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18 mars 2023

Crazy Bear

Elizabeth Banks se construit une belle petite filmographie. Pitch Perfect 2, Charlie's Angels et maintenant ce Cocaine Bear (devenu Crazy Bear dans nos contrées où un plus fidèle Ours sous coke aurait été bien mieux). Depuis qu'elle est passée derrière la caméra, Banks complète avec cohérence sa carrière d'actrice et semble se spécialiser dans une veine très spécifique, celle de la merde qui se sait merdique et affiche cette conscience de se savoir merdique comme le summum du cool. C'est tout un concept ! Le film est supposé être cool car il a conscience de sa propre débilité et il serait idiot de le regarder sans le bon état esprit requis. Vous pouvez m'insulter, je n'ai pas su apprécier cette œuvre à sa juste valeur, c'est un fait. C'est donc au spectateur qu'il est demandé d'être inconscient et d'ignorer qu'il a en réalité affaire à un produit aseptisé et infect qui n'a strictement aucune âme ni le moindre intérêt. Pour résumer, Crazy Bear est une daube assumée, un fier étron, une "série b" au budget estimé à 40 millions de dollars, affichée en première page d'IMDb depuis des semaines et vendue par un grand studio. En bref, l'opportunisme et l'hypocrisie à leur summum. Pour le cool, on repassera !


 
 
Toute la promo de ce si triste film est basée sur son titre à la con et son pitch tout aussi teubê mais basé sur un fait divers survenu aux États-Unis en 1985 : un ours noir a trouvé de la cocaïne tombée d'avion dans la forêt nationale de Chattahoochee-Oconee et a passé l'arme à gauche après en avoir ingéré (je copie-colle Wikipédia, de la même manière que les premiers intertitres inutiles du film, qui prennent soin de préciser leur source en cherchant, là encore, à se donner l'air cool). Une anecdote de dingue, vraiment, dont on attendait avec impatience l'adaptation sur grand écran et dont le petit génie Jimmy Warden, scénariste de seconde zone, s'est saisi. Il a cependant revu et corrigé la réalité à sa sauce : ici, la coke ne finit pas par tuer la bête, mais la rend plus forte, agressive, la dote quasiment de super-pouvoirs. C'est censé être plus marrant ainsi, bien entendu. Sauf que de bête, il n'y en a pas. Jamais, pas un instant. Ne cherchez pas. Ces films-là sont morts à partir du moment où l'on a remplacé les effets spéciaux artisanaux et l'utilisation maîtrisée de véritables animaux par le tout numérique.


 
 
L'ours vedette n'a de "crazy" que son extrême laideur, son aspect lisse et même curieusement satiné : son poil lustré reflète la lumière d'étrange façon, on dirait que l'animal sort tout juste d'un carwash suivi d'une intense séance de brossage à sec. Les gros plans sur sa gueule, à laquelle des geeks sans idée ont parfois essayé de donner des expressions ridicules, sont les moments les plus gênants d'un film qui parvient à l'être du début à la fin. On sait bien que les gens derrière tout ça n'ont pas de cœur. Mais n'ont-ils pas au moins des yeux ? On se le demande devant cette comédie horrifique qui n'a rien de franchement comique tant tous les personnages "décalés" et leurs répliques sont à se pendre et dont les quelques passages gores sont glissés ici ou là très mécaniquement, comme pour répondre à cet odieux cahier des charges. Cela suffit tout de même à être qualifié de "déjà culte" par les guignols d’Écran Large, cibles toutes trouvées pour ce genre de fumisteries... Crazy Bear est désespérant de nullité et constitue une vraie insulte pour ceux qui aiment les vrais films de genre faits avec amour et parfois, certes, dans un esprit d'autodérision plaisant mais jamais dans cette hypocrisie crasse qui inonde notre sinistre époque. Ça se sait régressif, ça se veut subversif, c'est juste totalement vain et profondément hideux.
 
