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13 décembre 2018

Mon Garçon

Le gamin de Guillaume Canet et Mélanie Laurent se fait enlever dans une réserve indienne alors qu'il était en colonie de vacances. A bout, Guillaume Canet décide de mener l'enquête lui-même et part, désespéré, à la recherche de son fils dans les beaux paysages enneigés du Vercors. Voici le pitch de Mon Garçon, le cinquième long métrage de Christian Carion à qui l'on doit également Une Hirondelle a fait le printemps, Joyeux Noël et En Mai, fais ce qu'il te plaît (du coup, moi, j'ai pas maté son film !). Bien qu'il ne sache pas monter à cheval, Christian Carion est Chevalier de la Légion d'honneur. Il fait partie de ces grands mystères du cinéma français, ces réalisateurs médiocres tout de même capables d'attirer dans leurs projets des "vedettes" (notez les guillemets). Guillaume Canet, Michel Serrault, Mathilde Seigner, Mélanie Laurent, Diane Krüger, Dany Boon, Emir Kusturica, Willem Dafoe, Alexandra Maria Lara, Niels Arestrup, Olivier Gourmet... tous ces gens ont défilé devant la caméra de Christian Carion, se mettant au service de ses scénarios minables, parfois même à plusieurs reprises. Comment est-ce possible ? Je laisse la question en suspend...





Mon Garçon nous propose donc d'assister à la détresse de Guillaume Canet. Bien décidé à gagner des oinps auprès de son ex-femme, sa rage lui ordonne de se faire justice lui-même. Nous le suivons donc dans son entreprise, très américaine, de vengeance. Après avoir repéré une voiture présente dans deux vidéos amateurs prises lors du départ en colonie du gamin, il retrouve immédiatement la piste des kidnappeurs à partir de la plaque d'immatriculation. Facile. Une fois arrivé au domicile du kidnappeur, nous avons droit à une scène mémorable de torture au chalumeau administrée par un Guillaume Canet enragé sur un pauv' type qui tient à garder le silence et ne livre aucune info, lui qui n'est qu'un maillon sans importance d'un vaste système de trafic de gosses. Cette scène-là vaut le coup car elle nous offre le spectacle d'un acteur poussé dans ses derniers retranchements. C'est la troisième collaboration entre Canet et Carion. Le réalisateur a demandé à son acteur d'improviser chacun de ses dialogues, chacune de ses réactions, selon le contexte et la situation. Quand Canet a vu ce poste de soudage équipé Oxyflam, son sang n'a donc fait qu'un tour : il s'est mis à menacer sa victime de lui cramer le ièp après lui avoir retiré, difficilement, sa godasse. Avant cela, l'acteur avait bien essayé de le faire causer par la menace verbale dans des interjections riches en insultes mais sans effet notable. "Enculé de ta race tu vas me dire où est mon garçon !" On remarque alors que Guillaume Canet insulte volontiers les races de ses semblables et qu'il est alors particulièrement ridicule.





Autre scène, plus tôt dans le film, autre performance de choix : celle de Mélanie Laurent qui, anéantie par la disparition de son fils et navrée par les agissements de son ex-mari, se met à hurler contre lui, après que celui-ci s'en soit pris à son nouveau compagnon (résultat des courses : deux côtes cassées et un séjour à l'hosto) qu'il accusait d'être dans le coup. Mélanie Laurent perd alors sa voix et se met à crier des dialogues infâmes en flirtant avec les ultrasons. Quiconque matera ce film avec son animal de compagnie au pied du canapé le verra fuir la pièce en toute hâte devant un spectacle aussi pénible pour leurs sensibles oreilles. Recherchant visiblement le réalisme à tout prix, Mélanie Laurent en oublie notre bien-être et prouve de nouveau toute sa bêtise. La dernière partie du film nous propose de voir Canet dégonfler un pneu de 4x4 (c'est long...) puis s'en prendre à chaque ravisseur à coups de club de golf. Quand il retrouve enfin son gosse, on se dit putain... tout ça pour ça ? Pour une telle erreur de la nature ? Pour cet avorton à peine humain ?





Alors que l'on croit avoir assisté au pire, Mon Garçon se conclut sur une scène surréaliste dans laquelle toute la petite famille est réunie au grand complet et joue ensemble au frisbee, dans un très joli décor immaculé et ensoleillé que Chris Carion croit embellir encore en filmant à contre-jour, le soleil inondant le cadre. Plus ridicule encore : Mélanie Laurent et Guillaume Canet commentent chacun de leurs lancers via des dialogues improbables ! "Oh, de la main gauche, joliiiii !", dit un Canet débordant d'un enthousiasme très forcé à son fils si problématique, heureux qu'il soit atteint de la même pathologie que lui. "Magnifique échange... C'est ce qu'on appelle un magnifique échange" ajoute Laurent, hilare sans motif valable, et Canet de répondre un incompréhensible "Elle va écrire des bouquins ta mère maintenant...". Ça laisse vraiment sans voix ! "J'ai eu un peu peur quand même..." précise ensuite Canet après avoir manqué de recevoir le frisbee en travers la gueule. C'est surréaliste !





