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21 février 2024

La Mesita del comedor

Très rares sont les comédies horrifiques qui savent manier et convenablement doser l'humour noir le plus grinçant sans pour autant sacrifier la crédibilité du scénario et la psychologie des personnages. C'est qu'il faut pour cela trouver un savant équilibre et le tenir jusqu'au générique final, ce à quoi parvient étonnamment l'espagnol Caye Casas dans son premier long métrage réalisé en solo, La Mesita del comedor, littéralement La Table basse. Drôle de titre pour un film de genre, me direz-vous, mais il est tout à fait cohérent puisque ledit meuble est à l'origine du terrible cauchemar éveillé dans lequel nous invite sans ambages le cinéaste. Dès la première scène, le couple au cœur du film, accompagné de leur nouveau-né dans sa poussette, est en magasin face à la table au design douteux et à son vendeur ventripotent, usant d'arguments tout aussi douteux. Une discussion tendue entre l'homme, Jésus (David Pareja), désireux d'acquérir la table basse, et sa femme, Maria (Estefanía de los Santos), qui n'en veut surtout pas dans son salon, ouvre les hostilités. Déjà, le ton du film entier est donné et la mise en scène, faite de plans très courts aux multiples angles osés (des choix pas toujours très heureux que ne renieraient pas Jean-Marie Poiré), annonce aussi la couleur. Court, le film a le mérite de ne pas perdre de temps. La scène suivante nous montre Jésus transporter très difficilement le carton contenant la fameuse table dans les escaliers jusqu'à son appartement. Il ignore encore qu'il regrettera amèrement cet achat... Et je ne peux absolument pas vous en dire plus tant ce film s'appuie sur un effroyable évènement, survenant très tôt, qu'il serait idiot de vous dévoiler. Sachez juste que le pire est toujours possible quand nous sommes en présence de l'œuvre féroce d'un catalan provocateur et sans limite, au goût du blasphème prononcé, bien décidé à prendre le spectateur en tenaille. 


 
 
Sur un temps resserré, dans un décor quasi unique et grâce à des acteurs irréprochables (mention spéciale à la jeune voisine du dessus, amoureuse de Jésus), Caye Casas réussit son coup. Son œuvre est vouée à faire parler d'elle dans les divers festivals où elle sera projetée (je l'ai pour ma part découverte dans le cadre de la 25ème édition du Festival Extrême Cinéma de la Cinémathèque de Toulouse et d'une carte blanche à l'équipe du Grindhouse Paradise), à jouir d'un excellent bouche-à-oreille, et à plaire aux amateurs voire un peu au-delà de leur cercle restreint. D'une idée initiale a priori fragile et ténue, Casas tire un film qui se tient de bout en bout, parvenant même à une certaine épaisseur psychologique et à nous bousculer un peu. Il est en effet rare que l'on se mette ainsi à la place des personnages, en particulier devant de tels films qui, généralement, nous proposent des situations trop "bigger than life" pour que l'on puisse s'identifier et s'interroger à notre tour. Ce qui arrive ici est horrible aussi et relève du plus affreux des cauchemars mais, grâce à l'équilibre miraculeux évoqué dans mes premières lignes, on se projette et on passe un moment à se demander ce que l'on ferait dans pareille situation. La résolution finale choisit par Casas et le couple à l'écran s'impose à nous avec la même implacable fatalité. C'est là l'une des vraies forces de ce film par ailleurs modeste et malicieux, qui ne prétend pas à autre chose que nous faire passer une soirée en enfer. Dommage, cependant, que les talents de réalisateur de Caye Casas ne soient pas à la hauteur de ses dons d'écriture (saluons également Cristina Borobia, co-scénariste). Force est de constater que le film ne brille pas par la finesse de sa mise en scène et il y a quelques scènes qui pêchent par une lourdeur visuelle regrettable, soulignée par des choix musicaux du même tonneau. On s'étonnera par ailleurs que la photographie soit si sombre, au point parfois de pouvoir à peine deviner les traits du visage de David Pareja (admettons que cela colle à son rôle et que cela confère au film une ambiance ténébreuse raccord avec ce qui s'y passe, mais c'est franchement pas un régal pour les mirettes). Ces bémols importants, certes, sont toutefois largement insuffisants pour gâcher le plaisir quasi masochiste ressenti devant cette épouvantable parenthèse domestique noire de chez noire. Car La Mesita del comedor a enfin la précieuse qualité de distiller des ellipses bienvenues et de s'avoir s'arrêter quand il faut. Nous sommes donc désormais curieux de suivre la carrière de Caye Casas, en espérant que son style s'affine mais qu'il garde tout son mordant. 




