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11 octobre 2012

World's Greatest Dad

On est fan de Robin Williams ou on ne l'est pas ! Ce film réalisé par le délicieusement nommé Bobcat Goldthwait permet de distinguer les vrais adorateurs de l'acteur des faux. Il y a d'un côté ceux qui vont télécharger le divx de World's Greatest Dad et se l'infliger en version originale non sous-titrée (aucun fan ne s'étant jusqu'à présent montré assez altruiste pour créer des sous-titres), et ce plutôt deux fois qu'une, pour mieux apprécier la performance de la star et la faire partager. Et de l'autre, il y a donc ceux qui se contentent de trouver l'acteur impeccable dans Will Hunting et qui le méprisent doucement pour presque tout le reste, et notamment pour avoir dansé avec d'étranges bulles vertes rebondissantes dans Flubber et s'être grimé en robot distributeur de capotes pour incarner L'Homme bicentenaire ou en vieillarde travelo libidineuse dans Madame Doubtfire. Si j'écris ces lignes, c'est évidemment parce que je fais partie de la première catégorie. Ne me demandez pas pourquoi, ça ne s'explique pas vraiment. La tronche de Robin Williams m'est infiniment sympathique, peut-être plus encore que celle de Paul Giamatti. Le voir ici aux prises avec un ado obscène et des plus revêches, à la répartie terriblement affutée, durant toute la première grosse partie du film, est un vrai régal, un pur plaisir qu'il me serait impossible de refuser, impensable de bouder !




Robin Williams campe donc un prof de littérature dans un lycée tranquille de banlieue. Comme tant d'autres personnages principaux de ce genre de films indé ricain, il est également un écrivain raté, en panne d'inspiration, qui n'a jamais connu le succès. Son morne quotidien est fait de désillusions systématiques et d'humiliations intériorisées. Celui-ci nous est présenté durant les vingt premières minutes de ce film, qui sont de loin les plus agréables, et où l'on assiste, assez tétanisés, aux premiers accrochages verbaux avec son fils, cet infâme adolescent à problèmes, affreusement crédible et obsédé sexuel de son état, que Robin Williams surprend dès la première scène en train de se masturber de la même façon que le regretté David Carradine, une cravate très solidement nouée autour du cou, plongé dans le noir, le regard fixé à l'écran de son ordinateur. Lors de cette introduction rondement menée, nous découvrons ensuite que Robin Williams s'envoie la MILF de son lycée (Alexie Gilmore, plutôt charmante), l'une de ses collègues, et qu'ils ont entre eux des petits jeux assez comiques. Son bonheur est toutefois loin d'être total puisque la jeune dame ne souhaite pas rendre publique leur relation pour un motif bien peu valable, ce qui, très tôt, en dit assez long sur la confiance que l'on peut accorder à ce personnage versatile dans l'entreprise qui devra nécessairement mener notre si charismatique héros vers le plein épanouissement.




Dans cette même optique, Robin Williams ne pourra donc pas compter sur son fils, incarné par un acteur prometteur (Daryl Sabara) qui trouvait peut-être là le rôle de sa vie et auquel j'attribue sans hésitation le mérite de parfaitement nous communiquer tout le plaisir qu'il prend à débiter les horreurs que le réalisateur-scénariste survolté a inventées pour son personnage. Les échanges entre lui et Robin Williams offrent des passages très savoureux, pour la plupart immortalisés par quelques fins limiers sur Youtube. Ces scènes y sont pour beaucoup dans la petite réputation appréciable que se taille progressivement le film, diffusée par les rares spectateurs qui s'y sont risqués. La meilleure est sans doute celle où Robin Williams, légèrement stone après s'être régalé d'un joint sur son balcon, va voir son fils dans sa chambre et lui demande, assis sur son lit, un sourire bienveillant collé au visage, ce qu'il aimerait faire comme sortie ou activité en sa compagnie le lendemain. Après quelques boutades amusantes, son ado de fils finit par lui répondre qu'il aimerait tout simplement passer la journée à regarder des culs et des vagins. Robin Williams réagit alors d'une superbe façon, riant à la vulgarité outrancière de son gosse, dans un instant de complicité miraculeux et d'un naturel désarmant. En tant que fan de l'acteur, on ne peut que se repasser cette scène une paire de fois, pour mieux goûter sa drôlerie et mesurer tout son talent comique, encore intact.