Cette scène finale échappe aux mots. La légende raconte que la petite troupe devait initialement jouer au cerf-volant mais, face à l'absence total du moindre courant d'air le jour du tournage, le gamin a proposé le frisbee ! Quand on voit le résultat à l'écran, nous ne pouvons que nous réjouir que les éléments se soient mobilisés contre ce film. L'arrivée des flics vient conclure ce douloureux épilogue comme pour nous rappeler que nous sommes devant un film français et non américain : ils embarquent Guillaume Canet, qui a tout de même laissé trois ou quatre cadavres dans son sillage pour récupérer son morbac... Dans la catégorie "film français avec un acteur constamment à cran et en roue libre cherchant à se faire justice lui-même", Mon Garçon se pose là mais n'arrive tout de même pas à la cheville de Blanc Comme Neige, ce sommet d'humour involontaire porté par la frénésie d'un François Cluzet au top de sa forme.


Mon Garçon de Christian Carion avec Guillaume Canet et Mélanie Laurent (2017)

2 août 2015

Fievel au Far West

Cinq ans après avoir émigré aux États-Unis, la famille Souriskewitz vit de nouveau dans la misère et, plus précisément, dans un triste appartement new-yorkais en plein cœur d'un quartier malfamé. Les Souriskewitz constatent chaque jour le mensonge cruel qu'était la fameuse promesse du premier épisode, à savoir "En Amérique, il n'y a pas de chats", immortalisée par une interminable chanson qui rendit fou mon frère Poulpard. C'est à la suite d'une nouvelle attaque féline que la famille décide de déménager vers l'Ouest dans l'espoir de faire fortune et d'avoir de meilleures conditions de vie. Ils ignorent que les chats sont partout les mêmes salauds et ils devront encore composer avec des énergumènes tout aussi dangereux que ceux qu'ils croisèrent jadis à leur arrivée au Pays de la liberté. Voici donc le pitch du deuxième volet des aventures de Fievel qui fut un échec cinglant au box office à sa sortie mais qui compte encore quelques fans convaincus dont je fais évidemment partie.




Suite à des différends artistiques avec son tout-puissant producteur Steven Spielberg, Don Bluth n'est hélas plus de la partie, il cède sa place à Phil Nibbelink et Simon Wells. Il fallait bien s'y mettre à deux pour pallier l'absence du génie de l'animation, mais même en binôme, ils ne parviennent pas à renouer avec la qualité visuelle du premier volet. Le trait est plus grossier, plus brouillon, moins inspiré et, mises à part de rares idées (comme ce morphing lors de cette scène d'introduction onirique, qui transforme la balle fusante du revolver de Fievel, se rêvant déjà en cowboy, en un bouchon de liège mollement projeté d'un triste jouet), on est loin des fulgurances artistiques et du niveau d'exigence chers au réalisateur du Secret de Nimh. Ça n'est donc pas là que réside l'intérêt de cette suite qui trouve cependant son salut dans un versant comique renforcé via des dialogues soignés et, surtout, sa focalisation sur l'adorable personnage de Tiger, le gros chat roux débile et meilleur ami de Fievel.




Car si Fievel, le souriceau puceau, n'a pas bougé d'un pouce, Tiger, le chat maladroit au cœur tendre, a pris du volume, dans tous les sens du terme ! Cette suite est un véritable festival à la gloire de Tiger, doublé en VF par un pur génie, j'ai nommé Alain Dorval, plus connu pour être la voix française de Sylvester Stallone. Passées les premières minutes du film, croisement animé assez glauque entre le pire de Ken Loach et d'Emir Kusturica, où l'on découvre les conditions de vie déplorables des Souriskewitz (père toujours scotché à sa bouteille et à son vieux violon, mère condamnée à faire la manche, fille aînée tentée par la prostitution et l'argent facile, et un Fievel à deux pas de la délinquance), le film choisit donc la voie de la légèreté, et celle-ci prend la forme d'un chat obèse au pelage orange et rose. L'humour est bien plus présent avec, comme point culminant, cet enchaînement de sketchs irrésistibles où Tiger doit apprendre à devenir un chien auprès de Buffalo Blurp, le vieux clébard shérif usé et fatigué (très beau personnage léonien), désireux de passer le relais. Il faut entendre Tiger imiter l'aboiement du chien et se perdre dans une mélodie hilarante, il faut le voir se rouler par terre et chuter piteusement d'un rocher de la Monument Valley, il faut l'admirer s'essayer au fameux "regard oblique" sous les yeux du vieux Buffalo, désespéré. Gamin, je pouvais me repasser ces scènes en boucle !




Blague à part, je me souviens avoir vu ce film tout en dégustant quelques sachets d'un mets que j'adorais à l'époque mais sur lequel je ne suis plus jamais arrivé à mettre la main depuis. C'est même l'une des grandes malédictions de ma vie... Il s'agissait d'une spécialité américaine, à en juger les décorations du paquet, au goût légèrement caramélisé, peut-être réalisée à base de maïs soufflé, mais mes connaissances très minces en cuisine m'empêchent de l'affirmer avec certitude. D'aspect, cela ressemblait à des sortes de grains qui auraient éclatés, de couleur blanc cassé, un peu comme du polystyrène que l'on aurait fait gonfler et dorer au four. Je m'en goinfrais des poignées entières, j'en raffolais ! Cela croustillait sous la dent et donnait une curieuse impression de manger du vide, un vide sucré et moelleux... On pouvait en manger sans s'en lasser, sans jamais arriver à satiété. L'impatience de découvrir les suites des aventures de Fievel est comparable et à jamais liée à mon appétit infini pour cette étrange friandise oubliée...




