31 mars 2011

Adieu Gary

Pourquoi parler de ce film ? Si on vous le demande vous direz que vous ne savez pas. Et encore estimez-vous heureux : à l'époque de sa sortie Félix et moi avons vu Parlez-moi de la pluie en présence de Jabac, et on a réussi à ne pas vous en parler... J'ai maté ce film sans Félix, le binôme n'était pas au rendez-vous, or dans Adieu Gary il n'y a pas Ja, il n'y a que Bac, qui d'ailleurs n'a pas son bac. C'est uniquement pour Bacri que j'ai lancé ce film, en souvenir du bon vieux temps où il nous faisait encore marrer avec sa gouaille de misanthrope et ses répliques au scalpel. Mais il est loin le temps où Jean-pierre Bacri pouvait sauver les meubles. Le voici noyé dans un film social pur jus qui nous inflige toute la grisaille de son genre : le film prend ses bases dans une petite cité ouvrière laissée à l'abandon et pratiquement vidée de sa population, que regagne un jeune homme fraîchement sorti de prison. Son frère travaille comme un larbin dans un supermarché qui l'oblige à porter des costumes ridicules. Son père (Bacri himself) ne travaille plus depuis que son usine a fermé : il la regarde passer en pièces détachées sur la voie ferrée en déplorant la désindustrialisation de la France due aux politiques de délocalisations favorisées par un gouvernement puant. Oisif, le vieux s'apitoie sur le lent démantèlement de cette usine et de sa vie tout en zieutant sa voisine sympathique (la toujours chouette Dominique Reymond, excellente actrice et très belle femme qui me fait parfois penser à la tata de Félix dont je suis maboule), qui quant à elle observe son propre fils, lequel passe chacune de ses journées à attendre le retour providentiel de son père disparu, son énorme cul vissé à une bite au milieu de la place du village, aux côtés d'un tout petit dealer de drogue, petit au point d'être un nain en fauteuil roulant... Le misérabilisme fait roi.


Le gros fils muet à bouclettes attend le retour de son père, avec dans son side-car un nain silencieux pour le soutenir dans son attente morbide

Que celui qui n'a pas prévu de se suicider par l'ennui passe son chemin, idem pour tous ceux qui se sentent déjà une sensibilité plutôt de gauche que de droite. Que se tiennent également éloignés du film ceux qui ne savent que trop ce que c'est que la misère matérielle, psychologique, émotionnelle etc. En ce qui me concerne j'ai fini par pioncer à poings fermés. Si vous voulez, et si il y a quelqu'un pour lire un article sur ce film dont personne n'a rien à foutre, je peux aussi vous spoiler le titre. Les naïfs qui comme moi auront cru avoir affaire à Romain Gary peuvent se foutre le doigt dans l'œil. Même désillusion pour ceux qui pensent avoir enfin droit à un docu-fiction avec Bacri pour chef d'orchestre sur la citée phocéenne, dont les habitants ont la belle habitude de se saluer en gueulant: "Ow gary !". Non en fait c'est juste lié à ce fils étrange abandonné par son père, toujours muet et sempiternellement assis au bord du trottoir dans l'attente d'un retour inespéré du paternel. Le personnage de Bacri s'en agace et n'arrête pas de dire à sa voisine (avec laquelle il fricote) de parler à son fils pour faire quelque chose. Du coup pendant tout le film on est là, tenu en haleine, figé, hagard, suspendu au stylo du scénariste, tétanisé, défragmenté dans l'attente d'une grande révélation et d'un twist impossible. On brûle de savoir pourquoi ce con reste planté comme ça au bord de la route, au point que plusieurs fois certains passants s'approchent de lui comme d'un parc-mètre pour payer leur dû et s'éviter une amende. C'est un méga film à suspense ! Les indices sont distillés au compte-goutte. On voit le jeune homme mater des films de Gary Cooper tous les soirs, échoué sur son canapé comme un baleinier Japonais naufragé sur une plage du Pacifique. En fait son père ressemblait à Gary Cooper, du coup tout le monde l'appelait "Gary" et comme il est parti, son fils l'attend. Pardon de vous avoir gâché la fin.


La seule scène pas trop dégueu du film, quand Bacri se fait passer pour Gary Cooper afin d'exorciser le gros hijo de pu'

Le film est un peu contradictoire d'ailleurs. Il se veut très réaliste, ultra naturaliste même, et cependant on a droit au cliché fictionnel coutumier des contes basé sur le thème de l'enfant (ou autre) qui attend chaque jour de sa vie, inlassablement, immanquablement, invariablement, l'être aimé et perdu (ici le père), assis sur un banc sans dire un mot pendant des lustres... Or ça c'est du conte de fée, c'est des histoires, comme on dit, c'est pas crédible une seconde. C'est étrange que ce film (et beaucoup de films dans le genre) soit à ce point contradictoire dans sa volonté de peindre le réel le plus cru tout en passant par des anecdotes romancées invraisemblables qui tuent dans l'œuf la volonté du réalisateur de toucher à l'universel. Je suppose que ça fait de ce film une "fable réaliste" ou un "conte social" et que ça lui aura valu 3 étoiles dans Télérama. En ce qui me concerne je lui dédicace seulement les prochaines effluves odoriférantes de mon étoile noire.


Adieu Gary de Nassim Amaouche avec Jean-Pierre Bacri et Dominique Reymond (2009)

30 mars 2011

The Damned United

Quand un collègue enrhumé m’a appris que Tobe Hooper avait enfin remporté l’Oscar du meilleur réalisateur, je n’en croyais pas mes oreilles et j’étais aux anges. Mais sachant bien que mon cinéaste fétiche n’avait rien sorti de notable depuis quelques années, je me demandais en quel honneur on avait bien pu lui offrir la statuette tant convoitée. Le récompensait-on bien justement pour l’ensemble de sa sublime carrière ? C’était la seule raison possible ! Une carrière sans temps morts, lancée sur des chapeaux de roue par le terrible Massacre à la Tronçonneuse et achevé par le démoniaque Mortuary en passant par l’inégalé Combustion Spontanée. C'était donc à mes yeux tout à fait mérité, la méritocratie prônée par nos dirigeants fonctionnait et je me sentais enfin bien dans ma peau. Hélas ! Je suis très vite redescendu de mon petit nuage en allumant iTélé. Il ne s'agissait pas de Tobe mais de son petit cousin cockney, Tom, dont le dernier film (Le Discours d’un Roi), avait tapé dans l’œil de l’Académie des Oscars. N'ayant pas du tout envie de voir ce film, j’ai logiquement choisi de visionner son précédent long-métrage, à savoir The Damned United, pour tout de même coller à l'actu !



Fait assez rare, ce film s’intéresse au petit monde du ballon rond, puisqu’on y suit les mésaventures du célèbre entraîneur anglais Brian Clough, un personnage haut en couleurs comme en raffolent les biopics hollywoodiens. Sauf que nous n’avons pas ici affaire à un véritable biopic puisque seule une petite tranche de la vie de ce personnage nous est contée en détails. Fort de ses succès avec le modeste club de Derby County, qu’il a brillamment fait remonter en première division, Brian Clough arrive tout triomphant et sûr de lui à la tête de l’équipe rivale de Leeds United. Bien que l’équipe de Leeds soit championne en titre de première division, Brian Clough est bien décidé à rompre avec les habitudes de son prédécesseur Don Revie, son ennemi juré, qui a simplement quitté son poste pour prendre les rênes de la sélection anglaise. L’exubérant Brian Clough estime en effet que Don Revie a récolté tous ses titres en trichant et en trainant le football dans la boue, faisant de lui un sport rugueux, hideux et profondément injuste.



Brian Clough est interprété par Michael Sheen, méconnaissable dans Unthinkable, et que j’ai donc cru découvrir dans ce film. J’hésite à penser que l’acteur offre une prestation impeccable ou qu’au contraire, il n’en est rien. Car il faut dire que pour se mettre dans la peau de son modèle, le comédien en fait des caisses et il a par exemple une façon assez extraordinaire d’insister sur chacun de ses mots, chacune de ses intonations. C’est brillamment fait, il faut l'avouer, et l’acteur captive souvent, justement à la façon d'un coach habité par la hargne et la victoire, dont le but serait de motiver ses troupes. Mais n’est-ce pas parfois un peu trop ? Je me pose tout de même la question. Une chose est sûre : Michael Sheen pourra agacer autant qu’il pourra séduire et convaincre l’assemblée. Sans doute à l’image de son personnage d’ailleurs, dont Tom Hooper parvient plutôt bien à cerner les failles et les faiblesses. C’est dans cette peinture de caractère que le cinéaste récemment salué par le tout Hollywood excelle. Je pense tout particulièrement à la scène où Brian Clough est enfin opposé, sur un plateau télé, à son ennemi Don Revie auquel il expose les raisons de son animosité et de sa rancœur. Apparait alors au grand jour l’absurdité de son attitude et tous les travers de sa personnalité, lors de ce qui est donc de loin la meilleure scène du film. Un film fait de retours en arrière réguliers, afin que l’on saisisse mieux les tenants et aboutissants de cette histoire et pour que l’on comprenne progressivement où veut en venir le cinéaste britannique. Ce dernier nous dépeint donc le portrait d’un homme totalement obsédé par l’envie de vengeance, par l’adversité débordante qu’il nourrit en lui, et véritablement aveuglé par son orgueil démesuré. The Damned United est aussi assez réussi quand il nous décrit les rapports très particuliers et passionnels entre Brian Clough et son fidèle adjoint, un gros type à la tronche d'ours mal luné.



