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5 janvier 2019

Désobéissance

Désobéissance, le premier film américain du cinéaste chilien Sebastián Lelio, a les mêmes qualités et défauts qu'Une Femme fantastique, son précédent long métrage multirécompensé qui avait fini de lui ouvrir grand les portes d'Hollywood. On peut de nouveau lui reprocher un certain académisme, une absence de vraie prise de risque côté mise en scène, car tout cela reste toujours très propre, mais bien trop sage et jamais vraiment surprenant. En revanche, on peut encore souligner l'intelligence du réalisateur et sa belle sensibilité : il signe une nouvelle fois un film très humain, où tous les personnages sont regardés avec respect et agissent de façon pleinement compréhensibles, là où tant d'autres auraient fait de ce triangle amoureux un pur calvaire.




Sebastián Lelio nous raconte l'amour impossible entre deux femmes issues du milieu juif orthodoxe new-yorkais. Ronit (Rachel Weisz) retourne à New York suite au décès de son père, le rabbin de la communauté. Une fois arrivée, elle retrouve Esti (Rachel McAdams), devenue la femme de Dovid (Alessandro Nivola), un vieil ami et l'homme tout désigné pour succéder à son père. On comprend facilement que les deux femmes ont un passif plus qu'amical... De ce contexte naît donc un triangle amoureux tout ce qu'il y a de plus banal dont la belle et délicate Esti sera le point centrifuge, l'enjeu sera pour elle de sortir enfin du carcan de sa religion et de l'emprise de son mari tandis que Ronit devra une nouvelle fois s'affirmer face à son ancien environnement.




Le principal atout de Désobéissance est d'être porté par un tandem d'actrices que l'on avait rarement vues aussi justes, j'ai nommé Rachel Weisz et Rachel McAdams. Les deux comparses sont irréprochables, elles donnent vie à deux personnages auxquels on a aucun mal à croire, pour lesquels on est vite en empathie et que l'on apprécie rapidement, la preuve étant que l'on ne souhaiterait qu'une seule chose : les voir s'enfuir toutes les deux, bras dessus bras dessous, pour une vie faite d'amour et d'eau fraîche. Rachel Weisz est parfaite dans la peau de la brebis égarée du troupeau, forte tête ayant su mener sa propre vie, loin du carcan religieux. Rachel McAdams est mignonne comme tout malgré sa perruque et dégage une douceur étonnante, on comprend tout le désir qu'éprouvent pour elles hommes, femmes et blogueurs ciné.




Le film est assez lent, le cinéaste paraît parfois un brin écrasé par son sujet, donnant trop d'emphase, par la musique notamment, à des moments qui n'ont pourtant plus grand chose d'inédit, aujourd'hui, au cinéma. La scène d'amour entre les deux femmes est plutôt réussie, sans être le pic d'émotion désiré par le réalisateur. C'est à la fin, quand le sort des personnages se joue, lors du discours du nouveau rabbin (excellent Alessandro Nivola), que nous vibrons davantage. La preuve, tout de même, que nous avons bel et bien mordu à l'hameçon. On aime s'imaginer la suite ; elles vécurent heureuses et eurent au moins un enfant (merci Dovid !).


Désobéissance de Sebastián Lelio avec Rachel Weisz, Rachel McAdams et Alessandro Nivola (2018)

25 août 2017

My Cousin Rachel

Bien triste film que ceci. Tiré d'un roman de Daphné du Maurier déjà adapté, mais forcément mieux, en 1952, par Henry Koster, avec Olivia de Havilland et Richard Burton, My Cousin Rachel nouvelle mouture ne fera pas date. En même temps, Roger Michell n'est pas vraiment Alfred Hitchcock, ni Nicolas Roeg (qui portèrent à l'écran Rebecca et Don't Look Now, de la même écrivaine). Non Roger Michell est principalement connu pour avoir tourné Coup de foudre à Nothing Hill, et plus récemment Morning Glory. Et ce n'est pas son dernier fait d'arme qui bouleversera l'histoire du cinéma. L'intrigue tourne autour de la fameuse cousine Rachel (Weisz). Le personnage masculin de cette histoire, Philip, interprété par le médiocre Sam Claflin, en veut à cette Rachel qui a tourné la tête de son parrain lors d'un voyage en Italie et qu'il soupçonne d'avoir rincé le pauvre homme avant de causer sa perte. Il se trouve justement que la Rachel entend débarquer chez lui sous peu, et Philip lui garde un chien de sa chienne. Mais une tasse de thé plus tard, le crétin est sous le charme de l'italienne et suit le parcours de son parrain, assurant ainsi au spectateur de n'être jamais surpris jusqu'au bout du film.