La Mesita del comedor de Caye Casas avec David Pareja, Estefanía de los Santos et Claudia Riera (2022)

8 mai 2016

Les Visiteurs : La Révolution

Est-ce que cela vaut vraiment le coup de parler d'un tel film ? Ne vaut-il pas mieux se taire et faire comme si de rien n'était ? Quand on sort de la séance, on se regarde simplement les uns les autres avec l'air le plus dépité possible et ça vaut tous les mots du monde... Même dans nos pires cauchemars, nous n'aurions pas pu imaginer un truc aussi raté. On se demande à quoi l'on a affaire. Qu'est-ce qu'ils ont voulu faire ?! Du cinéma expérimental ? Cela justifierait ce montage hystérique (pas un plan qui dépasse la seconde !) et ces prises de vue ignobles dans des angles impossibles (la fameuse patte Jean-Marie Poiré !). De la comédie absurde et avant-gardiste ? Cela expliquerait peut-être pourquoi on ne comprend qu'un mot sur dix, tous les acteurs hurlant leurs répliques sur un débit frénétique, calquant leur jeu sur celui d'un Christian Clavier qui n'est que le triste fantôme de cette caricature de lui-même qu'il nous propose depuis tant d'années. L'acteur parvenait parfois à nous faire rire dans ces petites comédies de rien du tout comme On ne choisit pas sa famille et Une heure de tranquillité, où, branché sur 100 000 volts, il pète les plombs à intervalles réguliers, hurle aussi beaucoup mais paraît bien plus à l'aise dans la peau de ce personnage si antipathique dans lequel il a fini par s'enfermer totalement. On ne rit strictement jamais devant Les Visiteurs 3 : aucune scène, aucun dialogue, aucune situation, aucun moment, même fugace, n'émerge de cette infâme bouillie sans queue ni tête.




Les Visiteurs 3 est un supplice absolu. De la première minute, avec ce pathétique rappel écrit des épisodes précédents et cette scène onirique d'introduction au Moyen-Âge sans aucune sorte d'intérêt, à la dernière, quand les deux zouaves atterrissent sous l'Occupation nazie et que l'on espère enfin avoir droit à un gag efficace qui n'arrivera jamais. Strictement rien à sauver. La Terreur est une période historique qui offrait assez peu de ressorts comiques et de décalages possibles, c'est en tout cas un constat dans lequel nous conforte ce nouvel épisode, alors pourquoi y être resté 1h40 pour un surplace incompréhensible et un scénario qui ne va jamais nulle part ?! C'est à n'y rien comprendre. Ce troisième film réussit à nous rendre sacrément nostalgique du second, ce qui en dit assez long... Seuls les costumiers et les maquilleurs, exempts de tout reproche, semblent avoir pris du plaisir à faire leur travail. Ils s'en sont sans doute donnés à cœur joie puisqu'on leur a tout de même permis d'inventer des nez d'une laideur inouïe à Jean Reno et de faire pousser deux couilles géantes sans poil sous le menton de Christian Clavier, notre duo étant progressivement déformé par les couloirs du temps. L'aspect de Clavier durant ces très longues minutes où il se trimballe avec une énorme paire de testicules lisses à la place du goitre vient également renforcer la thèse d'une nouvelle forme d'humour pour laquelle nous ne sommes pas préparés. Nous ne le serons jamais. Les Visiteurs 3 est un véritable calvaire.