 
Crazy Bear d'Elizabeth Banks avec Keri Russell et Ray Liotta (2023)

21 octobre 2019

Brightburn : l'enfant du mal

Voici l’œuvre collective de la famille Gunn. Cousins et frères se sont réunis plusieurs week-ends successifs pour écrire ensemble le scénario de cette abominable merde. L'idée de départ, tout bonnement révolutionnaire, était de faire un film de super-héros horrifique. Du jamais vu... Ils ont grosso mierdo repris la trame bien connue de Superman pour mieux la détourner. Ainsi donc une capsule contenant un bambin from outerspace atterrit en pleine nuit dans la propriété d'un couple qui cherchait justement à avoir un gosse. Ni une ni deux, ils décident de l'adopter et de l'appeler Brandon. Rude. Une douzaine d'années plus tard, le gosse commence à voir rouge, littéralement. Ses crises de colère foutent systématiquement la maison sens dessus dessous. Très très cons, les parents mettent ça sur le dos d'une adolescence difficile, d'une puberté mal négociée. En plus d'un caractère de cochon, Brandon se découvre également une force surhumaine et une résistance à tout, ainsi qu'une attirance inexplicable pour sa vieille capsule planquée dans le sous-sol de la grange et de laquelle émane des transmissions télépathiques qui lui intiment de conquérir le monde, rien que ça.





Avec la bénédiction du plus argenté de la famille, celui qui a réussi, l'intellectuel de la bande, James Gunn, ici crédité en tant que producteur, incroyable tocard qui passe pour un type cool aux yeux de certains en raison d'une coupe de cheveux minable et d'un parcours atypique qui l'a vu passer des petits studios Trauma aux superproductions Marvel, Matt et Brian Gunn ont imaginé cette "origin story" d'un super-vilain qui n'a strictement rien d'originale, confiant la réalisation à un yesman docile nommé  David Yarovesky. Brightburn (c'est aussi le nom du patelin où se déroule cette histoire à la con, dans le Kansas) est une énième variation autour de l'enfant maléfique comme le cinéma d'horreur en raffole depuis des lustres. Quel film a relancé la mode ? On se le demande, mais ce sous-genre fleurit de nouveau sur nos écrans, plus souvent pour le pire que pour le meilleur. Très récemment sont aussi sortis The Hole in the Ground et The Prodigy, deux titres autrement plus recommandables que Brightburn bien que tout à fait dispensables. En général, ces films sont terriblement prévisibles, avec leurs lots de scènes inévitables où l'on enquête sur l'origine du mal, où l'on consulte des spécialistes, etc, et font plus que flirter avec le grotesque lors des coups de sang spectaculaires des enfants démoniaques. Navet XXL, Brightburn n'échappe pas à la règle et se plante à tous les niveaux.





D'une bêtise à toute épreuve, le scénario bâtard de Brightburn ne nous réserve aucune surprise malgré son apparente volonté de mêler les genres et les tons. L'insertion d'éléments de comics paraît très superficielle et forcée. Il faut voir le gosse, tronche de cake insupportable, griffonner en cachette, dans la cour de récréation, un logo et un costume sur son cahier de brouillon... ou découvrir sa force anormale en tordant une cuillère au petit-déjeuner... Alors que le film se veut d'abord plutôt léger, d'un comique involontaire parfois opérant notamment dû à des acteurs aux abois (les parents, campés par Elizabeth Banks et David Denman sont d'un ridicule de chaque instant), nous sommes en revanche très étonnés par quelques effusions ultra gores lors de ces scènes où le gamin s'en prend à ses victimes. On se souvient notamment de ces plans très insistants sur des éclats de verre envoyés dans l’œil d'une pauvre femme qui essaie en vain de se les extirper (je vous passerai des photogrammes...).





Ces scènes choc sont d'une laideur inouïe en plus de pouvoir éventuellement heurter le très jeune public que l'on imagine être la cible potentielle d'un tel concours d'idioties (le seul peut-être capable d'y trouver un semblant d'intérêt pendant 90 minutes). Ces images sont si dégueulasses qu'elles nous font détourner le regard et rendent ce film encore plus détestable. C'est oublier que c'est la marque de fabrique de la famille Gunn, toujours désireuse de nous rappeler son amour pour le bis qui tache. Tristes énergumènes... Lors du générique final, des images issues de journaux télé annoncent des événements surnaturels et l'existence possible d'autres super-héros, établissant un lien avec un autre film de James Gunn, l'insipide Super tourné en 2010. Cela a seulement pour effet d'accroître encore notre exaspération et notre mépris pour toute cette sinistre petite bande, visiblement très fière d'elle. Bienvenue dans le Gunniverse... Au secours !