Quand Philip monte dans la chambre de Rachel pour la première fois, au bout d'une grosse demi-heure de film, nous nous apprêtons à la voir apparaître enfin à l'écran. On s'attend à un truc. Peut-être pas à la première séquence consacrée à Kim Novak dans Vertigo, mais un truc du genre. Or, je me suis d'abord dit : "Tiens, j'ai raté le premier plan sur elle ?". Alors je suis monté dans la cabine du projectionniste, qui utilise une Kinoton (première fois que j'en vois une), et je lui ai demandé de rembobiner. Or non, je ne l'avais pas raté ce plan, il était tout simplement anodin, invisible. La messe était dite. Quand tout le film repose sur le charme ambivalent d'une femme, sur un mystère éternel et sans réponse autour de sa véritable nature, sorcière manipulatrice et cupide ou victime passionnée de l'intérêt des hommes, et que le premier plan sur elle, survenant au bout d'une certaine attente, est un plan aussi parfaitement plat et inintéressant que tous ceux qui ont précédé, il n'y a plus rien à espérer. Et de fait.


My Cousin Rachel de Roger Michell avec Rachel Weisz et Sam Claflin (2017)

31 mars 2013

Le Monde fantastique d'Oz

Le Monde fantastique d'Oz est un film pour enfants. Mais des enfants qui seraient d'accord pour se faire chier comme des rats morts pendant plus de 2 heures. Bâti sur une histoire d'une simplicité confondante pour que, justement, le jeune public auquel il est destiné puisse le suivre sans problème, ce film moribond et très laid est porté à bout de bras par James Franco. Or, l'acteur dispose ici du charisme d'un poulet de batterie et de petits bras de T-rex dont la fonction n'était sûrement pas de porter des objets lourds. Ce n'est pas ce genre d'acteur de troisième zone qui peut faire sortir le film de son carcan insipide et froid. Médiocre prestidigitateur sur Terre, James Franco arrive par enchantement dans le pays d'Oz, où il se fait passer pour le Magicien qui, selon la prophétie, doit bouter la méchante sorcière (Rachel Weisz) pour faire à nouveau régner le bonheur. Belle perspective.




De son côté, cette méchante sorcière cache son jeu et sème la terreur tandis que MC Solaar récolte le tempo. Elle est à la tête d'une redoutable troupe de babouins volants armée jusqu'aux dents. Et alors que ces sales bêtes causent panique et désolation, James Franco se laisse attendrir par la détresse des si gentils habitants d'Oz et par les formes "généreuses" de Michelle Williams (preuve qu'il doit s'acheter de nouvelles lentilles de contact). Sentant que ses seules qualités physiques ne lui permettront pas de conclure, il décide d'arrêter d'être un pleutre et de prendre les choses en main. Grâce à sa passion pour Thomas Edison et Alfred Nobel, il arrive à fabriquer tout un tas de petits gadgets inoffensifs mais fort impressionnants (feux d'artifice, bâtons de dynamite et illusions d'optique). En effet, à cause d'une promesse débile faite à Michelle Williams en échange d'un contact rapproché avec ses tétons, James Franco s'est interdit de buter ses ennemis, il peut simplement leur foutre les jetons (référence appuyée à Terminator 2). Cela concerne aussi les féroces babouins volants qui, de leur côté, n'éprouvent aucune sorte de pitié pour qui que ce soit et tuent à tour de bras. Pensez-y : des centaines de babouins volants, avec leurs gros culs rouges et leurs dents acérées. Ils sont l'un des fléaux visuels de ce film hideux.