La seconde partie du film, consécutive à la mort accidentelle de l'adolescent, propose nettement moins de moments délectables de cet acabit. Le film prend alors une tournure bien plus laborieuse et attendue. Il se traîne un peu et tombe hélas beaucoup plus régulièrement dans les très gênants petits travers du cinéma "indie" américain actuel, alors que jusque-là, nous passions sans souci l'éponge sur quelques musiques un peu trop présentes. Nous avons ainsi droit à des interludes musicaux autrement plus lourds et dont on se serait fort bien passés, durant lesquels la mise en scène s'essaie aussi à quelques effets faciles assez lassants. Cette conclusion, forcément difficile étant donné la voie sans issue vers laquelle le film s'était engouffré à partir grosso modo de la soixantième minute, offre heureusement un sort très satisfaisant à notre acteur fétiche : nous le voyons, au ralenti, courir tout sourire dans les couloirs de son bahut, retirer chemise, pantalon et caleçon, dans un élan prodigieux, pour finir, nu comme un ver, par risquer un plongeon terrible dans la piscine couverte du gymnase. Le film se termine ainsi sur une bonne note, et malgré ses vilains défauts, d'autant plus frappants après un commencement mené tambour battant, il faut tout de même reconnaître qu'en plus de parvenir à être plusieurs fois réellement marrant, ce World's Greatest Dad sait parfois faire preuve d'une audace très surprenante et trop rarement de mise dans les comédies américaines du moment ; en cela, il s'agit d'un film que l'on peut très bien saluer. 


World's Greatest Dad de Bobcat Goldthwait avec Robin Williams, Morgan Murphy, Daryl Sabara et Henry Simmons (2009)

31 août 2012

Sideways

Aux premiers jours de notre colocation à Rémi et moi, on s'est fait voir quelques films qu'on aimait beaucoup. Lui m'a lancé L’Épouvantail de Jerry Schatzberg, moi je lui ai mis Sideways d'Alexander Payne. Je vous ai déjà parlé de mon amour irraisonné pour le comédien Paul Giamatti ? Quand et où le coup de foudre a-t-il eu lieu ? Devant Sideways, en 2005 ! Alexander Payne signait là un film méga cool, marrant et autrement plus léger que son dernier rejeton, The Descendants, qui, malgré quelques très bons moments et un George Clooney à son meilleur, tombe parfois dans certaines lourdeurs mal venues et peine à retrouver le niveau d'excellence jadis atteint par Sideways. Il s'agit surtout pour moi d'un film très attachant grâce au personnage incarné par Paul Giamatti, alors à son zénith et ressemblant plus que jamais à mon frère Glue III (il s'habille même pareil, c'en est troublant). Le duo qu'il forme avec Thomas Haden Church fonctionne parfaitement et, quand nous le voyons séduire Virginia Madsen un verre de vin à la main, on ne peut s'empêcher de succomber aussi ! Pour en revenir à mon idole, Giamatti, il passe tout le film à cran ou au bord de la dépression ! Un rôle en or pour n'importe quel acteur, certes, mais auquel Giamatti apporte sa petite touche personnelle : une humanité rare, qui nous permet de prendre fait et cause pour lui et sa grosse tronche d'ours mal luné. Je pourrais revoir ce film régulièrement sans que ça me gêne, je le trouve infiniment agréable. Quand je le mate, c'est comme si j'enfilais une vieille pantoufle faite à mon pied, c'est peut-être moins joli et ça sent sûrement un peu mauvais pour les autres, mais je m'en fiche pas mal, moi je m'y sens at ease, ça échappe aux mots ! Je n'espère qu'une seule chose : un Sideways 2, réunissant toute la fine équipe : Payne, Giamatti, Haden Church, Madsen, Oh ! Toute l'escadrille !



Sideways d'Alexander Payne avec Paul Giamatti, Thomas Haden Church, Virginia Madsen, Sandra Oh (2005)

27 mai 2012

Cosmopolis

Une fois de plus très déçu par le nouveau film de David Cronenberg. Je me demande pourquoi vu qu'à chaque fois c'est pareil, pire, je me demande pourquoi j'espère à chaque fois quelque chose de formidable. Pourquoi en effet m'obstiner à aller voir les films de Cronenberg au cinéma avec un vif espoir d'être emporté alors que je n'ai jamais été un grand fan du bonhomme, et alors que j'ai particulièrement peu apprécié ses derniers films, le mal écrit et vulgaire A History of Violence, le très creux et assez grossier Les Promesses de l'ombre puis le si bavard et surtout si fade A Dangerous Method. Je sais pourquoi. C'est parce que Cronenberg sait choisir des sujets qui, sur le papier, font rêver. Je m'étais déjà laissé piéger à la perspective de voir le cinéaste le plus organique d'Amérique, le plus charnel des cérébraux, se confronter aux chantres de la psychanalyse. Je me suis fait avoir à nouveau par le programme alléchant du roman de Don DeLillo, écrivain postmoderne par excellence ayant traité plus ou moins en avance le sujet brûlant de la chute des empires financiers et de la fin annoncée du capitalisme. Sauf que dans un cas comme dans l'autre, l'attente fut déçue et l'espoir incomblé.