Brightburn : l'enfant du mal de David Yarovesky avec Elizabeth Banks, David Denman et Jackson A. Dunn (2019)

12 mars 2019

Blackout Total

On s'apitoie souvent sur la déliquescence des films comiques français, mais côté américain, ça ne va pas fort non plus, sachez-le. Et ça commence à faire un bail... Blackout Total, titre "français" de Walk of Shame, se présente plus ou moins comme une version "girly" (punissez-moi) de Very Bad Trip. Le genre de film où il se passe des trucs de dingue, où les personnages n'en finissent pas d'halluciner et se retrouvent embarqués dans des situations trop délirantes. Bref, un truc de ouf je vous dis. Elizabeth Banks campe ici une présentatrice télé de seconde zone qui ne rêve que d'une chose : une promotion, bien entendu. Cette promotion semble lui tendre les bras et ne pas pouvoir lui échapper, à tel point que le soir où elle apprend que le poste tant désiré hérite finalement à une autre, elle n'a qu'une solution pour s'en remettre et oublier : se défoncer la gueule. Accessoirement, son boyfriend décide de la plaquer le même soir, ce qui la rend d'autant plus ouverte à toutes les propositions, qu'elle appelle de tous ses vœux...




Elizabeth Banks pique donc une robe moulante à sa copine vulgaire et tellement débile qu'on se demande bien comment elle peut l'avoir comme amie, et la voilà partie pour une soirée de débauche. Elle finira dans le plumard du bellâtre James Marsden, un écrivain (lol) vivant dans un T12 à la hauteur de plafond incroyable, meublée et décorée par des techniciens survoltés. A son réveil, Elizabeth Banks panique : en consultant sa messagerie, elle apprend que la promotion rêvée est encore possible, à condition de se rendre au travail fissa pour convaincre ses futurs employeurs. Le film nous propose alors de suivre les mésaventures de cette zonarde ailurophobe en tenue voyante, à la recherche désespérée de sa sacrosainte bagnole où elle a laissé son sacrosaint sac à main...  




Blackout Total pourrait partir de son pitch minable pour enchaîner les péripéties comiques et ne jamais ennuyer son spectateur. Encore faudrait-il pour cela s'appuyer sur une personnage principal attachant et amusant. Elizabeth Banks est peut-être à l'aise en tenue moulante, elle n'est strictement jamais drôle et ne dégage pas l'énergie suffisante pour porter un tel scénario. On finit même par prendre son personnage en grippe, notamment quand celui-ci fait mine de ne plus se souvenir si, oui ou non, des teubs ont été sucées durant la nuit. C'est odieux. La pauvre actrice passe aussi tout le film à répéter qu'elle n'est pas une pute. Elle porte une robe moulante, courte et décolletée, alors tout le monde la prend logiquement pour une pute.




A côté de ça, j'ai pu lire ici ou là qu'il s'agissait d'un film féministe. Sans blague... Peut-être s'agit-il alors de ce nouveau féminisme, bas de plafond et bête comme ses pieds à n'en plus pouvoir, déjà entr'aperçu dans d'autres films comme Sous les jupes des filles ou Bachelorette... A part une petite bande de dealers blacks plutôt sympathique et un duo de flics maladroits dont le potentiel comique est totalement ignoré, notre présentatrice télé ne fera, ne dira, ne provoquera rien d'un tant soit peu drôle pendant 90 très longues minutes. Je voulais seulement me marrer et j'ai fini par me forcer à aller au bout, au bout de mon chemin de croix, plus pénible et encore moins drôle, si c'est Dieu possible, que celui d'Elizabeth Banks. L'horreur.


Blackout Total de Steven Brill avec Elizabeth Banks, James Marsden, Sarah Wright et Gillian Jacobs (2014)

29 septembre 2014

Dos au mur

Après une journée fatigante, j'éprouvais le besoin naturel mais difficilement avouable de me "vider la tronche" devant un film peu exigeant intellectuellement parlant. J'ai donc fait le pari Dos au mur en espérant avoir affaire à un thriller efficace et divertissant. Hélas j'ai encore une fois assez rapidement regretté mon choix. Malgré un pitch a priori correct et des retournements de situation parfois un brin inattendus au début, Dos au mur est un vrai faux caper movie qui peine très vite à maintenir l'attention. On imagine pourtant aisément qu'il y a quelques années, ce scénario basique mais astucieux aurait pu accoucher d'un film honnête et capable de nous faire passer un bon moment. S'il avait été réalisé dans les années 80 ou 90, Dos au Mur aurait sans doute été porté par un acteur charismatique et cool, d'une part, et il aurait forcément été ponctué par quelques touches d'humour bienvenues, que le doublage français aurait su magnifier. Aujourd'hui, on a simplement droit à un thriller mollasson et ultra premier degré, qui se prend au sérieux du début à la fin et échoue totalement à nous scotcher au fauteuil.