Mais revenons à notre bon Fievel. Cette suite reprend d'abord le même schéma que l'original mais finit par s'en éloigner pour mieux nous faire marrer. Elle a aussi l'avantage d'avoir un dernier tiers qui ne traîne pas en longueur et va droit au but. Un voyage en train très mouvementé remplace l'inoubliable traversée de l'océan tempétueux du premier opus. Les vilains chats sont autant d'hommes d'affaires crapuleux et de politiciens véreux qui veulent s'accaparer l'Ouest sauvage. Le film apparaît comme une nouvelle métaphore de l'Histoire américaine mais, ne maîtrisant guère ce sujet, mon analyse s'arrêtera là (à vous de voir !). Je préfère laisser parler ma seule nostalgie et me souvenir de ces dernières images pleines d'optimisme où un petit ruisseau apparaît miraculeusement dans le désert grâce à la fuite du château d'eau, la végétation se mettant alors à pousser, à fleurir sur les rives et la vie de reprendre son cours tout doucement. La dernière image du film est particulièrement savoureuse : on y voit le grand vilain, Chat R. Ton (brillant jeu de mots), atterrir entre les deux énormes seins de la passagère d'un train, et retrouver instantanément le sourire. Avec cet ultime facétie, Nibbelink et Wells mettent tout le monde d'accord, enfants comme adultes, et nous rappellent toute la simplicité de la vie.


Fievel au Far West de Phil Nibbelink et Simon Wells avec la voix d'Alain Dorval (1991)

4 novembre 2012

Pirates des Caraïbes : La Malédiction du Black Pearl

Ce n'est peut-être pas la bonne affiche, prévenons les fans courroucés, mais il faut dire que c'est la même pour chaque épisode à quelques mots près écrits en taille 2 sous le titre de la franchise et nous n'avons pas nos carreaux sur le nez pour vérifier. Un jour ou l'autre on devait se confronter à la saga des Pirates of the carabayans, cette série qui a engrangé peut-être plus de dix milliards de pesos si on additionne les recettes de chaque épisode, et qui a fait de Johnny Depp l'idole de nos filles après avoir été celui de nos mères (soit le pied tendre favori de trois générations de vagins). Il faut dire qu'il est boloss cet homme-là, avec son petit charme de gitan fréquentable. Les jeunes filles sont souvent frétillantes à l'approche de mâles faussement dangereux, au soufre de pacotille. On a tous connu des gars comme ça au collège, ceux qui s'étaient tailladé le sourcil d'un coup de rasoir idéalement placé et que les filles prenaient pour des petites frappes, des têtes brûlées aventurières, alors qu'ils avaient juste eu l'idée précieuse de se fendre l'arcade avec le rasoir Gillette pro-glide de papa un beau matin, d'une cicatrice en forme d'éclair qui ne manquait jamais d'atteindre sa cible : le cœur des jeunes femmes naïves. En réalité ces garçons-là rentraient chez eux pour déguster le petit goûter préparé par une mamie-gâteau avant d'aller jouer dans leur bac à sable perso. Quant à nous, nous n'avions pas de cicatrice sourcilière... mais nous ne le devions qu'à une adresse inégalable face aux arts martiaux et autres objets contondants quand, au moment de rentrer dans la tanière paternelle, on devait éviter un ou deux coups de machette dès la porte passée, papa étant un peu échaudé par l'énième défaite de l'équipe de France contre la RDA. Puis quand il se penchait sur nos devoirs c'était pour nous asséner quelques problèmes mathématiques "pour les nuls" selon ses dires, du genre : "Sachant qu'un cœur humain au repos bat à 65 pulsations minute et que celui d'un enfant de ton âge poursuivi par son père muni d'un jerricane d'essence et d'une allumette incandescente peut monter jusqu'à 365 pulsations seconde, combien de kilomètres peux-tu parcourir avec ton cartable sur le dos avant de nous faire un bel infarctus sous les applaudissements de toute la sagrada familia ?" Après la fin de la question notre père enchaînait en hurlant à toute allure un compte à rebours diabolique : "5 ! 4 ! 3 ! 2 ! 1 ! Cours connard !"


Trop boloss...

Retour au film. Que nous propose Goré Verbinski ? Quel est le programme établi par ce polonais docile et sans avis qu'Hollywood est allé piocher en Europe de l'Est dans une chasse à l'homme top secrète portant le nom de code : "Seeking the most obsequious human being on earth" ? Comment surtout croquer en quelques lignes ce film pour s'en débarrasser et repartir sur les cas Depp, Bloom et Knightley, qui nous intéressent bien plus que ce triste manège filmé. Car Verbinski s'est donc contenté d'aller à Disney Land, de payer un pack de coupons pour autant d'attractions gratuites à sa bande d'acteurs et de les filmer sur les radeaux en plastique du parc forain le plus cher du monde. Après Chris Noonan qui avait osé adapter l'attraction Babe le cochon devenu berger dans son film Babe le cochon devenu berger, Goré Verbinski a pensé (enfin, pensé, on a pensé pour lui, Verbinski n'a jamais pensé et on a tendance à appliquer la politique des auteurs avec zèle sur ce coup-là) qu'une attraction plus attractive pourrait récolter bien plus de deniers et donner lieu à une avalanche de films reproduits à la chaîne sur le même modèle avec à peine quelques nouveautés à chaque nouvel épisode, ici des fantômes de pirates, là des vampiros lesbos, ci-contre des méduses libidineuses et autres sirènes nymphomanes, et ça n'a pas loupé.