James Franco, qui jusque-là passait pour un escroc à la petite semaine, sort donc le grand jeu et démontre une bonté d'âme qu'on ne lui soupçonnait pas... Grâce à son stratagème "son et lumière" digne des plus grands spectacles du Puy du Fou, il parviendra à faire fuir la méchante sorcière ("jusqu'à ce qu'elle revienne", précise-t-il, dans le but d'annoncer une éventuelle suite à ce film en contreplaqué) et à rétablir la joie et la paix dans le monde fantastique d'Oz. D'un point de vue personnel, il s'emballe Michelle Williams, et c'est tout ce qui semble compter pour lui. De notre point de vue, c'est une catastrophe. Et les autres acteurs ne sauvent pas les meubles. Michelle Williams, par exemple, incarne une gentille sorcière, toute de blanc vêtue, maquillée à la truelle pour être rajeunie de 20 ans : c'est très laid, on dirait Loana immortalisée par un paparazzi manchot suite à une nouvelle tentative de suicide, mais ça semble fortement plaire à James Franco. Rachel Weisz et Mila Kunis, quant à elles, campent deux soeurs probablement pas du même père ni de la même mère, sans aucun panache. Elles complètent le fade trio de sorcières que l'on peut croiser dans le monde d'Oz. Sam Raimi, le réalisateur de cette saloperie qui a laissé tout son talent dans un magasin Prix-Bas en 1992, essaie un temps de nous faire douter de l'identité de la sorcière méchante, mais même un enfant de 4 ans avec de la merde dans les yeux aura tôt fait de deviner qu'il s'agit de Rachel Weisz.




Les rares satisfactions de ce désastre sont quelques seconds rôles joués par des acteurs vétérans, comme par exemple le rôle de Knuck, un nain black grincheux et agressif, joué par le trop rare Tony Cox (l'inoubliable Shonté dans Fous d'Irène). En fait, il n'y a que lui. Un nain black caustique est donc l'unique highlight de ce blockbuster au budget dépassant les 250 millions de dollars. Sam Raimi, considéré comme un réalisateur de la A-list, l'homme qui peut lever tout l'argent qu'il veut pour faire un film intimiste ou ambitieux et en avoir l'entier contrôle artistique, poursuit donc sa mutation complète en une enflure XXL. 


Le Monde fantastique d'Oz de Sam Raimi avec James Franco, Rachel Weisz, Michelle Williams, Mila Kunis et Tony Cox (2013)

23 octobre 2012

Dream House

Passons rapidement sur le cas de Dream House, qui fut salué comme l'un des plus mauvais films sortis sur nos écrans l'an passé, si ce n'est le plus mauvais, et qui fut même renié par son propre auteur, Jim Sheridan himself. Remarquons tout de même qu'assez rares sont les films unanimement rejetés par la critique et le public, de cette façon, dans une lapidation verbale aussi harmonieuse que définitive. Et rares sont les films qui vont même jusqu'à être vigoureusement déconseillés et considérés comme des purges infâmes par leurs réalisateurs, honteux et demandant pardon. Mais c'est paradoxalement à cause du sort terrible réservé à ce film que j'ai eu envie d'y jeter un œil curieux ! Une curiosité assez mal placée, comme souvent, qui m'a amené devant un film pas spécialement révoltant ou dégueulasse, mais tout simplement raté de A à Z, et presque touchant dans sa nullité incontrôlée, comme peut l'être un triste téléfilm de deuxième partie de soirée. Un film qui nous offre le spectacle assez pitoyable d'acteurs perdus s'échinant à sauver les apparences, se débattant dans des situations improbables et alignant des dialogues qui sonnent toujours terriblement faux, le tout dicté par un scénario exécrable et grotesque, vu revu et rerevu. La pauvre Naomi Watts fait vraiment peine à voir. Rachel Weisz n'y croit pas une seconde et ça se voit. Et, parmi ces âmes en peine, ces stars traînées dans la boue, il y en a une qui attire ici tout particulièrement l'attention... 