Niveau casting, on se tape le si fade Sam Worthington dans le rôle principal du couillon agrippé et la toujours transparente Elizabeth Banks dans celui de la négociatrice chargée de lui faire quitter sa corniche. Gravitent autour d'eux des personnages sans saveur campés sans conviction par l'effroyable Jamie Bell, le navrant Edward Burns et le pauvre Ed Harris (subir ce film est d'ailleurs uniquement la triste occasion de constater que ce si sympathique acteur a pris un sacré coup de vieux récemment). Un top model latino apparemment peu intéressée par le 7ème art, nommée Génesis Rodriguez, tente aussi d'apporter une petite touche sexy à ce long métrage et ne cesse d'agiter ses seins devant la caméra. Avec un peu de discernement, on notera que la taille de ses deux atouts est considérablement grossie par des Wonderbra surpuissants qui me feraient moi-même passer pour une bombe. A part ça, circulez, il n'y a rien à voir.




Petit retour sur le titre : Dos au mur, en version française, Man on a ledge, "l'homme sur un rebord", en version originale. Désormais, à Hollywood, les titres sont à l'image des films : tout ce qu'il y a de plus terre-à-terre et premier degré. Il n'y a aucun aspect métaphorique ou imagé à y déceler. Quand il y a un double-sens possible, il paraît totalement fortuit. Un film ayant pour titre "L'homme sur un rebord" nous mettra forcément en présence d'un homme passant tout le film sur le rebord d'un bâtiment, littéralement. A la belle époque, il aurait pu s'agir d'un superbe film noir, qui sait. Sam Worthington est ici suspendu sur la corniche du 36ème étage d'un building de Manhattan et menace de se jeter dans le vide. Il passe près de 2h à faire des petits pas chassés très disgracieux et à s’agripper à l'aide de ses bras, s'abîmant les ongles au passage, par des mouvements assez ridicules, dignes d'une petite bestiole apeurée, comme si l'acteur craignait réellement pour sa vie. En VF, "Dos au mur" respecte tout à fait l'esprit du titre original puisque Worthington passe également tout le film dos au mur. Rien de plus logique. Pour être totalement fidèle au scénario, le film devrait même avoir pour titre complet "L'homme dos au mur sur un rebord" ou "Man back to the wall on a ledge". Et pourquoi pas ?




Ces titres idiots ont au moins le mérite d'être tout à fait à l'image des films. Pas de place pour la complexité et encore moins pour la poésie. Non, il faut tout de suite annoncer aux spectateurs de quoi il s'agit exactement, pour ne jamais prendre le risque de le tromper sur la marchandise. Dans Buried, on suivra les mésaventures d'un type enterré. Un exemple choisi parmi tant d'autres.* C'est tout de même dommage. Vous imaginez si Die Hard, aka Piège de Cristal, s'était appelé "Barefoot and stuck with terrorists in a building" ? Quequoi... Ce n'est que lorsqu'il s'agit de remakes que le risque de désorienter le public en changeant le titre du film freine les décideurs et prend l'avantage sur la règle consistant à coller au plus près du scénario. Ainsi, And Soon the Darkness n'a pas bougé, alors qu'il aurait cette fois-ci été sans doute plus judicieux de l'intituler "Two hot curvy babes in bikinis sugaring the pill get chased by morons" et être pour le coup totalement fidèle au déroulé de l'histoire. C'est un peu long, certes, mais avec un titre pareil, moi je suis installé au premier rang dès l'avant-première du film, les lunettes 3D solidement vissées sur le nez !




*A ce propos, si vous connaissez d'autres exemples, justement, n'hésitez pas à me les communiquer, soit en commentaire à cet article, soit en me les envoyant par mail à l'adresse électronique indiquée sur la page "A propos". Vos nouveaux apports me permettront d'étayer un peu mon propos, d'appuyer et renforcer mon argumentation. Cette petite note est un appel à l'aide.


Dos au mur d'Asger Leth avec Sam Worthington, Elizabeth Banks, Jamie Bell, Genesis Rodriguez et Ed Harris (2012)

14 novembre 2011

Adieu, je reste

Tout juste après avoir été larguée, une danseuse (Marsha Mason), maman d'une petite fille (Quinn Cummings), apprend que son ex a sous-loué son appartement new-yorkais à un acteur (Richard Dreyfuss) qui veut percer à Broadway. Bien décidées à ne pas quitter les lieux, elles se verront donc contraintes à accepter une colocation forcée avec cet inconnu débarqué de nulle part, aux lubies très spéciales et à la personnalité bien affirmée. Voici donc le point de départ de ce film d'Herbert Ross intitulé The Goodbye Girl aka Adieu, je reste, une comédie romantique très agréable et bien rythmée, portée par un couple d'acteurs principaux en pleine forme et, comme nous le verrons à la fin de cet article, assez éloigné des standards actuels.