L'une des meilleures scènes d'action du film.

On se réjouit aujourd'hui que la saga soit enfin en stand by, bien qu'on sache de source sûre que ce n'est qu'une pause temporaire et que le reboot guette. En attendant ce sont les carrières des acteurs vedettes de ce show insupportable qui sont en jet-lag. On a déjà épinglé Johnny Depp à plusieurs reprises et toujours avec le même plaisir, ce plaisir qu'on peut éprouver quand on se nettoie d'une envie de tout casser. Que dire de plus sur son cas, sur son look de malade, sur ses lunettes fumées, sur ses cheveux fumés, sur ses habits fumés aussi et sur le lardon fumé qui se cache à l'intérieur de son caleçon de pirate ? Qu'ajouter sur son immonde carrière surtout ? Notre homme se vante d'être un homme-livre capable de jongler entre les projets, et se targue d'une filmographie où l'on trouve de tout et surtout de la merde. Entre deux épisodes des Carabayans, Depp s'en va faire le mariole chez le Jean-Louis David américain du miséreux, aka Tim Burton. Puis après s'être ravitaillé chez son fournisseur de marie-jeanne, Emir Kusturica, il va pavaner chez Jarmusch, Mann, Polanski ou Gilliam, choisissant ses réalisateurs avec un soin de sociopathe, obsédé par l'idée fixe de plaire à tout le monde et d'assurer ses arrières, qui donne surtout envie de ne plus le voir filmé, à tout jamais. Opportuniste à la manque, toujours apprêté au poil près, c'est le Yann Barthès du ciné. Sauf que lui ne reste pas tanqué dans son vieux combo costard/converse passé de mode depuis 99. Il est passé par tous les looks possibles et imaginables, du string-bretelles à la Borat au bleu de travail taché de cambouis en passant par le costard trois pièces classique surmonté d'un Stetson ou la tenue gothique avec bonnet de bain, et tout ça histoire encore une fois de plaire à strictement tout le monde au moins une fois, quitte à perdre autant de fans qu'il en gagne à chaque nouveau relooking extrême.


Johnny Depp ne sort jamais sans ses trois mini foulards savamment superposés autour du cou pour ne pas attraper un rhume, et un quatrième accroché à la ceinture, parce qu'avec toutes ces couches de fringues il transpire comme un porc et doit essuyer la sueur qui tombe au bout de ses doigts huileux.

Dans ce film magique et aux côtés de Depp, dans son ombre, il y avait Orlande Bloom, natif d'Orlando dans le Colorado, l'éternel Legolas (ne pas prononcer le "s" final, avis aux fans, Tolkien de son vivant l'a dit et répété et vu comment il s'est fait chier à inventer un langage ce serait triste de voir que ses premiers fans le traînent dans la boue au quotidien) du Seigneur des Anneaux (ne pas faire la liaison entre "des" et "anneaux", cf. Tolkien himself) et l'éternel idole des androgynes. Promis à un avenir brillant, l'acteur n'en revient toujours pas d'être au casting des deux franchises les plus juteuses des années 2000, regrettant de ne pas avoir prêté ses traits d'elfe à un éventuel Robin dans la trilogie Batman moisie de sieur Nolan, lui qui l'appelait chaque matin en disant : "Mais je suis un peu pédé !... J'adore Christian Bale !... Je passe niquel dans une combi moulante !... Mais le vert me va très bien... Mais puisque je n'aurai même pas à m'entraîner pour le rôle ni à faire de sport du fait de mon expérience chez Peter Jackson en tant que Legola...". En définitive, Orlande Bloom n'obtient aucun rôle depuis ElisabethTown et vient de se faire remarquer, à la manière de Raymond Domenech, en allant pointer au Pôle Emploi pour être inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi et avoir les transports gratuits, lui qui a de gros oursins dans les poches à défaut d'avoir des arbalètes dans le dos et des yeux derrière la tête, comme son éternel double fictionnel dans la trilogie de l'anneau. Nous n'ouvrirons pas Wikipédia pour vérifier la filmo de ce type histoire de ne pas pleurer pour le reste de la journée. Moins désœuvrée que son camarade Legola, Keira Knigthley avait son petit charme dans ce film, un charme qui s'est ensuite volatilisé au fil des ans et des tournages. Ayant tourné avec Joe Wright ou avec Cronenberg, elle aura eu un peu plus de pif que son pote elfe pourtant réputé pour son odorat de malade. Un pif tout relatif puisque lorsqu'on jette un œil plus attentif à sa carrière on y trouve des déchets non-recyclables du style London Boulevard ou Last Night. Keira Knightley a décidé de tout miser sur sa carrière et c'est pas de veine parce que si sa carrière était une famille ce serait la famille Adams, à base d'oncles fétides et de cousins machins.


Keira Knightley, pirate des calories.