Même si Cosmopolis est finalement beaucoup plus ambitieux et beaucoup plus riche que les plates querelles psycho-sexuelles des sieurs Jung et Freud, on peut lui reprocher les mêmes bavardages insipides et besogneux. La dernière scène du film, qui oppose Robert Pattinson à un Paul Giamatti en toute petite forme, scène qui dure 22 minutes mais qui passe pour une éternité, atteint un comble dans ce verbiage sans consistance, aussi permanent que bassinant. Dans ce film à 99% parlé, les dialogues sibyllins, paraboliques, métaphoriques, systématiques et diarrhéiques sont peut-être ce qui pèse le plus. David Cronenberg n'arrête pas de se vanter d'avoir lu le roman de Don Delillo en deux jours et de l'avoir adapté en six. Il lui a suffi, dit-il, de surligner dans le roman les répliques qui l'espantaient le plus et de les juxtaposer sur un document wordpad vierge pour voir apparaître son film. Les journalistes de tous bords reprennent en cœur ces paroles et s'extasient de la rapidité d'exécution du maître. Qu'un artiste prétende avoir accouché de son œuvre en trois heures (Cronenberg) ou en trente ans (Terrence Malick), et les médias font identiquement dans leur froc. Sauf que devant le résultat on ne peut s'empêcher de penser que Cronenberg aurait peut-être pu prendre un poil plus de temps et travailler davantage pour que son film si ambitieux soit à la hauteur de son ambition.



On peut certes trouver bien des qualités à ce film ambitieux. La première est son extrême actualité, puisqu'en bonne antithèse de la success story énamourée de Mark Zuckerberg par David Fincher, il fait le portrait d'un milliardaire de la finance âgé de 28 ans, reclus dans sa limousine blindée, insonorisée et incrustée de multiples écrans permettant au personnage de jouer avec le monde sans être infiltré par ce dernier. Le golden boy Eric Packer fait un mauvais pari sur le yuan, commence à perdre son immense fortune et préfère par conséquent s'autodétruire en une journée. Cronenberg a la bonne idée de rester avec son personnage dans chaque plan du film et de se cloitrer avec lui dans le véhicule "prousté", comprendre "rallongé", qui lui sert de bureau et de foyer, où il accueille à longueur de journée et à tour de rôle ses différents coopérateurs. Le cinéaste en profite pour travailler sérieusement sur le son, plus précisément sur le silence, et pour faire quelques plans ingénieux, notamment sur le corps rampant de la marchande d'art Juliette Binoche. Il y a aussi de bonnes idées de scénario, notamment celle d'un personnage principal ne vivant que par la pensée, du moins par le langage qui est censé l'exprimer, dont le métier consiste à collecter des informations et à les utiliser à bon escient, mais qui passe son temps à se faire ausculter le corps, à faire des check-up médicaux très "profonds", à baiser pute sur pute, dont le seul projet à court terme est de se faire couper les cheveux, et qui finalement trouve sa chute dans la seule aporie possible de son système perfectionniste : il n'avait pas prévu la moindre probabilité d'anomalie dans son calcul, la moindre imperfection dans le cours des choses, à l'image de celle que contient son corps, son asymétrie de la prostate. Mais l'asymétrie de la prostate de Packer et sa mise en relation avec son mode d'approche du monde ne sont portés que par les dialogues. Pour le reste Cronenberg nous montre son héros dans ses divers rapports quotidiens au corps, avec ceci de spécial (mais aussi de banal) que le personnage ne semble jamais prendre son pied, contrairement aux Jung et Spilrein d'A Dangerous Method, le personnage de Packer retournant sans cesse au corporel, priant sans discontinuer pour du sexe, mais n'y trouvant manifestement aucun épanouissement, comme si la fracture avec le monde physique était définitive et consommée.



A porter au crédit du film, il y a aussi la façon dont Cronenberg montre l'inanité de la révolte populaire et son manque absolu d'effet probant, notamment dans la scène de la manifestation où les révoltés se contentent de taguer la limousine, qui sera nettoyée dès le lendemain matin, et de la bousculer un peu sans que cela n'interrompe la conversation du milliardaire confortablement assis à l'intérieur. Les brandisseurs de rats sont absolument incapables d'atteindre les magnats de la finance. C'est ce que traduit aussi la scène de Mathieu Amalric avec sa tarte à la crème, séquence plutôt drôle qui intervient comme une bouffée d'air frais dans un film rigide et beaucoup trop sérieux, qui dit elle aussi cette nullité des moyens d'action de la populace. Ce propos sonne assez juste à l'heure où des badauds occupent Wall Street, font des sittings ici et là, manifestent à qui mieux mieux, cassent des vitrines, brûlent des bagnoles, font un bienheureux bruit qui n'arrive pas aux oreilles de la poignée de financiers milliardaires qui dirigent le monde, contre lesquels on ne peut finalement rien, sauf à les descendre en mexican stand off, mais le film s'interrompt avant que ça n'arrive, ou à espérer leur autodestruction, l'erreur infinitésimale dans leur calcul qui nous fera tous chuter mais qui permettra peut-être un redressement ultérieur.