La chose qui m'a le plus agréablement interpellé pendant la vision de ce film, ce sont ces sortes de raccourcis qui le ponctuent ça et là. Il s'agit souvent de réactions qu'ont les personnages, des réactions qui sont très plaisantes car soudaines, et d'autant plus justes, là où l'on pourrait craindre que cela s'éternise. Le scénario de Neil Simon évite ainsi assez brillamment les lourdeurs propres à ce genre de films, c'est-à-dire tous ces moments où l'on tente vainement de nous faire naviguer entre deux eaux alors que l'on sait très bien comment tout cela va se terminer. De cette même façon, les passages a priori plus graves, comme par exemple le tout début du film et la découverte de la lettre de rupture par l'héroïne, sont traités avec légèreté, tout en réussissant l'exploit de rester tout à fait crédibles. Tout s'enchaine donc sur un rythme très soutenu, pour notre plus grand plaisir. A l'image des dialogues, très écrits, qui fonctionnent parfaitement et qui nous offrent quelques savoureuses joutes verbales entre les deux acteurs vedettes.



On pense parfois à Woody Allen, notamment à travers certaines réflexions de ce personnage désabusé et pince-sans-rire incarné par le frétillant Richard Dreyfuss, qui fut récompensé d'un Oscar amplement mérité pour sa prestation. Sa partenaire Marsha Mason a son petit charme, qui réside dans son corps fluet et son nez retroussé, malgré sa coupe de cheveux démodée et sa beauté toute relative. De par son jeu tout en spontanéité, elle dégage une vraie fraîcheur, et son personnage finit donc par nous conquérir également. Quant à la toute jeune actrice Quinn Cummings, elle campe un autre personnage très charmant, avec des attitudes et des remarques très crédibles pour une enfant de son âge, et là encore, la fraîcheur de l'actrice n'y est pas pour rien. Ces acteurs forment un trio crédible et attachant, dont on suit l'évolution avec entrain, en étant simplement content du déroulement de l'histoire, qui paraît tracé d'avance, mais que l'on apprécie d'autant plus, comme cela peut arriver devant une comédie romantique de ce genre quand elle est réussie et parvient à se mettre le spectateur très vite dans la poche.



Adieu, je reste est donc un film à l'image de ses comédiens, assez frais et vraiment plaisant, très mignon sans jamais être agaçant. Un film comme Hollywood ne semble plus savoir en produire aujourd'hui. Déjà, si un tel film était produit actuellement, le couple vedette serait incarné par un duo glamour des plus insupportables. J'imagine bien Ryan Reynolds et Elizabeth Banks, tiens. Ou Justin Timberlake et Jennifer Aniston. On pourrait en trouver mille autres en fait... La petite fille, trop encombrante dans ce monde de jeunes cons, serait remplacée par un animal domestique : un clébard ou, plus original, un furet. Le film aurait sans doute pour titre quelque chose comme Sex Friends, (S)ex List ou Sexe entre amis, il viserait un public adolescent et il nous raconterait comme il est plus pratique de commencer par être amis avant de se dégommer jour & nuit. On y perdrait un peu en qualité, ça c'est sûr...


Adieu, je reste d'Herbert Ross avec Richard Dreyfuss, Marsha Mason et Quinn Cummings (1977)