Goré Verbinski s'en sort mieux que les seconds couteaux de sa trilogie en bois (devenue une tétralogie grâce à Rob Marshall, un réalisateur particulièrement dangereux, auteur entre autres de l'infamie nommée Nine). Après le troisième volet, il nous a raconté l'histoire de Rango, un caméléon pistolero toujours incarné par Depp, véritable caméléon de la mode et de l'acting. Est-ce qu'on peut parler de métafilm ? Peut-être pas. En tout cas le film a remporté un fier succès et a installé Goré Verbinski (qui enchaîne les gros coups médiatiques mais que personne ne connaît pour autant) dans le petit monde du western. Le réalisateur hollywoodien prépare en effet un nouveau film du genre, en prises de vue réelles cette fois-ci, toujours avec Depp au premier rang, qui semble déjà très original puisqu'il raconte l'histoire d'un Texas Ranger masqué luttant contre l'injustice et la criminalité, accompagné de son fidèle destrier Maïwenn et de son ami indien Tony Gatlift. On attend Goré au tournant.


Pirates des Caraïbes : La Malédiction du Black Pearl de Gore Verbinski avec Johnny Depp, Orlando Bloom, Keira Knigthley et Geoffrey Rush (2003)

24 mai 2011

Dancer in the Dark

Chaque année, Lars Von Trier est sélectionné à Cannes. Il fait partie de ces noms qu'on retrouve systématiquement sur la liste finale, aux côtés de Moretti, Almodovar, les Dardenne Bros., Kusturica, Haneke, Wong K-Way etc. Ces récurrences sont parfois un peu lassantes, d'autant plus qu'il y a près de 20 films en compétition et qu'on peut se demander pourquoi il doit y en avoir 5 ou 6 de pré-sélectionnés d'office par habitude. En faisant ce choix le festival s'enferme un peu dans la redite et donne le bâton pour se faire bastonner, surtout quand il s'agit d'un cinéaste comme Lars Von Trier qui fait du mal au festival, qui se dit lui-même malade mental depuis des années et qui a réalisé un film comme Antichrist sous morphine. On ne l'a pas assez rappelé mais c'est le réalisateur Danois lui-même qui a déclaré avoir fait cet avant-dernier film auto-médicamenté pour remonter la pente et pour exorciser son mal. Si réaliser un long métrage couteux lui a fait du bien, tant mieux, mais perso il m'a rendu malade alors c'est un prêté pour un rendu. Lars Von Trier fait du mal au cinéma. J'avais prévu de lui rentrer dedans mais ce débile s'est tiré une balle dans le pied en déclarant son amitié pour Hitler, à qui il s'identifie, son goût pour Albert Speer, sa fierté d'être issu d'une famille nazie et ainsi de suite. Croyant jouer de provocation Lass' est encore une fois passé pour un gros con. Le festival a pour ambition de dénicher des films audacieux et innovants. Lars Von Trier l'est-il encore vraiment ? L'a-t-il jamais été ? Sans doute un peu mais est-ce qu'innovant rime avec talent ? En voyant Antichrist on jurerait que non. Von trier a eu une idée dans sa vie, celle du Dogme95, une idée à deux euros qui s'est vite mordu la queue. Le truc c'était de tourner avec les moyens du bord, de ne pas surcharger le film en action, de filmer en couleur et en 35mm et ainsi de suite, autant de règles et de commandements complètement idiots parmi lesquels figurait le suivant : "Le réalisateur ne doit pas être crédité". Matez l'affiche de Dancer in the Dark, réalisé en-dehors du cadre du Dogme mais par son fondateur, et faîtes-vous une idée de l'intégrité du bonhomme.


La chanteuse Bjeurk

C'est Luc Besson qui a primé Von Trier pour Dancer in the Dark avec le but avoué de plaire à Björk. Quid donc de l'engouement du nabab français aux goûts de chiotte pour la grande comédie musicale mélodramatique de Von Trier, qui nous a tous fait chialer nos races, que ce soit par goût ou par dégoût. Dans un film interminable d'un misérabilisme insoutenable, après nous avoir attendris pendant deux plombes sur le sort d'une chanteuse myope comme une taupe et trimant à l'usine en salopette aux côtés d'une Deneuve pas très crédible en prolo, Von Trier concluait son œuvre en pendant son héroïne à la grand-vergue sous nos yeux pour mieux nous tirer les larmes sur le destin funeste de cette immigrée trahie par ses hôtes américains. Von Trier avait encore toute sa tronche à l'époque... Et il faisait déjà du mal au festival. A propos du personnage de son film je n'ai retenu que le costume de son interprète lorsque celle-ci est allée chercher son prix d'interprétation vêtue d'un cygne agonisant menaçant de foutre le camp à tout instant et filant des coups de bec à droite à gauche sur le tapis rouge pour chercher des miettes de pain. Lady Gaga avait fait du bruit avec sa robe en viande mais Björk m'avait davantage foutu sur le cul avec une volaille entre la vie et la mort pour envelopper son corps, dévoilant un presqu'upskirt et des jambes qui auront eu raison du président du jury un peu facile à compromettre, car n'étant pas une flèche. Le talon d'Achille de Besson ça a toujours été les femmes, comme DSK. Dans la vie de tous les jours ça passe jusqu'au jour où ça casse, mais quand t'es président du festoche ou du FMI ça donne au choix 74 années de taule à Rikers Island ou une Palme pour la plus grosse purge cinématographique du siècle. Dans un cas comme dans l'autre, ça reste chaud.