Pour le reste, on ne peut pas vraiment dire que Tom Hooper se soit mouillé. Ainsi, il a par exemple tout simplement choisi de ne quasiment jamais filmer de matchs de football. Vous me direz : vaut peut-être mieux ça que mal le faire. Certes, mais c’est tout de même un peu regrettable pour les amateurs qui se réjouissaient d’enfin découvrir un bon film sur le foot. On aura seulement droit à de timides bribes de matchs et à des extraits d’archives télés... Largement insuffisant pour être plongé dans le jeu et pour sentir l’intensité d’un match. Ce n’est vraisemblablement pas l’objectif du cinéaste, mais c’est tout de même dommage. The Damned United demeure néanmoins un film sympathique, plaisant, fait avec une réelle application, porté par un acteur intenable et que je recommanderai aux plus curieux d’entre vous, en vous prévenant que c’est tout de même assez anecdotique et qu'il ne vous laissera sûrement pas un souvenir impérissable. Je comprends sans mal qu'en se saisissant d'un sujet plus sérieux, Tom Hooper ait réussi à récolter tant d'Oscars. Il n'en faut pas beaucoup plus pour y parvenir...


The Damned United de Tom Hooper avec Michael Sheen, Timothy Spall et Colm Meaney (2009)

28 mars 2011

Mon beau-père et nous

Pourquoi diable ai-je essayé de regarder Mon beau-père et nous ? Troisième opus de la franchise soi-disant comique qui réunit Ben Stiller et Robert De Niro, Little Fockers en VO ne relève pas le niveau de ses prédécesseurs, loin s'en faut. J'ai lancé ça parce qu'après une longue journée de boulot j'avais envie de me délasser devant une comédie idiote, sympathique et légère. Je savais bien que je ne m'attaquais pas à un chef-d'œuvre et que j'allais probablement être déçu, car Ben Stiller est un nullard affirmé et ça je ne l'ignore pas, mais j'avais juste envie d'une comédie pas trop désagréable avec trois gags aux bons moments et une histoire à peu près honnête. Au bout de 45 minutes et alors que l'histoire était à peine lancée, après une introduction laborieuse et pénible de trois plombes, j'ai tout coupé avec un cafard gros comme ça et l'envie de plomber tout le monde dans un rayon de 10 kilomètres. Comment peut-on être si peu drôle ? C'est la grande question. On était deux devant ce film, or il paraît que le rire est communicatif, c'est d'ailleurs pour ça que les films des frères Coen font pisser de rire les deux frères jumeaux au moment où ils les font alors qu'ils plombent leurs fans sur dvd. En 45 minutes nous n'avons pas ri une fois. Nous n'avons pas même souri ou esquissé le début d'un rictus qui ne fut pas la manifestation physique de la douleur et de la haine. Rester 45 minutes devant une comédie sans parler, sans plisser les yeux, en ayant même complètement oublié qu'on possède des zygomatiques, c'est une tragédie.


J'ai volontairement choisi des images de basse qualité pour illustrer ce sale film, c'est ma vengeance à moi, ridicule mais assumée.

Le pitch de ce nouvel épisode, le voilà : Bob De Niro sent qu'il va clamser et délègue le patriarcat rigoureux et austère de la famille à son beau-fils, Greg Focker (Ben Stiller) qui bien-sûr, en tant que gros tocard de service, s'avère inepte à reprendre le flambeau de son gros fumier de beau-papa, vétéran de toutes les guerres et conséquemment débile profond qui dirigeait la maison d'une main de fer. Par-dessus le marché les jeunes mariés Fockers ont désormais des gosses et, comme tous les gens qui ont des gosses apparemment, ils ne baisent plus. D'où un gros quiproquo de mon cul quand De Niro croit que son gendre trompe sa fille avec Jessica Alba, qui n'est en réalité qu'une collègue infirmière de Greg Focker, lui-même infirmier. Elle passe tout le film à l'appeler "Nurse Focker !", ravie de déclamer un jeu de mot lamentable qui devient vite insupportable quand le scénariste nous le rabâche toutes les cinq minutes pour remplacer les vannes qu'il n'a pas écrites. C'est vraiment un mikado de saloperies et de coups bas ce film. Mais le clou c'est l'arrivée d'Owen Wilson. Les deux énormes couilles que forme son nez deviennent les nouvelles stars du film, lequel nez est saucissonné en son milieu comme par la ficelle qui sépare deux boudins blancs chez mon boucher. Débarque aussi à l'écran l'immense trou du cul qui sépare sa lèvre inférieure de son maüs-menton. Sans oublier son surprenant bulbe rachidien hypertrophié recouvert par la peau de son front, ce frontispice que certains anciens combattants comparent au Front de la Marne et qui est sublimé par ce jet vers l'arrière de cheveux blonds hirsutes et poisseux. Sans compter le nid-de-poule croisé avec un cul de poule qui lui sert de bouche. Cet acteur a tant de proéminences fâcheuses sur le faciès, qui sont autant de bosses, de falaises, de parapets, de rocs, de buttes, de coteaux, de monticules et de tertres, que les femmes rêvent de l'escalader en rappel pour planter l'étendard de la laideur au sommet de son crane.


La moue dégoûtée qu'affiche Robert De Niro n'était pas dans le script, mais la main sur l'épaule d'Owen Wilson si, et le vieil acteur n'a pu réprimer ce fâcheux rictus au contact de son hideux camarade de jeu.

Normalement faire rire c'est une envie propre à l'humain, qui en tire même une certaine fierté, si bien que l'humour devient parfois orgueilleux et que rien n'est plus douloureux que de savoir qu'on ne fait pas rire les autres, qu'on en est incapable. Tout le monde a déjà éprouvé ça, et tout le monde aspire à faire marrer autrui. Y compris les types qui sont derrière ce film, qui en ont carrément fait leur métier, leur business. Du réalisateur aux scénaristes en passant par les acteurs et les producteurs, tous ceux qui ont mis la main à la patte sur ce projet sont tendus vers cet unique but lorsqu'ils réalisent une comédie, un film comique. Alors comment se démerdent-ils pour être à ce point impuissants à faire rire ? Il y a mille manières de faire rire, de la phrase la plus raffinée au gag le plus gras, de l'acrobatie linguistique à la Raymond Devos au gros pet huileux à la Michèle Bernier. Pourtant ceux qui ont fait ce con de film en sont incapables, ils sont infoutus de décrocher un smiley à leur spectateur, d'aucune manière que ce soit, et pour moi c'est un putain de mystère. Comment peut-on travailler en groupe pendant des mois à cet unique but, faire rire, avec tout le blé nécessaire pour se sustenter et financer toutes les farces possibles et imaginables, et aboutir à un film ultra nul, complètement pourri, un fiasco complet, déprimant et désespérément dépourvu d'humour ? Je l'ignore. Mais cette question est une souffrance pour moi. Elle m'a vraiment foutu mal pendant toute une soirée.


Mon beau-père et nous de Paul Weitz avec Ben Stiller, Robert De Niro, Harvey Keitel, Dustin Hoffman, Barbra Streisand, Jessica Alba et Owen Wilson (2010)

27 mars 2011

Mademoiselle Chambon

Ça fait un bail maintenant que j'ai vu ce film. Si j'en parle aujourd'hui c'est en partie pour parler d'autre chose que du film que j'ai vu hier soir, Mon beau-père et nous. Or comme mon souvenir remonte pas mal je suis partagé entre mon impression du moment et ce que je ressens maintenant en y repensant... Je me souviens qu'au début du film j'ai eu un peu de mal à me laisser prendre par l'histoire, sans doute à cause du rythme, mais rapidement j'étais dedans. Je me suis déchaussé et j'ai laissé Stéphane Brizé faire sa pli. En parlant de Stéphane Brizé, je dois dire que ce film m'a plus touché que Je ne suis pas là pour être aimé, même si j'ai du mal à dire pourquoi. Peut-être que c'est dû à l'histoire : le violon au lieu du tango et Vincent Lindon qui s'éloigne d'Aure Atika pour Sandrine Kiberlain au lieu d'Anne Consigny qui s'éloigne de son mari pantouflard, Lionel Abelanski, pour le vieux Patrick Chesnay. Pat Chesnay je l'adore, je lui voue même un culte, d'ailleurs il l'ignore mais je le considère comme mon oncle, mais sa moustache jaune-orangé devrait logiquement être un rempart au sentiment amoureux d'une femme. En tout cas sur le moment j'ai trouvé Mademoiselle Chambon assez beau et émouvant.


Kiberlain ravive en moi le fantasme de la maîtresse d'école qui se rappelle qu'elle est une femme et qu'elle a des besoins un peu cracra comme tout le monde.

En y repensant aujourd'hui j'avoue ne plus très bien me souvenir du film, comme s'il n'avait rien de réellement très marquant. On l'oublie un peu facilement et on doute de le revoir un jour. Rien n'est moins sûr. Il faut dire que le film a quelques défauts. C'est vrai que le couple adultère manque un peu de conversation pour qu'à la fin, quand Lindon s'immobilise dans le hall de gare, on soit véritablement saisi par son doute et sa douleur. Mais les deux personnages sont quand même liés par beaucoup plus (la musique, leurs passions et quelques paroles) que dans la majorité des films actuels dont les amants s'unissent follement en se débarrassant de leurs époux et épouses respectifs sans être liés par autre chose qu'une simple fringale sexuelle (un triste exemple parmi d'autres : le Partir de Catherine Corsini). Et puis tout au long du film de Brizé on voit que les sentiments des personnages les rendent discrets, muets, un peu autistes : ils ont toujours beaucoup de mal à faire des phrases, il y a des blancs dans leurs échanges. C'est la conséquence de leur amour naissant et interdit et ça les empêche inévitablement d'avoir de longs dialogues. Donc l'un dans l'autre tout cela tient debout et se regarde sans déplaisir, notamment grâce à une nouvelle interprétation hallucinante de Vincent Lindon.