Bref, il y a des choses à sauver dans Cosmopolis, qui n'est pas un mauvais film, qui n'est en somme qu'un film raté. Raté parce qu'on s'ennuie ferme de chez ferme malgré le sujet et les quelques bonnes idées du cinéaste. Le film dit des choses vraies sur notre époque mais il les dit de telle manière qu'on a l'impression de n'entendre que ce que l'on sait déjà. Rien ne paraît neuf ou passionnant, notamment parce que le récit est servi par des personnages complètement faux, des sortes d'avatars que l'on a déjà vus et revus dans mille et un films et que l'on connaît sur le bout des doigts. Les dialogues sont peut-être magnifiques dans le roman mais ainsi portés à l'écran ils sont d'un ennui sans faille, et malheureusement la mise en scène n'est pas toujours aussi intense que lorsque la caméra filme Binoche. De nombreuses scènes, notamment entre le héros et son épouse, dans divers snacks et restaurants, sont loin d'être magnifiées par les cadrages de Cronenberg et on en cherche la sortie avec ardeur. Pire encore dans le salon de coiffure, où le chauffeur et le coiffeur échangent sur leur ancien boulot commun de taxis dans une conversation absurde et inquiétante. On se croirait chez Lynch avec cette bizarrerie très léchée, ces dialogues incompréhensibles, ces personnages énigmatiques, ces répliques barrées "à clés" et compagnie, mais sans les fulgurances de mise en scène et sans l'aspect magique déployé par le cinéaste à mèche folle. Celle de Cronenberg ne parvient pas à magnifier son propos et malheureusement on retient surtout les protagonistes clichés, au choix agaçants ou inintéressants, et leur blabla épuisant. Cosmopolis est un ennuyeux gâchis parce qu'il accomplit de bonnes choses, se maintient sur une ligne avec cohérence, installe une atmosphère particulière, propose une esthétique pas négligeable, mais rien ne se passe pour le spectateur, aucune émotion n'affleure, aucune réflexion ne persiste sur ce sempiternel milliardaire déconnecté, et c'est là sa limite, car on est devant le film comme Packer dans sa voiture : on s'emmerde. Dommage.


Cosmopolis de David Cronenberg avec Robert Pattinson, Sarah Gadon, Juliette Binoche, Mathieu Amalric, Samantha Morton, Emily Hampshire et Kevin Durand (2012)

5 septembre 2011

Les Winners

J’attendais ce film depuis des lustres ! Depuis le jour où la rumeur d’une collaboration entre le réalisateur Thomas McCarthy et l’acteur Paul Giammati a commencé à circuler sur le net. Pourquoi ? D'abord parce que The Station Agent, du même Thomas McCarthy, est mon film de chevet. Littéralement. Le dvd est réellement posé sur ma table de nuit, près de mon lit. Presque tous les soirs je jette un coup d'œil à la jaquette, je relis les extraits de critiques élogieuses qui y figurent et je regarde les visages du trio d'acteurs vedettes (que je considère comme des amis), puis je repose le dvd avant d'éteindre la lumière. Malgré son blaze, qui nous rappelle les plus sombres heures du cinéma hollywoodien d'après-guerre, Thomas McCarthy est donc un metteur en scène que je suis de très près. Il m'avait un peu déçu avec le pourtant acclamé The Visitor, mais pas suffisamment pour me faire oublier son premier chef-d’œuvre et j'avais vraiment hâte de découvrir le fruit de sa collaboration avec la superstar Paul Giamatti.


La tronche de Giamatti...

Car si j'attendais d'un pied si ferme Les Winners, c'est surtout parce que je suis le fan number one de cet acteur, et je le revendique haut et fort, au point de parfois choquer en soirée et de me sentir bien seul. Je vous ai déjà parlé de mon attachement particulier pour Paul Giamatti quand je vous ai dit quelques mots du tout récent Le Monde de Barney dans lequel il n'a malheureusement pas l'air dans son assiette. J'aime cet acteur que j'ai découvert dans le superbe Sideways et qui est le sosie de mon frère Glue III. J'ai l'impression qu'il est un peu de ma famille tant je vois dans son allure simiesque, son physique digne des Simpson, et sa vielle tronche fatiguée le reflet flippant des traits communs à tous mes autres frères et hérités de notre propre père ! Je trouve donc qu'il me ressemble. Et en disant ça, je sais bien que je ne m'envoie pas des fleurs. Ni à moi ni à toute ma famille. Mais c'est comme ça, on ne choisit pas ! Évidemment, j'aurais préféré Brid Patt, Bof Redbord ou Smill With !