Dancer in the Dark de Lars Von Trier avec Björk et Catherine Deneuve (2000)

22 mars 2011

La Veuve de Saint-Pierre

Si j'écris aujourd'hui sur ce film c'est avant tout pour parler de Patrice Leconte, dont je sais qu'il a engagé plusieurs personnes chargées d'écumer le net en quête de critiques assassines, de propos infamants, de saillies bellicistes et d'insultes à sa personne. Leconte est en effet un binoclard ultra susceptible. Il prend la mouche dès qu'un article négatif est publié à l'encontre d'un de ses films et avoue sans honte qu'il méprise la critique. Faut dire qu'il a de quoi se vexer puisque la critique l'a toujours gaiement égratigné, et pour cause, sa filmographie constituant en bonne partie un gros ramassis de fientes. D'abord metteur en scène attitré du Splendid, le succès mémorable des deux premiers Bronzés lui a ouvert les portes. Il s'est aussitôt engouffré dans la brèche pour réaliser tous les navets que l'on connaît avec Gérard Jugnot ou Michel Blanc. Puis après quelques comédies sympathiques et anecdotiques, le presbyte gringalet s'est empêtré dans une suite de très mauvais drames avant de revenir récemment sur le devant de la scène avec de nouvelles soi-disant comédies purement infectes : Les Bronzés 3, La Guerre des miss... Rien d'étonnant donc à ce que les critiques s'acharnent à couvrir Patrice Leconte d'injures et de réprimandes. En réalité tout bon français peut légitimement s'estimer le droit de réclamer séance tenante à Patrice Leconte une vingtaine d'heures de vie, une vingtaine d'heures de temps perdu, au bas mot, si ce n'est quelques pacsons de fric pour les plus naïfs qui sont allés le souffrir au cinéma et pour les fous qui se le sont payé au vidéo-club un soir de brouillard. Le fait que notre homme soit une tête à baffes notoire n'arrange en rien les choses, si bien que les professionnels le roulent dans la boue et que le grand public se moque de lui à qui mieux mieux. C'est pour cette haine réciproque que se vouent la critique et Patrice Leconte, pour cette guerre des miss ouverte et armée, que j'ai envie ici de "traiter" Patrice Leconte, dans le but non dissimulé d'obtenir mon premier procès.


Jure ?!

Pour la modique somme de 17,10€, libre à vous de mettre la main sur ce livre qui vient tout fraîchement de paraître en librairie. Ou bien préférerez-vous préserver votre petit pécule pour manger autre chose que des pâtes au sel ce soir, et vous contenterez-vous de lire l'immensément bonne nouvelle imprimée sur la couverture du recueil. Depuis que j'ai croisé ce volume dans une vitrine, je ne décroise plus mes doigts - ce qui n'est pas méga pratique pour taper sur mon clavier -, ce petit geste superstitieux étant une prière adressée aux cieux et au sieur Leconte pour que sa parole soit d'or et qu'il ne retouche plus jamais à une caméra. Or mon vœu a redoublé d'intensité quand je suis tombé l'autre jour à la téloche sur une rediffusion de La Veuve de Saint-Pierre. Je n'avais jamais vu ce film, et je ne peux pas tellement affirmer l'avoir vu depuis. Je me suis contenté de regarder une dizaine de minutes avant de mettre les voiles vers un peu d'air frais.


Emir Kusturica raconte qu'il n'a accepté ce rôle que pour deux raisons : dans l'espoir de palper Binoche et pour porter des vêtements chauds

J'ai eu le temps cependant de voir une séquence qui en dit long sur Pat' Leconte. L'idéal serait de vous la faire partager, mais pour ça il aurait fallu que je me procure une vidéo du film et c'est hors de question. Donc je vais vous la raconter. Je tente une expérience sous vos yeux : la critique du tout par la partie, la critique métonymique, la condamnation d'un film par un seul de ses plans. C'est une scène de dialogue - conversation à laquelle je n'ai rien compris car j'ai pris le film en cours de route - entre trois ou quatre personnages autour d'un bureau dans une pièce obscure. La séquence commence par un plan étrange : on ne voit pratiquement rien mais on entend la discussion qui progresse légèrement au loin. Même si on voit que dalle au départ, le plan bouge immédiatement (c'est un travelling latéral de la droite vers la gauche), et très vite on comprend que ce que nous discernons vaguement à l'image est une série de pieds de chaises. La caméra est au ras du sol et balaye le parquet derrière des chaises rangées en cercle contre une table, qui n'est pas celle autour de laquelle sont attablés les personnages qu'on entend au loin pour tailler le bout de gras, personnages assis assis au fond du plan et dont nous pouvons néanmoins écouter la causerie. Lentement, après quelques barreaux de chaises supplémentaires, nous apercevons les acteurs dans le fond du cadre, assis autour d'un bureau quelques mètres plus loin et discourant de sujets auxquels le spectateur n'entend rien car il est fasciné par ce travelling et se demande mordicus pourquoi... pourquoi ce plan, pourquoi comme ça, pourquoi maintenant ? Toujours en mouvement lent, le cadreur se redresse lentement d'un mouvement ample et maîtrisé des jarrets pour quitter le sol petit à petit et cadrer la tablée où s'emballe le dialogue en plan large. Puis le monteur coupe et se rapproche des protagonistes par une suite de gros plans fort convenus sur autant de cuistres engoncés dans leurs costumes d'époques rigides et récitant des dialogues que le spectateur se fait toujours fort d'ignorer, car il est préoccupé par le plan précédent et se demande décidément s'il n'a pas raté quelque chose, un indice, une fêlure dans un pied de chaise voué à annoncer une cascade hilarante dans une séquence ultérieure ? Le travail d'orfèvre d'un chef décorateur zélé et passionné pour le mobilier d'époque ? Une tache sur la moquette qui indiquerait que Juliette Binoche avait "les anglais" lors du tournage ? Il ne sait pas. On ne sait pas. On ne sait pas pourquoi cette séquence commence avec cette caméra qui balaye le parquet sous des chaises avant de se décider à sortir de sous la table pour filmer les acteurs à hauteur d'homme. Et l'on ne saura jamais. Car le mystère que recèle ce plan n'est en réalité pas bien grand, il est cravaté et lunetté, il n'est pas épais, s'exprime avec une bouche pincée, et il s'appelle Patrice Leconte. A sonder ce mystère, on ne trouverait que la vacuité d'un esprit chétif. La séquence suivante s'ouvre sur un plan beaucoup plus réussi, infiniment plus sensé et pertinent, qui révèle un certain brio même, puisqu'il nous présente Emir Kusturica derrière les barreaux.