 Même quand il a fini de bosser il est encore au boulot.

En général voir les personnages d'un film pratiquer leur soi-disant métier est assez superficiel et superflu, à part quand il s'agit d'un polar où il est assez nécessaire que l'on suive le héros dans son boulot de flic. Mais il n'est pas rare que les réalisateurs insèrent dans leur film une ou plusieurs séquences uniquement vouées à nous représenter l'acteur dans l'exercice des fonctions du personnage qu'il incarne quand cela n'a pourtant pas d'intérêt probant. Pire, ça sonne généralement terriblement faux. Mais quand l'acteur c'est Vincent Lindon, rien n'est plus pareil, et l'on sent une protubérance germer en-dessous de notre ceinture en le voyant dégonder une fenêtre et changer un carreau. Car son personnage travaille chez Carglass et tombe comme un cheveu sur la soupe quand Kiberlain a besoin de changer la fenêtre de son appartement. Alors on sent le poids de l'expérience, l'odeur de la sueur, on voit la couleur du talent lorsque Lindon, qui s'est entraîné à la chose selon les méthodes radicales de l'Actors Studio et de Stanislavski, change une fenêtre. Une fenêtre qui n'oubliera jamais ce moment privilégié et le contact délicat des mains calleuses du bellâtre. Cet homme est un Dieu de l'acting, c'est un éphèbe doublé d'un putain de génie.


Lindon fait naître en moi le fantasme du maçon bourru au grand cœur, aussi tendre que puissant, aussi doux que fêlé. Jean Gabin peut aller se rhabiller.

Le film se conclut sur une chanson de Barbara. De la même façon que Barbara chantait de la variété avec une élégance et une délicatesse qui élevaient ses chansons un peu au-delà des basses prétentions de la chanson populaire habituelle, le film de Stéphane Brizé est un petit film, d'une modestie absolue, d'une simplicité biblique, parfaitement lisible, mais qui s'élève sereinement au-dessus de sa condition par son brin d'intelligence, et par l'effet bienheureux d'une certaine grâce qui naît en de timides instants : comme quand la caméra subjective se substitut au regard de Vincent Lindon quand il s'approche de la porte de la chambre où Sandrine Kiberlain est endormie. Le cadre reste un certain moment sur le visage de la femme avant ce tant attendu mouvement de caméra descendant le long du corps de l'actrice au gré de ce chaste désir de l'homme qui l'admire. Ou comme cette attente avant qu'il ne finisse par lui prendre la main alors qu'ils écoutent le morceau de violon ; ou encore la larme brillante et discrète qui se suspend sur l'œil de l'acteur (on rêverait alors d'être soi-même une petite larme salée ou n'importe quel filet de morve pendu au blair de Lindon) puis qui coule le long de sa joue quand il est dans la voiture, à la fin, et qu'elle l'attend sur le trottoir. Il faut dire aussi que ce qui fait une grande partie de la modeste réussite de ce film, de sa justesse (à tous niveaux), c'est le talent immense des acteurs, y compris de Kiberlain ou, tenez-vous bien, d'Aure Atika, eh oui. J'aurais donné sans hésiter le César du meilleur acteur à Vincent Lindon pour ce rôle, comme chaque année.


Mademoiselle Chambon de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon, Sandrine Kiberlain et Aure Atika (2009)

25 mars 2011

Predators

Les personnes à l’origine de ce film, parmi lesquelles on retrouve le sous-doué Robert Rodriguez, souhaitaient tirer un trait sur les Aliens vs Predators, et autres daubes mêlant ces deux franchises, sorties récemment. Leur intention était de donner enfin une suite directe digne de ce nom aux deux premiers Predator. Mais en vérité, il s'agit surtout d'une suite au tout premier Predator réalisé par John McTiernan en 1987, où un Arnold Schwarzenegger au faîte de sa gloire poussait un extra-terrestre au suicide après s’être couvert de boue. Le second volet, où Danny Glover chassait de la jungle urbaine un Predator moins timide, n’est jamais évoqué par les personnages de ce nouveau film lorsqu’ils échangent à propos du passif et du casier judiciaire de ces bestioles suréquipées. Pourtant, si la réputation de Predator 2 est nettement moins bonne que celle du premier opus, j’en garde personnellement le souvenir d’un film plutôt sympathique et ce d’autant plus dans sa version française, une suite sans doute plus réussie que ce Predators au pluriel auquel on va à présent s'intéresser...


Depuis 1994, Robert Rodriguez murissait en lui le projet de renouveler la saga Predator. Quinze ans plus tard, il apparaît ici sur le tournage aux côtés du réalisateur, en tant qu'assistant

On suit ici les mésaventures d'une petite dizaine de soldats et autres excités de la gâchette qui atterrissent en pleine jungle, sur une planète inconnue, dont ils se rendront rapidement compte qu'il s'agit du terrain de chasse des Predators. Car ces derniers, pourtant capables de construire des armes ultra sophistiquées et des vaisseaux spatiaux allant plus vite que la lumière, semblent clairement avoir pour seul but dans la vie d'être d'impeccables machines à tuer et de parfaits chasseurs. On apprend aussi que deux clans de Predators se font la guerre, pour une raison qui ne nous est que partiellement dévoilée. En gros, il s'agirait d'une vague histoire de petite boule lumineuse qu'un prédator malicieux aurait cassée au cours d'une soirée, à la fois par ennui et par maladresse. Le prédator gaffeur et fautif aurait ensuite trouvé bon de planquer sous les coussins d'un canapé inconfortable cette boule devenue inutile et obsolète, afin de ne pas attirer sur sa discrète personne courroux et réprimandes. Une attitude lâche et bien vaine qui n'aurait pas du tout plu à l'hôte de la soirée, un prédator aussi orgueilleux que puéril, dont c'était l'anniversaire, et qui tenait tout particulièrement à ce jouet acheté au prix fort sur Amazon. Tout ceci est raconté par le prédator malhabile à un Adrien Brody qui n'en demandait pas tant et qui fait mine, en l'écoutant, d'enfoncer le canon de son fusil dans sa bouche. En bref, plus le voile se lève sur ces bestioles hideuses, plus on a l'impression de se retrouver face à un attristant abîme d'inepties. Ce nouveau film participe ainsi à nous rendre ces créatures encore moins intéressantes, alors qu'avec un brin d'imagination et d'idées, on peut se dire qu'il aurait facilement pu en être autrement.

Mais laissons à présent un invité de marque en la personne de Joe G., rédac’ chef du super webzine musical C’est Endendu, nous donner ses impressions. C'est là sa deuxième collaboration avec nous après son intervention remarquée au sujet du film Carlos.


Après avoir reçu son prix d'interprétation à Cannes pour Le Pianiste de Roman Polanski, Adrien Brody déclara qu'une telle distinction allait enfin lui permettre de "tourner pour de grands réalisateurs et participer à des projets ambitieux"

Dans le genre série B du futur de l'aventure avec un mec inattendu en guise de premier rôle, c'est pas si nul. Le héros a en effet les surprenants traits d’Adrien Brody, le type de The Pianist. Ses répliques du genre "We gonna need a new plan" sont environ le seul intérêt du film, si vous n'aimez pas les gadgets futuristes, les aliens ou les gens qui meurent de façon atroce. Puis ce film reste une suite à des suites de spin offs, ce qui est chaud en soi, mais au point où en sont les studios d'Hollywood et vue la situation de leurs idées (en rade - à quand un "Star Wars Episode 1 Vs. Superman : Naboo Rising" ?), je préfère prendre chaque film comme il vient : en .avi, voire en .mpeg !


Au second plan, Topher Grace qui, dans le civil, n'est autre que l'amant de Lady Chatterley

Le passage le plus sordide d'un film somme toute très chaud c'est celui où (désolé de vous spoiler la fin) le "docteur" se révèle n'être qu'un infâme connard meurtrier, pire que les Predatorzzz vu qu'il n'annonce pas la couleur. Le fait que le doc soit joué par Topher Grace, le même type qui interprétait Venom dans Spiderman 3 et que l'on a tous découvert avec That 70's Show, ce même mec que tout le monde sait condamné à jouer soit un avorton minable soit un avorton minable secrètement méchant (et que tout le monde sait voué à choisir les rôles de la seconde catégorie pour ne pas trop bousiller sa self esteem), hé bien le fait que le Doc soit joué par ce type, ça me fout le moral en berne ! Entre autres trucs chauds, on doit aussi se cogner Laurence Fishburne "qui entend des voix mais qui est trop un guerrier" pendant un bon quart d'heure. Sans parler de tous les clichés que le film contient. Dans les soldats concernés par l'exercice de survie, nous avons ainsi droit à l’inévitable "noireau", au "mexicain" excité, au "russkov" sournois, à la "fille" manquée, au gros "con", etc. Mais malgré tout ça le film se mate.


Trivia : après avoir trouvé par hasard sur les lieux du tournage ce bâton dont la forme acérée le fascinait, l'acteur ne s'en sépara jamais et l'objet l'accompagna dans chacune de ses scènes

Après ça reste une grosse merde, mais quand t'as trois plombes de tram à te payer pour faire Marseille-Paname, et qu'on a la bonté de te fournir une prise de 220V, et que par miracle t'as pensé à prendre ton PC, là ça se mate bien, ça te fait la moitié du trajet, voire un peu plus, ça se regarde mieux que ne se regarde le décor. Parce qu'en iDTGV tu vois pas par la fenêtre, c'est rétro-éclairé, et du coup tu peux voir que ta propre tronche, et quand tu passes ton temps comme moi à t'enlever les mokos pendant que le chef de gare dit "Attintieun, le train va démarrer, atteintiun !", n'importe qui, pas que moi, préfère mille fois s'envoyer Prédator(s) que de se mirer, tout moko-free que l'on puisse être.