Profitons en effet de ce film minable pour dire quelques mots de son acteur principal, j'ai nommé Daniel Craig, le James Bond, et saisissons cette occasion en or pour dévoiler une anecdote véritable qui mériterait d'être mieux connue. Il faut pour cela se rappeler de la scène qui a fait exploser la popularité de l'acteur britannique au regard bleutée et aux oreilles décollées. 29ème minute du 21ème James Bond, Casino Royale : sur une plage des Bahamas, Daniel Craig sort de l'eau fièrement, le torse ruisselant, laissant apparaître un boxer particulièrement tendu sous la pression d'un service trois pièces au diapason, zélé, au service de sa majesté. Cette scène imprévue au tournage (l'acteur avait oublié sa tenue de bain habituelle - sa combinaison sous-marine - et la marée devait être plus haute) accoucha de l'image qui réussit dans le même temps à ressusciter celle de James Bond et à sacrifier toute entière la carrière de l'acteur, condamné dès lors à rouler des mécaniques sous sa barbaque au relief si travaillé. Dans chacun de ses contrats, une mention stipule que Daniel Craig doit obligatoirement apparaître en slibard et torse nu ! Piégé par son propre succès, il donne ainsi l'impression de montrer son corps ciselé à la moindre occasion et dans tous ses films, sans exception, même lorsqu'il est cerné par des nazis armés jusqu'aux dents (Les Insurgés) et même par -15°C sur une île perdue au large de la Suède (Millenium). Il en fait donc autant dans le triste Dream House, d'abord lors d'une pénible scène de douche inutile et anormalement longue, puis en extérieur, sous des conditions météorologiques encore très défavorables puisque l'action se déroule dans un paysage enneigé, en plein hiver, quelque part dans le Wisconsin. Malgré cette fâcheuse habitude, Daniel Craig ne m'est pas antipathique, avec sa grosse tronche ridée qui me rappelle quelqu'un, mais en tant qu'acteur, je ne lui fais pas confiance. Tout comme je ne fais plus confiance à Jim Sheridan, quelles que soient ses excuses et les circonstances atténuantes.


Dream House de Jim Sheridan avec Daniel Craig, Naomi Watts et Rachel Weisz (2011)

21 mars 2011

Constantine

Pour commencer, je tiens à dire que je ne connais pas le comics dont le film est inspiré. Si certains d'entre vous ont vu ce "film" et connaissent bien la bd alors je les incite à venir nous en parler. Je ne jugerai donc le film que pour ce qu'il est, sans autres référence que les précédents navets de Keanu Reeves et de Rachel Weisz, déjà réunis ensembles pour le pire dans Poursuite un film de courses-poursuites tout pourri où les deux acteurs passaient pour des chercheurs scientifiques super-crédibles. Quant au réalisateur, il paraît que c'est un réalisateur de clips renommé notamment pour Britney Spears et Will Smith (putain la classe !), dont un de près de deux heures intitulé Je suis une légende. Ma critique sera de mauvaise foi, elle n'ira pas très loin dans l'analyse des motivations des personnages ou bien dans la symbolique des divers sujets abordés ou objets/parties du corps touchés par les acteurs. De toute façon, je me souviens plus beaucoup de Constantine (à part que c'est nul) et en plus j'aime pas critiquer. Je vous résume l'histoire brièvement : y'a un gars qui s'appelle John (?) Constantine et c'est Keanu Reeves. Son truc c'est de chasser les démons de l'enfer qui viennent de temps en temps tourmenter les humains en se mettant dans leur corps (souvent des jeunes filles, parce que c'est plus facile il paraît).


Un regard ténébreux et perdu, une bouteille de vin tout juste achevée, un paquet de clopes sur le point d'être terminé : ce type est bien au fond du trou.