Le profil de Giamatti...

J’ai donc regardé Les Winners très machinalement, en bon fan de Paul Giamatti, tout comme j'ai écouté assez intensivement le dernier Radiohead à sa sortie. Et j'ai forcément fini par aimer ce maxi, tout comme j'ai pris mon pied devant le long métrage de Thomas McCarthy ! Je suis peut-être ce qu'on appelle un "fan aveugle" du quintet d'Oxford et de Paul Giamatti, mais j'en ai bien conscience et je préfère jouer cartes sur table. Je ne peux donc pas décemment me lancer dans une véritable critique des Winners. Je ne serai pas du tout objectif. Je sais bien qu'on ne l'est jamais vraiment, que l'on juge toujours une œuvre par le biais de notre ressenti personnel et de notre expérience propre. Mais il y a objectivité et objectivité, et en tant que blogueur ciné intègre, j'essaie toujours de dépasser le seul ressenti personnel. Là, impossible. Mon ressenti prend forcément le dessus quand j'aborde le cas Giamatti : je lui voue un amour inconsidéré, point barre. C'est comme si je vous disais "écoutez Black Bug, c'est un super groupe" alors que le sens commun me susurre à l'oreille que ce groupe a définitivement un pied dans la tombe de l'originalité et de la créativité. Mon goût d'humain unique prend cependant le dessus parce que j'aime les sons cradingues de ce groupe tout pourrave. Mais sûrement que mon exemple ne vous dis rien, car personne, à part quelques fondus de fondues, ne connaît ce groupe de garage rock psyché lo-fi. Je vais donc vous raconter une anecdote plus parlante...


Bonne ambiance sur le tournage et ça se ressent dans le film, un véritable festival Paul Giamatti !

Un ami à moi est fan de Wesley Snipes, c'est l'acteur par lequel il a appris à aimer le cinéma, les sports de combat, etc. Bon. Il n'est absolument pas objectif, il a je-sais-plus-combien d'exemplaires de ses dvds, il a par exemple toutes les éditions existantes de la trilogie Blade, dont Blade Trinity (qui est objectivement à chier). Lorsque son dernier film est sorti, il est allé le voir en avant-première, le soir de France-Brésil (en match amical, pas la finale de 98 ni le quart de 2006, il n'est quand même pas malade mental, sinon ça serait pas mon pote !). Pour lui faire plaisir, je l'ai accompagné, et pendant toute la séance, je l'ai observé. Sur son visage on pouvait lire l'expression d'un homme qui vient de découvrir que sa femme le trompe, la déception et l'incrédulité toutes deux mêlées : il haïssait ce film et le jeu de son idole, qui n'était pour lui que l'ombre d'elle-même ! Et à raison, car The Art of War 2 est très loin du niveau des premiers films de la star, son talent n'affleure pas un seul instant quand bien même sa maîtrise des arts martiaux est à nouveau étalée à l'écran. A la sortie du ciné, mon pote était tout à fait d'accord avec moi et il a même essuyé quelques larmes, sachant bien qu'il ne reverrait pas de si tôt un film de sa vedette, incarcéré jusqu'en 2013 pour fraude fiscale. Sauf que ! Sauf que quelques mois plus tard, j'ai surpris mon ami à la fnac, aux caisses, avec deux dvds de The Art of War 2 sous le bras, et l'intégrale de Michel Polnareff sous l'autre (mais ça, c'est un autre souci qu'il a). Content de le croiser par hasard, je suis allé le voir, et il m'a alors dit, pour justifier son achat : "Oh tu sais ça y est j'adore ce film hein, c'était à prévoir" et j'ai bien aimé sa lucidité sur son cas de fanatisme. Ce n'était donc qu'une question de temps avant que le fan en lui ne parvienne à lutter contre sa raison et son objectivité pour "enfin" adorer un film qui ne le mérite pas mais qui est "le nouveau film de Wesley Snipes, son acteur préféré" et donc trop bien PARCE QUE c'est Snipes. Pour le plaisir de s'envoyer une rasade supplémentaire et inédite de la filmographie de son acteur fétiche, il est prêt à faire l'impasse sur tout un tas de données pourtant essentielles (originalité, talent, fiabilité du propos, valeur intrinsèque, qualité, etc) ! Nier ces critères admis par le sens commun, c'est être un teubé ! Et je parle de ce pote-là, mais j'aurais pu prendre un autre exemple, je connais aussi un fan de Sandra Bullock (entre eux, ils se font des soirées Demolition Man).