20 avril 2011

Les Trois prochains jours

Je suis déçu. Déçu par ce film et par le traitement qui en a été fait. Si je ne m’abuse, il devait s’agir du remake "made in USA" de Welcome, le pamphlet contestataire de l’insaisissable Philippe Lioret, porté par la superstar Vincent Lindon. Et je me réjouissais par avance qu’un tel brûlot social soit repris par la grande machinerie hollywoodienne pour ainsi voir son impact dédoublé, que dis-je, octuplé ! Quand j’ai su que Paul Haggis reprenait le flambeau allumé par Lioret, ça faisait sens, et je trouvais tout à fait logique qu’un cinéaste ayant prouvé qu’il était sensible aux questions de société s’attaque à un tel projet. Il n’y a qu’à se balader Dans la vallée d’Elah ou se prendre son Crash frontal pour s’en assurer : cet homme se sert de son art pour transmettre un message de paix et d’amitié entre les peuples. En somme, un artisan de l'universel. Quand j’ai appris que Vincent Lindon était remplacé, poste pour poste, par Russell Crowe, je me disais que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, tel un remake approuvé John Carpenter, et que l’on se dirigeait tout droit vers le chef d’œuvre ultime tant espéré. Je sais pas vous, mais moi, entre d’un côté la tronche ravagée, les milles tics par minute et le charisme vagabond de Barry Lindon et de l’autre, la voix abîmée par l’alcool, le regard las et l’allure rustique de son collègue australo-néo-zélandais, mon cœur balance et, dans tous les cas, chavire. Tandis que le second est un éternel amoureux des chevaux, à tel point qu’il a bien du mal à s’en séparer entre chaque tournage, le premier perd ses cheveux dès qu’il n’est pas sous les feux de la rampe, cheveux qui repoussent par magie dès qu'un projecteur est braqué sur son crâne par un intermittent du spectacle. Autant de points communs surprenants qui m’amenaient à penser qu’il s’agissait du choix idéal.


Sur ce cliché pris à la sauvette, vous avez le seul type qui arrive à avoir la classe sur une plage du Nord-Pas-de-Calais en hiver.

Mes premiers doutes sont apparus lorsque j’ai pris connaissance du titre choisi pour la version américaine du film de Lioret. Assez naïf, j’avais déjà imaginé que le film aurait pu s’intituler Bienvenue, comme un pied-de-nez amical adressé à l’œuvre initiale. J’étais loin du compte… Mais ça n’était que le début d’une série de désillusions terribles dont j’ai à présent du mal à me remettre. Je m’étais déjà longuement amusé à américaniser le scénario de Philippe Lioret avant d’avoir vent de la trame réelle du film de Paul Haggis. Aussi je m’étais mis à penser que la piscine du remake serait plus longue, que Russell Crowe se trimballerait tout autour dans un monokini plus saillant que le bas de survêt jadis porté par Lindon, une tenue mettant plus judicieusement en avant le mastodonte de petit-petit-petit-fils d'aborigènes qu'est l'acteur oscarisé. Et surtout, je m'étais dit que le clandestin, prenant alors les traits d’un cubain égaré à Homestead (Florida), aurait désormais pour but de traverser le détroit de Floride à la nage, et non la Manche, toujours guidé par le même espoir de rejoindre sa fiancée restée au pays. Hélas, j’avais tout faux !


Sur ce cliché, admirez l'effort fait par Russell Crowe pour ressembler à tout le monde et à personne à la fois, une girl-next-door au masculin, l'alter-ego baraqué de Paul Hagard de l'est.

Je suis tombé des nues face à ce thriller décousu et lent, où un Russell Crowe qui n'a vraisemblablement pas l'intention de jouer le rôle du mari transi et prêt à tout pour sortir sa bien-aimée de sa geôle, mais plutôt celui du pervers sexuel qui se complaît à prendre discrètement des photos des entre-jambes des demoiselles ayant eu le malheur de se trouver en jupe face à cet étalon venu tout droit d'Océanie et dont le visa expire dans deux jours ! En somme, nous sommes bien loin des méthodes de l'actor's studio mises à mal par Al Pacino dans Maniac Cop, retitré Serpico en France. Dans le script, le personnage incarné par Russell Crowe se donne pour mission de sortir sa bonne femme de taule afin d’aller vivre un avenir plus radieux en Thaïlande avec leur fils autiste. On se rend compte que Welcome est bien loin, et la transformation du projet pourrait faire l’objet d’une thèse passionnante. Un bémol cependant : pourquoi risquerait-on sa vie à libérer sa femme de prison lorsque celle-ci a le physique disgracieux d’Elizabeth Banks ? Là encore, le film français, où la jeune femme était incarnée par la charmante Diane Kruger, l’emporte haut la main et enterre son remake américain. "Bigger, louder, better, dick stronger" ? Pas convaincu.