Les Visiteurs : La Révolution de Jean-Marie Poiré avec Christian Clavier, Jean Reno, Karin Viard, Franck Dubosc, Marie-Anne Chazel, Sylvie Testud et Pascal Nzonzi (2016)

19 août 2012

Les Meilleurs amis du monde

Près de vingt ans après Mes Meilleurs copains de Jean-Marie Poiré, où Christian Clavier, Jean-Pierre Darroussin, Marie-Anne Chazel et Jean-Pierre Bacri arboraient des permanentes monstrueuses et des tenues de cirque pour singer les hippies français des années 60/70, Julien Rambaldi réalise Les Meilleurs amis du monde, où Marc Lavoine porte une grosse moustache et des lunettes fumées et où Pascale Arbillot étouffe sous un carré blond bouffant digne de la chevelure plastifiée d'une Doris Day sous amphétamines non pas pour caricaturer une époque passée - le film se déroule de nos jours - mais pour nous faire rire... Je suis peut-être le seul dans ce cas mais je l'avoue : j'ai vu ce film. Et en entier, grâce à une fatigue de celles qui vous enlisent devant les pires spectacles et vous les font endurer sans réaction. Lorsqu'on a survécu à l'une des premières scènes où l'on voit Léa Drucker chanter au volant de sa Volvo avec Pef à ses côtés, sur la route de la maison de vacances d'un couple d'amis qui en fait les déteste, on s'enfile forcément le reste, par masochisme dégueu.


"Pef" et ses amis se torchent avec le cinéma et moi je les regarde faire...

Bref, j'ai vu la chose, malgré les conseils de Félix, malgré sa prévenance et sa bienveillance. Je resitue la scène : un soir, devant mon mac, DD externe branché, fichiers ouverts sur le bureau, Félix à mon côté le doigt pointé vers le .avi des Meilleurs amis du monde, me regardant droit dans les yeux en secouant la tête lentement de la gauche vers la droite. Cet homme est attentionné, il est protecteur, c'est le meilleur ami du monde et lui n'en fait pas des films de merde. Pourtant j'ai cliqué, j'ai fait glisser et collé. Pire encore, je l'ai vu. Et je l'ai vu en entier... C'est une infatigable saloperie mais ce qui me tue encore et toujours devant ce genre d'horrible bavure cinématographique, c'est l'incapacité de ces gens-là à accoucher ne fut-ce que d'une seule vanne, d'une seule plaisanterie. Je vous avais déjà fait part de mes interrogations face à ce phénomène anti-humour à propos de Mon Beau-père et nous. Je me répète un peu mais c'est un mystère qui reste entier et qu'il faudrait résoudre un jour ou l'autre, le mystère de l'incompréhensible faculté de ces soi-disant comiques à ne pas décrocher le moindre sourire au spectateur en une heure et demi de soi-disant comédie.


Marc Lavoine n'est plus du tout en train de jouer.