Constantine, il est super fort pour désenvouter, il y en a pas deux comme lui. Même si à chaque fois il en ressort usé comme une vieille tronçonneuse, il garde toujours son air blasé (à moins que ce ne soit le jeu d'acteur de Keanu Reeves limité à trois expressions faciales qui m'amène à croire que cet air est blasé). Mais Constantine a un lourd secret (le pauvre). Bon là, y a des spoilers, alors pour les fous qui veulent encore voir ce film et qui ne connaissent rien à Constantine, tracez votre chemin. Constantine a voulu mettre fin à ses jours lorsqu'il était ado mais il a été sauvé de justesse. Malgré tout, il a été officiellement mort durant deux minutes. Il est donc allé en enfer parce que le suicide c'est mal pour les catholiques, donc tu vas en enfer quand tu te suicides, parce que c'est pas bien. Mettons déjà de côté cette vision rétrograde et manichéenne des choses et admettons qu'il faut respecter la religion catholique. Donc, jeune Constantine a passé deux minutes en enfer, et deux minutes là-bas, c'est une éternité. Il a donc pu se rendre compte que ce qu'on lui a dit au catéchisme c'était tout vrai, et il s'est probablement fighté avec tous les démons qui traînent pendant ces deux minutes. Il a donc acquis de l'expérience. Mais il a un problème. L'ange Gabriel (une actrice androgyne avec un strap sur les seins et des ailes de cormoran scotchées dans le dos) lui a bien clairement fait comprendre que quoiqu'il arrive il ira en enfer à sa mort parce que il s'est suicidé (c'est péché, c'est mal). Et l'enfer, il connaît, c'est pas cool. Malgré tout, Constantine chasse les démons et exorcise à tout va en espérant qu'à un moment dieu sera clément et lui accordera le paradis. Par dessus tout, il se moque de sa santé puisqu'il sait finalement qu'il n'aura aucune rédemption et que "quitte à aller en enfer de toute façon, autant y aller le plus vite possible". Par conséquent Constantine fume comme un pompier (le message est clair : "fumer tue" et si on a pas compris, le réalisateur nous propose un gros plan de la tranche du paquet de clopes pour qu'on lise bien "smoking can permettre diseases like cancer, impuissance, bad haleine et j'en passe". Il a donc un cancer des poumons très avancé et il ne lui reste au mieux que quelques semaines à vivre d'après son médecin (une top modèle de 25 ans très crédible dans ce rôle).


Impassiblement con, même à terre...

Bon, je crois que je vous ai conté tout le background psychologique du personnage (j'emploie ici des termes cinématographiques, ça me gêne un peu car je n'aime pas tomber là-dedans) et je vais à présenter mieux vous raconter l'histoire. Mexique. De nos jours. Deux autochtones grattent la terre sèche et aride près d'une route défoncée de ce pauvre pays. Ils sont habillés avec un pyjama et un vieux t-shirt délavé parce qu'ils sont pauvres comme tous leurs compatriotes et ils ont une moustache comme Zapata parce que ce sont des mexicains. Leur rêve ultime est sûrement de passer la frontière et d'aller réussir comme leur cousin Pancho qui a ouvert une usine de confection de pyjamas à San Diego. Les Mexicains ont dû beaucoup apprécier la façon dont ils sont vus à Hollywood. Il manque plus que le chapeau de paille aux acteurs, et qu'ils disent "caramba !" à chaque phrase. C'est insultant et rétrograde, comme tout le reste du film d'ailleurs. L'un des deux hommes, à force de fouiller, tombe sur une plaque en bois (je sais plus vraiment) et dessous il y a un drapeau nazi (croix gammée sur fond rouge, et là on sait que c'est très mal ce qu'il a trouvé, très vilain et plein de malice). Enveloppé dans ce drapeau, José (je l'appellerai ainsi dorénavant, en vous précisant qu'il s'agit de l'acteur Jesse Ramirez dont aucune photo n'est disponible sur le net) trouve une grosse dague fichtrement moche. Dès qu'il la prend dans sa main tremblante, quelque chose change en lui et il se met à tracer tout droit direction Los Angeles. Bon, au passage dès qu'il a fait 5 mètres il prend un 4x4 en pleine gueule mais le fait qu'il porte la dague le rend invincible, et aussi il saute la clôture grillagée de la frontière avec l'aisance du bouquetin des Alpes lorsqu'il est à flanc de falaise.