Predators de Nimrod Antal avec Adrien Brody, Alice Braga, Topher Grace, Danny Trejo et Laurence Fishburne (2010)

24 mars 2011

Zack et Miri font un porno

Je suis quasiment bègue, sans doute bientôt chauve, de faible constitution et j'ai participé à des actes répréhensibles dont un qui provoqua la mort accidentelle d'un cycliste. Mais ce que je regrette le plus aujourd'hui, c'est d'être un grand naïf. Je suis tellement naïf que je me suis risqué à regarder un film de Kevin Smith parce que le pitch m'intriguait. Si, selon le proverbe anglais, la curiosité tue les chats, alors une fois mêlée à la plus pure naïveté, elle flingue aussi des soirées. Car c'est bien deux heures de ma vie que j'ai perdues devant Zack et Miri font un porno. Quand on se sait condamné à l'Enfer et qu'on ne parvient pas à fermer l'œil de la nuit, rongé par sa culpabilité, dites-vous bien que deux heures, c'est pas rien. Il faut donc avouer que le pitch de ce long-métrage est, au premier abord, plutôt accrocheur. Je dirai même qu'il cause à un peu tous ceux qui ont déjà été financièrement dans la zone rouge tout en ayant une bonne copine et une caméra sous la main. Trois conditions a priori très faciles à réunir, et en fait, même moi qui n'ai jamais eu de pote femelle, ça me parle. Ce film nous raconte en effet l'histoire d'un couple d'amis vivant en collocation qui décide de tourner un porno pour arrondir leurs fins de mois difficiles. Qui n'y a jamais pensé ? Je m'adresse à vous tous. A l'heure où nous disposons pratiquement tous d'une caméra vidéo sur nos téléphones mobiles et autres appareils photos, qui n'a pas songé une minute à tourner vite fait bien fait un petit snuff movie bien craspec ou un bon gros porno de derrière les fagots ? L'idée serait d'uploader ensuite le moyen-métrage sur YouTube, pour mieux "faire le buzz", se faire un nom aussi répandu que celui de Kim Chapiron ou Romain Gavras et, qui sait, consécration ultime, peut-être passer au Grand Journal, où un extrait de notre œuvre serait présentée par Tania Bruna-Rosso, l'innommable vermicelle humain. Mais revenons à proprement parler au film de Kevin Smith, que je suis bien décidé à épingler depuis qu'il m'a fait passer une des soirées les plus nulles de mon existence.


Un gros geek les yeux écarquillés et une grosse pute la bouche ouverte, d'emblée tous les ingrédients du porno sont réunis

Déjà, il faut savoir que ce film suit le schéma habituel et infiniment chiant des comédies romantiques américaines pourries. C'est d'ailleurs ce que ce film est, ni plus ni moins. Au début du film, les Zack et Miri du titre ne sont donc pas en couple. Il s'agit d'abord d'amis très proches partageant le même appartement. Et comme si le titre du film ne nous avait pas déjà mis sur la voie, nous assistons pendant la première demi-heure à leurs hésitations quant à savoir quoi faire pour remettre leurs comptes en banque à flot. Leur vient ensuite l'idée de tourner un porno à moindre frais, en engageant quelques proches et autres collègues de boulot, et en tournant de nuit, sur leur lieu de travail (un troquet de type Starbucks du pauvre). Ce dernier détail est d'ailleurs une référence à la vraie vie de Kevin Smith qui dut tourner de nuit son premier film, Clerks, dans l'épicerie où il travaillait le jour en tant que caissier. C'est une bien triste trivia que je partage là avec vous, peut-être la plus triste jamais écrite sur ce blog, mais c'est simplement pour vous montrer que lorsque Kevin Smith ne fait pas des clins d'œil ultra appuyées à sa dvdthèque chérie et à tout un tas de films qui n'ont vraiment pas besoin de lui pour se faire à nouveau remarquer, le bonhomme fait des références à sa propre filmographie, de façon plus sournoise, peut-être par fausse modestie.


Trop trop mignonne avec sa jolie frimousse de gamine de 8 ans et ses énormes et difformes amas de plastique mou en forme de nibards vissés au buste, comment ne pas craquer sur Katie Morgan ?

A l'image du personnage que Kevin Smith tente vainement de se construire en conférences de presse, et comme la plupart de ses autres films, Zack et Miri font un porno se veut "choquant". Mais bien évidemment, il ne l'est pas pour un sou. A part bien sûr si vous choisissez de mater ce film avec vos grands-parents ou une très jeune personne qui n'a jamais vu de poitrine de femme dénudée. Mais dans le premier cas, vous êtes un petit-fils indigne et vous devriez vraiment avoir honte d'infliger une telle saloperie à vos ancêtres. Et dans le second cas, vous êtes un bien piètre initiateur, car votre petit compagnon découvrira seulement les faux seins hideux d'une véritable actrice porno (Katie Morgan), une vision qui ne lui procurera aucun émoi mais seulement du dégoût, et qui en fera peut-être un(e) futur(e) homosexuel(le).


Seth Rogen, à Hollywood, on le surnomme "Big fat curly-headed fuck"

Kevin Smith profite de ce film pour déballer des blagues déjà entendues mille fois ailleurs et pour s'adonner à un exercice qu'il doit imaginer très original : le détournement de titres de films à succès en titres de films porno. Permettez-moi de ne pas vous donner d'exemple. Les personnages de son triste film font ça pendant des scènes interminables, alors que tout ce qu'ils déblatèrent pourra seulement sembler inédit pour les plus ignorants et les moins imaginatifs d'entre nous. C'est d'une tristesse... Mais je ne vous ai pas encore parlé de ce qu'il y a de pire dans cette daube infâme : son couple d'acteurs vedette. J'ai de plus en plus de mal à supporter Seth Rogen. Cet acteur est à peu près tolérable lorsqu'il est limité à faire une petite apparition débile dans un film de Will Ferrell, mais il n'a pas du tout le talent ni la tronche adéquate pour tenir un film comique à bout de bras. C'est un minable. Quant à l'actrice, Elisabeth Banks... Par où commencer ? En plus de tutoyer la laideur la plus dérangeante car de celle qui passe pour de la beauté aux yeux des plus mauvais observateurs, l'actrice ne se montre jamais drôle. En outre, son personnage nous est très tôt présenté comme étant réellement celui d'une pute bénévole. Il faut la voir, au début du film, en train de se démener pour se faire baiser par un bellâtre sans relief, qu'elle ignore alors être gay. D'accord, cette scène ridicule est faite pour être marrante, mais ça ne fonctionne pas, et ça donne seulement une drôle d'idée de ce personnage que l'on aurait mieux fait de nous dépeindre comme plutôt prude, ordinaire, peu portée sur la chose, pour que le reste du film soit plus intéressant. Là non, Miri est une grosse traînée qui rêve de queues, elle est donc déjà le cliché vivant d'une actrice porno avant que le scénario ne l'oblige à en devenir une. Je reconnais également ressentir une aversion peut-être toute personnelle pour le physique de cette actrice. Là où une actrice un peu mignonne ou à l'apparence plus quelconque aurait grandement participé à donner un tout autre intérêt au film, Elisabeth Banks finit de le plomber complètement. Imaginez par exemple une Jenna Fischer, une Amy Adams ou une Alison Loham devoir se rabaisser à faire du porno... On aurait regardé ça tout autrement ! Mais même en prenant une actrice moins jolie, y'avait des trucs plus intéressants à faire tout simplement en prenant le soin de choisir une actrice au physique correspondant moins par nature à celui d'une actrice porno dégueu, sans caractère, sans rien. Elisabeth Banks est le pâle brouillon d'une Jenna Jameson qui n'aurait pas subi une dizaine d'opérations chirurgicales et d'autres interventions, plus nombreuse mais d'une précision moins chirurgicale, orchestrées par des mastodontes de taille anormale. Elizabeth Banks m'a un peu pourri chaque film dans lequel elle est apparue. Chacune de ses expressions faciales me donne envie de lui en coller une ! Je l'avais déjà prise en grippe dans la série Scrubs. Je la trouve infiniment laide. Je ne l'aime pas. Ça échappe aux mots !


Sur ce cliché Seth Rogen nous indique le nombre de coups qu'il a tirés dans sa chienne de vie. Et Elizabeth Banks semble être heureuse de ne pas en faire partie

Pour finir, sachez que ce qu'il y a de plus terrible avec ce film-là, c'est que ses quinze premières minutes, menées à un rythme soutenu, se laissent aisément mater. Pour vous prouver que je ne suis pas du tout de mauvaise foi, j'avouerai même qu'il y a bien deux ou trois moments un peu drôles que l'on doit uniquement à l'acteur Craig Robinson. Puis le film devient de plus en plus infâme, d'une pauvreté humoristique atterrante, mais il est hélas trop tard pour l'arrêter : on se sent emprisonné, obligé d'aller au bout. C'est donc ce que j'appelle un "film de la pire espèce". Zack et Miri font un porno n'a pas connu de sortie en salles en France, il est directement sorti en vidéo, et c'est très bien comme ça. Un dernier mot sur Kevin Smith : j'en ai marre de ce gros mec en baskets et à casquette ! J'en peux plus de lui. Je ne fais pas partie de ceux qui lui vouent un culte à cause d'un film en noir et blanc que je ne m'encaisserai jamais. Dogma, Clerks, Jay and Silent Bob : je m'en balance à mort.