J'étais ravi de retrouver l'acteur Bobby Cannavale (à gauche), également présent au casting de The Station Agent. Toujours aussi sympathique !

Me voilà donc avec la crainte de tomber dans l'un des travers que je suis le premier à dénoncer ! Mais je vous rassure : de mon côté, je ne suis pas totalement teubé, je pense garder une certaine lucidité et je n'ai pas l'impression de m'être forcé à aimer Les Winners. Je considère aussi que je m'en tire pas trop mal en étant fan de Paul Giamatti, qui a au moins le mérite de ne pas être un taulard et de ne pas avoir volé d'Oscar. D'autant plus que Les Winners est un vrai chef d’œuvre du cinématographe à côté de Miss Détective ou Blade Trinity. C'est en tout cas pile poil ce que j'attendais : un film de Thomas McCarthy avec Paul Giamatti. Ni plus ni moins. Les Winners fait partie de ces rares films indé américains sympathiques. Son auteur porte un regard très humain et très tendre sur les personnages dont il nous dépeint modestement les petites vies, les petits tracas, et auxquels on s'attache inévitablement, surtout quand ils sont joués par des acteurs éblouissants, à commencer par le grand, l'inoubliable, le merveilleux Paul Giamatti.


Les Winners de Thomas McCarthy avec Amy Ryan, Bobby Cannavale, Burt Young, Jeffrey Tambor et surtout Paul Giamatti ! (2011)

13 août 2011

Le Monde de Barney

Je peux vous le spoiler ? Bon, alors je vous préviens : ce film est la mise en image des souvenirs d’un type (Paul Giamatti) atteint de la maladie d’Alzheimer, un homme qui ignore être au crépuscule d’une vie bien remplie durant laquelle il a connu trois mariages et qui se souvient donc de ces différentes aventures. Le titre original, Barney’s Version, est un peu plus éclairant que sa version française, "Le Monde de Barney", puisque tout ce que l’on voit dans le film, c’est en effet la fidèle retranscription de la mémoire défaillante du personnage principal. C’est la version des faits de Barney ! C’est ce que j’ai dit tout haut à la fin du film, en ayant bien l’air con en plein cinoche, entouré de vieillards pas commodes, vraisemblablement près à de nouveau voter pour Sarkozy l’an prochain et qui s’étaient entassés dans une salle climatisée pour survivre à la canicule. Croyez-moi !




C’est donc seulement à la fin du film, quand on voit la maladie du héros se déclarer et s’aggraver progressivement, que l’on comprend enfin que l’on vient de voir une série de gros flash-back pas forcément vrais, mais pour la plupart déformés par le cerveau HS de Barney. C’est une idée intéressante, en soi, et le metteur en scène derrière tout ça a le mérite de ne pas chercher à nous duper, puisque le film nous est immédiatement présenté comme l’introspection de Barney, ce cinquantenaire un brin dépressif, devenu producteur de films pornographiques, qui fait le point sur sa vie. Une idée tout de même assez plombante car, ayant vu la bande-annonce, je dois avouer que je m’attendais à toute autre chose et j’espérais plutôt un feel-good movie autrement plus léger, taillé sur mesures pour mon idole Paul Giamatti. Je suis la carrière de cet acteur de très près depuis sa prestation à couper le souffle dans Sideways, mon film de chevet. Dans le chef d’œuvre viticole d’Alexander Payne, Paul Giamatti est tout bonnement excellent, il étale tout son répertoire fait de menton tremblotant, de regards de chien battu, de voix grave vacillante et d’allure bedonnante ô combien sympathique. Tout Giamatti en un seul film, un festival, un véritable Giamattionnaire comme j'aime l'appeler. L’acteur ressort tous ces classiques dans Barney’s Version, mais avec hélas moins de bonheur. De plus, cette réincarnation vivante d'Homer Simpson apparaît assez peu crédible dans ce rôle d’homme à femmes qui s’envoie consécutivement Rachelle Lefevre, Minnie Driver et Rosamund Pike, des actrices jamais complètement moches (mention spéciale pour la dernière, dont j’ignorais l’existence et qui a un petit charme bien à elle), même s’il faut évidemment garder à l’esprit que seuls ses propres souvenirs sont à l’écran et que le personnage enjolive peut-être son histoire. J’ai beau adorer Giamatti, être le président et seul membre de son fan-club français, je suis le premier à reconnaitre qu’il n’a pas le physique d’un playboy, je le considère plutôt comme le sosie de mon grand frère Glue 3, celui qui me laisse des menaces de mort sur mon portable tous les jours, à 8h01 précise. Flippant...