Un exorcisme à couteaux tirés ! Remarquez que Keanu Reeves désigne quelque chose avec son index gauche

Durant ces scènes, le réalisateur ose des plans foireux issus des tics clippesques de ses débuts. Bref, c'est insupportable. Ensuite, je crois qu'on voit une fille se suicider du haut d'un hôpital (rappelez vous, le suicide c'est mal), elle se jette dans le vide, elle casse une verrière. Enfin c'est nul, mais c'est important pour la suite, donc je vous le dis. Après y a la première scène avec Constantine : il effectue un exorcisme sur une jeune fille (mexicaine encore, mais vivant à LA -il leur arrive que des tuiles aux mexicains). Constantine est accompagné d'une tête à claque qui lui sert de chauffeur joué par le mec qui jouait dans "La Guerre des Stevens" sur France 2, un con appelé Shia LaBeouf, dans un rôle similaire à celui qu'il interprète dans I, Robot. J'en sais pas plus sur ce type, j'essaie d'éviter tout ce qui se rapporte à sa gueule :

Une tête à claque pour un rôle de sidekick de service, qui finit d'irriter le spectateur qui n'en demande pas tant.

Pour faire bref, la scène d'exorcisme est très physique, on sent Keanu Reeves très investit dans son rôle. Les mexicains jouent très mal, Keanu aussi, ils hurlent et agitent des croix partout. En dehors de ces réactions moyenâgeuses, le réalisateur nous gratifie pour la ènième fois de plans foireux ("je filme Keanu Reeves de haut et complètement à la verticale, et plusieurs fois de suite"). Et donc, enfin, on aperçoit le démon qui s'est introduit dans le corps de la jeune fille et en ressort par l'anus, dont voici une photo ci-dessous.


Un monstre au design très recherché...

En dehors du fait que le design de cette chose est une catastrophe artistique, un naufrage esthétique digne de Godzilla, Independence Day et tous les films de Michael Bay, la bête ne fait pas bien peur, elle fait rigoler tellement elle est naze, ou bien soupirer très fort si la patience du spectateur est déjà à bout. C'est l'un des nombreux démons qui peuplent "l'enfer". L'enfer est donc très moche, mais on aurait dû s'en douter, c'est pour ça que les gens veulent pas y aller (enfin, ceux qui croient encore que ça existe). Au passage, j'en profite pour expliquer que, dans Constantine, l'enfer et le paradis sont des sortes de mondes parallèles au monde dans lequel vivent les vivants. L'enfer c'est finalement comme le monde réel mais avec un filtre rouge, des flammes en 3D partout, de l'orage et des éclairs, des carcasses de voitures carbonisées, des arbres en feu, des immeubles à moitié démolis et en combustion permanentes et bien sûr des démons très nombreux et vils. Quant au paradis, c'est comme le monde réel avec des nuages qui bordent l'écran, une musique composée d'un chœur qui chante d'une voix éthérée, une caméra "planante", pas âme (ou ange) qui vive et un filtre couleur sépia du plus mauvais goût. Manque plus que l'escalier roulant tout blanc. Enfin, deux représentations bourrées des clichés les plus putrides dont on nous chauffe les oreilles depuis 2000 ans, deux représentations qui sont là encore de dignes témoins de la valeur esthétique et artistique de Constantine : minable et méprisable. Penser que des gens ont reçu de l'argent pour mettre ce film en image m'empêche parfois de trouver le bien-être dont tout le monde à droit n'importe quand dans une journée ordinaire.


L'enfer / Le paradis...