Zack et Miri font un porno de Kevin Smith avec Seth Rogen, Elizabeth Banks et Craig Robinson (2008)

22 mars 2011

La Veuve de Saint-Pierre

Si j'écris aujourd'hui sur ce film c'est avant tout pour parler de Patrice Leconte, dont je sais qu'il a engagé plusieurs personnes chargées d'écumer le net en quête de critiques assassines, de propos infamants, de saillies bellicistes et d'insultes à sa personne. Leconte est en effet un binoclard ultra susceptible. Il prend la mouche dès qu'un article négatif est publié à l'encontre d'un de ses films et avoue sans honte qu'il méprise la critique. Faut dire qu'il a de quoi se vexer puisque la critique l'a toujours gaiement égratigné, et pour cause, sa filmographie constituant en bonne partie un gros ramassis de fientes. D'abord metteur en scène attitré du Splendid, le succès mémorable des deux premiers Bronzés lui a ouvert les portes. Il s'est aussitôt engouffré dans la brèche pour réaliser tous les navets que l'on connaît avec Gérard Jugnot ou Michel Blanc. Puis après quelques comédies sympathiques et anecdotiques, le presbyte gringalet s'est empêtré dans une suite de très mauvais drames avant de revenir récemment sur le devant de la scène avec de nouvelles soi-disant comédies purement infectes : Les Bronzés 3, La Guerre des miss... Rien d'étonnant donc à ce que les critiques s'acharnent à couvrir Patrice Leconte d'injures et de réprimandes. En réalité tout bon français peut légitimement s'estimer le droit de réclamer séance tenante à Patrice Leconte une vingtaine d'heures de vie, une vingtaine d'heures de temps perdu, au bas mot, si ce n'est quelques pacsons de fric pour les plus naïfs qui sont allés le souffrir au cinéma et pour les fous qui se le sont payé au vidéo-club un soir de brouillard. Le fait que notre homme soit une tête à baffes notoire n'arrange en rien les choses, si bien que les professionnels le roulent dans la boue et que le grand public se moque de lui à qui mieux mieux. C'est pour cette haine réciproque que se vouent la critique et Patrice Leconte, pour cette guerre des miss ouverte et armée, que j'ai envie ici de "traiter" Patrice Leconte, dans le but non dissimulé d'obtenir mon premier procès.


Jure ?!

Pour la modique somme de 17,10€, libre à vous de mettre la main sur ce livre qui vient tout fraîchement de paraître en librairie. Ou bien préférerez-vous préserver votre petit pécule pour manger autre chose que des pâtes au sel ce soir, et vous contenterez-vous de lire l'immensément bonne nouvelle imprimée sur la couverture du recueil. Depuis que j'ai croisé ce volume dans une vitrine, je ne décroise plus mes doigts - ce qui n'est pas méga pratique pour taper sur mon clavier -, ce petit geste superstitieux étant une prière adressée aux cieux et au sieur Leconte pour que sa parole soit d'or et qu'il ne retouche plus jamais à une caméra. Or mon vœu a redoublé d'intensité quand je suis tombé l'autre jour à la téloche sur une rediffusion de La Veuve de Saint-Pierre. Je n'avais jamais vu ce film, et je ne peux pas tellement affirmer l'avoir vu depuis. Je me suis contenté de regarder une dizaine de minutes avant de mettre les voiles vers un peu d'air frais.


Emir Kusturica raconte qu'il n'a accepté ce rôle que pour deux raisons : dans l'espoir de palper Binoche et pour porter des vêtements chauds

J'ai eu le temps cependant de voir une séquence qui en dit long sur Pat' Leconte. L'idéal serait de vous la faire partager, mais pour ça il aurait fallu que je me procure une vidéo du film et c'est hors de question. Donc je vais vous la raconter. Je tente une expérience sous vos yeux : la critique du tout par la partie, la critique métonymique, la condamnation d'un film par un seul de ses plans. C'est une scène de dialogue - conversation à laquelle je n'ai rien compris car j'ai pris le film en cours de route - entre trois ou quatre personnages autour d'un bureau dans une pièce obscure. La séquence commence par un plan étrange : on ne voit pratiquement rien mais on entend la discussion qui progresse légèrement au loin. Même si on voit que dalle au départ, le plan bouge immédiatement (c'est un travelling latéral de la droite vers la gauche), et très vite on comprend que ce que nous discernons vaguement à l'image est une série de pieds de chaises. La caméra est au ras du sol et balaye le parquet derrière des chaises rangées en cercle contre une table, qui n'est pas celle autour de laquelle sont attablés les personnages qu'on entend au loin pour tailler le bout de gras, personnages assis assis au fond du plan et dont nous pouvons néanmoins écouter la causerie. Lentement, après quelques barreaux de chaises supplémentaires, nous apercevons les acteurs dans le fond du cadre, assis autour d'un bureau quelques mètres plus loin et discourant de sujets auxquels le spectateur n'entend rien car il est fasciné par ce travelling et se demande mordicus pourquoi... pourquoi ce plan, pourquoi comme ça, pourquoi maintenant ? Toujours en mouvement lent, le cadreur se redresse lentement d'un mouvement ample et maîtrisé des jarrets pour quitter le sol petit à petit et cadrer la tablée où s'emballe le dialogue en plan large. Puis le monteur coupe et se rapproche des protagonistes par une suite de gros plans fort convenus sur autant de cuistres engoncés dans leurs costumes d'époques rigides et récitant des dialogues que le spectateur se fait toujours fort d'ignorer, car il est préoccupé par le plan précédent et se demande décidément s'il n'a pas raté quelque chose, un indice, une fêlure dans un pied de chaise voué à annoncer une cascade hilarante dans une séquence ultérieure ? Le travail d'orfèvre d'un chef décorateur zélé et passionné pour le mobilier d'époque ? Une tache sur la moquette qui indiquerait que Juliette Binoche avait "les anglais" lors du tournage ? Il ne sait pas. On ne sait pas. On ne sait pas pourquoi cette séquence commence avec cette caméra qui balaye le parquet sous des chaises avant de se décider à sortir de sous la table pour filmer les acteurs à hauteur d'homme. Et l'on ne saura jamais. Car le mystère que recèle ce plan n'est en réalité pas bien grand, il est cravaté et lunetté, il n'est pas épais, s'exprime avec une bouche pincée, et il s'appelle Patrice Leconte. A sonder ce mystère, on ne trouverait que la vacuité d'un esprit chétif. La séquence suivante s'ouvre sur un plan beaucoup plus réussi, infiniment plus sensé et pertinent, qui révèle un certain brio même, puisqu'il nous présente Emir Kusturica derrière les barreaux.


La Veuve de Saint-Pierre de Patrice Leconte avec Juliette Binoche, Daniel Auteuil et Emir Kusturica (2000)

21 mars 2011

Constantine

Pour commencer, je tiens à dire que je ne connais pas le comics dont le film est inspiré. Si certains d'entre vous ont vu ce "film" et connaissent bien la bd alors je les incite à venir nous en parler. Je ne jugerai donc le film que pour ce qu'il est, sans autres référence que les précédents navets de Keanu Reeves et de Rachel Weisz, déjà réunis ensembles pour le pire dans Poursuite un film de courses-poursuites tout pourri où les deux acteurs passaient pour des chercheurs scientifiques super-crédibles. Quant au réalisateur, il paraît que c'est un réalisateur de clips renommé notamment pour Britney Spears et Will Smith (putain la classe !), dont un de près de deux heures intitulé Je suis une légende. Ma critique sera de mauvaise foi, elle n'ira pas très loin dans l'analyse des motivations des personnages ou bien dans la symbolique des divers sujets abordés ou objets/parties du corps touchés par les acteurs. De toute façon, je me souviens plus beaucoup de Constantine (à part que c'est nul) et en plus j'aime pas critiquer. Je vous résume l'histoire brièvement : y'a un gars qui s'appelle John (?) Constantine et c'est Keanu Reeves. Son truc c'est de chasser les démons de l'enfer qui viennent de temps en temps tourmenter les humains en se mettant dans leur corps (souvent des jeunes filles, parce que c'est plus facile il paraît).


Un regard ténébreux et perdu, une bouteille de vin tout juste achevée, un paquet de clopes sur le point d'être terminé : ce type est bien au fond du trou.

Constantine, il est super fort pour désenvouter, il y en a pas deux comme lui. Même si à chaque fois il en ressort usé comme une vieille tronçonneuse, il garde toujours son air blasé (à moins que ce ne soit le jeu d'acteur de Keanu Reeves limité à trois expressions faciales qui m'amène à croire que cet air est blasé). Mais Constantine a un lourd secret (le pauvre). Bon là, y a des spoilers, alors pour les fous qui veulent encore voir ce film et qui ne connaissent rien à Constantine, tracez votre chemin. Constantine a voulu mettre fin à ses jours lorsqu'il était ado mais il a été sauvé de justesse. Malgré tout, il a été officiellement mort durant deux minutes. Il est donc allé en enfer parce que le suicide c'est mal pour les catholiques, donc tu vas en enfer quand tu te suicides, parce que c'est pas bien. Mettons déjà de côté cette vision rétrograde et manichéenne des choses et admettons qu'il faut respecter la religion catholique. Donc, jeune Constantine a passé deux minutes en enfer, et deux minutes là-bas, c'est une éternité. Il a donc pu se rendre compte que ce qu'on lui a dit au catéchisme c'était tout vrai, et il s'est probablement fighté avec tous les démons qui traînent pendant ces deux minutes. Il a donc acquis de l'expérience. Mais il a un problème. L'ange Gabriel (une actrice androgyne avec un strap sur les seins et des ailes de cormoran scotchées dans le dos) lui a bien clairement fait comprendre que quoiqu'il arrive il ira en enfer à sa mort parce que il s'est suicidé (c'est péché, c'est mal). Et l'enfer, il connaît, c'est pas cool. Malgré tout, Constantine chasse les démons et exorcise à tout va en espérant qu'à un moment dieu sera clément et lui accordera le paradis. Par dessus tout, il se moque de sa santé puisqu'il sait finalement qu'il n'aura aucune rédemption et que "quitte à aller en enfer de toute façon, autant y aller le plus vite possible". Par conséquent Constantine fume comme un pompier (le message est clair : "fumer tue" et si on a pas compris, le réalisateur nous propose un gros plan de la tranche du paquet de clopes pour qu'on lise bien "smoking can permettre diseases like cancer, impuissance, bad haleine et j'en passe". Il a donc un cancer des poumons très avancé et il ne lui reste au mieux que quelques semaines à vivre d'après son médecin (une top modèle de 25 ans très crédible dans ce rôle).