Paul Giamatti apparaît également quelque peu éclipsé par le grand Dustin Hoffman. Ce dernier, à n’en pas douter, s’amuse comme un fou dans ce rôle d’obsédé sexuel excentrique qui lui va comme un gant et qui nous rappelle un peu celui qu’il tenait dans la première suite pourrie de Mon Beau-père et moi. L'acteur est véritablement en roues libres et c’est à lui que l’ont doit les rares scènes drôles du film. Un autre moment drôle survient lorsque Paul Giamatti, au zénith de sa vie avec celle qui est son seul véritable amour (incarné par l'élégante Rosamund Pike), découvre celle-ci en petite tenue allongée sur le lit. Giamatti saute alors littéralement sur sa proie dans un bond prodigieux. L’image s’arrête sur ce plan ci-dessous, et la star apparaît dans toute sa splendeur. Une scène qui, comme vous l'aurez remarqué, décore cet article.




Ce film est aussi le théâtre de cameos de choix, puisque David Cronenberg et Atom Egoyan, le gratin des cinéastes canadiens, font des petites apparitions en tant que réalisateurs de porno, aux ordres de Giamatti. Des clins d’œil sympathiques et amusants pour le cinéphile averti qui saura les reconnaître, mais qui n’apportent strictement rien au film et ne sont même pas l’occasion de scènes véritablement comiques. Personnellement, j'avoue avoir dû compter sur l'aigle des montagnes Poulpard pour m'indiquer tous ces cameos. Après quelques clics sur la Toile, je découvrais une fois le film terminé que Barney’s Version n'est autre que l’adaptation d’un best-seller, l’autobiographie, semble-t-il, de l’écrivain auquel le film est dédié. Je ne me sens donc pas coupable de vous avoir dévoilé le scénario d’un film que l’on doit peut-être davantage apprécier quand on en connaît la clé, disponible dans toutes les bonnes librairies et autres halls de gares ! Découvrir le secret de ce film après 2h30 ne sera pas donné à tout le monde. N'est pas fana de Giamatti qui veut !


Le Monde de Barney de Richard J. Lewis avec Paul Giamatti, Dustin Hoffman, Scott Speedman et Rosamund Pike (2011)

14 mars 2011

La Permission de minuit

Un invité spécial venu tout droit de Belgique, répondant au doux nom de Thomazinette, a vu pour nous La Permission de minuit, diffusé en ce moment dans les salles. Il l'a vu en présence de son idole, notre idole à tous, Vincent Lindon, et il en parle pour le blog :

Hier soir je suis allé voir l'avant-première de La Permission de minuit, pour laquelle j'avais gagné des places gratos. J'étais au premier rang, guettant la moindre apparition de ce profil d'aigle cramoisi qu'est celui de Vincent Lindon. La réalisatrice, Delphine Gleize, m'était inconnue à ce jour. Il paraîtrait qu'elle aurait soi-disant tourné avec Jean Rochefort et Paul Giamatti, pas mes acteurs préférés mais bon - enfin, si, Jean Rochefort est en fait mon acteur préféré. Jean Rochefort est le préféré de mes acteurs français et derrière lui arrivent en trombe feu Philippe Noiret et Vincent Lindon.



C'est comme ça qu'il est arrivé hier soir, dans le même costume que celui du film, le même costume aussi que celui du film Pour elle, un manteau de flanelle noire, chic, usé, en forme olympique. En dessous de ce manteau, il avait sa blouse de docteur, car il incarne un dermatologue dans ce nouveau film. Toujours dans son rôle, il a sorti quelques ordonnances, les a distribuées au vol en ajoutant quelques commentaires du genre "bien avant le repas, madame Fouyette", et autres précautions envoyées à tout va à cette foule en furie qui en redemandait. Certaines femmes se sont même pâmées lorsqu'il leur tendait ses scribouillis spécialement travaillés pour être les plus illisibles possibles. Voici celui qu'il m'a nonchalamment envoyé valdinguer à la figure, de façon distraite, à la manière d'un doc, en vérifiant du coin du regard si j'étais toujours là et en se balançant sur sa chaise derrière son bureau spécialement apporté dans la salle de ciné pour faire plus "consultation". Il a ajouté : "N'hésitez pas à en prendre deux le matin, ça fait partir les naevus".



Le film raconte une amitié touchante entre le docteur Lindon, homme à tout faire du cinéma français, et un petit enfant génétiquement mal loti, dont la peau ne peut être exposée au soleil sous peine de cancer. Lindon, pris d'un éclair de génie, lui file un de ses bouquins de jeunesse, Les aventures d'Arthur Gordon Pym, par Edgar Allan Poe. L'enfant enrage face à ce calembours trop facile. Lindon n'en démord pas et rétorque : "Monsieur et madame Rétapo ont un fils. Non ? Tu vois pas ? Joe !". Sur ce, l'enfant fait une fugue. Plus tôt dans le film, on retrouve Vincent Lindon au restaurant avec cet enfant de la nuit, cet hijo de la luna, se trimballant toujours en combi comme dans Moon de Duncan Duck Bowie.