Je vois que je m'égare de l'histoire. Puisque j'en ai ma claque, je vais vous résumer la suite très vite (le scénario tenant sur un post-it®). Une inspectrice de police (Rachel Weiz, rarement plus laide et repoussante que dans ce film, et si ce physique disgracieux était une volonté du réalisateur, il aura réussi au moins une chose) se trouve être la sœur jumelle de celle qui s'est suicidée. Sûre du fait que sa sœur n'aurait jamais mis fin à ses jours (parce qu'elle croit en jésus, donc elle sait que c'est PAS BIEN de faire ça), elle cherche à savoir qui l'a poussée à commettre cet acte. Le hasard lui faisant croiser Constantine (une chance dans une ville de 20 millions d'habitants), elle lui demande son aide non sans très grandes réticences de la part de ce dernier. Le jeu d'acteur de Keanu Reeves se situe alors à un niveau de la réticence que même Schwarzenegger doit lui envier. Quand Constantine décide de bien vouloir l'aider, les emmerdes commencent pour lui. Ses potes se font trucider les uns après les autres (mais proprement et furtivement, on n'aime pas le sang à Hollywood), les "associés du diable" lui mettent des bâtons dans les roues. Le sous-fifre de Satan est grimé en homme pour passer inaperçu. Bien sûr, il ressemble à un mafioso proxénète parce que c'est vrai que ces gens là représentent le malin, le méchant, le pas-bien. On note encore et toujours que l'originalité et l'invention n'étaient pas une priorité dans ce navet.


Au passage, une preuve de la laideur de Rachel Weisz dans ce film, à tel point qu'on dirait que le réalisateur vient de lui mettre un coup de pied dans la gueule, puis la montre du doigt.

A la fin, on se rend compte que toute cette histoire était un jeu entre Gabriel et le fils du diable (parce que le diable a un fils lui aussi comme le petit-jésus pour dieu), Gabriel voulant que tout le monde crève pour que seul ceux qui savent souffrir soient sauvés et puissent vivre dans un monde parfait. Oublions la morale nauséeuse et rétrograde qui se dégage de cet argument. L'ange Gabriel a donc fait des choses de son propre chef, a comploté derrière dieu, le fils du diable a fait pareil vis-à-vis de son papa. Le mexicain du début a servi à amener la dague moche jusqu'à la fille (Raquel Welch) car cette dernière est soit-disant la seule personne qui peut permettre au fils du diable de passer dans la dimension "notre monde à nous mortels". Mais grâce à Constantine qui veille au grain, la seule scène qui aurait pu être digne d'intérêt (un éventrage interne de l'actrice pour qu'enfin elle dégage du film) ne se réalise pas. Constantine sauve la fille et Gabriel se fait brûler ses ailes de cormoran asthmatique.


L'homme ci-dessus au premier plan s'appelle Francis Lawrence, il est responsable de ce merdier. Je le hais. Je te hais Francis. Notez qu'il désigne encore quelque chose du doigt, c'est une manie.

Et pour finir tout le film, le clou du spectacle, le passage qui enterre tous les espoirs, la scène qui fait qu'on passe du mépris pour ce film à la haine pure et simple : l'arrivée du diable. Ce n'est pas que la scène est pire qu'une autre dans le film, elle est aussi ridicule que tout le reste. Non, ce qui est regrettable, c'est de voir que le diable est interprété par le scandinave Peter Stormare. N'importe qui, je m'en fiche mais pas lui ! Pas le Karl Hungus de The Big Lebowski, pas cette idole, non, tout mais pas lui. Snif. Et en plus il surjoue, il cabotine, il se fait appeler "Lulu", on dirait une drag-queen et en plus il enlève gentiment son cancer à Constantine, qu'on aura donc même pas le plaisir de voir mourir définitivement. C'est donc avec tristesse, lorsque le générique de fin a débuté que j'ai quitté ma place de ce cinéma underground de Montauban, le seul qui possède encore une copie de ce film rempli de fumier. Je suis encore abasourdi par tant de nullité, déçu par Peter Stormare et tous les autres, peiné par ces deux heures et mes 9 euros perdus à jamais. J'avais en effet choisi de payer ma place au prix fort pour venir en aide à ce cinéma en perdition à la programmation originale et obsolète. Je me suis fait enculer.

Au revoir.


Constantine de Francis Lawrence avec Keanu Reeves, Rachel Weisz, Shia LaBeouf, Peter Stormare (2005)