Impassiblement con, même à terre...

Bon, je crois que je vous ai conté tout le background psychologique du personnage (j'emploie ici des termes cinématographiques, ça me gêne un peu car je n'aime pas tomber là-dedans) et je vais à présenter mieux vous raconter l'histoire. Mexique. De nos jours. Deux autochtones grattent la terre sèche et aride près d'une route défoncée de ce pauvre pays. Ils sont habillés avec un pyjama et un vieux t-shirt délavé parce qu'ils sont pauvres comme tous leurs compatriotes et ils ont une moustache comme Zapata parce que ce sont des mexicains. Leur rêve ultime est sûrement de passer la frontière et d'aller réussir comme leur cousin Pancho qui a ouvert une usine de confection de pyjamas à San Diego. Les Mexicains ont dû beaucoup apprécier la façon dont ils sont vus à Hollywood. Il manque plus que le chapeau de paille aux acteurs, et qu'ils disent "caramba !" à chaque phrase. C'est insultant et rétrograde, comme tout le reste du film d'ailleurs. L'un des deux hommes, à force de fouiller, tombe sur une plaque en bois (je sais plus vraiment) et dessous il y a un drapeau nazi (croix gammée sur fond rouge, et là on sait que c'est très mal ce qu'il a trouvé, très vilain et plein de malice). Enveloppé dans ce drapeau, José (je l'appellerai ainsi dorénavant, en vous précisant qu'il s'agit de l'acteur Jesse Ramirez dont aucune photo n'est disponible sur le net) trouve une grosse dague fichtrement moche. Dès qu'il la prend dans sa main tremblante, quelque chose change en lui et il se met à tracer tout droit direction Los Angeles. Bon, au passage dès qu'il a fait 5 mètres il prend un 4x4 en pleine gueule mais le fait qu'il porte la dague le rend invincible, et aussi il saute la clôture grillagée de la frontière avec l'aisance du bouquetin des Alpes lorsqu'il est à flanc de falaise.


Un exorcisme à couteaux tirés ! Remarquez que Keanu Reeves désigne quelque chose avec son index gauche

Durant ces scènes, le réalisateur ose des plans foireux issus des tics clippesques de ses débuts. Bref, c'est insupportable. Ensuite, je crois qu'on voit une fille se suicider du haut d'un hôpital (rappelez vous, le suicide c'est mal), elle se jette dans le vide, elle casse une verrière. Enfin c'est nul, mais c'est important pour la suite, donc je vous le dis. Après y a la première scène avec Constantine : il effectue un exorcisme sur une jeune fille (mexicaine encore, mais vivant à LA -il leur arrive que des tuiles aux mexicains). Constantine est accompagné d'une tête à claque qui lui sert de chauffeur joué par le mec qui jouait dans "La Guerre des Stevens" sur France 2, un con appelé Shia LaBeouf, dans un rôle similaire à celui qu'il interprète dans I, Robot. J'en sais pas plus sur ce type, j'essaie d'éviter tout ce qui se rapporte à sa gueule :

Une tête à claque pour un rôle de sidekick de service, qui finit d'irriter le spectateur qui n'en demande pas tant.

Pour faire bref, la scène d'exorcisme est très physique, on sent Keanu Reeves très investit dans son rôle. Les mexicains jouent très mal, Keanu aussi, ils hurlent et agitent des croix partout. En dehors de ces réactions moyenâgeuses, le réalisateur nous gratifie pour la ènième fois de plans foireux ("je filme Keanu Reeves de haut et complètement à la verticale, et plusieurs fois de suite"). Et donc, enfin, on aperçoit le démon qui s'est introduit dans le corps de la jeune fille et en ressort par l'anus, dont voici une photo ci-dessous.


Un monstre au design très recherché...

En dehors du fait que le design de cette chose est une catastrophe artistique, un naufrage esthétique digne de Godzilla, Independence Day et tous les films de Michael Bay, la bête ne fait pas bien peur, elle fait rigoler tellement elle est naze, ou bien soupirer très fort si la patience du spectateur est déjà à bout. C'est l'un des nombreux démons qui peuplent "l'enfer". L'enfer est donc très moche, mais on aurait dû s'en douter, c'est pour ça que les gens veulent pas y aller (enfin, ceux qui croient encore que ça existe). Au passage, j'en profite pour expliquer que, dans Constantine, l'enfer et le paradis sont des sortes de mondes parallèles au monde dans lequel vivent les vivants. L'enfer c'est finalement comme le monde réel mais avec un filtre rouge, des flammes en 3D partout, de l'orage et des éclairs, des carcasses de voitures carbonisées, des arbres en feu, des immeubles à moitié démolis et en combustion permanentes et bien sûr des démons très nombreux et vils. Quant au paradis, c'est comme le monde réel avec des nuages qui bordent l'écran, une musique composée d'un chœur qui chante d'une voix éthérée, une caméra "planante", pas âme (ou ange) qui vive et un filtre couleur sépia du plus mauvais goût. Manque plus que l'escalier roulant tout blanc. Enfin, deux représentations bourrées des clichés les plus putrides dont on nous chauffe les oreilles depuis 2000 ans, deux représentations qui sont là encore de dignes témoins de la valeur esthétique et artistique de Constantine : minable et méprisable. Penser que des gens ont reçu de l'argent pour mettre ce film en image m'empêche parfois de trouver le bien-être dont tout le monde à droit n'importe quand dans une journée ordinaire.


L'enfer / Le paradis...

Je vois que je m'égare de l'histoire. Puisque j'en ai ma claque, je vais vous résumer la suite très vite (le scénario tenant sur un post-it®). Une inspectrice de police (Rachel Weiz, rarement plus laide et repoussante que dans ce film, et si ce physique disgracieux était une volonté du réalisateur, il aura réussi au moins une chose) se trouve être la sœur jumelle de celle qui s'est suicidée. Sûre du fait que sa sœur n'aurait jamais mis fin à ses jours (parce qu'elle croit en jésus, donc elle sait que c'est PAS BIEN de faire ça), elle cherche à savoir qui l'a poussée à commettre cet acte. Le hasard lui faisant croiser Constantine (une chance dans une ville de 20 millions d'habitants), elle lui demande son aide non sans très grandes réticences de la part de ce dernier. Le jeu d'acteur de Keanu Reeves se situe alors à un niveau de la réticence que même Schwarzenegger doit lui envier. Quand Constantine décide de bien vouloir l'aider, les emmerdes commencent pour lui. Ses potes se font trucider les uns après les autres (mais proprement et furtivement, on n'aime pas le sang à Hollywood), les "associés du diable" lui mettent des bâtons dans les roues. Le sous-fifre de Satan est grimé en homme pour passer inaperçu. Bien sûr, il ressemble à un mafioso proxénète parce que c'est vrai que ces gens là représentent le malin, le méchant, le pas-bien. On note encore et toujours que l'originalité et l'invention n'étaient pas une priorité dans ce navet.


Au passage, une preuve de la laideur de Rachel Weisz dans ce film, à tel point qu'on dirait que le réalisateur vient de lui mettre un coup de pied dans la gueule, puis la montre du doigt.

A la fin, on se rend compte que toute cette histoire était un jeu entre Gabriel et le fils du diable (parce que le diable a un fils lui aussi comme le petit-jésus pour dieu), Gabriel voulant que tout le monde crève pour que seul ceux qui savent souffrir soient sauvés et puissent vivre dans un monde parfait. Oublions la morale nauséeuse et rétrograde qui se dégage de cet argument. L'ange Gabriel a donc fait des choses de son propre chef, a comploté derrière dieu, le fils du diable a fait pareil vis-à-vis de son papa. Le mexicain du début a servi à amener la dague moche jusqu'à la fille (Raquel Welch) car cette dernière est soit-disant la seule personne qui peut permettre au fils du diable de passer dans la dimension "notre monde à nous mortels". Mais grâce à Constantine qui veille au grain, la seule scène qui aurait pu être digne d'intérêt (un éventrage interne de l'actrice pour qu'enfin elle dégage du film) ne se réalise pas. Constantine sauve la fille et Gabriel se fait brûler ses ailes de cormoran asthmatique.


L'homme ci-dessus au premier plan s'appelle Francis Lawrence, il est responsable de ce merdier. Je le hais. Je te hais Francis. Notez qu'il désigne encore quelque chose du doigt, c'est une manie.

Et pour finir tout le film, le clou du spectacle, le passage qui enterre tous les espoirs, la scène qui fait qu'on passe du mépris pour ce film à la haine pure et simple : l'arrivée du diable. Ce n'est pas que la scène est pire qu'une autre dans le film, elle est aussi ridicule que tout le reste. Non, ce qui est regrettable, c'est de voir que le diable est interprété par le scandinave Peter Stormare. N'importe qui, je m'en fiche mais pas lui ! Pas le Karl Hungus de The Big Lebowski, pas cette idole, non, tout mais pas lui. Snif. Et en plus il surjoue, il cabotine, il se fait appeler "Lulu", on dirait une drag-queen et en plus il enlève gentiment son cancer à Constantine, qu'on aura donc même pas le plaisir de voir mourir définitivement. C'est donc avec tristesse, lorsque le générique de fin a débuté que j'ai quitté ma place de ce cinéma underground de Montauban, le seul qui possède encore une copie de ce film rempli de fumier. Je suis encore abasourdi par tant de nullité, déçu par Peter Stormare et tous les autres, peiné par ces deux heures et mes 9 euros perdus à jamais. J'avais en effet choisi de payer ma place au prix fort pour venir en aide à ce cinéma en perdition à la programmation originale et obsolète. Je me suis fait enculer.