Ils décident de parler entre hommes derrière leurs plats de moules respectifs. Et c'est un morceau de bravoure du film puisque Vincent Lindon, en bon homme à tout faire, se met à expliquer le sexe à ce jeune adolescent qui n'en demandait pas tant. Un quart d'heure passé à cataloguer toutes les culbutes possibles et imaginables tout en décortiquant des moules visiblement cuites dans une casserole pleine d'ail, c'est vraiment un plat de résistance. Arrivé à sa dernière moule, Vincent Lindon fait s'évaporer la tension, puisqu'il termine son exposé par : "Enfin l'important, c'est que la femme que tu aimes n'ait pas à se plaindre !". Peut-être que tant de circonvolutions préalables n'étaient pas nécessaires pour en arriver là, mais ce moment de relâche et de sincérité virile fait en tout cas plaisir à voir. Ni une ni deux, joignant le geste à la parole, le doc tape alors de ses doigts graisseux le numéro de sa douce épouse sur son mobile, attend le sourire aux lèvres qu'elle décroche, et puis là, c'est le choc. Devant les éructations émises par le téléphone, son sourire s'efface et la conscience lui revient : sa femme dormait, car lui et son petit patient ne sortent que la nuit. C'est l'une des autres qualités des films portés par Lindon, qui nous montrent un homme sincèrement dévoué et prêt à tout faire, en restant un bon gros paumé, ou comme dirait Joe Dassin : "Un bon vieux gros chien mouillé ".

À part ça, le film recèle beaucoup de moments touchants, mais perd parfois une unité de propos qui fait qu'on ne voit pas toujours où ça va. La ligne de rupture dans l'amitié Vincemoutche-Fiston structure bien le scénario, mais laisse un espace un peu long que la réalisatrice peine à remplir en scènes intenses de manière constante. Ça n'enlève rien à la clémence qu'appelle du pied le regard poignant de cet écorché de Vincent Lindon, et que l'on est ravi d'offrir à cette œuvre. J'étais bien content de rencontrer ce brave type, ce survolté, ce touchant homme qui donne de lui.


La Persmission de minuit de Delphine Gleize avec Vincent Lindon et Emmanuelle Devos (2011)

12 novembre 2008

The Visitor

Voilà la petite discussion qu'on a eu, Félix et moi, juste avant de mater ce film :

Félix : J'ai téléchargé un film peut-être pas mal. C'est par Thomas McCarthy, le réalisateur de Station Agent, et y'a un acteur que j'aime bien dedans, qui avait déjà joué dans Fous d'Irène, Richard Jenkins. J'avais bien aimé Station Agent, tu te rappelles, ce film avec le nain qui débarque en ville et fout la merde dans tout son voisinage ?

Rémi : J'avais aimé moyen Station Agent. C'est quand même un long métrage sur un nain qui s'encule des géants.

Félix : Arrête c'est un chouette film.

Rémi : Aussi chouette que Sideways, ton autre film de chevet...

Félix : Ouais il est trop bien Sideways. Paul Giamatti rulez.

Rémi : On parle bien de cet acteur qui a "éclaté" dans La Planète des singes version Tim Burton ?

Félix : Moi je le trouve cool. Dans ce film il me fait penser à mon frère puiné. Mon middle brother. Il a les yeux globuleux pareil, il s'habille avec des gros pulls en guenilles rentrés dans son jean. Il a une "barbe de trois jours" qui en réalité date de sa puberté. C'est celui de mes frères qui te fout la race au ping-pong.

Rémi : Ah tu veux parler de ce jour où il m'a battu trois fois d'affilé dont une où je jouais à ses côtés ? Celui qui propage des racontars dans mon dos ?

Félix : Il a ça dans le sang cet enculé. Rappelle-toi que la première fois qu'il t'a vu, il était convaincu que t'étais un dealer et que tu faisais pousser de la beuh sur notre balcon.

Rémi : Non la première fois qu'il m'a vu, il t'a glissé à l'oreille : "Si un jour vous vous battez, tu vas prendre cher".

Félix : Bon on se met le film ?

Rémi : Dégueule.



Une demi heure plus tard:

Rémi : Tu viens de casser un truc.

Félix : Je préférais quand il faisait des films sur des nains découvrant l'amitié que sur des vieillards séniles découvrant l'ouverture d'esprit via l'apprentissage du steal drum.


The Visitor de Thomas McCarthy avec Richard Jenkins (2008)