La Veuve de Saint-Pierre de Patrice Leconte avec Juliette Binoche, Daniel Auteuil et Emir Kusturica (2000)

7 février 2011

Top Gun

Enfant j'étais naïf. Comme tous les enfants mais peut-être un peu plus que la moyenne. Quand on me disait "Va voir là-bas si j'y suis", en général j'y allais en courant. Bref j'étais un peu con et je crois l'être resté. Chez nous, avant l'époque des DVDs, on avait tout un tas de VHS dont une bonne partie qu'il ne fallait surtout pas toucher. Parmi ces intouchables : Les Oiseaux, Le Temps des gitans, Papa est en voyage d'affaire, Chat noir chat blanc, Underground et Arizona Dream. Pas mal de Kusturica donc. Le dicton de mon père c'est : "Connais ton ennemi pour mieux le combattre". En dehors de sa haine pour les gitans c'était un papa poule et un homme de goût. Mais un titre que je n'ai pas cité, car c'était le primus inter pares, la seule cassette condamnée car on lui avait retiré sa languette, c'était un autre film de gitans, Top Gun, de Tony Gatlif. La VHS était comme neuve, barrée par une étiquette sur laquelle s'étalait le titre du film écrit avec un soin qui ne pouvait venir d'aucun de mes parents, ni d'aucun de mes frères. J'étais naïf. Je me disais que ce Top Gun était un bon film, qu'il fallait respecter, un monument du 7ème art que j'étais sans doute trop jeune pour apprécier et que je me laissais le temps d'appréhender. C'était sans compter sur ma sœur, une adolescente notoire à l'époque, qui comme ses pairs et sa mère chopait le bambou devant le dénommé Thomas Cruise Mapother IV de son vrai nom. J'ai mis du temps à faire le lien. Mais aujourd'hui comment en vouloir à ma sœur ? Comment rester insensible à ce type qui s'est tapé Cruz et Kidman ? Respect.




Après avoir vu ce film je rêvais d'être pilote de chasse mais j'ai dû tirer un trait sur mes espoirs quand on m'a rappelé que j'étais aveugle et que ça me mettrait en danger, en plus d'abîmer un bel appareil qui coûte cher. Je reste admiratif de cet éternel teen idol, le dernier des samouraïs, et je ne suis pas étonné d'apprendre qu'il a organisé un casting planétaire pour trouver godasse à son panard. On n'a pas tous la chance d'avoir un sourire allbright qui fait tanguer tous les tangas du monde. Mini-titrologie : ce titre fait partie de cette très vaste catégorie de titres qui n'ont aucun sens mais qui sonnent comme une évidence et qui claquent tellement à l'oreille qu'on ne les interroge jamais, comme par exemple Ben-Hur, La Planète des singes, Bonnie & Clyde ou encore Bill Bill.


Top Gun de Tony Scott avec Tom Cruise (1985)

31 août 2009

Le Temps qu'il reste

En 1948, l'armée d'Israël envahie Nazareth par la force et s'en empare. La ville devient Israélienne et demeure néanmoins peuplée de ces Palestiniens qui ne sont pas partis à l'arrivée de l'ennemi. Le futur père d'Elia Suleiman bricole des armes dans son garage, il veut lutter. Il sera battu et humilié comme beaucoup de ses compatriotes. En 1970, lui et sa femme ont un petit garçon, Elia. Ils vivent toujours à Nazareth, sous l'occupation Israélienne. La lutte continue, en sourdine. La propagande règne et la domination est largement assise. Le couvercle semble impossible à soulever. En 1980, Elia est un jeune homme qui voit son père mourir lentement, fatigué de vivre dans un pays occupé et tragiquement dénaturé. Aujourd'hui, Elia Souleiman retourne chez lui après un exil forcé à 18 ans vers les États-Unis. Il découvre un pays asphyxié et presque totalement résigné. A part quelques jets de pierre, rendus impossible par une domination militaire et psychologique absolues, les dernières infractions de la jeunesse Palestinienne américanisée tiennent dans le fait d'écouter de la musique trop fort, house-music qui se confond avec les injonctions des jeunes soldats Israéliens venus imposer le couvre-feu dans un amalgame absurde qui traduit l'incompréhension de ces "fils de".