C'est presque impossible normalement. Même avec un bruit de pet on devrait être capable de faire marrer. Je pense à cette scène dans Step Brothers où John C. Reilly lâche une interminable caisse dans le bureau de son futur employeur, lequel analyse la situation en disant que ce vent sent l'oignon et le ketchup et que la pièce est trop petite pour contenir un pareil pet. C'est très con, c'est que dalle, c'est un pet, mais ça peut suffire parfois, quand c'est bien joué, agrémenté de répliques originales et bien géré par un timing au cordeau. Et quitte à verser dans le scato pur et dur, comme Adam Sandler dans Jack & Jill, on peut y aller à fond et faire durer la situation en allant crescendo dans le comique de geste, comme quand le personnage masculin du film en question est littéralement défenestré par l'homoncule merdeux qui lui grimpe dans les narines après avoir traversé la porte des gogues où sa sœur, également jouée par Sandler, se libère de quelques tortillas... Eh bien beaucoup de gens ne savent même pas faire rire avec les choses les plus simples, avec une chose aussi simple qu'un long pet : je vous renvoie à Jurard Gégnot au début de Rose & Noir, qui n'arrive qu'à rendre la chose sordide et repoussante et à nous soulever l'estomac gratos... Les types aux manettes des Meilleurs amis du monde n'ont même pas l'idée du pet, quoique si, le scatologique leur vient à l'esprit, il y a tout un tas de scènes où Pef dessine sur des rouleaux de PQ et où Marc Lavoine défèque sur un trône donnant immédiatement sur le jardin, mais ils n'ont pas le minuscule truc en plus qui permet de faire rire à partir des expédients comiques les plus basiques et se contentent d'accabler leurs rares spectateurs. Ils mériteraient d'être le sujet d'une thèse angoissante de para-psychologie, ou plutôt de chimie moléculaire sur la mort par manque de sollicitation du génome de l'humour. A noter que Julien Rambaldi, le réalisateur de ce torture flick, est le fils de Carlo Rambaldi, créateur et père de la marionnette d'E.T., ce qui fait de lui un authentique extra-terrestre, un petit homme vert. Après tout peut-être que sur Mars sa grosse daube fait pisser de rire quelques tarés...


Les Meilleurs amis du monde de Julien Rambaldi avec Marc Lavoine, Pef, Léa Drucker et Pascale Arbillot (2010)

2 janvier 2011

Demain dès l'aube

Je ne voulais pas commencer la nouvelle année en parlant d'un film dont personne n'a rien à foutre et pourtant c'est ce que je vais faire. Cette année 2011 a mal commencé pour moi de toutes façons... Au repas du Nouvel An mon tonton m'a craché dessus sous prétexte que j'ai pas voté Sarkozy en 2007 et quant à mon arrière-mémé, qui comme d'habitude n'en a que pour elle, elle s'est contentée de faire sous elle à minuit pile. Alors je ne vous épargnerai pas en vous faisant la grâce d'un chouette film d'ouverture et je vais vous parler de Demain dès l'aube de Denis Dercourt (et il ne s'agit pas d'un énième épisode de la saga James Bond). Normalement vous avez tous tracé vos routes du blog mais je continue. Pour vous dire que ce film ressemble un peu à son affiche. Je ne fais pas référence à la phrase d'accroche, d'une rare débilité, mais bien à l'affiche. D'abord un mot sur la phrase d'accroche quand même, qui vaut le détour : "Deux frères, un jeu, une vengeance"... C'était mot pour mot la catchphrase de Ben-Hur, celle de The Game, de Old Boy, des Trois frères, des Deux frères félins siamois de Jean-Jacques Annaud aussi, du Robin des bois de Kevin Costner et Christian Slater mais aussi le sous-titre de Ma meilleure ennemie, où les deux frères étaient interprétés par Julia Roberts et Susan Sarandon. Mais revenons à l'affiche qui annonce d'abord un film intriguant, car on sent bien que les costumes laissent présager quelque chose de plutôt déroutant du type faille spatio-temporelle et autres voyages dans le temps, comme sur le poster des Visiteurs qui décore encore la porte de mes chiottes. Et en même temps l'affiche du film de Dercourt n'arrive pas à la cheville de celle de Jean-Marie Poiré, ça vaut pas cher et ça saute aux yeux, y'a qu'à regarder ce collage photoshopé de derrière les fagots qui rassemble fort mal les deux acteurs en présence dans le même plan. J'ai tendu cette affiche à même le mur porteur de mon séjour histoire de jouer aux fléchettes dessus avec ma collection de Laguioles que j'ai eu à Noël. Trop content de ce cadeau.