Les Trois prochains jours de Paul Haggis avec Russell Crowe et Elizabeth Banks (2010)

24 mars 2011

Zack et Miri font un porno

Je suis quasiment bègue, sans doute bientôt chauve, de faible constitution et j'ai participé à des actes répréhensibles dont un qui provoqua la mort accidentelle d'un cycliste. Mais ce que je regrette le plus aujourd'hui, c'est d'être un grand naïf. Je suis tellement naïf que je me suis risqué à regarder un film de Kevin Smith parce que le pitch m'intriguait. Si, selon le proverbe anglais, la curiosité tue les chats, alors une fois mêlée à la plus pure naïveté, elle flingue aussi des soirées. Car c'est bien deux heures de ma vie que j'ai perdues devant Zack et Miri font un porno. Quand on se sait condamné à l'Enfer et qu'on ne parvient pas à fermer l'œil de la nuit, rongé par sa culpabilité, dites-vous bien que deux heures, c'est pas rien. Il faut donc avouer que le pitch de ce long-métrage est, au premier abord, plutôt accrocheur. Je dirai même qu'il cause à un peu tous ceux qui ont déjà été financièrement dans la zone rouge tout en ayant une bonne copine et une caméra sous la main. Trois conditions a priori très faciles à réunir, et en fait, même moi qui n'ai jamais eu de pote femelle, ça me parle. Ce film nous raconte en effet l'histoire d'un couple d'amis vivant en collocation qui décide de tourner un porno pour arrondir leurs fins de mois difficiles. Qui n'y a jamais pensé ? Je m'adresse à vous tous. A l'heure où nous disposons pratiquement tous d'une caméra vidéo sur nos téléphones mobiles et autres appareils photos, qui n'a pas songé une minute à tourner vite fait bien fait un petit snuff movie bien craspec ou un bon gros porno de derrière les fagots ? L'idée serait d'uploader ensuite le moyen-métrage sur YouTube, pour mieux "faire le buzz", se faire un nom aussi répandu que celui de Kim Chapiron ou Romain Gavras et, qui sait, consécration ultime, peut-être passer au Grand Journal, où un extrait de notre œuvre serait présentée par Tania Bruna-Rosso, l'innommable vermicelle humain. Mais revenons à proprement parler au film de Kevin Smith, que je suis bien décidé à épingler depuis qu'il m'a fait passer une des soirées les plus nulles de mon existence.


Un gros geek les yeux écarquillés et une grosse pute la bouche ouverte, d'emblée tous les ingrédients du porno sont réunis

Déjà, il faut savoir que ce film suit le schéma habituel et infiniment chiant des comédies romantiques américaines pourries. C'est d'ailleurs ce que ce film est, ni plus ni moins. Au début du film, les Zack et Miri du titre ne sont donc pas en couple. Il s'agit d'abord d'amis très proches partageant le même appartement. Et comme si le titre du film ne nous avait pas déjà mis sur la voie, nous assistons pendant la première demi-heure à leurs hésitations quant à savoir quoi faire pour remettre leurs comptes en banque à flot. Leur vient ensuite l'idée de tourner un porno à moindre frais, en engageant quelques proches et autres collègues de boulot, et en tournant de nuit, sur leur lieu de travail (un troquet de type Starbucks du pauvre). Ce dernier détail est d'ailleurs une référence à la vraie vie de Kevin Smith qui dut tourner de nuit son premier film, Clerks, dans l'épicerie où il travaillait le jour en tant que caissier. C'est une bien triste trivia que je partage là avec vous, peut-être la plus triste jamais écrite sur ce blog, mais c'est simplement pour vous montrer que lorsque Kevin Smith ne fait pas des clins d'œil ultra appuyées à sa dvdthèque chérie et à tout un tas de films qui n'ont vraiment pas besoin de lui pour se faire à nouveau remarquer, le bonhomme fait des références à sa propre filmographie, de façon plus sournoise, peut-être par fausse modestie.


Trop trop mignonne avec sa jolie frimousse de gamine de 8 ans et ses énormes et difformes amas de plastique mou en forme de nibards vissés au buste, comment ne pas craquer sur Katie Morgan ?

A l'image du personnage que Kevin Smith tente vainement de se construire en conférences de presse, et comme la plupart de ses autres films, Zack et Miri font un porno se veut "choquant". Mais bien évidemment, il ne l'est pas pour un sou. A part bien sûr si vous choisissez de mater ce film avec vos grands-parents ou une très jeune personne qui n'a jamais vu de poitrine de femme dénudée. Mais dans le premier cas, vous êtes un petit-fils indigne et vous devriez vraiment avoir honte d'infliger une telle saloperie à vos ancêtres. Et dans le second cas, vous êtes un bien piètre initiateur, car votre petit compagnon découvrira seulement les faux seins hideux d'une véritable actrice porno (Katie Morgan), une vision qui ne lui procurera aucun émoi mais seulement du dégoût, et qui en fera peut-être un(e) futur(e) homosexuel(le).