Au revoir.


Constantine de Francis Lawrence avec Keanu Reeves, Rachel Weisz, Shia LaBeouf, Peter Stormare (2005)

19 mars 2011

Barnie et ses petites contrariétés

C'est l'anniversaire des dix ans de Barnie et ses petites contrariétés. A cette occasion je voulais vous torcher quelques lignes à propos de ce film que j'adore. Bon, pour être plus sincère, j'aime surtout un très court passage du film que je viens de chercher pendant toute une matinée sur google images. Je suis sûr qu'on pourrait en faire un gif animé de type mythique. Ceux qui connaissent le film sauront de quoi je parle. Même ceux qui n'ont vu que la bande annonce. Je parle évidemment de cet instant inoubliable qui m'a personnellement fait ressentir une grosse contrariété, d'autant plus que j'étais en présence de belle-maman quand je l'ai maté, ce moment terrible où Marie Gillain suce le doigt de Fabrice Luchini (une fois n'est pas coutume muet comme un espadon), comme s'il s'agissait de son berlingo. Elle te bouffe ce doigt comme si sa vie en dépendait, avec le regard qui va bien, ce regard qu'il est même rare de croiser dans les films pornos parce que les actrices y font leur boulot sans passion. Là on la voit la passion, on la palpe.



Ces cinq secondes en disent long sur Marie Gillain. Car il est impossible qu'une femme sorte ça de nulle part. Ce regard-là il est vrai ou il n'est pas. Ou alors Marie Gillain est vraiment la plus grande actrice de l'histoire du cinéma, rien qu'avec cette scène. Donc parions plutôt sur le fait qu'elle n'ait aucun a priori contre ça. Et je dis "ça" avec le plus grand respect pour une pratique ancestrale, vieille comme la nuit des temps, ne soyez pas naïfs. Depuis que l'homme a une queue et une bouche, la pipe est sa préoccupation première. Il faut bien se dire que tout le kamasutra a été inventé dans la première heure du monde. Tout a été tenté dans le berceau de l'humanité. Si vous repensez au petit dessin de Darwin où on voit un type se redresser lentement jusqu'à marcher, dîtes-vous bien que dès la première case de cette bd - la plus fameuse bande-dessinée du monde à ce jour - dès la première case la messe était dite et même si notre macaque était encore seul à cette époque-là il avait déjà sucé sa propre queue. J'aimerais savoir si y'a des races de singes qui sucent leur propre queue... Sûrement que oui ?


Barnie et ses petites contrariétés de Bruno Chiche avec Marie Gillain, Fabrice Luchini et Nathalie Baye (2000)

18 mars 2011

Fair Game

Doug Liman, que la critique juge unanimement prodigieux et indispensable dans la photo de famille de la crème hollywoodienne pour avoir réalisé le premier volet de la trilogie Jason Bourne (dont La Vengeance dans la peau est le dernier opus en date), a livré sur nos écrans le fameux Fair Game en 2010. Ayant comme tout un chacun littéralement fait dans mon froc devant les péripéties d'un Matt Damon survolté et surentraîné, éternellement coiffé de sa sublime coupe au bol et vêtu d'un t-shirt XS fort adapté pour courir entre les voitures, j'étais impatient à l'idée de renouer le contact avec le sacro-saint Doug Liman qui symbolise à lui tout seul l'avenir d'Hollywood, le futur radieux du cinéma d'action, l'essor des grands studios, la prospérité du film de genre. Doug Liman c'est l'espoir vivant de tous les spectateurs avides de sensations fortes et de toutes les femmes de la planète avides de sensations non moins fortes qui craquent pour Matt Damon, le fils américain de Gérard Damon, notre vieillard hexagonal. J'avais la chair de poule à l'idée de découvrir, même avec un an de retard, le dernier bébé bourré de testostérone de Doug Liman. Malheureusement pas un seul coup de feu n'était prévu dans le scénario de ce nouveau film, aucun coup de boule à l'horizon, pas l'ombre d'une clé de bras ne se profile d'un bout à l'autre du film, ni même le soupçon d'une mandale. Voici le triste pitch du film : Valerie Plame (interprétée par une Naomi Watts en pantoufles), agent de la CIA au département chargé de la non-prolifération des armes, dirige secrètement une enquête sur l’existence potentielle d’armes de destruction massive en Irak. Cette histoire, c'est du réchauffé. Ces événements ont déjà eu lieu, on connaît déjà la fin de ton film Doug. Avant le générique les marines auront débarqué à Bagdad, les Irakiens auront déboulonné la statue de Saddam et ce dernier sera pendu à la tété. Très peu intéressé par cette histoire déjà connue de tous, et le subconscient peu accaparé par l'arme de destruction massive nommée Watts qui dans ce film ressemble davantage à un pétard mouillé, j'ai éteint ma lumière au bout d'une vingtaine de minutes, déçu à en mourir. Mais j'ai quand même eu le temps de penser à quelque chose, et c'est le visage omniprésent et inoubliable de Sean Penn qui m'a conduit à ça. Car a priori il manque bel et bien une pièce essentielle du puzzle Fair Game dans ce pitch de potche, comme sur l'affiche du film d'ailleurs, et je veux bien entendu parler de Sean Penn. Regardez mieux ce poster magnifique. Au premier coup d'œil on voit Naomi "10 000" Watts en costume trois pièces et le titre. Et puis en y regardant de plus près on distingue quelque chose sur la droite de l'image, une ombre, un brouillard, the frog, un fantômas qui rôde dont l'attitude complètement décalée contraste avec celle, grave et austère, de Naomi "100 000" Watts, nous interroge et nous fout mal à l'aise : c'est Shaüwn Penn tout sourire qui, en légère surimpression, vient bousiller le climat sérieux et grave que tentait d'asseoir l'afficheur.


Je sais que cette image est déjà sur l'affiche mais on ne s'en lasse pas

Takeshi Kitano, qui se fait surnommer "Beat" et qui porte remarquablement bien ce surnom ici en France, est un réalisateur japonais célèbre pour avoir une coquetterie dans l’œil unique en son genre, et adoré de tous pour avoir réalisé deux ou trois films "mignons" parallèlement à deux ou trois films de "baston". Et bien qu'il soit au départ le Vincent Lagaf japonais, présentateur de jeux télévisés dignes d’Inter-ville en son pays, les critiques de cinéma n'ont de cesse de l'aduler et de lui poser de brillantes questions. Parmi celles-ci, l'incontournable : "Quel est votre cinéaste préféré ?" En réponse, Takeshi "Beat" Kitano n'a de cesse de dire et de répéter que son metteur en scène favori est le grand Akira Kurosawa. Pour Beat Kitano, Kurosawa c'est le modèle absolu. Pourquoi ? Parce que dans un film de Kurosawa chaque plan est composé comme un tableau. Mieux, chaque image pourrait en soi et pour elle-même constituer un splendide tableau de grand maître. Le spectateur peut librement s'amuser à figer l'image à n'importe quel moment d'un film de Kurosawa pour obtenir devant soi une peinture magnifique, dixit Beat. On peut ne pas être d'accord avec cette conception du "cinéma idéal" selon Kitano, et préférer les théories de Koulechov ou par exemple les préceptes de Robert Bresson qui voulait qu'un plan n'ait aucune valeur ni aucune beauté propre séparé de ceux qui le précèdent et le suivent. Toutefois l'idée de Kitano, qui tend à rapprocher très étroitement l'art cinématographique de l'art pictural, se tient, et peut même dans une certaine mesure se vérifier dans les films de son maître Kurosawa. De sorte qu'il ne serait pas complètement absurde de juger de la beauté plastique d'un film selon de tels critères. Aussi ai-je envie, de façon arbitraire et gratuite, de mettre le film de Doug Liman à l'épreuve des balles. Faisons le test de Kitano, le "beat test", avec Fair Game. J'ai fait pause aléatoirement à quatre reprises, au hasard, en baladant mon curseur tout le long de la barre de lecture de mon lecteur divX, et voici les quatre arrêts sur image que j'obtiens réunis par mes soins à la palette graphique :


Cliquez sur l'image et admirez ces quatre faciès caoutchouteux en grand format, ça vaut son pesant de cacahuètes.