Denis Dercourt reprend deux des sujets favoris des millions d'émissions de Jean-Luc Delarue et de Sophie Davant aka Pikachu, à savoir les frères qui se bastonnent à mort d'une part, et ces gens appelés "rôlistes" d'autre part, des types un peu schizo sur les bords qui, tous les week-ends, enfilent de vieux costumes de l'époque napoléonienne et se caillassent dans des champs reculés du Massif Central ou de la Dordogne à la façon de nos ancêtres trépanés dans des jeux de rôles à échelle humaine pris très au sérieux par ces tarés de première.



Vincent Perez, égal à lui-même, lisse comme une couille, interprète un illustre pianiste en pleine rupture conjugale qui s'en retourne vivre un temps dans la maison maternelle afin de soutenir sa mère mourante et de renouer avec son frère, Jérémie Renier, particulièrement exaspérant dans son rôle de rôliste cinglé coiffé chaque matin à la Glue 3. A de rares instants la sauce prend et le décalage entre la réalité et l'univers parallèle des tchiplés, qui se prennent pour des hussards à grimper sans arrêt sur le toit, suscite une ambiance de très inquiétante étrangeté presque intéressante. Pas assez pour vraiment captiver (j'ai vu le film en 18 fois), juste assez pour intriguer (j'ai quand même relancé le film 17 fois, du coup).



Ce long métrage ressemble un peu à son affiche donc, même si j'ai oublié pourquoi, mais il ressemble surtout à l'actrice Anne Marivin (révélée dans Bienvenue chez les Ch'tis), qui joue l'épouse et agente acariâtre du pianiste Vincent Perez. Le visage de cette comédienne est d'une dissymétrie fascinante, elle est à la limite d'être charmante tout en tutoyant la plus singulière laideur. Du même coup on a le désir de la regarder plus longtemps pour saisir le mystère de ce faciès si changeant d'une seconde à l'autre, comme victime d'un morphing permanent et capricieux, et concomitamment pour faire le point sur sa gueule de freak histoire de ne plus jamais avoir à y revenir. Idem pour le film de Denis Dercourt : on ira jusqu'au bout pour en être débarrassé à tout jamais. A la fin, le réalisateur amalgame les deux univers - réel et ludique - qui jusqu'ici ne faisaient que se télescoper, et à ce moment-là le film perd sa minuscule pointe d'intérêt pour aboutir à une bête histoire de vengeance, niaise pour ne pas dire douteuse. Donc globalement c'est pas un bon film.


Demain dès l'aube de Denis Dercourt avec Vincent Perez, Jérémie Renier et Anne Marivin (2009)

27 juin 2009

Rasta Rockett

Cet article vous étonnera peut-être. En effet, à quoi bon parler encore d'un film clé des années 90 sur lequel tout a déjà été dit et redit ? Seulement voilà, ce film est terriblement d'actualité, et je vais tout de suite vous dire pourquoi. Une récente étude scientifique américaine très sérieuse menée à l'université du South Dakota, dans le Dakota du Sud, vient de prouver la chose suivante par A+B : tout le monde, dans sa vie, a vu ou verra au moins un film de Jon Turteltaub. Il s'agit donc de savoir lequel ! Et il s'agit souvent de l'inévitable Rasta Rockett. Pour ma part, j'ai fait un peu de zèle, j'ai vu 4 de ces films, rien que ça !

Rasta Rockett est, de loin, son chef d'œuvre, son film phare, celui qui nous donne la grille de lecture essentielle pour comprendre l'artiste qu'est Turteltaub. L'idée est simple : on va créer une équipe de bobsleigh en Jamaïque. Le succès : planétaire ! Je l'ai vu en CM2, en fin d'année. On nous avait dit "Bon, vous avez plus de devoirs, mais venez quand même à l'école pour pas faire chier vos parents chez eux ! Vous avez le droit d'amener chacun une k7 qu'on matera ensemble." Le lendemain, on avait tous amené notre exemplaire de Rasta Rockett. On l'a donc vu 28 fois. 28 fois en une journée, ça dépasse la journée, et ça te la pourrit sévèrement. 28 jours plus tard, on y était encore. C'est l'un de mes films cultes. Y'a un nombre de répliques mythiques à faire pâlir Jean-Marie Poiré.




