui se trimballe la pire réputation de la Terre depuis sa série de caméos camés sur M6. Katché s'est dit qu'il avait un CV en or massif, qu'il était tranquille, qu'il avançait à couvert vu son passif et que par conséquent il pouvait aller se faire plaisir sur M6 face aux deux obus d'Efira, mais c'était ignorer que beaucoup de gens allaient le découvrir là, et s'il était légitime auprès d'un public averti composé exclusivement de fins connaisseurs du jazz, pour le reste du monde il serait désormais le gros connard assis à côté du pachyderme humain à l'accent bavarois nommé Marianne James. Pour revenir quand même au film de Pegg et Frost après ce qui restera comme la plus longue parenthèse du monde, Paul, le petit E.T., se trouve être un geek lui aussi vu qu'il partage les mêmes référents que les deux débiles humains qui le découvrent, et comme ses deux nouveaux meilleurs potes, il n'est absolument pas drôle.


A gros freak, freak et demi ! Le personnage et son doubleur partagent la particularité de posséder un énorme melon posé sur un corps rachitique hideux. Lequel est un alien ?

Retour sur la genèse de ce petit chef-d’œuvre. Simon Pegg a eu l'idée d'un film dans le désert avec un alien sur le tournage de Shaun of the dead. Il déclare alors : "Voilà notre prochain film : un road-movie avec un extraterrestre." Et cette phrase a suffisamment marqué l'entourage du comédien pour avoir été gravée dans le marbre au point qu'on peut tomber dessus assez facilement aujourd'hui en traînant peinard sur wikipédia, lors d'une session wiki sans arrière-pensée, à des millions de kilomètres d'imaginer pouvoir lire une saloperie pareille. Simon Pegg et son pote Nick Frost ont alors parcouru tout l'ouest américain en camping-car à la recherche de "matière" (sic) pour écrire le film : "Puis on s'est assis l'un en face de l'autre et on s'y est mis, une ligne après l'autre." Voilà comment les deux petits enfants prodiges d'Hollywood ont créé l’œuvre dont il est question ici, qui est signée Greg Motorola mais qui est le pur bébé de Simon Pegg et Nick Frost. On a parlé de Simon Pegg, principalement en utilisant l'adjectif "pégueux", qui suffit à donner une bonne idée du personnage, mais on n'a encore rien dit de Nick Frost. Que dire ?... Pour vous donner une idée Nick Frost c'est le petit marrant qui fait passer Simon Pegg pour un boloss en soirée. C'est le type qui s'est fait une raison très tôt, plus tôt que beaucoup d'autres, et c'est ce qui lui a permis de passer pour cool et d'ainsi bâtir ce qui reste une belle filmo, dont Paul est un chaînon important. Aux yeux de beaucoup de gens, Frost, comme Pegg, a réussi sa vie et sa carrière vu qu'il a amassé plusieurs millions de dollars, disons beaucoup d'argent, assurant la survie de sa famille sur plusieurs générations et glanant le petit plus qui permet de vivre à l'aise, avec grosses bagnoles et compagnie. Nous ne partageons pas cette conception des choses et comme dirait Bertrand Cantat, que nous citerons à défaut d'imiter son choix de vie : "On fait ptet partie de la même planète, mais pas du même monde".


Paul de Greg Mottola avec Simon Pegg, Nick Frost, Kristen Wiig et Jason Bateman (2011)