L'expérience est sans appel : le film de Doug Liman ne passe pas le "test Kitano". Il échoue même lamentablement à ce crash-test de tous les diables. Visez-moi un peu la ganache carbonisée qui systématiquement s'imprime dans l'image et la piège de l'intérieur. Chaque image du film est un terrain miné, une horreur visuelle, un sacerdoce de la rétine. Si l'on devait en tirer une peinture ce serait du crépit pour tapisser des chiottes. Ou alors c'est une forme d'art encore inconnue, qui va au-delà du cubisme et de l'abstraction, au-delà de Jérôme Bosch et d'Egon Schiele, bien plus loin que Lucian Freud et Francis Bacon dans le goût des tronches fondantes et décrépies, dans la passion des gueules brisées et des faces dégoulinantes. Shawn Penn semble arborer dans ce film un masque d'Onibaba, un couvre-chef de vieillard hideux, terriblement expressif et mystérieusement pacifique, blanchâtre de chevelure et de teint, qui n'est autre que sa véritable tête, laquelle fait mystérieusement tourner celle des femmes. Croyez-le ou non, ce visage bouffi de couenne et caffi de peau fait tourner la tronche de ces demoiselles. Sean Penn est un sex-symbol avec sa fraise de clopeux lépreux et son énorme navet de vétéran de la guerre de Corée. Où va le monde ?... En attendant j'ai sans doute passé plus de temps à faire ce montage photo que Doug Liman n'en a passé à monter son film, et ça m'a pris cinq minutes. Car en réalité si vous faites pause au hasard à n'importe quel moment du film vous tomberez certainement 9 fois sur 10 non pas sur un bout de peau de Naomi Watts mais sur un pan de mur, un bout de tête en amorce, ou un acteur décapité par le bord du cadre. De quoi composer une galerie de non-tableaux ultra conceptuels et proprement hideux. Car Doug Liman a cru brillant de porter sa caméra à l'épaule pour bouger dans tous les sens au gré de la conversation de ses comédiens, comme s'il n'avait pas lu dix fois le script et ne savait pas lequel allait s'exprimer à tel ou tel moment. L'effet recherché est celui d'un reportage télé débordant de suspense dont le cadreur ignore ce qui va se passer, mais à l'image ça donne une caméra qui balaye entre deux personnages ridés et maussades sans choisir lequel filmer, s'interrompant dans sa course pour retourner à toute vitesse vers le dernier qui a parlé, mais déjà l'autre a répondu et le cadreur doit faire demi-tour, souffrant d'un torticolis affreux que l'on ressent par-delà l'écran et pour lequel on n'éprouve aucune compassion... L'effet reportage télé aurait pu fonctionner mais dans les faits c'est complètement raté, et le résultat c'est un banal effet série télé, le réalisateur ne sachant quoi filmer alors qu'il est la plupart du temps dans une bagnole deux places, posté face à un couple de connards qui s'échangent des remarques fades dont on se fout éperdument. Voila qui fait de Douggybag Liman, que l'on nous vend comme le meilleur espoir d'un cinéma américain depuis longtemps défroqué, un beau crétin. 


Fair Game de Doug Liman avec Sean Penn et Naomi Watts (2010)

17 mars 2011

Black Christmas

On associe systématiquement Black Christmas au fameux Halloween de John Carpenter. Les deux films sont en effet similaires sur bien des points et le premier a sûrement été une importante source d’inspiration pour le second. Ces deux films ont fondé peut-être bien malgré eux l’un des pires sous-genres du cinéma d’horreur, à savoir le « slasher », c'est-à-dire tous ces films où un individu généralement masqué s’en prend à une bande de jeunes et les liquide un à un. Un sous-genre qui a engendré un nombre incalculable de mauvais films d’exploitation pendant les années 80 avant de s’essouffler au début des années 90 puis d’être relancé grâce au succès de Scream ; le filon s’étant à nouveau épuisé, on espère que le quatrième volet de la saga de Wes Craven ne lui redonnera pas une nouvelle jeunesse. Réalisé en 1974 par Bob Clark, Black Christmas est souvent présenté comme le premier véritable slasher. Dans ce film, une pension occupée par une confrérie universitaire de jeunes étudiantes est prise pour cible par un serial killer. Celui-ci commence par harceler les jeunes femmes au téléphone en leur déblatérant des obscénités puis finit par s’en prendre véritablement à elles.




Le rapprochement avec Halloween peut se faire dès les premières images puisque Black Christmas s’ouvre également par une séquence en vue subjective où nous nous retrouvons donc dans la peau du tueur en train de s’infiltrer dans la maison. Dès cette première scène, l’ambiance est posée : l’atmosphère du film est tout de suite angoissante et elle le restera. L’efficacité de Black Christmas est toujours intacte presque quarante ans après sa sortie, alors qu’entre temps, des centaines de films ont repris la même recette, sans le même savoir-faire. Mais ce qui m’a le plus intéressé dans ce film est l’interprétation que l’on peut en faire, ou en tout cas celle qui m’est apparue et que l’on peut encore une fois rapprocher du film de Carpenter, sorti quatre ans après. On reproche à John Carpenter d’avoir signé avec Halloween une œuvre réactionnaire et puritaine où l’unique survivante est la seule jeune fille qui ne s’est pas adonnée aux plaisirs de la chair, de l’alcool et autres substances illicites. On a ainsi attribué au film une morale douteuse et insidieuse, par ailleurs contredite par tout le reste de la filmographie du cinéaste, aux relents parfois quasi anarchiques, et à laquelle Carpenter en personne s’est souvent défendu d’avoir intentionnellement réfléchi, en regrettant par la même occasion que son film puisse être interprété de cette façon. Sur ce terrain-là, Black Christmas paraît plus significatif et sans doute plus clair. Laissez-moi donc vous dire à présent comment j’ai perçu ce petit jeu de massacre.




Bob Clark s'applique à nous dépeindre les personnalités de ces étudiantes, représentatives des jeunes femmes américaines de ce début des années 70. Il semble nous décrire la nécessité de leur émancipation vis-à-vis des générations passées avec laquelle elles sont en décalage complet. Ces jeunes étudiantes boivent, clopent, s’amusent et parlent cul crument. Surtout, on voit ces filles faire preuve d’une certaine insolence à l’égard de leurs aînés, et de toutes les figures d’autorités qui se présentent à elles. Celle incarnée par la charmante Margot Kidder (dont le personnage principal de The House of the Devil est volontairement le sosie) est sans doute la plus dévergondée : on la verra se moquer d’un policier benêt ne comprenant pas le sens du mot « fellation ». La première de ces jeunes femmes à mourir est celle dont on sait seulement qu’elle était encore vierge, d’un caractère timide et sérieux. C’était aussi la seule qui prévoyait de retourner chez ses parents pour les fêtes, tandis que ses copines de la sororité ont choisi de festoyer ensemble en restant à la pension, en toute liberté, sans doute en pleine débauche. Le père de cette première victime est la seule figure paternelle que l’on verra dans le film : c’est un homme vieux qui a plutôt l’allure et le physique d’un grand-père, c’est un vieil homme lent et apparemment déconnecté du monde dans lequel vivait sa fille disparue.




Bob Clark filme donc les jeunes américaines de ce début des années 70, il filme une jeunesse dont le décalage avec la génération précédente est profond et qui doit à présent s’en affranchir définitivement. Une situation symbolisée par une scène marquante où l’on voit un jeune homme, que l’on sait austère et privé d’amusement, laisser exploser la violence qui l’habite lors d’une répétition au piano face à un jury ridé, immobile et médusé. Le tueur, c’est peut-être lui, cet individu renfermé et enfermé, vieux jeu et appartenant résolument au passé. C’est en tout cas ce que l’on se met à croire jusqu'à la fin du film, rappelant elle aussi la conclusion inoubliable d'Halloween. Mais en réalité, le tueur du film est invisible, on ne le voit jamais, même pas furtivement. Il peut donc d’autant mieux être une entité irrationnelle, une sorte de puissance invisible qui n’existerait que par le sens donné à ses actes. Lors de ses terrifiants appels téléphoniques, le tueur parvient à prendre des voix multiples, des voix d’hommes et de femmes manifestement âgés, dégueulant des obscénités particulièrement brutales. On ne sera pas étonné d’apprendre par la suite que l’appel provient de l’intérieur même de la maison où vivent les étudiantes, un effet de surprise maintes fois réutilisé après ce film (je pense notamment à Terreur sur la Ligne), mais là encore assez significatif. Bien entendu, le tueur s’en prend seulement à des femmes. Et en toute logique, la seule survivante du film est celle qui refuse de se marier, celle qui veut avorter pour continuer sa carrière. Elle est jouée par la mignonne Olivia Hussey, et il s’agit évidemment du personnage le plus dynamique et volontaire, la figure de proue de cette génération qui s'affirme. C'est elle qui tue le reliquat figé de l'étouffante génération passée, c'est-à-dire le jeune homme précédemment évoqué. A travers elle, Bob Clark nous montre la nécessité de ces jeunes femmes de sortir d'un carcan mortifère, étouffant et dépassé, pour mieux se saisir entièrement de l'avenir qui s'offre à elles.




Ce salmigondis personnel mis à part, Black Christmas est avant tout un thriller très efficace en plus d’être un film particulièrement intéressant sur son époque et une œuvre d’un intérêt quasi historique pour le cinéma d’horreur. Black Christmas n’a peut-être pas la même qualité formelle qu’Halloween, pas la même virtuosité dans sa mise en scène, qui est sans doute moins profondément déterminée à surprendre et à faire peur. Mais Black Christmas est peut-être plus riche sur le fond, et il n’en reste pas moins assez brillamment filmé, Bob Clark jouant parfaitement du hors cadre et de la profondeur de champ pour mieux nous flanquer la trouille. Il me revient aussi à l’esprit cette scène toute simple, lors d’un coup de fil du tueur, où la caméra passe d’un visage à un autre, en très gros plan, captant superbement toute la tension grandissante. Une tension qui n’est ici jamais installée par le renfort d’effets lourdingues. On pourra ainsi agréablement noter l’absence des effets sonores chocs, ceux-là même qui n’en finissent pas de pourrir les films d’horreur actuels. Black Christmas est une œuvre ambiguë et subtile, un film assez rare. Il n’a donc clairement pas volé son statut de classique du cinéma d’horreur, et il mérite d’être redécouvert, lui qui à sa sortie fut d'abord éclipsé par le non moins fameux Massacre à la Tronçonneuse de Tobe Hooper et qui fut ensuite poussé dans l’ombre par le classique de John Carpenter.

 

Black Christmas de Bob Clark avec Olivia Hussey, Margot Kidder et John Saxon (1974)