Seth Rogen, à Hollywood, on le surnomme "Big fat curly-headed fuck"

Kevin Smith profite de ce film pour déballer des blagues déjà entendues mille fois ailleurs et pour s'adonner à un exercice qu'il doit imaginer très original : le détournement de titres de films à succès en titres de films porno. Permettez-moi de ne pas vous donner d'exemple. Les personnages de son triste film font ça pendant des scènes interminables, alors que tout ce qu'ils déblatèrent pourra seulement sembler inédit pour les plus ignorants et les moins imaginatifs d'entre nous. C'est d'une tristesse... Mais je ne vous ai pas encore parlé de ce qu'il y a de pire dans cette daube infâme : son couple d'acteurs vedette. J'ai de plus en plus de mal à supporter Seth Rogen. Cet acteur est à peu près tolérable lorsqu'il est limité à faire une petite apparition débile dans un film de Will Ferrell, mais il n'a pas du tout le talent ni la tronche adéquate pour tenir un film comique à bout de bras. C'est un minable. Quant à l'actrice, Elisabeth Banks... Par où commencer ? En plus de tutoyer la laideur la plus déconcertante car de celle qui passe pour de la beauté aux yeux des plus mauvais observateurs, l'actrice ne se montre jamais drôle. En outre, son personnage nous est très tôt présenté comme étant réellement celui d'une pute bénévole, et là-dessus elle n'y est pour rien. Il faut la voir, au début du film, en train de se démener pour séduire un bellâtre sans relief, qu'elle ignore alors être gay. D'accord, cette scène ridicule est faite pour être marrante, mais ça ne fonctionne pas, et ça donne seulement une drôle d'idée de ce personnage que l'on aurait mieux fait de nous dépeindre comme plutôt prude, ordinaire, peu portée sur la chose, pour que le reste du film soit plus étonnant. Là non, Miri est d'emblée une meuf qui apprécie les teubs, elle est donc déjà le cliché vivant d'une actrice porno avant que le scénario ne l'oblige à en devenir une. Je reconnais également ressentir une aversion peut-être toute personnelle pour cette actrice. Là où une comédienne un peu mignonne ou à l'apparence plus quelconque aurait grandement participé à donner un tout autre intérêt au film, Elisabeth Banks finit de le plomber complètement. Imaginez par exemple une Jenna Fischer, une Amy Adams ou une Alison Loham devoir se rabaisser à faire du porno... Mais même en prenant une fille moins jolie, il y avait des trucs plus intéressants à faire tout simplement en prenant le soin de choisir une actrice au physique correspondant moins naturellement à celui d'une pornstar quelconqe. Elisabeth Banks est le pâle brouillon d'une Jenna Jameson qui n'aurait pas subi une dizaine d'opérations chirurgicales et d'autres interventions, plus nombreuse mais d'une précision moins chirurgicale, orchestrées par des mastodontes de taille anormale. Elizabeth Banks m'a un peu pourri chaque film dans lequel elle est apparue. Chacune de ses expressions faciales me donne envie de balancer mon chausson sur mon téléviseur ! Je l'avais déjà prise en grippe dans la série Scrubs. Je ne l'aime pas. Ça échappe aux mots, c'est viscéral !


Sur ce cliché Seth Rogen nous indique le nombre de coups qu'il a tirés dans sa chienne de vie. Et Elizabeth Banks semble être heureuse de ne pas en faire partie

Pour finir, sachez que ce qu'il y a de plus terrible avec ce film-là, c'est que ses quinze premières minutes, menées à un rythme soutenu, se laissent aisément mater. Pour vous prouver que je ne suis pas du tout de mauvaise foi, j'avouerai même qu'il y a bien deux ou trois moments un peu drôles que l'on doit uniquement à l'acteur Craig Robinson. Puis le film devient de plus en plus infâme, d'une pauvreté humoristique atterrante, mais il est hélas trop tard pour l'arrêter : on se sent emprisonné, obligé d'aller au bout. C'est donc ce que j'appelle un "film de la pire espèce". Zack et Miri font un porno n'a pas connu de sortie en salles en France, il est directement sorti en vidéo, et c'est très bien comme ça. Un dernier mot sur Kevin Smith : j'en ai marre de ce gros mec en baskets et à casquette ! J'en peux plus de lui. Je ne fais pas partie de ceux qui lui vouent un culte à cause d'un film en noir et blanc que je ne m'encaisserai jamais. Dogma, Clerks, Jay and Silent Bob : je m'en balance à mort.


Zack et Miri font un porno de Kevin Smith avec Seth Rogen, Elizabeth Banks et Craig Robinson (2008)