Je l'ai revu en 2nde. Véridique. Notre prof principal d'hist-géo, un grand gaillard nommé Porquétébas, nous avait dit "Bon, demain, c'est le 20 juin, date fatidique pour moi autant que pour vous : plus rien à foutre des cours et rengaine habituelle ; vous remplacez vos trousses par le dvd de votre choix, un film qui vous tient à cœur en particulier. Faites-moi rêver, j'ai pas foutu les pieds au cinoche depuis que ma femme daltonienne a choppé un bus à travers la tronche et ne peut plus se déplacer toute seule. Je veux voir un film de cinéma. Car au cinéma, je ne peux plus y aller". Le lendemain, sur 12 élèves (les autres ayant pris des vacances anticipées), 11 exemplaires de Rasta Rockett "édition Prestige" et 1 documentaire sur le skate. On a maté le docu sur le skate puis Rasta Rockett qui, à côté, paraissait encore mieux ! Le prof avait des larmes de gros crocos !




Je l'ai revu en Terminale, 5 ans plus tard (la Première fut pour moi une année qui a duré 4 fois 365 jours, dont peut-être une fois 366, il faudra que je vérifie ça sur mon calendar ! Mais je suis plus à un jour près !). Ma prof principale d'SES (SiencES), une fillette de 21 ans nommée Pascale Weeks, à la veille des vacances d'été, nous avait annoncé "Pendant les révisions du bac, faites donc des pauses, videz-vous la gueule, effacez-vous la tronche ! Matez les films qui vous évadent le plus ! Vous serez encore plus efficaces lors du bachot, croyez-moi !". Résultat : mes révisions du bac ont consisté en une étude en long, en large et surtout en travers de l'œuvre Rasta Gémini Cricket. Je connais ce film sur le bout des doigts, et j'ai eu mon bachot au repêchage, grâce à une excellente note obtenue en espagnole à l'oral (coeff 3, j'avais 8 points à rattraper, j'ai eu 3.25/20, 4x3.25, le calcul est vite fait, 8 points allègrement dépassés Claude, j'ai eu mon diplôme comme ma grand-mère a paumé ses dernières dents : sans bouger les doigts !).
Je vais ptêtre me le revoir d'ici peu. On est fin juin. C'est pile la période où j'ai envie de Rasta Rockett.




Pour en revenir rapidement aux autres films de Jon Turtelteub, histoire de parler de ce que je connais le mieux : sachez donc que oui, Phenomenom est bel et bien un phénomène. Le jeu de mot est simple, alors je m'y vautre comme un clébard.

Quant à la série des Benjamin Gates, elle enterre tout simplement Indiana Jones et ses arches perdues. Nicolas Cage EST le nouvel aventurier.

Turteltaub, Turteltaub, prononcez son nom à plusieurs reprises et vous comprendrez que cet homme-là n'a pas eu la carrière qu'il méritait !


Rasta Rockett de Jon Turteltaub (1993)

19 mars 2008

Julia

Dix ans après le phénomène La Vie rêvée des Anges, voici Julia, le film qui marque le come back tant attendu d'Erick Zonca sur grand écran. Son nom étant tout à fait imprononçable pour les américains, Erick Zonca a choisi de se faire désormais appeler Rick Zon-K et donc de suivre l'exemple de Jean-Marie Poiré, qui avait dû transformer son patronyme en Jean-Marie Gaubert à la sortie du remake US des Visiteurs.