Le film tient tout entier dans sa première séquence, sublime, plus forte que toutes les suivantes réunies (ce qui lui est peut-être tout de même préjudiciable) : la nuit, un taxi emmène un passager dont on ne devine que la silhouette immobile, tapie dans l'ombre à l'arrière du véhicule. Un énorme orage éclate, aussi assourdissant qu'aveuglant. Ne pouvant plus suivre la route, le chauffeur finit par arrêter son taxi sur le bas-coté puis dit dans un soupir, exténué par la puissance désemparante de l'orage : "Je ne reconnais plus la route. Où suis-je ?" Après cette introduction vient l'excellente première partie du film, l'invasion de Nazareth et les prémices vite étouffés d'une lutte impossible. C'est presque étonnant qu'on ait laissé Suleiman filmer ça. La torture, l'oppression, le meurtre arbitraire d'une civile par un cortège de soldats Israéliens (qui rappelle certaines scènes du Pianiste de Polanski). Bien sûr Suleiman ne filme qu'une mince partie de ce qui a pu se passer et de ce qui se passe lors de toute invasion, mais c'est déjà beaucoup pour un conflit aussi polémique et douloureux, et qui n'est pas fini.



Ensuite le film ralentit son rythme et devient plus absurde, parallèlement à l'absurdité grimpante de la situation qui gagne le pays. Suleiman filme la monotonie, le quotidien d'une vie entérinée où les plus petits gestes de lutte deviennent banals et insignifiants. Le caractère décousu du récit vient signifier l'incompréhensible de cette histoire. Si la première partie est assez brillamment ficelée, et si la seconde, transitionnelle, se veut significative du bégaiement de la vie empêchée, la troisième est une suite de sketchs saugrenus qui témoignent de la folie d'une ville transformée par la guerre et la colonisation, où les enfants devenus adultes ont perdu la force vitale de la lutte dans l'incompréhension d'une situation ubuesque. L'intelligence de Suleiman est de traiter toutes ces scènes sur le même ton, avec un certain minimalisme (la première partie y compris, qui n'est pas à proprement parler une grande scène de guerre) et un détachement assez opportun. Cette quête de simplicité à laquelle se mêle un humour pince sans rire, un peu burlesque (apparemment caractéristique du cinéaste) permet d'éviter les gros écueils des films de guerre historiques ou des films réalistico-politico-documentaire sur la dure épreuve de... Il y a une réelle originalité chez Elia Suleiman à ce niveau-là, qui parvient à être à la fois touchant et très politisé, drôle et très grave, anecdotique et "pédagogique".



Dans la dernière partie du film, le cinéaste, qui joue donc son propre rôle, fait penser à Buster Keaton (dont il prend un peu la démarche et l'air dégingandé) et à Chaplin, les plus illustres des grands clowns tristes. Le danger pointe en revanche quand il se rapproche dangereusement de Kusturica ou du Caïman de Nanni Moretti : ce cinéma politique où le goût du gag métaphorique n'est pas toujours, voire pas souvent, justifié par un talent inouï comme celui des deux génies pré-cités. Suleiman pèche parfois de ce côté-là, comme dans cette courte séquence (on pense à un sketch aux accents publicitaires intercalé dans le film) où le cinéaste saute à la perche par-dessus le mur qui sépare Israël de la Palestine ou de la Cisjordanie ; mais aussi dans cette autre séquence où le canon d'un tank israélien suit à la trace les moindres faits et gestes d'un Arabe sorti dans la rue pour passer un coup de fil anodin. Ces séquences d'un symbolisme littéral et un peu massif rompent l'abandon au récit, mais paradoxalement elles accouchent d'images frappantes et efficaces qui restent et qui nous hantent. Dans l'ensemble, Suleiman s'en sort donc plutôt très bien avec un sujet ô combien délicat. Néanmoins le cinéaste est meilleur dans la première partie de son film, plus tenue, plus cohérente et plus maîtrisée que la seconde (si on accepte que la partie centrale sert de transition entre la rage de la lutte et l'absurdité de la résignation). La seconde partie, où Suleiman fait son entrée en personne et emmène avec lui ce sens du burlesque, est nécessairement plus risquée, plus inégale et parfois plus maladroite. Mais Suleiman se sauve en se servant de cette réelle prise de risque cinématographique pour exprimer l'état improbable et insupportable de sa terre natale.



La séquence d'introduction, reprise à la fin du film, se situe aujourd'hui, et le passager à l'arrière du taxi est Suleiman lui-même, cet "absent-présent" présenté comme tel dans le sous-titre du film, qui revient dans son pays pour aller au chevet de sa mère mourante. C'est bien cette idée "d'absence-présense" que le cinéaste parvient le mieux à mettre en scène. Et cette impression passe aussi à travers son propre personnage, toujours en position d'observateur, ou par les attitudes des membres de sa famille obligés d'habiter leur propre pays comme autant des locataires indésirables, de purs fantômes. La seconde partie du film bénéficie en somme d'un potentiel beaucoup plus grand que la première qui est d'autant mieux réussie qu'elle est quelque part plus facile à maîtriser. C'est néanmoins bel et bien la seconde partie du film, avec sa part de risques et ses défauts, qui reste en mémoire.


Le Temps qu'il reste d'Elia Suleiman avec Saleh Bakri, Yasmine Haj et Elia Suleiman (2009)