Une anecdote amusante raconte que quelques mois après son arrivée à L.A., Zon-K aurait croisé Timmy Burton dans un bar et l'aurait directement inspiré pour l'écriture du scénario de Charlie et la Chocolaterie où un dénommé Willy Wonka, clin d’œil très appuyé au réalisateur franco-ricain, se retrouve en proie à une bande de gosses dégénérés dans une fabrique de boîtes de conserve. L'amitié entre les deux hommes n'a hélas pas duré, et je vais à présent vous expliquer pourquoi. Vous n'êtes pas sans savoir que le fameux couple Johnny Depp - Vanessa Paradis a fourni la modique somme de 350 millions d'euros à un hôpital anglais en guise de récompense et de remerciement pour avoir su soigner leur fille Lily Rose de ce qu'ils pensaient être la peste jaune alors qu'il s'agissait d'une simple allergie aux poils du chat mort dégueulasse que trimballe sa mère Vanessa en permanence sur la tête. Or, au même moment, la fille de Zon-k était également l'une des patientes de cet hôpital anglais. Et il se trouve que les nombreux médecins ont préféré s'attarder jour et nuit sur le cas de Lily Rose afin d'obtenir le chèque promis par Depp, délaissant clairement la fille de Rick Zon-K qui souffrait pourtant d'une maladie bien plus grave (une tumeur foudroyante qui transforma littéralement la gosse en paillasson humain). Après l'encaissement du chèque signé M. Depp Jonathan, l'hôpital s'est converti en casino de luxe, et le cadavre de la fille de Zon-k fut retrouvée lors des travaux. Tenu au courant de l'affaire par le journal Voici quelques temps après la mort de sa fille unique alors que le deuil n'était pas entièrement passé, Zon-k a pris pour cible Johnny Depp en le traitant de tous les noms d'oiseaux au journal de 20h de Claire Chazal où il était invité à l'occasion de la sortie dvd d'un documentaire sur les châteaux cathares dont il avait assuré la partie audio. Regardant justement la télé à ce moment-là car Mars Attacks! était programmé juste après, Timmy Burton fut pétrifié, prit son téléphone portable et composa le numéro de Rick Zon-k pour lui dire de ne plus jamais foutre les pieds dans son bar préféré de L.A., lieu de leur rencontre si vous avez bien suivi, car il pourrait bien en ressortir avec les ciseaux d'Edward au mains d'Argent plantés dans le front.



Voilà. Tout ça pour dire que le scénario de Julia fut écrit par Zon-k dans cette ambiance poisseuse, suite à la perte de sa gosse justement prénommée Julia. Il s'agit d'un hommage direct à sa fille qui a terminé en peau de mouton. Pendant l'écriture douloureuse de cette histoire aux mille rebondissements, Zon-k a tout simplement essayé d'imaginer ce que serait devenue sa fille 30 ans après sa mort, c'est-à-dire à l'âge de 40 balais. D'après lui, ça ne fait aucun doute, elle aurait très mal tourné. Julia est une vieille alcoolo très laide et désespérément détraquée. Elle-même considère n'avoir qu'une seule qualité : plaire aux hommes. Elle ignore que c'est uniquement parce qu'elle est une femme facile et que certains hommes n'attendent que ça pour se soulager. Après avoir perdu son job, Julia ne trouve rien de mieux à faire que kidnapper un gamin pour demander une énorme rançon à son grand-père plein aux as. Julia nous raconte donc la triste épopée d'une femme bête comme ses pieds dont chaque décision est un renoncement à la réflexion. Elle finit au Mexique, un pays dont Zon-k nous dresse un portrait alarmant, à l'instar de Kreuzpaintner dans Trade dont je vous ai parlé récemment. Un pays où un gamin ne peut pas rester seul cinq minutes car il finit forcément kidnappé par des types qui ne rêvent que de pognon facile. C'est évidemment ce qui arrive dans Julia. Des mexicains foncièrement méchants kidnappent un enfant kidnappé ! Le gosse se retrouve doublement kidnappé. Et le spectateur, qui en a tellement ras-le-cul de cette histoire qui n'en finit jamais, a à peu près la même impression. Zonca nous amène dans un état de lassitude et de découragement rarement atteint. Le générique de fin est une véritable délivrance.


Julia de Erick Zonca avec Tilda Swinton (2008)